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►
ÎTltt-
SOMME
THÈOLOGIQUE
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rÉditeur.
GouLOMMims. — Typ. A. MOUSSIN
SOMME
THÉOLOGIOUE
DE S. THOMAS D'AQUIN
IVADUITE EN FBAHÇAIS ET ANNOUËE
PAR F. LACHAT
RBMPBIIMAIIT LB TBXTB LATIN AVBC LBS MBILLB0R9 GOMMBIlTAIBBa
TROISIÈME ÉDITION
TOME QUATRIÈME
fb^iD^-r:^
PARIS
LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEOR,
43, RUE DELAMBRE, i3.
187i
58323
'^'^H SOMME
THEOLOGIQUE
DE S. THOMAS D'AQDIN.
PREMIERE PARTIE
(SVITB).
TRAITÉ DE LA CRÉATION (suite)
QUESTION CVI.
CowBiAt urne er6at«.f« em nrat urne antre, et d*alMft Ae muuBimatiom
des amcee.
Nous avons maintenant à considérer l'action qu'une créature exerce sur
une autre. Cette étude se divise en trois parties : la première a pour objet
de voir comment les anges ^ qui sont des créatures entièrement spiri-
tuelles, exercent leur action; puis nous verrons comment agissent les
corps ; et enfin comment agissent les hommes , êtres composés d'esprit et
de corps (1).
La première de ces parties se divise également en trois ; car nous avons
(1) n importe de bien remarquer, au commencement de Gha<iae théorie , la marcbe que le
docteur angéUque le trace i lui-même , en abordant ton tujet. G*est le moyen de se recon*
PRIMA PARS
fconrummo},
TRAGTATUS DE GREATIONE (COmiOATIO).
QDJBSTIO CVI.
QwnMàû wna trwtwra aliam mmeai, el ffrimà de angeiorum iliuminalione^ i% quatuor
articuioi diviia.
Deînde conâdenodam est qnomodo una crea-
tara moveat aiiam. Erit autem b»c eonaideratio
tripartiUi. Ut prim6 consideremns qaomodo
tngéli moYeant , qni sont creatorœ pure spiri-
toalea. Secundi, qaomodo corpon moveant.
Terti6, qaomodo homines^ qui sunt ex spiritoali
et corporali natura compositi.
Circa primrnn tria consideranda occarrooi :
IV. i
2 PARITE î, QÏÏESnOlf CVl, AllTICLB 1.
à étudier, d'abord comment un ange agît sur \m autre ; ensuite comment
il agit sur les êtres corporels ; puis enfin comment il igit sur les hommes,
Stf ce premier point encore , il faut considérer «ucceaBivone&t PiUmni-
nation des anges, lenr langage et leurs mutuels rapports; ce qui s'applique
aux mauvais anges comme aux bons.
Touchant l'illumination des anges , quatre questions se présentent :
!• Un ange meut-il l'intellect d'un autre ange en l'illuminant? 2» U i
ange meut-il la volonté d'un autre? 3° Un ange inférieur peut-il illumi-
ner un ange supérieur? 4*» Un ange supérieur illumine-t-il l'ange inférieur
dans tout ce qu 'il connoît lui-même ?
ARTICLE L
Un ange en illumine-t'il un autre?
Il paroît qu'un ange n'en illumine pas un autre. !• Les anges possèdent
maintenant la même béatitude que nous espérons posséder un jour, liais
dans le ciel un homme n'en illuminera pas un autre, selcm cette parole ,
Jerem., XXXI , 34 : « Un homme n'enseignera plus son prochain ni son
frère. » Donc également im ange n'en illumine pas un autre.
2° Il y a dans les anges trois sortes de lumière : celle de la nature,
nottre aisérncnt dans le développement de ees vastes études , et d'en retirer le plus grnnd
fruit. Une rhose qu! nMmporte pas moins , c*est de bien saisir le rapport qui lie entre elles
les théories succesarres, «t, par conséquent, révolation progressive de Tidée génératrice et
r admirable unité de tout Touvrage. Après avoir considéré Faction de Bien sur rensemble dos
choses y et sur chaque ordre d*ôtres en particulier^ saint Thomas va donc étudier, en suivant
un ordre analogue , Taction que les créatures exercent les unes sur les autres. Ce quMl dit,
en premier lieu , des relations qai existent entre les anges , de leurs fonctions et de leur acti-
vité , ne sauroit être entièrement compris , si Ton n*a présent à Tesprit ce qu'il a dit de leur
existence et de leur nature. Nous renvoyons donc W^ecteur au texte même de saint Thomas ,
et , dans tous les cas où cela seroit jugé nécessaire , aux notes dont nous avons accompagné
ce texte. Toutes les difficultés qui résultent de Texpression , souvent aéme celles qui sont
inhérentes à la doctrine , se trouvent éclaircics d'avance, n seroit au moins superflu de re->
noDvcler ces explications, ou même de les développer. Nous supposons que le lecteur est
désormais assez familiarisé avec la langue et la pensée de notre auteur , pour qu'il aime A
résoudre par lui-même la plupart des difficultés qui pounoient rester encore.
Prim6 qnomodo angélus agat in angelum. Se-
cundo, quomodo in creaturam corporalem. Ter-
tio, quomodo in homiaes. Circa primum cod-
âderare oportet de illotninatione et locutioue
angeloram , et ordinatione eonim ad iavicein ,
tam bonorum quàm maloram.
Circa iUuminationem qusruntar quatuor :
i^ Utrùm unus angélus moveat intellcctum al-
terius, iiluminando. 2** Utrùm uuus moveat vo-
hmtatém alterius. 3» Utrùm inferior angélus
posait illuoiinare superiorem. A° Ulrùm superior
angélus illuûinet inferiorem de oiixdB)us qo»
cogooficit.
ARTICULUS I.
ZJlrum unus angélus illuminet alium.
Ad primum sic proceditur (1). Viletur quod
unus angeins non illuminet aÙum. Angeli enim
eamdem beatitudinem pofisident nunc^ quam
nos in futuro expectamus. Sed tune unus homo
non iUuminabit alium, secundum illud Jerem.,
XXXI : « Non docebit ultra vir proximum
suum, et vir fratrem suum. » Ergo etiam nunc
unus angélus non illuminât alium.
2. Praeterea , triplex est lumen in angelis ;
oalane, et gratis, et glorie. Sed angetus illu-
(i) De his cliam in n, SenL^ dist. 9, art. 8, et dist. 11 , qu. 8, art. Si et qu. 9, de veriu,
an. 1 ; et in I. ad Cor.^ Xin, col. S.
itt L'nxuHnrATioir des anges. 3
celle de la gftce et celle de la gloire. Or, Tange reçoit de son créateur la
lumière de la nature, il reçoit de celui qui le justifie la lumière de la grâce,
et celle de la gloire lui vient de Tobjet de sa béatitude , c'est-à-dire, tou-
jours de Dieu. I>onc un ange n'en illumine pas un autre.
3» La lumière est une certaine forme de l'ame. Or , l'ame raisonnable
est formée par Dieu seul et sans Hutermédiaire d'aucune créature, comme
nous l'avons démontré ailleurs , conformément à la doctrine de saint Au-
gustin. Donc un ange n'illumine pas l'inteUect d'un autre ange.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire; car, selon saint Denis, De cœh
Hier. y VÏII, a les anges de la seconde hiérarchie sont épurés, illuminés et
perfectionnés par ceux de la première hiérarchie, o
(CowcLTJsioN. — Un ange illumine un autre ange en lui transmettant
la vérité qu'il connoît , soit qu'il fortifie son intellect même , soit qu'A
n'agisse que sur la ressemblance de la chose connue.)
Un ange illumine im autre ange. Pour rendre cette proposition
évidente, il faut considérer que la lumière, en tant qu'elle réside dans un
intellect, n'est autre chose que la manifestation de la vérité , selon cette
parole de saint Paul, Ephes., V, 13 : o Tout ce qui est manifeste est
lumière. » illuminer donc, ce n'est pas autre chose que manifester à un
autre la vérité qu'on a connue; c^est ainsi que l'Apôtre dit encore,
Ephes.y DI, 8 : « Il m'a été donné, à moi le plus petit des saints, la grâce
d'illuminer tous les hommes touchant l'économie de ce mystère qui étoit
caché en Dieu depuis l'origine des siècles. » Ainsi donc , quand on dit
qu'un ange en illumine un autre , c'est dire qu'il lui manifeste la vérité
d'abord connue par lui. Voilà pourquoi TAréopagite dit encore, Oper.
cit., VII : 0 Les théologiens enseignent ouvertement que les différents
ordres des esprits célestes reçoivent des esprits les plus élevés la connois-
sance des choses divines. » Or, comme deux choses concourent à l'acte de
l'inteUect, à savoir la vertu intellective et la ressemblance de la chosp
ainatiir lamine natnreft créante, Inmine gratis
I justiâraote, lumine gbriae à beatiflcante : quoU
toîomDei est. Ergo unas non illominat alium.
3. Praeterea, Inmen est forma qusdam men-
fiB. Sed mens rationalis à solo Deo formatur
DoUa interposita creatora , ot Augastinus dicit
felib. LXXXin. Quœst, (qn. 51). Ergounns
angehis non illuminai mentem alterins.
Sed oontra est , quod dicit Dionysius VIII ,
cap. Cœlesi. hier,, quod a angeli secunds hie-
nichjs porganlnr et illuminaLtur et perfidun-
tir per angelos prims faierarchiae. »
(CoRCLUsio. — (Jnu8 angelns aUoffl illnminat
m qnantom ei veritatem quam cognoscii, mani-
festam facit ; vel confortando ipsius inteliectom,
^ ei parte similitodinis rei inteUecte. )
Respondeo dicendam, qnèd mini angelos il-
hminat alinm. Ad ciqns etidentiam oonsideran-
dum est qnôd lamen secnndnm quôd ad intelleo-
tom pertinet, nihil est aliod quàm qusdam ma-
nifestatio veritatts, secundùm illud Ad Ephes»,
V : a Omne qaod manifestatur, lumen est : »
llnde illuminare nibii aliud est quàm manifesta-
tionem agnits veritalis alii tradere ; secnndnm
quem modnm Apostolus dicit ad Ephes., IH :
(( Mihi omnium sanctorum minimo data est gra-
tia hxc , illaminare omnes, quse ait dispensatio
sacramenti absconditi à sxculis in Deo. » Sic
igitur unns angelns dicitur illuminare al'ram, in
quantum ei mani restai veritatem quam ipse
cognoscii. Unde Dionysius dicit VII, cap. Cad.
hier,, quôd « Theologi pianè monstrant cœles-
tîum Bubstantiarum ordines à supremis menti»
bus doceri deificas scientias. » Cùm aoiem ad
iiiteUectnm duo concnrrant, in ejus operatione,
Qt suprk diximus, scilicet virtut inieliecii^'
4 PARTIE I^ QUESTION GYI^ ARTICLE i,
connue , un ange peut faire connoltre la vérité à un autre sous ce double
rapport : premièrement, en fortifiant sa vertu intellective ; car, de même
qu'un corps moins parfait se perfectionne par le rapprochement ou le
contact avec un corps plus parfait, comme un corps moins chaud acquiert
certains degrés de chaleur par la présence d'un corps plus chaud : de
même la vertu intellective d'un ange inférieur se trouve fortifiée parce
qu'un ange supérieur se met en rapport avec lui. Ces rapports spirituels
produisent, en eSlet, entre les pures intelligences ce que le rapport local
produit matériellement dans les corps. Un ange peut encore manifester la
vérité à un autre ange , en agissant sur la ressemblance de la chose con-
nue. L'ange supérieur, en efiét, perçoit la connoissance de la vérité par un
genre de perception universelle, à laquelle ne pourroit pas s'élever
l'intellect d'un ange inférieur, cet ange devant, par sa nature, n'avoir de
la vérité qu'une perception plus particulière. Mais l'ange supérieur
spécifie en quelque sorte la vérité qu'il a d'abord perçue d'une manière
universelle, en sorte qu'elle puisse être comprise par l'ange inférieur; et
c'est ainsi qu'il la propose à sa connoissance. Ainsi parmi les hommes, les
maîtres , qui possèdent la synthèse d'une doctrine , établissent une foule
de distinctions, pour rendre cette doctrine accessible à la capacité des
autres. C'est encore ce qui fait dire à l'Aréopagite, Oper. cit., XV : «Chaque
substance intellectuelle divise et multiplie avec une prévoyante sagesse
la science qu'elle a reçue de Dieu sous une forme unique, afin d'élever
jusqu'à cette science les esprits d'un ordre inférieur, o
Je réponds aux arguments : l"" Tous les anges , à quelque ordre qu'ils
appartiennent, voient immédiatement l'essence de Dieu ; et, sous ce rap-
port, l'un ne sauroit instruire l'autre. C'est de ce genre d'instruction que
parle le Prophète, quand il dit : a Le frère n'instruira pas son frère, » en
lui disant, par exemple : .Apprends à connoitre le Seigneur, a Tous me
connoitront, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus gtand. » Mais
«imilitudo rei intellects , secuodam hsc duo
uno8 angelùs alteri Teritatem notam notiûcare
potest. Primo quidem, fortificando virtutem
inteUectivam ejus. Sicut enim virtus imperfec-
tions corporis coQfortatur ex âtuali propinqui-
tate perfections corporis, ut minus calidum
crescit in calore ex prssentia magis calidi : ita
TÎrtus intellectiva inferioris angeli conforlatur
«X con^ersione superioris angeli ad ipsum. Hoc
eoim facit in splritualibus ordo conversionis,
qood facit in corporalibus ordo localis propin-
quitatis. Secundo autem unus angélus alteri
manifestât veritatem ex parte similitudiois rei
intellects. Superior enim angélus notitiam ve-
ritatis accipit in universali quadam conceptione,
ad quam capiendam inferioris angeli intellectus
non esset sufOciens ; sed est ei connaturale ut
magis particulariter veritatem accipiat. Supe-
rior ver& angélus veritatem , quam universa-
llter accipit, quodammodo distinguit, ut ab in-
feriori capi possit; et sic eam cognoscendam
illi proponit Sicut etiam apud nos , doc! ores,
quôd in summa capiuut, multipUciter distin-
guant, providentes capacitati aliorum. Et hoc
est quod Dionysius dicit XV, cap. Cœl, hier, :
a Unaqusque substantia intellectualis datam sibi
à diviniore uniformem intelligenliam provida
virtute dividit et multiplicat ad inferioris sursum
ductricem analogiam» (sive proportionem etc.).
Ad primum ergo diceodum, qu6d omnes an-
geli, tam snperiores quam inferiores, immedialà
vident Dei essentiam ; et quantum ad hoc unus
non docet alium. De bac enim doctrina Propheta
loquitur. Unde dicit : « Non docebit vir fralrenr
suum, dicens,» Cognosce Dominum : « Omne
enim cognoscent me à minimo eorum usque a«
D2 Ll[LLTJlCINATION PES AN0B8. 5
les raisons primordiales des œuvres divines^ qui résident en Dieu comm6
dans leur cause^ ne sont toutes parfaitement comprises que par Dieu mème>
qui les voit dans sa propre essence ; et parmi les êtres qui voient Dieu^ la
connoissance qu^ils ont de ces raisons primordiales est proportionnée an
degré de leur vision. Un ange supérieur découvre par conséquent en Dieu
un plus grand nombre de ces types des êtres, que n'en connoit un esprit
inférieur ; et c'est ainsi que l'un illumine l'autre. C'est également ce qui
fait dire à saint Denis , De div. Nom. , IV : a Les anges sont illuminés
quant aux raisons des êtres. »
Q^ Un ange n'en illumine pas un autre en lui transmettant la lumière na*
turelle, celle de la grâce ou celle de la gloire ; il ne l'illumine qu'en forti-
fiant en lui la lumière naturelle et en lui manifestant la vérité des choses
qui appartiennent au triple état de nature, de grâce et de gloire, comme
nous l'avons déjà dit.
S^" L'ame raisonnable est toujours immédiatement informée par Dieu ,
soit comme une image par son modèle, puisque c'est uniquement à l'image
de Dieu que l'ame a été faite ; soit comme un sujet par sa dernière forme
complétive , car un esprit créé est toujours regardé comme informe , s'il
n'est uni à la suprême vérité. Les autres illuminations , qui viennent à
l'ame par l'homme ou par l'ange , sont comme un acheminement vers la
dernière forme.
ARTICLE IL
Un ange peut-il mouvoir la volonté d^un autre ange?
11 paroit qu'un ange peut mouvoir la volonté d'un autre ange. V Comme
nous l'avons déjà dit d'après saint Denis , de même qu'un ange en illu-
mine un autre, de même il l'épure et le perfectionne. Mais épurer et per-
fectionner implique une action sur la volonté; car on épure quelqu'un de
maxîmam. » Sed rationes divinoram operum^
quae in Deo cognoscuntur sicut in causa, omues
qoidem Deus in seipso cognoscit, quia seipsum
cooiprehendit ; alionun yerô Deom videntium
tanto unusquisque in Deo plores rationes cog-
noscit , quanto eom perfectias videt. Unde sa-
perior angélus plura in Deo de rationibus divi-
norum operum cognoscit quam inferior, et de
his eum illuminât. Et hoc est quod dicit Diony-
sius IV, cap. De div. Nom,, quod « Angeli
existenlium illuminantur rationibus. »
Ad secundum dicendum, qu5d unus angélus
non illuminât alium, tradendo ei lumen nature,
Tel gratis , vel gloiis ; sed confortando lumen
naturate ipsins , et manifestando ei veriiatem
de his qus pertinent ad statum naturs^ et gra-
tim, et gloris, ut dictum est.
Ad tertium dicendum , qu&d rationalis mens
(1) DebUetiam i, %, qu.9,tfl.i; et Conlra (;enl.«Ub.m, cap.88et89«
formatur immédiate à Deo ; vel sicut imago ab
exemplari , quia non est facta ad alterius ima-
ginera , quàm Dei ; vel sicut subjectum ab ul-
tima forma completiva, quia semper mens
creata reputatur informis, nisi ipsi prims veri-
tatiinhsreat. Alise vero illuminationes qus sunt
ab homine vel angelo, sunt quasi dispositioues
ad ulUmam formam.
ARTICULUS U.
An unus angélus possii movere volunt<item
alterius.
Ad secundum sic proceditur (1). Videtur qu5d
unus angélus possit movere voluntatem alterius.
Quia secundum illud, sicut unus angélus illumi-
nât alium , ita purgat et perficit , ut patet ex
auctoritate supra inducta. Sed purgatio et pe>
feclio vldentur pertinere ad voluntatem ; aan
6 PARTIS I, QUESTION (m, ABTIGLB 2«
ses fautes^ lesquelles appartiennent à la volonté ; et un être ne se perfec-
tionne qu'en obtenant sa fin , laquelle est l'objet de la volonté. Donc un
ange peut mouvoir la volonté d'un autre ange.
2<' Selon TAréopagite^ De cœL Hier., Vll^ « les noms des anges
désignent leurs propriétés ; » séraphin , par exemple , signifie répandant
Tardeur ou le feu, c'est-à-dire l'amour. Or, l'amour appartient à la
volonté. Donc un ange meut la volonté d'un autre ange.
3» Le Philosophe dit. De anima, lïï : a L'appétit supérieur meut l'ap-
pétit inférieur. » Or, comme l'intellect d'un ange supérieur est supérieur
aussi, il doit en être de même de son appétit. 11 suit de là, par conséquent,
qu'un ange supérieur peut mouvoir la volonté d'un autre.
Mais, au contraire, mouvoir la volonté n'appartient qu'à celui qui a le
pouvoir de justifier; car a la justice, c'est la rectitude de la volonté. » Or,
Dieu seul justifie. Donc un ange ne peut pas mouvoir ou changer la
volonté d'un autre ange.
(Conclusion. — Comme l'ange n'est pas le bien universel, ne manifeste
pas même ce bien ; comme il n'est pas, en outre , l'auteur de la nature
intellectuelle, un ange ne peut pas mouvoir la volonté d'un autre.)
Comme nous l'avons dit dans la question précédente , la volonté peut
être changée de deux manières : par rapport à l'objet, et par rapport à la
puissance elle-même. Sous le rapport de l'objet, la volonté est mue, et par
le bien même qui est l'objet de la volonté, comme l'appétit est mû par
l'appétible, etpar celui qui lui montre cet objet, en lui faisant voir, par
exemple, que telle chose est un bien. Mais, comme nous l'avons également
dit, les biens particuliers ne peuvent exercer sur la volonté qu'une
action restreinte ; rien ne meut efficacement la volonté, si ce n'est le bien
universel qui est Dieu même. Et c'est lui seul qui montre l'essence même
de ce bien aux heureux habitants de la patrie ; car lorsque Moïse lui dit :
pnrgatio videtur esse à sordibas culps qns
pertinet ad volantatem ; perfectio autem vide-
tar esse per consecutionem finis qui est objec-
tom Toluntatis. Ergo udos angélus potest mo-
Tere volantatem alterios.
2. Pneterea , sicut Dionysios dicit VU , cap.
C<bL hier,, nomina angelorum désignant eoram
proprietates : Seraphim enim incendentes di-
cnntur, aut calefacientes, quod est per amo-
rem , qui ad voluntatem pertinet. Unus ergo
tngelus movet volantatem alterins.
8. Prsterea, Philosophas dicit in UI. De
anima, quod o appetitas superior movet appe-
titam inferiorem. » Sed sicut intellectus augeli
superioris superior est, ita etiam appetituK. Ergo
lidetur quod superior angélus poèsit immutare
-foluntatem alterius.
Sed contra est ; ejus est immutare voluntatem,
«ntixg est justiâcare , ciiin joititia sit rectiludo
voluntatis. Sed solus Deus est qui justifîcat.
Ergo unus angélus non potest mutare vo! nta-
tem alterius.
( CoKCLUsio. — Gilm angélus nec sit honum
nniversale, neque illud ostendat, nec sit auctor
intellectualis naturs, alterius voluntatem mo-
vere non potest. )
Respondeo dicendum, qu6d sicut suprà dlctum
est ( qu. praec. art. 4 ) , voluntas immutatur
dupliciter. Uno modo ex parte quidcm objecti;
alio modo ei parte ipsius potentis. Ex parte
quidem objecti , movet voluntatcoi , et ipsum
bonum quod est voluntatis objectum , sicut ap-
petibile movet appetitnm ; et ille qui demonstrat
objectuin, puta qui demonstrat aliquid esse bo-
num. Sed sicut supra diclum est , alla quidem
bona aliqualiter inclinant voluntatem ; sed nihil
sufQcienter movet voluntatem nisi bonum uni-
veraalo, quod est Deos. fit hoc bonum flolu»
c Montrez^moi votre gloire ^ » il r^nd : « Je te montrerai tout bien , »
Exod.y XXXIII, 48 et i9. Ainsi donc Tauge ne meut la volonté d'an
antie^ ni comme objets ni comme montrant cet objet; il rincline seule-
ment comme un être aimable en lui-même et qui lui découvre certain
bien créé en rapport avec la bonté de Dieu : il peut^ de la sorte ^ incliner
cette volonté à Tamour de la créature ou de Dieu^ par une sorte de persua-
aion. Sous le rapport de la puissance même^ la volonté ne peut en aucune
façon être mue par un autre que par Dieu. L'opération de la volonté es^
en effet, une inclination de celui qui veut vers l'objet voulu. Or, cette in-
clination ne peut être cbangée que par celui de qui vient, dans la créature,
la puissance même de la volonté : c'est ainsi que l'inclination naturelle
peut seulement être changée par celui qui donne la puissance dont Tincli-
nation naturelle est le résultat. Or, Dieu seul donne à la créature la puis-
sance de vouloir, puisque lui seul est l'auteur de la nature intellectuelle.
Donc un ange nepeut pas mouvoir la volonté d'un autre ange.
Je réponds aux arguments : 1** C'est d'après le mode d'illumination
qu'il faut entendre le mode d'épuration et de perfectionnement. Et
comme Dieu seul illumine en changeant l'intellect et la volonté, lui seul
épure en corrigeant les défauts de ces deux puissances , lui seul perfec-
tionne en leur faisant atteindre leur fin. Mais l'illumination produite par
l'ange n'a rapport qu'à l'intellect, comme nous l'avons dit ; aussi l'épura-
tion produite par l'ange ne doit - elle s'appliquer qu'au défaut de l'intel-
lect, c'est-à-dire au défaut de science ; et, de même, la perfection dont il
s'agit ne doit être entendue que de l'intellect ^ et consiste dans la vérité
connue. C'est ce que l'Aréopagite dit lui-même. De eccL Hier., VI :
ff Dans les célestes hiérarchies , l'épuration n'a lieu dans les essences qui
en sont l'objet que parce qu'elles sont illuminées sur ce qui étoit aupa-
ravant inconnu pour elles , et par là même amenées à une science plus
ipse ostendit, nt per essentiam videatur a bea-
tis, qai dicenti Moysi : « Ostende mihi gloriam
taam , » respondit : ce Ego ostendam tibi omne
lioniim, » ut babetar Exod., XXXni. Angelas
ergo non sofficienter movet Toluntatem, neque
vt objectum , neque ut ostendens objectum ;
fed inclinât eam nt amabile quoddam , et nt
manifestans aliqiia bona creata ordinata in Dei
bonitatem : et per boc inclinare potest ad amo-
rem creatars vel Dei, per modum suadenUs. Ex
parte ^ero ipsius potentis volontas nullo modo
potest moveri nisi k Deo. Operatio enim volun-
tatis est incUnatio qnsdam volentis in volitom.
Banc autem ioclinationem soins ille immutare
potest, qui virtutem volendi créature contulit :
licut et naturalem inclinationem solum illud
agens potest mutare quod potest dare virtutem
qnam consequitur inctinatio naturalis. Solus
«ntem Deus est qui poientiam irolandi tiibuii
creaturs ; quia ipse solus est auctor intellec-
tualis natnrae. Unde angelas voluntaiem alterûis
roovere non potest.
Ad primum ergo dicendum , qu5d secimdùm
moJum ilIuminatioDls est accipienda et pargatio
et perfectio. Et quia Deus illuminât immulando
intellectum et voluntatem, purgat à defectibus
iotellectûs et voluntatis , et perficil in finem
intellectûs et \oluntatis. Angeli autem illumi-
minatio refertur ad intellectum, ut dictum est;
ideo etiam purgatio angeli intelli^âtur à defecta
intellectûs , qui est nescientia ; pciTectio autem
est consummatio in iinem intellectûs, qui est
veritas cognila. Et hoc est quod dicit Diouysius,
VI. cap. Eccles» hierarch, , quôd « in cœlesti
hierarchia purgatio est in subjectis essentiis
tanquam ignotorum illuminatio in perfectiorem
scientiam inducens. » Sicut si dicamus visom
oorporalem piugari in quantum removeatnr tt-
8 PARTIE I^ OI7E8TION GYI^ ABTIGLE 3.
parfaite. x> C'est comme si nous disions que la vue corporelle est épurée par
réloignement des ténèbres, illuminée par la clarté dont elle est inondée^
perfectionnée enfin parce qu'elle est ainsi amenée à la perception des
couleurs.
2® Un ange peut en exciter un autre à Tamour de Dieu , par voie de
persuasion, comme nous Tavons dit dans le corps de l'article.
3« Le Philosophe parle de l'appétit inférieur sensitif , lequel peut , en
effet, être mû par l'appétit supérieur intellectif, celui-ci appartenant à la
nature de Tame, celui-là résidant dans les sens, mais l'un et l'autre
affectant le même sujet; c'est ce qui n'a pas lieu dans les anges.
ARTICLE in.
Un ange inférieur peut-il illuminer un ange supérieur?
n paroit qu'un ange inférieur peut illuminer un ange supérieur. 1<» La
hiérarchie ecclésiastique dérive delà hiérarchie céleste, et la réprésente; et
c'est pour cela que la céleste Jérusalem est appelée <c notre mère. » Or, dans
l'Eglise, les supérieurs peuvent quelquefois être illuminés et enseignés par
les inférieurs , selon cette parole de saint Paul , I Cor., XIV, 31 : a Vous
pouvez tous prophétiser en particulier, afin que tous soient instruits et que
tous soient encouragés. » Donc également, dans la hiérarchie céleste, les
esprits supérieurs peuvent être illuminés par les esprits inférieurs.
2<* Comme l'ordre des substances corporelles dépend de la volonté de
Dieu , l'ordre des substances spirituelles en dépend aussi. Mais , comme
nous l'avons dit. Dieu accomplit certaines choses en dehors de l'ordre na-
turel des substances corporelles. Donc il opère aussi parfois dans les sub-
stances spirituelles, en dehors de leur ordre , c'est-à-dire en illuminant
les esprits inférieurs sans l'intermédiaire des esprits supérieurs ; et, de la
nebrs, illaminari verô in quantum perfimditur
lamine, perQci vero secundùm quôd perducilur
ad cognitionem colorati.
Ad secundum dicendum, quôd unus angélus
potest inducere alium ad amorem Dei per mo-
dum persuadeotis , ut suprà dictum est (in
Corp.).
Ad tertium dicendum, quôd Philosophus lo-
quitur de appelilu inferiori sensitivo , qui potest
moveri à superiori intelleclivo , qui pertinet ad
eamdem uaturam animx; et quia inferior appe-
titus est virtus in organo corporali. Quod ia an-
gelis locom non habet.
ARTICULUS m.
Vtritm angeluM inferior tuperiorem illuminare
posiiL
Ad tertium sic proceditur (1). Videtor quôd
angélus inferior superiorem illuminare possit.
Ecclesiastica enim bierarchia derivata est à c<b-
lesti, et eam repneseutat : uude et superna
Hierusalem dicitur o mater nostra, » Gai,, IV.
Sed in Ecclesia etiam superiores illumina ntur
ab inferioribus et docentur, secundum illud
Apostoli, I. Cor,, XIV : « Potestis omnes per
singulos propbetare, ut omnes discaut, et om-
nes exhortentur. » Ergo et in cœlesti bicrarcbia
superiores ab iuferioribus pos^unt illuminari.
%. Praeterea, sicut ordo corporalium substan-
tiarum dependet ex Dei voluntatc , ita et ordo
substantiarum spiritualium. Sed , sicut dictum
est (qa. 105, art. 6 et 7), Deus quandoque
prster ordinem substantiarum corporalium ope-
ratur. Ergo etiam quandoque operatur prstet
ordinem spiritualium substantiarum, Uluminando
inferiores non per medios superiores. Sic erg*
(1) De hi» eUam in II, SmiI.« difl. 9^ art. 2; «t qa. 9, de verit., arU 3.
m L'iLLUHmiTION DBS INOBS. 9
sorte^ ceux-ci peuvent être illuminés par les autres qui ont reçu de Dieu
une lumière immédiate.
9* Un ange en illumine un antre quand il se met en rapport avec lui,
cooune nous Tavons dit plus haut. Mais de tels rapports étant volontaires,
un ange de Tordre le plus élevé peut se mettre en rapport avec un ange
do dernier ordre , en franchissant toutes les existences intermédiaires.
Donc il peut Tilluminer immédiatement ; et celui-ci peut dès lors illumi-
ner des esprits qui lui sont supérieurs.
Mais le contraire est renfermé dans ces paroles de saint Denis : a 11 est
une loi divine , fixe et immuable , c'est que les choses inférieures soient
ramenées à Dieu par le moyen des choses supérieures. x>
(Co.NCLusioN. — Un ordre étant renfermé dans un autre ordre , comme
une cause est renfermée dans une autre cause^ un ange inférieur ne peut
pas illuminer un ange supérieur^ du moins par sa puissance ordinaire et
naturelle.)
Les anges inférieurs n'illuminent jamais les anges supérieurs ; c'est le
contraire qui a toujours lieu. Et cela parce que, conune nous Tâvons dit
plus haut, un ordre est renfermé dans un autre ordre, comme une cause
est renfermée dans une autre cause. Ainsi, comme une cause est ordonnée
par rapport à une autre, un ordre Test aussi par rapport à un autre ordre.
Si donc une chose s'accomplit en dehors de l'ordre d'une cause inférieure,
elle peut et doit rentrer dans l'ordre d'une cause supérieure: comme dans
les choses humaines, par exemple , on passe sur le commandement d'im
chef pour obéir à celui du prince. Voilà pourquoi il arrive que Dieu
ac4X)mplit certaines choses en dehors de l'ordre naturel et d'une manière
miraculeuse, afin de placer les hommes dans l'ordre de sa propre connois-
inferiores lUaminati à Deo possaat snperiores
Slominare.
3. Prxterea, unas angélus alium illuminât
ad quem se convertit^ ut suprà dictum est
(arL 1 ). Sed cùm îsta conversio sil voluntariaj
potest supremus angélus ad inûmum se conver-
tere mediis pnBtermissis. Ergo potest illum im-
médiate iUutninare; et ita potest illuminare
soperiores.
Sed contra est, quod Dionysius dicit (1),
c banc legem esse diviultatis immobiliter fir-
matam , ut iuTeriora redacantur in Deum per
superiora. »
( CoxGLUsio. — Cùm ordo contineatar sub
ordinc sicut causa conlinetur sub causa, non
potest angélus inferior superiorcm illuminare,
potentia scilicet naturali et orJinariii. )
Respondeo dicendum , qu6d inferiores angcli
nunquam illuminant superiores, sed semper ab
eis illuminantur. Cujus ratio est, quia sicut
saprà dictum est (qu. 105, art. 6], ordo con-
tinetur sub ordine , sicut causa conlinetur sub
causa. Undc sicut ordinatur causa ad causam,
ita ordo ad ordiuem. Et idco non est incon-
veniens^ si aliquando aliquid fîatprxter ordinetn
inferioris causas , ad ordinandum iu superiorem
causam : sicut in rébus humanis prxtermittitur
mantlatum prxsidis, ut obediatur priucipi. Et
ila continglt ut prxler ordinem naturaî corpo-
ralis aliquid Deus miraculosè operetur^ ad ordi-
(i) Goiligitur ex lib. De Eeeltt. hierareh., cap. 5, ubi panlè aliis Terbis : Lex e$t prineU
paiuM divini saerotancta ( Oso{aô; Tii; OiApxÎA; Travtcpo; ) , ué ad illiut diviniuimam lueem
seeunda reducanlvtr per prima ^ etc. Uaoc porrô legem diviniUUiê immoHliler firmaiam
bené TeUis Interpres reddit , iodeqne S. Thomas, quia «quivalenier deopÀ; irixviepc; hoc signi-
ficaC| cùm à fîrma posilione 6eo(i.o( ex oolione grsce Tocis dicalur, et iravispo^ vol eacrO'
santia vel omnino sacra intelligatur, quia invioIablUs, adeoqne Immobilité! constituta; simi-
ttaqoe «uprà ex cap. vni Cœlett. hierareh, indicata suni.
10 PARTIS ï, QUESTION cm, ÂATIGLE 3.
la.ioe. Mais agir en dehors de Tordre naturel des substances spirituelles^
ne pourroit servir en aucune façon à remettre Hiomnie dans Tordre de ses
rapports avec Dieu^ puisque les opérations des anges ne sont pas des choses
qui nous frappent y comme les opérations accomplies dans les corps sen-
sibles. C'est pourquoi Dieu n'agit pas en dehors de Tordre auquel il a
soumis les substances spirituelles , de telle sorte que les inférieures puis-
sent jamais mouvoir les supérieures^ comme le contraire a lieu.
Je réponds aux arguments : 1° La hiérarchie ecclésiastique imite à cep-
tains égards la hiérarchie céleste , cela est vrai; mais elle n'en porte pas
la ressemblance parfaite. La hiérarchie céleste repose tout entière sur les
divers degrés de rapprochement où chaque ordre se trouve par rapport à
Dieu ; de telle sorte que les esprits les plus rapprochés de Dieu sont en
même temps et les plus élevés en dignité^ et les plus puissants en science.
C'est pour cela que les esprits supérieurs ne sont jamais illuminés par les
esprits inférieurs. Dans la hiérarchie ecclésiastique ^ au contraire ^ il
arrive quelquefois que les hommes les plus rapprochés de Dieu par la
sainteté, se trouvent au plus humble rang et ne possèdent pas une grande
science. Parfois aussi , des hommes très -savants sur un point ne le sont
pas sur un autre; et voilà pourquoi les supérieurs peuvent quelquefois
être éclairés par les inférieurs.
2*» Dieu n'a pas les mêmes raisons d'agir, et n'agit pas de la même ma-
nière dads les choses naturelles et dans les choses spirituelles , ainsi que
nous l'avons déjà dit. Cet argument n'a donc pas ici de valeur.
3p Un ange se porte sans doute par sa volonté à illuminer un autre
ange ; mais la volonté de l'ange est constamment dirigée par la loi divine^
de laquelle vient Tordre qui règne parmi les anges.
oandam homines in ejus cognitionem. Sed prx-
termissio ordinis qui debetur spiritualibus sab-
stantiis, in nallo pertinet ad ordinatiouem ho-
minum in Deam; cùm opcrationes angelorum
Don sint nobis manifesta;, sicut operationes sen-
sibilium çorporiim. Et ideo ordo^ qui convenit
gpiritualibus substantiis , nunquam à Deo prse-
têrmiltilur quin semper inferiora moveantur
per superiora^ et non è converso.
Ad primum ergo dicendum^quôd ecclesiastica
hierarcbia imitalur cœlestem aliqualiter; sed non
perfcctè consequitur ejus similitudinem. In cœ-
iesti enim bierarcbia tota ratio ordinis est ex
pTopinquitate ad Deum; et ideo illi qui sunt
Deo propinquiores , gunt et gradu sublimiores,
€t Kîeutia dariores. Et propter lioc supetiores
nunquam ab inferioribus illuminantur. Sed in
ecclesiastica hierarcbia interdum qui sant Deo
per sanctitatem propinquiores, sunt gradu in-
fimi et scientia non eminentes. Et quidam in
uno etiam secundùm scienliam eminent, et in
alio deticiunt. El propter hoc superiores ab in-
ferioribus doceri possunt.
Ad secundùm dicendum, qu6d non est similis
ratio de hoc quôd Deus agat prster ordinem
natune corporalis et spiritualis, ut dictum est,
Uude ratio non seqnitur.
Ad tertium dicendnm , quôd angeins volnn-
tate convertitur adalium angelum illuininandum;
sed voluntas angeli semper legulat or lege divina,
qux ordinem in angelis instituîL
B£ L'iLLUVlICi^nON HBS SSG^. H
ARTICLE IV.
Vangè supérieur illumim'i^il Vang» inférieur eoitcemant toul oe qi^U sent
Im-^néme?
npapoît que Tangc supérietir n'illumine pas Tange inférieur concernant
tout ce qu'il sait lui-même. !• L'Aréopagite dit. De cœl. Hier., XII : «Les
anges supérieurs ont une science plus universelle , et les anges inférieurs
une science plus particulière et subordonnée. » Or, une science universelle
Tenferme plus de choses qu'une science paiticulîère. Donc les anges supé-
rieurs ne transmettent pas aux anges inférieurs toute la science qu'ils
possèdent eux-mêmes.
2* Le Maître dit , Sent, XI, 2 : « Les anges supérieurs ont connu le
mystère de l'Incarnation dès l'origine des siècles, tandis que les anges in-
férieurs l'ont ignoré jusqu'à son accomplissement. » C'est ce qui nous
semble indiqué dans cette question faite par certains anges : a Quel est ce
roi de gloire J» et dans la réponse faite par des anges plus éclairés : <x Ce
roi de gloire est le Seigneur des vertus : » interprétation qui nous est
donnée par saint Denis , De cœL Hier., VIL Or, cela n'auroit pas lieu si
les esprits supérieurs transmettoient aux autres la science de tout ce
qu'ils connoissent eux-mêmes. Donc ils ne les illuminent pas, concernant
tous les objets de leur propre science.
3* Si les esprits supérieurs transmettent aux inférieurs tout ce qu'ils
connoissent eux-mêmes, il est évident que les derniers n'ignoreront rien
de ce que savent les premiers ; et il suivra de là que ceux-ci ne pourront
plus rien apprendre aux autres, ce qui semble répugner. Donc les esprits
supérieurs n'illuminent pas les esprits inférieurs , concernant tout ce
qu'ils savent eux-mêmes.
ARTICULUS IV.
Utrém omgelut tuperior iUuminei wjériorem
de omnibua HH noiit.
Ad qoarttrm sic proeedHur (i). Videtor qnôd
•Dgelos soperior non illnminet inferiorem de
omnibaB qu» ipse nont. DicH enim Dionysins,
XU. cap. Cadest, Merarch. , qnèd <r angeli
Boperiores babent scientiam magis nniversaleni ;
inferiores ver5 ma^s particdarem et snbjec-
tam. » Sed plora eontinentor sob scientia ani-
versaii qokm snb particnlari. Ergo non omnia
qu» Bcinnt superiores angeH, cognosennt in-
feriores per snperiorum ilhiminationem.
9. Preterea, Magister dicH in XI. dist., II ,
yerô ignotum fuit usquequo completum est. »
Quod videtur per hoc qnôd quibasdam angelis
qnarentibns : a Quis est iste rex gloris ? »
quasi ignorantibos alii respondent quasi scien*
tes : a Dominos virtutum ipse est Rex gloriae; »
nt Dionysins exponit, VU. cap. Cœlest, hie-
rareh. Hoc antetn non esset , si superiores an-
geli illuminarent inferiores de omnibus qoa? ipsi
GOgnoscant. Non ergo eos illuminant de omnibos
sibi notîs.
8. Pneterea, si snperiores angeli inferioriboa
annantiant omnia qu» cognoscimt, nibil in-
ferioribus ignoiom remanet quod superiores
cognosennt. Non ergo de cstero superiores po-
terunt illuminare inferiores : quod videtur in-
Sentent., quM « anperiores angeli cognorenrat oonTeniens. Non ergo snperiores de omniboa
à SBcolis mysterinm bcamatioma ; inferioribns ' inferiores illuminant.
(1) Se Ua etiam te H, Sêtd.s 4ist. 9, art. 8; nt el dist. il , qn. 3, art. 1; et qn. 6| 4»
▼•rit., ail. etiam U
i2 PARTIE I^ QUESTION GYI, ARTICLE i.
Mais saint Grégoire dit , au contraire , Homil. XXXÏV in Evang. :
a Dans la céleste patrie , bien qu'il y ait des dons excellents , il n'y a pas
de possession exclusive. » Saint Denis dit également^ De cœl. Hier., XV :
<x Toute existence céleste transmet à celle qui la suit la science qu'elle a
reçue de celle qui la précède; » ce qui se voit d'ailleurs par le passage
cité dans le premier article.
(Conclusion. — Comme il est de l'essence du bien de se communiquer
et de se transmettre^ les anges supérieurs^ qui puisent abondamment à la
source de la divine bonté , doivent illuminer les autres concernant tout
ce qu'ils savent eux-mêmes ; de telle sorte néanmoins que possédant tou-
jours une science plus parfaite, ils se maintiennent à un rang plus élevé.)
Toutes les créatures ont avec la bonté divine ce trait de ressemblance,
qu'elles aspirent à répandre le bien qu'elles possèdent elles-mêmes; car il
est de l'essence du bien de se communiquer. De là vient même que les
agents corporels impriment leur image autant qu'il est en leur pouvoir.
Par conséquent, plus un agent participe avec abondance à la bonté de
Dieu , plus il s'efforce de transmettre, autant qu'il le peut, les perfections
dont il est enrichi. C'est aux hommes qui participent à la bonté et à ia
grâce de Dieu, que l'apôtre saint Pierre tient ce langage, I Petr., IV, 10 :
a Suivant la grâce que chacun a reçue, vous devez la répandre sur votre
prochain , comme de fidèles dispensateurs de cette grâce multiforme de
Dieu. » A bien plus forte raison donc, les saints anges qui participent avec
tant de plénitude à la bonté divine , doivent-ils aspirer à répandre sur
leurs inférieurs les dons qu'ils ont reçus. Ces dons, toutefois, ne peuvent
se trouver dans les esprits inférieurs, de la manière éminente qu'ils sont
dans les esprits supérieurs. Voilà pourquoi ceux-ci demeurent toujours
dans un rang plus élevé et possèdent une science plus parfaite ; de même
que sur la terre, le maître comprend ordinairement mieux que son
élève, les choses dont il l'instruit.
Sed contra est, quod Gregorius dicit, quèd
« io illa cœlesU patria licèt quxdain data sint
excellenter, ûihil tamen possidetur singulari-
ter. » Et Dionysius dicit, XV. cap. Cœlest. hie-
rarch,, qu6d « unaquxqae cœlestis essentia in-
telligentiam sibi à superiori datam inferiori coin-
manicat, » ut patet ex auctoritate suprà ioducta.
( CoKCLUsio. — Ciiin de ratione boni sit at
se aliis communicet, oportet angelos superiores
qui sunt in plenissima parlicipatione divins
bonitatis, illuminare inferiores de omnibus qus
noverant; ita tamen ut perfectiorem scientiam
habentes, in altiori ordine permaneant.)
Respondeo dicendum , quèd omnes créature
ex divina bonitate participant, ut bonum quod
habcnt^ iu alia diffandant ; uam de ratione boni
est quèd 8e aliis communicet. Et inde est etiam
' -^ agentia corporalia similitudinem suam aliis
tradnnt quantum possibile est Quantd igitur
aliqua agentia roagîs in participatione diviuse
bonitatis constituuntur, tanto magis perfectiones
suas nituntur in alios transfundere , quaut am
possibile est. Unde bealus Petrus monet cos
qui divinam bonitatem per gratiam participant,
dicens, I. Petr., IV : a Unusquisquc sicut ac-
cepit gratiam^ in alterutrum'illam administran-
tes, sicut boni dispensatores muitiformis gratis
Dei. » Multô igitur magis sancti angeli , qui
sunt in plenissima participatione civina: boui-
tatis, quicquid à Deo percipiunt, subjectis im-
partiuntur. Non tamen recipitur ab inferioribns
ita excellenter, sicut est in superioribus. Et ideo
superiores semper rémanent in altiori ordine ,
et perfectiorem scientiam habent. Sicut unam
et eamdem rem pleniùs intelligit magister, qtiàm
discipulus qui ab eo addiscit.
DU LAJEIGAGB BES ANGSS.
13
Je réponds aux arguments : l» La science des anges supérieurs est ap-
pelée plus universelle y parce qu'ils comprennent les choses d'une manière
plus éminente.
2» On ne doit pas entendre par les paroles citées du Maître , que les
anges inférieurs aient entièrement ignoré le mystère de rincarnation (1);
mais seulement qu'ib ne le connoissoient pas aussi bien que les anges
supérieurs, et qu'ils avancèrent dans cette connoissance , à l'époque où
le mystère s'accomplit.
3» Jusqu'au jour du jugement , Dieu ne cessera de révéler aux anges
les plus élevés, des choses nouvelles touchant l'organisation du monde ,
touchant surtout le salut des prédestinés. 11 y aura donc toujours quelque
chose concernant laquelle les anges supérieurs pourront illuminer les
anges inférieurs.
QUESTION CVII.
Vm laMgase des amges.
Nous avons à traiter du langage des anges ; et sur cela cinq questions
se présentent : t" Un ange parle-t-il i l'autre? 3^ L'ange inférieur parle-
i-il à l'ange supérieur? ^ L'ange parle-t-il à Dieu ? 4^" Dans les entretiens
des anges, la distance locale fait-elle quelque chose? 5"* La parole d'un
ang eàun autre est-elle connue de tous?
(1) Les Mints docteun s*âccordent k dire que les anges ont connu le mystère de rincar-
nation dès rorif^ dei choses. Plusieurs ont même pensé que e*est A l'occasion de cette ré^
▼élatîon que les esprits célestes se divisèrent entre eux , et qu*un si grand nombre refusèrent
k Dieu leur obéissance. Selon cette explication , Dieu leur imposa le dcToir d* adorer son Veibe,
même après son union atec la nature humaine ; et c'est contre cette obligation , de rendre un
jour les honneurs divins à rhomanité du Verbe , que se révolta Torgueil de Lucirer et de ses
Ad primnm ergo dicendnni, qoM snperiomm
angelonim scientia didtur em univenalior,
quantum ad eminentiorem modiim inteUigendi.
Ad secuodum dicendum, qaôd verbum Ma-
gistri non est sic intelligendum, quôd inferiores
ingcU peditas ignoraverint mysteriom Incarna-
tionis; sed quia non lia plenè cognoveront sicut
foperiores, et in ejos cognitione postmodum
profeceraut, dom iUud mysterium impleretur.
Ad tertium dicendum , qaôd usqae ad diem
jndicii semper nova aliqaa snpremis angelis
levelantor divinitas de bis qua pertinent ad
disponiionem mandi, et pr»cipaè ad salatem
eiectomm. Unde semper remanet unde supe-
riores angeli inferk^res illuminent
QUJSTIO CVIL
Dû /octtltont&tif anigtîoTum^ «n quinq^iu arUeuhs ditUa.
Deinde considerandum est de locutionibus
angelonim.
£t circa hoc qoeruntur qainque : 1* Ulrùm
«u» angelos loquahir aliL S« Utrùm Infenor
superiori. 8» Utrùm angélus Deo. 4» Utrùm in
locutione angeli aliqnid distantia localis opère-
tur. 5* Utrùm locutionem unius angeli ad altd-
rum omnes cognoscaut.
41 PARTIE t, OUESTION GVn^ AlTlCtE !•
ARTICLE I.
Un ange parle-t-il à Vautre?
n paroît qu'un ange ne parle pas à l'autre. 1" Saint Grégoire dît ,
Morale i XVIII : « Après la résurrection , les âmes ne seront plus cachées
les unes aux autres par le voile épais du corps : d bien moins donc la
pensée d'un ange peut-elle être cachée pour un autre. Mais la parole n*est
que pour manifester ce qui est dans la pensée. Donc il n'est pas nécessaire
qu'un ange parle à l'autre.
S*' Il y a deux sortes de paroles : l'une intérieure, par laquelle un
esprit se parle à lui-même; l'autre extérieure, par laquelle un esprit se
met en rapport avec un autre. Or, la parole extérieure a lieu par un signe
sensible , par la voix , un geste , un simple mouvement du corps , de la
langue ou du doigt , par exemple ; toutes choses qui ne peuvent convenir
aux anges. Donc les anges ne se parlent pas entre eux.
S» Celui qui parle s'efforce d'éveiller l'attention de celui qui entend.
Mais il ne semble pas qu'un ange puisse éveiller l'attention d'un autre ;
car cela n'a lieu parmi nous qu'au moyen de signes sensibles. Donc un
ange ne parle pas à un autre.
Mais le contraire est ainsi exprimé par l'Apôtre , f Corinth., Xlil , 1 :
« Si je parlois les langues des hommes et des anges. »
(Conclusion. — Comme un ange peut faire connoître sa pensée à un autre
anges. Gela suppose évidemment que la Tuture incarnation da Verbe avoit été T objet d*une
révélation primitive. Saint Jérôme, cependant, ce génie ai versé dans la science des Ecritures ,
dit eipressémeni , en commentant TEptUre aux Epbésiens : a Les natures angéU(iues n'ont
connu ce mystère que lorsque la passion du Christ se fut accomplie, et que la prédication
des Ap6tres eut retenti ches toutes les nations du monde. » Mais saint Augustin, dans son
commentaire sur la Genèse , pose le sentiment opposé d*nne manière non moins formelle :
« Les anges n'ont pas ignoré le mystère du royaume des cieux ; ce mystère leur a été connu
dès Torigine des siècles... » G*esi également ropiuion de Pierre Lombard. Saint Thomas con-
cilie les deux opinions , comme on peut le voir, par la restriction qu'il apporte aux expres-
sions du Maitre des Sentences.
ARUCULUS I.
Utrûm unus angelui alUri toguatur,
K& primum sic proceditar (1). Yidetor qu5d
unus angélus aiteri non loquatnr. Dirlt enim
Gregorius, XVUI. Moral,, qaôd « in statu re-
surrcciioDis uniuscujusqae mentem ab alterius
oculis membi'orum corpulenlia non abscondit; »
milité igitur minus mens unius angeli abscon-
ditur ab allero. Sed locutio e&t ad manifestandum
aiteri quod latet in mente. Non igitur oportet
qu6d anus angélus aiteri loquatur.
3. Prsterea , duplex est locutio : interior,
per quam aliquis sibi ipsi loquilur, et exterior,
perquam aliquis loquttur aiteri. Exteriorantem
tocutio fit par aiiquod aensibife signum, p-ilii
voce , vel nntu , Tel aliqao corporis membre ,
putà lingna vel dtgito; qa« angells competere
non possunt. Ergo anus angélus aiteri non lo-
quitur.
3. Pneterea, loqaens excitât aa')ientem, ut
atlendat sus locutioni. Sed non videtur quôd
unus angelufi excitet alium ad attendendum;
hoc enim fit apud nos aliqoo sensibili ûgno.
Ergo unus angélus non loqaitur aiteri.
Sed contra est, quod dicitur L Cor,, Xlfli
« Si linguis homlnam loquar et angeloruia. »
( CuNCLUSio. — Cùm unus angélus aiteri cOB-
(1) De his ctSam In II, 5eiil., dist. 11, qu. 9, art. 8; et qa. 9, 46 writ, «rt. i , 5 et Tf
•t in 1. ad Cor. s XIU, lect., col. S.
, ange, par cela seul que celui qui veut trsinsmcttre sa pensée a le pouToîp
de se mettre pour cela en rapport avec un autre , il est constant que les
anges se parlent entre eux.)
Il faut admettre un certain langage entre les anges. Car, comme le dit
saint Grégoire , Morale , n , « il est juste que notre ame , dépassant tout
moyen corporel d'exprimer sa pensée, soit comme suspendue à une sorte
de parole intérieure, sublime et inconnue. » Pour comprendre comment
un ange parle à un autre , il faut rappeler ici ce que nous avons dit tou-
chant les actes et les puissances de Tame, à savoir que la volonté peut
mouvoir l'intellect ou le pousser à agir. De plus , Tintelligible se trouve
dans Tintellect de trois différentes manières : en habitude d'abord, c'est-
à-dire, quant à la mémoire, comme le dit saint Augustin ; secondement,
en acte, quand il est actuellement perçu ou reçu ; troisièmement, par une
sorte de relation ou de rapport avec un autre. Or, il est évident que l'in-
telligible passe du premier au second degré par un commandement de la
volonté : c'est pour cela que, dans la définition de l'habitude, on dit que
c'est une chose a dont on se sert quand on le veut, o C'est également sous
l'empire de la volonté , que l'intelligible passe du second degré au troi-
sième ; car c'est la volonté qui dispose une conception de notre esprit par
rapport à un objet quelconque, une opération, par exemple, ou une dé-
monstration. Mais, quand l'ame s'applique à considérer en acte ce qu'elle
possède en habitude, elle se parle alors à elle-même ; car toute conception
de l'ame est appelée avec raison une parole intérieure. Par cela même
que la volonté d'un ange dispose une de ses pensées à devoir être transmise
à un autre ange , la pensée de l'un doit nécessairement être connue de
l'autre. Et c'est ainsi que les anges se parlent entre eux; car parler n'est
pas autre chose que manifester les conceptions de son esprit.
Je réponds aux arguments : !• Nos conceptions intérieures sont renfer-
ceptnm mentis sas patefaciat, per boc qaèd
iUe, cojas est coflceptas, saa Yolootate ordinat
ipsum ad manifestandum aliqaid alteri, unum
angelum alteri loqoi constat. )
Respondeo diceodom, qu6d in angelis est
aliqua locntio. Nam, sicnl dicit Gregorins, IL
UoraL, « dignam est ut mens nostra qualita-
tem corpores locntionis excedens^ ad sublimes
atque incognitos modos locutionis intime sas-
pendatar. » Ad intelligendum igîtur qualiter
nous angelas alteri loqnatur, considerandum est
quôd, sicot suprk dizimns (qu. 82, art. 2),
eùm de actibas et potentiis anime ageretnr,
folnotas mot«t intellectom ad suam operatio-
nem. Intelligibile antem est in inteilectu tripli-
citer. Primo quidem babitnaliter^ vel secnndàm
nemoriam^ ut Augnstimis dicit. Seconde antem,
nt in acto consideratnm vel conceptmn. Tertio,
it ad aliud rebtmD. lUiitfestam est antem qndd
de primo grada in secundam transfertor intel-
ligibile, per imperinm volantatis : unde in dif-
finitione habitas, dicitar: «Quo qnis ntitur,
cùm volaerit. » Similiter autero de secundo gra<!a
transfertnr in tertium , per voluntatem ; nam
per voluntatem conceptns mentis ordinatur ad
altemm , putà vel ad agendam aliquid , vel ad
manifestandum alteri. Quando autem mens conr
vertit se ad actu considerandum quod babet in
habitu, loquitur aliquis sibi ipsi; nam ipse con-
ceptus mentis interius verbum vocatur. £x
boc ver6 qu6d conceptus mentis angeliœ or-
dinatur ad manifestandum alteri , per vohmta-
tem ipsius angeli, conceptus mentis unius an-
geli innotescit adteri. El sic loquitur unusaugelug
alteri. Nihil est enim aliud loqui ad altemm ,
quim conceptum mentis alteri manifestare.
Ad primum ergo dicendum , quôd in noMs
interior mentis conceptus quasi duplici obstaculo
16 PARTIE I^ QUESTION CYII^ ARTICLE 1.
mées en nous comme par une double barrière : d'abord par la Yolonté elle-
même^ laquelle peut garder intérieurement les conceptions de la pensée^
ou les diriger vers une manifestation extérieure ; et, sous ce rapport, nul
ne peut lire dans Tesprit d'un autre , si ce n'est Dieu , selon cette parole
de saint Paul , I Corinth., Il , 11 : <x Ce qui est dans l'homme , nul ne le
connoit, si ce n'est l'esprit de l'homme, qui réside en lui-même, d En
second lieu , la pensée de l'homme est rendue invisible pour tout autre
regard que le sien , par son enveloppe matérielle : aussi , lors même que
la volonté dirige les. conceptions de l'esprit vers une manifestation exté*
rieure, ces conceptions n'arrivent à la connoissance d'un autre que par le
moyen d'un signe sensible. C'est là ce qui fait dire à saint Grégoire ,
Morale^ II : a Nous échappons aux regards des autres en nous renfermant
dans le secret de notre pensée, où le corps nous environne comme un
mur ; et quand nous voulons nous manifester , notre ame se produit en
quelque sorte par la bouche , qui est ainsi comme la porte de son asile ;
c'est par là qu'elle peut se montrer telle qu'elle est. 0 Mais l'ange n'a pas
à vaincre de tels obstacles; aussitôt donc qu'il veut manifester sa pensée
à un autre, celui-ci la connoit.
2<» La parole extérieure, qui se réalise par la voix, nous est nécessaire à
cause des entraves du corps; aussi cette parole ne peut-elle. convenir à
l'ange ; l'ange n'a que la parole intérieure , par laquelle il se parle non-
seulement à lui-même par les conceptions de sa pensée, mais il parle
encore aux autres par la volonté qu'il a de leur manifester cette pensée.
C'est donc par métaphore qu'on parle de la langue des anges ; il faut en-
tendre par là la puissance mên^e qu'ils ont de manifester leurs pensées.
S"* Quand il s'agit des bons anges qui se voient toujours réciproquement
dans le Verbe, il n'est pas nécessaire de supposer un autre moyen d'atten-
tion ; car, l'un voyant toujours l'autre, y voit par là même ce qui est o>
donné par rapport à lui. Mais comme les anges pouvoient se parler dans
daudilur : prim6 qaidem ipBa volontate , qiue
conceptom intellectûs potest retiaere lateriùs,
▼el ad extra ordinare ; et quantum ad hoc, men-
tem unius duIIus alius potest videre, nisi solus
Deus, secundùm illud I. Cor., II : « Qua suât
hominis , nemo novit nisi spiritas homiois qui
in ipso est. » Secundo autem clauditur mens
hominis ab alio homine pergrossiiiemcorporis:
nnde , cùm etiam voluntas ordinal conceptum
mentis ad manifestanâum alteri, non statim
cognoscitur ab alio, 86d oportet aliquod signnm
senslbile adhibere. Et hoc est quod Gregorius
dicit, II. MoraL : « Alienis oculis intra secre-
tum mentis quasi post parietem corporis, sta-
mus ; sed cîim manifestare nosmetipsoscupimus,
quasi per lingns januam egredimur , ut quales
suQms intrinsecùs , osteudamus. » Hoc autem
'^^taculum non hsd)et aogelus. Et ideo quàa
cito vult manifestare suum conceptum, statim
alius cognoscit.
Ad secnndom dicendom, qn6d locntio exterior
qus fit per vocem, est nobis necessaria propter
obstaculum corporis, nnde non conveuit angelo ;
sed sola locutio interior, ad qnam pertinet non
Bolùm qu6d loqnatur sibi , interiùs concipiendo,
sed etiam qu5d ordinet per voluntatem ad alte-
rius manifestationem. Et sic lingua angelorum
metaphoricè dicitur ipsa virtus angeli , qoa con-
ceptum suum manifestât.
Ad tertium dicendum, qu6d quantum ad.au-
gelos bonos qui semper se invicem vident in
Verbo , non esset necessarium ponere aliquid
excitativum; quia aient unns semper videt
9)ium, ita semper videt in eo quicquid est ad se
ordinatum. Sed qoia etiam in statu nature coo*
dit», sibi invicem loqoi poterant, et mali as-
m LANGAGE DBS ANGES. 17
fear état primitif^ dans le temps de leur épreuve ; et comme les mauvais
anges peuvent encore se parler^ il faut dire que Tintellect est mû par Tin-
telligible^ ainsi que le sens est mû par le sensible. Si donc un signe sen-
sible frappe notre sens , il doit y avoir une puissance intelligible par
laquelle Tattention de Tange est éveillée.
ARTICLE n.
Vange inférieur peut^il parler à l'ange supérieur?
Il paroît que Fange inférieur ne parle pas à l'ange supérieur. !• Sur les
paroles déjà citées de saint Paul : a Si je parlois les langues des hommes
et des angeSj d la Glose dit : a Les paroles des anges sont des illuminations
que les anges supérieurs transmettent aux anges inférieurs, d Or, les anges
inférieurs n'illuminent pas les anges supérieurs , ainsi que nous Tavons
dit. Donc ils ne leur parlent pas.
2° Illuminer, comme nous l'avons dit encore, c'est manifester à un autre
les choses que l'on connoît. Or, c'est là parler. Donc il faut dire de la
parole ce que nous disons de l'illumination.
9^ Saint Grégoire dit, dans l'ouvrage déjà cité : « Dieu parle aux anges,
en rendant manifestes à leur pensée les choses cachées dans sa nature. »
Mais c'est là les illuminer. Donc toute parole de Dieu est une illumination.
De même , par conséquent , toute parole angélique est une illumination.
Donc un ange inférieur ne peut, en aucune manière, parler à un ange
supérieur.
Mais le contraire résulte de l'interprétation donnée par l'Aréopagite,
sur ces paroles du psaume : a Quel est ce roi de gloire? d Puisque c'est
là, d'après lui, une question que les anges inférieurs adressent aux anges
supérieurs.
geli etiam nanc sîbi in^icem loqnnntar, dicen-
dnm est quôd, sicut sensus movetur à sensibili,
ita intellectas moretor ab intelligibiU. Sicat
ergo per signum senaibile eicttatur sensus, ita
per aliqnam virtutem intelligibileiD potest ex-
ctoi meosangeli ad atteadeDdam.
ARTICULUS n.
Utfvm tnfertor angeluê tMperiori logicalifr.
Ad secandam sic proceditar (i). Videtur qndd
înferior angélus superiori non loqnatnr; quia
Buper iUnd 1. Cor,, XOI : « Si lingois
hominam loquar et angelonim, » dicit Glossa
quM « locut.oaes angeloram sont illnmina-
tiooes qiiibas superiofes illuminant inferiores. »
Ergo nec inferiores saperioribos loquunttir.
2. Prseterea, soprà dictom est (qu. 106,
ait. 1 ) quôd âlominare nihil est aliud quàm
illad qood est alicoi manifestam , alteri mani-
festare; et hoc idem est loqoi. Ergo idem est
loqui et illuminare; et sic idem qood priùs.
3. Prseterea, Gregorios dicit, II. Bloral, (ut
suprà), qnôd « Deos ad angelos loquitur eo ipso
quôd eorum cordibos occulta sua invisibiiia os-
tendit. » Sed hoc ipsum est illuminare. Ergo
omnis Dei locutio est illuminatio. Pari ergo ra-
tione omnis angeli locutio est illuminatio. Nullo
ergo modo angélus inferior superiori loqai po-
test.
Sed contra est, qnod sicut Dionysios ezponit.
Vil. cap. CadesU hier,, inferiores angeli supe-
I riorîbas dixerunt : « Quis est iste rex glori» ? »
nooes qu]0U8 sopenores luuminani inienores. » oea coaira est, quoa sicni uionysios ex
Sed inferiores nuoqoam illuminant stiperiores. Vil. cap. CadesU hier,, inferiores angeli
Ql luprà dictom est (quaest. 106, arU 3). | riorîbas dixerunt : «Quis est iste rexglo
(1) De bis etiam inCrà, qu, %\1 » %x\, i ) et qu. 9, de v«rit«Y ar|« 1 ; et Id J; ad Cer^s
lect., col. 3.
xm.
18 PARTIE 1, QUESTION GTIt^ iJRTIGLE 2.
(GoNCLVdiCHi. -^ Un aoge mférietir pouvant communiquer à nn ange
supérieur te qu'il a conçu dans sa pensée^ en tant qu'il a une volonté
propre , et non par Faction directe de fe volonté suprême , ou doit recoii
noitre qu'il lui parle^ sans toutefois Tilluminer.)
Les anges inférieurs peuvent parier aux anges supérieurs. Ponrrendtif
cette proposition évidente, il faut remarquer que toute illumination chez
les anges est une parole, mais que toute parole n'est pas une illumination ;
car, ainsi que nous l'avcMis dit, la porcte d'un ange à un autre ange n'est
autre chose que l'action par laquelle il lui manifeste sa pensée, sous l'im-
pulsion de sa volonté propre. Or, les conceptions de notre esprit peuvent
être rapportées à un double principe : d'abord à Dieu même , qui est la
première vérité ; puis à notre volonté propre, qui nous pousse à considé-
rer actuellement une chose. Mais, comme la vérité est la lumière de Tin-
tellect, et comme la règle de toute vérité est Dieu même, la manifestation
de ce que nous avons conçu dans notre esprit , en tant que cela dépend
de la première vérité, est à la fois une parole et une illumination ; ainsi,
quand un homme dit à un autre : a Le ciel a été créé par Dieu, d ou bien :
a L'homme est un animal. » La manifestation de notre pensée , en tant
que celle-ci dépend de notre volonté propre , ne sauroit être appelée illu-
mination , on ne doit y voir qu'une parole ; ainsi quand un homme dit à
un autre : « Je veux apprendre telle chose , je veux faire ceci ou cela. »
Et la raison en est que la volonté créée n'est pas la lumière ni la règle de
la vérité ; elle participe simplement à la lumière. Ainsi donc , communi-
quer une chose qui vient d'une volonté créée et considérée comme telle,
ce n'est pas illuminer. Il importe peu à la perfection de mon intellect de
savoir vos intentions ou vos idées; ce qui m'importe, c'est de connoitre la
vérité elle-même. Or, il est- évident que les anges ne se trouvent dans des
rangs inégaux que par rapport à ce premier principe , qui est Dieu : et
( CoKCLusio. — Cùm angélus inferior ea quœ
meDte concepit, superiori patefaciat, provt ex
sua YOlantate , non autem à prima voluntaie
dépendent, iUi qoidem loqoitur, sed eum noo
iUumioat. )
Respondeo dicendum, qaôd angeli inferiores
snperioribos loqui possunt. Ad ctijus evidentiam
coDsiderandum est , quèd omnis iilaminatio eftt
locutio in angelis, sed non omois locntio est il-
lominatio; quia sicut dictum est (art. 1 ), aa-
gelum loqai aogelo nihil aliud est quàm coa-
ceptum saam ordiaare ad hoc ut ei mootescat,
per propriam voluutatem. Ea verô qus roeaté
concipiuntar, ad duplex principium refierri pos-
8unt, scilicet ad ipsum Deum, qui est prina
Terilas, et ad voluntatem iotelligeutis, per qoam
aliquid actu consideramus. Quia verô veritas est
Inmen intellectûs, et régula omois teritatis est
cipitur fleGundùm qaod dependet à prima veri-
tate, et locutio est etilluminatio : putà si unos
homo dieat alii : « Cœlum est k Dec creaium, »
vel : <x Homo est animal. » Sed manifestatîo
eonim qus dépendent ex voluntate inteiligea-
tis, non potest dici illuminatio, sed locutio taa-
tùm : putà si aliquis alteri dicat : a Volo hoc
addiscere, toIo hoc ^el illud facere. » Cnjus
ratio est» quia voluLtas creata noo est Lux Aec
régula veritatis , aed pariicipans lucem : unde
oommunicare ea que sunt à iroluntate creata. «
in quantum hujusmodi, non est illuoiioare.
Non enim pertinet ad perfectionem intelieciû»
mei, qûd tu velis, Tel quid tu inteUigas, oo-
gnoftcere ; sed solùm ^luid rei veritas babeal.
Manifestum est autem qu6d angeli dicuntur s»*
periores vel inferiores per comparationem ad
hoc piindpinm quod est Deus : ei ideo illomi-
->se Deusa nanifiistatio ejus quod mente con* [ natio qu» dependet à priucipio, quQ4 est Deus^
m LANGAGE BES ANGES. iO
▼oilà pourquoi rjllttmination qui dépend de ce premier principe qui est
Dieu ) doit passer des anges supérieurs aux anges inférieurs* Mais dans
Tordre d'un autre principe , qui est la volonté propre , celui qui veut est
à cet égard cause première et suprême : et voilà pourquoi la manifestation
de la pensée^ comme provenant de la volonté même, va de celui qui veut
i un être quelconque. Sous ce rapport donc^ les anges supérieurs parlent
aux anges inférieurs y et réciproquement (1).
De là résulte clairement la réponse à la première et à la seconde olh
jection.
3^ Toute parole de Dieu aux anges est une illumination ; car^ comnoe
la volonté de Dieu est la règle même de la vérité, savoir ce que Dieu veut,
c'est encore une perfection et une illumination pour l'intelligence créée.
On ne peut raisonner de même de la volonté des anges , comme nous
l'avons dit
ARTICLE ffl.
Uange parU-Uil à Dieu?
Il paroît que l'ange ne parle pas à Dieu. V La parole a pour unique
objet de manifester quelque chose à im autre. Or, l'ange ne peut rien ma-
nifester à Dieu, qui connoît tout. Donc l'ange ne parle pas à Dieu.
(1) Les aoges étant des natures immatérielles , exemptes de tout contact personnel atee un
corps quelconque , quand il s* agit de nous faire une idée de leur langage . nous devons re-
pousser bien loin de notre esprit toute pensée de situes corporels et sensibles. Fun autre
c^té , cependant , il n*est pas aisé de comprendre la nécessité ou même la possibilité de la
parole entre des êtres spirituels. U semble , au premier abord , que de tels êtres , Jouissant de
la Tue intuitive de Dieu, devroient se pénétrer réciproquement, et ne pouvoir rien se cacher
run à r autre. Mais , s*il en étoit ainsi , on ne concevroit pas non plus la société des natures
angéliques , ni même leur existence simultanée : elles s* absorberaient en quelque sorte et
perdroient leur individualité dans Punité de la nature divine. Entre ces deux écueils , les prin-
cipes posés par saint Thomas nous tracent une voie aussi sârc que lumineuse. Le saint Docteur
oous apprend d*abord à distinguer, dans la parole même humaine, deux éléments, qui font
de cette parole Texpresslon parfaite de cet être composé d^une ame et d*un corps : Vêlement
spirituel et rélémcnt matériel , le verbe Intérieur, comme parle range de I^colo , et ce qui
est n*est que le son ou le reflet extérieur. Nous pouvons donc séparer ces deux éléments , et
concevoir le Verbe intérieur et spirituel , « cette parole , avec laquelle Phorome se parle i
hri-mêrae , comme dit Bossuet, sans bruit de paroles » CTest évidemment le seul genre de
parole qui puisse convenir i des êtres spirituels.
Souvenons-nous , en second lieu , que saint Thomas a démontré dans on antre endroit de
olhm per superiores angelofi ad inferiores de- i Dei sit régula veritatis^ etiam scire quld
tacilur. Sed in ordine ad principium quod est velit , pertinet ad perfectionem et illuminatio-
nem mentis creaUe. Sed dod est' eadem ratio
Deus
dacilur
Toluntas, ipse volens est primas etsupremus:
et ideo manifestalio eonim qnse ad voluntatem
pertinent, per ipsum yolentem deducitur ad alios
quoscunque. Et quantum ad boc, et superiores
Uiferioribus, et inferiores superioribns loquon-
tur.
Et per hoc patet solntio ad primnm et ad
•ecnndum.
Ad tertium dîcendum, qnbd omnis Bei locntio
id aogelos est iUumlnatio; foia, cùm Yoluntas
de voluntate angeli^ ut dictom est.
ARTICULUS in.
Otiiim angélus Deo toquatur.
Ad tertium sic proceditur. Videtur qu&d as-
gelns Deo non loqiiatur. Locutio enim est ad
Dianirestandum aliquid alteri. Sed angelas nihil
potest manifestare Deo, qui omnia novit. £rgo
angélus non loauitor Deo.
20 PIRTIE I^ QUESTION GYII^ ARTICLE 3.
2« Palier, c'est diriger vers un aatre les conceptions de son propre in-
tellect , comme nous venons de le dire à l'article premier. Mais Tange
dirige toujours ses conceptions vers Dieu. Si donc il lui parle quelquefois,
il lui parle toujours ; et cela semble répugner, puisque Tange parle quel-
quefois à range. Donc il paroit que Tange ne parle jamais à Dieu.
Maisle contraire est formellement exprimé dans TEcriture, Zach.y 1, 12:
« L'ange répondit à Dieu et lui dit : Dieu des armées, jusqu'à quand
n'aurez-Yous pas pitié de Jérusalem ? » Donc l'ange parle à Dieu.
((Conclusion. — Si les anges parlent à Dieu, ce n'est pas pour lui mani-
fester quelque chose, c'est uniquement, ou pour consulter sa volonté, ou
pour admirer sa grandeur suprême.)
La parole de l'ange consiste, comme nous l'avons dit, dans la direction
de sa pensée vers un autre. Or, une chose peut être dirigée vers quelqu'un
de deux manières : d'abord pour lui transmettre un bien réel ; c'est ainsi
que dans les choses naturelles, l'être actif est ordonné par rapport à l'être
passif; c'est encore ainsi que, dans la parole humaine, le maître est
ordonné par rapport au disciple. Dans ce sens, l'ange ne parle pas à Dieu;
il ne lui parle ni de ce qui appartient à la vérité des choses, ni de ce qui
dépend de la volonté créée ; car Dieu est le principe et l'auteur de toute
vérité et de toute volonté. Une chose, en second lieu, peut se diriger vers
une autre pour en recevoir au contraire un bien; ainsi, dans les choses
naturelles , le passif est ordonné par rapport à l'actif , et , dans la parole
la Somme , en traiiant des lois constitutifes de rétre spirituel , que la volonté peut mouvoir
rintellect. Sans doute , il ne s'agissoit encore là que de rexerclce propre de Tintellect , ou
•\t la connoissance y c'est-à-dire , du verbe intérieur et personnel. Hais des principes établis
Jans celte thèse , suivent logiquement ceux qui lui servent à prouver maintenant qu*une nature
intellectuelle peut diriger sa pensée vers une autre nature semblable , par un genre de mani-
festation propre à de telles existences. Si la volonté créée peut agir sur la formation de la
parole interne , à plus forte raison pourra-t-elle agir sur la communication de cette même
parole. Elle est donc libre de la transmettre à qui elle veut ; et le Créateur n*a pu lui en re-
fuser les moyens. Il résulte ultérieurement de là , que Tintelligence créée n*agit pas unique-
ment comme instrument de Tintelligence incréée, qu*elle a son action propre, une sorte
dMnitiative , et qu*elle est ainsi constituée dans son être individuel.
2. Prsterea, loqui est ordinare conceptum
intellectûs ad alteram, ut dictum est (art. 1).
•ed angélus semper conceptum suœ mentis or-
^t in Deum. Si ergo aliqaando Deo loquitur,
fnper Deo loquitar. Quod potest videri ali-
^oibas inconvenienSi cùm aliquando angélus
angelo loquatur. Videtor ergo qu6d angélus
nuDqoam loquatur Deo.
Sed contra est, quod dicitur Zach., I : « Res-
pondit Angélus Deo , et dixit : Domine exerci-
tuam, usquequo non misereberis Jérusalem. »
Loqaitor ergo angélus Deo.
(CoKCLUsio.— Angeli non loquuntur Deo
Qtilli quiiipiam manifestent ^ sed illi loqui di-
Mir vel consulendo illius voluntatemde agen-
7el illius excellentiam admiranjo. )
Respondeo dicendum, qu6d sicut dictum est,
locutio angeli est perhoc qu5d conceptio mentis
ordinaiur ad alterum. Sed aliquid ordinatur ad
alterum dupliciter. Uno modo ad hoc quùd
communicet aliquid alteri, sicut in rébus natu-
ralibus agens ordinatur ad patiens , et in locu-
tione bumana doctor ordinatur ad discipulum.
Et quantum ad hoc nullo modo angélus loquitur
Deo. Btque de bis quse ad rerum veritatem per-
tinent, neque de bis qu» dépendent à volun-
tate creata; quia Deus est omnis veritatis et
omnis voluntatis principium et conditor. Alio
modo ordinatur aÛquid ad alterum, ut ab e«
aliquid accipiat : sicut iu rébus naturalibuB,
passivum ad agens, et in locutione bumana
discipulus ad magistrum. Et hoc modo angélus
])U lAlCGÀGE DES ÀN6ES. 21
humaine , le disciple par rapport au maître. Dans ce sens , Tangc parle à
Dieu , soit pour interroger la volonté divine , qu'il désire accomplir, soit
pour admirer la grandeur suprême, qu'il ne sauroit jamais embrasser.
C'est ce que dit saint Grégoire , toujours dans le livre que nous avons cité :
a Les anges parlent à Dieu, quand de la considération de ce qu'ils ont en
eux-mêmes ils s'élèvent , par un mouvement d'admiration , à la contem-
plation de Dieu. »
Je réponds aux ai^uments : !• La parole n'a pas toujours pour objet de
manifester quelque chose à un autre; celui qui parle se propose, au con-
traire , souvent d'apprendre quelque chose , comme le disciple qui inter-
roge son maître.
2^ Si l'on considère la parole par laquelle les anges louent, admirent et
bénissent Dieu, on peut dire que les anges parlent toujours à Dieu ; mais,
si l'on considère la parole par laquelle ils interrogent la sagesse divine sur
les œuvres qu'ils doivent accomplir, on doit dire qu'ils ne lui parlent que
pour l'interroger sur la chose touchant laquelle ils désirent être illuminés.
ARTICLE IV.
La distance des lieux fait-elle quelque chose à la parole angélique ?
Il paroit que la distance des lieux fait quelque chose à la parole angé-
lique. l"" Saint Jean Damascène dit , De fide orth., 1 , 17 : <x Où l'ange se
trouve , c'est là qu'il agit, d Or, la parole est une action. Donc , puisque
l'ange existe dans un lieu déterminé , il semble que sa parole doive être
circonscrite par ce même lieu.
2« Celui qui parle crie à cause de la distance qui le sépare de celui à qui
il veut parler. Mais le Prophète dit, en parlant des Séraphins, /s., VI :
loquiiur Deo , ^el consnlendo divioam voluota- 1
tem de agendis, vel ejasezcellentiam, quam
nQQqoam comprehendit, admiiando. Slcut Gre-
gorios dicit, li. Morai. ( ni suprà), qu&d a an-
geli loquantar Deo, cùm per boc qaod saper
semetipsos respiciunk, in moUun admiratioois
sorgont. i>
Âd primnm dicendum, qo6d locutio non sem-
per est ad manifestandmn alteri , sed qnandoqne
ad hoc ordinatnr finaliter ut loqaenti aliqoid
mamtestetur, sicnt cùm disdpnlas qoaerit ali-
qoid à magistro.
Ad secundom dicendam , quôd locutione qna
angelj loqauntuT Deo, laadantes ipsam et ad-
mirantes, semper angeli Deo loqanntur*, sed
locutione qna ejus sapientiam consulnnt saper
tgendis, tune ei loqanntur, quando aliquod no-
vnoi per eos agendam occarrit, saper qoo de-
siderant illuminari.
AHTICULUS IV.
Uttiim healis disiantia opet-einr aliquid in
locutione angelica.
Ad quartam sic proceditur (1). Videtur quôd
localis distantia operetar aliqoid in locutione
angelica. Sicat enim dicit Damascenus : « An-
geins ubi est, ibi operatur. » Locutio aotem est
qusdam operatio angeli. Cùm ergo angélus sit
in determinato loco, videtur quôd usque ad
determinatam loci distantiam angélus loqui
posait.
3. Prasterea, clamor loqusntis Ht propter dis-
tantiam audientis. S^d Isa:., VI, ùicitur de
I Seraphim, qo6d « cUmùt alttir ad allerum. m
(I) De bi9 etiam iiill,5eiil.^ dlst. 9, art. S ad 6; utetdist. 11, qu. 2, art. 3 ad S; et
fp, 9, de verit.i «rt. 6.
22 PARTIE 1/ QUESTION CVlï, ARTICLE k.
« L'un crie vers Tautre. » Il paroît donc que, dans la parole des anges, la
distance des lieux fait quelque chose.
Mais le contraire résulte de ce qui est dit dans l'Evangile , Luc , XVI ,
puisque le riche tombé dans Tenfer parioit à Abraham, sans en être em-
pêché par la distance des lieux. Bien moins, par conséquent, cette distance
peut-elle empêcher un ange de parier à un autre.
(Conclusion. — La parole des anges, consistant dans une simple
opération intellectuelle, ne sauroit rencontrer un obstacle dans la distance
des lieux.)
n résulte clairement de ce que nous avons dit, que la parole de Tanire
consiste dans une opération intellectuelle. Or, Topération intellectuelle do
range est entièrement indépendante des conditions de temps et de lieu ;
car notre opération intellectuelle même fait abstraction de ces deux cod-
ditions ; elle n'en dépend que par les images reçues, lesquelles n'existent
pas chez les anges. Or, ce qui est affranchi des conditions de temps et de
lieu ne sauroit être modifié par les époques ou les distances. Donc la dis-
tance locale ne peut apporter aucun empêchement à la parole des anges.
Je réponds aux arguments : 1* La parole de Tange, quoique perçue par
un autre , est , comme nous Tavons dit , une parole intérieure ; et , par
conséquent, elle réside dans l'ange qui parle; elle est là où l'ange se
trouve. Mais comme la distance locale n'empêche pas un ange d'en voir
un autre , elle ne l'empêche pas non plus de découvrir en lui une pensée
qui le regarde : et c'est là percevoir la parole.
2® Le cri dont il est ici parlé n'est pas celui d'une voix corporelle, il n'est
pas motivé par la distance des lieux ; mais il exprime, ou bien la grandeur
de la chose qui est dite , ou bien la grandeur de l'amour avec lequel elle
est dite ; d'où vient cette réflexion de saint Grégoire , Morale , Il : « Un
homme n'élève pas la voix quand il est pressé d'un médiocre désir. »
mm
Ergo videtur qnôd in locuUone angeloram ail-
quid operetur ioc^lis distanlia.
Sed contra est, quôd sicut dicitur Lvc, XVI ,
dives in inferno positus loquehatur Abrahae,
non impediente locali distantia. Mnlt6 igitur
minus loealis distantia potest impedire locutio-
nem unius angeli ad alterum.
( CovcLusfo. — In loentione anj^elorom, càm
in inteUectual) operatione consistât, nulium
impedimentum prsstat loealis distantia. }
Respondeo dicendum , quôd locuiio asgeli in
iateliecluali operatione consislit, ut ex dictis
patet. Inteliectnalis auteni operatio angeli om-
nino abstracta est à loco et teinpore; nam etiam
Dostra inteliectnalis operatio est per abstractio-
nem ab hic et nunc^ nisi per accldens ex parte
'^•'•tasmatum , qus in angelis nulla sunl. In
n quod est omnino abstractum à loco et
tonipore, nihii operatat neque temporis direr*
sitas, neqne loâ distantia. Unde in iocutione
angeli nallum impedimentum facit distantia lod.
Ad primum ergo dicendam, qaèd locutio an-
geli (sicut dictum est) est locutio interior»
qa« tamen ab alio percipitnr : et ideo est in
angelo loquente, et per oonsequens ubi est
angélus lo<,D3na. Sed sicut distantia loealis noo
impeditquia unus angélus alium videre pœsit,
ita etiam non impedit quiu percipiat qood in eo
ad se ordinatur, Quod est «jus Locutionem per-
cipere.
Ad secnndnm dicendum, quôd clamor iile
non est vocis corpores, que fit propter distao»
tiam loci, sed slgniûcat magnitudinem rei qua
dicebatur, vel magnitudinem affeclûs, secundùm
quod dicit Gregorius, H. Moral,: a Tant6 quis-
que minus clamât, quantè minus desiderat.»
su hkJSaXQB DES ANGES.
33
ARTiaE V.
£a. parole <f tin amge è fomtm ut'^ile oofiniie àb toutf '
n pnrolt que la parole d'un ange à l'autre est connue de toas. i.^ Si la
parole d'un homme à l'autre n'est pas entendue de tous, cela vient de la
trop grande distance des lieux. Mais la distance des lieux ne fait rien à la
parole de l'ange. Donc la parole d'un ange à l'autre est connue de tous.
2<» La puissance intellective est une chose commune à tous les anges. S
donc une conception de l'un d'eux est connue de celui à qui elle s'adresse,
il faut qu'elle soit également connue de tous les autres.
S*» L'ilhiminntion est une sorte de langage. Mais l'illumination qu'un
ange transmet à un autre parvient à tous les anges , selon la parole déjà
citée de saint Denis : « Toute existence céleste communique aux autras la
lumière qu'elle a regue. o Donc la parole d'un ange à Tautre parvient
à tous les anges.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire ; car, si deux hommes ont le pou*
voir de se parler seul à seul, à plus forte raison, cela doit-il avoir lieu chez
les anges.
(Conclusion. — Un ange pouvant avoir un motif de communiquer sa
pensée à l'un et non à l'autre, sa parole doit pouvoir être perçue par l'un
d'eux^ à l'exclusion de tous les autres.)
D'après ce que nous avons dit, la conception d'un ange peut être perçue
par un autre, à cause de la direction qui lui est donnée par la volonté de
celui qui l'a eue. Or, on peut avoir un motif de transmettre une pensée à
l'un et non à l'autre ; et voilà pourquoi celte conception peut être trans-
mise à un ange en particulier. C'est ainsi que la parole d'un ange peut
AUTICULUS V.
Vtrkm locuthrutn vniua angeli ad alierum
omnes eognoteant.
Ad qnintDin sic proceditar. Videtnr qu6d lo-
cationem onius angeli ad aUerom omnes co-
{moscant. Quod enim nnias hominis locutiooem
noa omnes aadiant, facit insqualis lori dis-
tautia. Sed io locaUone aogeli nihil operatur
localis distantia^ ut dictmn est (art. 9 ). Ergo
imo angelo loqnente ad alteram , omnes perd-
piiiDi.
8. Pnet^ea , mimes angeti commnnicant in
Vfftute inieUigeiidi. Si ergo concepius mentis
mMif ordinatas ad aHenim eognoscitur ab uno ,
pni ratione oognescttnr ah alîis.
9. Pra terea, illuminalio est qusdam species
locutioois. Sed iUuminatio unius angeli ab altère
pervenit al omn s angelos; quia, ut Oionysius
dicit, XV. Cœiett. hiera^çh, (ut jam suprà) ,
Cl «naqueqne netestis eflientia inkefiti^tiain
sibi Iradi&am aliiacommvDictt j> Ergo et locntio
umus angeli ad alteram, ad oaoes perdacitar.
Sed contra est, qnôd unus homo potest altoii
aoli loqai. Multo igitur magis hoc in angelis
esse potest.
(CoNCLUSio. ^Cùm unus angélus proprium
conceptum mentis ordinare possit ex aliqua causa
ad onum et boq ad alteram, locutiooem unius
angeli potest percipere unus absqne aliis.)
Respondeo dioendum , qnèd sicut suprà die-
tum est, ronceptus mentis unius angeli percipi
potest ab allero, per hoc qo6d ille cujas est
conceptus, sua Toluntate ordinat ipsum ad al-
teriim. Potest antem ex aliqua causa ordinari
aiiquid ad unum et non ad alterum : et ideo
potest conceptus unios ab aliquouno cogoosci,
et non ab aliis. Et sic locutionem unius angeli
ad alterum potest percipere unus absque aliis;
non quidem impediente distantia locali, sed
21 PARTIE J, OtTESTION GYni, ARTICLE 1.
être entendue d'un autre et non de tous, non à cause de la distance locale^
mais par la volonté de celui qui parle.
De là résulte la réponse à la première et à la seconde objection.
3<> Toute illumination provient de la première source de la vérité, qui
est aussi le principe commun de tous les anges ; et dès lors, les illumina-
tions leur sont aussi communes. Mais la parole peut avoir sa source dans le
principe même de la volonté créée, ce qui est le propre de chaque ange ;
et voilà pourquoi les paroles puisées à cette source ne sont pas destinées à
tous les anges.
QUESTION CVIII.
ne la dlTlslOA des anges par Méraicliles et par ordres.
n faut ensuite examiner la division des anges par hiérarchies et par
ordres. Car nous avons dit que les anges d'un ordre supérieur illuminent
ceux d'un ordre inférieur, mais non réciproquement. Sur ce sujet, huit
questions se présentent : !• Tous les anges ne forment-ils qu'une seule
hiérarchie ? 2* Dans une hiérarchie, n'y a-t-il qu'un seul ordre? 3" Dans
un ordre, y a-t^il plusieurs anges? 4<» La distinction des hiérarchies et des
ordres est-elle fondée sur la nature ? 5<» Quels sont les noms et les propriétés
de chacun des ordres? B'» Quels sont les rapports des ordres entre eux?
?• Les ordres demeureront-ils après le jour du jugement? 8« Les hommes
sont-ib pris pour faire partie des ordres angéliques?
hoc faciente volantaria ordinatione, ut dictum
est.
Unde patet responsio ad primum et ad se-
cundam.
Ad tertiam dicendnm, quôd illaminatio est
de his qas émanant à prima régula veritatis^
fDie est principiom commune omnium angelo-
rum ; et ideo illuminationes sunt omnibus com-
munes. Sed locutio potest esse de bis que or-
dinantur ad principium voluntatis create^ quod
est proprium unicuique angelo; et ideo non
oporiet quôd hujusmodi locutiones sint omnibus
communes.
QUjESTIO CVIII.
De ordinalione angelorum ieeumdum hierarehiàt et ordinei, in oeto articulât divits,
Deinde considerandum est de ordinatione an- 1 uno ordine sint plures angeli. 4» Utnim dis-
gelorum secundùm bierarcbias et ordines. Die- tinctio hierarcbiarum et ordinum sit à natura.
tum est euim qu6d superiores illuminant infe-
riores, et non è converso.
Circa boc qusruntur octo : i» Dtrùm omnes
angeli sint unius bierarcbis. 2» Utrùm in una
luerarchia sit unus tantùm ordo. 8* Utrùm in
5» De nominibus et proprietatibus singulorum
onlinum. 6» De comparatione ordinum ad in»
^icem. 70 Utrùm ordines durent post diem ju-
dicii. 80 Utrùm homines assnmantor ad ordiaet
angelorum.
DE LÀ DIVISION SES ANGES PAR HIÊRAKGHIES ET PAR ORDRES.
S5
ARTICLE I.
Totis les anges ne forment^ils qu^une seule hiérarchie?
n paroit que tous les anges ne forment qu'une hiérarchie. 1® Les anges^
occupant le rang le plus éleyé parmi les créatures, doivent être parfaite-
ment disposés. Mais la disposition la plus excellente consiste à ranger la
multitude sous le gouvernement d'un seul, comme le montre le Philo-
sophe, Metaph., XII, et Politic, III. Donc la hiérarchie n'étant autre chose
qu'un gouvernement sacré , il semble que les anges appartiennent à une
seule hiérarchie.
if" Saint Denis, De cœL Hier., III, dit que a la hiérarchie est un ordre,
une science, et une action, b Or tous les anges sont dans le même ordre
de rapports avec Dieu, qui est l'objet de leur connoissance et le régulateur
de leurs actions. Donc tous les anges appartiennent à une seule hiérar-
chie.
3* Le gouvernement sacré appelé hiérarchie convient aux hommes et
aux anges. Or les hommes ne forment qu'une seule hiérarchie. Donc, les
anges aussi ne forment qu'une seule hiérarchie.
Mais, au contraire, saint Denis, De cœl Hier., VI, distingue trois hié-
rarchies d'anges (1).
•
(1) Deox Pères de TEgliaei saint Denis et saint Grégoire, Ton dans son traité de la Hiirarehi»,
rautre dans plusieurs passages de ses Homiliei, ont principalement fourni à saint Thomas
les précieux éléments qii*i1 met en œune dans cette intéressante et remarquable théorie , où
il nous montre , en quelque sorte , la constitution intime de la cité angéliqne. A ces deux
sources , aussi pures qu^életées , il faut en ajouter une qui les domine , et dont elles doivent
être regardées comme les fécondes dérlyations. C'est rScriture sainte. Mais quoique le Père
grec et le Père latin se trouvent nécessairement avoir puisé à une source commune , on recon-
noft, dans leurs aperçuf et leurs déductions , deux caractères fort distincts. Le génie du
premier le pousse à découvrir la nature des fonctions angéliques et celle de leurs rapports ,
dans les noms mêmes des anges , tels qu*ils nous sont donnés par les Livres saints ; il raisonne,
pour ainsi dire, à priori, et descend des principes aux actions extérieures, aux divers mi-
nistères de ces purs esprits. Le second suit presque toi^ours une marche opposée; il remonte
ARTICULUS I.
Otrùm omnti angtli êini uniui hierarehiœ.
Ad primam sic proceditur (1). Videtnr qabà
omnes angeli sint noiiu hienrchis. Cùm eoim
tngeU sint supremi inter creataras^ oportet di-
cere qaôd sint optimè dispositi. Sed optima
dtsposikio est mnltitudinis secundùm quèd con-
tioetor sub ono prindpata, ut patet per Phiio-
lophnm, \\l.Metapky$, et in m. Polit. Cùm
cvgo hierarchia nihil ait aliud qoèm aacer prin-
dpatus, Tidetur quèd onmes angeli siot uniua
tiieiarchchis.
2. Prcterea^ Dionysius dicit in III. cap.
Cœlest. hieraivh., qnôd « hierarchia est ordo,
scientia et actio. » Sed omnes angeli conve-
oiunt in uno ordine ad Deum quem cognoscuat
et à qoo in sois actionibus regulantor. £rgo
omnes angeli sunt unius hierarchia.
3. Pneterea, aacer principatus, qui licitur
hierarchia (2), invenitur in hominibus et ange-
lis. Sed omnes homines snnt unius hiérarchie.
Ergo etiam omnes angeli sunt unius hiérarchie!
Sed coutra est, quôd Dionysius, VI. cap.
Cœlest. hierarch., distinguit très hierarcbiaâ
angelorom.
(1) De his etiam In H, ShU., dist. 9, art. 1; et in Dionysium, llb. H col 6
26 PiUTIE I, QUESTION CVUI, ARTICLE 1.
(Conclusion. — Considérés par rapport à leur chef unique , lequel est
Dieu , les anges et toutes les créatures raisonnables appartiennent à une
même hiérarchie ; considérés par rapport à la multitude rangée sous le
gouvernement de ce chef, lec anges ne forment une seule hiérarchie ni avec
les hommes, ni entre eux, mais ils constituent entre eux trois hiérarchies.)
Une hiérarchie n'est, comme on Ta dit, qu'une principauté sacrée. Le
nom de principauté comprend deux choses : le prince lui-même, et la
multitude rangée sous son obéissance. Dieu étant Tunique prince , non-
seulement de tous les anges , mais aussi des hommes et de toute créature ,
non-seulement les anges , mais encore toutes les créatures raisonnables
capables de participer aux choses sacrées , ne forment qu'une hiérarchie.
Dans ce sens, saint Augustin dit, De Civit. Dei, I : « fl y a deux cités ou
sociétés : Tune formée par les anges et les hommes bons, l'autre par les
mauvais. » Mais si Ton considère la principauté du côté de la multitude
rangée sous le gouvernement du prince , c^tte principauté est dite une,
lorsque la multitude peut être gouvernée d'une seule et même manière.
Ceux qui ne peuvent être gouvernés par le prince, de la même manière, ap-
partiennent à des principautés différentes. Ainsi il y a, sous un même
des ministères connus aux propriétés intimes des anges, et| par là même , à leurs rapports
de subordination et d'honneur. An résultat , la classification établie est la même , à part une
seule différence j signalée du reste et expliquée par saint Thomas.
Notre saint docteur ne se contente pas de recueillir et de coordonner les enseignements de
la tradition , touchant les hiérarchies et les ordres angéliques; il en fait une exposition com-
plète et raisomiée. G*est dans de semblables matières qu^on est heureux de voir Tœil profond
•du métaphysicien sMUuminer des clartés supérieures de la théologie, mais pour les refléter à
son tour avec plus de puissance et d* éclat. Nous ne sachons pas qvMI ait été rien écrit sur
les anges de plus largement ou de plus vigoureusement conçu , que ce que nous en dit le
docteur angélique. Nous ne serions pas étonnés même que ses admirables travaux sur la na-
ture , les fonctions et les rapports des intelligences dégagées des sens , n*eussent beaucoup
contribué à lui faire décerner le titre glorieux qu*il porte dans r£cole.
Certains hérétiques , surtout dans ces derniers temps , quand ils n* ont pas osé nier entiè-
rement Texistence des anges , ont repoossé leurs hiérarchies comme des rêveries soolastiques.
Calvin s>n moque dans ses IfutiHtiiont. Mais que prouve tout cela? Eh, mon Dieu, ce qne
prouvoit , par exemple , le rire de la philosophie voltairienne : Tignorance de forgueil , <>«
bien Torgueil de Tignoraoce. H est des hommes qui, non-seulement ignorent les travaux faits
sur les questions dont ils osent parler, mais ne se doutent même pas de Timporlance et de
la grandeur de ces questions considérées en elles-mêmes.
( CoKCLVsio. — Ex parte priocipis unius ,
scllicet Dei , omnes angelt et rationales creatane
unias sunt hiérarchie; ex parte ter6 multitn-
dinis ordinatae snb principe , augeli nec cum
bominlbns, nec inter se, sunt nnius hierarchi»^
sed ipsi iiiter se angeii trescoQstituunt hierar-
cbias.)
Respondeo diceadnm, qu5d bierardhia est
sacer principatus , ut dictum est. In nonrine
aulem principatus duo intelliguntur, scilioet
ipse princeps, et multitude ordiQata sub prin-
cipe. Quia igitur unus est Deus princeps , non
BOiiim omnium aagelorum, sed etiam bominum
et totius creaturae; ideo non solùm omnium
angelonmi, sed etiam totius rationalis creatorae,
qnœ sacroram pariiceps esse potest, una ^t
bierarchia. Secundàm quod Avgustinus dicit in
Xn. De Civit. Dei, « dnas «SM civitates, hoc
est societates, unam in angelis bonis et homi*
nibus, alteram i& malis* » 8ed si consideretor
principatus ex parte mulUtudinis ordinat»' sub
principe , sic udub principatus dicitnr secund&a
qu6d multitude une et eodem modo potest giH
beroationem principis recipere. Qua; verô non
possimt secundùm enmdem modiim gubernarl
k principe , ad diverses priacipatiis perliueni '
DE LA DIVISION DES ANGES PAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 27
roi, plusieurs cités gouvernées par des lois et des ministres différents. Or
il est manifeste que les hommes reçoivent les illuminations divines,
autrement que les anges. Car les anges les reçoivent dans leur pureté
intelligible, et les hommes les reçoivent sous le voile des choses sensibles,
comme le dit saint Denis , De caà. Hier.y I. C*est pourquoi il faut distin-
guer la hiérarchie humaine de la hiérarchie angélique : et de la même
manière on distingue dans les anges trois hiérarchies. Car nous avons dit,
i l'article de la connoissance des anges, que les anges les plus élevés ont
une connoissance de la vérité plus universelle que les anges moins élevés.
Or retendue de cette connoissance universelle peut avoir, dans les anges,
trois degrés distincts : car les raisons des choses sur lesquelles les anges
sont éclairés, peuvent être envisagées de trois manières. D'abord en tant
qu'elles procèdent du premier principe universel , qui est Dieu, Et cette
manière convient à la première hiérarchie , qui est en rapport immédiat
avec Dieu, et est comme placée dans les vestibules de la divinité, sui-
vant l'expression de saint Denis , De cœl Hier., VI!. En second lieu , en
tant que ces raisons dépendent des causes universelles créées , lesquelles
se multiplient déjà d'une certaine façon : cette manière convient à la
seconde hiérarchie. Troisièmement enfin, en tant qne ces raisons sont ap-
pliquées à chaque chose suivant la dépendance où elle est vis-à-vis de ses
causes particnlières : et cette manière convient à la dernière hiérarchie ;
ce qui se verra plus pleinement lorsqu'il s'agira de chaque ordre en par-
ticulier. Ainsi donc, on distingue plusieurs hiérarchies, du côté de la
multitude soumise au même chef. D'où il est clair qne ceux-là se trompent
et parlent contre l'intention de saint Denis, qui mettent dans les personnes
divines une hiérarchie qu'ils nomment super-céleste. Car, dans les per-
sonnes divines , il y a bien un ordre de nature , mais non de hiérarchie,
lequel , comme le dit saint Denis , Ds cœl. Hier., Uï , consiste en ce que
dcut sub uno re^re sunt divers» civitates, quro I El iate moius convenit prim» hiérarchie, qcm
diversis regnntor legibas et mtnistris. Manifcs-
tnin est autem qvM homines aiio modo divinas
iDaminationes percipiunt, qnàm angeli. Nam
aiifeli percipiunt eas in inteUigibiU poritate,
domines veW> percipiant eu snb seasibiliam
BÎmilitudiiiibiiB, ut Dionysius dicit, L Cœkst.
hierarrh. Et ideo oportet distingui taomanam
bierarrbiam abasgelica ; etpereumdem modum
io angelis ires bierarehiae distiogaantnr. Dictum
est enimsopr^, dom de cognitioDe aogelorum
•geretor, quèd sapeiiores ao^ taabent mii-
versaliorem eognitionem veritatis, quioi infe-
riores. Hujusmodt autem nÛTersilis acceptio
cognitionis secondùm très gradot in tngelis
dÎBtiD{!iii potest. Posant enm rationes r8n.m,
de quibus angeli illumioantur, coosiderari tri-
pliciter. Priraè qnîdem secundùm quôd proce-
dunt à ynsno principio unÎTenali, quod est Deiis.
immédiate ad Deam extenditor, et quasi in ves-
tibulis Dei coUocatar, ut Dionysius dicit, VII.
cap. Ccsiest, hierarch. Secundo ver6, proot
hnjttsmodi rationes dépendent ab uuiversaUbui
causiscreatis, qu» jam aliquo modo muUipIi-
cantur; et hicmodas convenit secandx hiérar-
chie. Tertio autem modo, secundùm qu&d hujus-
mo(ii rationes applicantur singulis rébus prout
dépendent à proprii^ causis; et hic modus con-
venit infim» hiérarchie. Quod pleniùs patebit,
cùm de singulis ordinibus agetur. Sic i^itur
distingnuntur hierarchiae ex parte moltitudinis
subjecte. Unde maniCestum est eos errare, et
ooDtra inlentioiiem Diooysii loqni , qni ponnot
in divii.is persoois hierarchiam, qoam voean»
supercœlestem. In divuis eoiffl penmus eil
quidam oido natnriP, sed non hienrchic. ^^m
ot Dionysius dicit, VOL cap. Cœie$t, kùerur^k,.
28 PARTIE I, QUESTIOTT GVnii ARTICLE S.
les uns sont puriSés^ illuminés et perfectionnés^ tandis que les autres
purifient, illuminent et perfectionnent; ce que jamais nous n'oserions ad-
mettre dans les personnes divines.
Je réponds aux arguments : l*' Cette première objection considère la
principauté du côté du prince , parce qu'il est très -bon que la multitude
soit régie par un seul prince, comme l'indique en plusieurs endroits le
Philosophe.
2« Quant à la connoissance de Dieu lui-même, que tous les anges voient
de la même manière, c'est-à-dire dans son essence, on ne distingue pas
parmi eux de hiérarchies, mais bien quant aux raisons des choses créées,
comme nous venons de le dire.
30 Tous les hommes appartiennent à une seule espèce , et une seule
manière de comprendre leur est également naturelle. Il n'en est pas de
même des anges. D'où il n'y a point de parité.
ARTICLE II.
Dans une hiérarchie y a-t-il plusieurs ordres ?
11 paroit que, dans une hiérarchie, il n'y a pas plusieurs ordres.
i"* L'objet défini se multiplie en même temps que se multiplie celui par
lequel on le définit. Or la hiérarchie , d'après saint Denis , est un ordre.
Donc, s'il y a plusieurs ordres, il y aura plusieurs hiérarchies, et non pas
une seule.
2o Des ordres difi*érents constituent différents degrés, et les degrés, dans
les êtres spirituels, résultent de la diversité des dons spirituels. Or, dans
les anges, tous les dons spirituels sont communs, parce qu'ils ne possèdent
rien en particulier. Donc il n'y a pas d'ordres différents parmi les anges.
3^ Dans la hiérarchie ecclésiastique , les ordres se distinguent d'après
ordo bierarcbûe est alios quidem purgari ^ et
iUuminari , et perfici ^ alios autem purgare , et
illominare, et perQcere. Quod abat ut in divinis
persoDis ponamns.
Ad pritnam ergo dicendum , qu6d ratio illa
procedit de principatu ex parte principis; quia
optimum est quèd multitude regatur ab uno prin-
cipe, ut Pbilosophus in pluribus locis intendit
(jamsuperiùs qu. ICI, art. 3, indicatis).
Ad secundum dicendum , qu&d quantum ad
eognitionem ipsius Dei, qnem omnes uno modo^
scilicet per essentiam , vident, non distinguun-
tur in angelis bierarchi® , sed quantum ad ra-
tiones rerum creatarum, ut dictum est.
Ad tertium dicendum, qu6d omnes bomines
sunt unius speciei, et unus modus intelligendi
est eis connaturalis. Non sic autem est in an-
gelis; onde non est similis ratio.
ARTICULUS U.
Virùm in una hierarchia rint plures ordinet.
Ad secundum sic proceditur (1). Videtur qu&d
in nna hierarcbia non sint plures ordines. Mul*
tiplicata enim dif&nitione multiplicatur et diffi*
nitum. Sed bierarcbia, ut Dionysius dicit ( IH.
De eœl. hierarch., ut suprà ), est ordo. Si ergo
sunt muUi ordines, non erit una hierarcbia,
sed mults.
2. Pnsterea, diversi ordines sunt diversi
gradus , et gradus in spiritualibus constituuntur
secundum diversa dona spiritualia. Sed in an-
gelis omnia dona spiritualia sunt communia,
qnia nihil ibi singulariter possidetur. Ergo non
sunt divers! ordines angelorum.
3. Prsterea, in ecdesiasdca tûerarcbia dis-
tinguuntur ordines secundum purgare, t7/t»-
't) De bis etiam in n, Smt., dist. 9, art. 3; et Contra Gent,^ lib. ni , cap. 80; et in I. ad
If .« cap., lect. 7 , col. i.
DB LA DIYISION DES JlNGES PAR HIArâRGHIES ET PAR ORDRES. 29
fes trois actions, à savoir, purifier^ illuminer et perfectionner; car
Pordre des diacres a pour fonction propre celle de purifier ; Tordre des
prêtres a la fonction d'<tttm<ner; Tordre des évèques, celle de perfec-
tionner, comme le dit "saint Denis , De eccl. Hier,, V. Or chaque ange
illumine, purifie et perfectionne. Donc, il n'y a point distinction d'ordres
parmi les anges.
Hais le contraire est exprimé par saint Paul, Fphes., I, 20, où il dit
que 0 Dieu a établi Jésus-Christ au-dessus des principautés, des puissances,
des vertus, des dominations, » lesquelles sont des ordres d'anges distincts,
et appartiennent, pour quelques-unes, à une seule hiérarchie, comme on
le verra plus bas.
(Conclusion. — Dans toute hiérarchie, on distingue trois ordres divers :
Tordre supérieur. Tordre intermédiaire, et Tordre inférieur, d'après les
fonctions et les actes divers des anges.)
D'après ce qui a été dit, une hiérarchie est une principauté, c'est-à-dire
une multitude ordonnée uniformément sous le gouvernement d'un
prince. Or, dans la multitude, il n'y auroit point d'ordre, mais confusion,
s'il n'y avoit pas des ordres divers. Ainsi, l'idée même de hiérarchie de-
mande une diversité d'ordres. Cette diversité d'ordres est en rapport avec
la diversité des actes et des fonctions : dans une ville , par exemple , il y
a des ordres divers suivant la diversité des actes; car autre est Tordre des
juges, autre celui des soldats, des laboureurs, et ainsi des autres. Mais,
pour nombreux que soient les ordres d'une cité, tous peuvent être rame-
nés à trois , correspondant à ces trois choses qu'on remarque dans toute
multitude parfaite , le principe, le moyen et la fin. D'où il y a, dans les
cités , trois ordres d'hommes. Les uns sont élevés au - dessus des autres ,
comme les nobles ; les autres occupent le dernier rang, comme la popu-
lace ; les autres, un rang intermédiaire, comme la bourgeoisie. De même.
minare eiperficere; nam ordo diaconoram est
purgativus, sacerdotum Uluminativus, epi-
Bcoporum perfectivus, ut Dionysins dicit, V.
cap. Ecclesiast, fti>rarcA. SedqoilibetaDgelas
irargat, illumioat et perfidt. Non ergo est dis-
tioctio ordinam in angelis.
Sed coDtra est^ quod Apostolus dicit ad
Ephes., qa6d « Deua constituit Cbristam bo-
minem supra omnem priDdpatam^ et potesta-
tem, et virtutem^ et dominationem; » qai suot
divers! ordines angelonim, et quidam eorum ad
onam hierardûam pertinent, ut infrà patebit
{art 6).
( CoiiCLUBio. — Id omni hierarcbia distin-
gnuntur très ordioes diversi, summus, médius
et infimus, secondùm varia angelorum officia
€tactus.)
Respondeo dicendum, quM sicnt dictum est
(art. S ), una hierarcbia est unus principatus^
id est, una multitudo ordinata uno modo sub
principis gubérnatione. Non autem esset mul-
titudo ordinata, sed confusa , si in muUitudine
divers! ordines non essent. Ipsa ergo ratio bie-
rarcbie requirit ordinum (Ùversitatem. Qua
quidem diversitas ordinum secunilùm diversa
officia et actus consideratur, sicut patet qu6d
in una civitate sunt divers! ordines» secundùm
diversos actus ; nam alius est ordo judicantium,
et alius pugnantium , et alius laborantium in
agris, et sic de aliis. Sed quamvis multi siut
unius civitalis ordines , omnes tamen ad très
possunt reduci , secundùm quôd quaelibet mul-
titudo perfecta babet principium , médium et
finem. Unde et in c!v,itatibus triplex ordo ho>
minum invenitur. Quidam enim sunt supremi,
ut optimates ; quidam autem sunt infimi , ut
vilis populos; quidam autem sunt medii, ut
populus bonorabiUs. Sic igitur et in quaUbe
30 PARTIS l, QUESTION GYIU, ARTIGLB S.
dans chaque hiérarchie angélique , les ordres se distinguent d'après la
diversité des actes et des fonctions; et cette diversité se ramène à trois
points, ce qu'il 7 a de plus élevé, d'intermédiaire et de plus bas. C'est
pourquoi saint Denis a mis trois ordres dans chaque hiérarchie.
Je réponds aux arguments : l*" Le mot ordre s'emploie dans deux sens :
n désigne d'abord la coordination elle - même , qui comprend au-dessous
d'oUe plusieurs degrés; dans ce sens, la hiérarchie est appelée ordre.
Il désigne aussi un degré ; et dans ce sens, on dit que, dans une hiérarchie,
il y a plusieurs ordres.
2° Dans la société angélique toutes choses sont communes sans doute ; il
y a des choses cependant qui sont possédées d'une manière plus excellente
par les ims que par les autres. Une chose est possédée plus parfaitement
par celui qui la peut communiquer que par celui qui ne peut le faire ;
ainsi, cet objet possède plus parfaitement la chaleur, qui peut la com-
muniquer, que l'objet qui ne le peut; et celui-là sait plus parfaitement
qui peut enseigner, que celui qui ne le peut. De plus celui-là possède
un don à un degré plus parfait qui peut le communiquer d'une manière
plus parfaite; ainsi celui-là est un maitre plus parfait qui enseigne une
science plus élevée. C'est d'après cette comparaison qu'il faut juger la
diversité des degrés ou des ordres parmi les anges, sdon la diversité de
leurs actes et de leurs fonctions.
3* L'ange qui occupe le dernier degré est supérieur à l'homme qui,
dans notre hiérarchie , occupe le premier, selon cette pai'ole , Matth.,
XI , i 1 : « Celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus
grand que lui (Jean-Baptiste), lequel cependant, parmi les enfants nés
de la femme , n'a pas vu s'en élever de plus grand que lui. » D'où l'ange
qui, dans la hiérarchie céleste, occupe le dernier rang, peut non-seule-
ment purifier, mais aussi illuminer et perfectionner d'une manière plus
élevée que les ordres de notre hiérarchie. Par suite, ce n'est pas d'après
hierarchia angelica ordines distinguuntar se-
cundùm diverses actus et ofûcia ; et omnis ista
diversitas ad tria reducilur, scilicet ad summum,
médium et inûmum. Et propter hoc in qualibet
hierarchia Dionysios ponit Ires ordines ( ut lib.
De cœlest. hierarch, patet, cap. 7, 8 et 9).
Ad primum ergo diceadum , quèd ordo du-
pliciter dicitur. Uno modo, ipsa ordinatio com-
prehendcns sub se diverses grados ; et hoc modo
hierarchia dicitur ordo. Alio modo dicitur ordo
gradua unus; et sic dicuntur plures ordines
unius hiérarchie.
Ad secundum dicendum, qn6d in societate
angelorum omnia possidentur communiter ; sed
tamen qusdam excellentiùs habentur k quihus-
dam. auàm ab aliis. Unumquodque autem per-
^.lur ab eo qui potest illnd commu-
^ ab eo qui non potest ; sicut per-
fectius est calidum quod potest calefacere, quàm
quod non potest ; et pericclius scit qui potedt
docere , quàm qui non potest. Et quantè pei^
fectiùs donum aUquiscommunicare potest, Unti
in perfcctiori gradu est : sicut in perfecliori
gradtt magisterii est, qui potest docere alliorem
scientiam. Et secundum hanc similitudinem
consideranda est diversitas graduum vel orùinum
in angelis, secundum diversa ofQcia et actus.
Ad tertium dicendum, quôd ioferior augeloB
est superior supremohomine uostre hierarchia,
secundum illud Matth., XI : « Qui minor est
in regno cœlonim , major est illo , » scilicet
Joanue Baptista^ quo « nullus major inler natos
mulierum surrexit. » Unde miiior nn;îelns c(B*
iestis hiérarchie potest non solîiin purgare, sad
illuminare et perficere, et alliori modo quàm or-
dines nostrs hiérarchie. El sic, secundàm dit-
SE LA Dnrrsioir du Asats pab hïêràbghiis vt par ordres. 31
les différences qui existent entre ces actions qn'on distingue les ordres
célestes^ mais d'après d^autres différences existant entre leurs actions.
ARTICLE in.
Dam tm ordre y a-t-il fduneurs anges?
U paroît que dans un ordre il n'y a pas plusieurs anges. !• On a dit
plus haut que tous les anges sont inégaux entre eux. Or les choses égales
peuvent seuks appartenir à un même ordre. Donc dans un ordre il n'y
a pas plusieurs anges.
2° Lorsqu'une chose peut suflBsamment se faire d'une manière, il est
superflu de la faire de plusieurs. Or, ce qui regarde une fonction angé-
lique peut suffisamment se faire par le ministère d'un seul ange. De
même que par un seul soleil se fait suffisamment ce qui appartient à la
fonction du soleil , et d'une manière d'autant plus parfaite que l'ange est
plus élevé en perfection au-dessus du corps céleste. Donc si les ordres se
distinguent d'après les fonctions , comme on l'a dit, il devient superflu
qu'il y ait plusieurs anges dans un seul ordre.
3<^ On a dit précédemment que tous les anges sont inégaux. Donc, si
dans un ordre il y a plusieurs anges, par exemple, trois ou quatre, le
moins élevé de l'ordre supérieur aura plus de traits de ressemblance avec
le plus élevé de l'ordre inférieur qu'avec le plus élevé de son ordre : et
ainsi il ne semble pas appartenir davantage à l'ordre de celui-ci qu'à
Tordre de celui-là. Donc, dans un ordre il n'y a pas plusieurs anges.
Mais le contraire est renfermé dans ces mots àUsaïe , VI , 3 : « Les
Séraphins criaient l'un à l'autre. » Donc dans l'ordre des Séraphins il y a
plusieurs anges.
(Conclusion. — Dans chacun des ordres à nous connus il y a plusieurs
tinctionem harnm actionum non distingnnntar i multô roagis qukm per nnum solem safGcienter
«siestes ordines^ sed secondùm alias differentias fit quod pertinet ad officium solis (1), quântôper-
actionnm.
ARTICDLUS m.
Virum in «no ardme tint pèure» angeH.
Ad terthim sic proceditnr. Videtur qn6d in
uno ordine non sint plures angeli. Dictum est
enim snprà (qu. 47, art. «, et qu. 50, art. 4),
omnes angelos inseqnales esse ad invicem. Sed
nnius ordinis esse dieuntur qus snnt sqaaiia.
Ergo plures angeli non sunt unius ordinis.
9. Prslerea, qood potest snfTicienter fieri per
luram, snperflavm est qu5d fiât per multa. Sed
illnd qnod pertinet ad anum ofUcium angeUcnm,
tafficienter potest fieri per unum angelom.
fectior est angelas coelesti corpore. Si ergo or-
dines distingnnntar secandiim officia, ut dictum
est (art. S)y superfluum est quôd sint plures
angeli unius ordinis.
8. Prxterea, suprà dictum est (art. i ), quod
omnes angeli sunt insequc^Ses. Si ergo plues
angeli sunt unius ordinis, putà très vel quatuor,
inûmus superioris ordinis magis conveniet cum
supremo inferioris, quàm cum supremo sui or-
dinis ; et sic non videtur qu6d magis sit unius
ordinis cum hoc , quàm cum illo. Nou igitor
sunt plures angeli unius ordinis.
Sed contra est , quod Isai., VI , dicitilr, quôd
« Seraptiim clamabant alter ad alterum. » Sunt
(1) Qui proin^ vnas taot&in est, et ideo Sol «ppellatvr quasi tolus; nempe vel quia tolut
m ommibùi jïdmdt» at tantwt; tel quio eùm Ml eoeorlut obtcwratiê omnibut iofut appa-
fit; aie ipse Gic«n>, lib.U Xte mtUwra JD$arum, paalè oate mediiiiD.
S2 PABTIB l, QUESnON GTni^ ARTICLE 3.
anges ; mais chaque ange a un ordre particulier que nous ne connois-
sons pas.)
Celui qui connoit parfaitement certaines choses peut distinguer en elles
jusqu'aux moindres particularités leurs actes, leurs vertus et leur nature.
Celui qui ne les connoit qu'imparfaitement ne les peut distinguer que
d'une manière générale ; et cette distinction repose sur un plus petit
nombre d'objets. Car celui qui connoit imparfaitement les choses natu-
relles distingue leurs ordres d'une manière générale , mettant dans un
ordre les corps célestes, dans un autre les corps infériefrs inanimés^
dans un autre les plantes, dans un autre les animaux. Celui, au (X)n-
traire, qui connoitroit plus parfaitement les choses naturelles pourroit
distinguer dans les corps célestes et dans chacun des autres ordres; de
nouveaux ordres distincts. Nous ne connoissons qu'imparfaitement les
anges et leurs fonctions, comme dit saint Denys, Be cœU Hier., 6. Par
suite, nous ne pouvons distinguer les ordres et les fonctions des anges qu'en
général, en tant que plusieurs anges sont compris dans un seul ordre.
Mais si nous connoissions parfaitement les fonctions des anges et ce qui
les distingue, nous saurions parfaitement que chaque ange a une fonction
qui lui est propre, et son ordre particulier parmi les choses, beaucoup
plus encore que chaque étoile^ quoique nous ignorions comment cela a lieu.
Je réponds aux arguments. 1* Tous les anges d'un même ordre sont
égaux d'une certaine façon, quant à la i^ssemblance commune qui les
range dans cet ordre ; mais ils ne sont pas égaux sous tous les rapports.
De là saint Denys dit. De cœl. Hier., 40 : a Dans un même ordre il y a
les premiers, les moyens et les derniers. »
2<> Cette distinction spéciale des ordres et des fonctions d'après laquelle
chaque ange a un ordre et une fonction propres, nous est inconnue.
ergo plures angeli in uno ordine Seraphim.
(CoNCLUsio. — MuUi angeli sunt in uno or-
dine nobis note, sed quilibet angélus proprinm
habet ordinem nobis incognitum.)
Respondeo dicendum , quôd ille qui perfectè
cognoscit res aliquas , potest usque ad minima
et aclus^ et virtutes, et naturas earum distin-
guère. Qui autem ragnoscit eas imperfectè, non
potest distinguer nisi in universali; que qui-
iem distinclio fit per pauciora. Sicut qui im-
perfectè cognoscit res naturales, distinguit ea-
rum ordines in universali , ponens in uno or-
dine cœlestia corpora , in alio corpora inferiora
inanimata , in alio plantas , in alio animalia ;
qui autcm perfectiùs cognosceret res naturales^
posset distinguere et in ipsis corporibus cœies-
tibus diversos ordines , et in singuiis aliorum.
Mi%« autem imperfectè angelos cognoscimus, et
^Icia, ut Oionysius dicit , VI. cap. CœL
Unde non possuinus distinguere officia
et ordines angelorum nisi in communia secun»
dùm quem modnm mulli angeli sub uno ordine
coutiiientur. Si autem perfectè cognosceremus
officia angelorum et eorum dislinctiones , per-
fectè sciremus qu6d quilibet angélus habel suam
proprinm officium et suum proprium ordinem
in rébus, multô magis quàm quslibet Stella,
etsi nos lateat.
Ad primum ergo dicendum, qu6d omnes an-
geli unius ordinis sunt aliquo modo squales .
quantum ad communem similitudinem , secun-
dùm quam constituuntur in ordine, sed simpli-
citer non sunt squales. Unde Dionysius dicit,
X. cap. Ccslest, hierarch., quôd «in uno et
eodem ordine angelorum est accipere primos,
medios et ultimos. »
Ad secundum dicendum, quôd illa specialis
distinclio ordinum et ofticiorum, secundum quam
quilibet angélus habet proprium oi&cium «t or*
dinem, est nobis ignoia.
DE LA BIYISION DES AN6SS PAR HrfaABCHIES BT FAR ORDRES. 39
S^ De même qae dans une surface en partie blanche, en partie noire ,
les deux parties qui sont sur les limites du noir et du blanc ont un plus
grand rapport de position que deux autres parties blanches, bien qu'elles
aient un moindre rapport de qualité : ainsi deux anges qui sont sur les
limites de deux ordres ont des rapports mutuels plus marqués quant à la
proximité de leurs natures , que l'un des deux arec quelques autres df
son ordre; mais ils ont entre eux des rapports moins marqués quant i
leur aptitude pour des fonctions semblables ; laquelle aptitude s'étend
jusqu'à un tetme fixe.
ARTIO-E IV.
La distinction des ordres et des hiérarchies angéliques f)ient»elle de la nah»ref
n parott que la distinction des hiérarchies et des ordres angéliques ne
Tient pas de la nature, l» On appelle hiérarchie une principauté sacrée;
et dans sa définition saint Denys dit : « Elle est une image de Dieu aussi
parfaite que possible. » Or la sainteté et la ressemblance avec Dieu dans
les anges leur vient de la grâce et non de la nature. Donc la distinction
des ordres et des hiérarchies angéliques provient de la grâce et non de
la nature.
99 On attribue aux Séraphins la propriété de brûler ou d'enflammer,
comme le dit saint Denys, De cœU Hier., 7. Or cela paroit appartenir à
la charité , qui ne vient pas de la nature, mais de la grâce : a Car elle est
répandue dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné , » est-il
dit, ad Rom. y V, 5; et cela appartient non-seulement aux hommes saints,
mais encore^ d'après saint Augustin, De Civit. Dei, XII, 9, aux saints
anges. Donc les ordres angéliques ne viennent pas de la nature, mais de
la grâce.
Ad teriium dicendom, qaèd àcai m superfl-
eie, qus partim est alba et partim nigra, doc
partes qu« sunt io coofinio albi el aigri, magis
conveiiiunt secundàm âtom qaàm alis dus
partes albe^ minus tamen secaadùai qnalitatem ;
ita duo angeli qui sunt io terminis duorom or-
dinniD^ magis secum eonveoiimt secoodùm pro-
piDqniUtem natora, quàm imiiseomm comali-
auibus aliis soi ordinis ; miaùs autem secundùm
Moueitatem ad siinilia officia. Qaae quidem ido-
neitas usque ad tliquem cerCom termiAam pro-
teaditor.
ARTICULAS IV.
Vtrùm disiinetio hierarchiarum et ordinmm
êit à natura in angetis.
Ad qiiartum sic proceditur (t). Videtur qnèd
dîstinctio hierarchUirom et ordinnm non sit à
(i) De bis etiam in U, Se%t.j dist. 9, art. 7.
1V«
natura in angelis. Hierarchia enim dicitur saeer
jnincipatus; et in difBnilione ejus Oionysiiu
ponit quèd « Deiformi, quantum possitnleest,
assimilât. » Sed sanctitas et deiformitas est i|
angelis per gratiam, non per naturam. Ergt
disUnctio hierarcbiarum et ordinum in angeUs
est per gratiam, taon per naturam.
2. Prsterea, Seraphim dicunUir ardentes
Tel incendentes, ut Dionysius dicit, VIL cap»
CcUest. kierareh. Hoc autem videtur ad cha-
ritatem pertinere^ qu» non est à natura, sed ^
gratta : « diffnoditur eoim in cordibus nost4'*
per Spiritum sanctom qui datus est nobis, b %\
dicitur ad Rom., V. Quod non solùm adsanct^i
homines pertinet^ sed etiam de sanctis ans^Hf
dici potest, ut Augustinus dicit, Xll. De CivH
Dei ( cap. 9 ). Ergo ordines in angelis non saf
à natura, sed à gratia.
3" La hiérarchie ecclësiastiqiie est formée d'aiiris celle du ciel. Or les
•rdres conférés aox hommes leur sont donnés non par la nature^ mais
^r un don de la grâce ; car la natore ne fait pas que Tun soit évftqne^
ira antre prêtre, nn autre diacre. Donc les ordres dans les anges ne pro-
tiennent pas de la nature, mais de la grâce seulement.
Mais, au contraire, le Maître dit. Sent., IX, 2 : c On appelle ordre a»-
gélique une multitude d'esprits célestes qui se ressemblent par quelque
don de la grâce, comme ils se ressemblent par la participation des mêmes
dons naturels. x> Donc la distinction des ordres angéliques est fondée n<HH
seulement sur les dons gratuits, mais encore sur les dons naturels.
(Conclusion. — Si Ton considère la fin naturelle des anges, leurs ordres
se distinguent par les dons naturels ; si on considère leur fin surnatu-
relle, leurs ordres se distinguent d'une manière définitive par les dons
gratuits, et quant à ce qui les dispose à receroir ces dons gratuits, par
les dons naturels; mais pour les hommes, leurs ordres se distinguent par
les dons gratuits seulement).
L'ordre d'un gouvernement, qui est Tordre d'une multitude établie sous
une principauté, doit être considéré relativement à sa fin. Or la fin des
anges peut être entendue de deux manières : d'abord, d'après la puissance
de leur nature, c'est-à-dire, en tant qu'ils connoissent et aiment Dieu d'une
connoissance et d'un amour naturels ; et selon leur rapport avec cette
fin, on distingue les ordres des anges par leurs dons naturels. On peut
entendre, en second lieu, la fin de la multitude angélique,en tant
qu'elle surpasse leur puissance naturelle ; fin qui consiste dans la visioa
de la divine essence, et dans la Jouissance permanente de la bonté
divine ; et cette fin , on ne peut l'atteindre que par la grâce. D'où , selon
leur rapport avec cette fin, les ordres des anges se distinguent définiti-
vement par les dons gratuits, et quant ace qui les y dispose, par les
8. Pneterea , bierarcfaia ecclesiastica exem-
platar à cœlesti. Sed ordines in hotninibus non
sut per naiuram, aed per donum gratie; non
enim est à natura qu6d anus est episcopus, et
alias est sacerdos, et alius diacoous. Ergo neque
in angelis suât oiëines à natura , sed à gratia
tiBtàm.
Sed contra est, quod Magister dicit, IX. disL
n« Sentent. , quàd « ordo angelonun diciUir
mnlUUido cœle&tium spirittiuoiy qû in ter se
aliqiio muoere gratis similanlury sicut et aata-
ralâum datorom participatione conveniunt. »
Diitioctio erge ordinum in angelis est non solùm
seoBodùm dooa gratuita^ sed ettam aecundùm
doM oaloralia.
( CoHCUMio. — Secundùm finem naturalem
^tur ordines in angelis per naturalia
>dii(n supernaturalem verô finem ^
er dona gratuita et diapositive per
naturalia distingimntnr; in hominiboB ver6 per
dona graitnita tantùm. )
Respondeo diceudnm , qo6d ordo gubenia»
tioniSf qui est ordo nultitudmis sub prinripata
existens, alteoditor per respectam ad finem.
Finis anteoi angelorum polest accipi dapliciter.
Uno modo seenndiun fàoultateoi suc nator»,
ut scilicet GOgnoscant et ament Deum natnratt
oogoitione et amore ; et secundùm respectum
ad huncflaern, distinguuntar ordin«s angelorum
secundùm naturalia dona. Alio modo potest ae-
cipi Unis angelicas multitudinis supra naturalem
facultatem eorum , qui consistit in visione di-
vins esseniiae, et in immobili fruitione bonitatis
ipsius : ad quem finem pertingere non possuni
nîsi per graliam. Unde secundùm respectum ad
bunc finem, ordines distinguuntar in angelii»
complétive quidam secundùm clooa gialuita,
di&positivè aatem secundùm dona naturalia^
DE LA DITTSION DES ANGES PAR HTÉlURGHIES ET PAR ORDRES. 35
dons naturels; parce que les dons gratuits ont été accordés aux anges
d'une manière proportionnée à la capacité de leurs dons naturels (1) :
€e qui n'a pas lieu pour les hommes, comme nous l'avons déjà dit. C'est
pourquoi, dans les hommes, les ordres se distinguent par les dons gra-
tuits seulement, et non par leur nature.
Ainsi s'évanouissent les difficultés qui nous sont opposées.
ARTICXE V.
Les ordres angéliques sont^ils convenablement nommés ?
n paroit que les ordres angéliques ne sont pas convenablement nom-
mes. l'Tous les écrits célestes sont dits anges, vertus et puissances
célestes. Or^ les noms communs ne sauroient être convenablement pris
pour les noms propres de quelques individus. Donc, ce n'est pas conve-
nablement que l'on nomme un ordre l'ordre des Anges, et un autre celui
des Vertus.
2* Dominer ou être seigneur ai4)artient i Dieu seul , selon cette parole
du Psalmiste, Psalm. XCIX, 3 : a Sachez que le Seigneur est Dieu lui-
même. » Donc c'est à tort qu'on appelle Dominations un ordre des esprits
célestes.
3" Le nom de Domination semble indiquer un gouvernement. Or il en
(1) Voilà «M Ihèie oà uiit Thomas réfute encore, mais indirectement et sans le nommer,
roptnion d*Origène. Selon ce Père , comme le lecteur ne sauroit Tavoir oublié , les divers
étals des esprits, anges ou âmes humaines, ne sont autre chose qu'une récompense on un
thAlimeiA. les êtres spirituels auroient tous été , selon lui , créés en même temps et dans
une égaUté parfaite ; ils eonstttueroient donc nne seule espèce , et leurs différences actuelles
profiendroient uniquement d*tto mérite acquis ou d*un démérite encouru dans une épreuve an-
Cérieure et primiiive En faisant reposer sur la nature , sur les lois même de leur création , la
dittinctfoo des chœurs angéliques, sahit Thomas renverse par sa base la dangereuse hypo-
thèse du professeur d'Alexandrie ; mais en faisant concourir la grâce à oette même distinc-
tion, en montrant les esprits célestes fidèles à ce double bienfait de la nature et de la grâce,
notre saint docteur laisse subsister le peu de véâlé qui se rencontre dans l'opinion combattue.
Car, s'il est vrai qu'il n*y a pas d'erreur absolue , qu'il y a toujours un fond de vérité dans
une eirear quelconque , cela doit être vrai , surtout quand il s'agit des aberrations où sont
tMibét eeriaiM génies, empreints d* ailleurs de tant d'élévation et de puissance.
qoia angelis daU ront dont graiuita secundùm
capacitatem uaturaliam. Qood non est in ho-
minibus, at suprà dicium est (qu. 62, art. 6).
l'fide ko bominibos disUoguuntur oHioes bc-
dmdùm dMU graiuita tautùoi, et non secujidiun
nataram.
El per hoc patet responsio ad objecta.
ARTICULUS V.
Utritm ordineM angelorum convenienler
nùminentur.
Ad qaintom sic procediiar (1). Videtur qu6d
OBdÎLes angelorum non convenienter aomiuen-
tor. Omoes enim cœlestes spiritus dicnntur et
aogeli , et virtutes, et potpstates ca lestes. Sed
uoinina communia inconvenienter aliquibus ap-
proprianlor. Ergo inconvenienter nominalor
uttus ordo i4n^Wortim, etalius Virtutum,
2. Prsierea, esse dominum est propriuin Dei>
secundùm ili«d Psalm, XCfX : « Scitote quo-
niam Dominas ipse est Deus. » Ergo inconve-
nienter dhus ordo cœleslium spirituum Domi»
natianes vocatar.
S. Prcterea, nomen Dominationis ad gu-
bernatiooeoi pértinere videtur. Similiter autem
et iiomen Prineipatuum et Potestatum» In-
(1) De bis eiiam in n, Senê,^ dist. 9, arU'i; ei Cof^ra Gent.. Ub. ni , cap. 80.
36
PARTIE I, QUESTION CVIII, ARTICLE il.
est de même du nom des Principautés et des Paissances. Donc c'est à
tort qu'on donne ces trois noms à trois ordres difiTérents.
4*^ Le nom d'Archanges signifie princes des anges. Donc ce nom n'a
pas dû être donné à un autre ordre qu'à celui des principautés.
5» Le nom des Séraphins leur est imposé en signe de l'ardeur qui esl
propre à la charité. Le nom des Chérubins leur est imposé en signe de
science. Or la charité et la science sont des dons communs à tous les
anges. Donc^ ces noms ne doivent pa3 appartenir à des ordres spéciaux,
6« Les Trônes signifient des sièges. Or Dieu est dit siéger dans la créature
raisonnable, par cela qu'il la connoît et l'aime. Donc l'ordre des Trônes
ne doit pas difiérer de celui des Chérubins et des Séraphins. Donc , il
paroit que les ordres angéliques ne sont pas convenablement nommés.
Mais l'autorité de l'Ecriture, qui les nomme ainsi , établit le contraire.
Le nom des Séraphins se trouve dans Isaf 6, VI; celui des Chérubins,
dans Ezéchiel, l; celui des Trônes, dans saint Paul, Coloss., 1; celui
des Dominations, des Vertus, des Puissances et des Principautés, Eph., l;
celui des Archanges, dans l'Epitre canonique de saint Jude; celui des
Anges dans plusieurs endroits de l'Ecriture.
(Conclusion. — Les neuf ordres angéliques, les Séraphins, les Chérubins,
les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés,
les Archanges et les Anges, sont nommés convenablement, en ce que leurs
noms sont en harmonie avec leurs perfections spirituelles et leurs divers
ministères.)
Dans la dénomination des ordres angéliques, il faut considérer que lea
noms propres de chacun des ordres désignent leurs propriétés, comme le
dit saint Denis, De cœl Hier., Vil. Pour voir quelle est la propriété d'un
ordre, il faut considérer que , dans les ètres*ordonnés , une chose peut se
trouver de trois manières : par propriété, par excès, et par participation.
convenienter ergo tribus ordinibos hsc tria
Domina imponuntur.
4. Prxterea, Arcbangeli dicuntur quasi priti*
cipes angeii. Non ergo hoc nomen débet Im-
pool alii ordini quàm ordini principatuum.
5. Prxterea, nomen Seraphim imponitur
ab ardore , qui ad cbaritatem pertinet. Nomen
autem Cherubim imponitur à scientia. Charitas
autem et scientia sunt dona communia omni-
bus angelis. Non ergo debent esse nomina spe-
cialium ordinnm.
6. Prxterea, Tkroni dicuntur sedes. Sed ex
hoc ipso Deus In creatura rationali sedere di-
citur, qu6d ipsam cognoscit et amat. Non ergo
dcbet esse alius ordo Thronornm ab ordine
Cherubim et Seraphim. Sic^igitur videtur qu6d
* — ^"•••nienter ordincs angelorum nominentur.
Ura est auctoritas sacr« Scriptur»,
1 Dominât, Nomen enim Seraphim
ponitur Isai., VI; nomen Cherubim, Exech.,
I; nomen Thronorum, Coioss., 1; Domina"
tiones autem et Virtutes, et Potestates^ et
Principatus ponuntur Ephes., I ; nomen autem
Archangeli ponitur in Canonica Judtf; nomen
autem Angelorum in pluribus Scriptiire Ificis*
(CoNCLusio. — Novem angelorum ordines,
Seraphim, Cheiubim, Throni, Oominationeb,
Virtutes, Potestates, Principatus, Archangeli et
Angeii, convenienter (secundilm convenientiam
scilicet ad spirituales eomm perfectiones et mi-
nisteria ) nominantur. )
Respondeo dicendum, qu5d in nominalione
angelicorum ordinum considerare oportet, qu&d
propria nomina singulorum ordinum propiieta-
tes eorum désignant, ut Dionysius dicit, VU.
cap. Cœlest, hierarch. Ad videndum autem
I qu« sit propiietascujuslibet ordinis, considerare
I oportet, qu6d in rébus ordinatia tripliciler ftli*
SE LA DIVISION DES ANGES PAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 37
Une chose est dans un être par propriété, lorsqu'elle y est d'une ma-
nière adéquate et proportionnée à sa nature. Elle est dans un être par
scès^ quand ce qui est attribué à cet être est moindre que cet être, mais
loi convient cependant avec un certain excès , comme on l'a dit de tous
les noms attribués à Dieu. Une chose enfin est dans un être par participa-
lion , quand ce qui lui est attribué ne se trouve pas pleinement en lui ,
mais d'une manière défectueuse : ainsi les saints sont appelés dieux par
participation. Si donc on doit nommer un être de manière à désigner ce
qui lui est propre , on ne doit pas le nommer par ce dont il ne participe
qu'imparfaitement, ni par ce qu'il possède par excès, mais par ce qui lui
est adéquat. Ainsi, celui qui veut nommer proprement l'homme, l'appel-
lera une substance raisonnable ; mais non pas une substance intellectuelle^
nom propre de l'ange, parce que l'intelligence pure convient à l'ange par
propriété , et à l'homme par participation ; il ne le nommera pas non plus
une substance sensible , nom propre de la brute , parce que le sentiment
est moins que ce qui est propre à l'homme, et convient à l'homme d'une
&(0D qui rélève au-dessus des autres animaux. Gonséquemment, on doit
considérer, dans les ordres angéliques, que toutes les perfections spiri-
tuelles sont communes aux anges , et existent toutes plus abondamment
dans les ordres supérieurs que dans les inférieurs. Mais comme dans les
perfections elles-mêmes se trouve une certaine gradation, on attribue la
perfection supérieure à l'ordre supérieur par propriété , et à l'ordre infé-
rieur par participation. Réciproquement , la perfection inférieure est
attribuée à l'ordre inférieur par propriété, et à l'ordre supérieur par excès;
et ainsi Vordre supérieur reçoit son nom de la perfection supérieure.
Saint Denis expose donc les noms des ordres , selon la convenance de ces
iioms avec les perfections spirituelles. Saint Grégoire, en les exposant.
qDidesse cootingit, scilicet per proprietatem,
per ezcessam et per participationem. Per pro-
prietatem aalem dicitur esse aliquid in re ali-
qaa, quod adsquatar et proportionatur natars
ipsius. Per excessum autem, qoando illud quod
attribuilor alicui, est minus quàm res cui at-
triboitur, sed iamen convenit ilU rei per quem-
dam excessum, sicut dictum est de ooiuibus
oominibus qu« atlribuuntur Deo. Per partici-
pationem autem, quando illud quod attribuitur
alicm, non plenariè invenitur in eo, sed deQ-
cicnter; sicut sancti homines parlicipativè di-
cunUir cii. Si ergo aliquid nominari debeat no*
mixte désignante proprietatem ipsius, non débet
nominari ab eo quod imperfectè participât,
neqoe ab eo quod eicedenter habet, sed ab eo
quod est sibi quasi coxqnatum : sicut si quis
vdit propriè nominare hominem, dicet eum
Mubstantiamratiimalem^ non autem substan-
tion* i/itelieUualem, quod est proprium nomen
angeli , quia simplex iotelligentia convenit ao»
gelo per proprietatem, bomini ver6 per partici-
pationem; neqoe substantiam sensihilem,
quod est nomen bruti proprium, quia sensus
est minus quàm id quod est proprium homini,
et convenit bomini excedenter prs aliis anima-
libus. Sic igitur considerandum est in ordiuibus
angeiorum, quôd omnes spirituales perfectiones
sunt omnibus angelis communes, et omnes
abuudantiùs existunt in superioribus quàm in
inferioribus. Sed cùm in ipsis etiam perfectio-
nibus sit quidam gradus superior , perfectio at-
tribuitur superiori ordini per proprietatem , in-
feriori verô per participationem. E converao
autem, inferior attribuitur inferiori per proprie-
tatem , superiori autem per excessum ; et ita
superior ordo à superiori perfectione uominatur.
Sic igitur Dionysius exponit ordinum nomint
secuudùm convenientiam ad spirituales perfec-
tiones eorum. Gregorius verô in ex"'»^**'*"^
38 PARTIE l, QUESTION GYIII^ ARTICLE 5.
semble faire une plus grande attention à leur ministère extérieur. Car,
selon lui, les Anges sont ceux qui annoncent les choses les moins impor-
tantes ; les Archanges annoncent les plus importantes; parles Vertus, sont
opérés les miracles ; par les Puissances , sont éloignées et repoussées les
puissances mauvaises ; les Principautés sont les anges qui commandent
aux bons esprits.
le réponds aux arguments : I** Ange signifie messager. C'est pourquoi
les esprits célestes, en tant que chargés de manifester les choses divines,
sont appelés anges. Mais les anges supérieurs ont, dans cette manifestation,
une prééminence de laquelle les ordres supérieurs prennent leurs noms.
Le dernier ordre des anges n'ajoute aucune excellence à cette manifesta-
tion, qui est commune à tous les ordres : aussi reçoit-il son nom de cette
manifestation seule ; et de cette sorte , le nom commun devient le nom
propre de Tordre le moins élevé , comme le dit saiilt Denis , Be cœL
Hier., V. L'on peut dire encore que Tordre le moins élevé peut être
nommé spécialement Tordre des Anges, parce qu'ils nous annoncent les
ordres divins immédiatement. Pour le mot vertu, il peut être pris en ces
deux acceptions différentes. 11 peut être entendu d'abord communément,
en tant que la vertu tient la place intermédiaire entre l'essence et Topé-
ration : et ainsi tous les esprits célestes sont appelés vertus célestes, comme
essences célestes. Il peut être encore entendu comme désignant une
surabondance de force. Et dans ce sens , c'est le nom propre d'un ordre.
C'est pourquoi saint Denis dit. Le cœl. Hier., VIll : « Le nom des Vertus
signifie une force mâle et inébranlable, d'abord pour toutes les opérations
divines qui leur conviennent ; puis, pour recevoir les choses divines ; » et
ainsi il signifie qu'ils abordent sans crainte les choses divines qui les
regardent, ce qui paroît appartenir à la force de Tame.
2o Comme le dit saint Denis, Be div. Nom., XII, a la domination est
toam nominum magis attendere yidetnr exte-
riora ffiinisterïa ; dicit eoim qu6d Angeli dicun-
tar qui miniina nuntiant; Archangeli ^ qui
BQOima; Virtutes, per quas miracula finnt;
Potestates, quibus adverse potestates arcentur
Tel repeltuQtur; Principatus, qui ipsis bonis
spiritibus prssunt.
Ad pritnum ergo dicendum, qn5d angélus
«tifittt» dicitur. Omnes ergo cœtestes spiritus^
in quantum sunt manirestatores divinornm,
dnyeli vocantur. Sed superiores angeli habent
quamdam excellentiam in hac manifestatione ,
I qua superiores ordines nominantnr. Intimus
tutem angetorum ordo nullam excellentiam
(upra communem manifestationem addit; et
Ideo ï simplici manifestatione nominalur : et sic
commune remanet infimo ordini quasi
. ut dicit DionysiuSy V. cap. Qœlest,
Vel potest did qu6d inlimus ordo
MAmAn
specialiter potest dici ordo Angeloram, quia
immédiate nobis annnntiant. Virtvs antem d&-
pliciter acripi potest. Uno molo comm imiter,
secundùm qu6d est média inter essentiam et
operationem; et sic omnes cœlestes s^âritns
nominantur cœlestesvirtutesj sicut et cœlestes
essentis. Alio modo, secuu'lùm qn&d importât
quemdam excessum fortitudinis ; et sic est
proprium nomen ordints. Unde Dionysins dicH,
VHI.cap. CœL hterarrh,, qii6d « nomen Virt«-
tum signilicat quamdam Tirilem et inconcnssam
fortitudioem , primo qiiidem ad omoes opéra-
tiones divinas eis convenientes ^ secundo verft
ad suscipiendum divina : et ita signilicat qu6d
sine aliquo timoré aggreiHnutur divina qus a(
eos pertinent; » quod Tidetur ad fortitudinem
animi pertinere.
Ad secuttdum dicendum, quôd sicnt didi
Dionysius , XII. cap. De div» Nomin., « do-
DE LA BTYISTON MS ANGBS PAR HIÉRÀRCKIBS ET PAE ORDRES. 39
attribuée à Dien d^ioe manièie propre y par excès ; mais la parole divine
•ppelle Dominations par partidpation les principaux ordres qui commo-
niquent aux ordres infâneurs ks dons de Dieu. » De là , le mdne saint
Denis dit, Dt eod. Hier., Vfll ; « Le nom des Dmninations signifie d'abord
«ne liberté qui exempte de la condition s^vile et de la soumission com-
mune à laquelle est astreinte la popubce , et de ro[qpression tyrannique
que de temps en teaaps les grands souffirent eux-mêmes. En second lieu,
il signifie un gouvernement ferme et inflexible qui n'est incliné à aucon
acte servile ni à aucun de ces actes qu'entraîne la siqétian ou Toi^ession
estfercées par les tyrans. Il signifie, en troisième lieu, le désir et la parti-
cipation dtt véritid>le domaine qui est en Dieu, d Le nom de chaque ordre
signifie ëgaiement la participation à une qualité qui est en Dieu ; par
exemple, le nom des Vertus signifie la participation à la vertu divine ; et
ainsi des autres.
3<> Les noms de Domination, de Puissance et de Principauté expriment
le gouvernement sous divers rapports : car la chaire du Seigneur consiste
seulement à ordonner ce qu'il £uit faire. Aussi saint Grégoire dit - il que
a certains bataillons d'anges , parce que les autres leur doivent obéissance,
sont tiq[)elés Dominations. » Le nom de Puissance emporte l'idée d'un cep-
tain ordre, selon ce passage de l'Apôtre, Rom., Xill, 2 : a Celui qui résiste
à la puissance résiste à l'ordre voulu par Dieu. » C'est pourquoi saint De-
nis dit que a le nom de Puissance désigne la réalisation d'un ordre em^
brassant et la réception des choses divines et les actions divines que les
ordres supérieurs exerçait sur les inférieurs , en les élevant vers Dieu, p
A l'ordre des Puissances appartient donc de mettre l'ordre parmi les
choses que les inférieurs doivent exécuter. Etre prince, d'après saint Gré-
goire, a c'est être le premier parmi les autres;» par exemple, être les pre-
mioatio landatur in Deo singnlariter per qiiem-
dam excessum, sed per puiidpatioiieni divin
eloqnia vocant Dominationes principaliores or-
dînes, per quos inferiores ex donis ejus acci-
piunt. » Uode et Dionysiiis dicii in Vdl. cap.
CalesL hierarch., qaôd « nomen Dominatio-
nmi priiDÔ qaidem significat quamdaœ liber-
tatem q«aB est à aenrilt coodiitone et pedestri
fnbjectioDe ; sicut plebs subjicitur, et à tyrao-
nka oppressioDe, quam interthim etiam majores
palhiDUiT. Secondô siçBîficatquamdam rigidam
•i infieiibilem gnberBatioDeffl, quai ad nalUun
•ervHeM actum incliutar, neque ad aliquem
•ctun subjectonmi tel oppressorum à lyraDois.
TerCiô signilkat appetitom et partscipatioDem
^ert doniimi qiod est îb Deo. b Et siioiliter
■omeB cuJQslibel ordiais s^gniSeat participa-
tionein ejus quod est in Deo ; aicut nomea Vir-
Mum fignilicat partjôpiiioaemdivio» viitiiUs;
fiiicdeaiiis.
Ad tertina dicendom, qnèd nomen Domina"
iionisH PatestatùeX IVincipo/ti^diversimodè
ad gubemattonem pertinet; nam dooiÎDi est
solumiiodo proeipere de agendis. Et ideo Gce-
goriuB dicit ( ut suprâi ), qu6d a qusdam ange-
loriim agmina, pro eo quîd eis cetera ad obe-
diendum subjecta sunt, Dominationes vocantor.»
Nomea ver6 Polestatit ordinationero quaffldam
désignât , secundùm illud Apo&toli aid Rom.,
XIII : « Qui poteatati resistit, Dei ordinationi
resisiit. » Et ideo Dionysius dicit ( cap. 8 ) ,
quèd onmen PotesIcUis significat qoamdam or-
dioationem, et cijrca susceptionem divinoram,
et circa actiones divinas, quas superieres in in-
feriores aguot, eossursom ducendo. Ad ordinem
ergo Pot^statnoi pertinet ordinare qu» à sob-
ditis aint agenda. Piincipari yetà^ nt Gregoriot
diôty « est inter reliquos priorem existere,»
quasi primi sint in execntione eorum qu» in^
petantur. El ideo Dionysins dicit, IX. cap.
M PARTIE T^ QUESTION GYHI^ ARTICLE 5.
miers à exécuter les ordres prescrits. De là saint Denis dit. De eoBi.
Hier., V, que « le nom des Principautés désigne l'action de conduire les
tutres dans la réalisation d'un ordre sacré. » Ceux, en effet, qui condui-
sent les autres , étant ainsi les premiers parmi eux , sont proprement
appelés princes , conformément à ce passage , Ps. LXYII , 26 : a En tète
marchèrent les princes unis aux chanteurs. »
4» Les Archanges, selon saint Denis, tiennent le milieu entre les Prin-
cipautés et les Anges. Or ce qui tient le milieu, comparé à Tun des
extrêmes, en paroît différent, en tant qu'il participe de la nature des deux.
Ainsi, ce qui est tiède paroit froid à côté de ce qui est chaud, et chaud i
côté de ce qui est froid. De même, les Archanges sont ainsi nommés,
comme étant princes parmi les anges ; parce que , comparés aux anges ,
ils sont princes, comparés aux principautés, et ils sont anges. Selon saint
Grégoire , les Archanges tirent leur nom de ce qu'ils sont au - dessus du
seul ordre des anges , en tant qu'ils annoncent les grandes choses. Les
Principautés tirent leur nom de ce qu'elles sont au-dessus de toutes les
vertus célestes chargées d'accomplir les ordres de Dieu.
5<> Le nom des Séraphins ne leur vient pas tant de la charité que de
l'excès de charité qu'emporte le mot ardeur ou incendie. C'est pourquoi
saint Denis, De cœL Hier., VII , explique le nom des Séraphins par les
propriétés du feu dans lequel il y a excès de chaleur. Or nous pouvons
considérer trois choses dans le feu. D'abord le mouvement se dirigeant en
haut , lequel est continu : il signifie le mouvement qui les porte inflexi-
blement vers Dieu. En second lieu , sa vertu active constituant le chaud ,
lequel ne se trouve dans le feu, que mêlé à une certaine activité péné-
trante; parce que, dans son action, il est doué d'une pénétration
extrême , atteignant jusqu'aux moindres choses , et souvent avec une ar-
deur excessive. Et cela signifie l'action puissante que ces anges exerceni
Cœlest. hierarch,, qnôd nomen « Principatuuro
sigm'ficat dnctivuin cum ordine sacro. » llli
enim qui alios d jcuiit primi iuter eos existentes,
principes propriè Tocantur, secundùm iiliid
Psaim, LXVll : « PrxveDerant principes con-
juncli psHllentibus. »
Ad qujrtum diccndum^ qu6d Arcbangfli, se-
candùm Dioajsium, medii sunt inter Principa-
tus et Angeles. Médium autem comparatum uni
extremo, vioetur alterum, in quantum participât
naturam utriusquc : sicut iepidum respeciu «a-
1i ii est frigidum^ res^jectu verô frigidi est cali-
dum. Sic et Archangeli dicuntur quasi prin-
cipes nngeli, quia respectu Angelorum sunt
principes 9 respectu verô Princlpatuum suot
angeli. siecuniiùm Gregorium autem dicuntur
Archangeli, ex eo qu6d principantur soti or-
'•m, quasi magna nuntiantes. Prin-
\ dicuntur ex eo qu6d principan-
tur omnibus cœlestibus virtutibus divinas jns-
siones explentibus.
Ad qnintum dicendam , qu5d nomen Sera»
phim non impooitur tanlùm à cbaritate, sed
à charitatis excessu^ quem importât nomen ar-
doris vel iocendii. Unde Dionysius, VU. cap.
Cœlest. hierarch., exponit nomen Seraphim
secundùm proprietates ignis, in quoest exces-
sus caliditatis. In igné autem tria possumu
coosiderare. Prim6 quidem^ motnm qui est sor-
sum et qui est continuus ; pei quod signiticatv
qu6d indeclinabililer moventur in Deum. Se-
cundo verè, virtutem activam ejus, qu» est
calidum; quod quiJem non simpliciler inve
nitur in igne^ sed cum quadam acuitate ; quia
maxime est penetrativus in agendo, et pertiogit
nsque ad minima, et iterum cum quodam super-
eicedenti fervore; et per hoc siguiQcatur actio
hujusmodi angelorum , qoam in subditoa poteau
DE LA BlYlStON DES ANGES PAR HliRARGHTES ET PAE ORDRES. Il
snr leurs sujets, les excitant à une ferveur sublime, et les porifiant com-
plètement par rincendle qu'ils allument en eux. En troisième lieu, on
peut considérer dans le feu son éclat : et cela signifie que ces anges ont en
eux-mêmes une lumière inextinguible , et qu'ils illuminent parfaitement
les autres anges. De même, le nom des Chérubins leur vient d'un certain
excès de science ; c'est pourquoi il signifie plénitude de science. Saint De-
nis en assigne quatre causes : d'abord, la vision parfaite de Dieu ; secon-
dement, la pleine réception de la lumière divine; troisièmement, la
contemplation en Dieu de la beauté de l'ordre du monde, dérivée de lui;
quatrièmement , l'acte par lequel , inondés de cette connoissance , ils la
répandent abondamment dans les autres.
6* L'ordre des Trônes possède de plus que les ordres inférieurs ce privi-
lège, à savoir qu'ils peuvent connoitre immédiatement en Dieu les raisons
des œuvres divines. Mais les Chérubins possèdent le privilège de la science,
et les Séraphins , le privilège de l'ardeur. Et quoique dans ces deux pri-
vilèges soit renfermé le troisième , cependant les deux autres ne sont pas
renfermés dans le privilège des Trônes. C'est pourquoi l'ordre des Trônes
est distinct de celui des Chérubins et des Séraphins. Car cela est commun
à tous, que le privilège de l'ordre inférieur est renfermé dans celui
de l'ordre supérieur, mais non réciproquement. Saint Denis explique le
nom des Trônes par leurs rapports de convenance avec les sièges maté-
riels. Dans ces sièges on peut considérer quatre choses. D'abord , la posi-
tion ; car les sièges sont élevés au-dessus de la terre : et ainsi ces anges
nommés Trônes sont élevés au point de connoitre immédiatement en
Dieu lés raisons des choses. On remarque , en second lieu , dans les sièges
matériels, la solidité; car on se repose sur eux en sûreté. Mais ici il y a
ter exercent, eos in sublimem ferrorem ezci-
tantes, et totaliter per inceadium purgantes.
Tertib^ consideratur in igné claritas ejus; et
lioc Bîgnificat quôd hujusmodi angeii in seipsis
babeot ineillngnibilem lucem, et qnàd alios
perfeetè illaminant. Similiter eliatn nomen
Chet'ubim imponitur à quodam ezcessu scien-
tiSy unde interpretatur plenitudo scient ite»
Qaod Dionysius exponit quantum ad quatuor :
primo quidam , quantum ad perfectam Dei vi-
sionem; secundo, quantum ad plenam suscep-
tionem divini luminis-, tertio^ quantam adboc
qnbé in ipso Deo contemplaotur pulchritudinem
ordinis rerum à Deo derivatam ; quarte, quan-
tam ad hoc qu5d ipsi pleni existantes hujusmodi
cognitione, eam copioàè in alios effundunt.
Ad sextum diceudum, quôd ordo Thronorum
babet excellenliam prs inferiotibus ordinibus,
in hoc quôd immédiate in Deo ralioaes divino-
ram openxm cognoscere possunt. Sed CherUf
bim habent excellentiaro scientis; Seraphim
verù exi;ellentiam ardoris. Et licèt in bis duabus
excellentiis iacludatur tertia , non tamen in illa
qu£ est Thronorum, includuntur ali£ dus. Et
ideo ordo Thronorum distinguitur ab ordine
C/ierubim et Seraphim. Hoc enim est com-
mune omnibus quôd excellentia inférions con-
tinetur in excellentia superioris, et non è coq»
verso. Exponit autem Dionyâus nomeu Throruh
rum per convenicntiam ad materi:Uessede8(l).
In quibus est quatuor considerare. Primo qui-
dem situm, quia sedes super terram elcvautur;
et sic ipsi angali, qui Throni cicuntur, ele-
vantur usque ad hoc quôd in Deo immédiate
rationes rerom cognoscant. SeciuiJÔ, in mat^
rialibus sedibus consideratur ûrmiias, quia in
ipisis aliqi.is flrmiter sedet : hic autem est è
con verso; cam ipsi angeii Ûrmantar per Deum.
(t) G&m et hoc signiGcet gtKCa vox Opdvoç, ut Jam 8uprà$ nce sedes qualeseuiuioe , sed p«r
«xèelleotiam sedes regias, tel etiam interdum judiclarias et magistrales.
42 PARTIE X, QUESTION GYin^ ARTICLE 6.
réciprocité , parce que les anges reçoivent leur solidité de Dieu. Troisi^
mement, le siège r:ç::it celui qui s'assied et peut servir à le transporter.
De mème^ ces anges reçoivent Dieu en eux-mêmes^ et le portent en
quelque sorte aux anges inférieurs* Quatrièmement^ ces sièges s(Hit la
figure de ces anges ^ parce qu'ils sont ouverts^ dans une de leurs parties,
pour recevoir celui qui s'assied ; ainsi ces anges sont^ par leur promptitude,
comme ouverts pour recevoir Dieu et le servir.
ARTICLE VI.
Les degrés des ordres sont-ils convenablement assignés?
n paroît que les degrés des ordres ne sont pas convenaWement assi-
gnés. !• L'ordre des prélats semble être le plus élevé. Or les Domina-
tions, les Principautés et les Puissances ont, par leurs noms mêmes,
une certaine prélature. Donc, ces ordres doivent être les premiers entre
tous;
2* Autant un ordre est rapproché de Dieu , autant il est élevé. Or
Tordre des Trônes semble être le plus proche de Dieu ; car rien n'est plus
proche de celui qui s'asseoit que le siège lui-même. Donc Tordre des
Trônes est le plus élevé.
3* La science a la priorité sur l'amour ; et Tîntelligence paroît être plus
élevée que la volonté. Donc , Tordre des Chérubins paroît être plus élevé
que Tordre des Séraphins.
4« Saint Grégoire place les Principautés au-dessus des Puissances. Donc
elles ne sont pas immédiatement au-dessus des Archanges, comme le veut
saint Denis.
Mais , au contraire , saint Denis place dans la première hiérarchie , au
premier rang les Séraphins, au second les Chérubins, les Trônes au der-
nier : dans la hiérarchie intermédiaire, il place d'abord les Dominations,
puis les Vertus, enfin les Puissances : dans la dernière hiérarchie, il place
Terti?), qnia scdcs snscipit sedentem , et in e? | 2. Pr«terea, quanti aliquis ordo est Beo
dcferri potcst; sic ctipsian^elisuscipîiint Oenra ' propinqnior, tantô est superior. Sed ordo Thro-
in seipsis, et eum quodammodo ad inferiores norum virleturesse Deo proplnqnissimus ; nitali
feront. Quarto , ex fignra, qnia sedes ex una enim conjungitur propinqniùs serlenti qiikoisoa.
parte est aperta ad susdpiendum sedentcm : sedes. Ergo ordo Thrononrm est altissimas.
ita et isti angeli snnt per promptitudinem aperti
•d Buscipiendum Deam et famulandum ipsi.
ARTICULUS VI.
Viriim eonvenieHter gradtu ordtHwm
aêm^nentur.
gextiim sic proceditnr. Videtnr quôd în-
conrenienter gradus ordinum assignentor. Ordo
enim praelntorum vidctur es/e supremas. Sed
Domtoati nés, Principatus et Potcstates ex ipsis
^8 prslationem quamdam habent. Ergo
» debent esse iuler omaes sapremL
3. Praeterea^ scientia est prior quJm amor,
et intellectus videlar esse altior qiiàm volontas.
Ergo et ordo Cberubim \idetar esse altior quàm
ordo Seraphim.
4. Proeterea, Grcgorius ponit Principatns sa-
per Potestates. Non ergo coUncantur immédiate
super ArchaogeloSy ut Dionysiuî^ dicit.
Sed contra est, quèd Dionysias ponit in prima
quidem bierarchia Seraphim ut primos, Che-
rubim ut medios, Thronos ut ultimos; in m»»
diaverè, Dominationes ut primos, Viriutet
ul medios» Potestates ut ullimos; ia idUma^
SE LA DIVISION SBS ANflBS PAB HIÉUBCnSS ET PAR ORDRES. 43
premièrement les Pnneipaatés^ ea second lieu les Archanges, en troisième
lieu les Anges.
CoNGLUSiov. — Selon r^posiiion diverse des noms assignés aux ordres
«ngéliqueSy ce n-est pas i tort^ même en soi/vant rËciiture^ que saint Or
ais et saint Gr^oîre assignent difieremment les degrés de certains ordres//
Saint Grégoire et saint Denis sont d'accord pour assigner ks degrt% i t
eerlains ordres angéliques, mais ils diffèrent sur les Vertus et les Prine -
paiiilés. Caif saint Denis place les Vertus au * dessons des Domioaiioiis vjt
an-dessus des Puissances ; et les Principautés au-dessous des Puissances et
an-dessus des Anges. Saint Grégoire place les Principautés entre les
Dominations et les Puissances , et les Vertus entre les Puissances et les
Archanges. Et ces deux expositions peuvent avoir leur fondement dans
Tautorité de TApfttre qui^ énumérant les ordres intermédiaires en remon-
tant^ dit; Ephes., 1; 30 : « Dieu Ta établi ( Jésus-Christ ) à sa droite dans
les cieuxy au-dessus de toutes les Principautés, des Puissances, des Vertus
«t des Dominations, » plaçant ainsi les Vertus entre les Puissances et les
Dominations, selon Tezposition de saint Denis. Mais, Col098.,l, 16,
énumérant les mêmes ordres en descendant, il dit : a Toutes choses, les
Trônes comme les Dominations , les Principautés comme les Puissances,
ont été créées par lui et en lui ; » plaçant ainsi les Principautés entre les
Dominations et les Puissances , selon le rang que leur assigne saint Gré-
goire. Voyons d'abord la raison du rang assigné par saint Dexiis. il faut
considérer pour cela, que, d'après ce qui a été dit plus haut, la première
hiérarchie c<mtemple les raisons des choses en Dieu lui-même, tandis que
la seconde les contemple dans les causes universelles, et la troisième dans
la détermination de ces causes aux effets particuliers. £t comme Dieu est
la fin, non-seulement des fonctions des anges, mais de toute créature, à
la première hiérarchie appartient la considération de la fin; à la hiérar-
prmeipatus «t primos, Àrckang^os ut me- j enumeraos, dirit, Ephes , I, qu6d « Deas
dioà, Àngelos ut ulUmot. coDfiUiuii iUQm ( scilicet CfarisUiiD ) ad dexte-
( CoNCLUsio. — Pio dWersUate expositionis
■omionm ipforoin oïdinoa ia angelis, non malè
Ctiaai aeeuiidùin Scnfdiiras, différentes gradue
qaonundam ofdxAum à Oionjfiio et Gr^rio
ifliignaaiar. )
aegpMideo dkeiidaiii, qoôd gradua angelico-
ffum •rdmttm assignant et Gregorius et Diony-
ûw qoaQtam ad aiu quidem convenienter, sed
quantum ad Principatw et Virtutes dlfferen-
tcr. Nam IMonysiua collocat Viriutes aub Do-
mîoatiooilHis et«i|»a Potestatea, Principatus
cutem flob PoleskatilNis et supra Angeles. Gre-
fofius autAQD ponit Principatus in medio Do-
minationnm et Potestatnm, Viriutes retà m
medio Poteatatum et AichangeloraoL Et utraque
Ofligiuitio foldinentiim habere potest ex aucto-
lilale Apoatoli , qui nedioi ordisea aaoendemto
ram suain, in cœlestibus supra omnem prind-
paium et potestatem , et virtatein , et domina-
tioneoL » Ubi viriutem ponit inter potestatem
et domiuationem, secundùm assignationem Dio-
aysii. Sed, ad Coioss,^ l, enumerans eosdem
ordines descendendo, dicit : « Sive Throni» siTe
Dominationes, sive Principatu:», sive Polestates,
omnia per ipsum et in ipso «resta sunt. » Ubi
Principatus ponit medios inter Dominationes et
Potestates, secundùm assignationem Gregorii.
Prtotô igiiur videamos rationem assignationis
Dionysii. lo qua considerandum est, quèd sicat
suprà dictun est (art. i), prima bierardûa
inspiât lationes rerum in ipso Deo ; seeunda
verô in cansis universalibus; tertia ver6 aecon»
dùm determinatâonem ad spéciales effectua. Et
qnia Deus est ttoia ma aoliun angelioonuii mi*
ÏA PARTIB I^ QinSSTIOlf GYnij ARTIGLB 6.
chie intermédiaire y la disposition de toutes les œuyres à exécuter; à la
dernière, la disposition appliquée à son effet, ou bien Texécution de ces
œuvres. Car il est manifeste que, dans toute opération, ces trois cboses se
rencontrent. C^est pourquoi saint Denis, c-onsidérant les propriétés de
chaque ordre d'après leurs noms, a placé dans la première hiérarchie les
ordres dont les noms les mettent en rapport immédiat avec Dieu, c'est-à-
dire les Séraphins, les Chérubins et les Trônes. Dans la hiérarchie inter-
médiaire, il a placé les ordres dont les noms indiquent un gouvernement
ou une disposition générale, c'est-i-dire les Dominations, les Vertus et les
Puissances. Dans"" la troisième hiérarchie, il a mis les ordres dont les noms
désignent l'exécution de Tœuvre, c'est-à-dire les Principautés, les Anges et
les Ârtdianges. Par rapport à la fin , on peut considérer trois choses.
D'abord on considère la fin elle-même ; puis on en acquiert une connois-
sance parfaite ; en troisième lieu , on fixe sur elle son intention. La
seconde de ces choses s'ajoute à la première , et la troisième se rapporte
aux deux autres. Or, Dieu étant la fin des créatures , comme le général
est la fin de l'armée, Metaph., 52, on peut faire dans les choses humaines
des considérations semblables. Car, certains ont une dignité telle, qne
par eux-mêmes ils peuvent approcher familièrement du roi ou du général.
D'autres ont cela de plus encore , qu'ils connoissent ses secrets. D'autres
enfin l'accompagnent partout comme s'ils lui étaient unis. Cette compa-
raison pourra nous expliquer la disposition des ordres de la première
hiérarchie. Les Trônes sont élevés jusqu'à recevoir Dieu en eux - mêmes
familièrement , en tant que capables de connoitre immédiatement en Ini
les raisons des choses ; ce qui est propre à toute la première hiérarchie.
Les Chérubins connoissent d une manière suréminente les secrets divins.
L'excellence des Séraphins consiste dans le privilège qui est au-dessus de
nisteriorum, sed eliam totios creaturx» ad pri-
mam bierarchiam pertiaet consideratio Gais;
ad mediam verô dispositio uoiversalis de agen-
dis; ad ultimam autem applicatio dispo-itionis
ad effecUim, qux est operis execotio. Hxc enim
tiia manirestam est in qualibet operatione ia-
Teniri. Et ideo Dionysius ex nominibus ordinum
proprietates Ulorom considerans, iUos orilines
in prioia bierarchia posuit, qaorum nomina
imponuntur per respectum ad Deum, sciiicei
Seraphim et Cfvsrubim et Thronos. lllos verô
ordines posait in média hierarcbia, quoram no-
mina désignant communem quamdam guberna-
tionem sive dispositionem , id est, Domina-
tiones, Virtutes et Potestates, IUos ver6 or-
dines posuit in tertia bierarchia, quorum
nomina désignant operis executionero , sciiicei
Principatus, Àngelos et Àrc/umgelos. In res-
tem ad linem tria considerari possant.
6 aliquia considérât liaem ; secundo
verô perfectam finis cognitionem accipit; tertid
ver6 intentionem suam in ipso defigit. Quoram
secuodum ex additione se habet ad primum, et
tertium ad utrumque. Et quia Deus est finis
creaturarum, sicut dox est finis exercitûs, vt
dicitur in Mctaphys. (\exU 52 ), potest aliqiiid
simile hujus ordinis considerari in rébus huma-
nis. Nam quidam sunt qui hoc babentdignitatis,
ut per seipsos familiariter accédera possint ad
regem vel ducem. Quidam ver6 super hoc hft>
benl ut etiam sécréta ejus cognoscant. Alii Ter6
insuper cirea ipsum semper inbxrent quasi et
conjuncU. Et secundùm banc similitudinea
accipere possumus dispositionem in ordinibos
primas hiérarchie. Nam Throni e^.evantnr ad
boc qu6d Deum familiariter in seipsis rectpiant>
secundùm qa6d rationes rerum in ipso immé-
diate cogooscere possunt^ quod est pmpriam
tolius prirnse hierarcbiœ. Cherubim ver6 8a|)ei^
eminenter divina sécréta cognoscant. SerapMm
DE LA BUISION DES ANGSS PAR HliRAACHIES ET PAR ORDRES* 45
tous les autres^ Tunion avec Dieu même. Ainsi, l'ordre des Trônes reçoit
son nom de ce qui est commun à toute la hiérarchie , comme Tordre des
Anges le reçoit de ce qui est commun à tous les esprits célestes. L'idée de
gouvernement renferme trois choses. La première est la distinction des
œuvres qui doivent être exécutées ; et cela est propre aux Dominations.
La seconde consiste à fournir les facultés nécessaires pour les accomplir;
ce qui appartient aux Vertus. La troisième consiste à disposer de quelle
Ikçon les œuvres qui ont été ordonnées ou désignées pourront être accom-
plies y afin que d'autres les exécutent ; et cette charge est celle des Puis-
sances. L'accomplissement des fonctions angéliques consiste à annoncer les
volontés divines. Or dans Taccomplissement d'un acte quelconque, il y en
a qui commencent l'action et conduisent pour ainsi dire les autres; par
exemple, dans les chœurs les coryphées, et dans la guerre les chefs : cela»
appartient aux Principautés. D'autres exécutent simplement ; tels sont les
Anges. D'autres occupent une charge intermédiaire; et tels sont les
Archanges, comme on l'a vu plus haut. Or, cette classification des ordres
est fondée en raison. Car, toujours la classe la plus élevée de l'ordre infé-
rieur a une certaine affinité avec la moins élevée de l'ordre supérieur;
ain^i, les derniers des animaux sont peu éloignés des plantes. Or le premier
ordre est celui des personnes divines , dont TEsprit saint est le terme ,
lequel est l'amour procédant; et avec lui a une certaine affinité le
premier ordre de la suprême hiérarchie , ordre qui tire son nom de l'ar-
deur de son amour. Le dernier ordre de la première hiérarchie, celui des
Trônes, a, par le rang qu'il occupe, une certaine affinité avec l'ordre des
Dominations. Car, d'après saint Grégoire, les Trônes sont ceux a par les-
quels Dieu exerce ses jugements. i> Et ils reçoivent la lumière divine d'une
manière convenable pour qu'ils puissent illuminer immédiatement la
seconde hiérarchie , laquelle est chargée de disposer les œuvres divines.
▼erô excelluDt in hoc qood est omniom snpre-
mnm, scilicet Deo ipsi uniri; ot sic ab eo qnod
est commaoe toii hierarcbûe^ dCDominetur ordo
Thronofum, sirut ab eo quod est commune
omnibus cœlestibusspiritibus, denominatur ordo
Angehrum. Ad gubernationis aatem ratiooem
tria pertinent. Quorum primum est distlnctio
eorum qus agenda sunt, quod est proprium
Dominationum, Secundum autem est pnebere
fscultatem ad impleudum^qaod pertinet ad Vir^
fuies, Tertium autem est ordinare qualiter ea
que pi'scepta irel diffinita snnt, impleri possint,
vt aliqui eiequantur; et boc pertinet ad Potes^
taies, Executio autem angeticoram ministerio-
nun consistit in annantîando divina; in eiecu-
tione autem cojuslibet actus sunt quidam quasi
îDCipientes actionero, et alios docentes; sicut in
eantu pncrentores, et in bello illi qui alios do-
€0111 et diiigunt : et hoc pertinet ad Principes
tus. Alii Terb sunt qui simpticiter exequontur;
et hoc pertinet ad Angelos. Alii ver6 medio
modo se babent; quod ad Arcbangelos pertinet,
ut suprà dictnm est ( art. 5 ad 4 ). Intenitur
autem oongrua hsc ordinum assignatio. Nam
semper summum inférions ordinis afûnitatem
babet cum ultimo auperioris : sicut Inflma ani-
malia panim distant à pWntis. Primus autem
ordo est divinarum personarum, qui terminator
ad Spiritum sanctum, qui est amor procedens;
cum quo af&nitatem babet supremus ordo prima
hierart^bix, ab incendio amoris denominatns.
Infimus autem ordo prima hierarcbia est
Thrcnorum, qni ex suo ordine babent quam-
dam aftjnitatem cum Dominaiionibus. Nam
Throni dicuntor secundum Gregorium , « per
quos DeilS sua judicia eiercet. » Accipinni eniv
divinas illominationes per con^uientiam ad
immédiate illominandum secundam bienrcbiam.
48 PAKTTB I^ QUESTION CVin, ARTICLE 7.
L'ordre des Puissances a de Taffinîté avec celui des Principautés. Comme,
en efTet, il appartient aux Puissances de faire régner Tordre parmi les
sujets , cette disposition est désignée tout d'abord par le nom des Princi-
pautés y qui sont les premières dans l'accomplissement des œuvres divines,
en tant qu'elles président au gouvernement des nations et des royaumes,
cîiose qui occupe le premier rang parmi les œuvres de Dieu : car le bien
de la nation est quelque chose de plus divin que le bien d'un individu.
De là le prophète dit, 'ùan.y X, 13 : « Le chef du royaume des Perses m'a
résisté. » La disposition des ordres assignée par saint Grégoire est aussi
fondée en raison. Car, les Dominations définissant et ordonnant ce qui a
rapport à l'exécution des œuvres divines, les ordres qui leur sont soumis
sont disposés conformément à la disposition des créatures sur lesquelles
doivent s'accomplir ces œuvres de Dieu. Et, comme le dit saint Augustin,
/)g Trin,y III, 4, a les corps sont gouvernés avec un certain ordre, les in-
férieurs par les supérieurs, et tous par la créature spirituelle, et les esprits
mauvais par les bons esprits. » Le premier ordre après les Dominations
est /ionc celui des Principautés, qui commandent même aux bons esprits.
Puis viennent les Puissances qui repoussent les esprits mauvais, comme
les puissances terrestres repoussent les malfaiteurs, selon la parole de
saint Paul, ilom., XIII. Après, viennent les Vertus qui, dans l'opération
des miracles, commandent à la nature corporelle. Et après elles sont les
Anges et les Archanges qui annoncent aux hommes, soit de grandes choses
que la raison ne sauroit atteindre, soit des choses moins élevées et à la.
portée de la raison.
Je réponds aux arguments : i* Dans les anges, la dépendance à l'égard de
Dieu est quelque chose *de supérieur àVautorité qu'ils ont sur leurs infé-
td quam pertinet dispositio divinonim minis-
terioruui. Ordo vero Potestatum affiniUtem
habet cum ordîne Principatuum. Nam, cùin
Potestatum sit ordinem subjectis imponere,
h«c onlinatio statim in nomine Principatuum
designatur; qai sunt prinii in executione divi-
nonim ministeriorum ^ ntpote présidentes gu-
bernationi gentinm et regnoram, quod est prin-
cipium in divinis ministeriis ; nam « bonum
gentis est divinias qaàm bonnm onius hominis »
( ut dicitnr Ethic, 1,7). Undc diritur Dnn.,
X : « Princeps regni Persarum restitit tnibi (1). »
Dispositio etiam ordinum qoam Gregorias ponit^
congruilatem babet. Nam cùm Doniinationes
sint diffmientes et praecipientes ea qu» ad divina
ministetia pertinent, ordines eis subjecti dis-
ponnntur seciindùm di-posiliouem eorum in quos
divina miuisteria exercentur. Ut autem Augas-
tintts dicit in IH. 0e Trin. (c;tp. 4), « corpora
quodam ordine reguntur, inieriora per supe*
riora, etomnia per spiritualem creatnram, et
spiritus mains per spiritum bonum. » Primus
ergo ordo post Dominationes dicîtur Princi^
patuum, qui etiam bonis spiritibus prinripan-
tur. Deinde Potestates, per quas arcentur mali
spiritus^ sicnt per potestates terrenas arcentor
malefactores^ ut babetur Rnm., XllI. Post quas
sunt Virtutes, quae habent potcstatem super
corporaiem naturam in operatione miraculoruou
Post quas sunt Ângeli et Àt'changeli, qui nun*
liant bominibus vel magna quae sunt supra ratio-
nem, vel parva^ ad quae ratio se extendere potest.
Ad primum ergo dicendum, qu6d in angelis
potius est qu5d subjiciuntur Deo quàm quM
inferioribus président; et hoc derivatur ex illo.
Et ideo ordines nominati ï prxlatione non sunt
(1) Ubi ne Hierooymtts : Videlwr mihi êue angelu$ eui Ptnii ( vel Porsifa regio ) or^ditm
Ui^ juxla illud qtiod in DêUieronomio legimus (cap. 32). Quaudo dividebat AUiêtimu»
gentu et distcmnobtU fUios Adam, ilaluii terminât gemlium juxta uv^merum tMgetorwm
DE LA DfYISION SES ANGES PA& HI<EiBCH1S8 ET Pi& ORDRES. VI
rienis, etcelle-ci dérive de celle-là. C'est pourquoi les ordres qui tirent
leur nom de leur élévation» n'occupent pas le premier rang , mais bien
teux qui tirent leur nom de leurs rapports avec Dieu.
^ Cette proximité à Tégard de Dieu , que désigne le nom des Trônes ,
convient aussi aux Chérubins^ aux Séraphins, et d'une manière plus
excellente^ comme on Ta dit.
3» Ainsi qu'on Ta dit plus haut^ la connoissance consiste en ce que la
chose connue est dans l'être connoissant ; et l'amour en ce que l'être
aimant estnni à l'objet aimé. Or les êtres d'un ordre supérieur sont d'une
manière plus noble en eux-mêmes que dans leurs inférieurs; et les êtres
d'un ordre inférieur sont^ dans ceux qui leur sont supérieurs, d'une ma-
nière plus noble qu'en eux-mêmes. Aussi la connoissance des êtres infé-
rieurs l'emporte-t-elle sur leur amour ^ tandis que l'amour des êtres
supérieurs , et surtout de Dieu , est plus excellent que leur connoissance.
ï^« Celui qui considérera attentivement les dispositions des ordres
données par saint Denis et saint Grégoire , verra qu'elles ne difierent pas ,
on qu'elles différent en peu de chose ^ si on va jusqu'à la réalité. Saint
Grégoire donne pour raison du nom des Principautés, que ces anges com-
mandent aux bons esprits ; et cela convient aussi aux Vertus, en tant que
leur nom implique l'idée d'une certaine force donnant aux esprits infé-
rieurs la puissance d'exécuter les ordres divins. De plus, d'après saint Gré-
goire, les Vertus paroissent être ce que sont les Principautés, d'après
saint Denis. Car les miracles sont la première chose parmi les ministères
divins : ils préparent la voie aux messages des Archanges et des Anges.
flnpremi , sed magis ordines oomiAali à oonver-
làtme ad Deam.
Ad secunduin dicendam, qu6d iUa prapin-
quitas ad Deum, qu» designaiur nooiine Thro»
narum, cooveDii etUm Cherubim et Seraptum,
et exeellenliùs, at diciam est.
Ad tertium diceadum, quid aient aaprk dk-
tom est, cogoitio est secandùm qo^d cogoita
sont in cognoscente ; amor antem secuadimi
q^bà amans uoitur rei amatc. Superiora autem
nobiliori modo sont in seipsis quàm in inferio-
ribus; ioferiora verô nobiliori modo sont in
superioribDsqnàm in seipsis. Et ideo inferiomm
quidero cognitio pneeminetdilectioni, supeho-
nàMn autem diiflctiOy et pnecipuè Oei« prceuiinet
Ad quartum dicendaro, quôd si qois diligenter
coDsideret dispositiooes ordinum secundùm
Dionysiam et Gregorium, paruoi vel nihil diiïe-
runt, si ad rem referantur. Ëaponit enim Gre-
gorius Principatuum Domen ex hoc quôd bouis
spiritibiis prsesunt; et hoc convenil Virtulibiis
secundùm quôd in nomine Virtutam intelligi-
tar quasdam fortitiido, dans eflJcaciam infe io-
ribos spiritibus ad ezeqaenda divina miois-
teria. Rursus Virtates, seconJùm Gregorium,
videnturesse idem quod Priacipatns secondùm
Difinysium. Nam hoc est primam in divine
ministehis raincnla fiicere; per boc enim pa»
ratar yia annuntiationi archangelorum et angB»
lonua
i8
PARTIB 1, OITESnON GVni^ ARTICLE 7.
ARTICLE Vn.
Les ordres demeureront-ils après le jour du jugement
n paroit que les ordres ne demeureront pas après le jour du jugement.
!• L'Apôtre dit, l Cor,, XV, 24 : «x Jésus-Christ mettra fin à toute princi-
pauté et à toute puissance, lorsqu'il aura remis le gouvernement de l'uni-
Ters à Dieu , son Père; » ce qui arrivera à la consommalion des choses*
Donc, pour la même raison, il mettra fin alors aux autres ordres.
i9 La fonction des ordres angéliques consiste à purifier, illuminer et
perfectionner. Or, après le jour du jugemeut, un ange n'en purifiera j
illuminera ou perfectionnera plus un autre, puisqu'ils n'avanceront plus
en science. Donc les ordres angéliques demeureroient inutilement.
3"" Saint Paul , Hehr., 1 , 14, dit des anges : « Ils sont tous des esprits
administrateurs, chargés de certaines fonctions en faveur de ceux qui r^
çoivent l'héritage du salut. » Par où il est clair que les fonctions des anges
ont pour objet de mener les hommes au salut. Or tous les élus obtiennent
le salut avant le jour du jugement. Donc , après ce jour , les fonctions et
les ordres angéliques ne subsisteront plus.
Mais, Judic, V, il est dit au contraire : a Les étoiles demeurent dans
leur ordre et dans leur cours ; » ce qu'il faut entendre des anges. Donc
les anges demeureront toujours dans leurs ordres.
(Conclusion. — Après le jour du jugement , les ordres angéliques de-
meureront quant à la distinction de leurs degrés ; quant à l'exercice de
leurs fonctions, ils subsisteront seulement en partie.)
On peut considérer deux choses dans les ordres angéliques , la distinc-
tion des degrés et l'exercice des fonctions. La distinction des degrés parmi
ARTICULUS vu.
Uirùm ùrdinei remanebunt post diemjudicii.
Ad Mptimum sic proceditur(t). Videtar qaèd
ordines non remanebuot post diem jodicii. Didt
enim Apostolos, I. ad Cor,, XV, qvôd a Chris-
tos evacaabit omnem principatum et potesta-
tem, cùm tradiderit regnum Deo et Patri. »
Qaod erit in ultima coosummatione. Pari ergo
ratione in iilo statu omoes alii ordines etacua-
Iktintar.
%. Prsterea, ad ofQcinm angelicoram ordinom
peitinet purgare^ illuminare et perficere. Sed
post diem judicii unus angélus non purgabit,
aut iliaminabit, aut perfîciet alium, quia non
proflcient ampliùs in scientia. Ergo frustra or-
dines angelici remanerent.
8. Preterea, Apostolos dicit ad Hebr,, l,
de angelis, quM «omnes sunt admiuislratorli
Bpiritus in ministerium missi propter eos qui
tereditatem capiuntsalatis. » Ex quo patel qu6d
ofQda angelomm ordinantur ad hoc quôd ho-
mines ad salutem adducantur. Sed omnes electl
usque ad diem judicii salutem conseqnuntur.
Non ergo post diem judicii remanebuut officia
et ordines angelorum.
Sed contra est, quod dicitur Judic, V:
« SteUs manentes in ordioe et cursu suo. »
Qood ezponitur de angelis. Ergo angeli semper
in suis orditi^Dus remanebunt.
(CoRCLVsio. — Remanebunt angelici ordines
post diem judicii, quoad graduum distinctionem;
qnoad executiooem verô suorum offidomm,
partim remanebunt, et partim non.)
Respondeo dicendum, qu6d in ordinibus an-
gelicis duo possnnt considerari , sciiicet distinc-
tio graduum et ezecutio oHidorum. Distinctio
autem graduum est in angelis secundùm diffû»
(1) De bis eliam in II , SenL, dist. 11 , qa. 9, art. 6; ut et IV, 5miI.« dist. 17, qu. 1,
art. S f qacstiunc. 4 ; et I. ad Cor., XV, lect. 3 , col. 3.
DE LÀ DinSION DES ANOES FAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 19
les anges existe par rapport à la nature et à la grâce , comme on Ta déjà
dit. Or ces deux différences subsisteront toujours parmi les anges. On ne
peut leur enlever la différence de natare , à moins qu'ils ne devinssenf
sujets à la corruption. La différence de gloire sera aussi toujours en raison
de la différence du mérite qui l'a précédé. Quant à l'exercice des fonctions
angéliques, il demeurera en partie après le jour du jugement, et en partie
il cessera. Il cessera en tant que leurs fonctions ont pour objet de mener
certains êtres à leur fin; il subsistera en tant qu'il convient à la posses*
sion de leur fin dernière. Ainsi l'on voit que différentes sont lesfonctionft
des divers ordres militaires dans le combat et dans le triomphe.
Je réponds aux arguments : 1^ Les Principautés et les Puissances dis*
paroîtront dans la consommation finale , en tant qu'elles conduisent
certains êtres à leur fin : car, la fin obtenue y il n'est plus nécessaire de
tendre vers elle. Et cette raison est indiquée par les paroles mêmes de
l'Apôtre : « Lorsqu'il aura remis le gouvernement de l'univers à Dieu son
Père , » c'est^-dire lorsqu'il aura mené les fidèles à la jouissance de
Dieu.
2o Pour comprendre les actions des anges sur d'autres anges , il faut
les rapprocher des actions intelligibles qui se passent en nous. Il se passe
en nous beaucoup d'actions intelligibles qui ont entre elles le rapport de
cause et d'effet : lorsque^ par exemple ^ au moyen de vérités intermé-
diaires nous arrivons à une conclusion. Or, il est évident que la connois-
sance de la conclusion dépend de la connoissance des vérités intermé-
diaires précédentes , non - seulement pour l'acquisition de cette nouvelle
connoissance , mais aussi pour sa conservation. La preuve en est que
si quelqu'un oublie l'une des vérités intermédiaires, il pourroit bien
avoir de la conclusion une connoissance d'opinion et de foi , mais il n'en
auroit pas la science, tant qu'il ignoreroit l'ordre de ses causes. De même,
lentiam gratis et nature , ot soprà dktam est | teUigi^r ex verbis Àpostoli dicentis : a Cùm
( art. 4 ). Et otraque dilTerentu semper in an- 1 tradiderit regnam Deo et Patri , » id est , cùm
^elis remanebiL Nou euim natuiarom differeo-
iUa ab eis auferri possent^ nisi eis cormptis.
Difierentia etiam gloris erii ia eis semper se-
CQDdiun differentiam meriti pnecedentis. Exe-
cntio aatem ofliciorum angelicorom aliqoo modo
lemanebit posi diem judicii, et aliqoo modo
cessabit. tosabit quidem secandùm quèd eorom
ol&cia ordioanior ad perduceodum aliquos in
finem; remanebit autem secandùm quod con-
venit in ultima finis consecutione. Sicut etiam
«lia sont oflicia militariom ordinom in pogna
€t in triompbo.
Ad primum ergo dicendom, qnùd Principatos
«t Poteslates evacoabuntur in iUa finali con-
sommatione quantom ad boc qoùd alios ad ftnem
peidncant; qoia consecuto jam fine non est
necessaiiom teaddre in finem. £t bsc ntio in-
IV.
perdozerit fidèles ad froendam ipso Deo.
Ad secundum dicendom, qo6d actiooes ang&
lonim super alios angelos considerands sont
secondùmsimilitodiuem actionum inteUigibiliom
qus sont in nobis. Inveniontur autem in nobis
mults intelligibiles acti mes, qna^ suut ordiuata
secondùm ordinem caoss et causati : sicut cùm
per molta média gradatim in onam cooclusionem
devenimas. Manifestnro est antem qo6d cognitîo
conclusionis dependet ex omnibus mediis pras-
cedentibus, non soiùm quantum ad novam ac»
quisittouem scieutie, sed etiam quantum ad
scientis conservationem. Cojus signom est,
qu6d si quis ubliviscereturaliquod praecedeutinm
mediorum, opinionem qaidem vel fidem de oon-
ciusione posset habere, sed non scienliam, or-
dinecaosarum ignorato. Bicigitur cùm inferiores
M PAETIE ly OtnBSnON GYin, ABTiCXS 8w
larsqne les anges inférieure connoissent la raison des œuTres divines
moyen de la lumière des anges supérieurs , leur connoissance dépend ds
la lumière de ces anges ^ pour ce qui regarde noorfleulemex^ Taequisitioft
de la science , mais encore sa conservati^i. Aansi, quoique après le juge»
ment les anges n'acquièrent pas la connoissaoBtce de nouvelles choses, il ae
s'ensuit pas qu'ils ne soient pas illuminés par les anges supérieurs.
3f Quoique après le jour du jugement les hommes ne doivent pins toe
conduits au salut par le ministère des ai^es, ceux qui seront déjà sauvés
tecevront encore^ par le ministère des anges, un certain éclat.
ARTICLE Vin.
Lb8 hommes sant-ils pris pontr faire portM des ordres cmgéUqms?
n paroît que les hommes ne sont pas pris pour faire partie des ordres
angéliques : 1® la hiérarchie humaine est au-dessous de la dernière des
hiérarchies célestes ; comme la dernière est au-dessous de la hiérarchie
intermédiaire, et celle-ci au-dessous de la première. Or, jamais les anges
de la dernière hiérarchie ne seront transférés dans la hiérarchie inter
médiaire, ou dans la première. Donc, les hommes ne seront pas non
plus transférés dans les ordres angéliques.
2o Aux ordres angéliques appartiennent certains ofSces^ comme de
garder les hommes, faire des miracles, repousser les démons, et autres
devoirs semblables, qui ne paroissent pas convenir aux âmes des saints.
Donc elles ne feront pas partie des ordres angéliques.
3<^ De même que les bons anges induisent au bien, les démons in-
duisent au mal. Or, c'est une erreur de dire que les âmes des hommes
mauvais deviennent des démons : saint Chrysostôme, swp. Maith., le
angeli rationem divioorain operam cogDoscant
per lumen superîonim angelonim, dependet
aonim cogniUo ex lumine superiorom, non so-
ttn quantum ad noram acquisittooem Bdentûe,
sed etiam quantum ad cognitiouîs conserratio-
seiD. Licèt ergo post jndicium non proficiant
inferioresangeU in cognitione afiquarum reram,
non tamen propler hoc ezduditur quin k supe-
fioribus Ulumioentur.
▲d tertium dicendum , qnèd etsi post diem
Jndkii homines non sint ulteriùs ad salutem
•dduoendi per minUtertum angeiorum, tamen
iUi qui jam salutem erunt consecuti , aliquam
iUuBtraiionem habebont per angelorom officia.
ARTICULUS VUI.
Utrinn homineê as$umantur ad ordines
angelorum.
Ad octavum sic proceditur (1). Videtur quôd
homines non assumantur ad ordines ange-
lorum. Hierarchia enim humana continetur
sub infina hierarchiarum cœlestium, sicut in»
ftma sub média, et média sub prima. Sed
angeli inflms hierarehis nunquam transfe*
rentur in mediam ant in prïmam. Ergo ne*
que homines transterentur ad ordines angeio*
mm.
S. Praeterea, ordinibns angelorum aliqua of-
ficia competuttt (utpote eustodire, miracula
faoere , dsmooes arcere , et bujusaodi ) , qoa
non videntur convenire animabus sanrlorom.
Ergo non transferuntur ad ordines angelo-
rum.
S. Prcterea , sicut boni ngeli indncirok ad
bonum , ita dsmooes indacunt ad malum. Sed
erroneum est dicere qu6d anima hominum ma-
lomnk convertantur in dsmones; hoc enim
Chrjèostomus reprobat super Mntth, Ergo wm
(i) De bis etiam in H, SetU., dist. 9, art. 8.
DE LA I)IYISK>9 JOS JU70BS PAA BKARABGHUS XT PAR ORDRES. 5l
xepoiisse expressément. Donc il ne paroit pas que lâs aunes des sainte
soient élevées aux ordres angéliques.
Mais Notr^-fieignenr, Mattlu, XXII^ 30, dit, an contiaire, des sainis
a ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. »
(Covausios* — Quoique la différence' des natures angéUqœ et bumaîm
doive subsister toujours, cepeiuiant les hommes peuvent^ an moyen de
Sa grâce , mériter une gloire telle qu'elle les ^ale aux anges dans leun
divers degrés; ce qui n'est autre chose qu'être pris poux faire partie des
ordres angéliques.)
Comme on l'a déjà dit, les ordres angéliques se distinguent et par kur
condition naturelle^ et par les dons de la grâce. Si l'on considère, daw
les ordries angéliques, le degré auquel les élève leur nature, sous ce rap^
port les hommes ne pourront être pris pour en faire partie; parce que
toujours demeurera la distinction des natures. C'est en considérant cela
que certains ont avancé que les hommes ne peuvent, en aucune la^n,
devenir égaux aux anges; ce qui est erroné, et répugne à la promesse
de Jésna-Christ disant, Zmc., XX, 36 : a Les enfants de la résurrection
seront égaux aux anges dans les cieux. » Ce qui appartient i la nature
jeue, dans l'idée d'un ordre, le rôle de matière : ce qui la complète vient
du don de la grâce , laquelle dépend de la libé^ralité de Dieu , et non de
Tordre natureL C'est pourquoi les hommes peuvent, par le don de la
grâce, mériter une gloire telle qu'ils deviennent égaux aux anges, dans
leurs divers degrés; et c'est là, pour les hommes^ être élevé jusqu'à faire
partie des ordres angéliques. Il y en a cependant qui disent, que tous les
élus ne font pas partie de ces ordres , mais seulement les vierges ou les
parfaits; les autres formeront un autre ordre distinct de la société entière
des anges. Mais cela va contre ees paroles de saint Augustin , De Civit.
Def , XII : a n n'y aura point deux société, l'une des hommes, l'autre
vîdetar qu6d anim» sanctonuB tfansferantor
ad ordiiMS angelonini.
Sed contra est^ qnod Dominos dicH^ Matih.»
XXII, de sancUs, quôd « enmt sicat angeli Dei
in cœlo. »
( GoKCLiTsio. — Qaamvîs semper manstmim
#t naturaram ia bominibus et angelis disert-
meo, tamen per donum gratûe^ tantam gloriam
ni aDgelis secaodùni singulos gradns xqneniar,
bommea mereri possnnt, quod est homioes ad
ordioes angeloram assumi. )
Respondeo dicendum^ qaôd sicnt snprà dictnm
est, ordines angelorain distinganntur et secan-
dùà) conditiouem oatur», et secnndùm dona
gntle. Si ergo coasidereatur angeloroin ordines
solùm quantum ad gradum naturs, sic homines
nnlio modo assumi possunt ad ordioes angelo-
mm ; quia semper remanebit natararum distinc-
lio. Quam quidam consideranteSy posuerunt qo6d
nnlio modo bomÎTies transferrl possnnt ad cqnt-
iitatem angeloram^ qnod est erronenm ; répugnât
enim promissioni Christi dicentis, Luc., XX,
qaôd « filii resurrectionis eruat squales angelis
in cœlis. » lUod enim qnod est ex parte nator»,
se babet ot materiale, in ratione ordinis; coni-
pietiTom verb est qnod est ex dono gratis, qos
dependet ex liberalitate Dei, non ex ordiiie
nature. Et ideo per donum gratis homines
mereri possunt tantam gloriam, nt angelis
squentur, secundùm singulos angelorumgradus.
Quod est homines ad ordines angelorum assumi.
Quidam tamen dicunt qu^d ad ordines ange-
lomm non assumuntur omnes qui salvantur,
sed soli virgines Tel perfecti ; alii verd sunm
ordinem constituent, quasi condivisum toti so-
cietati angelorum. Sed hoc est contra Angus«
tinum qui dicit, XII. De Civil, Dei (cap. 1 },
qoM « non enuàt do» societates hominum et
62 PARTIE T^ QUESTION GTIII^ ARTICLE 8.
des anges^ mais une seule; d parce que le bonheur de tous consiste à être
unis à Dieu seul.
Je réponds aux arguments : i^ La grâce est donnée aux anges d'une
manière proportionnée à leurs dons naturels. Il n'en est pas ainsi des
hommes^ comme on Ta déjà dit. C'est pourquoi les anges ne peuvent être
élevés au degré de grâce des anges supérieurs^ pas plus qu'ils ne peuvent
être élevés à leur degré de nature. Mais les hommes peuvent monter
jusqu'au même degré de grâce, sans pouvoir monter jusqu'au même degré
de nature.
2*Les anges, dans l'ordre de la nature, occupent un rang intermé-
diaire entre Dieu et nous. C'est pourquoi, d'après la loi commune, ils
gouvernent non-seulement les choses humaines, .nais aussi tous les êtres
corporels. Or les saints, après cette vie, sont de même nature que nous :
par suite, selon la loi commune, ils ne gouvernent pas les choses hu-
maines et ne s'occupent pas des affaires des vivants , comme dit saint
Augustin, De Cur. pro mort, ag. Cependant, par une faveur spéciale,
il est quelquefois accordé à quelques saints soit vivants, soit morts,
d'exercer des fonctions de ce genre , soit en faisant des miracles , soit en
chassant les démons, soit en faisant d'autres choses semblables, comme le
dit saint Augustin dans le même endroit.
30 11 n'est pas faux que les hommes subissent la même peine que les
démons ; mais certains ont avancé à tort que les démons n'étoient que
les âmes des défunts. Et c'est ce que réprouve saint Chrysostôme.
angeloram , sed ana; » quia omnium beatitudo
est adhserere uni Deo.
Ad primum ergo dicendum , quôd gratia an-
gelis (ûtur secundùm proportionem naturaliuiii.
I^OQ autem sic est de hominibus , ut suprà die-
tnm est. Et ideo , sicut Inferiores angeli non
possunt transferri ad naturalem gradum supe-
riorum, ita nec ad gratuitum. Homines verè
possunt ad gratuitum conscendere, sed non ad
naturalem.
Adsecundum dicendum, quôd angeli secundùm
naturs ordinem, medii sunt inter nos et Deum.
Et ideo, secundùm legem communem , per eos
administrantur non solùm res humanœ, sedetiam
«mnia corporalia. Homineg autem san^cÀi, eliam
post banc vitam sunt ejusdem natur» nobiscum:
unde secundùm legem communem non admi-
nistrant bumana, nec rébus vivorum intersaot^
ut AugusUnos dicit in lib. De cura pro mort»
agenda (cap. 1 et 16). Ex quadam tamen spe-
ciali dispensatione interdnm altquibus sanctis
conceditur, vel vivis, vel mortois, hujusmodi
officia exercere, vel miracula faciendo, vei dae-
mones arcendo, vel aliquid bujusmodi, sicut
Augustinus in eodem libro dicit ( ubi suprà ).
Ad tertium dicendum, quôd homines ad pœnam
dxmonum transferri non est erroneum; sed
quidam erronée posuerunt dxmones nihil aUu4
esse quàm animas defunctorum. Et hoc Cbrj-
sostomus reprobat.
SB LA. COOIlDmATION DES KIHYAIS AlfaZS.
53
QUESTION CIX.
ll« la eooTdlmailom des mauvaU «aces {^V^,
n faut ensuite examiner la coordination des mauvais anges«
Quatre questions se présentent sur ce sujet : !• Y a-t-il des ordres
parmi les démons? 2* Y a-t-il quelque supériorité parmi eux? 3» L'un
fllumine-t-il Tautre? 4* Sont-ils soumis au pouvoir des bons anges?
ARTICLE L
Y a-t'il des ordres parmi les démons?
n parolt qu'il n'y a point d'ordres parmi les démons. 1<* L'idée d'ordre
se rattache à Tidée dn bien, comme le mode et l'espèce, ainsi que le dit
saint Augustin, De Nat. bon. et mal.; au contraire, l'idée de désordre
se rattache à l'idée du mal. Or, parmi les bons anges il n'y a rien de
désordonné. Donc parmi les mauvais anges il n'y a pas d'ordres.
9? Les ordres angéliques font partie de quelque hiérarchie. Gr les
démons ne font pas partie d'une hiérarchie, laquelle est une principauté
sacrée , puisqu'ils sont dépouillés de toute sainteté. Donc il n'y a pas
d'ordres parmi les démons.
(1) Celte coordination ou subordination des anges entre eux, est une des croyances communes
des chrétiens. À ce titre déjà , cette idée se présente à nous revêtue d*une autorité qu'aucun
esprit sérieux ne sauroit méconnottre. De plus, elie se montre ici comme une conséquence
de ce qui a été dit dans la question précédente. Si les ordres angéliques reposent , en elTet ,
âTanl tout, sur la nature, comme cette nature n*a pas été changée par la prévarication et la
damnation des mauvais anges, il faut nécessairement que les distinctions établies entre eux,
|Mir la volonté même du Créateur, subsistent encore après leur déchéance. G*est aussi la pre-
mière raison qu*en donne saint Thomas. H en donne plus tard une autre qui mérite égale-
ment d^ètre remarquée; et celle-ci s'applique d*une manière spéciale et directe à la funeste
activité déployée par ces esprits pervers. La première pensée de leur chef, quand il les en-
traîna dans sa révolte, ayant été de 8*égaler à Dieu, il n*est pas étonnant qu'ils s*eff'orctnt
le retracer, dans leur société maudite , une image de cet ordre qui règne dans les cieux , et
QUJISTIO CIX.
De ordinatione maiorum amgtiarum^ in quatuor ûrtiûulot dteiM.
einde considerandomest de ordinatione ma-
lOTom angelorum.
Et clrca hoc quxrnntiir quatuor : 1« Utràm
ordines siat in dâmonibus. S» Utrùui in eis sit
pTslatio. S« Utrùm onus illnminet alium.
4« Ulrùm subjiciantur prelalionibus boaorum
angelorum.
aruculus I.
Virùm ordinu tint in d^nnonihus.
Ad primiun sic procedilur« Videtar qu6d or-
dines non sint in dsemonibus. Ordo enim pei^
tinet ad rationem boni, ûcut et roodos et speciet
( ut AugostinuB dicit in lib. De natura boni);
et è conlrario inordinatio pertinet ad rationem
mail Sed in bonis angelis nibil eslinoidinatum.
Ergo in malis angelis non sunt aiiqui ortlines.
2. Prsterea, ordines anglici sub aliqua bid-
rarcbia cootinentur. Sed dsmones non sunt sab
aliqua hierarchia, que est $acer principatui,
cùm ab omni sanclitate siut vacuL Ergo in di^
mouibus non sunt ordines.
54 fAUTis i, Qimsnoir cix^ akticle I.
Z^ Les démons^ dans Topinioa commune^ sont déchus de chacun des
ordres angéliques. Donc, si Ton range quelques démons dans nn ordre,
parce qu% sont déchus de cet ordre, on devroit aussi leur attribuer les
noms de chacun de ces ordres. Or nulle part ils ne sont appelés Séra-
phins, ou Trônes, ou Dominations. Donc, pour la même raison , ils ne
sont pas non plus dans les autres ordres.
Mais TApôtre enseigne le contraire, lorsqu'il dit, Eph.,\l, ii : a Nous
avons â combattre les princes et les puissances, et ks chefs des ténèhras
de ce monde, d
(Conclusion. — Les démons ne font pas, et n'ont jamais fait partie des
ordres angéliques, selon l'état de gloire; ils en ont fait partie selon Tétat
de grâce, dans lequel ils pouvoient mériter : ils en font encore partie en
tant 4ae ces eidres sont fondés sur la natme.)
(kk doit considérer les ûrdces angéliques, ainsi que nous Tavons dit,
0t4ans le de^ provenant de la natare, et dans le degré provenaaldA
la. grâce. Dans la grâce il y a deux états, l'un împaiÊdt, Tétat de m6*
rite; Taulre pacfaii, et ifesiXéM de la oûBsommatien glorieuse;. Si Ton
conâdère les ordnes aagéliques en tant que poasédaiil une ^oise parfaite,
les démons n'en font pas et n'œ ont jaaiais fait partie. Si od les consl*
dèredans Fétatde la grâce imparfiiite, ils ont fait partie un jour des
ordres angéliques, mais ils en sont déchus; car tons les ancres, oomme
nous l'avons établi plus haut, ont été créés en état de grâce. Si on con-
sidère les ordres en tant que fondés sur la nature , les démons en font
encore partie , c parce qu'ils n'ont pas perdu les dons nature, » comme
le dit saint Denys.
Je réponds aux arguments : 1^ Le bien peni exister sans mal, nuis la
dont fls oot Tait eux-mêmes partie; mais tout cela., sans douté, dans la mesure et la
qae pennet leur dégradation jointe à leur malice.
8. Prsterea, dsmoneft de singnVis ordinibus
angetomm ceciderant^ at communiter dicHur.
Si «rgo aliqui damoBes dicnnliir esse aUcnjm
ordiniS; quia de illoordiue ceciderant, videtur
quèd deberent eis attribui nomina siagolorum
ordinum. Nunqnam autem iuvenitar qu5d di-
cantur Serapkim, vd Tànmi, nel Dvm/na-
tiones, Ergo pari ratione non sunt in aliis or-
dnâkiis*
Sed cMln eti, qmd ApoflMIu dicH ùd
WplK9., VI, >qiiM « est vdbiB eolloclatio ad-
mam ^ncipes et potesMes, tdvems siundi
reirtores tenebraram faaram. »
(GoNGUJsio. «— D«nones «eque mnt, oe-
qoe fnemnl ia ordiaibus angeloEam seenndèfn
slatan gloris, fceratt «item «ecandàm sta-
ton fcatiae , qua polertnl mereri , et perae-
tennt in cfdinibos aeenndhm ié qnod est na-
tur».)
Respondeo dicendam, qnôd sicot jana dicton
est ( art. 4 , cap. 8), ordo angelicus considera-
tur et secondùm gndam natnrae^ et secandtm
gradum gratis. Gratia ver6 habet dnplicem sta-
tiini,sdlicet imperfectum^ qui est status meren ii,
et perfectum^qni est status gloriae cousummats.
St eif» 'CODsiderentiir ordinea «ngelici quantum
ad perfectionem glorix^ sic dsinones ueaue sunt
in ordinibtts angelicis, neqae nnqoam lueront.
Si autem considerentur qnantiim ad id qnod est
gratis iraperfects , sic dsmones foerant qoi*
dem aliqnando in ordhiibns aogelorum; sed àb
eis cedderant, secundbm iUnft quod suprà p(K
smiiras (qu. éc, art. S), omnes angelos in
gratia creatos fuisse. Si autem considerentor
quantum ad id quod eit aator» , sic adhuc sunt
in ordinibos; quia « data natwaiia non amise-
runt, » ut Dionysius dicit.
Ad pfrîmnm ergo dicendum, qnôd bonmn po-
DE LA COOUmATION BBB KAITYAIS ANOXS. 86
mal ne sautoii exista sans bien^ comme nous Tavons dit pins hant :
«"est pourquoi tes démons soat dans Tordre en tant que possédant une
nature bonae.
2" La coordination des démons, considérée du côté de I>ieu qui en est
Tauteur^ est sacrée; car il se sert des démons pour lui-même. Considérée
dA eôté de larolonté des démons, elle n'est pas sacrée^ parce qu'ils
abusent de leur nature pour faire le mal.
3« Le nom des Séraphins leur vient de l'ardeur de leur charité; celui
des Trônes de l'habitation de Dieu en eui ; celui des Dominations in*
dique une certaine liberté; toutes choses opposées au péché. C'est donc à
cause de lenr péché que ces noms ne sont pas attribués aux démons.
ARTICLE IL
Y a-t'il quelque supérioriU parmi les démom?
n parolt qu'il n'y a pas de supériorité parmi les démons : i*" Toute
supériorité repose sur un ordre réglé par la justice. Or les démons sont
complèlement déchus de la justice. Donc parmi eux il n'y a point de
supériorité.
4* Là où il n'y a pas obéissance et soumission , il n'y a pas supériorité.
Or ces choses ne peuvent exister sans la concorde, qui est impossible
parmi les démons ^ selon ce passage des Proverbes, XIII ^ 10 : a Entre les
superbes il y a toujours des querelles, b Donc parmi les démons il n'y a
pas de supériorité.
3» S'il y a quelque supériorité parmi eux, elle est ime conséquence ou
de leur nature, ou de leur faute, ou de leur châtiment. Or elle n'est pas
une conséquence de leur nature, car la soumission et l'asservissement
test inveniri sine malo-, sed malnm non potest
inveniri sine booo, at sap'rà habitum est
( qv. 49, art. S ) ; et ideo densones n (piantum
babenf naturam booam, ordinati sunt.
Ad secandum dîcendum, qnèd ordinatio ds-
aonum , si consideretnr ex parte Dei ordtnan-
lis, est sacra; ntHoremm dsmombus propter
seipsam. Sed ex parte volontatis dcmonuns ,
non est sacra , quia abufamtor sua natura ad
malnm.
Ad tertinm dicendnm) qa5d nomen (Sera-
phim) imponitur ab ardore ctaaritatis, nooien
«ntem {Iktonomm) ab inhabitatione diTina;
sooien antem ( Dominationum ) importât li-
bertdteiD quamdam : qoa omnia Dpponuntnr
peccato. Et ideo peccantibus angeiis hiyasmodi
nomina non atlribaunlor.
ARTICUL13S IL
Vtritm m émmontôu» sH praMio»
Ad secandam sic proceditor (1). Videtnr qu6d
in dsmonibus non sit prsiatio. Omnis enim
pnelalio est secundùm aliquem ordinem jastiti«.
Sed dsmoDes totaliter à jastitia cedderont
Ergo in eis non est prathtio.
%. Pneterea , ubi non est obedientia et snb-
jectio, non est prxlatio. Hsc antem sia6 cdn-
cordia esse non possunt, qna^ in daimonibQS
nulla est, secundùm iliud Proverb,, XIU :
« Inter superbes semper snnt jurgia. o Ergo in
dsmonîbos non est prslatio.
3. Prsterea, si in eis est aliqua pralatio, aut
boc perlinet ad eorum naturam, ant ad eonua
cnlpam vel pœnam. Sed non ad eomm nataram.
(1) De bis etiam supr&; qu. 6S| art. 8, text.; II, Sent., dist. 6, art. 4; ut et lY, Sent,,
4îit., qu. 1 , art. 2 , qassthiac. i.
56 ITÂRTIE I^ QUESTION GIX^ ARTICLE 2.
ne viennent pas de la nature ^ mais sont des suites du pécbé : elle n'est
pas non plus une conséquence de leur faute ou de leur châtiment, parce
que, alors, les démons les plus élevés ayant péché plus grièvement, de-
vroient être soumis à leurs inférieurs. Donc il n'y a pas de supériorité
parmi les démons.
Mais la Glose dit le contraire, I Cor., XV: «Tant que durera le monde
les anges commanderont aux anges, les hommes aux hommes, et les^
démons aux démons, d
(Conclusion. — Comme les démons ne sont pas égaux en nature, il
est nécessaire que les actions des inférieurs soient soumises aux actions
des supérieurs ; et ainsi il y a parmi eux une soumission et une supé>
riorité naturelles.)
Comme l'action suit la nature de la chose, il faut que là où les natures
sont dans un certain ordre entre elles, les actions de ces natures soient
dans le même ordre : cela est évident dans les choses corporelles. Car,
Tordre naturel plaçant les corps inférieurs au-dessous des corps célestes,
les actions et les mouvements de ceux-là sont soumis aux actions et aux
mouvements de ceux-ci. Or il est évident, d'après ce que nous avons déjà
dit, que Tordre naturel range les démons les uns au-dessous des autres;,
par suite les actions des uns sont au-dessous des actipns de ceux qui leur
sont supérieurs. Et c'est là la nature de la supériorité, que l'action de
l'inférieur dépende de Taction du supérieur. Ainsi, la disposition natu-
relle des démons demande elle-même qu'il y ait supériorité parmi eux.
Cela convient aussi à la divine sagesse, qui ne laisse rien de désordonné
dans Tunivers, a qui arrive irrésistiblement à ses fins et dispose toutes
choses avec suavité, » Swg., VIII , 1.
Je réponds aux arguments : i"" Le fondement de la supériorité des dé-
mons n'est pas leur justice, mais celle de Dieu ordonnateur de Tuni-
vers.
quia subjeciio et servitus non est ex natura ,
sed est ex peccato subsecuta; nec pertinet ad
culpam vel pœnain, qnia sic superiores dxmones
qui magis peccaverunt, inferiorihos subderenlur.
Non ergo est pnelalio in dsmonibus.
Sed cootra est, quoddicit Glossa, I. ad Cor.,
XV : «Qu>mdiu darat mundus^ angeli ange-
is, homines hominibus, et dxmoaes dxmooibus
prssunt. »
( CoNCLusio. — C&m dffimones non sint se-
condùoi naluram squales, necessum est infe-
rioram quoque actiones actionihus superiorum
snbesise*, atque ita naturalis subjec.io et prs-
Utio in illis est.)
Respondeo dicendum, qa5d cùm actio seqaa-
tur naturam rci, qaoramcanque nature suiit
ordinatsB , oportet quôd etiam actiones sub in»
iricein ordlncutor : sicut patet in rébus corpo-
nilibus; quia enim inferiora cnrpora naturali
ordioe suut iofra corpora cœlestia, actiones et
motus eorum subduntur actionibiis et inotibus
cœlestium corporum. Manifestum est autem ex
prsinissis, quôd dffimooum quidam natiirai
online sub aliis constituuntur; unde et actiones
eorum sub actionibus superiorum suut. Et hoc
est quod rationem praplationis facit, ut scilicet
actio subditi subdatur actioni prœlati. Sic igitur,
psa naturalis dispositio dsmouum requirit quôd
sit in eis prœlatio. Gontenit enim boc diviuae
sapienti», que nihil in universo inordinatom
relinquit, quœ « attingit àfîne usque ad finenk
fortiter, et disponit omnia 8ua?iter, » ut dicitut
Sap.vm.
Ad priroum ergo dicendum, quôd pnelatfo
dff monum non fundatnr super eorum justitia^
sed super justitin Dei cimcta orrtJnfpf".
DE lA GOOBDm ATIOK BJBS MAtJYAIS À56ES.
6T
3^ La concorde en vertu de laquelle les démons obéissent les uns aux
autres ne provient pas de l'amitié qu'ils se portent, mais de leur malice
commune, qui les fait haïr les hommes et se refuser à la justice de Dieu.
Car c'est le propre des impies de se joindre et de se soumettre, pour
accomplir leurs noirs desseins, à ceux qu'ils voient plus puissants et plus
forts.
3* Les démons ne sont pas égaux en nature : c'est pourquoi il y a parmi
eux une supériorité naturelle ; ce qui n'a pas lieu parmi les hommes,
lesquels sont tous égaux en nature. Que les inférieurs soient soumis
aux supérieurs , ce n'est pas pour le bien des supérieurs , mais plut6t
pour leur mal; parce que faire le mal étant une chose essentiellement
funeste , présider au mal lui-même est le comble de la misère.
ARTICLE m.
Parmi les démons, l'un tWuminc-t-tl Vautre?-
n paroît que parmi les démons l'un illumine l'autre. 4* L'illumi-
nation consiste dans la manifestation de la vérité. Or un démon peut
manifester la vérité à un autre, puisque le^ démons les plus élevés
possèdent naturellement une intelligence douée d'une plus grande péné-
tration. Donc les démons d'un ordre supérieur peuvent illuminer les
inférieurs.
^ Un corps qui surabonde en lumière peut illuminer celui à qui elle
fait défaut, comme le soleil éclaire la lune. Or les démons supérieurs
participent plus abondamment à la lumière naturelle. Donc il semble que
les démons supérieurs peuvent illuminer les inférieurs.
Hais, au contraire, l'illumination est accompagnée de la purification et
du perfectionnement , comme on l'a déjà vu. Or, purifier n'appartient
pas aux démons , selon cette parole de l'Ecriture , EcclL, XXXIV, 4 :
Ad secondam dicendom^ qo6d concordia ds-
oiontiin quâ quidam aliis obediont , non est ex
amicitia qiiam inter se habeant, sed ex com-
mtm nequitia, quà homines odiunt, et Dei
jtistitix répugnant. Est enim proprium hominum
impiorum^ nt eis se adjungant et snbjiciant, ad
propriain nequitiam exequendam, quos poten-
tiores Tiribus vident.
Ad ter^am dicendum, quôd daemones non
sont rqaales, secandùm naturam : unde in eis
est natoralis praelatio. Quod in hominibus non
eoDtingit, qai natari suut pares. Quôd autem
soperioribus inferiores sabdantur, non est ad
boonm saperioram, sed magis ad malum eoram ;
qina cùm mala facere maxime ad miseriam per-
tiiieat, preesse in malis est esse magis mise-
ARTICULUS m.
Virûm in damonibut sit tUuminath.
Ad tertiuro sic proceditur. Videtiir quôd in
dxmonibus sit illuminalio. Illaminatio enim
consistit in manifestatione veritatis. Sed unus
dsmon potest alteri veritatem maiifestare ,
quia superiores magis acumine Ddturalis scien-
tix vigent. Ergo superiores dcmones possunt
inferiores illuminare.
2. Prslerea, corpus quod superabundat la-
mine, potest illuminare corpus quod in lumine
déficit, sicut soi lùnam. Sed superiores dœmo-
nes magis abundant in participalione luminis
naturaiis. Ergo vid^tur quôd superiores dnmonet
possunt inferiores illuminare.
Sed contra : illuminatio est cnm purgatione
et perfeclione, ut suprà uictum est (qu. 106 ,
SS8 PARTIE t, QUESTION CtK, ABTICLE 8.
c Que purifiera celui qui est impur? » Donc ils ne peuvent pas non plus
illuminer.
(CoNGLUsioir. — Quoique les démons paroisseni s'iUumimr mutodle-
ment en se découvrant quelque vérité^ il n'y a pas entre eux d'illummatioo
véritable, puisqu'ils s'étudient a tout éloigner de Dien.)
Il ne peut pas y avoir, dans les démons, de véritable illumination.
Nous avons dit plus haut que l'illumination proprement dite est la mani-
festation de la vérité , ai tant qu'elle ramène à Dien , lumière de touls
intelligaice. Il pmt y avoir une autre manifestaticm de la vérité, à savoir^
le langage; lorsque un ange manifeste à un autre sa pensée. Or la
perversité des démons fait que l'un , au lieu de ramener- rautre i Diea ,
cherche plntAt à l'en éloigner : c'est pourquoi un démon n'illumine pas
l'autre ; mais il peut lui découvrir sa pensée par une sorte de langage.
Je réponds aux arguments : l"" Toute manifestation de la vérité n'est
pas illumination, mais uniquement celle que nous avons dite.
2o Pour les choses qui appartiennent à la connoissance naturelle , la
manifestation de la vérité n'est nécessaire, ni pour les anges, ni pour les
démons; car, nous l'avons dit, dès le commencement de leur création, ils
ont connu tout ce qu'ils pouvoient connoître naturellement ; aussi une
plus grande abondance de lumière naturelle que possèdent les démons su-
périeurs, ne peut constituer l'illumination.
art. 1 eft 3 }. Sed pargare non conveait daemo*
nibus^ second ùm illad Eccles., XXXIV : « Ab
iiDiiiuBde quid isuBdalÂtttrf» Ergo etiam neqoe
illuminare.
(CoNCLusio.— Qaamvis per aliquam verita-
fis roanifestationem sibi invicem lumen prs-
slare videantur dannones, non tamen iUmni«
lant propiiè, cùm onmia à Deo aTertere 3i«-
deant. )
Respondeo dicendam, qnM in dsmonib'ds
non pot est esse illuminatio propriè. Dictum est
enim saprà (qa. 100, art. 2), qu6d illuminatio
propriè est manifestatio veritatis, secundùm
qfïiàà babet ordinem ad Denm, qui Uluminat
pmnem intellectum. Âlia autem manifestatio
veritatis potest esse locutio, sicut cùm unus an-
gélus alteri suum cooceptum mauifeslat. Peiy
versitas autem dsmonum hoc habet , qaôd umii
alium non intendit ordioare ad Deum, sed magis
ab ordine dirino tbdimre : et idée unua demoi
alimn mm ilhuoinai; aed vum alii fiuuBi oob»
ceptum per modum locutionis intimare potesi.
Ad primum ergo dicendnmj qu6d non qaae-
libet veritatis manilBatatio halwl rationem iH»-
minatioma» sed aolim que dicta ast.
Ad secundùm dicendum, quôd secundùm ea
qus ad naturalem cognitionem pertinent, non
est neceasaria manifestatio veritatis, neqoe in
aogelis» neqoe in dsmonibua; quia, sicut supià
dictum est(l), statim à principio suie coadiUo>
nis omnia «ognoverant que ad naturalem co-
gnitionem pertinent; et ideo major plénitude
natnralis iuminis, que est in soperioiibus àmr
snonibus, non potesi esse ratio illuminationîs.
(1) Tum qu. 55, art. 2, ubi omnium rerum iogenitas tdeas velspeeies ab initio habuisae ^
Cimtur; tum qu. 5S, art. 1 , ubi respecta rerum ad quas eorum cognitio natnralis extendere ae
poleat , Dunquam in poientia fuisse ostenduntur, sicut ad ea que per revelationem eognovensil.
BB là. QOÛBJaSÂTlOV DXS XAXJTAIS AWES. W
ARTIdE IV.
LeiboManget aiÊt-^ quelque, su^iriêriià mur keimammief
n partit que les bons anges n'ont pas de supériorité sur les manvais.
1« La supériorité des anges est snrtont en raison de leurs inuminatloos.
Or les mauTais anges^ n'étant que ténèbres^ ne sont pas îllaminés par lea
bons. Donc les bons anges n'ont pas de supériorité sur les mauvais.
9* Le supérieur paroit être responsable du mal que les inférieurs font.
Or les démons Sont bien des maux. Donc^ slls sont soumis aux bons anges^
eenx-ci pourront être taxés de négligence ; ce qui répugne.
3" La supériorité des anges suit Tordre de la nature^ comme nous
Tairons souvent dit. Mais si les démons sont déchus de cbacun des ordres,
4XHnme le veut Topinion commune^ beaucoup de démons sont supérieurs^
sden Tordre de la nature , à plusieurs bons anges. Donc les bons anges
n'ont pas de supériorité sur tous les mauvais.
Mais saint Augustin dit le contraire , De Trin. ,13l,h: a L'esprit dé-
serteur de la vie et pëohenr est régi par l'esprit raisonnable^ pieux et juste
qui n'a pas abandonné la vie. » Et saint Grégoire dit à son tour : a Les
Puissances sont des anges au pouvoir desquels les vertus ennemies sont
soumises. •
(CoiTGLiJSKHr. — La supériorité appartenant d'abord à Dieu^ est commu-
niquée aux créatures^ et plus abondamment aux jdus parfaites : par suite^
les bons anges ont quelque supériorité sur les mauvais.)
Tout ordre de supériorité existe originellement en Dieu, etestcommii-
nîqué aux ciéatoies , en raiaen de leur proximité avec Dieu. Car le»
créatures qui scHit plus parfaites et plus proches de Dieu ont Tinfluence
sur les autres. Or la perfection la plus grande et qui approche le plus de
ÀRIXIILUS IV
inrkm hêtii mngeîi hébeani
Ad quartiim sic proceditur. Videtor qubd boni
ai^li non babeant prxlatioDein super malos.
Pirslatio eoin angeloram pracipoè aiteadîtur
MCvndùJD îllumioaliones. Sed mali angeli cùin
sint teDtbrs, non illaminantur à bonis. Eigo
boni angeli non sunt prxlati saper malos.
1. Pneterea, ad negligentiam prs^identis
pertinere tidentur ea qu£ per subditos maiè
fiant Sed demones mnlta mala lacinot Si igi-
tor subsont prsUtioDÎbus bonoruai angelorunij
videtur in angelis bonis esse aliquanegligentia:
^od est inconveniens.
8. Prsterea, pralalio angelornm sequîtor na-
tm» ordinem, ut suprà dictum est (art. i et 2).
Sed si daernones de singulisordioibus ceciderunt,
«t coDunaniter dicitor, molli dœmones mullis
bonis angelis sunt superiores ordine natara.
Non etgo boni angeli pralalionem habeot siiper
omnes malos.
Sed contra est, quod Augostinus dicit, III.
De Trin, ( cap. 4) » qoôd « spiriUis vitie ùBr
serlor atqoe peccaior regitur per S| irilum vitas,
rationalem» pium et justom. » El Gregmiiig
dicit qu5d a Potestatea sunt angeli, quocum
ditioni virtuies adverss subjects sunt. »
(CoiiCLUsio. — Pr2elatio primo Deo coo^pep
tens, à crealuris parlicipatur, et à perfectioribua
maxime» boni igitur angeli super malos pri&U-
tiouem habent.)
Respondeo dicendom , qu5d totus ordo pca-
lationis prim6 et origiualiter eat in Deo, et
participalur à crealuris secunUùm qu6d Deo
magis appropinquant. IlUe enim créature supei
alias intloeutia n babeot, que sunt perfeclioreSi
et Deo propioquiores. Maxima autem perfectio
el per quaui maiimè Deo appropinquatur, es*
60 PARTIS I j QUESTION GIX , ARTICLE^ 4.
Dieu, est la perfection des créatures qui jouissent de Dieu, comme les saints
anges; perfection dont les mauvais anges sont privés. C'est pourquoi les
bons anges exercent une supériorité sur les mauvais et les gouvernent (1).
Je réponds aux arguments : 1* Les saints anges révèlent aux démons
bien des choses touchant les mystères divins, lorsque la divine justice
veut se servir des démons pour la punition des méchants ou l'épreuve des
bons : comme, dans les choses humaines, les assesseurs du juge commu-
niquent la sentence aux bourreaux. Ces révélations , considérées du côté
des anges révélateurs, sont de véritables illuminations, car ils les rapport
tent à Dieu ; elles ne le sont pas, du côté des démons, parce que les démons
ne les rapportent pas à Dieu, mais à la satisfaction de leur propre malice.
2'' Les saints anges sont les ministres de la sagesse divine. Et comme la
sagesse divine permet que quelques maux arrivent par le moyen des
démons ou des hommes, en faveur des biens qu'elle en tire ; les bous anges
aussi n'empêchent pas entièrement les mauvais de nuire.
3** Un ange, quoique inférieur dans l'ordre de nature à des démons placés
dans un ordre supérieur, leur commande cependant, parce que la vertu de
la justice divine à laquelle sont unis les bons anges , l'emporte sur la vertu
naturelle des anges. Ainsi, chez les hommes, «c celui qui est spirituel juge
toutes choses, » I. Cor., IL Et le Philosophe dit, Ethic, III : a L'homme
vertueux est la règle et la mesure de toutes les actions humaines. »
(1) ToiU encore une des croyances communes au sein du cbristianisme , et Fun des ensei-
gnements les plus consolants , comme les plus rationnels de la théologie catholique. La lutte
entre les bons et les mauvais anges se poursuit donc depuis le commencement des choses ^
et le résultat est toujours , en déflnitive , ce qu*il fut dans ce premier combat qui eut lieu
dans le ciel , et dans lequel Michel et ses anges triomphèrent, par leur fldéliié , contre Lucifer
et les malheureux compagnons de sa révolte , suivant ce que l*£8prit saint nous rapport»
dans TApocalypse.
creataranim fraentiam Deo, sicut sancti angeli,
qua perfectione dsmones privantar. Et ideo
boni angeli super malos prslatioaem habent ,
et hi per eos reguntur.
Ad primum ergo rlicendum» qa5d per sanctos
angelos malta de divîuis mysleriis <ixmoiûbus
revelantur, cùm diviaa justitia eiigit at per
dKmones aliqua Gant , val ad pimiUonem ma-
lonim , vel ad exercUalioDem bonorum : sicut
ia rébus humanis assessores judicis révélant
tortoribuB ejus sententiam. Hujusmodi autem
levelationes si ad angelos révélantes comparen-
tnr, iUuminationes sunt^ qoia ordinant eas ad
Deum ; ex parte verô dsmonum non sunt illu-
icinaiiones, quia eas in Deutn non ordinant,
led ad expletionem propriae ioiquitatis.
Ad secundam dicendum, qa6d sancti angeli
sunt ministri divinas safàentis. Unde, sicnt
sapieutia divina permitlit aligna mala fiert per
malos angelos vel bomines, propter bona qne
ex eis elicit; ita et boni angeli non totaliter
cohibenl malos à uocendo.
Ad tertiuro dicendum, qu5d angélus, qui est
infe.ior ordine uaturs^ prseebt dxmonibns,
qaamvis superioribiis ordine naluric; quia vii^
tus divinx ju titiae, coi inhj.Tenl bohi angeli,
potior est quàm virtos naturalis angélorom.
Unde et apud homines « spiritualis judi<*at om»
nia, » ut dicitnr l. ad Cor», H. Et Phiiosopbns
dicit in lib. Ethic.» qu5d a virluosus est régula
et mensura omnium bumanorum actuiim »
DS U. P]lisn>£NGE CONFIÉS AUX ANOES, ETC. 61
QUESTION ex.
De la présldem^e eottftée amx «agcB sur la crêatmTe corporelle»
Nous avons à traiter maintenant de la présidence confiée aux anges sur
la créature corporelle.
Sur ce sujet, quatre questions se présentent : !• La créature corporelle
est-elle gouvernée par les anges ? 2° Leur obéit-elle à volonté ? 3<» Les anges
peuvent-ils, par leur puissance, changer immédiatement les corps de place?
V Les anges bons ou mauvais peuvent-ils faire des miracles ?
ARTICLE I.
^ La créature corporelle est-elle gouvernée par les anges?
n paroit que la créature corporelle n'est pas gouvernée par les anges.
|o Les choses qui opèrent d'une manière déterminée, n'ont pas besoin
d'être gouvernées par un être supérieur ; car nous n'avons besoin d'être
gouvernés, qu'afin de ne pas opérer autrement qu'il ne faut. Or les actions
des choses corporelles sont déterminées par les natures que Dieu leur a
données. Donc elles n'ont pas besoin du gouvernement des anges.
^ Parmi les êtres, les inférieurs sont gouvernés par les supérieurs. Or
parmi les corps, les uns sont appelés inférieurs, et les autres supérieurs;
et par suite les inférieurs sont gouvernés par les supérieurs. Donc il n'est
pas nécessaire qu'ils soient gouvernés par les anges.
2i* Les divers ordres des anges se distinguent par leurs divers offices.
qojBstio ex.
De prœtidentia angeiorum tuper ertaturam eorporaUm, •» quatnor artieuloë ditUa.
Deinde coDsiderandiim est de prcsidentia
«Dgelorom super creatoram coiporalem.
Et circa hoc quaeruntur quatuor : 1® Utrùm
creatuni eorporalls administretar per angelos.
2* Utrùm creatara corporalis obediat angelis ad
nutam. 3* Utrum angeli sua virtute possint
immédiate movere corpora localiter. 4* Utrùm
angeli boni vel mali possint facere miracaia.
ARTICULUS L
Vtrdim cnaiura corporaHê adnUnùiretur
per tmgelot.
Ad primum sic proce^tar (1). Videtur qu6d
creatura corporalis non administretar per ange-
los. Res enim quae habent determinatnm modnm
operandi , non indigent guberoari ab aUquopra>
sideute ; ideo enim indigemus gabernari, ne
aliter operemur quàm oporteat. Sed res corpo-
rales habent détermina tas actiones ex naturis
sibi divinitus datis. Non crgo indigent guberna-
tione angelorum.
2. Prxterea, inferiora iu entibus gubernantnr
persuperiora. Sed in corporibas qusdam dicun-
tur inferiora , qusdam superiora : (2) inferiora
igitur gubernantar per superiora. Non ergo eiit
necessarium qu6d gubernentur per angelos.
3. Prxterea, diversi ordines angelorum dis-
tinguuntur secundùm diversa ofiicia. Sed si
(1) De bit eliam Id H, Stnt.^ dist. 14, an. 3; et Contra Gtnt., lib. m, cap. 78 et 83;
^t qo. 5, de verit., art. 8; et Ojmif .« UI , eap. 1S5; et Opme,, X, art. 1 ac deincepf usque
ad 16* et Opusç., XX, col. 3.
(S) Frsiertim verè inferiora qo« terreoa sont, euperiora qaa ccBlestia; née lantummodo
4iififrior0 propier siUiiD| sed et maxime propter inQuiam ac viitutt m«
^ FiRTix t, qawnvm ex, àxmax I.
Mais si les créatures corporelles sont administrées par les anges, il y aura
autant d'offices pour les anses qn*i\ y a d'espèees de choses. Donc , û y
aura autant d'ordres angéliques qu'il y a d'espèces de choses^ ce qui yt
contre ce qui a été dit plus haut. Donc la créature corporelle n'est pas ad-
ministrée par les anges.
Mais saint Augustin dit le contraire. De Trin., 10, 4 : « Tonslescoifs
sont gouvernés par Tesprit de vie raisonnable ; » ei saint Grégoire dit in
IV Diaïog. 6 : a Dans oe monde visible, rien ne peut être diaçosé sans
llntervention de la créature invisible. »
(Conclusion. — La iàrce oorporeUe étant particulière, et la force ange-
lique étant universelle , 1^ créature corporelle est administrée par les
anges.)
Il y a cela de commun aux choses humaines ei au choses naturelles^
que la puissance particulière est gouvernée et régie par fa puissance uni*
veiselle. Ainsi la puissance du bailli est gouvernée par la puissance royale.
Nous avons dit également, en parlant des anges, que les anges supérieurs
ont une science plus universelle. Or il est évident que la force d'un corps
quelconque est plus particulière que la force d'une substance spirituelle.
Car toute forme corporelle est une forme individualisée par la matière et
déterminée à tel point du temps et de l'espace ; tandis que les formes
immatérielles sont absolues et intelligibles. Aussi, de même que les anges
inférieurs, If^squels ont des formes moins universelles, sont gouvernés
par les supérieurs , les êtres corporels sont régis par les anges. Ce qu'en-
seignent non-seulement les saints docteurs , mais encore tous les phi-
losophes qui ont admis l'existence des êtres incorporels (1).
Je réponds aux arguments : 1<> Les choses corporelles ont leurs actions
xl) G^ o*eft pas là seulement le sentiment des philosophes , c*est encore It persuasion de
tons les peuples de l^univers, sans distinction d*époques, de contrées, de civilisations et
de croyances nttgienses : tons ont également pensé que chaque partie do inonde matériel étoit
creatore corpomles administrantor per angelos,
tôt eroDt ofiifia angeloram, quoi sunt species
reram. Ergo etiam tôt emnt ordioes angelorum
qnot suDt species reram, qnod est contra suprà
dicta. Noo ergo corporalis creatura admiDistra-
tar per angelos.
Sed contra est, qnod Angnstinns dicit, ni.
De Trin. (cap. 4 ), qaôd « omnia corpora re-
guntur per spiritnm Tit» rationalem ; » et Gre-
gorius dirit in iV. Diaiog. (cap. 6 ), qu5d « in
hoc inando visibtli nihil nisi per creaturam in-
^ibilem disponi potest. »
(CoNCLUSio. — Cùm Tirtos corporea sit par-
tkularia, angelica autem universalisa corporalis
creatura per angelos administrator.)
Responiieo dicendnm, qu&d tam in rébus bu-
manis t^êkm in rébus mUiralibus hoe commu-
niter invenitur, qu6d potastas particnlaiis gu*
beroatur et regitur à pott'state universali : aiciit
potestas ballivi gubernatur k potestate régis.
Et in angelis etiam est dictum (qu. 55, art S),
qu&d superioresangeli qui pnesuot iaferiorihus,
habent scientiam magis universa'.em. Manifes-
tum est autem qu6d virtus- cujualibet corporis
est magis particularis quàm virlus spirituaiis
substaotie. Nam omnis forma corporalis est
forma individoata per materiam, et deteroinata
ad hic et nunc; fora» aatem immatenales sunt
absolut^ et inteUigibiles. Et ideo, sicut mfe-
riores angeli, qui habent formas minus uaÎTer-
sales, reguntur per superiores, ita omnia corp<y
raiia reguntur per angelos. Et hoc non solùm à
sanctis dodoribus poDitor, sed etiaa ab oomibos
philosophis, qui incorporea» snhstaatias pesoA»
nint.
Ad primiim ergo dioeodnm» qoèd la oorpo-
DE LA ntaSENCK GORFIÉE AUX AN€MS, ETC. 6S^
dJteiwLnées ; mais eUes ne produisent ces actkms qu'en tant qu'elles sont
BBiAes, car oda ed propre an coips, de n'agir que par le noofonent.
C'est poniqooi il est nécessairo que la créature carpoielle srit mue par la
fliptiituelle.
S* Cette objeefifm est oonfonne à Fopimon d'Aristote^ qui dit qoe les
mrpB «élestes sc»it mte par les substances spiritudles dont il a tâché de
déteiminer le nombre dTaprès le nombre des mouvements qu'on remaïque
dans les eorps eélestes. Mais il n^'a pas dit qull y eftt des substances spiri-
tadles, lesqudles assoient un pouToir immédiat sur les eorps inférieurs^
si œ n'est les âmes hounaânes. Et cela^ parce qu'il n'a considéré, parmi ks
epératiDis aooompfies sur les oorps inCârieurs , que les epérttions natii-
lêUes auxquelles suflBseient les moavcments des corps célestes. Maïs
eamme noos croyons qu'il se passe beaucoup de choses dans les corps inft^
Benrs, outre les actions naturelles des corps, choses auxquelles ne su£Bsent
pas les forces des corps célestes, il nous semble nécessaire de dire que les
anges ^lercent une puissance immédiate, non-seulement sur les corps
célestes, mais aussi siur les corps infiMenrs.
3* Les philosophes se simt exprimés de diverses manières, au sujet des
nbstances immatérielles. Platon a dit que les substances immatérîdles
étaient les idées ou espèces des choses sensibles , et que les unes étoîent
{Ans universelles que les autres. Pour cela, il a dit que les substances
immatérielles exerçoient un pouvoir immédiat sur les corps sensibles ,
#
dirigée et gouvernée par un être d'une nature supérieure , sous la direction et le gouveroe-
■eot raprémcB d*BB Etre tout-puissant. Ce fut même lé une des sources de Fidolàtrie ancienne
•B moderne. Les génies, sous quelque nom que les dîTcrs peuples les désignent , sont partoul
et toujours considérés comme présidant aux mouvements et aux transformations du monde
visible. Sous ce rapport , fidolâtrie n*c8t qu'une corruption de la vérité. Tous les travaux
4b9 Mvanls , sur cette importante naliére , aboutissent invariablement à cette conclusion.
Nous ne pouvons reproduire ici , comme on le pense bien , ni leurs raisonnements ni leurs
témoignages. Qu*il nous suffise d'ajouter que la vérité n'est conservée ou rétablie dans sa
vérité première que par le christianisme seuL £t de celle observation ressort rimportaneo et
rintérét des questions débattues par les grands théologiens, par saint Thomas en particuliet.
faabent detenoinatas actioies; aed hasao-
Doo exercent, aisi secandùoi quod no-
., quia propriimi coipori» est qu6d non
agal nisi per iiiol|o. Et ideo op«iusi qoôd
creaton corporalis a spirituali moveatur.
à fleeuBdwD dieeiidum, quèd ratio iata pio-
eedii secttiidiiai opinionem Ârisloleiis, qoi po-
Boit qu6d corpora cœlestia moveatar à substan-
tiis apiritualiiMs ; quorum aiuBeram conatus
fuit assigaare secnadiim Mmeium moUittin qui
apparent la corpoi ibus coelestibus. Sed noo po-
mit qaùd easeiit aliqus substantis spifituaiea
q^ haberebt immediatam praeaideutiam supra
îafériora corpora, nisi forte aDimas humanas,
fil hoc ideo» quia aon eoBsideravit aliquas ope-
nUoDei ÎB iuferiofibQfl corporibua ezerceri,
nisi nataralcs, ad quas snficiebat motos ootpo>
mm cœLeMtttiA. Sod qvia no» poaimut natta
ÎQ corporibus infetioribos Aeri pialer mtorales
actioMS corpoma, ad tfm bob mfficiuit 'vir*
totes ooetestinm corperam ; ideo secundàm m»
necesse est pooere fiiôd aogeli hahoant «mm-
diatam prœsidentiam, non soliim supra cœteilia
corpora, sed etiam supra corpora inferiort.
Àd teitinm dkendmn, qnôd de sidistantiis
immateriaitbas difeniaodè pinlosopbi sont to-
eiiti. PlatoeniiB posait sabslaotias immatarialos
esae ratioa«s et speeies sensihiliam corporom,
et quaadam aliis aiiiTersaiior6& Et ideo posait
substaotias immateriales habere prasidentiaa
immediatam cîna omaia sensibtlia eerpon , et
diveisascira di?ena. Àristoteles anlem posait
6^ FARTIE I, QUESTION GX> ARTICLE T.
substances diverses suivant les divers corps. Aristote a cm que les
substances immatérielles ne sont pas les espèces des corps sensibles, mais
quelque chose de plus élevé et de plus universel. C'est pourquoi il ne leur
a pas attribué un pouvoir immédiat sur tous les corps en particulier, mais
fiur les agents universels, qui sont les corps célestes. Avicenne a suivi une
route intermédiaire. Il a avancé, avec Platon, l'existence d'une substance
spirituelle présidant immédiatement à la sphère des êtres actifs et passifs;
et y de même que Platon , il a enseigné que les formes des êtres sensibles
dérivent des substances immatérielles. Mais il s'éloigne de Platon , en ce
qu'il ne suppose qu'une seule substance immatérielle présidant à tous les
corps inférieurs ; il la nomme inteUigence agente. Les saints docteurs
ont dit, comme les platoniciens, qii'aux diverses classes d'êtres corporels
étoient préposées diverses substances spirituelles, a Chaque chose visible,
dit saint Augustin , a dans ce monde une puissance angélique qui lui est
préposée. » — « Le diable, dit saint Damascène, étoit une des vertus angé-
liques préposées à l'ordre terrestre. » Origène , sur ce passage des
Nombres , XXn : « Lorsque l'ànesse eût vu l'ange , » dit que le monde a
besoin d'anges qui président aux animaux, à leur naissance, et à l'accrois-
sement des arbustes , des plantes et des autres choses. Mais il ne faut pas
entendre cela en ce sens que, par leur nature , certains anges soient plus
propres à présider aux animaux qu'aux plantes ; parce que tout ange ^
même le plus petit, a une vertu plus élevée et plus universelle qu'un genre
quelconque d'êtres corporels; c'est l'ordre réglé par la divine sagesse qui a
préposé à des choses diverses, des gardiens différents. Et il' ne s'ensuit pas
qu'il y ait plus de neuf ordres d'anges ; parce que, d'après ce qui a été dit
plus haut , les ordres se distinguent selon les fonctions générales. D'où,
selon saint Grégoire, à l'ordre des Puissances appartiennent tous les anges
quôd substanti® immateriales non sunt species
corporum sensibilium, sed aliquid altius et uni-
versalias; et ideo non attribuit eis immediatam
prxsidenliam supra Bîugula corpora, sed solùm
sopra nniversalia agentia/ qoœ sunt corpora
cœlealia. Avicenna ver6 mediam viam secutus
est. Posoit enim coin Platone atiqnam substao*
tiamspiritaalem presidentem immédiate spluBrse
activoram et pasâvonim; eo quod, aicut Piato
ponebat qaôd forme horum sensibilium deri-
"vantur é eubstaotiis immaterialibus^ ita etiam
ÀYiceona hoc posuil. Sed îd hoc à Platone dif-
fert, qaôd posuit unam tanlùm substantiam
immaterialem prxsidentem omnibus oorporibos
inferioriboa, qnam vocavit intelligentiam agen»
tem. Doctores autem saocti posuerunt , stcat et
platonici , diversis rébus oorporeis difersassub-
stantias spiritoales esse prxpositas. Dicit enim
Augustinns in lib. LXXXUI Quœstion. (qu. 79) :
c Uuaquaque res visibilis ia taoc mundo habet
angelicam potestatem sibi prspositam. » Et
Damascenus (lib. U. Fidei orfhod,, cap. 4)^
dicit : a Diabolus erat ex iis angelicis virtatibos
qas praeerant terrestri ordini; » et Origenes
dicit super ilhid Nuvner,, XXU : a Cum vîdis-
set asina angelum^ » quèd ce opus est mondo
angelis qui presimt super bestias, et prssunt
animalium uativitati , et virgultorum, et planta-
tionum, et cxterarum rerum incremeoUs. »
Sed hoc non est ponendnm propter hoc qu&d
aecundùm snam uaturam unns angelns magis
se habeat ad prssidendum animaiibus quàm
plantis; quia quilibet angélus, etiim minimos,
habet altiorem virtutem et oniversaliorero quàm
aliquod genus oorporalinm ; sed ex ordine di-
viue sapientia, qiis diversis rébus diversos
rectores proposuit. Nec tamen propter hoc se*
quitur quôd sint plures ordines angelonim quàm
novem ; quia , sicut supià dictiun est , ordines
dûUnguautur ecuuduuj generalia oflicia. Unàê
DE LA PEÉSIDENCB GONFliS AUX ANGES, ETC. 65
qui ont proprement pouvoir sur les démons ; de même , à l'ordre des
Vertus paroissent appartenir tous les anges qui président aux choses pure-
ment corporelles; car, de temps en temps, des miracles se font par leur
ininistère.
ARTICLE n.
La matière corporelle obéit-elle aux anges à volonté?
n paroît que la matière corporelle obéit aux anges i volonté : i* La
puissance de Tange est plus grande que celle de Tame. Or la matière cor-
porelle obéit à la conception de Tame; car le corps de Tbomme change
suivant les diverses conceptions de Tame; il passe du chaud au froid,
quelquefois au point de recouvrer ou de perdre la santé. A plus forte
raison, la conception de l'ange changera-t-elle la matière corporelle.
2r Ce que peut une puissance inférieure, une puissance supérieure le
peut aussi. Or la puissance de l'ange est supérieure à celle de la nature
corporelle ; et le corps , par sa puissance, peut faire passer la matière cor-
porelle à une forme déterminée, lorsque, par exemple, le feu engendre le
feu. Donc, à plus forte raison, les anges peuvent-ils, par leur vertu, faire
passer à une certaine forme la matière corporelle.
df" Toute la nature corporelle est administrée par les anges; on l'a vu.
Les corps paroissent ainsi être pour les anges des instruments ; car il est
de la nature de l'instrument de communiquer le mouvement reçu. Mais
dans les effets on trouve quelque chose provenant de la vertu des agents
principaux; et cela ne peut être exécuté par la vertu de Tinstrument : et
c'est ce qu'A y a de principal dans l'effet. Ainsi, la digestion de la nour-
riture a lieu par la vertu de la chaleur naturelle, instrument de l'ame
skat secandùm Gregorium ad ordinem Potes'
tatum pertineBi omnes asgeli qai babent pro-
priè pnesidentiam super dxmoDes; ita ad or-
dinem Virtntom pertiaere Tidentur omnes an-
geli qui babent prssidentiam saper res pure
corporeas; boram euim ministerio interdum
etiam miracola fimit.
ARTICIJLUS n. .
Cirvm maieria corporalis obediat angelis ad
nutum-
Ad secandum âc proceditor (i). Videtur qo6d
materia corporalis obediat angelis ad nulum.
Major est enim vîrtus angeli qokm virtus animae.
Sed conceptiom anims obedit materia corpora-
lis ; îmmutatur enim corpus bominis ex con
multô magis, secandùm conceptiouem angeli.
materia corporalis Iransmutator.
2. Prseterea^ quicquid potest virtos inferior,
potest virtus superlor. Sed ^irtus angeli est sn-
perior quàm materia corporalis; corpus auteir
sua virtate potest transmutare materiam cort
poralem ad formam aliquam; sicut patet, cùm
ignis générât ignem. Ergo multè fortiùs angeli
virtute sua possunt materiam corporalem trans-
mutare ad aliquam formam.
3. Prsterea, tota natura corporalis adminis-
trator per angelos, ut dictam est (art.l). Et
sic videtur qubd corpora se babent ad angelos
sicut instrumenta ; nam ratio instrument) est
quèd sit movens motum. Sed in effectibus ali-
quid invenitur ex virtute principalium agentium,
quod non potest esse per virtutem instrumenti :
ceptione anim» ad calorem et frigas^ et quan< et boc est id quod principalius est in effecta
doqoe usque ad sanitatem et egritudinem. Ergo I Sicut digestio nutrimenti est per virtutem ca-
(1) De hisetitm 1, S, qo. 80, art. S; et Conirà Geni.^ lib. m, cap. 103*. et qu. 6, da
potenl., an. 3; et qu. 16, de malo, art. 9 et 10; et Quodlib,, IX , art. 10.
nr. 4»
66 PARTIE I^ QUESTION GX^ ARTICLE 2«
nntritive; mais qu'il eD résulte de la cbair viYante^ cela provient de la
vertu de Tame : de même, que le bois soit scié, cela vient de la scie;
mais qu'il premne la forme du bois coupé, la vertu de Touvrier seul le
fait. Donc la forme substantielle, qui est le principal des effets corporels,
se produit par la vertu des anges. Donc la matière obéit aux anges quant
à ce qui regarde sa formation.
Mais saint Augustin dit, au contraire. Le Trin.y III, 8 : a On ne doit
pas croire que cette nature visible obéisse à ces anges transgresseurs , à
leur volonté : elle n'obéit ainsi qu'à Ueu. »
(Conclusion. — Puisque les anges ne peuvent faire passer la matière à
Tacte de la forme substantielle, ce qui se fait immédiatement par Dieu
ou par quelque agent naturel , on dit avec raison que la matière n'obéit
pas à l'ange, à sa volonté.)
Les platoniciens ont dit que les formes de la matière sont causées par
les formes immatérielles; parce qu'ils croyoient que les formes maté-
rielles étoient certaines participations des formes immatérielles. Avi-
cenne les a suivis en quelque chose, lorsqu'il a dit que toutes les formes
matérielles procèdent de la conception de l'intelligence, et que les agents
corporels disposent seulement à ces formes. Hs se sont trompés en ce qu'ils
ont cru la forme quelque chose de fait en soi, et procédant, par suite,
d'un principe formel. Mais, comme le prouve le Philosophe, ce qui
se fait, à proprement parler, est une chose composée; car c'est là une
sorte d'être subsistant. Or la forme n'est pas ajmelée être, comme une
chose qui est, mais comme une chose par laquelle une autre chose est;
par conséquent, la forme ne se fait pas à proprement parler. A celui-là
seul il appartient d'être fait, à qui il appartient d'être, puisque être fait
est la voie qui mène à l'être. Or il est manifeste que ce qui est fait res-*
semble à celui qui l'a fait ; parce que a tout agent fait quelque chose qui
loris nataralis, qui est instrumentam anime nu-
tritivae. Sed qa5d generetar caro viva, est ex
virtute aniras ; similiter qu5d secetnr Ugnum,
pertinet ad serram; sed qu&d perveniatur ad
formam secti, est ex virtate artiticis. Ergo forma
snbstantialis^ qas est piincipalis in eCTectibus
corporatibnS; est ex virtate angelorum. Materia
ergo obedit ad sui iofonnationem angelis.
Sed contra est, qaod Angustinus dicit, III.
De Trin, (cap. S ) : « Noa est putandam istis
transgressoribns angelis ad nntnm servire hanc
Tisibiliam rerom materiam^ sed soli Deo. »
( CoRCLtsio. — Qaoniam angeli non possunt
aateriaio redncere in actam formae snbstantialis,
qood lit à Deo immédiate, vel ab aliquo agente
Batarali, lectè dicitor materiaiiiadnntam non
oèedire ngelis. )
Respondeo dicendnmy qo6d platonici posoe-
runt formas qu£ sont in materia» cauuari ex im-
materialibus formis ; quia formas materîales po-
nebant esse participationes qaasdam immateria-
lium formarmn. Et hoc , qoantum ad aliquid
secutus est Àvicenna, qui posuit omnes formas
qns sunt in materia, procedere à conceptione
intelligentis, et qii6d agentia corporalia sont
solùm disponentia ad formas. Qui in hoc vi-
dentor fmsse decepti, quia existimavenmt for-
mam quasi aliquid per se factum^ ut sic ab ali-
quo formai! prindpio procederet. Sed, aient
Philosophas probat in Metaphys, (text. 86,
27 et 32), hoc quod propriè Ût, est compoâr
tam; hoc enim propriè est quasi subsistens.
Forma autem non dicitur ens quasi ipsa sik,
sed sicut quo aliquid est ; et sic, per conse<pieiM|
nec forma propriè Ût Ejus enim est ûeri cajui
est esse, chm fieri nihU aliud sit quàm via ia
esse. Manifeslnm est antem qM factum est si-
mik fadonti; qoia « amiM agens agit sibt »
BE LA nSfrOICïCB COISFSÉE Ad a:ï*I5, T7L. ÎT
lui ressemble. » Cest poar:iiioi, « qui fiiî les cb.-ses ult-T: . t- i -^zit
certaine ressemblance axec le coaipoïé, ou bka jciw .7::il c?: ->--»-'--**
composé, comme le feu qui eapndie k ien; oq léen par:^ zz'l t^j^
forme TirtneUement tont le composé, rf quirt à la Lhlâ c^ çs^ll: a a
matière : et cela est propre à Dieu. Ainsi dcar, t.:.cîe i:rïi-îLt»:c àt la
matière Tient ou immédiatement de Dieu, on de qoelque agc:ûi c:?pkXtl^
mais non pas de l'ange immédiatement.
Je réponds aux arguments : 1* Notre ame est unie an corps cr^ziiBe a
forme : et ainsi il n'y a rien d'étonnant à ce que le oofps é{:<r:4iTe xm
changement de forme en vertu d'une conception de Tame, alors surtc^ut
que le mouvement de l'aj^tit ^nsitif qui entraîne quelque cban^emest
corporel , est soumis à l'empire de la raison. B n'en esî pas ain^i de lôiîjf
par rapport aux corps naturels. Par suite cette raison n'a pas de vakur.
i^ Ce que* peut une force inférieure, une force supénaire le peut , nom
de la même manière, mais d'une manière plus excellente. Aiiisi l'in-
tellect connoit les sensibles d'une manière plus exct;llente que le sens.
De même les anges changent la matière corporelle d'une Csçon plus ex-
cellente que les agents corporels, en monTant ces agents enxHoaemes,
comme cause supérieure.
3^ Rien n'empêche que, par la puissance des anges, se produisent dans
les choses naturelles certains effets auxquels ne suffîroient pas les agents
corporels. Hais cela n'est pas la même chose que si la matière leur obêts^
soit à volonté ; de même que la matière n'obéit pas aux cuisiniers a
volonté, parce qu'ils opèrent avec le feu et à l'aide de certains procédés
de leur art, certaines décoctions que le feu ne y roduinût pas par lui seul :
car &ire passer la matière à l'acte de la forme substantielle n'excède pas
la vertu d'un agent corporel; parce que c le semblable produit naturelle-
ment son semblable. »
nile. » Et ideo ià qiiod facit res Btlonles,
habet sÛDilitadioem cum compoâto; irel quia
est conpositom, sicot ignis gênerai ignem ; vel
quia totom oompositiim, et quantom ad mate-
riam et quantom ad formam ^ est io Yîrtate
îpdns. Qaod est proprinm Dei. Sic igitnr, om-
ma isfèmatio materis vel est à Deo immédiate,
Tel ab aliqao agente corporali, non antcm im*
naadiatè ab angelo.
Ad primom ergo diceodam, quod anima nos-
tra nnitttr corpori nt forma. Et sic, non est
nimm si fonnaliler transmutatnr eioonceptione
ipsins, prssertim cbm motos seneitiTi appetitAs,
qui fit canrqnadam transmotatione eorporali,
snbdator imperio ratkniis. Angelos antera non
«c se liabet ad corpora Datonlia. Uode ratio
non sequitor.
Ad secundnm dicendnm, qnôd id qnod potest
vîrtns ioferior, potest superior, non eodem, sed
exoellentiori moJo : sicut intellectos cognoacit
sensililia exceUentiori modo qaàm sensns. Et
sic angelos exceUeatiori modo transmntat ma-
tertam oorpoiaiem qaàm agentia corporafia,
flcîlicet morendo ipsa agentia oorporaiia, ta-
qoam cansa soperior.
Ad tertinm dicendom, qndd aihil profaibet
ex virtate angel<vam aliqnos effectos seqni in
rebas natoralibns, ad que agentia corpondia
non snfficerent. Sed boc non est materiam obe-
dire angelo ad notmn , sicot nec ooqnis obedit
mateiia ad nutnm, qnia aiiqnem modum decoc-
tlonis operanlnr per ignem eecondùm aliquam
artis moderationem, qaam ignis per se non fa-
ceret; eùm redncere materiam in actnm formas
snbslaDtialis, non excédai Tirtutem corporalîs
ageniis, qoia « aimile natum est sibi siinito fih
cere^ b
■
68 PARTIE ly QUESTION GX^ ARTICLE 3.
ARTICLE m.
Les corps obéissent-ils aux anges pour le mouvement local ?
n parolt que les corps n'obéissent pas aux anges pour le mouvement
local. 1® Le mouvement local des corps naturels suit leurs formes. Or les
anges , d'après ce que nous venons de dire, ne produisent pas les formes
des corps naturels. Donc ils ne peuvent pas causer en eux le mouvement
local.
2oLe Philosophe prouve, Physic, VIIÏ, que le mouvement local est
le premier des mouvements. Or les anges ne peuvent causer les autres
mouvements en faisant subir à la matière des chaugements de forme.
Donc ils ne peuvent pas non plus causer le mouvement local.
3® Les' membres corporels obéissent, pour le mouvement local, à la
conception de Tame, en tant qu'ils ont en eux un certain principe de vie.
Or, dans les corps naturels il n'y a pas de principe de vie. Donc ils
n'obéissent pas aux anges pour le mouvement local.
Mais, au contraire, saint Augustin dit. De Trin.y III : a Les anges
emploient les semences corporelles pour produire certains effets, d Or ils
ne peuvent faire cela qu'à l'aide du mouvement local. Donc les corps
leur obéissent poulie mouvement local.
(Conclusion. — La nature corporelle étant inférieure à la nature spi-
rituelle, et le mouvement local étant le plus parfait, la nature spirituelle
est disposée à produire immédiatement le mouvement local. )
Selon la parole de saint Denis, De div> iVbm.,VII, a la sagesse divine
joint ensemble les fins des premières choses et les principes des secondes. »
D'où il suit qu'une nature inférieure touche par ce qu'elle a de plus élevé
ARTICULUS m.
Utrûm corpora obediant angells ad molutn
localem.
Ad tertium sic proceditur (1). Videtur qu6d
corpora non obediant angelis ad rootum loca-
lem. Moins enim localis corporum naturalium
sequitur formas eorum. Sed angeii non causant
formas corporam naturalium, ut dictum est (2).
Ergo ueque possunt causare in eis motum lo-
calem.
2. Prsterea, in VIII. Physic. probatur qu6d
motus localis est primus motuum. Sed angeii
non possunt causare alios motus, transmutando
materiam formaliter. Ergo neque etiam possunt
causare motum localem.
3. Prsterea, roembra cori)oralia obediunt
conceptioni anime ad motum localem, in quan-
tum habent in seipsis aliquod principlun vils.
In corporibus autem naturalibus non est aliquod
principium vite. Ergo non obediunt angelis ad
motum localem.
Sed contra est, quod Augustinus dicit, III.
De Trin», qu6d a angeii adhibent semina cor-
poralia ad aliquos effectus producendos. » Sed
tioc non possunt facere nisi localiter movendo.
Ergo corpora obediunt eis ad motum localem.
(CoNCLUsio. — Natura corporalis, cùm sit
infra spiritualem, motusque localis sit perfec-
tissimus, nata est immédiate à natura spiritnali
moveri secundùm locum.)
Hespondeo dicendum , qu6d sicut Dionysius
dicït, VU. cap. De div, Nomin., « divina sa-
pientia coojungit fines primorum principiis so»
cundorum. » Ex quo patet qu5d natura inferior
in sui supremo attingitur à natura superioii.
(1) De bis etiam ubi supri, scilicet locls art. S indicatis.
{%) Tum articule prccedentii tum qu. C5, :.rt. 4.
DE LÀ PRÉSIDENCE GONFliE AUX ANGES, ETC. G9
à la nature supérieure. Or la nature corporelle est inférieure à la nature
spirituelle. Parmi les mouvements corporels, le plus parfait est le mou*
\ement locale comme Ârlstote le prouve, Physic, YIll. La raison en est
que ce qui est mobile selon le lieu, n'est pas comme tel en puissance par
rapport à quelque chose qui lui est intrinsèque , mais seulement par rap-
port à quelque chose d'extrinsèque, c'est-à-dire, au lieu : c'est pourquoi
la nature corporelle est disposée pour être mue immédiatement par la
nature spirituelle. Aussi les philosophes ont-ils avancé que les corps supé-
rieurs sont mus localement par les substances spirituelles. De là nous
voyons que l'ame communique principalement et en premier lieu au
corps le mouvement local (1).
Je réponds aux arguments : !•» Il y a dans les corps d'autres mouve-
ments locaux que ceux qui suivent les formes. Ainsi le flux et le reflux
de la mer ne suit pas la forme substantielle de l'eau, mais la vertu de
la lune. A plus forte raison certains mouvements locaux peuvent-ils
résulter de la vertu des substances spirituelles.
2" En causant le mouvement local comme le premier, les anges peuvent
par lui causer d'autres mouvements; je veux dire, en employant des
agents corporels pour produire ces sortes d'efiets : ainsi le forgeron em-
ploie le feu pour amollir le fer.
3» Les anges possèdent une vertu moins restreinte que celle de l'ame.
La vertu motrice de l'ame est bornée au corps auquel elle est unie et
(1) L^Ecrituro sainte d* ailleurs ne permet pas un doute à cet égard. De nombreux passages
indiquent ou supposent un tel pouvoir dans les anges et mémo dans les démons. On ne corn-
prendroit pas sans cela , par exemple , ce qui est dit des circonstances de la ruine de Sodome ,
ni ce qui regarde les prodiges opérés par les magiciens de la cour de Pharaon , ni enfln ce
qui nous est annoncé des faits merveilleux qui. seront accomplis par rAntechrist, comme
épreuve suprême de la foi des élus. Nous signalons ici cet accord entre les inductions de la
théologie et les faits rapportés dans la Bible , pour rappeler ce que nous avons déjà dit de
Fusage que saint Thomas fait du texte sacré. Du reste , il est impossible que nous renouve-
lions une observation de ce genre toutes les fois qu'elle se présente A notre esprit. Elle frap*
pera de même les yeux de tout lecteur attentif et qui n*est pas étranger à rétude des saintes
Lettres.
Natara antem corporalis est infra natoram spi-
ritualem. Inter omnes autem motus corporeos
perfectior est motds localis, nt probatur in VIII.
Physic. Cujus ratio est, quia mobile secundùm
locum non est ia poleotia ad aliqnid intriose-
cum, in quantum hujusmodi, sed solùm ad ali-
qnid eitrinsecum, scilicet ad locum; et ideo
natara oorporalis nata est moveri immédiate à
natura spirituali secundùm locum. Unde et
piiilosopbi posnerunt suprema corpora moveri
localiter à spiriiualibus substantiis. Unde vi-
demos qu6d anima movet corpus primo et prin-
cipaliter locali motu.
Adprimum ergo dicendam, quùd in corpo-
ribus tant alii motus locales prsler eos qui con-
seqaDQtur formas : sicut flaxns et refluxns maris
non consequitur formam sabstaniialem aqus,
sed virtutem luns. Ergo muU5 magis aliqui
motus locales coosequi possunt virtutem spiri-
tualium substanliarom.
Adsecundum dicendum, qnèd angeli causando
motum localem tanquam priorem^ per eum eau-
sare possnnl alios motus; adbibendo scilicet
agentia corporalia ad bujusmodi effectus pro-
ducendos, sicot faber adbibet ignem ad emolUp
tionem ferri.
Ad terliom dicendam, quôd angeli babent
vîrtatem minus contractam quàm anims. Unde
virtus motiva anims conlrabitur ad corpus uni-
tum, quod per eam viviticatur; qao mediante
70 PARTIE I, QUESTION CX, ARTICLE it.
([u'elle vivifie : c'est par son moyen qa^elle peut mouvoir les autres*
Mais la vertu de l'ange n'est pas bornée à un corps : c'est pourquoi il
peut mouvoir localement les corps auxquels il n'est pas uni*
ARTICLE IV,
Ia8 <mges peuvent-ils faire des miracles ?
n paroit que les anges peuvent faire des miracles : 1^ a On appelle
vertus, dit saint Grégoire, ces esprits par le moyen desquels se font le
plus souvent les prodiges et les miracles. »
S'» Saint Augustin dit, Quœst. LXXXin, 79 : a Les magiciens font des
miracles en vertu de pactes secrets; les bons chrétiens par la justice
publique, et les mauvais par les signes de la justice publique. Mais les
mages ne font des miracles que parce que les démons les exaucent, »
comme il est dit dans un autre endroit du même livre. Donc les démons
peuvent faire des miracles; et à plus forte raison les bons anges.
3^ Saint Augustin dit, dans ce même livre, que «toutes les choses qui se
font visiblement, sont crues, sans absurdité, pouvoir arriver par les puis*
sauces inférieures répandues dans Tair : » mais nous appelons miracle un
effet des causes naturelles produit sans Tintervention d'une de ces causes.
Donc les anges et les démons peuvent faire des miracles.
4® Une puissance supérieure ne dépend pas d'une cause inférieure. Or
la nature corporelle est inférieure à Fange. Donc l'ange peut agir en
dehors de Tordre des agents corporels , c'est-à-dire , faire des miracles.
Mais, au contraire, le Psalmiste dit de Dieu, Ps. LXXI, et XXXV :
a Seul il fait les choses grandes et merveilleuses. »
alia potest movere. Sed virtus angeli non est
iCODtracta ad aliqood corpus. Unde potest cor-
Ypora non conjoncta localiter movere.
ARTICULUS IV.
Utrdm angtli poêêint facere nUraeula,
Ad qoartiim sic proceditar (1). Videtur qo6d
angeli possant facere miracola. Dicît enim Gre-
goriua ( ut suprà ) : a Virtutes vocantur ilii spi-
ritus per qaos signa et miracula frequeotiàs
flnnt.»
2. Prcterea, Angostinvs dicit in lib. LXXXIII
Quœstion» ( qn. 79 ), qoèd « magi faciunt mi-
racula per privatos contractas; boni christiani
per publicara justitiam, mali christiani per signa
publie» justitias. Sed magi faciunt miraoïla
per hoc qu6d exaudiuntur à dœmonibus, » ut
ipse alibi in eodem libre dicit (lib. XXL Sent,,
cap. A ). Ergo damones miiaeula possunt fft*
cere; ergo mnltb magis angeli boni.
3. Prcterea, Augustiaus in eoden tibro dkât,
qu6d o omnia qn» visibititer fiant, etiaa per
inferiores potestates aeris hi]gus non absurde
fier! posse creduntur. » Sed quando affectas
aliqais naturaUum causarum prodacitor absqne
ordiue naturalis cause , hoc dicimus esse mi-
raculam : putà cùm aliquis sanator à febre noa
per operationem natura. Ergo angeli et d«-
mones possant facere miracula.
4. Frxterea, ^iitus snpenor non sabditur or-
dini inférions cansa. Sed natura corporalis est
inferior angelo. Ergo angélus pelest operaci
praterordinem corporalinmaganttam, quod eai
miracula facere.
Sed contra est, qnod de Deo dicitur ia
Psalm. ( LXXI et XXXV) : cQûiàcit mirai»-
lia magna sohis. »
(1) De his etiam in 2, 3, qu. 178, art. 4; et Contra GenL^ lib. m, cap. 102 et 103; ei
qn. 6 , de potent., art. 3 et 4 ; et qu. 16 , do malo, art. 9 ; et Oputc, XI , ab art. 4 usriue acL
art. 19.
DE Ll FIÉSOUNGE COVTIÉB AUX ASmS, ETC. Tl
(GoNcaiTisioif . — L3 mirade étant quelque diose en dehors de Tordre
de la natuie créée; Oku étant le seul qui ne soit pas créature , seul il
peut faire des mirades par sa propre rertu. )
On appelle proprement miracle ce qui se fait en d^ors de Tordre de la
nature. Mais il ne suffit pas> pour qu'il y ait mirade^ que quelque chose
se ISisse en dehors de Tordre d'une nature particulière : dans ce cas^ celui
qui jetteroit une pierre en Tair feroit un miracle ; puisque cela est en
dehors de Tordre naturel à la pierre. Une <^ose est donc dite miracle ,
lorsqu'elle est en dehors de Tordre d toute la nature créée. Or Dieu seul
{)eut faire un miracle ainsi conçu, parce que tout ce que fait un ange ou
toute autre créatiure par sa propre vertu , est toujours selon Tordre de la
nature créée ; et ainsi il n'y a pas de miracle. Il reste donc que Dieu seul
peut faire des miracles.
Je réponds aux arguments : 1** Quelques anges sont dits faire des
miracles , ou parce que Dieu , condescendant à leur désir, fait lui-même
ces miracles, comme quelques saints sont dits aussi faire des miracles ; ou
parce qu'ils remplissent quelque «ministère dans les miracles qui se font :
par exemple, en rassemblant la poussière, pour la résurrection générale,
ou en faisant quelque chose de semblable.
2o Gomme nous venons de le dire , les miracles , à proprement parler,
sont les choses qui se font en dehors de Tordre de toute la nature créée.
Mais, comme nous ne connoissons pas toute la vertu de la nature créée ,
lorsqu'il arrive quelque chose en dehors de Tordre naturel à nous ccmnu,
par une puissance créée à nous inconnue , il y a miracle par rapport
à nous. Ainsi, lorsque les démons font certaines choses par leur puissance
naturelle, on appelle cela miracles, non simplement, mais par rapport à
nous. C'est ainsi que les magiciens font des miracles par le secours des
démons. On dit qu'ils les font en vertu de pactes secrets, parce que la vertu
( CcNfCLCSio. — Miracttlam est prster or(H-
nem totius naturae creats ; Deus igitar cùm solus
8Ît non creatnra , solus etiam virtute propria
miracola facere potest.)
Respondeo dicendam , quôd miracdom pro-
priè dlcitiif ^ cùm aliquid sit prster ordinem
nature. Sed non sBÎQcit ad rationem miracali,
si aliquid fiât prster ordinem nators alicujos
particnlaris; quia sic, cùm aliquis projicit la-
pidem sarsum^ miraculum faceret, ciun hoc sit
prœter ordinem naturse lapidis. Ex hoc ergo
aliquid dicitur esse miraculum, qu6d sit prster
ordinem totius naturs créais. Hoc autem non
potest facere nisi Deus, quia quicquid facit an-
gélus. Tel quxcunque alia creatoia propria
▼irtat^ hoc ùi secnadùm ordinem ngtnwB creata;
et sic non est miraculum. (Jnde relinquiturquôd
MliiB fiens miracak faceie pOBBÎt.
Mpâmam ergo dicendim, qiièd aiigeli «lifoi
dicuntur miracala facere, vel quia ad eornm
desiderium Deus miracula facit, sicut et sancli
homines dicnntor miracola facere; vel quia
aiiquod ministeriom exhibent in miraculis qua^
fiunt; sicut colligendo pulveres in resurrectioue
commoni, vel bujusmodi aliquid ageado.
Ad secundum dicendum, qu5i1 miracula^ sîm-
plîciter loquendo^ dicuntur^ ut dictum est
( art. 7 ), cùm aliqua ûunt prœter ordinem to-
tius naturae créai». Sed quia non omnis virtug
naturs creats est nota nobis^ ideo cùm aliquid
sit praster ordinem naturs créât» nobis noUe
per virtutem creatam nobis ignotam , est mira-
culum quoad nos. Sic igilor cùm dsmones ali*
quid faciunt sua virtute naturali^ miracula di«
cuntor^ oou simpliciter^ sed quoad nos. Et hoc
modo magi per <ismone8 miracida faciunt. Et
dicontnr fieri jper privatos coniractui, qoia
qusUbet viitus ereaturo in nniverso se haliet»
73 PARTIE I, OUBSTION GXI^ ARTICLE 1.
d'une créature quelconque est dans l'univers ^ ce qu'est dans une cité la
puissance d'une personne privée. Par suite ^ lorsqu'un magicien fait
quelque chose en vertu d'un pacte conclu avec le démon, il le fait comme
en vertu d'un contrat privé. Mais la justice divine est dans l'univers ce
qu^une loi publique est dans une cité : aussi, les bons chrétiens, en tant
que faisant des miracles par la justice divine, sont dits les faire par la
justice publique, et les mauvais chrétiens sont dits lesHtaire par les signes
de cette justice publique; par exemple, en invoquant le nom de Jésus-
Christ, ou en faisant quelques cérémonies sacrées.
3<> Les puissances spirituelles peuvent faire les choses qui se font visi-
blement dans le monde, en employant les semences corporelles, au moyen
du mouvement local.
4<' Quoique les anges puissent faire quelque chose en dehors de l'ordre
de la nature corporelle , ils ne. peuvent rien faire en dehors de l'ordre de
toute la création ; ce qu'exige la nature du miracle, comme nous l'avons
dit.
QUESTION CXI.
De Vaetlou des anges sur les kommes.
n faut ensuite examiner l'action des anges sur les hommes. On
demande : premièrement , s'ils peuvent les modifier par leur puissance
naturelle; secondement, comment Dieu les envoie pour servir les
hommes ; troisièmement , comment ils les gardent.
Sur la première de ces choses , quatre questions se présentent : i** Un
fit virias alicujus privais persons in civitate.
]]nde cùm magus aliquid facit per pactum ini-
tom cum daernone, hoc fit quasi per quemdam
privaium contractum. Sed juslitia diviiia est in
toto universo, sicut lex publica in civitate; et
ideo boni christiani, in quantum per justitiam
divinam miracuU faciunt , dicuntor facere mi-
racola per publicam justitiam, mali autem
christiani per signa publicœ justitiœ, sicut
ioTOcando oomen Christi, vel exhihendo aliqua
sacramenta.
Ad tertium dicendum, qu6d spiritnales potes-
tates possunt facere ea que visibiliter fiunt in
hoc mundo, adhibeodo corporalia semina per
motum localem.
Ad qnartum dicendnm, qa5d licët an-
geli possiot aliquid facere prster ordinem na-
tur» corporaliSj non tamen possunt aliquid
facere prêter ordinem totius creaturs; quod
exigitur ad rationem miracuii, ut dictum
est.
QDJESTIO CXI.
Dd ae(fone angelorum in hominet^ in quatuor artieuht divisa.
Deinde consilerandum est de actione ange-
lorum in bomines. Et primo quœritur, utriim
possini eos immutare sua Tirtute naturali ; se-
cundo* quomodo mittantur à Deo in ministe-
rium hominum; tertio, quomodo costodiant ho-
mines.
Circa primum qusruntur quatuor: 1» Utriioi
angélus posait iliuminare inteUectnm bominis.
DE l'action des ANGES SUR LES HOHHBS. 73
ange peut-il illuminer Tintelligence de l'homme! 2» Peut - il changer ses
affections ? 3» Peut - il modifier son imagination ? 4<» Peut - il modifier ses
sens?
ARTICLE L
L'ange peut-il illuminer Vkomme?
n parolt que Vange ne peut pas illuminer l'homme* 1<^ L'homme
est illuminé par la foi. Saint Denis attribue , Be eccl. Hier, , l'illumina-
tion au baptême^ qui est a le sacrement de la foi. d Or la foi vient immédia-
tement de Dieu, selon cette parole de l'Apôtre^ Ephes., II, 8 : « La grâce
vous a sauvés par la foi , laquelle ne vient pas de vous , mais est un don
de Dieu. » Donc l'homme n'est pas illuminé par l'ange, il l'est immédia-
tement par Dieu.
2^ Sur ces mots de l'Apôtre, Rom., I : a Dieu le leur a manifesté, » la
Glose dit que a non-seulement la raison naturelle a servi aux hommes pour
voir les choses de Dieu, mais que Dieu les leur a révélées par ses œuvres,
à savoir les créatures. » Mais l'une et l'autre , c'est-à-dire la raison na-
turelle et la créature , sont immédiatement de Dieu. Donc Dieu illumine
immédiatement l'homme.
3*" Celui qui est illuminé connoit son illumination. Or les hommes ne
s'aperçoivent pas que les anges les illuminent. Donc ils ne sont pas
illuminés par eux.
Mais , au contraire , saint Denis prouve , Le ccel. Hier., IV, que a les
choses divines sont révélées aux hommes par l'intermédiaire des anges, b
29 Utrùm possit immutare affectam ejas.
8* Utrùm possit immutare imagioationem ejus.
4« Utrùm possit immutare sensum ejus.
ARTICULUS I.
Vtrùm angelui potsU Ulufninare hommem.
Ad primum sic proceditur (1). Videtur qn6d
angélus non possit illaminare hominem. Homo
enim illuminatur per fidem : unde Dionysius,
in Eccles. hierarch, ( cap. % ), illuminalionem
attribuit baptismo^ qui est « fidei sacramen-
tnm. » Sed tides immédiate est à Deo^ secnndùm
illud ad Ephes., H : a Gratia estis salvati per
fidem, et non ex vobis; Dei enim donum est. »
Ergo homo non illuminatur ab angelo , sed im-
médiate à Deo.
2. Prxterea , super illud Rom., I : « Oeus
iliis manifestavit, » dicit Glossa (2), qu6d «non
solùm ratio naturalis ad hoc profuit, ut divina
homioibus manifestârentur; sed Deus iliis rêve-
lavit per opus suum, » scilicet per creaturam.
Sed utrumque est à Deo immédiate, scilicet
ratio naturalis et creatura. Ergo Deus immédiate
illuminât hominem.
3. Prxterea, quicunque illuminatur, cognos-
cit suam illuminationem. Sed homines non per-
cipiunt se ab angelis illuminari. Ergo non illu-
minantur ab eis.
Sed contra est, quod Dionysius probat in IV.
cap. Cœlest. hierarch,^ qu6d a revelationes
divinorum perveniuut ad homines mediantibos
angelis, n ut suprà dicfum est (qu. 108, art. 2).
(1) Dehisetiaml, 2,qa.lia, art. 2 ad S; et Seni.^ dist. 18, qu«2, art. 2 ad 3, ad i et
Ad 5 ; et Contra Cent.» Ub. m , cap. 81 ; et qu. 11 , de \erit., art. 1 ; et Quodlib., IX , qu. 4,
«II. 5.
(2] Sive paulô pleniùs vêtus manuscriptum : Verè manifesium est in itlU qw>d ett notcibih
dé Deo, quia non tolùm ratio naturalii ad hoc profuit, ted et Deus iliis revelavit tel mani-
feslavit per opus suum, perquod eos adjuvit, ne sola suffleere natura videretur. Quod bre-
viùs contrabit Glossa nova coUateralis in hune modum : ifon soliim ratio naiuralis ad Am
profuit, sed et Deus quùtidie adjuvit, ne sola, ete, Interlioealis autem : Per opus êumm,
non per doetrinaan vel inspirationem.
T& PABTIS I, QUBSTION GXI, ARItGLE i.
comme nous Tavons déjà dit« Or , ces révélations sont des iUmninations ,
comme nous Tavons également ru. Donc les àommes sont illuminés par
les anges.
(Conclusion. — Gomme les hommes sont inférieurs aux anges en
nature^ ils sont illuminés par eux.)
Comme, d'après Tordre réglé par la divine Providence, les actions des
inférieurs sont soumises à celles des supérieurs , ainsi qu'il a été dit ; de
même que les anges inférieurs sont illuminés par les supérieurs , les
hommes étant inférieurs aux anges, sont illuminés par eux« Mais ces deux
illuminations, quant au mode, se ressemblent en quelques points et dif*
fèrent en quelques autres. 11 a été dit plus haut que l'illumination , qui
est une manifestation de la vérité divine, consiste en deux choses : en ce
que l'intelligence inférieure est fortifiée par l'action de l'intelligence su-
périeure, et en ce que à l'intelligence inférieure sont proposées les espèces
intelligibles qui sont dans l'intelligence supérieure, afin que celle-là les
puisse saisir. Et cela, dans les anges, consiste en ce que l'ange supérieur
concevant la vérité d'une manière universelle , la divise de façon à l'ac-
commoder à la capacité de l'ange inférieur, comme il k été dit. Mais
l'intelligence humaine ne peut saisir la vérité nue , parce qu'il est de sa
nature de comprendre à l'aide d'images, comme on a dit plus haut : c'est
pourquoi les anges proposent la vérité intelligible aux hommes, sous des
images sensibles, selon cette parole de saint Denis, De cœl. Hier.^ l : « Les
rayons divins ne peuvent briller autrement pour nous , qu'à travers une
multitude de voiles sacrés, b D'un autre côté , l'intelligence humaine ,
comme étant inférieure , est fortifiée par l'action de l'intelligence angé-
lique ; et en ces deux cboses consiste l'illumination de l'homme par l'ange.
Je réponds aux arguments : !• Deux choses concourent à former la foi.
Hnjasmodi autem revelationes sant illamina-
tnnes, ut suprà dictum est ( qu. lOS» art. i ).
Ergo homines illuminantur per angelos.
(CoNCLCsio. ^Cùm homineB sint angelis
aatara inferiores^ per ipsos illuminantur.)
Respoodeo dicendum, qu6d cùm divinae pro-
videntis ordo habeat ut aclionibus superiornm
iuferiora subdantur, ut suprà dictum est (qu. HQ,
art. i), sicut iuferiores angeliilluminaQtur per
superiores, ita homines, qui sunt angeiis iiùe-
riores^ per eos illaminaâtur. Sed modus utrius-
que illuminalionis quodammodo est similis , et
quodammodo diversus. Dictum est enim suprà
(qu. 106, art 1), qu5d illuminatlo^ quasest
manifestatio divins veritatis, secundùm duo
atttinditur , scilicet secundùm qu6d iutcllectus
inferior coufortatur per actionem intellectûs su-
perioris, et secundùm quùd proponuutur intel-
lectui iuferiori species intelligibiles quœ sunt
in superiori, ut capi possint ab inferiori. Et
hoc quidem in angelis fit secundùm qu5d supe-
rior angélus verilatem universalem conceptam
dividit secundùm capacitatem mferioris angeli,
ut suprà dictum est (qu. 106^ art. 1 et 9).
Sel intellectus humanus non potest ipsam in-
tclligibilem veritatem nudam capere, quia con-
naturale est ei ut intelligat per conversionem
adphautasmata, ut suprà dictum est (qu. 87,
art. 7 ); et ideo intelligibilem verititem propo-
nunt angeli hominibus sub simililudinibus sen-
sibilium, secundùm illud quod dicit Dianysius,
I. cap. Cœlest. hierarch. , qu5d « impossibile
est aliter nobis lucere divinum radium, nisi va-
rietate sacrorum velaminum circumvelatum. »
Ex aiia verù parte, intellectus humanus, tan-
quam inferior, fortificatnr per actionem intel-
lectus angelici; et secundùm hxc duo attendi-
tur illuminatio qua iio:no illumiaatur ab angelo.
Ad primum ergo diceadum , quùd ad llnem
duo concurrant. Primù quidem iuibitus inlel*
SE l'action des AiraSS StJE us HOMMES. 75
D'abord Vhabitude^ qui dispose Tintelligence à suivre la volouté^ laquelle
tend à la vérité divine. Car Tintelligence adhère à une vérité de foi, non
comme convaincue par la raison , mais comme obéissant à la volonté :
« Personne se croit , qu'il ne veuille , b dit saint Augustin ; et^ sons ce
rapport, la foi vient de Dieu seul. Il faut de plus, pour la foi, que les ob-
jets de la foi soient proposés à celui qui croit ; et cela se fait par le moyen
delliomme, selon cette parole de saint Paul, ilom., X^ 17 : a La foi vient
par Toule , » mais surtout par le moyen des anges , gui révèlent aux
bommes les choses divines. Ainsi, les anges font quelque chose dans Fil-
lumination de la foi. £t cependant ils illuminent les hommes, non-seule-
ment touchant les choses à croire , mais encore touchant les choses i
faire,
2* La raison naturelle , qui vient immédiatement de Dieu , peut être
fortifiée par l'ange, comme il a été dit : par suite, les images fournies par
les créatures donnent une vérité Intelligible d'autant plus élevée que
rintelligence humaine qui les reçoit est elle-même plus forte. Ainsi, l'ange
aide l'homme à avoir de Dieu une connoissance plus parfaite, au moyen
des créatures.
30 L'opération intellectuelle et l'illumination peuvent être considérées
de deux manières : d'abord du côté de la chose comprise ; et, dans ce cas,
quiconque est illuminé ou comprend , connoit qu'il est illuminé ou qu'il
comprend ; par là même qu'il sait qu'une chose lui a été manifestée. £n
second lieu, du côté du principe; et alors quiconque comprend ime
vérité ne connoît pas l'intelligence, principe de l'opération intellectuelle.
Pareillement, quiconque est illuminé par un ange, ne sait pas qu'un ange
rillumine.
ledûft qoo disponitur ad obediendono volantati
tandenii in dWioam yeritatem. Intellectos enim
assentit veritati fidei , non quasi convictus ra-
mone, sed quasi imperatus à voluntate : « nul-
Ins enim crédit nisi volens, » ut Auguslinus
dicit (t); et quantum ad hoc, fides est à solo
0eo. Secundo, leqniritur ad Gdem^ qnôd credi-
Jnlia propooantur credenti; et hoc qoidem fit
per hominem , secundùm qu6d o fides est ex
aaditu, » ut dicitur Rom., X, sed per angelos
firincipaliter, per quos hominibus revelantur
dniiia. Unde angeli operantur aliquid ad illu-
nmationem fidei. Et tamen homines illunÛDan-
Ub ab angelis, non solùm de credeû^, sed
eiiam de agendis.
Ad secondum dioendam, qu6d ratio naturalis
confortari, uidictam est; et similiter ex spe-
ciebns à creaturis acceptis tanl6 altior elicitur
intelUgibilis veritas, quantô intellectus huma nus
fueritfortior.Etsicperangelum adjuvatur homo,
ut ex creaturis perfectiùs in divinam cognitionem
deveniat.
Ad lertiom dicenJam, qu6d operatio intel-
lectualis et illuminatio dupUciter possunt con-
siderari. Uno modo ex parte rei intellect»; et
sic quicunque intelligitvel illuminatur, cognoscit
se inteliigere vel illuminari ; quia cognoscit rem
sibi esse manifestam. Mio modo ex parte prin-
cipii; et sic non qnicunqae intelligit aliquam
veritatem, cognoscit qnid sit intellectus qui est
principium inteilectualis operationis. Et simili-
ter non quicunque îlluminatur ab angelo , co-
quae est immédiate à Deo, potest per angelnm I gnoscit se ab angelo illnminari.
(1) Sie enim Joam,, toact. 20 : ïmlratê quisquam Eeeiniam potut w>ttnê ; accedere ad âh
êatêpoiêsi noUm; aeeipêre poteti Saeramentum mdmt ; erederenonpoiett niii volmi.
76 PAETIE l, QUESTION CXI , A&TIGLB 2.
ARTICLE II.
Zes anges peuvent^ils changer la volonté de l'homnie ?
n parolt que les anges peuvent changer la volonté de Thomme. !• Sur
ce passage de TApôtre, Hebr., l : « Qui fait des esprits ses envoyés et du
feu son ministre; » la Glose dit que a les anges sont de feu , en tant que
l'Esprit saint les enflamme et qu'ils brûlent nos vices. » Or cela ne peut
être sans qu'ils changent notre volonté. Donc les anges peuvent changer
la volonté.
2o Bède dit que le diable n'envoie pas , mais allume les mauvaises
pensées : saint Damascène dit^ avec plus de vérité^ qu'il les envoie aussi ;
car il ajoute : a Toute malice et les passions impures sont l'œuvre des
démons, qui ont le pouvoir de les envoyer aux hommes. » Pour la même
raison , les bons anges envoient et allument les bonnes pensées. Mais ils
ne le peuvent faire sans changer la volonté. Donc ils changent la volonté.
3® L'ange , comme on vient de le dire , illumine l'intelligence de
l'homme au moyen des images. Mais de même que l'image , qui sert à
l'intelligence, peut être changée par l'ange, de même l'appétit sensitif ,
qui sert à la volonté, le peut aussi, puisqu'il est également une force se
servant d'un organe corporel. Donc s'il illumine l'intelligence, l'ange
peut changer la volonté.
Mais , au contraire , changer la volonté est le propre de Dieu , selon ce
passage, Prov,, XXI, 1 : « Le cœur du roi est dans la main du Seigneur;
il le tourne comme il veut (1). »
( Conclusion. — Comme à Dieu seul il appartient de donner la vo-
(1) Comme on le voit en rapprochant cet article du précédent, Faction des anges sur les
hommes se déduit naturellement de celle que les anges exercent les uns à Tégard des antres.
Ainsi les anges agissent d*une manière directe sur Fintellect , mais seulement d'une manière
indirecte sur la volonté. L'intellect est immédiatement frappé par Fillumination ou la locution,
ARTICULUS U.
Uirùm angeli possint immutare voluntatem
hominis.
Ad secundam sic proceditur. Videtur qu6d
aDgeli possuat immutare voluntatem hominis;
quia super illud Hebr., I : « Qui facit angelos
suos spiritus, et ministrossuos flammam ignis^ »
dicit Glossa, qu5d a ignis sunt dum Spiritu
fervent, et vitia nostra urant. » Sed hoc non
esset, nisi voluntatem immutarent. Ergo angeli
possunt immutare voluntatem.
3. Prsterea, Beda dicit, qu6d <c diabolos
non est immissor malarum cogitationum , sed
incensor ; » Damascenus autem veriùs dicit ,
qu6d <c etiam est immissor; » dicit enim in
II. lib. ( cap. 2) , quod « omnls malitia et Im-
munds passiones ex dsmonibos excogitat»
sunt, et immitlere homlni sunt concessi. » Et
pari ratione angeli boni immittunt et incendunt
bonas cogitationes. Sed hoc non possent facere
nisi immutarent voluntatem. Ergo immutant vo-
luntatem.
8. Prœterea, angélus, sicut dictumeât(art. 1),
illuminât intellectum hominis mediantibus phan-
tasmatibus. Sed sicut phantasia , qus deservit
intellectui, potest immutari ab angelo; ita et
appetitus sensitivus, qui deservit voluntati,
quia ipse etiam est vis ntens organo corporali*
Ergo sicut illuminât intellectum, ita potest
immutare voluntatem.
Sed contra est, qu5d immutare voluntatem
est proprium Dei, secundùm illud Proverb,»
XXI : « Cor régis in manu Domini; quocunqae
voluerit, vertet illud. »
(GoMGLUMOw — Gùm Del 8it voluntatem àw^
DE l'action des ANGES SUR LES HOMMES. 77
lonté ; lui setd peut aussi la changer efiScacement : les auges ne le peuvent
que par forme de conseil ou en excitant les passions.)
La Tolonté peut être changée de deux façons : d'abord par un principe
intérieur ; et comme le mouvement de la volonté n'est que l'inclination
qu'elle a vers la chose voulue^ à Dieu seul il appartient de changer ainsi
la volonté^ lui qui donne à la nature intelligente la puissance d'une telle
inclination. Gar^ de même que l'inclination naturelle ne peut provenir que
de celui qui donne la nature ^ l'inclination volontaire ne provient que de
Dieu^ cause de la volonté. La volonté peut aussi être mue par un prin-
cipe extérieur. Dans l'ange y elle ne l'est ainsi que d'une manière ^ à
savoir^ par le bien que saisit l'intelligence. Par conséquent, celui qui fait
qu'une chose soit saisie comme un bien, pousse par là même la volonté à la
désirer. Et Dieu seul encore peut ainsi mouvoir efBcacement la volonté;
l'ange et l'homme ne le peuvent que par voie de conseil , comme on l'a dit
plus haut. Hais outre cette manière, les hommes peuvent encore être mus
extérieurement d'une façon différente, à savoir, par les passions de l'appétit
sensitif; par exemple, la concupiscence et la colère inclinent la volonté vers
un objet : et ainsi les anges, en tant que pouvant exciter ces passions,
peuvent mouvoir la volonté ; mais non pas nécessairement , parce que
la volonté demeure toujours libre de consentir ou de résister à la passion.
Je réponds aux arguments : 1*" On dit que les ministres de Dieu , soit
deux sortes de rapports intellectuels que saint Tliomas , comme on s'en souvient, admet parmi
les anges ; la tolonté ne peut être mue que par voie de persuasion. Et il ne pouvoit en être
autrement, sans que la liberté de Tétre intelligent vint à disparottre. A cet égard, Tbomme
doit avoir, au fond , la même prérogative que Tange , puisquMl a , comme lui , la double
faculté de connottre et de vouloir.
Mais en voyant toutefois, avec bonheur, sauvegarder avec tant de soin la liberté humaine,
on n*est pas moins heureux de voir établir avec tant de doctrine et de solidité que notre
foible nature peut, dés le temps de la vie présente, entrer en relation avec ces esprits supé-
rieurs qui , selon la parole de TEvangile , conlemplêtU ia face dé Dieu. l\ faut encore ici
remarquer cette modération intellectuelle qui caractérise éminemment notre saint docteur. Les
hautes intelligences savent seules , en combattant une erreur, éviter de tomber dans Terreur
opposé^. La force gtt dans le point d*arrét , a dit un profond penseur. C'est surtout dans les
travaux de la pensée que cette force est nécessaire , et se manifeste.
ejus etiam estpropriam eaao efficacitermutare;
angeli autem solùm id possunt per modom sua-
dentis, aut pasaiones concitantis. )
Respondeo dicendum, qu6d Toluntaa potest
immut^ri dupliciter. Uno modo ab interiori ; et
sic, cùm motus voluntatis non ait atiud qaàm
inclinatio voluntatia io rem voUtam, solius Del
est sic immntare voluntatem, qui dat natars
inteliectuali yirtuiem talis incUnatioais. Sicut
eDim inclinatio natuTalis non est niai ab eo ,
qui dat naturam , ita inclinatio volontaria non
«t nisi à Deo, qui causât volantatem. Alio modo
movetur voluntas abexteriori; et hoc in aogelo
est uno modo tantùm, scilicet i bono apprehenso
per intellectiuD. Unde secondùm qnèd aliquis
est causa qnôd aliquid apprebendatar ut bonum^
secondùmboc movet voluntatem ad appetendum.
Et sic soltts Deus efficaciter poteat movere vo-
luntatem ; angelas autem et homo per modam
suadentis, ut suprà dictum est (qa. 106, art. 2).
Sed pneter banc modum etiam aliter movetur
in huminibos voluntas ab exteriori; scilicet ex
passione existente circa appetitom sensitivum ,
sicut ex concupisceotia vel ira inclinatur to-
lontas ad aliquid volendum ; et sic etiam angeli,
in quantum possunt concitare hujasmodi passio-
nes, possnnt voluntatem movere, non iamen ex
necessitate, quia voluntas semper remanet libéra '
ad consentiendum vel resistendum passioni.
Adprimamergo dicendum,qttôd ministri Dei,
78 PAETTE I, QUESTION CXI, AATIGUE 3.
les arges, soit les hommes, brûlent les ^ices ou alluiaent la vertu, pax lia
moyen de la persuaision.
2*" Les démœas ne peuvent envoyer des pensées en les causant intérieu-
rement, puisque Tusagede la faculté de penser dépend de la volonté.
On dit cependant que le diable allume les pensées, parce qu^il excite à
penser ou à désirer certaines choses, en usant de persuasion, ou en: ex-
citant les passions. Et cette action ^'allumer, saint Damascène l'appelle
envoyer, parce que cette opération se passe intérieurement. Mais les
bonnes pensées sont attribuées à un autre principe, à Dieu, quoiqu'il les
procure par le ministère des anges.
3^ L'intelligence humaine, dans son état présent, ne peut comprendre
qu'en se tournant vers les images; mais la volonté humaine peut vouldr
quelque chose en suivant le seul jugement de la raison, et sans obéira
la passion de l'appétit sensitif. Il n'y a donc pas de parité*
ARTICLE in.
Uange peuMl modifier ^tmo^'nattofi de Vhomme?
n parolt que l'ange ne peut pas modifier l'imagination de l'homme.
« 1* L'imagination , comme il est dit. De anim.^y II, est un mouvement
produit par les sens en acte, » Mais si les anges le causoient, il n'auroit
pas lieu par le moyen des sens en acte. Donc il répugne à la nature de
l'imagination, laquelle est l'acte de la vertu imaginative, d'être modifiée
par l'ange.
2» Les formes qui sont dans l'imagination étant spirituelles, sont {dus
nobles que les formes qui sont dans la matière sensible. Mais l'ange ne
peut pas imprimer les formes à la matière sensible, comme nous l'avons
Tel bomines vel angeli , dieuntar nrere vitia ,
et inflammare ad virtntes, per modum persua-
sionis.
Ad secnndnm dicendutn, quM dxmooes non
possunt immittere cogitationes , interiùs eas
caosando; cùm usus cogitativs yirtutis subja-
ceat voluntati. Dicitar tanien diabolos incemor
eogitadonum, iu quantum incitai ad cogitan-
dom^ vel ad appetendum cogitata, per modum
persuadentiSj vel passionem concitantis. Et hoc
ipsom incendere Damascenus vocat immit-
tere, quia talis operatio interiùs fit. Sed bon«
cogitationes altiibuuntur altiori principio , sci*
licet Deo, licèt angelorum ministerio procuren-
tor.
Âd tertiom dicendum^ quèd inteUectua hu-
manns seciindùm prsesentem statum non potest
intelligere nisi convertendo se ad pbanta&mata;
sed Yolantas bumana potest aliquid velle ex
judicio ratîonis, non sequendo passionem appe-
titûs sensitivi. Unde non est simile.
ARTICULUS m.
UirUm angelutpossit immutare imagina'
iionem hominis.
A4 tertium sic proceditur (1). Videtnr quM
angélus non possit immutare imaginationem
bominis. Pbantasia enim, ut diâtnr inMh.De
anima (lib. II , text. 161 ), est « motos factus
a sensu secuadùm actum. » Sed si âeret per
immutationem angeli , non fieret à sensu se-
cundùm actum. Ergo est contra rationem phan-
tasi», qu8s est actus imaginatiie viitutis, ut
sit per immutationem angeli.
2. Prsterea, forme quesont in imaginatieBe,
cùm siut spirituales, sunt nobiliores formis que
snnt in materia sensibili. Sed angélus non po-
test imprimen formas in materia sensibili, ut
(1) ])ek!9etiaml,9, qu. 75, art. 8; et n, 5lenl.^ dist. 8, art. 5; et Courra Genf.^Iib. m,
p. 88, 91 , 92; ei qu. 89 , de verit., arl. 9; et qu. 16, de m«lo , art. 11.
DE l'action BSS AlfQXS SUB US HOHMES. 7$
TU. Donc il ne peut pas imprimer des formes dans Timagination et ainsi
changer son état.
3» « Il peut arriver, dit saint Augcfâtin, sup. Gm. ad litt., XII, 13;
par l'union de deux esprits, que Tun découvre à l'autre, au moyen de
ces images, les choses qu'il sait lai-même, soit afin de les communiquer,
soit afin d'apprendre lui-même ce que l'autre connoît. » Mais il ne
paroit pas que l'ange puisse être uni à l'imagination de l'homme, ni que
celle-ci puisse saisir les intelligibles que connoit Tange. Donc il paroit
que l'ange ne peut pas modifier l'imagination.
4^ Dans une vision imaginaire, l'homme adhère aux apparences des
choses comme aux choses elles-mêmes. Mais en cela il y a erreur. Donc,
comme l'ange ne peut être une cause d'erreur, il semble qu'il ne peut
causer une vision imaginaire en modifiant l'imagination.
Mais, au contraire, les choses qui apparoissent pendant le sommeil
sont les résultats d'une vision imaginaire. Or les anges révèlent certaines
choses pendant le sommeil, comme on le voit par l'ange qui apparut i
Joseph pendant qu'il dormoit. Donc l'ange peut modifier l'imagination.
(Conclusion. — Les apparitions imaginaires étant quelquefois causées
en nous par le changement local des esprits et hiuneurs corporels, et la
nature corporelle obéissant en cela aux anges , les anges , tant bons que
mauvais, peuvent, par leur puissance naturelle, modifier l'imagination
de l'homme.)
L'ange, tant bon que mauvais, peut, par sa puissance naturelle, mou-
voir l'imagination de l'homme. On peut ainsi considérer la chose : nous
avons dit précédemment que la nature corporelle est soumise à l'ange
pour le mouvement local. Par suite les choses qui peuvent être causées
par le mouvement local de certains corps sont soumises à la vertu natu-
relle des anges. Or il est manifeste que les apparitions imaginaires sont
dictam est (qu. 110 , art. 2S). Ergo nonpotest
imprimere formas in imaginatione ; et ita non
potest eam immatare.
3. Pnelerea^ Angustmus dicit , XII. Super
Ge*. ad Ht, ( cap. 13 ) : « Commixtione alte-
ring spiritos fieri poteti «t ea qo« ipse scit ,
per bojusaiodi imagines, ei eui miscetar^ os-
tendit 9 ave inleUigenti, sive vt ab alio intel-
leda ptndantor. » Sed non ^detor qu5d angé-
lus possit misceri imaginationi homans, neque
^oàd tmaginatio possit capere inteUigibilia que
angelns eogooscit Efgo videtnr qa6d angélus
non possit immatare imaginationem.
4. Pneterea, in mono imaginaria homo ad-
bcret simiiitQdinibus reram quasi ipsis rébus.
Sed in boc est qusdam deceptio. Gùm ergo
angelns bonus non possit esse causa deceptionis,
ndetnr ipibd non possit causare imaginariam
tîaiaBem» inaginationem immutandt.
Sed contra est^ quM ea quœ apparent in
soronis, videntur imaginaria visione. Sed an-
geU révélant aliqna in somnis, ut patet Maith,,
I et U, de angek) qui Joseph in somnis appa-
ruii. Ergo angélus potest imaginationem movere.
(CoMCLUSio.— Cbm apparitiooes imaginari»
interdum in nobîs cansentur ex locali mutatione
corporaham spirituum et bumorum , ad qnam
nalura corporatis angelo obedit, seqmtur an-
gelam tam beonm qulîm malum , virtute naturs
saœ, posse movere imaginationem hominis.)
Respondeodicendum, qu6d angélus tam bonus
quàm malus, virtute oatnrs sue , potest movere
imaginationem bominis. Quod quidem sic conâ'
derari potest. Dictum estenim Buprà(qu. 110^
art. 3), quôd natnra corporatis obedit angelo ad
motum localem ; iUa ergo qnae ex motu locaU ali-
quorum oorporom possuotcaosari^subsunt virtuti
naturaliangelorum. Manil' ^^ qo6d
80 PARTIE I, QUESTION GXI^ ARTICLE 3.
souvent causées en nous par le changement local des esprits et des
humeurs. De là Aristote, De somn. et vigil, assignant les causes des
visions que nous avons dans les songes > s'exprime ainsi : a Pendant le
sommeil de Tanimal , une certaine quantité de sang descendant vers le
principe sensitif ^ en même temps descendent les mouvements^ » c'est-à-
dire^ les impressions laissées par les objets sensibles et conservées dans
les esprits sensuels^ lesquels mouvements se communiquent au principe
sensitif : et alors se fait une apparition semblable à celle qui auroit liei!
si le principe sensitif étoit impressionné par les choses extérieures elles-
mêmes. Et rébranlement des esprits et des humeurs peut être si fort^
que ces apparitions aient lieu même pendant que Ton veille, ainsi que
cela se voit dans les frénétiques et autres. Comme cela se fait par rébran-
lement naturel des humeurs, et quelquefois aussi par la volonté de
lliomme, qui imagine volontairement ce qu'il avoit auparavant senti;
cela peut aussi avoir lieu par la puissance de Tange bon ou mauvais, soit
avec la privation de l'usage des sens corporels , soit sans cette privation.
Je réponds aux arguments : 1^ Le principe de l'imagination est le sens
en acte. Car nous ne pouvons imaginer ce que nous ne sentons en aucune
façon, ou en tout ou en partie : ainsi, un aveugle-né ne peut imaginer
la couleur. Mais quelquefois l'imagination prend une forme telle qu'un
mouvement fantastique et cependant réel résulte des impressions conser-
vées dans l'ame^ comme nous venons de le dire.
2^ L'ange change l'état de l'imagination , non en lui imprimant une
forme imaginaire que les sens ne lui ont fourni d'aucune manière; car
il ne peut faire que l'aveugle-né imagine les coideurs : mais il le fait par
le mouvement local des esprits et des humeurs, comme on l'a vu.
30 Cette union de l'esprit angélique et de l'imagination humaine n'a
apparitiones imagioaris causantur interdum in
nobis ex locali mutatione corporaliom spiritaum
et humorum. Unde Aristoteles in lib. De somn,
et vigiL» assignans caosam apparitionis som-
nioram » dicit qu5d a cùm animal dormit des-
cendente plurimo sanguind ad principium sea-
sitivnm , simul descendant motus j> ( id est ,
impressiones relictie ex sensibiliom motionibos
quœ in spiritibns sensualibus conservantiir ) ,
« et movent principium sensitivum;» itaquôd
sit qusdam apparitio , ac si tonc principium
«ensitivuro à rébus ipsis exterioribus mutaretur.
Et tanta potest esse commotio spirituum et hu-
morum, quèd hujusmodi apparitiones etiam vi-
gilantibus fiant, sicutpatetin phreheticis et in
aliis tiujusmodi. Sicut igitur tioc fit per natu-
ralem commotionem humorum, et quaodoque
etiam per voluntatem hominis, qui Toluntarlè
imaginatur quod priùs senserat; ita etiam hoc
potest fieri virtute angeli boni vol mali, quando*
que quidem cum aUenatione à corporeis sensi-
bus> quandoqoe autem absque tali alienatione.
Ad primum ergo dicendum , qu6d prindpinm
phantasiœ est à sensu secundùm actum. Non
enim possumus imagiuart que nullo modo sea-
timus^ vel secundùm totum, vel secundùm par-
tem ; sicut cscus natus non potest imagioari
colorem. Sed aliquando imaginatio informatur,
ut actus pbantastici motus consurgat ab iropres-
sionibus interiùs conservatis, ut dictum est.
Ad secundùm dicendum, quôd angélus trans-
mutât imaginationem, non quidem imprimendo
aliquam formam imaginariam nullo modo per
sensum pri&s acceptam ; non enim posset facere
quôd CSCU8 imaginaretur colores ; sed hoc facit
per motum localem spirituam et humorum, vi
dictum est.
Ad tertium dicendum, qu5d commistio illa
spiritus angelii^ ad imaginationem humtnam
non est per essentiam, aed per effectum quem
SE l'action I)£S ANGES SUB LES HOMMES. 8l
point lieu par Vessence^ mais par Teffet que Tange produit^ de la manière
que nous avons indiquée^ sur Timagination à laquelle il montre ce qu'il sait
lui-même , quoique d'une manière différente de celle dont il le connaît.
A"* L'ange^ en causant une vision imaginaire^ illumine parfois en même
temps rintelligence^ afin qu'elle connoisse ce que signifient ces appa-
rences; et alors il n'y a point d'erreur. Quelquefois l'action de l'ange ne
fait apparoître à l'imagination que les images des choses : et dans ce cas
l'erreur vient non de l'ange, mais de la faiblesse de l'intelligence à la-
quelle ces choses apparoissent ; comme Jésus-Christ n'étoit pas la cause
de l'erreur des masses auxquelles il n'expliquoit pas les paraboles qu'il
leur proposoit.
ARTICLE IV.
Uange peut-il changer tét<U des sens de l^hùmme?
11 paroit que l'ange ne peut pas changer l'état des sens de l'homme.
!• L'opération sensitive est une opération vitale. Or une telle opération
n'a point un principe extrinsèque. Donc l'opération sensitive ne peut
être causée par l'ange.
^ La vertu sensitive est plus noble que la vertu nutritive. Or l'ange ne
peut, ce semble, changer la vertu nutritive, ni changer les autres formes
naturelles. Donc il ne peut pas changer la vertu sensitive.
3* Le sens est naturellement mû par le sensible. Or l'ange ne peut
changer l'ordre natin^el, comme on l'a dit plus haut. Donc l'ange ne peut
changer l'état des sens; ils sont toujours mus par les sensibles.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Les anges qui ont renversé So-
dome a frappèrent les Sodomites d'aveuglement ou âopaoïa, de telle sorte
pncdicto modo in ima^^inatione facit, cui de-
monstrat qus ipse novit, Don tamen eo modo
quo ipse novit.
Ad quartam diœndum^ qnôd angelos causans
aliqaam imaginariam visioDem^ qaandoqae qui-
dem simal iatellectum illominat, ut cognoscat
qaid per hujusmodi similitudines significetur (i);
et tune nulla est deceptio. Quandoq[ue verô per
operationem angeli solummodo similitudines
rerum apparent in imaginatione ; nec tamen
tune causatur deceptio ab angelo^ sed ex defectu
iatellectûs ejus, cui talia apparent : sicut nec
Christus fuit causa deceptionis, in hoc qu5d
maltis turbis in paraboUs proposuit quod non ex-
posait eis.
ARTICULUS IV.
Utrùm angélus pouii immutare êtnsum
humanum.
Ad quartum sic proceditur. Videtur qu6d an-
gélus non possit immutare sensum hnmanum.
Operatio enim sensitiva est operatio iritœ. Hu-
jusmodi autem operatio non est à principio
extrinseco. Non ergo operatio sensitiva potest
causari.ab angelo.
2. Prsterea, virtus senâtiva est nobilior
quàm nutritiva. Sed angélus, ut videtur, non
potest mutare virtutem nutritivam, sicut nec
alias formas naturales. Ergo neque virtutem
sensitivam immutare potest
8. Prsterea , sensus naturaliter moventor à
sensibili. Sed angélus non potest immutare na-
ture ordinem, ut suprà dictum est (qu. 110,
art. 4). Ergo angélus non potest immutare
sensum, sed semper sensus à sensibili immu-
tatur.
Sed contra est, quM angeli qui snbvertemnt
Sodomam, « percusserunt Sodomitas cscîtate,
vel dopaota (2), « ut ostium domûs invenire non
(1) Sicut Daniel,^ vm, vers. 16, et Daniel,, IX, ven. 93, videre est.
(S) Juxta grœcum àopavta, quasi aridieniia,\A Augustinus vertit qu. 43, in G9n9t., ià
IV.
82 PARITE I^ QUESTION GXI^ ARTICLE i.
qu'ils ne pouvoient trouTer la porte de la maison, » comme il est dît
dans la Genèse, XJX, 11. Il en est dit de même, IV. Reg.y Yl, des Syriens
qu'Elisée mena à Samarie.
(Conclusion. — L'ange peut changer Vétat des sens de l'homme, soit en
lui présentant un objet sensible extérieur, soit en ébranlant les humeurs
de façon à produire les diverses sensations. )
Les sens peuvent être modifiés de deux manières : d'abord extérieu-
rement, par exemple, par un objet sensible. Puis intérieurement : nous
voyons, en eflfet, que lorsque les esprits et les hnmeurs sont troublés, les
sens sont modifiés. Ainsi la langue du malade, pleine d'une humeur cho-
lérique, trouve toutes les choses amères; de même pour les autres sens.
L'ange peut, par sa vertu naturelle, modifier les sens de ces deux ma-
nières. Il peut frapper les sens par un objet extérieur sensible, déjà
formé ou qu'il formera lui-même; ce qu'il fait en prenant un corps,
ainsi qu'on l'a dit {dus haut. D peut aussi mouvoir intérieurement les
humeurs et les esprits , comme il a été dit , de façon à modifier diverse-
ment les sens.
Je réponds aux arguments : 1® Le principe de l'opération sensitive ne
peut être séparé du principe intérieur, qui est la puissance sensitive.
Mais ce principe intérieur peut être ébranlé de plusieurs manières par
un principe extérieur, comme nous venons de le dire.
2* En ébranlant les esprits et les humeurs intérieures, Tange peut
changer, jusqu'à un certain point, l'acte de la puissance nutritive, ainsi
que de la puissance appétitive et sensitive, et de toute puissance qui em-
ploie des organes corporels.
3* L'ange ne peut agir en dehors de l'ordre entier de la création , mais
possent, » nt dicitur Gen., XIX. Et simile le^
gitur IV. Reg,, VI, de Syris, qnos Elisxus
diixit in Samariatn.
( GoNCLusio. — Potest angelm seusnm bo-
minis immutare^ vel objicieiuio eensui aliquod
sensibile exterius, velintashnmores concitando
ad varias sensus apparitiones. }
Respondeodicendum^ qnôd sensos immutatur
dapliciter. Uno modo ab exteriori, sicut cùm
mntatur à sensibili. Alio modo ab interiori.
Videmus enim qnôd pertarbatis spiritibus et
homoribuB immutatar sensus; lingua enim in-
firmi^ quia plena est cbolerico humore, omnia
sentit nt amara. Et simile contingit in aliis sen-
sibns. Utroque autem modo angelns potest im-
mutare sensnm hominum , sua naturali virtute.
Potest enim angelos opponere exteriùs sensui
sensibile alif^uod, vel à nstura formatum, vel
aliquod denovo formando ; sicut fiicit dum cor-
pus assumit, ut snprà diclum est (qu. 51,
art. 2). Simlliter etiam potest iuteri&s commo-
vere spiritus et humores^ ut suprà dlctum est
( art. 3 ), ex quibns sensus dlversimodè immu-
tentur.
Ad primum ergo dicendum, qu6d princîpium
sensitivs operalionis non potest esse absque
principio interiori quod est potentia scnsitiva ;
sed iliud interius princîpium potest multipliciter
ab exteriori principio commoveri, ut dictom
est.
Ad secundnm dicendum, qu6d per cemmotio-
nem interiorem spirituum et humorum potest
angélus aliquid operari ad immutandum actum
potentiœ nutritive; et simiiiter potenllo) appe-
titivaî et sensitivse, et cujuscunque potentia
corporali organo utentis.
Ad tertium dicendum, quôd prêter ordinem
totius créature angélus facere non potest» sed
eit non «idenlia; qoaiido aUqoa nempe non videntur, née andttitur visas quoad omnia i sleoi
in veca cecUale.
DE LA HISSION DES ANGES*
il peut agir en dehors de Tordre d'une nature particulière^ n'étant pas
soumis à cet ordre. C'est ainsi qu'il peut modifier les sens d'une mviOn
particulière en debors de la manière ordinaire.
QUESTION CXII.
Be la vtalom et» aiMpes»
n faut ensuite examiner la mission des anges.
Là-dessus quatre quêtions se présentent : l» T a-t-il des anges enyojiê
pour remplir un ministère î 2* Tous sont-ils envoyés î 3» Ceux qui sont
envoyés assistent-ils? 4® A quels ordres appartiennent ceux qui sont
envoyés?
ARTICLE L
Les anga wnl-iU envoyés fHmr remplir un ministère f
n parott que les anges ne sont pas envoyés pour remplir un ministère:
1* Toute mission a pour obiet un lieu déterminé. Mais les actions intel-
lectuelles ne déterminent aucun lieu^ puisque l'intelligence fait abstrac-
tion du temps et de l'espace. Donc^ les actions angéliques étant intel-
lectuelles^ il parolt que les anges ne sont pas envoyés pour exécuter leurs
actions.
S* Le del empyrée est le lieu dû à la dignité des anges. Donc^ s'ils
sont envoyés vers nous pour remplir quelque ministère^ il semble qu'on
ôte quelque chose à leur dignité; ce qui répugne.
prster ordînem aUcojns particolaris nature fa- 1 sic qnodam singolari modo potest sensom im-
oœ polesl, cùm tell oiimi non snbdator. Et I malare pneter modom commonem.
QDJISTIO CXIL
Hi mfUii&M wng^orum^ in qwUuor ariieulM ditita.
Deiade considertndinnestde missîone ange- enim misaio est ad ati^em determhiatiim to-
cam. Sed actiones inteUechndes non détermi-
nant aliqaem locnm, qoia intellectas abstrahH
ab hic et nunc. C&m igitor acUones angelic»
sint inteHéctaales, ^idetur qu6d aageii ad snas
actiones agendas non mittantnr.
9. Prcterea, coeiun emiryrenm est locns per-
tinens ad dignitatem angdonim. Si igitor ad
nos mittantur in ministerium, videtur qu6d
eorum dignitati afiqnid depereat; quod estin-
'm ministeniim non mittantnr. Omnis convenient.
(t) DeUiettâi&ioEjMst. otf Jif^.^JI,lect.6; st«tQ» j^fM...4isl. 10|.aiWL
Et ànk boc qncnmtor ipiatuor : !• Utr&m
aiiqni angeli mittantnr in ministerinm. ffi Utrùm
omnes nûtlantnr. 8» Utràm illi ipâ mittantur,
aMatanl. 4* De qnibu ordiiibns nâttantor.
ARUCULUS L
VMm angeli in minitierimn miitatUmr.
ÂA priflmm sic proceditor (1). Videtor qaôd
84 FAKTIE I^ OtJESTION CXTÏ, ARTICLE 1.
So L'occupation extérieure empêche la contemplation de la sagesse :
c'est pour cela qu'il est dit,. EccK., XXXVIIl, 25 : « Celui qui restreint
ses occupations contemplera la sagesse. » Donc, il semble que si quelques
anges sont envoyés pour remplir un ministère extérieur, leur contem-
plation en souffrira. Mais toute leur béatitude consiste dans la contem-
plation de Dieu. Donc s'ils étoient envoyés , leur béatitude seroit dimi-
nuée; ce qui répugne.
40 Servir appartient à l'inférieur. De là il est dit, Luc., XII, 27 : « Quel
est le plus grand î Est-ce celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce
pas celui qui est à table ? d Mais les anges sont plus grands que nous
dans l'ordre de la nature. Donc ils ne sont pas envoyés pour nous servir.
Mais le contraire est contenu dans cette parole de V Exode, XXIII, 20:
« J'enverrai mon ange qui vous précédera. »
(Conclusion. — Les anges agissant sur la créature corporelle, en vertu
des ordres divins, ils sont dits avec raison envoyés pour remplir un mi-
nistère. )
11 est aisé de montrer, par ce que nous avons déjà dit, qu'il y a des
anges envoyés de Dieu pour remplir un ministère. Comme on Ta vu,
lorsqu'il s'agissoit de la mission des personnes divines, celui-là est dit
envoyé, qui procède d'une façon quelconque d'un autre, de telle sorte
qu'il commence à être là où auparavant il n'étoit pas , ou bien là où il
étoit d'une manière différente. Le Fils ou l'Esprit saint est dit envoyé,
en tant que procédant originairement du Père, et commençant à exister
d'une nouvelle manière, c'est-à-dire par la grâce ou la nature qu'il revêt
là où il étoit présent par sa divinité. Car à Dieu il appartient d'être par-
tout : parce qu'étant l'agent universel, sa vertu embrasse tous les êtres,
et par suite il est en toutes choses , comme on l'a vu plus haut. Mais la
vertu de l'ange, étant celle d'un agent particulier, n'embrasse pas tout
B. Prœterea^ exterior occupatio impedit sa-
pientise conteroplationem. Unde dicitur Ecclû,
XXXVIII : « Qui tninoratur actu, percipiet sa-
pientiam. » Si igitnr aogeli aliqui mitiuatur
ad exteriora ministeria^videturquèd retardentur
à contemplatione. Sed tota eorum beatitado in
contemplatione Dei consistit. Si ergo mitteren-
tur, eorum beatitado minueretcur; quod est in-
conveniens.
4. Prstereay ministrare est inférions. Unde
dicitur Luc,, XU : a Qais major est? qui re-
cnmbit, an ille qui ministrat? nonne qui re-
cumbit ? » Sed angeli sunt majores nobis ordine
natune. Ergo non mittuntur in ministerium nos-
tram.
Sed contra est, quod dicitur Exod,, XXIII :
« Ecce ego mittam angelum meum qui procé-
dât te. »
(CoNCLutio. — Gùm angeli ex divino imperio
operentur circa creaturam corporalem^ rectè in
ministerium mitti dicuntur.)
Respondeo dicendum, qu5d ex suprà dictis
(qn. 108, art. 6), manifestum esse potcst, qu6d
aliqui angeli in ministerium mittuntur à Dec.
Ut enim suprà dictum est (qu. 43, art. 1),
cùm de missione divinarum personarum agere-
tur, Ole mitti dicitur, qui aliquo modo ab ali-
quo procedit utincipiat esse ubi prias non erat,
vel ubi prias erat per alium modum. Filins
enim aut Spiritus sanctus mitti dicitur, nt à
Pâtre procedens per originem , et incipit esse
novo modo, id est per gratiam vel naturam as-
sumptam, ubi priùs erat per deitatis prssentiam.
Dei enim proprium est ubique esse, quia c&m
sit universale agens, ejus virtus attingit omnia
entia : unde est in omnibus rébus, ut suprà
dictum est (qu. 8, art. 1 ). Virtus autem angeli
cùm sit particulare agens, non attingit totom
DB LA MISSION DBS A56BS. 85
runiTers, et ainsi elle atteint un être et non pas nn antre; de sorte qu'il
est ici et n'est pas aillears. Or il est évident^ par ce que nous avons dit
plus haut^ que la créature corporelle est administrée par les anges. D'où
il suit que^ lorsque quelque chose doit être fait par un ange concernant
une créature corporelle^ la vertu de Fange est appliquée à ce corps d'une
nouvelle manière : en sorte qu'il commence à être là d'une manière non-
veUe aussi. Et comme tout cela provient des ordres divins, il suit, d'après
ce que nous venons de dire, que l'ange est envoyé par Dieu. Mais l'ac-
tion qu'exerce l'ange envoyé procède de Dieu comme de son premier
principe, par la volonté et l'autorité duquel les anges agissent; et il
retourne à Dieu comme à sa dernière fin. Et c'est là ce qui constitue le
ministère; car le ministre est, pour ainsi dire, un instrument intelli-
gent. Or l'instrument est mû par un autre être et son action se rapporte
aussi à un autre. De là le nom de ministère donné aux actions des anges ;
et c'est pourquoi nous disons qu'ils sont envoyés pour accomplir un mi-
nistère (1).
Je réponds aux arguments : V Une opération peut être appelée intel-
lectuelle de deux manières : d'abord comme résidant dans l'intelligence
elle-même, par exemple, la contemplation. Et une telle opération n'a pas
de lieu déterminé. Saint Augustin va même jusqu'à dire , De Trin., IV,
20 : a Nous-mêmes, en tant que notre esprit goûte quelque chose d'éternelj
(1) La mission des anges oa leur ministère extérieur est une conséquence immédiate de ce
qui vient d*ètre dit touchant leur action sur les autres créatures. C*est également U une pré-
paration à ce qui va être dit de la sanreUlance qu*ils exercent sur les hommes. Que les anges
soient envoyés par Diea , <pi*ils aient souvent une mission à remplir au dehors , c*est ce que
leur nom même indique , pnisqae le mot ange veut dire envoyé ; c'est également ce que ne
nous permettent pas d'ignorer de namhirnT passages de TEcriture sainte. On sait combien il
est fréquemment question , dans le lene sacré , d'anges envoyés pour accomplir les ordres de
la Justice de Bien ou les vues de sa miséricorde. Que ces esprits, remplissant un ministère
extérieur, Jouissent tonjoars néanmoins de la vue intuitive de Dieu , c^est ce qu'on ne sauroit
révoquer en doute. Maintenant , quant à ridée que nous de\'ons nous faire de Tassistance des
esprits célestes auprès du trône de TEtemel , une élude attentive et réfléchie de Texposilion
de saint Thomas est le moyen le plus sûr, à notre avis , d'éviter toute idée fausse ou restreinte
touchant la création spirituelle et ses rapports avec le Créateur.
aniversam ; sed âc attiogit onum , quod non
attingit aliud. Et ideo ita est hic qaèd noa alibi.
Manifestum est aotem per saprà dicta (qa. 110,
ait. 1 ) , quôd creatora corporalis per angelos
administratur. Cùm igitor aliquid est fiendum
per aliqaem aogelam circa aliqnam creaturam
corpoream, de novo applicatnr angelos illi cor-
pori sua virtnte. Et sic angela^de novo incipii
ibi esse. Et hoc totam procedit ex imperio di-
vine Uode sequitar secundùmpramissa, qaôd
angélus à Deo mittatur. Sed actio quam angelos
missus exercet, procedit à Deo, sicut à primo
principio, cujos nuta et aoctoritate angeli op&-
rantur; et in Deom redacitur sicut in ultimom
finem. Et hoc facitratione ministerii; nam mi-
nister est sicut instramentam inteUigcos (1) ;
instramentam autem ah alio movetur, et ejus
actio ad aliud ordiuator : unde actiones ange*
lorum ministeria vocantur. Et piopter boc
dicuntur in ministeriom milti.
Àd primum ergo dicendum, quôd aliqoa ope;
ratio dapliciter dicitar inteliectaalis. Uno modo
quasi ia ipso intellecta consistens, ut contem*
platio; et talis operatio non déterminât sibt
locum; imo ut Augustinus dicit, IV. De Trin*
( cap. 20 }, a etiam nos secondùm qu5d aliquid
(1) Ànimalum appellat Philosophus {t^^f^w)^ lib. !• PoliLs cap. 4.
80 PARTIE I, QUESTION GXn^ ARTICLE !•
nom ne sommes pas en ce monde. » En second liea^ une action est
appelée intellectuelle, parce qu'elle est réglée et commandée par une in-
teUigence. Et il est clair, dans ce sens , que les opérations intellectuelles
ont un lieu déterminé.
2* Le ciel empyrée appartient à la dignité des anges, selon une certaine
couYenance; parce qu'il convient que le plus noble des corps soit attribué
à la nature qui surpasse tous les corps. L'ange ne reçoit pas cependant
quelque dignité du ciel empyrée : par suite, lorsqu'il n'est pas réellement
dans le ciel empyrée, sa dignité n'en est point altérée ; il en est de lui
comme du roi, lorsqu'il ne s'assied pas sur son trône royal, lequel cepen-
dant convient à sa dignité.
3<* L'occupation extérieure nuit en nous à la pureté de la contemplation :
car c'est par les forces sensitives que nous nous appliquons à la vie active ;
et quand l'action de ces forces est appliquée à un objet, l'action de la
puissance intellective s'en trouve ralentie. Mais l'ange règle, par la seule
opération intellectuelle, ses actions extérieures. Par suite , ôes actions ne
nuisent en rien i sa contemplation, parce que deux actions dont l'une est
la règle et la raison de l'autre, loin de se faire obstacle, s'aident mutuel-
lement. De là saint Grégoire dit , Moral., II , â : a Les anges ne sont pas
tellement occupés aux choses ext^eures, qu'ils soient privés des joies de
la contemplation intérieure. i>
4' Les angfs, dans leurs actions extérieures, servent Dieu avant tout,
et puis les hommes ; non que les hommes leur soient supérieurs, i pro-
prement parler, mais parce que chaque homme et chaque ange devenant
un seul esprit avec Dieu par son union avec lui, est, sous ce rapport, su-
périeur à toute créature. De là l'Apôtre dit, Philip,, U, 3: « Ëstimez-vous
réciproquement supérieurs les uns aux autres. »
sternum mente sapimos, non in hoc mundo
sumus. » Alio modo dkitur aliqua actîo intel-
lectualisa qoia est ab alîquo intellectn regulata
et imperata. Et sic manifestnm est qu6d opéra-
tioitefl inteSlectiiales interdum déterminant sibi
loca.
Ad secandnm dicendum, qaôd ccelnm empy-
reum pertinet ad dignitatem angeli, secundùm
congmentiam quamdam ; quia congnram est ut
BupEemnm coi^orom nators qus est supra
omnia corpora, attribuatur. Non tamen angélus
aliquid dignitatis accipit à cœlo empyreo. Et
ideo quando actn non est in cœlo empyreo ,
nihil ejuB dignitati subtrahitnr, sicut nec régi ,
quando non actu sedet in regali solio, quod
congmit ejus dignitati.
Ad tertium dicendum, quôd in nobis exterior
occupatio puritatem contemplalionis impedit;
qma actioni insistimos secundùm sensitivas
vires, quarum actione, cùm intenduntur, retar-
dantur actiones intellectivae virtutis. Sed angeluB
per solam intellectualem operationem régulât
suas actiones eiteriores. Unde actiones exterio-
res in nntto impedrunt ejus contemplationem ;
quia duarum actionnm^ quamm una est regnla
et ratio alterius, una non impedit, sed juvat
aliam. Unde Gregorius dicit in U. Moralium
( cap. 3 vel a), qu5d « angeli non sic foras
exeunt, ut interme contemplalionis gaudiia pri-
veutur. »
Ad quartum dicendum, quôd angeli in suis
actionibus exterioribus ministrant principaliter
Deo, et secundarib nobis; non quia nos sumus
Buperioreseis, simpUciterloquendo, sed quia
quilibet homo vel angélus, in quantum adb£-
rendo Deo fit unns spiritus cum Deo, est supe*
rior omni creaturs. Unde Àpostolus ad Philip»,
U, dicit : « Superiores sibi invicem arbitrantes. »
im LA vissioR nss anges. 87
ABTICLE n.
Tous les anges sont-ils envoyés pour remplir un ministère?
n flemUe que tous les anges sont envoyés pour remplir un ministère.
i^L'Apftlre dit^ Hebr., I^ Ifc : a Tons les esprits sont les ministres de Dien
et doivent accomplir nne mission. »
9» Parmi les ordres , le pins élevé est celui des Séraphins , comme on
Ta dit précédemment. Or nn Séraphin fat envové ponr purifier les lèvres
du Prophète, oonmie le dit /sole, YL Donc, à plus forte raison^ les anges
inférieurs S(mt»ils envoyés?
d*" Lespeisonnes divines sont infiniment au-dessus des ordres des anges.
Or elles sont envoyées. A plus forte raison, les anges, quelque élevés en
dignité qu'ils soient, seroni-ils envoyés?
4* Si les anges supérieurs ne sont pas envoyés pour remplir un minis-
tère extérîeuT , c'est sans doute parce que les anges supérieurs exécutent
les ministères divins par le moyen des anges inférieurs. Mais tous les
anges étant inégaux, ainsi que nous l'avons dit, chaque ange en a un qui
lui est inférieur, excepté le dernier qui n'en a pas. Donc celui-ci seul seroit
envoyé pour rmiplir un ministère. Ce qui va contre ce passage. Dan., VU,
10 : « Une multitude innombrable étoit occupée à le servir. »
Mais, au contraire, saint Grégoire dit, selon }a pensée de saint Denis :
« Les iMitaillons supérieurs ne sont pas occupés à un ministère extérieur, b
(CiHSGLUsiON. — Les anges inférieurs sont seuls envoyés en vertu de la
loi générale ; les supérieurs ne le sont que par une volonté particulière
de Dieu (1).)
Ce qui a été dit plus haut établit suffisamment que c'est un ordre voulu
par la Providence, que dans les anges comme dans tout l'univers, les in-
(t) Gofielasioii absurde, comme tant d*amres ; qu*on la rapproche du corps de Varticle.
ARTICULUS U.
Oirèm mmuê angeli in ministerium
TnittarUm:
Ad Beamdam sic proceditur. Videtar qu&d
omnes aDgeli in ministfirium miltantor. Dicit
enim Apostolus ad Hebr., I : <x Omnes sont
admiiiistratoiii spiritas ad ministerium missL »
S. Pneterea, inter ordines snpremus est ordo
Scrapbim, ni ex auprà dictis patet (qu. 108,
art. 6). Sed Seraphim est missus ad purgandum
labia Prophets , ut habetur Isai, , VI. Ergo
multô aagis inferiores angeli mittuntur.
3. Prcterea, divins persone ia inQnitum
excédant omnes ordines angelomm. Sed divins
personsB mittuntur. Ergo multd magis quicua-
que supremi angeli.
km PisBterea, si superiores angeli non mit-
tuntur ad exterius ministerium, hoc non est,
nisi quia superiores angeli exequuniur divina
ministeria per inferiores. Sed pùm omnes angeli
sint insqoales, ut suprà dictum est ( qu. 108,
art. 3)^ quilibet angélus habet inferiorem an-
gelum prster ultimum. Ergo solus ultimus an-
gélus mitteretur in ministerium. Quod est con-
tra id quod dicitnr Dan., VU : a Millia miUiom
ministrabant ei. »
Sed contra est, quod Gregorins dicit, refieiens
sententiam Dionysii : a Superiora agmina usun
exterioris ministerii nequaquam habent. »
(CoNCLUsio. — Angeli inferiores tantùm mii^
tuntur de lege communi, superiores verà ex di-
vina dispensatione.)
Respondeo dicendum, qu5d sicut ex suprà
dictis patet (qu. 110 , art. 1 ) , b(jc babet ordo
divins providcutis» non solùm in angelis, sed
88 PARTIE I, OTTESTION OXII, ARTICLE 2.
férieurs soient gouvernés par les supérieurs. Mais quelquefois cet ordre
n'a pas lieu dans les choses corporelles^ et cela par une volonté particulière
de Dieu et à cause d'un ordre plus élevé , c'est-à-dire parce que cela con-
vient mieux à la manifestation de la grâce. Car la gaérison de Taveugle-
né^ la résurrection de Lazare^ ont été inmiédiatement faites par Dieu^ sans
aucune action des corps célestes. Mais les anges bons et mauvais peuvent
agir sur les corps , en dehors de l'action des corps célestes ^ en réduisant
les nuées en pluie^ et faisant autres choses semblables. Et l'on ne doit pas
non plus douter que Dieu ne puisse révéler certaines choses aux hommes
sans l'intermédiaire des anges^ et que les anges supérieurs ne le puissent
sans l'intermédiaire des inférieurs. Et c'est pour cela que plusieurs ont
pensé que les anges supérieurs ne sont pas envoyés en vertu de la loi
commune^ mais les inférieurs seulement ; et que les supérieurs sont quel-
quefois envoyés en vertu d'une disposition particulière de Dieu. Mais cela
ne paroit pas admissible , parce que l'ordre angélique ne doit pas être
considéré selon les dons gratuits. L'ordre de la grâce n'a pas d'ordre supé-
rieur en faveur duquel il ne doive pas être observé ; comme il arrive à
l'ordre de la nature^ à cause de l'ordre de la grâce. Il faut considérer aussi
que Tordre de la nature est négligé dans l'opération des miracles^ en faveur
de la confirmation de la foi^ à laquelle il ne serviroit de rien que l'ordre
angélique ne fût pas observé; parce que c'est là une chose qui nous
demeureroit inconnue. De plus , parmi les ministères divins , il n'en est
aucun de si grand , qu'il ne puisse être exercé par les ordres inférieurs.
Voilà pourquoi saint Grégoire dit, Homil. XLIV : « Ceux qui annoncent
les plus grandes choses sont appelés Archanges. » Aussi l'archange
Gabriel fnt-il envoyé à Marie : ministère qui fut un des plus grands
parmi ceux dont les anges ont été chargés , ainsi que le remarque le
même saint. Il faut donc dire simplement avec saint Denis, que les
etiam in toto nniverso, qnôd inferiora per sn-
periora administrantur. Sed ab hoc ordine in
rébus corporalibns aliquando, ex divina dispen-
satione, receditur propter altiorem ordinem ,
secundùm scilicet quod expedit ad gratiae maui-
festationem. Qaôd enim caecus natus fait illa-
minatus^ qu5d Lazanis fuit suscitatus, immé-
diate à Deo foctum est absque aliqua actions
cœlestium corporum. Sed et angeli boni et mali
possunt aliquid in istis corporibuB operari prae-
teractionem cœlestium corporum, condensando
nnbea in pluvias, et aliqua hujusmodi fadendo.
Neqne alicui débet esse dubium quin Deus im-
médiate hominibus aliqua revelare possit non
mediantibus angelis, et superiores angeli non
mediantibus inferioribns. Et secundùm banc
considerationem quidam dixerunt qu&d secun-
dùm communem legem superiores non mittun-
tor, sed inferiores tantilim; sed ex aliqua dis-
pensatione divina interdûm etiam superiores
mittuntur. Sed hoc non videtur rationabile,
quia ordo angelicus non attenditur secundùm
dona gratiarum. Ordo autem gratis non habet
aiium superiorem ordinem propter qncni pneter-
mitti debeat; sicut prxtermittitur ordo natars^
propter ordinem gratis. Considcrandum est
etiam, qu5d ordo natunB in opcralione miracu-
lorum prstermiitltur, propter (ideî confinnatio-
nem; ad quam nibil valeret, si pistcrmittcre-
tur ordo angelicus, quia hoc à nobis percipi
non posset. Nihil etiam est ita magnum in mi-
nisteriis divinis , quod per inferiores ordines
exerceri non possit. Unde Gregorius (Homil.
XLIV in Evang,), dicit, quôd «qui summa
annuntiant, Ârchangcli vocantur. Hinc est quod
ad Virginem Mariam Gabriel arcbangelus mitli-
tur; » quod tamen fuit sumaïuu inter omnia
, divina ministeria, ut ibidem subditur. Et ideo
DE LA MISSION DSS ANGES. 89
aDges snpéiieurs ne sont jamais envoyés pour remplir un ministère
extérieur.
Je réponds aux ai^^uments : 1® De même que dans les missions des per-
jonnes divines il y en a une visible que manifeste la créature corporelle,
et une invisible qui a un effet tout spirituel ; ainsi^ dans les missions des
anges^ les unes sont dites extérieures^ elles ont pour objet de remplir quel-
que ministère à l'égard des êtres corporels; et tous ne sont pas envoyés
de cette manière. Les autres sont intérieures et ont des effets intellectuels ;
elle consistent en ce que un ange illumine Vautre ; et de cette façon tous
les anges sont envoyés. Ou bien on peut croire que TApôtre dit cela pour
prouver que Jésus - Christ est plus grand que les anges par lesquels la loi
fut donnée y afin de montrer ainsi Texcellenoe de la loi nouvelle sur Tan-
ciemie. Et alors il ne faut entendre cela que des anges par le ministère
desquels la loi fut donnée.
^ D'après saint Denis^ cet ange qui fut envoyé pour purifier les lèvres
du Prophète, étoit un des anges inférieurs ; mais il fut appelé Séraphin,
c'est-à-dire brûlant , par figure , parce qu'il étoit venu brûler les lèvres
du Prophète. On peut dire encore que les anges supérieurs communiquent
les dons particuliers d'où ils tirent leurs noms ^ par l'intermédiaire des
anges inférieurs. Ainsi il est dit qu'un des Séraphins purifia, par le feu,
les lèvres du Prophète ; non pas qu'il l'ait fait immédiatement, mais parce
qu'un ange inférieur l'a fait par sa vertu. Ainsi, le Pape est dit absoudre
quelqu'un, lors même qu'un autre accorde en son nom l'absolution.
3" Les personnes divines ne sont pas envoyées pour quelque ministère ;
c'est par analogie qu'on dit qu'elles sont envoyées, comme il résulte de ce
qui a été dit ailleurs.
4* Il y a plusieurs degrés dans les ministères divins. Ainsi rien n'em-
âmpticiter dicendnm est cum Dionysio , qa5d
Aiperiores aogeli iranquam ad exterios miais-
teriom mittimUtr.
Ad piimom ergo dicendum, quôd sicut in
iDusionitms dWinarom personarom aligna est
Tisibilis , ijas attenditur secnndùm creaturam
drpoream, aligna invisibilis, qu» fit secnndùm
spifibialem effecfcnm; ita in missionibus ange-
lonuD aliq[iu dicitnr exterior, qus sdlicet est
ad àkiqaod ninisterinm circa oorporalia exhi-
befldam ; et secnndùm banc missionem non
mnnes mitUmtnr. Âlia est interior, secnndùm
inteUeduales effectns, pront scilicet nnns an-
geins îilnminat alium; et sic omnes angeli
mittuntor. Vel aliter dicendum qnôd Apostolus
îDdncit ilhid ad probandnm qn6d Christns sit
major angelis , per quos data est lex , nt sic
ostendai excettentiam nor» legis ad veterem.
Uade non opoitet qnùd inteUigatnr niai de an-
g«tis ministem, per qnos data est lez.
Âd secnndùm dicendum^ secundùm Diony-
sinm^ qnôd ille angélus qui missns est ad pur-
gandum labia Propbets , fuit de inferioribus
angelis; sed dictusest Seraphim, id est, tn-
cendens, xquivocè , propter boc qnôd Tenerat
ad incendendum labia Propbetœ. Vel dicendum
quôd superiores angeli communicant propria
doQa, à quibns denominantur, mediantibus in-
ferioribns angelis. Sic igitnr unus de Seraphim
dictns est pnrgasse incendio labia Propbet» ,
non quia hoc ipse immédiate fecerit^ sed quia
inferior angélus virtute ejus hoc fecerit. Sicut
Papa dicitur absolvere allquem, etiamsi per
alium ofUcinm absolutionis impendat.
Ad tertium dicendum, qu6d divin» perso -
nœ non mittnntnr in ministerium^ sed squi-
vocè mitti dicnntnr, nt ex prœdictis patet
(qu. 4S).
Àd quartum dicendum, qu6d in divinis mi-
uisteriis est multiplex gradus » unde nihil pin-
90
PARTIE T^ QUESTION Gm, ARTICLE 3.
pèche que des anges inégaux soient immédiatement envoyés pour certains
ministères ; de telle sorte pourtant que les anges supérieurs soient envoyés
pour des ministères supérieurs^ et les inférieurs pour des ministères
inférieurs.
ARTICLE m.
Les anges qui sont envoyés assistent-ils ?
Il parolt que les anges qui sont envoyés assistent. 1® Saint Grégoire dit,
■Homil. XXXIV : a Les anges sont donc envoyés et assistent; car si l'esprit
angélique a des limites, Tesprit suprême, qui est Dieu, n'en a pas. »
20 L'ange de Tobie fut envoyé pour remplir un ministère. Et cependant
il dit lui-même, Tob., XII , 15 : a Je suis l'ange Raphaël, l'un des sept
qui nous tenons devant Dieu, o Dmc les anges qui sont envoyés assistent
aussi devant Dieu.
3f^ Tout ange hem est plus rapproché de Dieu que Satan. Or Satan
assiste devaiit Dieu, selon cette parole, Job, I, 6 : a Quand les fils de Dieu
assistoient devant le Seigneur, Satan se trouva parmi eux. »:Donc, à plus
forte raison, les anges qui sont envoyés pour remfddr un ministère,
assistent-ils aussi.
4* Si les anges inférieurs n'assistent pas, c'est parce qu'ils reçoivent par
les anges supérieurs, et non d'une manière immédiate, les illuminations
divines. Mais tout ange reçoit par l'ange supérieur les illuminations
divines, exoepté celui qui est le plus élevé de tous. Donc celui-là seul
assisteroit. Or cela est contraire à cette parole. Dan., VU, 10 : a Mille
millions d'anges l'assistoient. » Donc les anges envoyés pour un ministère
assistent aussi.
Mais le contraire est exprimé par saint Grégoire, MoràL, XVII; sur ces
paroles de Job, V : a Ses soldats ne sont-ils pas innombrables? » ce Père dit :
hibet etiam imequales angelos immédiate ad
ministeria mitti; ita tamen qa6d superiores
miltantur ad alUora minisleria, inferiores verè
ad inferiora. ,
ARTICULUS III.
Utrùm angeli qui mittuntur, assittanL
■ Ad tertium sic proceditor. Videinr qaôd etiam
angeli qui niittantur, assistani. Dicit enim Gre-
gorius iu Homil. (XXXIV, ut suprà) : a Mit-
tuntur igitur angeli et assistunt, quia etai cir^
cumscriptus est angellcus Spirilus, summos
tameo Spiiitus, qulDeusest, circumscriptus
non est. »
2. Pneterea, angélus Tobi» ia mintsterinm
missus fuit. Sed tamen ipse dicit : « Ego snm
Raphaël angelas, unus ex septem qui aalamus
ante Deum, » ut habetur Tob., XU. Ergo an-
geli qui mittuntur, assiatunt.
8. Pneterea, qnilibet angélus beatus piopin-
quior est Deo quàm Satan. Sed Satan aasistit
Deo, fiecuudùm quod dicitiv Job, I : « Chm
assistereot filii Dei coram Domino, adfuit intsr
eos et Satan. » Ergo multo magis angeli qui
mittuntur in ministerium, assistunt.
4. Prsteroay si inferiores angeli non assistant,
hoc non est nisi quia, non immédiate, sed per
superiores angelos divisas illominationes reoi-
piunt. Sed quilibet angélus per superioiua di-
vinas illuminationes suscipit, excepto eo ipii
est inter omnes supremus. Ergo solus supranu
aogelus assisteret. 4}uod est contra iUud qnod
habetur Daiu, VU : « Decies millies cenlaiia
millia assistebant ei. » Ergo etiam illi qui nû-
nistrant, assistunt.
Sed contra est, qnod 6regorins didty fib.
XVU. Moral., super iUud /o6» V : cNoinqnid
est nuoieras militum ejusT » didfc : «
SS £▲ MBSIOIV DBS IKftlS. 91
< Devant Dieu assisteiit les pcnssances qui ne sont pas envoyées pour
annoncer quelque chose aux honmies* o Donc les anges envoya pour un
ministère n'assistent pas.
(Ck>NcLiTsioN. — Les anges envoyés pour un ministàre assistent ^ il est
vrai^ dans ce sens qn^ils voient Tessence de Dieu ; mais les anges les plus
élevés assistent seids par Tintuition des mystères cachés en lui.)
Nous voyons dans les Ecritures, des anges qui assistent devant Dieu, et
des anges qui remplissent un ministère, conformément i ce que Fon voit
dans la cour des rois, où les uns se tiennent constamment en présence dft
leur majesté et reçoivent immédiatement lems ordres ; tandis que les
autres revivent rexpresskm ûe la volonté royale par l'entremise des
premiers, conmieceux, ps: exemple, qui sont préposés au gouvernement
des provinces : ceux-là remplissent un ministère , et par là même sont
appelés ministres, mais non assistants. U faut d'abord remarquer que tous
les anges voient immédiatement Tessence divine; et, sous ce rapport, tous
sans exception, ceux-là même qui remplissent un ministère , sont égale-
ment assistants. C'est ce qui fait dire à saint Grégoire, Moral.y II : a Les
anges mêmes qui sont employés dans un ministère extérieur pour notre
salut, peuvent toujours assister ou contempler la face du Père céleste. »
Mais tous les anges n'ont pas la faculté de puiser la connoissance des
mystères dans la clarté même de l'essence de Dieu ; seuls les anges supé-
rieurs ont cette prérogative, et c'est par eux que les inférieurs apprennent
ces mystères. Et, sous ce rapport, les anges qui composent les premières
hiérarchies sont les seuls appelés assistants; car leur ofBice propre,
selon la pensée de saint Denis, est d'être immédiatement illuminés de
Dieu.
De la résulte clairement la réponse à la première et à la seconde objec-
tion, lesquelles ne portent que sur le premier mode d'assistance.
jfi» potesUttes, qa» ad quacdam hoaumbiis non- nés angeli divinamesseniiam immédiate aident :
tianda non exeant. » Ergo ilii qui in miniale- «t quantam ad hoc omnes^ etiam qui miaistraDt,
nom mittontiBr, non assistant. { assisten dicantur. Unâe Gregorios dicit in U.
( CoHCLDBio.' — Omnes angeli miniatrantes i Moral,, iiM « seaaper assistere autviJere !a-
aflBstiint, diTiaam essentiam videndo, sed eoU 1 ciem Patris possunt, qui ad ministeriuin exfce-
■iramassistont, dlirioa percipiendo mysteria^ | rins mittuntar pro nostra salute. x> Sed non
qmeinipso sant.) I omnes angeli sécréta divinorum mysteriorom
Bespondeo dicendnm, qoM angeU introdu- ' in ipsa claritate divin» essenli» percipere poa-
ODter assistentes ti administrantes (i), ad sant; sedsoli saperiores, per quos inferioubos
sîfflilitQdiiiem eorum qui alicoi régi fiunulantur^ denuntiantur. Et secundùm hoc soll superiores,
qoonm aliqoi semper ei assistuot, et ejus pcae- qui sunt prims hiérarchie, assistere dlcuntur,
ceptaiBOwdiatëattdiuttt; alii verè sont ad quos eu jus proprium dicit esse Dionjsius i De cod.
prscepta regalia per assistentes nnntiantor,
aient ilii qui administrationi civitaUun prxû-
dnntor; et hi dicuntor ministrantes, sed non
assistentes. Gonsideniidnm est ergo qood om-
hierarch,,c»i^, 7 ), immédiate à Deo iliuminaii.
Et per hoc patet solutio ad primum et s^
cundum , qu8& procédant de primo modo assia-
tendi.
(1) loxU disUnctionem «cap. TH. Daniet.. vers. 10, inotnatamy ubi dicilur quôd Antiqaa
dieniin |^r quem signîflcatar Beus, milliamiUium ministraàanê^ et deeies milites esmismm
miUia si assislebant.
92 PARTIE I, QUESTION CXII^ ARTICLE 4.
S"" Satan n'est pas dit avoir assisté 5 mais bien s'être rencontré parmi
les assistants ; et cela parce que, selon l'expression de saint Grégoire dans
Fouvrage déjà cité, a quoique cet esprit ait perdu la béatitude, il n'a pas
néanmoins perdu sa nature d'ange. »
&*" Tous les esprits assistants voient immédiatement certaines choses
dans la pure essence de Dieu; aussi le propre de toute la première
hiérarchie est-il de recevoir rillumination immédiate. Mais les esprits
supérieurs de cette même hiérarchie découvrent plus de choses que 1^
autres, et possèdent en cela le privilège de les illuminer : c'est ainsi que
parmi ceux qui assistent au conseil du roi, il en est qui sont plus avancés
dans sa confiance et plus initiés dans ses secrets.
ARTiaE IV.
Tous les anges de la seconde hiérarchie sont'ils entxjyés?
Il paroit que tous les anges de la seconde hiérarchie sont envoyés.
V a Tous les anges sont assistants ou envoyés, r> selon ce qui est dit dans
le Prophète, Dan., VIL Or, les anges de la seconde hiérarchie n'assistent
pas, puisqu'ils sont illuminés par les anges de la première hiérarchie,
comme le dit l'Aréopagite, De cod. Hier,, VIII. Donc tous les anges de la
seconde hiérarchie sont envoyés pour accomplir un ministère.
2' D'après saint Grégoire, « le nombre des anges envoyés est supérieur
i celui des assistants. i> Or, cela n'auroit pas lieu si les anges de îa
seconde hiérarchie n'étoient pas envoyés. Donc ils sont envoyés.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après cette parole de saint Pénis :
a Les Dominations sont placées au - dessus de toute sujétion. » Or, il y a
de la sujétion à être envoyé pour remplir un ministère. Donc les Domina-
tions ne sont pas envoyées.
Âd teriium^ Satan non dicitur astitisse, sed
inter assistentes affuisse describitur; quia^ ut
Gregorias dicit, IL Moral, (utsuprà), «etn
beatitudinem perdidit, natnram tamen angelis
âinilem non amisit. o
Àd quartum dicendum, qnôd omnes assis-
tentes aliqua immédiate vident in claritate di-
vins essentis : et ideo totias prims hiérarchise
proprium esse dicitur immédiate illuminari à
Deo. Sed superiores eorum plura perdpiunt
q^uàm inferiores , de quibus illuminant aiios ;
sicut etiam inter eos qui asslstunt régi, plura
toit de secretis régis unus quàm alius.
ARTICULUS IV.
Viriun angeli tecundœ hierarchia omnes
mitlantur.
Ad quartum sic proceditur. Videtur qu&d an-
geli sacunds hierarchi» omnes miitantur. An-
geli enim omnes vel assistunt vel ministrant,
secundùm quod habetur Dan,, VII. Sed angeli
secund» hierarchi» non assistunt; iiluminantur
enim per angelos prims hiérarchise , sicut dicit
Dionysius, VIU. cap. Ccelest. hierarch. Omnes
ergo angeli secund» hierarchiae in ministerinm
mittuntur.
S. Praeterea, Gregorius dicit, XVII. Moral.
(ut suprà), qu&d « plures sunt qui ministrant,
qukm qui assistunt.» Sed hoc non csset, si
angeli secundae hiérarchise in ministerium non
mitterentur. Ergo omnes angeli secunda hié-
rarchise in ministerium mittuntur.
Sed contra est, quod Dionysius {DecœUsL
hierarch., cap. 8), dicit, quèd « Domina**
tiones sunt majores omni subjectione. » S&|
mitti in ministerium ad subjectionem pertinet.
Ergo Dominationes in ministerium non mitiuu*
tur*
DE tk inSSION DES ANGES. 93
( CoNGttJsioN. — Tous les anges de la seconde hiérarchie ne sont pas
envoyés ; et cela résulte même de lear nom.)
Selon ce que nous avons dit plus haut, 11 ne convient à Tange d'être
^voyé pour accomplir un ministère extérieur^ que parce qu'il est chargé
par un ordre divin d'une mission spéciale envers la création corporelle ;
ce qui fait évidemment de l'ange l'exécuteur de la volonté divine. Or, les
propriétés des anges nous sont manifestées par leurs noms, suivant la
remarque de saint Denis ; il n'y a donc d'envoyés pour accomplir un mi-
nistère extérieur, que les anges dont les noms indiquent l'accomplissement
ou l'exercice d'une mission quelconque. Mais dans le nom de Domina-
tions on ne sauroit voir l'exécution d'un ordre , il faut y voir , au con-
traire , la transmission d'un ordre donné ; tandis que dans les noms des
ordres inférieurs, il est aisé devoir cet accomplissement : ainsi les Anges
et les Archanges ont reçu leur nom du ministère qu'ils accomplissent :
messagers de Dieu, ils annoncent ses ordres ; les noms des Vertus et des
Puissances ont trait évidemment à des opérations extérieures ; il appar-
tient également au prince , conmie le remarque saint Grégoire , a d'être
le premier parmi ceux qui opèrent. » C'est donc aux cinq ordres ainsi
nommés qu'il appartient d'être envoyés pour accomplir un ministère,
mais non aux quatre ordres supérieuirs.
Je réponds aux arguments : i"" Si les Dominations sont rangées dans la
classe des anges qui peuvent être chargés d'un ministère , ce n'est pas
comme étant employées à l'œuvre même, mais bien comme disposant et
transmettant aux autres les ordres qu'ils doivent exécuter : ainsi les
architectes ne mettent pas la main à l'œuvre, ils disposent seulement les
choses et assignent le travail à chaque ouvrier.
2» Le nombre des anges qui assistent et de ceux qui sont envoyés peut
être considéré de deux manières. Saint Grégoire, d'une part, dit bien que
le nombre des anges envoyés est supérieur à celui des assistants ; car, par
( CoNCLUSio. — Non omnes angeU secnnd»
hierarchis in ministeriam mittantnr; quod ex
ordinom nominibns manifestnm est. )
ResponAeo dicendom, qn6d ncnt snprà dictnm
est ( art. 1 ), mitti ad eiterins ministeriam pro-
prié convenit angelo, secundùm qnôd ex divino
imperio operatur cirea aliqnam creataram cor-
poralem ; quod quidem pertinet ad execntionem
diTini mintsterii. Proprietates autem angeloram
ex eonim nominibns manifestantnr, ut Dionysins
dicit, VII. cap. Cadest, hierarch,; et ideo
angeli illorom ordinnm ad exterins ministerinm
mittontar, ex quorum nominibns atiqua execntio
dator iDtelHgi. In nomine antem Dominationum
non imponatur aliqua execotio^ sed sola dispo-
sttio et imperinm de exeqaendis; sed in nomi-
nibns inferioram oïdinum inteliigitur aliqua
ezecatio; nam Àngeli et Atxhangeli denomi-
nantur à denuntiando ; Virtutes et Potestates
dicnntur par respectum ad aliquem actum;
Prtncipts etiam est, ut Gregorius dicit (Ho-
milia XXXIV in Evang. ). a ioter alios opé-
rantes priorem existere» » Unde ad hos quinque
ordines pertinet in exterius ministerium mitti ,
non autem ad quatuor superiores.
Ad primum ergo dicendum , qu5d Dominatio-
nes computantur qnidem inter angelos minis-
trantes; nonsicut exeqnentes ministerium, sed
sicut disponentes et mandantes quid per alios
fieri debeat : sicut architectores in artificiifl
nibil manu operantur, sed solùm disponunt et
prsdpinnt quid aiii debeant operari.
Ad secundùm dicendam, qu6d de numcrc
assistcntium et ministrantium duplex ratio ha-
beri potest. Gregorius etiam dicit plures esse
ministrantes qakm assistentes ; intelligit enim
94 PARTIE I, QUESTION CIH, ABTKLE 4.
ces mots : « Mille milliers d'anges le aervoient, x> 11 n'entend pas le
nombre totale mais seulement line partie de ce nombre; dans sa pensée,
c'est comme si le Prophète avoit dit : « Mille anges pris dans nn grand
nomlire de milles ; » en sorte que le nombre des anges envoyés demeure
indéfini^ pour qu'on puisse mieux en comprendre la grandeur : tandis que
le nombre des anges assistants se trouve , dans Topinion du même docteur,
déterminé par cette expression : « Mille millions d'anges Tassistoient. »
Cette interprétation repose siur le sentiment des platoniciens, qui poé-
tendent que plus les choses se rapprochent d'un premier principe , plus
leur noixÂre diminue, comme les nombres diminuent en se rapprochant
de l'unité. Cette opinion est vraie quant au nombre des ordres angéUques,
puisqu'il en est six composés d'anges qui peuvent être envoyés , et trois
d'anges assistants. Mais, d'après saint Denis, le nombre des anges dépasse
tout nombre s'appliquant aux objets matériels ; et, de même que les
corps supérieurs surpassent en étendue les corps inférieurs d'une manière
en quelque sorte incommensurable , de même les natures immatérielles
dépassent en nombre tous les êtres corporels ; et cela, parce que Dieu aime
et multiplie ce qu'il y a de meilleur. Or, d'après cela, les anges assistants
étant, de leur nature, supérieurs aux anges envoyés, doivent également
être en plus grand nombre. D'où il suit que ces mots, mîlte mXlwtty ex-
priment un nombre déterminé; c'est comme si l'on disoit, un mWi(m.
Et comme dix fois cent font mille, si le Prophète disoit à la suite, dix fois
cent mille, il nous donneroit à entendre que le nombre des anges assis-
tants est égal à celui des anges envoyés ; mais comme il dit, dix fois mille
cent mille, ou mille millions, il s'ensuit que le nombre des anges assis-
tants est beaucoup plus grand que celui des anges envoyés. Il ne faudroit
pas cependant prendre ces nombres comme une expression rigoureuse de
la multitude des anges, puisqu'on réalité le nombre des anges est supérieur
à celui de tous les êtres corporels ; ce qui nous est exprimé dans cette
qnod dicitor : «Millia mlUiom ministrabant ei^»
nou esse dictum nmltiplicativè^ sed partitive;
ac si diceretur : millia de numéro millium,
et sic ministrantiiim numerus pouitor indeûni-
tiu ad significandam excessmn ; assistentimn
verô numerus finitus, cùm sabditur : « Et de-
des millies centena millia assistebant ei. » Et
hoc procedit secundùm rationem platomcoram,
qoi dicebant qu6d quanta atiqoa sont uni primo
principio propinquiora, tante snnt minoris mul-
titadiuis : sicui qaantô nnmeroB est propinquior
uaitati, tantô est moltitudine minor. Et h»c
opinio salvalur quantum ad nnmerum ordinnm,
dam sex ministrant, ei ires assistant. Sed Dio-
nysius ponit, XIV. cap. Codât, kierarck,,
qiièd multitudo angelorum transeendit omnem
materiaiem ffluititadiABOi; ntailicet sicot cor-
pora superiora tranecendint corpoca ioferion
magnitndine quasi in immensiim^ itasupenores
nature incorporée transcendnnt nmltUadine
omnes naturas corporeas ; quia q«od est meltus,
est magis k Deo intentum et msUiplicatam.
Et aecandOnn hoc, oiim aaaiatemes stnt eiipe-
riores ministrantibus, ploies erant assistenieft
qnàm ministrantes. Unde secnndùm hoc miilia
millium legitur mnltiplicatÎTè, ac si diceretv,
millies millia. fit quia deeies centum sunft
miUe, si diceretur deeiei centena millia » àt-
retur intelligi qu6d toi «ssent assislentes quel
ministrantes; sed quia dicitnr deeies milUeê
centena miUia, mulU» plnres dicnntnr assis»
tentes quàm nûmstrantes* Nec tamen h9c pi»
tanto dicitur, quiatantua solùaa fit aagelomm
nunenis; lod miiH6 nojor, qoia oaiaea ma^
DE LA 6ÀJU>E EXERCÉE Sim NOUS FAR LES BONS ANGES ^ ETC. 95
multiplication redoublée des plus grands nombres par oux-mèmes, des
dizaines, des centaines et des mille y ainsi que le remarque saint Denis»
QUESTION CXIII
De U ctiae «aDBie«e «mr vous vu iw te«i uigM , «i des attauvaos aixtcées
eomtn mous p«i les nkauYais.
Nous avons à nous occuper de la protection que nous accordent les bons
anges , et des attaques que les mauvais dirigent contre nous .
Sur le premier point y huit questions se présentent : i* Les hommes
sont-ils gardés par les anges? â^ Chaque homme a-t-il im ange en par*
ticolier pour gardien 1 3<> N'y a-t-U que les anges du dernier ordre qui soient
préposés à cette garde? kf^ Tout hommie peut -il avoir un ange gardien?
B*" Quand est-ce que l'ange commence à exercer sa garde sur Thomme?
&" Cette garde est- elle continuelle? 7* L'ange est-il affligé de la perte de
l'homme confié à sa garde? 8» Y a-t-il lutte entre les anges à raison de
cette garde?
ARTICLE L
Lu hommes sùnt-ils gardés par les anges ?
U paroit que les hommes ne sont pas gardés par les anges, l"" On donne
des gardiens à ceux qui ne savent ou ne peuvent pas se garder eux-
mêmes, tels que les exifants et les infirmes. Mais l'homme peut se garder
lui-même par son libre arbitre ^ et de plus il a les lumières sufSsantes
pour cela par la connoissance qu'il a de la loi naturelle. Donc l'homme
n'est pas gardé par l'ange.
riàlem mxilUtudinem excedit. Quod significator 1 supra seipsos, scilicet denarii, centenarii^ inil-
per mnlUpIicationem maximoram namerommlleiiaiii, ut Dionysius ibidem dicit.
QUJIBTIO cxin.
f)e euâtoditk bomorum tmfêhmm, et impugnaUome malonms ^n oeio ortievUoê divisa.
Deinde consideiandam est de costodia bono-
nun angelorum et de impngoatione maloram.
Et citca priamm qoiBriintar octo : 1« Utrùm
liomines ab angelis castodiantnr. 9fi Utrùm sin-
golîB hominibna singuU angeli ad custodiam
deputenlor. 8» Utrùm custodia pertineatsolùm
ad nitiiimm oïdinem aogeloisai. 4* Utrùm omni
bomim coofeniat taabere angeLom castodem.
ft» Quando incipiat costodia circa hominem.
8* Utrùm angélus semper custodiat hominem.
?• Utrùm doleatdeperditiotte custoditi. 8** Utrùm
iater angelos sit pugsa ratione custodiae.
ARTICULUS I.
Utrûm homines cwtodianim ab
angeliê.
Ad primnm sic proceditur (1). Videtnr qu6d
homines non custodiantur ab angelis. Cnstodaa
enim deputantor atiquibos^ vel quia nesdimt,
^I quia nonpossnnt cusfcodire seipsos, sicnt
pueri et infirmi. Sed bomo potest cnstodir?
seipsum per liberam arbitrium , et scit per na
turalem cognitionem legis nâtoialis* ^Q 1m>ib<^
non costoditori
(1) De bit «tfam te n, ;8miI.« dial. 11 , qu. 1 , an. !•
96 PARTIS I, QUESTION GXIII^ ARTICLE 1.
2<» Là OÙ se trouve une garde plus forte il est inutile d'en admettre une
plus foible. Or^ les hommes sont gardés par Dieu, selon cette parole du
Roi-Prophète, Psolm, CXX, 4 : a n ne se laissera surprendre ni par
l'assoupissement ni par le sommeil, Celui qui garde Israël. » Donc il
n'est pas nécessaire que l'homme soit gardé par Tange.
3« La perte de celui qui est gardé accuse la négligence du gardien :
c'est pour cela qu'il est dit dans l'Ecriture, III. Beg., XX, 39 : « Garde
cet homme; s'il s'échappe, ta vie répondra pour sa vie. » Mais beaucoup
d'hommes périssent tous les jours en tombant dans le péché; et les anges
pourroient leur venir en aide , soit en se montrant à eux d'une manière
visible, soit en accomplissant des miracles, ou par tout autre moyen
analogue; il y auroit donc de la négligence chez les anges, si l'on sup-
pose que les hommes leur sont confiés. Mais cela est évidemment faux.
Donc les anges ne sont pas préposés à la garde des hommes.
Mais le contraire est ainsi formulé dans l'Ecriture, Psalm. XG, il :
a II a donné ordre à ses anges de vous garder dans toutes vos voies (1). »
(1) Uhomme estâestiné, dans Véconoroie du plan divin, i devenir le concitoyen des anges;
1* homme et range doivent Jouir dn même bonheur, habiter la même patrie , briller de la
même gloire. Mais cette gloire et ce bonheur doivent nécessairement être une récompense ;
ils le sont pour les anges , qui subirent leur épreuve lors de la révolte des démons. Cette
même récompense est promise à Thomme , et 1* homme snbit maintenant son épreuve dans les
travaux , les peines et les. dangers de la vie. Or, Dieu veut , par une sorte de concession mi-
séricordieuse , que Tun des citoyens du ciel , un des esprits purs confirmés dans la gloire ,
sans quitter oe bienheureux séjour, s^attache à Thomme , raccompagne , le défende et le son-
tienne dans ce rude labeur de la vie.
Doctrine admirable et touchante , que la théologie chrétienne présente seule dans toute sa
pureté et dans toute son intégrité. Hais cette doctrine , quant au fond , ne fut jamais ni nulle
part inconnuB sur la terre. Les hommes ont constamment senti le besoin et se sont invaria-
blement cru le droit d'avoir à cdté d'eux un bon et heureux génie, n'importe le nom qu'ils
lui donnent. Sur ce point , comme on le comprend sans peine , la superstition trouvoit
facilement accès auprès de la foiblesse humaine. La vérité révélée pouvoit seule nous mettre
à l'abri des aberrations qui ont dégradé , chez presque tous les peuples , lo culte des bons
anges.
2. Prsterea, ubi adest fortior cnstodia, infir-
Hiior superflaere videtur. Sed bomioes casto-
di^ntar à Deo , secundùm illud Psalm. CXX :
« Non dormitabit neque dormiet qui custodit
Israël. » Ergo non est necesëarium qu6d bomo
custodiatur ab aogelû.
8. Prsterea , perditio custodiii redondak in
negligentiam custodientis : nnde dicitur cuidam,
m. Reg., XX : « Custodi vimm istum; qui si
lapsus fnerit, eht anima tua pro anima ejus. »
Sed multi homines quotidie pereont in peccatum
cadentes; quibus angeli sabvenire possent, vel
visibiliter apparendo, vel miracala faciendo^
vel aliquo simili modo. Essent ergo négligentes
angeli, si eorum custodia^ bomines essent com-
missi ; quod patet esse falsum. Non igitar an-
geli sunt bominum custodes.
Sed contra est^ quod dicitur in Psalm, XC :
<t Angelis suis mandavit de te, ut custodiaut ta
in omnibus viis tuis (1). »
(1) De Ghristo dictnm subintelligit Augustinus, nec ad infinnitatem , sed ad honorifioentiaf
illius pertinere subjungit , ut et Gassiodorus ibi. Theodoretus autem ad universos in auxilio Dei
confidentes reierens, idem esse vult atque illud quod Psalm. XXXUI , vers. 7, prœroissum <^8t :
ImmiUet Ângelus Domini iu circuilu timentium e«f»« sive ut grocum «aps{i.êoO^ reddit
interpres. Sed quàm Bernardus eleganter, Serm. XI ac deinceps in Psalm. XG, iodefinito
sensu : ^nye/t« ( inquit ) suis mandavit de te^ ut euslodiant te in omnihusviis tuis. — In
quibus omnibus viis ? Quibus déclinas à malo, quibus à Ventura ira. Et multô inferiùs :
Apgelis êuis mandavit de te, ut euslodiant te in omnibus indigentiiê tisis, in omnibus tf^i-
])E LA GARDE EXERCÉS SUR NO0S PAR LES BONS ANGES ^ ETC. 97
(Conclusion. — Il est nécessaire que les anges gardent les hommes et
les dirigent dans toutes leurs œuvres ^ puisque les hommes sont sujets ù
tant d'erreurs.)
C'est un ordre constant de la divine Providence , et cet ordre se re«
marque de toutes parts ^ que les êtres mobiles et variables sont mus et
dirigés par les êtres invariables et immobiles : ainsi tous les corps par
les substances spirituelles^ et les corps inférieurs par les corps supérieurs,
lesquels sont invariables dans leur substance. Et nous-mêmes nous sommes
soumis à des règles fixes dans nos conclusions , puisque ces diverses con-
clusions dépendent de principes auxquels nous sommes invariablement
attachés. Or^ il est manifeste que dans la conduite de la vie^ les lumières
et les sentiments de l^omme peuvent varier beaucoup et s'éloigner par
là même du bien. Voilà pourquoi il a été nécessaire que les hommes
fussent confiés à la garde des anges^ et dirigés par ceux-ci vers le bien.
Je réponds aux arguments : 1" Par le libre arbitre ITiomme a, jusqu'à
un certain points le pouvoir d'éviter le mal; mais ce pouvoir n'est pas
sufSsant , par la raison que l'amour de l'homme pour le bien est son-
vent en défaut et subit l'influence des nombreuses passions de l'ame. U
en est de même de la connoissance que l'homme possède naturellement
des grands principes de la loi naturelle; cette connoissance dirige sans
doute l'homme vers le bien , mais non d'une manière suflisante ; quand
il s'agit^ en eSei, d'appliquer les principes universels aux circonstances
particulières, l'homme est sujet à beaucoup d'illusions et de défauts.
Ce qui fait dire au Sage, Sap., IX, li : a Les pensées des mortels sont
timides et leur prévoyance incertaine, s C'est pour cela que l'homme a
besoin d'être confié à la garde d'un ange.
2* Deux choses sont requises pour opérer le bien : d'abord le sentiment
(GoHCLDsio. — Necessariam est faomines ab
angelis cuBtodiri et in operibus dirigi, cùm
moltipliciter in ipsis errare illos contingat. )
Respondeo dicendum, qaôd secnndùm ratio-
nem divinae providentis, boc in rébus omnibas
invenitoTy qu6d mobilia et variabilia per im
mobilia et invariabilia moventur et regulantar .
Bcnt omnia corporalia per snbstantias spiritaâles
et immobiles, et corpora inferiora per superiora,
qns sont invariabilia secundùm sobstantiam.
Sed et nos ipsi regulamur circa conclusiones,
în qaibas possumus diversimodè opinari , per
principia qua invariabiliter tenemus. Manife»-
tam est autem qn6d in rébus agendis cognitio
et afiectus bominia multipUciter yariari et de-
ficere possnnt à bon9< Et ideo necessarium fuit
qn6d bominibus angeli ad cnstodiam depata-
rentar, per quos regularentur ad bonuro.
Ad primnm ergo dicendum, quôd per libemm
arbitrium potest bomo aliqualiter malum vitare,
sed non sufficienter; quia infirmatur circa af-
fectum boni, propter miJtipUces animas pas-
siones. Similiter etiam universalis cognitio na*
turalis legis, qu» bomioi natnralitcr adest,
aliqualiter dirigit bominem ad bonum, sed non
surUcienler; quia in applicando universalli
principia juris ad parlicularia contingit bominen
multipUciter deficere. Unde dicitur Sap., IX :
« Cogitationes mortalium timids , et incertx
providenti» nostras. » Et ideo necessaria fuit
bomini custodia angeli.
Ad secunduqLdicendum, qnèd ad bonnm ope-
deriii iuit. Et Serm. XU : Uira dignatio, et v«rè magna dileetio ckarikUit! Quii emm,
ffHhut^ de quOs quid mandavit? Studioiè eomideremue h9e tam grande tnandalum, ete.
Et paulô post : 5iiinma ergo majeeUu inandavit angelit^ et angelis suis mandavit» lUis
ntifue tublimibus, tam bMlis, tam froximè sibi cohœrentibnu et verè domestief'^ Vei man^
daet'l de te»
IV,
98 PARTIE I,' QUESTION CXIII, ARTICLE 2.
qui nous iucline au bien^ sentiment que fait naître en nous l'habitude
de la vertu morale; puis il faut que la raison trouve des moyens conve-
nables pour accomplir le bien de la vertu, ce que le Philosophe attribue
à la prudence. Sous le premier rapport , Dieu garde immédiatement
rhomme en lui inspirant la grâce et la vertu ; sous le second rapport.
Dieu garde encore l'homme , mais comme maître universel dont les en-
seignements sont transmis à l^omme par le ministère des anges, ainri
que nous l'avons dit plus haut.
30 De même que les hommes s'écartent de l'instinct naturel du bien
en se laissant entraîner par la concupiscence; de même ils repoussent
l'impulsion des bons anges, qui les illuminent intérieurement en vue de
leur faire opérer le bien. Si les hommes périssent, c'est donc à lenr
propre malice , et non à la négligence des anges qu'on doit l'imputer.
Si parfois les anges se montrent aux hommes d'une manière visible,
cela a lieu contre la loi commune et par une grâce spéciale de Dieu, de
la même manière que les miracles se produisent en dehors de l'ordre
naturel.
ARTICLE n.
Chaque homme a-t-il un ange particulier préposé à sa garde?
n paroit que chaque homme n'a pas un ange particulier préposé a sa
garde. 1° L'ange a plus de puissance que l'homme. Or, un homme suffit
pour en garder plusieurs autres. Donc, à bien plus forte raison un ange
peut-il garder plusieurs hommes.
2o Les choses inférieures sont ramenées à Dieu par les choses supé-
rieures, mais au moyen de celles qui occupent les points intermédiaires,
selon la pensée de saint Denis. Or, comme les anges ne sont pas égaux
entre eux, d'après ce que nous avons dit, il est im ange seul qui se
randum duo requinintur : primo quidem^ qu6â
affectas inclinetor ad bonum , quod quidem Ht
in nobis perhabitum virtutismoraiis; secundo
autem , quôd ratio inveniat congruas vias ad
perficiendom bonum Tirtutis; quod quidem
Philosophas {Ethic, VI, cap. 12, et Ethic,
X, cap. S), attribuit prudenti». Quantum ergo
ad primum, Deus immédiate custodit hominem
infùndendo el gratiam et virtutes. Quantum
autem ad secnndum, Deus custodit hominem,
sicnt universalis instmctor, eu jus instructio ad
hominem pervenit mediantibus augelis, ut suprk
habitum est ( qn. 111 , art. 1 ].
Âd terti^m dicendum, quôd sicut homines à
natorali instinctu boni discedant propter pas-
nonempeccati, ita etiam discedant ab instiga-
tione bonomm angeloram qam fit inyisibiliter,
per hoc quôd bomines illaminant ad bene agen-
dam. Unde qu6d homines pereant, non est
împutandum negligentis angelorum, sed mali-
tishominum. Quôd autem aliquando prêter le-
gem communem hominibus visibiliter apparent,
ex spécial! Dei gratia est; sicut etiam prster
ordinem nature miracula Âunt.
arucclus n.
Utriim tinguli homines à tinguUt angeUê
euêiodiantur.
Ad secundum sic proceditor. Videtor qoU
non sioguli homines à singulis angelis costo-
diantur. Angélus enim est virtuosior quàm homo.
Sed unus homo suflloit ad custoUiam moltoram
hominum. Ergo multô magis omis angeins
multos homines potest costodire.
2. Pneterea, inferiora redacontar in Demi
à BuperioribaB per média, at Dionysins didt
(lib. De eccles, hierarch,, cap. 3 ). Sed cùA
omnes angeli sint inequales, ut saprii dictumeil
BB LA GABIXB XZBBGÉS SUR NOUS PAB US BONS ANGES^ ETC. 99
trouve le plus rapproché de l'homme, sans qu'il soit possible d'admettre
entre eux une existence intermédiaire. Donc un ange seul est préposé à
la garde des hommes.
3* Les anges les plus élevés remplissent par là même les plus impor^
tants devoirs. Or, la garde d'un homme n'est pas un devoir plus impor-
tant que celle d'un autre, puisque tous les hommes sont égaux par leur
nature. Donc tous les anges étant inégaux, selon la doctrine de l'Âréo-
pagite, il ne seiaoble pas que les hommes puissent être gardés par divers
anges.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Sur ces paroles du Sauveur,
Matth., XVni : « Leurs anges dans les cieux » saint Jérôme s'ex-
prime ainsi : a La dignité des âmes est bien grande , puisque chacune
d'elles a, dès le premier moment de son existence, un ange chargé de
veiller à sa garde. »
( Conclusion. — Gomme la divine Providence veille d'une manière
particulière sur les êtres qui doivent durer toujours, et comme à la
garde des différents degrés de ces êtres sont préposés divers anges, il est
tout-à-fait conforme à la raison que chaque homme ait un ange pour le
garder, puisque l'homme est incorruptible dans sa forme. )
Cïhaque homme a un ange particulier préposé à sa garde. Et la raison
en est que la garde exercée par les anges ne fait que réaliser envers les
hommes les dispositions de la divine Providence; car la Providence agit
d'une manière différente envers les hommes et les créatures corrup-
tibles, à cause de la différence qui existe entre ces deux sortes d'êtres
par rapport à l'incorruptibilité elle-même. Les hommes, en effet, sont
incorruptibles, non -seulement quant à leur espèce en général, mais
encore quant à la forme propre de chaque individu, c'est-à-dire, quant à
l'ame raisonnable ; et c'est ce qu'on ne peut dire des choses sujettes à la
corruption. Or, il est manifeste que la divine Providence veille d'une
( qa. 108^ art. 3 ) , solus anus aogelos est inter
qaem et homines non est aliquis médius. Ergo
uiias angelos soins est qui immédiate costodit
homioes.
8. Prsterea, majores angeli majorilHis offl-
dis deputantor. Sed non est majos officiom
cnstodire unum hominem quàn aliam^ cùm
omnes homines natorà sint pares. Cùm ergo
ooiniam augelomm sit anus major aiio^ secim-
dùm Dionysiam ^ lib. i)e cœlest, lùeraixh, ,
cap. 5), videtur quèd di^ersi bomines non cas-
lodiantur à diveisis aogelis.
Sed contra est, quod Hieronymos exponens
illttd Matth., XVUI : « Aogeli eorom in cœ-
Us , etc., » dicit : « Magna est dignitas anima-
fom, ut «naqnsque babeat ab orta nativitatis,
in CQstodiam sui, angelum delegatnm. o
(Go»ausio.*Quia circa perpétua principa-
liter est Dei pro^identia, et diversis rerum ge-
neriboB que permanent, diversi angeli smit
prjefecti; ratioai c<M»entaDeQm est sing&tos
etiaun bomines , secondùm formam inccmpti-
biles, à singulis angelis cnstodtri.)
Respondeo dicendum, qood singnlis homi<
nibns singnli angeli ad castodiam deputantor.
Cigus ratio est, quia angelonim custodia est
quedam executio divine provideotis circa ho-
mines. Providentia autem Dei aliter se habet ad
homines et ad alias corraptibiles creatQia8> qnia
aliter se habent ad incorruptibilttatem. Homi-
nes emm non solùm sunt incorruptibiles quan-
tum ad oommunem spedem, sedetiam quantum
ad proprias formas singulorum, quie sunt anima
rationales; quod de aliis rébus corruptibilibus
dici non potest. Manifeslum est autem quôd pro-
videntia Dei principaliter est circa illa que
100 PARTIE l, QCBSTlOBf CXXn, ABTIGLE 2.
manière toute particulière sur les êtres destinés i durer toujours; son
action sur les choses qui passent a même pour objet de les ordonner par
rapport aux êtres immortels. La divine Providence agit donc à l'égard
de chaque homme en particulier, comme elle agit envers les genres ou
les espèces des choses corruptibles. Mais, selon saint Grégoire, les divers
ordres d'anges sont appliqués aux divers ordres d'êtres : ainsi les Puis-
sances ont pour objet de repousser les démons , et les Vertus d'opérer les
miracles dans les choses corporelles. Il est même probable qu'aux diverses
espèces renfermées dans chaque genre sont appliqués les divers anges qui
composent chaque ordre. D'où il suit rationnellement que chaque homme
doit avoir un ange préposé à sa garde.
Je réponds aux arguments : l*" Un gardien peut être donné à l'homme
de deux manières : d'abord il peut être donné à l'homme individuelle-
ment pris; et dans ce sens il faut que chaque honmie ait un gardien par-
ticulier; il peut même arriver qu'un seul homme en ait plusieurs; puis
en tant que l'homme fait partie d'une communauté, et de la sorte un
homme peut être préposé à la garde d'une communauté tout entière;
c'est à lui de remplir les devoirs qui lui incombent par rapport au bien
commun : il lui appartient, par exemple, de régler les actes extérieurs,
objet ordinaire d'édification ou de scandale. Mais la mission des anges
auprès des hommes regarde même les choses intérieures et invisibles,
les choses qui regardent le salut de chaque individu considéré en lui-
même. Voilà pourquoi il faut que chaque homme ait pour gardien un
ange en particulier.
2o Ainsi que nous l'avons dit dans la question précédente , tous les
anges de la première hiérarchie reçoivent immédiatement de Dieu
quelque illumination directe; mais il est des choses touchant lesquelles
perpetaô manent; circa verô ea que transeunt,
providentia Dei est, inquantam ordinal ipsa ad
res perpétuas. Sicigitur providentia Dei compa-
latur ad singulos homines, sicut comparatur ad
ûngula gênera vel species corroptibilium rerum.
Sed secundùm Gregorinm ( Homi]. XXXIV in
Evang,), divers! ordioes depntantur diversis
reram generibus : pntà Potestas ad arcendos
dcmones, Virtutes ad miracula facienda in
lebus corporeis. Et probabiie est qu6d diversis
speciebus rerum divers! angeli ejnsdem ordinis
prsficiantur. Unde etiam rationabile est, ut
diversis hominibus divers! angeli ad costodiam
depntentar.
Ad primnm ergo dicendum, qa5d alicui ho-
mini adbibetnr custos dupUciter. Uno modo in
quantum est homo singularis ; et sic uni homini
debetur unus custos; et interdom pluies depo-
tantur ad custodiam unius. AUo modo inquantam
est pars alicujus coUegii ; et sic toti ooUegio unus
homo ad custodiam praeponilur, adquem pertinet
providere ea qus pertinent ad unum bominem,
in ordine ad totum coUegium : sicut sunt ea
que exteriùs aguntur, de quibus alii aedificantur
vel scandalizantur. Angelornm autem custodia
deputatur bominibus etiam quantum ad invisi-
bilia et occulta , que pertinent ad singuloram
salutem secundàm seipsos. Unde singulis bo-
minibus singuli angeli depntantur ad custodiam»
Ad secundùm dicendum , quod sicut dictum
est (qu. 113, art. 8, ad 7), angeli primas hie^-
rarcbie omnes quantum adaliqua, illumina ntnr
immédiate k Deo. Sed quadam sunt de quibot
superiores (1) illuminantur tantùm immédiate k
(1) Id est ioli tuptrioru; nt hsc dictio tanthm non referatur ad res de qnibus indicantur
fliuminari , quasi de illis tantùm iUominentur ; sed ad superiores ipsos qui de illis illuminantur^
de quibus non sic inferiores, elc.
DE LA 6ÀRBS EXSItCtS SVB NOUS PAR LES BO^S ANGES, ETC. iOl
les anges les plus élevés reçoivent seuls une illumination immédiate,
illmoination qu'il transmet ensuite aux anges inférieurs; et la même
chose doit exister dans les ordres suivants : un ange du dernier rang
est illuminé, sur certaines choses, par un des anges les plus élevés; et,
sur d'autres choses , il Test par celui qui se trouve immédiatement placé
au-dessas de lui. Il est également possible qu'un ange illumine un homme
d'une manière immédiate, et qu'il ait cependant au-dessous de lui
d'autres anges qu'il illumine.
3* Quoique les hommes soient tous égaux par leur nature , il se trouve
néanmoins entre eux une inégalité réelle; et cela, parce que la divine
Providence les destine à des choses plus ou moins grandes, selon cette
parole de l'Ecriture, Eccli., XXXUI, 30 : a Le Seigneur, dans les voie^
multiples de sa sagesse, a séparé les hommes; il a béni et élevé les uns,
il a maudit et humilié les autres, d Donc la garde d'un homme est un plus
grand emploi que la garde d'un autre.
ARTICLE in,
if y a-t'il que les anges du dernier ordre qui soient préposés à la garde
des hommes?
n paroit que les anges du dernier ordre ne sont pas les seuls préposés à
la garde des hommes. !• Saint dhrysostôme, Bomil, LX, in Matth,, expli-
quant ces paroles, «les anges dans les cieux,.... d s'exprime ainsi : « Cela
ne doit pas être entendu de tous les anges, sans distinction, mais seule-
ment d^ plus élevés. » Donc les anges les plus élevés sont préposés à la
garde des hommes.
2* L'apôtre saint Paul dit, Behr., 1, ii : «Les anges sont envoyés pour
remplir un ministère en faveur de ceux qui doivent recevoir l'héritage
du salut; » il paroit donc par là que la mission des anges a toujours pour
ïieOf que inferioribus révélant; et idem eliam
in ioferiorlbas ordinibus considerandam est.
Nam aliquis iafimus angélus illuminatur qoan-
las ad qaaedam ab aliquo supremo, et qnantam
ad aliqua ab eo qui immédiate sibi prsefertur.
Et sic etiam possibile est qu6d aliquis angélus
iffiOKdiatè illuminet hominem, qui tamen babel
aliquQs angelos sab se, quos illuminât.
Ad teitlum dicendum, qu6d quam^is bomines
■atari sint pares, tamen inxqualitas in eis in-
veoitnr, secuadùm qu5d ex divina providentia
«nâdam ordinantur ad majus, et quidam ad mi-
nos, secuDdiuD illud quod didlur Eccli,, XXXUI :
«la moltitadine disciplios Domini separavit
«0^; ex ïpsis benedisit et exaitavit, ex ipsis
!2:iiédixit et bomiliavit. » Et sic majus oflicium
t:i castodire unum hominem qoàm alium (1).
ARTICULUSm.
Utrùm eustodire homines pertineat ioliait ad
infimum ordinem angelorum.
Ad tertium sic proceditor. Videtur quôd cas-
todire bomines non perlineat solûm ad infimum
ordinem angelorom. Dicit enim Chrysostomns
(Homil. LX in lfa//A.) , quôd hoc quod di-
citur, Matth,, XVm : « Angeli eonim in c(B-
\a, etc., » « intelligitur non de quibuscnnqae
angelis, sed de supereminentibus. » Ergo super-
eminetes angeli custodiunt bomines.
2. Prsterea, Apostolus ad Hebr,, I, dicit,
quôd « angeli sunt in ministerium missi propter
eos qui bsreditatem capiunt salutis; » et sic
videtur qu6d missio angelorum ad custodiam
bominom ordinctur. Sed quioque ordines in
(i; Quod unum porr6 unius peculiafi curA cuslodiat , sive singuUs hominibu» &d custodiam
lOâ PÀET1E I, QUESTION Glllf^ AUTTGLE 3.
but de garder. ou protéger les hommes. Or, il y a cinq ordres, diaprés ce
que nous ayons dit, qui peuvent être chargés dMn ministère extérieur.
Don£ tous les anges de ces cinq ordres peuvent être préposés à la garde
des hommes.
3» Ce qui semble le plus nécessaire pour la garde de lliomme , c'est
d'écarter les démons, devoir qui regarde surtout les Puissances, et de
Mre des miracles, ce qui est la fonction spéciale des Vertus. Donc ces
ordres eux-mêmes sont préposés à la garde des hommes.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après la parole du Ps. XC,
qui assigne aux anges la garde des hommes; et l'ordre des anges est le
dernier de tous, d'après saint Denis.
(Conclusion. —-La garde de chaque homme en particulier n'appar»
tient qu'aux anges, c'est-à-dire au dernier ordre; mais la garde univer*
selle ou générale des hommes s'étend i tous les ordres angéliques. )
Ainsi que nous l'avons déjà dit , l'homme peut être gardé de deux
manières : d'abord d'une manière particulière, en tant que chaque
homme reçoit im ange particulier pour gardien ; et , dans ce sens , la
garde de l'homme n'est confiée qu'au dernier ordre des esprits célestes,
c'est-à-dire aux anges , lesquels ont pour mission , selon le sentiment de
saint Grégoii'e, d'annoncer les choses les moins importantes; et ce qui
parolt le moins important dans le ministère des anges, c'est de pourvoir
à ce qui regarde le salut d'un homme seul. L'homme peut être gardé,
en second lieu, d'une manière générale; et ce devoir se diversifie selon
les différents ordres angéliques; car plus un agent a d'extension dans sa
puissance, plus il est élevé. Sous ce rapport, le soin de garder le genre
humain appartient à l'ordre des Principautés ^ ou bien à l'ordre des
Archanges, ainsi nommée parce qu'ils sont comme les princes des anges.
De là vient que Michel, que nous appelons Archange, est un des princes
exterias ministeriam mittnntur, ut suprà dictam
est ( qu. 12, art. 4 ). Ergo omnes angeli quinque
ordinum custodiae hominum deputantur.
8. Prabterea, ad custodiam hominum maxime
^delur esse necessarium arcere dœmones^ quod
maxime pertinet ad Potestates, secundùm Gre-
gorium (ut snprk ), et miracula faicere, quod
pertinet ad Virtutes. Ergo illi etiam ordines
deputantur ad custodiam , et non solùm infl-
muB.
Sed contra est, quôd in Psaim. XC , costo-
dia hominum attrihaitur angelis, quorum ordo
estinfimus, secundùm IMonysium (lib. Decœl,
kierarch., cap. 6 ac defnceps).
(GoNCLUsio.— >Singalorum hominum parti-
cnbiis custedia ad infimi ordiois angelos spectat ;
universalis antem ad omnes extenditur.)
Respondeo dicendum, qa5d sicnt suprà dictum
est (art. 2 ad 1}^ homioi custodia dnpiicijcr
adhibetur. Uno modo custodia particularis , se-
cundùm qu&d singulis hominibus singuli angeli
ad custodiam deputantur; et talis custodia per-
tinet ad inflmum ordinem angelorum , quorum»
secundùm Gregorium(ut suprà], est minima.
nuntiare. Hoc autem' videtur esse minimum in
officiis angelorum, procnrare ea que ad unius
hominis àotem pertinent. Âlia verô est cus-
todia universalis ; et hsc multiplicatur secun-
dùm diverses or^es; namquantô agensfuerit
universalius^ tante est superius. Sic igitur cii5«
todia humans multitudinis pertinet ad ordinem
Principatuum, vel forte ad Archangelos, qui dl-
cuntur principes angelorum. Unde et Michael ,
quem Archangeîum dicimus, unus de princi-
•inguli quoque angeli assignentur, prster authoritatem Hieronymi ad id probandam jam rela*
iam ) variia in Scnptora exempUt Tel expreasè probatnr, tel implicite indicatar.
DE LA. GABBE EZEBGÉE SUE NOUS BAR LES BONS ANGES^ ETC. i03
de la Gourcéleste^ suivant Teipressioa de Daniel, X. Les Vertus sont en
Otttve chargées da soin de tontes les choses corporelles; les Puissances ont
pour dev(Hr de surveiller les actes des démons; et la garde des bons
esprits appartient aux Principautés^ ou bien aux Dominations, comme
nous Favons déjà vu dans saint Grégoire.
Je réponds aux arguments : !<" La parole de saint ChrysostAme peut
être entendue des anges qui sont les premiers dans leur ordre; car dans
chaque ordre il faut distinguer, comme le dit TÂréopagite, les premiers,
les moyens et les derniers. Or, il est probable que les anges les plus élevés
ont pour mission de garder, parmi les hommes, ceux que Dieu prédestine
à un plus haut degré de gloire.
2^ Tous les anges qui sont envoyés ne sont pas préposés à la garde par-
ticulière d^un homme seul; il est des ordres angéliques à qui se trouve
confiée une garde générale plus ou moins étendue , dans le sens que nous
Tavons expliqué.
3* Parmi les anges inférieurs , il en est qui exécutent la mission de
ceux qui sont plus élevés qu'eux , en tant que les prérogatives de ceux-ci
leur sont en partie dévolues, et qu'ils sont chargés de réaliser et d'appli-
quer ce qui est du ressort d'une puissance supérieure. Et de la sorte, les
anges mêmes du dernier rang peuvent, par exemple, repousser les
attaques des démons ou faire des miracles.
ARTICLE IV.
Tous les hommei ont-ils un ange gardien ^
n paroit que tous les hommes n'ont pas un ange gardien, i® Il est dit
du Christ, Philip., II, 7 : « n a été fait à la ressemblance des hommes, il
a été comme un homme dans tout ce qui paroit au-dehors. x> Si donc tous
les hommes avoient un ange gardien, un ange auroit été également pré-
pibus dicitar^ Dan,j X Ulteriùs autem saper 1 Ad tertiuro diceudum, qa5d etiam inferiores
omnes naturas corporeas babent custodiam 1 angeli exercent oflicia superioruin» io quaatum
~ aliquid de dono eorum participant, et se ha-
beiit ad superiores sicut executores virtutis eo-
ram. Et per banc modam etiam omnes angeli
inflmi ordinis possunt et arcere dsmones et
miracala facere.
Virtutes. Et alteriùs etiam saper dsmones ba
bent castodiam Potestates, Et alteriùs saper bo-
nos spiritos babent custodiam Principatus, vel
Dominationes^ secandùmGregoriam (at saprà).
Ad primam ergo dicendum, qaôd ^erbom
Cbrysostomi potest intelligi^ nt loqaatvr de sn-
premis in ordine infimo angeloram ; qaia, ot
Dionysiasdicil (lib. De cœl. hierarcfu, cap. 4}^
in qaolibet ordine sunt primi, medii et u/-
f ïmt. Est autem probobÛe quôd majores angeli
deputentnr ad castodiam eomm qui sant ad
majorem gradum gloriœ à Deo electi.
Ad Becundnm dicendnm, qnèd non omnes
angeli qui mittuntar babent particularem cas-
todiam saper singalosbomines; sed quidam or-
dînes babent aniversalem costodiam, magis vel
minus, ut dictum esL
ARTICOLUS IV.
Vtritm omnibus hominihtu angeli ad
emtodiam dêpuUtUur,
Ad qoartam sic proceditor. Videtur qu5d non
omnibus bominibus angeli ad castodiam depa-
tentur. Dicitar enim de Cbristo, Philip., 0,
qa6d « est in similitadinem bominam factas,
et babita inventus at bomo. » Si igitur omnibus
bominibus angeli ad castodiam deputantur,
etiam Cbristus angelum castodem babuisset,
I Sed boc viUetar jnconYeniens, cùm Chiistus sit
104 PARTIE l, OinBSTION GXIII, ABTIGLE 4.
posé i la garde da Christ. Mais cela répugne^ puisque le Christ est supé-
rieur à tous les anges. Donc tous les hommes n'ont pas un ange gardien.
^ Adam fat le premier de tous les hommes. Or, il ne convenoit pas
qu'Adam eût un ange gardien , du moins dans Tétat d'innocence , puis-
qu'il n'avoit alors aucun danger à courir. Donc tous les hommes n'ont
pas un ange gardien.
S"" Les anges sont préposés à la garde des hommes , afin que ces der-
niers soient conduits^ comme par la main, à la vie étemelle, excités à
l'accomplissement des bonnes œuvres et protégés contre les assauts des
démons. Or, les hommes que Dieu prévoit devoir se damner, ne parvien-
dront jamais à la vie étemelle; de plus, les infidèles, quoique faisant
parfois des actions bonnes, ne les font jamais bien, parce qu'ils ne les
font pas dans une intention droite, la foi étant la lumière qui dirige l'in-
tention, suivant la pensée de saint Augustin; enfin la venue de l'Anté-
christ se produira a par l'opération de Satan , » comme le dit TApAtre ,
n. Thessal, 2. Donc tous les hommes n'ont pas un ange gardien.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire , d'après le passage déjà cité de
saint Jérôme : a Un ange est préposé à la garde de chaque ame (1). »
(Conclusion. — Tous les hommes, dans l'état de la vie présente, à
cause des dangers dont elle est semée, ont un ange préposé à leur garde;
(1) G*est renseignement constant de la tradition. Du sentiment de saint Jérôme , nous pou-
vons rapproclier celui de saint Augustin qui , dans son troisième sermon sur la nativité du
Sauveur, s*exprime de la sorte i « Comprenons combien il est heureux pour nous que nos
VŒUX soient portés au trône de la majesté divine par les anges qui sont les gardiens de notre
vie. » Saint Ambroise , expliquant cet mots do Psalmiste : a Détournez de moi vos fléaux , »
dit avec les expressions mêmes du Prophète : « L'ange veille autour de l'homme pour éloi-
gner tout ce qui pourroit lui nuire. » Saint Chrysostôme est encore plus formel , quand il
explique ces mots de saint Matthieu : a Leurs anges voient toujours la face de Dieu. » a On
voit clairement ici , dit le saint docteur, que les saints , et même tous les hommes , ont un
cnge qui les garde. » C'est là le vrai sens de la phrase grecque , assez mal rendu , il faut le
dire , ou même entièrement défiguré dans quelques éditions latines. Il nous seroit aisé de mul«
tiplier ces témoignages ou même d*y ajouter celui de plusieurs autres Pères. Mais ceux-là
suffisent pour établir que , d'après la tradition , tous les hommes , sans distinction , ont un
ange préposé à leur garde.
Deux autres points examinés plus bas par notre saint docteur , à savoir , si l'ange gardien
est attaché à Tbomme dès le premier moment de sa naissance , et s'il ne s'éloigne Jamais de
iD2Jor omnibus aogelis. Non ergo omnibus bo-
minibus angeli ad custodiam deputantor.
2. Prsterea, omniam bominam primas fuit
Adam. Sed illi non competebat habere angelum
cuslodem , ad minas in stata innocentiœ ; quia
tune nullis periculis angustiabatur. Ergo an-
geli non pneficiantur ad costodiam omnibus
bnminibuB.
8. Prsterea , bominibas angeli ad custodiam
deputantor, ut per eos mana ducantar ad vitam
jctemam, et incitentur ad benè operandum, et
.muniaotur contra insultas dsmonum. Sed bo-
mines pncsciti ad damnationem^ nunqaam per-
Teniunt ad vitam ctenam; infidèles etiam, etsi
interdam bona opéra faciant , non tamen benè
faciunt, quia non recta intenlione faciant.
Fides enim intentîonem dirigit , ut Augustinas
dicit ( Prsfat. in Psalm. XIII ). Antichristi
etiam adventus erit a sccandùm opéra tionem
Satame, » ut dicitur II. ad ThessaL, IL Non
ergo omnibus bominibas angeli ad custodiam
deputantur.
.Sed contra est aactoritas Hieronymi suprà
inducta^ qui dicit, quèd « unaquxqae anima
ad sui custodiam babet angelum depulatum. »
( CoNCLUSio. — Singults hominibus in stata
vits, propter varia pericula, deputati sont aiH
geli ad custodiam; quanJo aitem ad lerminum
DE LA GÀUDE EXEBGiE SUR NOUS FAA LES BONS ÀHGtS, ETC. iOS
et quand ensuite ils sont parvenus au terme de cette vie, cet ange n'est
plus que le compagnon de leur gloire; et les damnés ont, au contraire,
un démon pour bourreau.)
L'homme^ dans l'état de vie présente, est en quelque sorte sur un
chemin par lequel il doit marcher vers la patrie ; et , dans ce chemin ,
lliomme rencontre beaucoup de dangers, soit intérieurs, soit extérieurs,
suivant cette parole du Ps. CXLI ,i: a Dans le .chemin où je marchois ,
ils ont caché des pièges sous mes pas. b Aussi , de même qu'on donne des
guides à des hommes qui doivent suivre un chemin peu sûr , de même
tout honune doit avoir, pendant tout le cours de son voyage , im ange
pour guide et pour gardien. Et quand l'homme sera parvenu au terme de
sa course, son ange gardien deviendra le compagnon de sa gloire; ou bien
il aura dans l'enfer un démon chargé de le punir.
Je réponds aux arguments : l"" Le Christ, considéré comme homme,
étoit immédiatement dirigé par le Verbe de Dieu ; il n'avoit donc pas
besoin d'être gardé par les anges. Quant à son ame^ il étoit déjà posses-
seur de la gloire; mais quant à son corps passible et mortel, il éloit à
l'état de voyageur, et, sous ce rapport, il devoit sans doute avoir un
ange, non pour le garder, comme fait un supérieur, mais pour le servir
comme un inférieur. C'est pour cela qu'il est dit dans l'Evangile,
Matth., IV, 11 : d Les anges s'approchèrent de lui et le servoient. »
2o L'homme, dans l'état d'innocence, ne couroit sans doute aucun
danger qui provint de son intérieur, puisque tout en lui étoit parfaite-
ment ordonné, ainsi que nous l'avons dit, question 85, article k; mais ,
il étoit menacé par des périls extérieurs, provenant des embûches des
démons, connue le fait ne l'a que trop démontré; et pour cela il avoit
besoin d'être gardé par les anges.
lut , en punition , par exemple y de ses péchés f ces deux points sont assez communément en-
seignés par les Pères, mais non, toutefois, d*une manière aussi unanime que celui sur lequel
nous venons de citer quelques-uns de leurs passages.
viap pervenerant^ non castodem, sed coaregnan*
tem angelum, Tel paoleatem dsmonem sunt
habitari.)
Respondeo diGendnm , qnôd homo in slala
\itœ istios constitutus est quasi in qnadam via,
qna débet tendere ad patham ; in qua quidam
\ia multa pericula homioi imminent, tum ab
interiori , tum ab exteriori , secnndùm illud
Psalm, CXU : a In via bac qua ambolabam ,
absconderunt laqueum mibi. » Et ideo, sicut
hominibns per viam non tutam ambnlantibds,
daotur custodes, ita et cuilibet bomiai,qnamdia
viator est, custos angélus deputator. Quando
autem jam ad terminum vis penrenerit, jam
Don habebit angelum cnstodem; sed habebit io
regoo angelam cooregoantem, in inferno de-
monem punientem.
Ad primnm ergo dicendum , qiiôd Christns
secundùm qu6d homo, immédiate regulabatur
à verbo Dei. Unde non indigebat cuslodià an-
geiorum. Et iterum secundùm animam ent
Gomprehensor; sed ratione passibilitalis corpo-
ris, erat viator, et secundùm hoc non debebator
ei angelos custos, tanqoam superior, sed magis
minister, tanquam inferior. Unde dicitar
Matth., IV , qu6d a accesserant angeli et mi-
nistr^ibant ei. »
Ad secundùm dicendam, qu5d bomo in statu
innocentiflc non patiebatnr aliqdod periculum ab
interiori, qoia interiùs erant omnia ordinata,
ut suprà dictam est (qu. 85, art. 4) ; sed immi-
nebat ei periculam ab exteriori propter insidias
dsmonum , ut rei probavit éventas. Et ideo
indigebat castodià angelorum.
iC6 ' TAATIE I, OtESTION CSllI, iJLTIGIX 5.
3» Les hommas cpie Dieu préyoit devoir se damner^ les infidèles et
rAntechrist lui-même , ne sont pas déponrras du secours intérieur de h
raison naturelle ; et par là même ils ne sont pas privés du secours exté»
rieur que Dieu donne, sans distinction, à toute nature humaine^ et qui
consiste dans la garde des anges ; et quoiqu'un tel secours ne leur serve
pas pour acquérir par des œuvres méritoires la vie étemelle^ il leur sert
à éviter certains maux également funestes à eux-mêmes et aux autres.
C'est ainsi que les démons sont empêchés par les bons anges de fidre tout
le mal qu'ils voudroieut; et les ravages causés par TAntechrist lui-même
se trouveront restreints par la même influence.
ARTICLE V.
L'ange est-il préposé à la garde de Vhomme aussitôt après la fuUssanùè
de ce dernier?
n parott que l'ange n'est pas préposé à la garde de l'homme^ aussitôt
après la naissance de ce dernier. !<" Les anges a sont envoyés pour remplir
un ministère auprès de ceux qui doivent obtenir l'héritage du salut ^ »
comme le dit Tapôtre saint Paul y Hebr., \, i^. Ov, les hommes com-
mencent à gagner l'héritage du salut, quand ils reçoivent le baptême.
Donc c'est au moment du baptême , et non à celui de la naissance ^ que
l'homme reçoit un ange pour gardien.
S*" Les hommes sont gardés par les anges, dans ce sens qu'ils sont
illuminés par eux^ ce qui est une sorte d'enseignement. Or^ les en-
fants ne peuvent pas recevoir un enseignement dès leur naissance^
puisqu'ils n'ont pas l'usage de la raison. Donc les anges ne sont pas
préposés à la garde des hommes^ au moment de la naissance de ces
derniers.
3*" Les enfants ont déjà, dans le sein de leur mère, au moins pendant
un certain temps, une ame raisonnable, comme ils l'ont après leur nais-
Ad tertiom dicendum , qaôd BÎcut praesciti et
infidèles, etiam Antichristus , non privantor
interiori anxilio nataralis rationis, ita etiam non
privantur ezteriort auxilio toti natarœ humane
divinitos conoesso, scilicet cnstodia angelonim ;
per quam etsi non joventor qnautum ad hoc
qu6d vitam eternam bonis operibua mereantur,
juvantar tamen quantum ad hoc qnèd ab ali-
qoibas malis retrahantur, qnibns et sibi ipsis
et aliis nocera possent. Nam et ipsi damonea
arcentnr per bonos angelos ne noceant quantum
volunt; et simiUter antichristas non tantùm
Aocebit quantum Tellet
AHTICULUS V.
Vlritm angelîiê depuieiur hominiadeuêtodiam
à sua nativiiate.
Ad quintum sic procedttor. Videtur qaôd
angélus noû deputetur homini ad custodiam à
sua nativitate. Angeli enim a mittuntor io mi-
nisterium propter eos qui hsieditatem salutis
capiunt; » ut Apostolus ad Hebr., I , dicit. Sed
homines inoipiunt hereditatem capere salntis
quando baptîzantnr. Ergo angélus deputatnr
homini ad custodiam à tempore baptismi, ei
non à tempore naiivitatis.
9. Pnterea, homines abangaliscnjBtodiuitary
in quantum ah eis illumînantur per modum
doctrine. Sed pueri moz nati non sunt capaces
doctrine, quia non habent usum rationis. Ergo
pueris moz natis non deputantur angeli cos-
todes.
8. Pra;terea, pueri in matono utero ezis-
tentes habent animam rationalem, aliquo tem*
pore, sicut et post nativitatem ex utero. Sed
cùm sunt in matemo utero, non deputantur eii
DK LA GARDE TIXKRfltJF. SUR NOUS PAR LES BONS AXGES, ETC. I Z7
sanoe. Or^ ils ne reçoivent pas, avant leur naissance, un ange pour gar-
dien, comme on le voit par la conduite de TEglise, qui ne lee fait pas
encore participer aux choses saintes. Donc les hommes ne reçoivent pas
un ange gardien aussitôt après leur naissance.
Mais le contraire est expressément dit par saint Jérôme : c Toute
ame a, dès le premier instant de la vie, un ange préposé à sa
garde.»
(CoNGLusTON. — La garde exercée sur nous par les anges est un bien-
&it conunun; ce n'est donc pas au baptême, mais à la naissance, que
nous recevons un ange pour gardien. )
11 faut rcnarqoer, avec Origène , que les sentiments sont partagés sur
cette question. Parmi les docteurs, les uns ont prétendu que Fhomme ne
reçevoit un ange pour gardien qu'au; moment de son baptême; les autres
soutiennent qu'il le reçoit au moment même de sa naissance. Cette der-
nière opinion est avec raison embrassée par saint Jérôme. Sans doute les
bienfaits divins, que l'homme reçoit à titre de chrétien, ne peuvent com-
mencer qu'au baptême ; ainsi en est-il de la participation à l'Eucharistie
et des autres grâces du même genre. Mais quant aux biens dont l'homme
est pourvu parce qu'il a une nature raisonnable , il doit les recevoir au
moment même où, par sa naissance, il entre en possession de cette nature.
Et tel est le bienfait que Dieu nous accorde , en nous donnant un ange
pour gardien. Donc cet ange est attaché i la garde de l'homme , dès la
naissance de celui-ci.
Je réponds aux arguments : 1® Les anges envoyés pour accomplir \m
ministère, l'accomplissent d'une manière efScace auprès des hommes
seuls qui doivent obtenir l'héritage du salut; cela est vrai si Ton consi-
dère uniquement la fin ultérieure de ce ministère, c'est-à-dire l'acquisi-
tion de l'héritage éternel. Le ministère des anges n'est cependant pas
soustrait aux autres hommes; car, s'il n'a pas pour eux le résultat final.
angeli ad castodiam , ut videtor , quia neque
etiam ministri Ecclesis eos sacramentis im-
buant. Non ergo statim à nativitate hominibiiB
angeli ad castodiam deputantor.
Sed contra est, qiiod HieroDyania dicit, qvM
« unaqiueqae anima ab orto nativitatis habet
in cttstodiam soi angelnm depntatom. »
(CoiCLiiaio.» Cùm cnstodia angelonim be*
nefidum conunane sit, non à baptiamo^ sed à
naiifitate, angelns homini ad cnstodiamdepnta-
tur.)
Respondeo dicendnm, qQbd aient Oiigenes
dicit Svper Matth. (Tract VI vel Homîl. VI),
Boper hoc est daplex opinio. Quidam enim dixe-
nnt quôd angélus ad custodiam hominis depo-
tator à tempore baptismi ; alii venb , qnôd k
tempore nativitalis : et banc opinionem Hiero-
Bpuu appiobat, et lationabiliter. Bénéficia
enim qus dantur bomini divinitus ex eo qnôd
est christianus, incipiunt à tempore baptismi ,
sicut perceptio Eucbaristi», et alia bcgusin^x^i >
sed ea que proridentur bomini à Deo, in
quantum babet naturam rationalem , ex tune ei
exbibentur ex quo nascendo talem naturam acd-
pit. Et taie beneficiom est cnstodia angelorum,
ut ex pnsmissis patet; Unde statim à nativitate
babet bomo angelum ad ani custodiam députa-
tum.
Ad prinram ergo dicendnm, qu6d angeli mit-
tuntnr in ministerium, effieadter quidem prop*
ter eos solos qui bsrediiatem capiunt salutia,
si consideretnr ultimus effectua cnstodie , qui
est perceptio tasredîtatiB. Nihilominns tamen
et alîia ministeriiim angelomm non subtrabitur ;
qnamvis enim in eis banc efficaciam non ha-
beat qu6d perdocantur ad saluteffl, efflcax tamen
lOS PARTIE I^ QUESTION GXm^ ARTICLE 6.
qui consiste dans la possession da salut, il a néanmoins pour effet de les
détourner d'un grand nombre de maux.
^ L'office de Tange gardien a sans doute pour objet principal d'illu-
miner et d'instruire llioiTime; mais il produit un grand nombre d'autres
biens nécessaires aux enfants^ il écarte d'eux les démons et plusieurs
autres dangers qui menacent Tame ou le corps.
3<> Tant que l'enfant est encore enfermé dans le sein de sa mère, il n'a
pas^ pour ainsi dire, une existence séparée, il fait comme partie de
l'existence maternelle, comme le fruit suspendu i l'arbre fait partie de
cet arbre. Aussi peut-on dire avec probabilité que l'ange préposé à la
garde de la mère, protège en même temps l'enfant qu'elle porte dans son
sein. Puis, aussitôt que l'enfant nait et vient à être séparé de sa mère, il
reçoit, lui aussi , un ange pour gardien , selon le sentiment de saint
Jérôme.
ARTICLE VI.
Vantje gardien abandonne-t-il quelquefois (l'homme?
Il paroit que l'ange gardien abandonne quelquefois l'homme confié i
sa vigilance. 1® Le prophète met ces paroles dans la bouche des anges,
Jerem.y LI, 9 : a Nous avons pris soin de Babylone, et elle n'est pas
guérie; abandonnons-la donc, d Le Seigneur parle ainsi dans un autre
prophète , Isaï., V, 5 : « J'arracherai la haie qui la protège (ma vigne),
et elle sera foulée aux pieds. » Ce que la Glose entend d'une ame privée
de la garde des anges.
^ Dieu est notre principal gardien. Mais Dieu abandonne quelquefois
l'homme, selon cette parole du Ps. XXI, 1 : a Mon Dieu, mon Dieu,
abaissez vos regards sur moi; pourquoi m'avez-vous abandonné? » Donc,
à plus forte raison, l'ange gardien abandonne-t-il l'homme.
3"» Saint Jean Damascène dit, De fide orthod., II, 3 : a Quand les
cstcirca eos angeloraro ministeriam, in qaantam
à malis multis reti-ahuatur.
Ad secundum dicendum, qu5d ofiiciam custo-
diœ ordioatur quidem ad iliamiaatioaem doc-
trine, sicut ad ultiamm et principalem effectum.
Nibilominiis tamen mnltos alios effectus habet
qui pueris competunt, scilicet arcere dsinones,
et alia nocumenta tam corporalia quàm spirilua:-
lia prohibera.
Ad tertlam dicendnm, qnôd paer quamdia
ast in malerno utero, non totaliter est à matre
leparatus, sed per quamdam colligationem est
quodatnmodo adhuc aliquid ejus^ sicut et fruc-
tus pendens in arbore est aliquid arboris. Et
idée probabiliter dici potest, qu6d angélus qui
est in custodia matris, custodiat prolem in ma-
ti is utero existentem. Sed in nativitate qaaodo
soparatur à matre^ angélus ei ad custodiam de-
'ir, «l Hieronymus dicit (obi saprà).
ARTICULUS VI.
Virum angelut cuttos quandoque dnerat
hominem.
Ad sextum sic proceditur. Videtur qnôd an*
gelus custos quandoque deserat hominem, cnju&
custodis deputatur. Dicitur enim Jerem., Ù,
ex pcrsona angelorum : « Curavimus Babylonem,
et non est curata ; derelinquamus ergo eam. »
Et Isai., V : «c Anferam sepem ejus, et erit io
conculcationem. » Glossa (interlin.) : aid est,
angelorum custodiam. »
2. Prœterea^ principatiùs custodit Deus quàm
angélus. Sed Deus aliquando hominem dere-
linquit, secundum illud Psalm. XXI : «Deus,
Deus meas^ respice in me; quare ms dere-
iiquisU? » Ergo multd magis angélus custoi
hominem derelinquit.
8. Prsterea, sicut dicit Damascenus (lib. IL
DE LÀ 6ABSE EXERCÉS SUE NOUS PlE LES BONS ÀNGES^ £TG« iC:)
anges sont ici auprès de nous^ ils ne sont pas au ciel. » Mais parfois ils
sont au ciel. Donc ils ne sont pas toujours auprès de nous.
Itfais c'est le contraire qu'il £giut dire. Les démons^ en effet, nous
attaquent sans cesse, selon cette parole du prince des apôtres, I. Petr.,
V, 8 : « Le diable, votre ennemi, semblable à un lion rugissant, tourna
sans cesse autour de vous, cherchant une proie à dévorer. » Donc, à plus
forte raison, les bons anges nous gardent-ils sans cesse.
(Conclusion. — Gomme la garde exercée par les auges rentre dans le
plan de la divine Providence, laquelle n'abandonne jamais entièrement
l'homme, l'ange gardien ne Tabandonne pas non plus, quoiqu'il per-
mette quelquefois, suivant l'ordre des jugements de Dieu, que le mai de
la peine ou celui de la coulpe arrive à l'homme.)
Le ministère que l'ange remplit auprès de l'homme réalise en partie ,
à r^rd de ce dernier, le plan de la àivine Providence. Or, il est évident
qne ni l'homme ni une chose quelconque ne peut échapper entièrement
à la Providence de Dieu; car, par cela même qu'une chose participe à
l'être, elle est soumise à l'action supérieure qui protège tous les êtres.
Mais Dieu, selon l'ordre de sa providence, ne peut être dit abandonner
l'homme que parce qu'il permet que l'homme tombe dans le mal de la
peine ou dans celui de la coulpe. On peut dire de même que l'ange gar-
dien n'abandonne jamais entièrement l'homme; il le laisse parfois à lui-
même, sous certains rapports, en n'éloignant pas de lui, par exemple,
certaines tribulations, ou même en permettant qu'il tombe dans le
péché, selon le secret des jugements de Dieu. C'est ainsi que Babylone et
la maison d'Israël ont été abandonnées de leurs anges, suivant la parole
De fide orthod., cap. 3 ) : a Angeli cùm sunt
hic Dobiscam, non sont in co^o. » Sed aliquando
sont ia cœlo. Ergo aliquando nos derelin-
fjmint.
Sed contra : dsmones nos semper impagnant,
secnndûm illad I. Petr,, V : « Adversarins
▼ester diabolus, tauquam leo nigiens, circuit
qosrens quem devoret. » Ergo multè magis
iNUii angeii semper nos custodiunt.
( CoMGLCsio. — Cùm custodia angelornm sii
qocdam executio divins providentis, qus nun-
qiam ex toto bominem derelinqnit , nec angélus
GQitos miquam ex toto hominem deserit, iicèt
pennittat quandoque secundùm ordinationem
divinonim jadicioram, Tel pœns vel culpœ de-
&ctom pati.)
Beapondeo dicendum » qoèd custodia angeli
ut ex suprà dictis patet (art. 2) , est quœdam
executio divins providentiœ circa homines facta.
Manifeslum est autem qu5d nec homo , nec res
aliqua totalitcr divins providentis sablrahitnr;
in quantum enim aliquid participât de esse, in
tantum subditar nniversali providentis entium.
Sed in tantum Deus secundùm ordinem sns
providentis dicitur hominem dcrclinquere^ in
quantum permittit hominem pati aliquem de*
fectom vel pœns vel culps. Similiter ctiam di-
cendum est, quèd angélus custos nunquam to-
taliter dimitlit hominem ; sed ad aliquid intcr-
dnm eum dimittit (1), prout scilicet non impcdit
quin snbdatur alicuL tribulationi, vel etiam quin
cadat inpeccatum, secundùm ordinem divinorum
judiciorum. Et secundùm hoc Babybn et domus
I Israël ab angelis derelicts dicuntnr, quia angeli
(1) Hîiic BasDius obi suprà, in Ptalm, XXXHI : Quitmoduê (inquit) per quem pauper à
IritiMionibuê Uberaiurf Nemp9 Angetm Domini coitrameiatur in eircuiiu timeniium
mÊm;omni namqué in Chriêtnm credenli Ângetut aâett etassiitit,niii eumdnobitper
iwtproèoê €t vilioiot aetionet ^ieiamus, Vi enim fumuê apet fugiU, et fœdw odor ( vel
fœtiduê) eolumboM areet aeexpellit, sic et Ângelnmfiitœ nattrœ euttodem groMoienifce»
««l«M c( mMUo fietn dignwn exutare d nobiê faeits «(e.
110 PARTIE I^ QUESTION GXni^ ARTICLE 7.
du Prophète; c'est-à-dire que leurs auges n'out pas éloigné les tribula»
tions qui tombèrent sur elles.
De là résulte clairement la réponse à la première et à la seconde
objection.
3<> Si l'ange s'éloigne quelquefois de l'homme, il ne l'abandonne jamais
et ne le prive pas des effets de sa protection ; car alors même que l'ange
est dans le ciel^ il sait ce qui se passe par rapport à l'homme, il peut lui
porter un secours instantané, puisqu'Û n'a pas besoin de temps pour se
transporter d'un lieu à un autre.
ARTKXE Vn.
Lti anges 8<mt'ih affligés des maux de ceux qu'ils gardent?
n paroit que les anges sont affligés des maux de ceux qu'ils gardent.
l» Le prophète dit, Isaî., XXXIII, 7 : a Les anges de la paix pleureront
amèrement, s Or, les larmes sont le signe de la douleur et de la tristesse.
Donc les anges s'attristent des maux de ceux qu'ils gardent.
^ La tristesse , suivant la pensée de saint Augustin , s'applique a aux
choses qui arrivent contre notre volonté. » Or, la perte de l'homme arrive
contre la volonté de l'ange gardien. Donc les anges s'affligent de la perte
des hommes.
3"* Comme à la joie est opposée la tristesse , de même à la pénitence est
opposé le péché. Or, a les anges se réjouissent dans la pénitence faite par
un pécheur » , comme il est dit dans l'Evangile , Luc, XV. Donc ils s'af-
fligent en voyant tomber le juste.
4® Sur ces paroles des Nombr., XVni : « Toutes les prémices qui sont
offertes.... d Origène dit : a Les anges sont amenés au jugement de Dieu
eanun custodes non impediverunt qnin tribnla-
tiouibus sabderentor.
Et per hoc patet solatio ad primnm et se-
cuDdum.
Ad tertium dicendam, quôd angelos etsi in-
terdam derelinquat hominem loco, non tamen
derelin(iuit eum quantum ad effectum custodis ;
quia etiam, cùm est in cœlo, cognoscit quid
circa hominem agatur; nec indiget mora tem-
poris ad motum localem, sed stalim potest
adesse.
ARTICULUS vn.
Virkm angeli doleant de malt» eorum quoê
eutiodiunt,
Àd septimum sic proceditur. Videtui quôd
tngell doleant de malis eorum qnos custodiimt.
Dicitur enim Isai., XXXHI : « Angeli pads
amarë flebunt. » Sed fletus est signum doloris
ettristitia. Ergo angeli tristanturde malis ho-
minum qnos custodiunt.
2. Prsterea, tristitia est, ut Augnstinus di-
cit (1), a de his quae nobis noienlibns acddont. »
Sed perditio hominia custoditi est contra to-
luntatem angeli custodis. Ergo iristantnr angeli
de perditione bominom.
8. Prcierea , sicut gandio contrariatnr tnsli-
tia, ita pœniteuti» contrariatnr peocatnm. Sed
a angeli gaudent de peccatore pœnitentiam
agente, » ut bahetur Luc,* XV. Ergo tcisUntur
de juste in peccatum cadente. _
4. Preteiea, super illud Numer., XVm :
a Quicquid offerunt primitiarum , etc., » diiit
Glossa Origenis : a Trahuutur angeli in judi-
(1) El eap. 7 et 8, llb. XIV. De Citit, Dei, colligl prifts tadiea1)atiir ad marginem , sed flc-
titii^. Ottidni poUùa ex cap. 15 notatum est? Vhï dicitur dofor eamii qtMdam ab ejtu pa$eionê
diseewio; dolor aukm <MM'sMa« qui triêtitiammmeupatur; dieeemio ab iie quœ nokii nclefUt»
^4 aeeiderttnt.
BB LA. GABDS XZSBGJE SUR NOUS PAA LES BONS ANGSS^ ETC. 111
pour que Ton voie si c'est par leur négligence on par la lâcheté des
hommes que ces demieis sont tombés. » Or, tout être raisonnable doit
s'affliger des maux ponr lesquels il est tradmit en jugement. Donc les
anges s'affligent des péchés des hommes.
Mais c'est le contraire qn'il faut dire. Là où se trouvent la tristesse et
la douleur^ ne peut se trouver la félicité pai^EBdte; ce qui fait qu'il est dit,
Apoc.j XSL, A: a 11 n'y aura plus ni mort, ni tristesse, ni cri, ni dou-
leur d'aucune sorte. » Mais les anges jouissent de la félicité parfaite. Donc
lien ne sanroit les attrister.
(Conclusion. — Comme rien, dans le monde, ne sauroit être regardé
comme étant absolument contraire à la volonté des anges , les anges ne
peuvent pas être attristés par la perte des hommes confiés à leur
garde.)
Les anges ne peuvent éprouver aucune douleur, ni à l'occasion des pé-
chés ni à l'occasion des châtiments qui arrivent aux hommes. La tristesse
et la douleur, comme nous venons de le dire avec saiut Augustin, ne
sont causés en nous que par les choses contraires à notre volonté. Or,
rien n'arrive dans le monde qui soit contraire à la volonté des anges et
des bienheureux; car leur volonté est en tout point conforme à l'ordre de
la justice divine, et rien n'arrive dans le monde qui ne soit voulu ou
permis par la justice de Dieu. Ainsi donc, absolument parlant , rien ne
se fait dans le monde de contraire à la volonté des habitants du ciel. En
effet, d'après le Philosophe, Ethic.y III, on appelle simplement volon-
taire ce qu'un homme veut d'une manière particulière et déterminée ,
c'est-à-dire, après en avoir pesé toutes les circonstances, quoique la
chose, considérée en général, fût loin d'être volontaire. Le navigateur
ne vent pas, â considérer la chose d'une manière générale et absolue,
jeter ses marchandises dans la mer; mais, placé dans un imminent
danger de périr, il le veut; ce qui fait qu'un tel acte doit être rangé
parmi les actes volontaires bien plutôt que parmi les actes involontaires.
dmo, vtrftm ex tpsonnn negUgentia , an bomi-
ODiD ignavia, lapei sint. » Sed quilibet rationa-
Ikifiter dèlet de sialii propter qti» in jndiciiun
tactils eaL Ergo angeil dolent de peccatis bo-
■innffl.
Sed contra : nbl esttrigtitia et ddor, non est
perfeda feUdtas : unde dicitar Àpoc, , XXI :
tNon uUoa non erit, neqne Inctns^ neqae cla-
mor, neqne ullua dolor. » Sed angeli aunt p6^
fectè beati. Ergo de nuUo dolent
(CoBCLUSio. — Cùtn nihil in mmido angells
tfmpliciter isvolontanam ftat, de hominum,
qooB costodiunt, malia minime dolent.)
Respondeo dicendum, quM aogeli non dolent.
(ut snprà), non est nisi de bis qus contra-
riantur vohmtati. Nibil autem accidit in mnndo
quod ait contrarium voluntati angelonim et
alionim beatorum, qnia voluntas eomm totaliter
inberet ordini divine justitis; nibil aatem fit
in mondo , nisi qnod per divinam jastitiam fit
aut pennitlitur. Etideo, simpliciter loqnendo,
nibil fit in mundo contra volnntatem beatomm.
Ut enim Pbilosopbns dicit in ni. Exhic, illud
dicitar ûmpliciter volantarinm, qnod aliqois
Tolt in particulari, aecandùm qaôd agitur;
consideratis scilicet omnibus qn» circumstant,
qnamvia in nniversali coosîderatam non easet
volnntarionu Sicut nanta non tuU projectionem
Aeqae de peccatis, neqâe de pan» bominum, mercium in mare, absolutè et rniiversaliter cob-
Tnatitia enim et dolor» lecandùm Augoatinum
•idenndOt I9d Imminente perkulo salatia boe
112 PARTIS I> OUESTIOl^ GXni, ARTICLE 7«
Ainsi les anges ne veulent pas , absolument et généralement parlant, les
péchés et les peines des hommes; mais ils veulent qu'en cela, comme en
toutes choses, soit observé Tordre de la justice divine, laquelle exige le
châtiment et permet le péché de certains hommes (1).
Je réponds aux arguments : !<" La parole d'Isaie peut être entendue des
envoyés d^Ezéchias , désignés par ce mot d'anges , lesquels pleurèrent en
entendant les menaces de Rabsacès, suivant ce qui est raconté par le
même Isaï,, XXXVII. Voilà pour le sens littéral. Dans le sens all^o-
rique , les apôtres et les prédicateurs sont ces anges de paix qui pleurent
sur les péchés des hommes. Et si le même texte est exposé dans le sens
anagogique, il faut y voir une expression figurée, qui nous montre dans
les anges la volonté générale et absolue qu'ils ont du salut des hommes.
C'est uniquement dans ce sens que de telles passions sont attribuées aux
anges et à Dieu même.
2o La réponse au second argument est clairement renfermée dans ce
que nous avons dit.
3"» Dans le châtiment infligé aux honmies et dans les péchés qu'ils
commettent , il demeure toujours aux anges un sujet de joie, c'est l'ac-
complissement de l'ordre étdbh par la divine Providence.
4° Si les anges sont amenés au tribunal de Dieu pour les péchés des
hommes > ce n'est pas à titre d'accusés, mais uniquement à titre de
témoins, et pour achever de convaincre les hommes de leur coupable
lâcheté.
(1) Cette adhésion parfaite de la volonté créée aux inflexibles arrêts de la Justice divine
est une des choses les plus difficiles à concevoir dans les ténèbres qui assiègent notre esprit,
au milieu des passions et des affections qui se partagent notre cœur. Et cependant il n'est pis
de vérité qui découle plus rigoureusement des idées que la révélation et la raison, nous
donnent également de la vie future. Le» principes posés et développés par saint Thomas, en
plusieurs endroits de la Somme , concernant cet état , doivent faire taire nos répulsions Irré-
déchies , et fortifier notre foi en même temps que notre intelligence. Si les anges et les saints
identifient leur amour avec celui du Dieu quMls voient face à face, c'est une raison de plus
pour nous de croire à la générosité de leurs efforts , à la ferveur de leurs prières en faveur de
ceux qui travaillent et combattent encore dans ce rude séjour de la douleur et de répreuve.
vult. UDde magis est hoc volontariom quàm in-
voluntarium , ut ibidem dicitur. Sic igitor an-
geU peccata et pœnas hominum, ooiversaliter
et absolutè loquendo, non volant; volunt tamen
qoôd circa hoc ordo divins justltis servetur,
BecuDdùm quam quidam pœnis subdantur, et
peccare permittuntur.
Ad primum ergo dicendam,quôd verbumillnd
Isais potest inteliigi de angeuis, id est nuntiis
Ezechix qui fleveront propter verba Rabsacis ,
de quibus habetur Isaû, XXXVil. Et boc se-
cnndùm Ulteralem sensum. Secundùm vero al-
legoricum^ angeli pacis sunt apostoli et praedi-
catores, qui lient pro peccatis bominum. Si ver6
— ndùm sensom anagogicom expooator de
angelis bonis, tune metaphorica erit locatio, ad
designandum quod angeli volant in oniversali
hominum salntem. Sic enim Deo et angelis ha-
jusmodi passiones attnbnautur.
Ad secandom patet solntio per ea qua dicta
snnt.
Ad tertium dicendum, qndd tam in pœnitentia
bominom quàm in peccato , manet una ratio
gaudii angelis^ scilicet impletio ordinis divine
providentis.
Ad qoartnm dicendam, qnôd angeli dncontur
in jodiciom pra peccatis hominum, non qaaii
rei, sed qaasi testes ad cou^iAceadam domines
de eorum igna^via.
SS LA. GÂBDB KXKRCfa SUR NOUS PAU LES BONS ANGES ^ ETC. 113
ARTIOJE Vin.
Peut-il y avoir lutt» ou dissension entre les anges?
n parolt qu'entre les anges il ne peut y avoir ni lutte ni dissension,
i* n est dit dans Job, XXV, 3 : c Cest Lui qui fait régner la concorde
dans les hauteurs des cieux. » Mais la lutte est Topposé de la concorde.
Donc il n'y pas de lutte entre les bons anges.
2<' Là où régnent la parfaite charité et Tordre hiérarchique, la lutte
ne sauroit exister. Mais ces deux choses se trouvent parmi les anges.
Donc , parmi les anges, il n'y a pas de lutte.
S^" Si l'on admet que les anges combattent pour ceux qui sont confiés à
leur garde, il faut qu'ik embrassent des partis opposés. Mais si Tun de
ces partis est dans le juste, l'autre doit nécessairement être dans Tin-
juste, n suivroit donc de là qu'un ange bon seroit le protecteur de Tin-
justice. Or, cela répugne. Donc il n'y a pas de lutte entre les bons anges.
Hais le contraire résulte des paroles que le prophète Daniel, X, 13,
met dans la bouche de Tange Gabriel : a Le chef du royaume des Perses
m'a résisté pendant vingt-un jours. » Ce chef du royaume des Perses
étoit, en effet, Tange auquel la garde de ce royaume avoit été confiée.
Donc un ange résiste à l'autre; et, par conséquent, il y a lutte entre eux.
(Conclusion. — Il peut y avoir lutte entre les anges, non par opposi*
tion de volonté, mais par différence de mérites, et c'est pour cela qu'on
peut dire qu'ils luttent entre eux. )
Cette question se présente à l'occasion des paroles, déjà citées, du pro-
phète Daniel, paroles que saint Jérôme interprète en disant qu'un ange
est ce chef ou prince du royaume des Perses dont il est ici question , que
ARTicuLUS vm.
Vtrùm inter angelos po$$it este pugna $eu
ditcordia.
Ad octavum sic proceditur. Videtnr qaôd
inter angelos non possit esse pugna seu discor-
dia. Dicitur enim Job, XXV : « Qui fàcit con-
coTdlain in subUmibos. » Sed pugna opponitur
concordis. Ergo in sublimibus augelis non est
pogna.
9. Prsterea, ubi est perfectacharitas et justa
pneUtio, non potest esse pugna. Sed hoc totum
est in angelis. Ergo in angelis non est pugna.
8. Praiterea , si angeli dicuntur pugnare pro
eîs qnos custodiunt , necesse est qu6d unus an-
gélus foveat unam partem, et alius aliam. Sed
si nna pars habet justitiam , constat quôd alia
angélus bonus sit fautor injusUtis : quod est
inconvenieus. Ergo inter bonos angelos non est
pugna.
Sed contra est, quod dicitur Dan,, X, ex
persona Gabrielis (1) : « Princeps regni Persa-
rum restitit mibi viginti et nno diebus. » Hit
autem princeps Persarum erat angélus règne
Persarum in custodiam deputatus. Ergo unut
angélus resiâtit alii ; et inter eos est pugna.
( CoNGLUSio. — In angelis pugna quidem esse
potest, non discordia Yoluntatum, sed merito-
rum contrarietate, pro quibus pugoare dicun-
tur.)
Respondeodicendum, quôd ista quaistio mo-
vetur occasione borum Terborum Danielis, qus
quidem Hieronymus exponit, dicens principem
I regoi Persarum esse angelum, qui se opposuit
pars habeat injuslitiam. Ergo sequitur quôd I liberationi populi Israelitici , pro quo Daniel
(1) Gabriel quidem ibi non exprimitar, ubi tantùm vir unus veslitus lineis^ ele.« Danicli
apparutsse describitur , ut ?ers. 5 , et sequenlibus videre est ; sed coliigitur ex prsmissis
€êp. IX , vers. 21 , ubi dicitur : Ecee vir àalniel^ nempe in specle virî apparens , etc.
IV. 8
t1* PARTIE I, QtTESTION GXm, ARTICLE 8.
c'est lui qui s'opposoit à la délivrance des Israélites^ délivrance que Daniel
ne cessoit de demander dans ses prières^ et par Tentremise de Tange
Gabriel. Or, cette opposition pouvoit avoir lieu par la raison qu'un chef
des légions diaboliques avoit induit au péché les Hébreux captife chez
les Perses; car ce péché étoit comme un obstacle qui s'élevoit contre la
prière que Daniel adressoit i Dieu pour ce peuple. Mais^ d'après saint
Grégoire^ Moral. , XVlî, 8, ce chef ou prince du royaume des Perses étoit
le bon ange auquel la garde de ce royaume avoit été confiée. Pour com-
prendre maintenant comment il peut se faire qu'un auge résiste à Tautre^
il faut remarquer que les jugements de Dieu concernant les empires et
les hommes sout exécutés par les anges; et les anges sont réglés et déter>
minés dans leurs actions par la sentence divine. Or, il arrive parfois
que, dans les différents empires et parmi les hommes, il y a des mérites
et des démérites opposés, selon lesquels il faut que les uns soient abaissés
et les autres élevés; et les anges ne peuvent pas connoltre ce qu'exige en
cela Tordre de la sagesse divine, sans une révélation particulière de Dieu.
Os ont donc besoin alors de consulter sa sagesse. Aussi, quand ils viennent
consulter la volonté de Dieu touchant des mérites contraires et qui se
repoussent, peut-on dire qu'il y a lutte entre eux ; non certes que leurs
volontés soient opposées l'une à l'autre, puisqu'elles s'accordent à vouloir
que la règle de Dieu s'accomplisse; mais uniquement parce que les choses
touchant lesquelles ils l'interrogent sont opposées entre elles.
De là résulte clairement la réponse aux objections.
orabat, Gabriele preces ejus Deo présentante.
Hsc autem resistentia potoit fieri^ quia prin-
ceps aliquis dsmonum Judsos in Persidem
dactos ad peccatum induxerat^ per quod im-
pedimentum prestabatar orationi Danielis pro
eodem populo deprecantis. Sed secundùm Gre-
gorium, XVII. MorcU, (cap. 8)^ princeps regni
Persaram bonas angélus fait castodiê regni
ilUuB deputatos. Ad videndom igitar qnatiter
niius angélus alteri lesistere dicitur, conside-
itndom est qu6d di^îna jndîda drea diveisa
legna et diversoe homines, per angelos ezer*
centor. In sois autem actionibus angeli per di-
tinam sententiam r^gulantnr. Contingit autem
quandoque qu5d in diversis regnis vel in diversis
bominibuB contraria mérita vel démérita inve-
niontur^ ut unus alteri subdatur aut prssit
Quid autem super boc ordo divins sapientis
babeat, cognoscere non possnnt, nisi Deo ré-
vélante. Unde necesse babent super bis sapien-
tiam Dei consulere. Sic igitnr in quantum de
contrariis mentis et sibi repugnantibus, divinam
consulunt volontatem , resistere sibi invicem di-
cuBtur; non quia sint eorum contrarie volantates
(cùm in boc omnes concordent^ quôd Dei sen-
tentia impleator )> sed quia ea, de quibu» cob-
sulunt , sunt repugnantia.
Et per boc patet solutio ad objecta.
DXS ATTAOITES DES DÉMONS* 115
QUESTION CXIV.
Nous avons maintenant à nous occuper des attaques dirigées contre
nous par les démons.
Sur cela cinq questions se présentent : 1"* Les hommes sont-ils attaqués
par les démons ? 2^ Est-ce le propre du diable de tenter ITiomme ? 3" Tous
les péchés des hommes proviennent-ils des attaques ou des tentations
diaboliques ? 4û Les démons peuvent-ils faire de vrais miracles pour sé-
duire les hommes ? 5^ Quand les démons sont vaincus par les hommes
sont-ils mis hors d'état de les attaquer de nouveau?
ARTICUE L
Les hommes sont-ils attcu^Âés par les démons?
11 paroit que les hommes ne sont pas attaqués par les démons, l"" Les
anges chargés de la garde des hommes sont envoyés par Dieu. Mais les
démons n'ont pas une semidable mission, puisqu'ils ont pour but de
perdre les âmes, et que Dieu veut les sauver. Donc les démons ne sont
pas envoyés pour tenter les hommes.
2^ n n'y a pas d'égalité dans la lutte quand c'est le fbible qui doit lutter
contre le fort, un être ignorant contre un adversaire rusé. Or, les hommes
sont foibles et ignorants; les démons, au contraire, sont puissants et
rusés. Donc Dieu, l'auteur de toute justice, n'a pas dû permettre que les
hommes fussent attaqués par les démons*
3* Pour exercer la vertu des hommes il suffit des assauts dirigés contre
eux par la chair et le monde. Mais Dieu ne permet la tentation que pour
QÏÏJB8II0 CXIT.
De dmmonwn impugnatUm», in qitinpiô arlieuhi ditUa.
Deinde consiâeraiidum est de impugnaticme
dcmonom.
Et dica hoc qoaenuntiir qnmqae : i» Utrùm
homines à dsœonibus impugaentm» <« Utràm
tentsre lît proprinm diaboli. 8« Utrion omnia
pecGtta bomiiMiin ex impognatûme tive teata-
tkme damoDom pnrreniant. 4» Ukiàm poisiiit
wa miraoïila faoeie adaedocendnm. &• Utrùm
damones qoi ab homiiiibaB soperantni, ab im-
puçiatîoiia bomianm aroeantô.
ARTICULUS L
Vtfkm komineM mjpugnaUur à dmiumihuM,
Ad pfiBMim sic pioceditur. Videtar qo6d ho-
«infta nAn imnnanantiif k AmmnnihÊM A'^g^tJ
enim deputantur ad homiDnm cnstodiamj misai
à Deo. Sed dsmones non mittontar à Deo^ cèm
damonun intentio ait perdere animas, Dei aa-
tem saivare. Bigo dsmonea non depotantor ad
hominmo impugnationem.
i. Prcterea , non est cqna conditio pogmiy
ai infinnna contra Ibrtem, ignania contra asto-
tum exponatur ad beUom. Sed hominea anl
inflrmi et ignari, dsmonea autem potentea et
aalnti. Non est cogo pemûttendom à Oeo, qm
est omnis jostitia anetor, ut bomines à dttmo»
nibus impognentnr.
8. Prsterea, ad exeidtiam hominnm sof-
ficit impngnatio camia et mnndL Sed Deos per-
mittit electos snoe impugnaii piopter eonim
116 PARTIE I^ QUESTION GXIY^ AATIGLE 1.
Texercice de la vertu. Donc il ne semble pas nécessaire que les honunes
soient attaqués par les démons.
Mais le contraire est ainsi formulé par VApôtre^ Ephes., VI, 12 : a Nous
n'avons pas seulement à combattre contre la chair et le sang^ mais encore
contre les principautés et les puissances^ contre les madtres de ce monde
de ténèbres, contre les esprits de mal répandus dans Tair. »
( Conclusion. — Les démons attaquent les hommes par Timpulsion de
leur propre malice, mais les conditions de ce combat sont fixées par
Dieu.)
Concernant les attaques des démons il y a deux choses à considérer :
ces attaques elles-mêmes, et l'ordre auquel elles sont soumises. Les
attaques proviennent de la malice propre des démons, qui, d'une part,
poussés par leur envie, s'efforcent d'enrayer le bonheur des hommes, et
de l'autre, excités par leur orgueil, aspirent à simuler l'économie de
la puissance divine, en déterminant le choix de ceux d'entre eux qui
doivent attaquer les hommes, tout comme les anges sont choisis par Dieu
pour remplir les différents ministères qui ont pour but de nous sauver.
Mais l'ordre auquel ces attaques sont soumises émane de Dieu , qui sait
admirablement se servir même du mal pour en retirer le bien. Lorsqu'il
s'agit, au contraire, de la mission remplie par les bons anges, cette mis-
sion elle-même, et l'ordre dans lequel elle est remplie, viennent égale-
ment de Dieu, comme du premier et principal agent (1).
Je réponds aux arguments : 1^ Les mauvais anges attaquent les hommes
de deux manières : d'abord en les excitant au péché ; et sous ce rapport
(i) Quo les démons ne cessent Jamais â*atUiquer les hommes pour les entraîner au mal , et
pour leur faire partager ainsi leurs châtiments étemels , c*est une vérité que la foi ne nous
permet pas de révoquer en doute. On pourroit ajouter que c*est là un fait confirmé par notre
propre expérience : nous sentons tous en nous quelque chose qui n*est pas nous , et qui nous
pousse incessamment au désordre. Mais ce que nous sentons d*une manière non moins invin-
cible , ce que nous savons d*une science aussi certaine , c'est que nous sommes toujours sous
la main de Dieu , que tout , dans Tunivers , relève de son autorité suprême , sans en excepter
les puissances mauvaises, et qae tout enfin doit rentrer dans Tordre de sa sagesse, de sa
puissance et de son amour !
ixercitiuiD. Ergo non videtur necessarium qu5d
à dœmonibus impugnentor.
Sed coDtra est , quod Apostolos dicit , ad
Ejthet, , VI , quùd a non est nobis colluctatio
adversùs camem et sangninem , sed adversùs
principes et potestates, adversùs mandi rectores
teoebraram haram contra spiritualia neqailix in
eœiestibas. »
( CoHCLusio. — Impugnantar homines à ds-
monibus ex ipsa illoram maiitia, ordo autem
impagnationis ab ipso Deo est.)
Respondeo dicendum, qu6d circa impugna-
tionem dsoionam duo est considerare , sciiicet
^psam impugnationem , et impagnationis ordi-
m. Impugoatio quidem ipsa ex d«moDuai
malitia procedit, qui propter invidiam, prorec-
tum hominum impedire nituntor; et propter
saperbiam, divins potestatis similitodinem
usurpant» deputaado sibi ministres détermina-
tos ad hominum impugnationem : sicut et angelî
Deo ministrant in determioatis oîQciis ad ho-
minum salutem. Sed ordo impugnationis ipsins
est à Deo, qui ordinatè novit malis uti , ad bona
ea ordinando. Sed ex parte angelorum , tam
ipsa custodia qaàm ordo custodis, reducitor ad
Deum^ sicut ad primum actorem.
Ad primum ergo dicendum, qu5d mali angeli
impugnant homines dupliciter. Une modo îd-
stigando ad peccatum ; et sic non mittuntur à
Deo ad impugnaudum, sed aliqoando permitf
DES ATTAQUES DES DÉMONS. IH
ils ne sont pas envoyés par Dieu, leurs attaques sont uniquement per-
mises par ses justes jugements. En second lieu^ ils attaquent les hommes
pour les châtier; et sous ce rapport ils sont envoyés par Dieu : c'est
ainsi que Tesprit de mensonge fut envoyé pour punir Achah^ roi d'Israël,
comme le rapporte la sainte Ecriture, III. Beg.; car le châtiment pro-
vient de Dieu, comme de sa première cause. Les démons envoyés pour
punir agissent, il est vrai, dans une autre intention, ils y sont poussés
par la haine et l'envie ; mais Dieu les envoie pour accomplir les ordres
de sa justice.
99 Pour établir Tégalité dans la lutte, l'homme reçoit comme un sup-
plément de force, avant tout, par le secours de la grâce divine, et secon-
dairement par le concours des bons anges. C'est pour cela qu'Elisée dit à
son serviteur, IV. Reg., VII, 15 : a Ne craignez rien, nos auxiliaires sont
plus nombreux que les leurs, d
3*> Eu égard à l'infirmité humaine, les attaques provenant de la chair
et du monde suiliroient sans doute à l'exercice de la vertu ; mais cela ne
suffît pas à la malice des démons qui mettent en œuvre ce double moyen
contre les hommes. L'ordre établi par Dieu fait néanmoins que tout cela
tourne à la gloire des élus.
ARTia.E II.
Est-ce le propre du diable de tenter les hommes ?
Il paroit que ce n'est pas le propre du diable de tenter les hommes,
lo II est dit dans l'Ecriture que Dieu tente l'homme , Genèse , XXII , 1 :
a Dieu tenta Abraham : & l'homme est également tenté par la chair et le
monde ; il est même dit que l'homme tente Dieu et son semblable. Donc
ce n'est pas le propre des démons de tenter l'homme.
2* Tenter c'est l'œuvre de l'ignorance. Or, les démons savent ce qu'il
en est de l'homme. Donc ils ne le tentent pas.
tantor secnndùm Dei jnsta judicia. Aliqnando
autem impugnant homines paniendo; et sic
mittuntur à Deo : sicut inissus est spiritas men<
dax ad punieDdum Achab regem Israël^ ut di-
citur UI. Reg, ^nll. Pœna euioirefertur in Deum
sicut in priinum actorem. Et tamen daemones
ad puniendum missi , aliâ intentione puniunt ,
qukm mittuntur; nam ipsi puniunt ex odio et
invi'Jia , miUantur autem à Deo propter ejas
justitiam.
Ad secundum dicendum , quôd ad hoc qu6d
non sit insqualis pugn» conditio , fit ex parte
liominis recompensatio , principatiter quidem
per auxilium divins gratis, secundariô autem
per custodiam angelorum. Unde, IV. Reg., \\l,
EUssus dixit ad mioistrum suum : «Noli timere,
plures eniin nobiscum sunt quàm cum illis. »
Àd tertium dicendum, quôd inûrmitati hu-
roans suiBceret ad exerdtiam impugnatio qu0
est à came et mundo ; sed malitiae daemonam
non sufficit, qus utroque utitar ad hominum
impugnationem. Sed tamen ex divina ordim-
tione hoc provenit in gloriatn electorum.
ARTICULUS n.
Virùm tentare êit proprium diaboli.
Ad secundum sic proceditur. Videtur qoM
tentare non sit proprium diaboli. Didtur enim
Deus tentare , secundum illud Gen. , XXH :
a Tentavit Deus Abraham, o Tentât etiam caro
et mundus; et etiam homo dicitur tentare Deum
et hominem. Ergo non est proprium dsmonis
tentare.
S. Prsterea, tentare est ignorantis. Sed d«-
mones sciunt quid drca homines agator. Ergo
dsmoaes non tentant.
Î18 PARTIE I, OtlESTIOÏC CXIV, AETICLB 2.
3<> La tentation est la Yoie qui conduit au péché. Or^ le péché glt dans
la Tolonté. Comme les démons ne peuvent pas changer la volonté de
lliomme^ ainsi que nous l'avons démontré plus haut, il s'ensuit qu'il
ne leur appartient pas de le tenter.
Mais le contraire est renfermé dans ces mots de TApAtre , L 27ie$sa{.,
ni; 5 : a De peur que vous n'eussiez été tenté par celui qui tente , » c'est-
à-dire par le diable , ajoute la Glose, dont l'affaire est de tenter.
(Conclusion. — La tentation qui a pour but d'entraîner au péché est
tellement le propre du diable, qu'elle ne peut être suscitée par l'homme
qu'autant qu'il se fait le ministre du diable. )
Tenter n'est autre chose, à proprement parler, que faire une expéri-
mentation sur quelqu'un. Or, une expérimentation n'est faite sur un
siget que pour arriver à savoir quelque chose qui le concerne ; d'où il
suit que la fin prochaine de la tentation est la science. Vais souvent on
poursuit ultérieurement une autre fin bonne ou mauvaise : bonne, quand
on se propose de savoir ce qu'est un individu pour l'exciter à progresser,
soit dans la science, soit dans la vertu; mauvaise, quand on se propose
en cela ou de le tromper, ou de le corrompre. On peut voir de la sorte
dans quel sens il faut entendre la tentation , selon les agents auxquels
on l'attribue. Quand on dit qu'un homme tente, on entend quelquefois
qu'il se propose uniquement de savoir; dans ce sens, tenter Dieu est
regardé comme un péché, parce que l'homme veut, en quelque sorte,
éprouver jusqu'où va la puissance de Dieu , touchant laquelle il est dans
l'ignorance. Parfois l'homme tente dans la vue de procurer un bien, et
parfois c'est dans l'intention de nuire (I). Mais le diable poursuit tou-
jours ce dernier but en poussant l'homme au péché; c'est pour cela que
(1) Gela est vrai, sans doate; mais alors même «pie Thoinme tente pour noire , il se pro-
pofe toqjoars an bien , bien mat compris, bien qui est un mal réel; l*bomme teolefois y voit
un bien; sans cela, T homme cesseroit un moment de vouloir son bonheur, ce qui est absolu-
ment impossible, selon la doctrine de notre saint auteur. Dieu ne tente que pour le' bien; le
diable ne tente qne pour le mal ; et, d*après les principes établis dans cette thèse , Tbomme
peut devenir le mintatn de Tuii on de 1*4
I. Pneterea, tentatio est via in peccatum.
Peecatnm autem in voluntaie consistit. Cùm
ergo dsmones non possmt Tolontatem bominis
immatare, ut per snprà dicta patet, videtor qu6d
ad 606 non pertioeat tentare.
Sed contra est , quod dicitar I. ad ThessaL,
m : « Ne forte tentaverit vos is <|ai tentai. »
Gloasa : <c id est diabohis, cujns offidom est
téotate. »
( Cœiausio. — Tentare , nt noceat in peeca-
tnm pnectpitando^ ita diaboli proprinm est ut
bomini non c4Bnpetat nisi ni diaboli ndnistro. }
Respondeo dicendum, qu6d tentare est pro-
priè experimentnm sumeie dealiqoo. Expcri-
mentnm antem snmitur de aliquo , ut sciator
-irca ipsum; et ideo proximos finis eu-
#k I « «*•• • «1
juslibet tentaniis est sdentia. Sed quandoqne
nlteriùs ex scientia qiueritur aliquis alius Unis,
vel bonus vel mains. Bonus quidem , sicut cùm
aliquis vult scire quaiis aliquis sit, Tel qnantnm
ad sctentiam^ vel quantum ad viftutem^ ut eum
promoveât; madas autem^ quando hoc scire vult,
ut eum deeipiat vel subvertat Et per hune mo-
dum potest accipi^ quomodo tentare diversis
diversimodè attribuatur. Homo enim tentare
didtur, quandoque quidem ut sciât tantftm; et
propter hoc tentare Deum dicitur esse pecca-
tum, quia homo^ quasi incertus^ experiri prac-
snmit Dei virtutem. Quandoque rtstb tentât ut
juvet, quandoque veid ut noceat. Diabolus autem
semper tentât ut noceat, in peccatum prccipi-
tando; et secundùmhoc dicitur proprinm of&cium
DES ATTAOnSS MS DÉU09S, 119
Ton dit qfue son ofSce propre est de tenter. Quand rhomme lente dans
oette intention, il se fait en eela le vrai ministre du diaUe. Dieu tente
pour savoir^ ou plutôt pour faire que les autres sachent; unique sens
dans lequel on puisse entendre oette parole. VoOà poinrquoi il est dit
dans rEcriture, Deuter., XIII ^ 3 : « Le Scieur votre Dieu tous tente afin
que Ton voie clairement si vous Taimez. j> La chair et le monde tentent
aussi, mais comme de simples instruments et d'une manière purement
matérielle; et cela pour qu'on puisse aiosi connoitre ce qu'est un homme,
selon qu'il suit ou qu'il repousse les concupiscences de la chair, selon
qu'il aime on méprise les prospérités du monde, qu'il craint ou brave ses
calamités ; moyens que le diable emploie aussi pour tenter les honunes*
De là résulte clairement la réponse au premier argument
Les démons connoissent ce qui se passe extérieurement par rapport à
l'homme; mais les dispositions intérieures de l'homme ne sont connues
que de Dieu, seul véritable appréciateur des esprits; et c'est par ces dispo-
sitions que les hommes sont plus inclinés vers un vice que vers un autre.
Le diable tente donc l'homme pour explorer ses dispositions intérieures,
afin de le pousser au vice pour lequel l'homme a le phis de penchant.
S' Bien que le démon ne puisse pas changer la volonté humaine, il
pent cependant, comme nons l'avons dit plus haut, produire quelques
modifications dans les forces inférieuies de l'homme, ce qui réagit sor
sa volonte, non par nécessité, mais par inclinaticm.
ARTICLE in.
Tous les péchés prtmiennerU'dIs de la tentaHùn du diable?
n paroit que tous les péchés proviennent de la tentation du diable.
1<> Saint Denis dit. De div. Nom., IV : a La foule des démons est la cause
^U8 tentare. Nam etsi homo aliqaaado sic teatei, t
hoc agit in quantum est minister diaboii. Deus |
autem tentare dicitnr ut sdat^eomodo loquendi,
^0 dicitur scire qnod fadt alios scire. Unde
dicitur Deuier,, XIII : « Tentât vos Dominus
Deos vester^ ut ];»lam fiât utrùm diligatis eum. »
Caro etiam et nrandus dicnntor tentare, instru-
mentaliter seu materialitet, in quantum scilicet
potest cognoflci qualis ait homo, ex hoc qu5d
sequituT vd répugnât ooncupiseentiis carnis ,
et ex hoc quM contemnit prospéra mundi et
adtersa; qiûbut etî^m diabolns utitur ad ten-
tanduffl.
Et sic patet solutio ad primum.
Ad seeondiimdicettdum, quèd dsmSBesfidunt
ea qnœ exteriùs aguntur circa homines; sed
interiorem hominis conditiosem solus Deus no-
vit, qui est spirituum ponderator , ex qua aliqui
sunt magis proni ad unum vitium quàm ad aliud;
et ideo diabolns tentât explorando interiorem
conditionem hominis, ut de iUo vitio tentet,
ad quod homo magis pronus est.
Ad tertium dicendilm, quôd d^mon, etsi non
possit immutare voluntatem, potest tamen, ut
suprà dctum est ( qu. 111 , art. 4 ), aliquaUter
immutare inférions hominis vires; quibus etsi
non cogitur voluntas (1)^ tamen inUinatur.
ARTIG»LU8 m.
Vtrùm ommSa peecatà procédant ex tentaiéone
diiû/olu
Ad tertium sic proceditur. Videtur qu6d om»
nia peccata procédant ex ientatione diaboii,
Dicit enim Dionysins, IV. oap. De div. Nom.,
(1) N«que coactione quœ importât Tim, neque coactione qua imporiat necesùUtem
Aencutiqiie { al {{we S. Thomas dittinguit ex professo, dist. 25 , Ub. II. SeM*
quft-
i20 PARTIE l, QUESTION GXIT, ARTICLE 3.
de tous les maux^ soit pour eux-mêmes ^ soit pour les. autres. » Saint
Damascène dit également : « Toute malice et toute impureté ont été ima-
ginées par le diable, d
2" On pourroit dire de tous les pécheurs ce que le Seigneur disoit des
Juifs ^ Joan., YIU, kk : a Vous avez le diable pour père, d Or^ cela s'en-
tend de la ^suggestion du démon à laquelle ils obéissoient en péchant.
Donc tout péché provient de la suggestion du démon.
30 Gomme les anges ont pour mission de garder les hommes ^ les dé-
mons ont pour mission de les attaquer. Or, tout le bien que nous faisons
provient de Tinspiration des bons anges, puisque tous les dons de Dieu
nou§ parviennent p^ leur intermédiaire. Donc également tout le mal
que nous faisons provient de la suggestion du diable.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, conformément à ce que nous
lisons dans le livre Dt Tk/d. Dogm. : a Toutes nos pensées mauvaises ne
sont pas excitées en nous par le diable; il en est qui proviennent de notre
libre arbitre. »
(Conclusion. — Tous les péchés des hommes proviennent indirecte-
ment du démon , et directement du libre arbitre. )
Une chose peut être regardée comme la cause d'une autre de deux
manières : d'une manière directe et d'une manière indirecte. D'une ma-*
nière indirecte d'abord; ainsi l'agent qui produit une disposition vers
un tel effet, est appelé la cause occasionnelle et indirecte de cet effet,
comme quand on dit, par exemple, que l'homme qui coupe du bois est
la cause de ce que ce bois est brûlé. Ef dans ce sens on doit dire que le
diable est la cause de tous nos péchés , puisqu'il a été l'instigateur de la
(juèd « mnltitado dsmonam est causa omDium
maloram sibi et aliis. » Et Damascenus didt
( lib. U^ cap. 4 ), qaèd « omnis malitia et om*
sis immunditia à diabolo ezcogitatc sunt(l). »
2. Prsterea, de quolibet peccatored ici posset^
quod Dominus de Jadsis didt, Joan., VIII :
a Vos ex pâtre diabolo estis. » Hoc autem est^
in quantum ipsi ex diaboli suggestione pecca-
bant. Omne ergo peccatum est ex suggestione
diaboli.
3. Prsterea, sicut angeli deputantur ad eus-
todiam hominum^ ita dsmones ad impugnalio-
oem. Sed omnia bona qn» fadmus, ex sugges-
tione bonorum angelorum procedunt, quia di-
Tîna ad nos mediantibus angelis perferantur.
Eigo et omni?. mala que facimus, proveniunt
ex suggestione diaboli.
Sed contra est, quod dicitur in lib. DeEccies,
Dogm. (2) : « Non omnes cogitationes nostre
mais à diabolo excitantur, sed aliquoties ex
nostri arbitrii motu emergunL »
( CoNCLDsio. — Omnia bominum peccata k
dsmone indirecte causantur^ directe antem ex
arbitrii libertate. )
Respondeo dicendum, qndd cansa alicajus
potest dici aliquid dupliciter : uno modo directe,
alio modo indirecte. Indirecte quidem, sicut
cùm aliquod agens causans aliquam dispositio-
nem ad aliquem effectum, dicitur esse occasio-
naliter et indirecte cansa illius effectus ; sicut
si dicatur qu&d ille qui secat ligna , est causa
combustionis eorum. Et hoc modo dicendum est,
qu&d diabolus est causa omnium peccatorum
nostrorum; quia instigavit primum hominem
(1) Siva paul6 aliter : Omnti igiiwr molitia ex dmmonibut exeoçikUa 4ê «««Mito ed
( itfnmjh ) 9 ^ •< immundœ patsionêt.
(S) Inter opéra Augustini adulterina sive ascititia. Sed veru» Àngustinus in Serai. IH, de
diversis quem Possidias in Indiculo insinuai : Suni hominei qui eiim eœperint aecutari,
«urrift»! M exeutare. Àlim dicit : « Diabolus mihi fecit. » Aliui âicit : « Fortuna mihi
Uiut dieit t « Fato compulios aum. » CUm tis eue exeuitUor l«tM« triumpkat dêU
DES ATTAQUES DES DÉMONS. 121
ehate du premier homme ^ et que de cette chute est née, dans tout le
genre humain, une certaine inclination vers le péché. C'est ainsi qu'il
&ut entendre les paroles de saint Damascène et de saint Denis. Une chose
est dite, en second lieu, la cause directe d'une autre, quand elle agit
immédiatement pour la produire. Dans ce sens le diable n'est pas la
cause de tous les péchés ; tous les péchés ne sont pas commis à l'insti-
gation du diahle, plusieurs sont produits par le libre arbitre et la cor-
ruption de la chair; car, comme le dit Origène^ De PrindpiiSf 111, 2 :
c Lors même que le diaJble n'existeroit pas, les hommes éprouveroient
les appétits de la gourmandise, de l'impureté et des autres passions sem-
blables, x) Et c'est là une grande source de désordres, surtout dans l'état
de corruption où nous sommes tombés, à moins que de tels appétits ne
soient réprimés par la raison. Or, cette répression et cette sujétion à
Tordre sont du ressort de notre libre arbitre. Il n'est donc pas nécessaire
de penser que tous nos péchés proviennent de l'instigation du diable ; et
s'il en est qui proviennent de cette instigation, les hommes les com-
mettent a séduits par les mêmes flatteries auxquelles succombèrent nos
premiers parents , » comme le dit saint Isidore.
De là résulte clairement la réponse à la première objection.
2*' S'il est des péchés qui sont commis sans l'instigation du diable, les
hommes, en les commettant, peuvent néanmoins être nommés les en-
fants du diable, puisqu'ils prennent en cela pour modèle ce premier de
tous les pécheurs (1).
3» L'homme peut bien de lui-même tomber dans le péché; mais il ne
(1) La malice du diable rentre doue dans tout péché , d'une manière directe ou d*une ma-
nière indirecte,. G^est è cette conclusion que revient la doctrine du saint docteur sur cette
matière , quand on rapproche les divers passages où il en est parlé. L*£criture sainte et^la
tradition universelle s'accordent à nous montrer , dans le diable, le premier auteur de tout
ad peccandum , ex cajas peccato coQsecuta est
in toto génère humano qoxdam pronitas ad om-
nia peccata. Et per hune modum intelligenda
sunt verba Damasceni et Dionysii. Directe autem
dicitur esse aiiqoid caosa alicujuB, qaod opéra-
tnr directe ad Ûlad; et hoc modo diabolus non
est causa omnis peccati : non enlm omnia pec-
cata committuntur diabolo instigante, sed qui-
dam ex libertate arbilrii et carnis corraptione ;
quia, ut Origeaes dlcit (lib. lU. Periarch,,
tire De principiis, cap. 2 ^] « etiamsi diabolus
non esset, homines habereatappetiium cibornm
et venereorum, ethujosmodi; » circa qos multa
inordinatio contigit, nisi per rationem talis
appetitus refraenetur, et maxime supposita cor-
ruptione naturae. Refrxnare autem et ordinare
hujasmodi appeiitum , subjacet libeio arbitrio.
Sic ergo non est necessarium omnia peccata ex
instinctu diaboli provenire ; si qua tamen ex
insUactu ejus proveaiunt, ad ea compleuda
<f eo blandimento decipiuntar homines nauc,
quo primi parentes, » ut Isidorus dicit (1).
Et per hoc patet responsio ad primum.
Ad secundam dicendum^ quôd si qua peccala
absque instinctu diaboli perpetrantor, per ea
taoien fiunt homines filii diaboli, in quantum
ipsum primo peccantem imitantur.
Ad tertinm dicendum, quôd bomo potest \^çt
oeeusator luw. VU ergo faeere quod doléat et gemat aceusator (uus^ id est diabolus ? Die
Deo tuo : Ego^ ego, non diabolus, non forluna, non fatum, etc. Et Ghrysostoomus, Homil. LIV
in Àela: Multi eliam absque diabolo pereunt; non omnia profeetô ipse faeiis sed mu! la
passim ex ignavia noslra fiunt , ete,
(1) Ub. m. De summo bono^ sive Sentent., cap. 5, num. 20, bis verbis : Eodem 5/an-
dimento decipiuntur nu»e per diaboium homines quo protoptasii in paradiso sunt deeepti.
peil trdbxt €b njérite sus k n^xns dhîs, qpî loi est
c±i> Vfe ds snz^'s. Cest âisi qmt les aoses o>?fèr«l i Ici
bscrzjcs onrrKs ; tmdis qœ tas nos ]iéchésiie ^ocèdent posé? b^v*
f^^tirii d>t démoli A joQlaiB cepeadant qnil n'ea^
qci iK pcise pror^ir de la snzgeslija diafaaliqTie.
ABTICLE IV
n paroU que les démons ne peirvent pas sédoiie les hoBunes par quel-
ques Trais miracles. 1* La paissanœ d^ démons se manifestera snrtC'Ut
<îan3 les oenvres de Tantechrist. Or, d'aprte ce que dit TApi-tre. II. The$$.,
II, 9 : ff L'aTènement de celm-ci aura lieu par l'opération de Satan, avec
tontes sort^ de miracles, de signes et de prodiges mensongers. » I>oac,
à pins forte raison, les démons n'opèrent-jls, en d'antres temps, qae de
(anx prodiges.
2* Les vrais miracles impliquent mi cliangement opéré dans les corps.
Or, les démons ne peuvent pas changer la nature des eorps, selon ce que
dit saint Augustin, De Civ. Dei, XYUI, 8 : t Je ne puis en aucune façon
admettre que le pouvoir et les artifices des démons puissent changer le
corps d'un homme, pour en faire le corps d'une bëte. > Donc les démcms
ne peuvent pas opérer de vrais mirades.
3* Un argument n'a plus de valeur quand il s'ai^que paiement aux
contraires. Si de vrais miracles peuvent donc être iaits par les démons
pour persuader Terreur, il s'ensuivra qu'ils n'auront plus aucune efiBca-
cité pour établir la vérité. Biais cela répugne, puisqu'il est dit au dernier
chapitre de l'évangile sebn saint Ifarc : « Le Seigneur manifestoit son
oui : H est , selon U parole même de Jéfos-Ghrist, le père des méchaMi; 3 esl
déf rorigliie do Boade. Uiie idée q«i dow est égalemeiit traMBiie par celte deihle
de r£eritiire et de la tradition , c*est qoe le mensonge ei la complion procèdeni dn diable^
comme d*nne fooree commnne.
f eipnm mère in peccaiiuB ; sed ad meritam
proûoere non poteA, nisi aozflio divino, qood
homini exhibetor medianie ministeno angelo-
rufo. Et ideo ad omnia bona nwtra cooperantor
angeli; non tamen onmia peocata noetra pm-
cedont ex daenionam soggesttone; qoaarvis nol-
him gênas peccati sit, qnod non inteidum ex
dcmonom soggestioDe proveniat.
ARTICULUS ÏV.
Otfim dœmoneg pomnt Aomtiicr tedueert
miraculù.
Ad qoartum sic proceditnr. Vîdetnr qoôd dae-
menés non possint bomines sedncete petaliqoa
miracala vera. Operatioenim damonnm maxime
^gebit in operibus antichristi. Sed, sicat Apo-
lot dictt, U. ad Theual,^ U, « ejusadven-
tqs est seeiBdbm operationem Satina in omi
▼ntote, et signis et prodigiis mendadbos. »
Ergo mnlt6 magts abo tempon per dsmones
non fiant nisi signa mendacia.
2. Preterea, nn nûracnla per aUqoim eor-
porum immotatiooem fiant. Sed dcmones non
possont immntan oorpos in aUam nttaim;
diât enim Angnstinos, XVIII. De Cimt. Dei
(cap. 8 ) : c Nec corpus qnidem bomanom alla
ratione ciediderim dsmonom arte irel potestate,
m membra bestialia posse oon^reiti. » fii^ dft-
mones yera miracala facere non possont.
S. Pneterea, argnmentam efficaciam non ba-
bet qnod se babet ad opposita. Si eigo miracula
vera possont fieri à dAmooibtts ad £alsitatem
perBoadendam, non ematefficacia ad Teritatem
fidei confiRnandanu Qood est inoonveninif
DES ATTâOTTES DES DÉHONS. 123
concours et conflrmoît la parole par les prodiges qui l'accompagnoieiit. »
Mais saint Augustin dit fonnellement le contraiTe , QuœsU LXXXIIÏ :
« L'art magique fait des miracles sourent semblables à ceux qui sont
opérés par les serviteurs de Dieu (i). »
(Conclusion. — Les démons n'ayant qu'une puissance créée , ne peuvent
pas, à proprement parler, faire des miracles; mais si l'on étend la signi-
fication de ce mot à tout ce qui dépasse la puissance humaine , il faut
reconnoitre alors qu'ils peuvent faire des miracles pour séduire les
hommes.)
Il résulte clairement de ce que nous avons dit ailleurs^ que si Ton
prend le miracle dans son sens propre et rigoureux, ni les démons ni
les autres créatures ne peuvent opérer des miracles; cela n'appartient
qu'à Dieu, puisque le miracle proprement dit est un phénomène qui se
produit en dehors de Tordre de toute nature créée; ordre, par consé-
quent, dans lequel est comprise toute puissance créée. Mais, parfois, on
prend le mot miracle dans un sens plus étendu, en tant que le miracle
dépasse la force et la pensée humaines. Et, dans ce sens, les démons
peuvent faire des miracles, c'est-à-dire, des choses qui étonnent les
hommes, à cause de l'impossibilité où ils sont de les accomplir ou même
de les comprendre. L'homme lui-même, quand il fait quelque chose qui
dépasse le pouvoir et Tintelligence des autres, les frappe d'admiration,
et semble, à leurs yeux, avoir fait im vrai miracle. 11 faut remarqua
que les oeuvres des démons qui tiennent du prodige et nous semblent des
(f) La pensée de tttait Avgusilii, qui est celle de aaint Tboms, va s^éelaiioir et te pré-
ciser dans le corps de Farilele et dans la réponse am objections. Ces deu saints docteurs
n'entendent nnllenient confondre les vrais miracles, les miracles opérés par le ponvoir dîvla,
en favenr de la réTélation et pour le bonheur des bonmes , avec les Cails prodigievi qu*ime
disposition particulière de la Providence peut permettre aux démons d'opérer pour tenter les
hommes ou les punir. Parmi les moyens que Dieu nous a donnés pour distinguer les vrais
miracles des faux , il en est un quMl importe de rappeler surtout à notre époque ; c'est de
considérer le but ou bien la doctrine dont le miracle est r instrument; car si la doctrine est
puissamment appuyée par les miracles , elle sert beaucoup aussi à les discener; et cela en
vertu de ce principe , que le pouvoir divin ne sauroH Jamais être au eervioe de Pemur on du
mal.
cùm dicatur Marc, uU. : « Domino coopérante
et sermonem confirmante seqoentibus signis. »
Sed contra est, quod Âugustinus dicit, lib.
LXXXni Quœsiion, ( qu. 79 ), qaèd a magicis
artibus ftimt miracnla, pleramque similia illis
miraculis qu» fiunt per servos Dei. n
( CoKCLusio. — Dsmones, cdm vîrtos eonim
creata sit, miracnla propriè fàcere nequeunt;
extenso tamen nomine ad omne id qaod huma-
nam excedit facultatem, miracula fàcere possnnt
ad homines seducendos.)
Respondeo dicendom, qjabà sicut ex suprà
dictis patet (qn. 110, art. 4), si miraculum
propriè accipiatur, dsmones miracula facere
non possnnt; nec aliqua creatura, sed soins Bens;
qnia miraculom propriè dicitur quod fit prster
ordinem totins natur» creatie; snb qno <miine
continetnr omnis virtus creata. Dicitur tamen
quandoque miraculnm large ^ quod excedit ha-
manam facultatem et eonsiderationem. Et sic
daemones possnnt facere miracula ^ qus sdlicet
homines mirantur^ in quantum eorum f4culta-
tem et cognitionem excédant. Nam et anas bomo
in quantum facit aliquid quod est rapra facul-
tatem et conditionem alterins, dadt alium in
admirationem soi operis, ut quodammodo mi-
raculam videatar operari. Sciendum est tamen,
quèd quamvis hajusmodi opéra dsmonam que
m PARTIE I^ QUESnON GXXV, A&TICLE U.
miracles, quoique ne s'élevant pas à la haateur du miracle proprement
dit, sont néanmoins quelquefois des choses réelles. Ainsi les mages de
Pharaon, par la vertu diabolique, produisirent de vrais serpents et de
véritables grenouilles. De même, quand le feu tomba du ciel et dévora
tout-à-coup les serviteurs de Job avec tous ses troupeaux; quand un
tourbiUon ensevelit tous ses enfants sous les ruines de la maison où ils
étoient réunis , tout cela étoit sans doute l'œuvre de Satan , sans qu'on
puisse y voir toutefois quelque chose de fantastique, ainsi que le dit saint
Augustin, De Civit. Bel, XX, 18.
Je réponds aux arguments : 1® Saint Augustin dit, dans le passage
cité, que les œuvres de T Antéchrist sont appelées des signes menson-
gers, soit parce qu'il trompera les sens des mortels par des apparences
fantastiques, de telle sorte qu'il semblera opérer des prodiges qu'il
n'opérera pas en réalité, soit parce que, en admettant même la réalité
des prodiges, il s'en servira pour entraîner les hommes dans l'er-
reur.
2^ Ainsi que nous l'avons dit plus haut, question ilO, la matière cor-
porelle n'obéit pas à la simple volonté des anges, bons ou mauvais, et les
démons ne peuvent pas, dès lors, faire passer la matière d'une forme à
Tautre; mais ils peuvent produire des eJBTets de ce genre, en employant
certains germes qui se rencontrent parmi les éléments ; c'est ce que dit
saint Augustin, be Trin., 111, 7 (1), On peut dire, par conséquent, que
(1) Le Mlnt éiréque d*Hippone yent eipliqner , dans ce passage , poorqaoi les magiciens de
la cour de Pharaon imitèrent qnelques-ans des prodiges opérés par Moïse , et pourquoi ils ne
purent pas imiter les autres. Puis il ajoute : a Nous pouvons comprendre par là que les anges
préyaricateurs , de qui seuls les arts magiques doivent tenir tout ce qu'ils ont de puissance ,
ne peuvent rien eux-mêmes que par une permission supérieure et divine. Or, cette permission
n*est donnée que pour envelopper, dans leurs propres fllets, ceux qui veulent tromper les
autres ,.••• OQ bien pour exercer, éprouver et manifester la patience des justes. G*e8( ce que
nous voyons encore dans le saint homme Job. »
Saint Augustin dit encore un peu plus loin : a II ne faudroit pas croire, certes, que les
onges mauvais ont la puissance créatrice , parce que nous voyons les magiciens , dans leur
lutte impie contre les serviteurs de Dieu , produire des grenouilles et des sei)>ents. Non ; les
germes divers des êtres soumis à la génération se trouvent répandus et disséminés parmi les
éléments de ce monde ; et le pouvoir peut être donné aux mauvais anges d*exercer, à certains
moments, leur action sur ces germes. »
nobis miracula yidentur, ad veram rationem
miraculi non pertingant^ sunt tamen quandoque
vers res : sicut magi Pharaonis, per virtutem
dsmooum , veros serpentes et ranas feceront.
Et quando ignis de cœlo cecidit, et familiam
Job cuiD gregibas pecorum uno impetu coa-
sompsit, et tuito domum dejiciens tilios ejus
occidit, quœ faerunt opéra Satan»^ et pbantas-
mata non faerunt^ ut Augustinus dicit, XX.
De Civit. Det (cap. 18).
Ad primum ergo dicendum, qu6d sicut Augus-
iicit ibidem, Antichristi opéra possiint
"« signa mendaciip vel quia mortales
sensus per phantasmata decepturus est, ut que
non facit videatur facere , vel quia si sinl vera
prodigia, ad mendadum tamen pertrahent cre-
dituros.
Ad secundum dicendum^ quôd sicut snpià
dictum est (qu. 110, art. %), materia corporalis
non obedit angelis bonis seu malis ad nutum,
ut dstnones sua virtute possint transmutare
materiam de forma in formam; sed possunt
adhibere qusdam semina, que io elementis
mundi inveniuntar, ad bujosmodi efféctus com-
plendos, ut Augustinus dlcit^ III. De Trin,
EX ideo dicendum est qudd omnes transmuta»
DES ATTÂQÏÏES DES DÉMONS. 125
toutes les transmutations corporelles qui peuvent s'opérer par les forces
de la nature, à laquelle appartiennent tous ces germes divers, peuvent
être produites, au moyen de ces mêmes germes , par l'opération des
démons. C'est ainsi que certaines choses peuvent être transformées en
serpents ou en grenouilles, de tels animaux pouvant être produits par la
putréfaction. Mais les transformations de l'être corporel , qui ne peuvent
pas être accomplies par une vertu naturelle, sont complètement au-dessus
du pouvoir des démons. Ainsi les démons ne peuvent , en aucune ma-
nière, changer un corps humain en celui d'une bête, ni faire que le corps
d'un homme mort reprenne la vie; et si parfois cela semble se produire
par l'opération des démons, ce n'est jamais dans la réalité, mais bien
dans une trompeuse apparence. Ce fait peut arriver de deux manières :
d'abord par une impression subie par l'homme même, en tant que le
démon peut modifier notre imagination et, jusqu'à un certain point, nos
sens corporels, de telle sorte qu'une chose nous paroisse autrement
qu'elle n'est, ainsi que nous l'avons déjà dit; ce qui pourroit également
s'expliquer par l'influence des choses corporelles. En second lieu , ce fait
peut se produire par un moyen extrinsèque; car le démon ayant le pou-
voir de former, avec l'air condensé , un corps d'une forme quelconque,
de manière à se rendre visible sous un tel déguisement, il peut , par la
même raison , prêter à un homme une forme étrangère , et le faire
ainsi paroitre sous des traits mensongers. Voilà pourquoi saint Augustin
a dit. De Civit. Dei, XYIII, 18 : a L'imagination de l'homme, qui, dans
les rêves de sa pensée ou pendant son sommeil, s'égare à travers les
formes innombrables des choses, peut revêtir, en quelque sorte, la figure
d'un animal quelconque, et frapper ainsi les sens d'un autre homme. »
Ce qui ne veut pas dire que notre puissance Imaginative, ou son espèce
propre et personnelle prenne un corps et se montre aux sens d'un autre;
mais bien que le démon, après avoir formé une espèce quelconque dans
tiones corporaliam renim qus possunt fieri per
aliquas virtates natorales^ ad qiias pertinent
praedicta semina, possunt fieri per operationem
dcmonnm, hiyusmodi seminibus adhibitis :
sicQt cùm sdiqus res transmutantar in serpentes
vel ranas, qus per putrefactionem generari
possunt. niae ver6 transmatationes corporalmm
remm qns non possunt virtnte oatars fleri ,
onllo modo operatione dsmoDom secundùm rei
veritatem pertid possunt : sicut qo5d corpns
bumanum mntetur in corpus bestiale, aut qubd
corpus booiinis morluum re^iviscat. Et si ali-
quando aliqnid taie operatione dsmonum Geri
videatur, boc non est secundùm rei veritalem,
sed secundùm appaienliam tantùm. Qnod qni-
dem potest dupliciter contingere. Uno modo ab
i&teriori, secundùm qnôd daernon potest mutare
pbantasUo bomiais, et etiam seosus corporeos»
ut aliquid videatur aliter qoàm sit , sicut supri
dictum est; et boc eliam interdum fieri dicitur
virtnte aliqnarum remm corporalium. Âlio modo
ab exteriori; cùm enim ipse possit formare
corpus ex aère cujuscunque forms et figur»,
ut illud assumens in eo Tisibiliter appareat^
potest eadem ratione circumponere cuicunqae
formam corpoream , ut in ejus specie videatur.
Et boc est quod Augustinus dicit , XVIIL De
CiviU Dei ( cap. 18 ) , quôd « phantasticum
bominis, quod etiam in cogitando, sive som-
niando, per rerum innumerabilium gênera va-
riatur, velut incorporatum inalicujus animalis
effigie, sensibus apparet alienis. » Quod non
est sic intelligendum qu5d ipsa vis pbantastica
bominiSy aut species ejus eadem numéro incor^
porata, alterius sensibus ostendatur; sed quia
dsmon qui in pbantasia oniushominis format
1^6 FAETIE I^ QUESTION GXIT^ ARTICLE 5*
rimagination de rhomme^ peut offrir une espèce semblable aux sens
d'un autre homme.
S^" D'après le sentiment de saint Augustin^ QtuJMt. LXaaIu. c Quand
les magiciens font ce qae font les saints , ils le font dans nn autre bat et
d'une autre manière : les uns cherchent leur propre gloire^ et les autres
cherchent la gloire de Dieu; les uns agissent ainsi par des moyens
secrets^ les autres accomplissent leurs œuvres publiquement et par
Tordre de Dieu^ à qui sont soumis tous les êtres créés.
ARTICLE V.
Le démon qt/un homme a vaincu eat-il pour cela mis hors é^état de VaUaquer
de nouveau?
n parolt que le démon qu'un homme a vaincu^ n'est pas pour cela mis
hors d'état de l'attaquer de nouveau. !<> Le Christ a vaincu , de la ma-
nière la plus complète , l'esprit tentateur. Le tentateur l'attaqua cepen-
dant de nouveau^ en excitant les Juifs à le faire mourir. Donc il n'est pas
vrai que le diable cesse d'attaquer après avoir été vaincu.
2* Infliger un châtiment à celui qui a succombé dans la lutte^ c'est
l'exciter à renouveler ses attaques avec plus d'ardeur. Or, cela ne s'ac-
corde pas avec la miséricorde de Dieu. Donc les démons vaincus ne sont
pas mis hors de combat.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après ces paroles de l'Evangile,
Matth., IV, il : a Alors le diable s'éloigna de lui, » c'est-à-dire, du
Christ vainqueur.
(Conclusion. — Le démon , vaincu par un homme, cesse de le tenter,
non pour toujours, mais pour un temps.)
Quelques-uns pensent que le démon vaincu , ne peut plus désormais
tenter aucun homme, ni pour le même péché, ni pour un autre. D'autres
disent qu'il peut tenter d'autres hommes, mais non le même. Et cette
aliquam speciem, ipse etiam potest similem
speciem alterius sensibuB offerre.
Ad tertium dicendnm^ qudd sicat AuguBtinus
dicit in Ub. LXXXHI Quasiiofu (at suprà),
a cùm talia fddant magi qaalia sancti^ diverse
fine et diverse jure fiant : isti enîm faciunt
qnsrentes gloriam suam, illi qusrentes gloriam
Del; et isti fadnnt per qosdam privata com-
merda, iUi autem publica administratione et
jnssn Del, coi cnncta creata sobjecta sont. »
ARTICULUS V.
Vtrum dmmon, qui superatur ab alipto, propUr
hoc ab impugnatUme areeatur.
Ad qointam sic proceditor. Videtur qaôd
dffimon qui superatur ab aliquo, non piopter hoc
"ipugnaUone areeatur. Christus enim effi-
cacissiinè suom tentatorem vidt. Sed tamen
postea eum impugnavit, ad ocdsionem ejus
Judeos indtando. Ergo non est ventm qnbd
diabolus vietos ab impagnatione oesset.
2. Pncterea^ infligere pcenam ei qui in pugna
succumbit, est indtare ad acriàs impogoandom.
Hoc autem non pertinet ad Dei misetiooidiam.
Ergo demones superati non aroentnr.
Sed contn est, qood didtu Matth», IV :
a Tune reliquat enm diabolos» » sdlioet Chiistani
superantenu
( CoiiGLDSio. ~ DttfiM» saperatus vaeat à
tentatione ejnsdem, noB8emper,8ed ad tompos.)
Respondeo dioendom, qa5d quidam dicnnt
qnôd dsniOB superatas nuUom hominem potest
de cetero tentaze» nec de eodem» neo de alio
peocato. Quidam antem diconi qu&d potest alios
DE L'ACTION DE IX GKÉATUBE GORÏOBELLE. 137
opinion paroit plus probable quand on Tentend au moins d'un temps
limité. Yoilà pourquoi il est dit^ Luc., IV, i3 : < Tous les moyens de
tentation étant épuisés, le diable s'éloigna du Christ pour un temps, d Et
Von peut donner de cela deux raisons : Tune est puisée dans la pensée de
la bonté divine; car, comme le dit saint Chrysostôme, dans son commen-
taire de saint Matthieu, a Le diable ne tente pas les hommes autant qu'il
le voudroit , mais uniquement autant que Dieu le permet ; Dieu permet
bien une certaine tentation, puis il y met des bornes, à cause de l'infir-
mité de notre nature, d La seconde raison se prend de l'astuce même du
diable; ce qui fait dire à saint Ambroise, expliquant ce passage de saint
Luc : a Le diable craint de renouveler ses attaques, parce qu'il ne veut
pas subir plusieurs défaites successives. x> Mais que le démon revienne
attaquer celui dont il s'est auparavant éloigné, cela ressort clairement de
ces paroles , Matih., XII, 4(k : «Je retournerai dans ma maison, d'où je
suis sorti. x>
La réponse aux objections est renfermée dans ce que nous venons de
dire.
QUESTION CXV.
Après cela, nous avons à traiter de l'action de la créature corporelle,
puis du destin, qu'on at^ue à certains corps.
Sur le premier objet, six questions se présentent : 1» Y a-t-il des corps
actifs? 2*> Y a-t-il, dans les corps, des causes séminales? 3<> Les corps cé-
lestes sont-ils la cause de ce que produisent ici-bas les corps inférieurs?
tentare, sed non etimdem. Et hoc probabiliùs
didtur, si tamen iateiligator usqoe ad aliquod
teropus. Unde et Ltic., IV, dicitur qo5d « con-
Bummata omni teotatione , diabolos recessit à
Cbristo osque ad tempus. b Et hujas ratio est
duplex. Uoa est ex parte divins clemenUœ,
^ia, ut Chrysostomos dldt super Mai th.,
« non tamdin bomines diabolns tentât quamdiu
volt , sed qoamdia Deus permittit ; quia , etsi
permittat paulisper tentare, tamen repellit
propter inûrmam naturam. » Alla ratio sumltur
ex astotia dlaboli : ande Ambrosius dldt super
Luc, qu5d « diabolus instare formidat^ quia
frequentiùs refugit triumpbari. » Quôd tamen
aliquando diabolos redeat ad eum quem dimisit,
patet per illud quod dicitur Matth,, XQ :
a Revertar in domom meam, unde exivL 9
Et per hoc patet solutio ad ol:ijecta«
QDiESTIO CXY.
De aetione eorporalU ereatwrm^ M te» atUeuioe dMio.
Comequenter considerandom est de aetione
corporalis créature, et fiito, quod aliqoibas
corporibus attribuitur.
Circa actiones corporales quœruntur sex :
10 Utrùm aliquod corpus sit activum. f» Utrùm
in corporibus sint aliqus séminales rationes.
8« Utrùm corpora cœlestia sint causa eorum qus
bic per inferiora corpora ûunt. 4" Utrom ont
1^8 PAKTIE T, QUESTION GXV, ARTICLE 1.
4<» Sont-ils la cause d«s actes humains? S"" Les démons sont-ils soumis à
leur action? 6"» Les corps célestes agissent-ils par nécessité sur les choses
soumises à leur action?
ARTICLE L
Y a^t'U des corps actifs ?
Û paroit qu'aucun corps n'est actif, l"" Saint Augustin dit : cr Dans les
ehoses corporelles on trouve une action, mais non un agent; en Oieu^
nous voyons l'agent, et non l'action subie; l'agent et l'action se ren-
contrent dans les substances spirituelles. »
2o Tout agent, moins le premier, a besoin, dans son action, d'un
sujet qui soit susceptible de la recevoir. Mais au-dessous de la substance
corporelle ne se trouve pas une autre substance qui puisse recevoir son
action; car cette substance occupe le dernier rang dans les êtres. Donc la
substance corporelle n'est pas active.
3» Toute substance corporelle est délimitée par une certaine quantité.
Or, la quantité éloigne de la substance le mouvement et l'action , par ]a
raison qu'elle la détermine et la pénètre : c'est ainsi que l'air nébuleux
est hors d'état de percevoir la lumière. Et la preuve en est, que plus la
quantité d'un corps augmente, plus ce corps devient pesant et difficile i
mouvoir. Donc aucune substance corporelle n'est active.
&<> Tout agent tire sa puissance d'action de son union avec le premier
agent. Mais rien n'est plus éloigné de c« premier agent, qui est un être
parfaitement simple, que les substances corporelles, qui sont extrême-
ment composées. Donc aucun corps n'est actif.
causa hanianoram actaum. 5» Utrùm eorum
actionibus dsmones subdantur. 6« Utrùm cœ-
leslia corpora imponant necessitatem his quae
eorum actionibns subduntar.
ARTICULUS I.
Utrùm nliquod eorpu$ rit activum.
Ad prironm sic proceditur (t). Videtar qoôd
Aullum corpas sit activnm. Dicit enim Augas-
tinus qu6d a in reboâ invenitur aliquid actom
et non agens, sicut sant corpora ; aliqnid agens
et non actum, sicnt Dens; aliquid agens et ac-
tum^ sicot substanti» spiritnales (2). o
2. Praeterea, omne agens, excepto primo
agente , in suo opère indiget subjecto qnod sit
sosceptibile sus actionis. Sed infra substantiam
corporalem non est sobstantia qun sit recepli-
bilis suffi actionis, quia bsc snbstantia ienet
ultimnm gradum in entibus. Ergo substantia
corporalis non est activa.
8. Praeterea, omnis substantia corporalis con-
cluditur quantitate. Sed quantitas impedit sub-
stantiam à motu et actione , quia comprehendit
earo et mergitur in ea; sicut impeditur aer nn-
bilosus à perceptiooe luminis. Et hujus signum
est, qu6d qnantô magis accreverit quantitas
corporis , tantô est pouderosins et gravius ad
hoc quM moveatur. Ergo nuUa substantia cor-
poralis est activa.
4. Pneterea , omne agens habet virtutem
agendi ex propinquitate ad primum activnm.
Sed à primo activo, qnod est simplicissimom,
remotissima sont corpora, qns snnt maxûnô
composita. Ergo nuliom corpus est agens.
(1) Se his etiam Contra Cent., Hb. m , cap. 96.
(2) GoUigitar ex lib. De Civit. JDet > cap. 9, ubi ait non procul ante finem i Cauta rerum
quœ facil, née fU, Deui ett. Atiœ verô eaueœ et faeiunt et fiunt^ tteut sunt omnet ereati
epiritut, et maxime rationale, Corporalet auiem eautœ quœ magie fiunl quàm faeiMMt»
non eunt inter eaneae effieienlee annumerandœ, quoniam hoe poetunt quàd ex iptie faeiuni
epiriluum tolunlate§»
DE L'ACnOff BB LA. GBÉATCmS GORfOBELLB. J29
»• S'il y a^oit un principe d'action dans un corps, cette action auroit
pour objet ou la forme substantielle ou la forme accidentelle. Mais ce ne
peut être d'abord la forme substantielle; car s'il existe dans les corps un
principe d'action , ce ne peut être qu'une qualité active , et par là même
un accident ; et l'accident ne peut pas être la cause d'une forme sub*
stantielle^ puisque la cause est toujours supérieure i l'effet. Une telle
action ne pourroit pas non plus avoir pour objet la forme accidentelle;
« car l'accident ne s'étend pas au-delà de son sujet, » comme le dit saint
Augustin, De Trin., IX, 4. Donc il n'y a pas de corps actif.
Mais c'est la contraire qu'il faut dire, d'après ce que dit saint Dem*s
en parlant des propriétés du feu corporel , De cœL Hier., XV : a II ma-
nifeste sa supériorité par l'action et la puissance qu'il déploie sur les
matières qu'on lui présente. »
(Conclusion. — Comme le corps est composé de puissance et d'acte, il
est actif aussi bien que passif. )
Nos sens nous disent eux-mêmes qu'il y a des corps actifs. Or, tou-
chant l'activité des corps , il y a eu trois sortes d'erreurs. Quelques-uns
ont entièrement refusé l'action aux corps ; et telle est l'opinion d'Avicé-
bron, dans son livre Fontis vitœ, où, par les raisons que nous venons
d'indiquer, il s'efforce de prouver qu'aucun corps n'est actif, et que toutes
les actions, exercées en apparence par les corps, appartiennent à une cer-
taine vertu spirituelle, dont tous les corps sont comme imprégnés; ainsi,
dans sa manière de voir, ce n'est pas le feu qui échauffe, c'est la vertu
spirituelle dont le feu est pénétré. Cette opinion semble dériver de celle
de Platon ; car, d'après Platon, toutes les formes qui sont dans la matière
corporelle ne soiït que des formes participées, déterminées et restreintes
à cette matière, tandis que les formes séparées sont les causes absolues
de celles qui existent dans la matière. Or, de ce que la forme existant
5. Prsterea, si aliquod corpus est agens^ aut
agit ad formaoi substantialem , ant ad formam
accidentalem. Sed non ad formam substanlialem,
qaia non Invenilor in corporibus priucipium
actiouis^ nisi aliqoa qualitas activa, qus est
acddens ; accidens antem non potest esse causa
formas substaatialis, cùm causa sit potior quàm
effectns. Similiter etiam neque ad formam acci-
dentalem, quia « acddens non se eztendit ultra
SQum subjectam, » ut Augustinus dicit, IX. De
THru Ergo nallom corpus est activum.
Sed contra est, quod Dionysius, XV. cap.
Ccdest. hierarch., inter esteras proprietates
corporel ignis^ dicit quùd « ad susceptas mate-
rias manifestât sui ipsios magnitadinem^ activns
et potens. »
(CoMCLusio. — Corpus, quia ex potentia et
acia componitur, ut passivum est, tta et acti-
vum est.)
Respondeo dicendum, qu6d scnsibiliter appa-
ret aliqua corpora esse activa. Sed circa corpo-
rum actiones tripliciter aliqui erraverunt. Fue-
runt enim aliqui qui totaliter corporibus actiones
subtraxerunt Et bxc est opinio \vicebronis in
lib. Fontis viiœ y ubi perrationes, que tacts
sunt, probare nititur qu5d nullum corpus agit;
sed omnes actiones qus videntar esse corporum,
sunt actiones cujusdam virtutis spiritualis, qaar
peuctrat per omnia corpora : ita qu6d ignis,
secundiim eum , non calefacit , sed virtus spiri-
tualis penetrans per ipsuro. Et videtur hsc
opinio derivata esse ab opinione Platonis : nam
Piato posuit omnes Tormas quœ sunt in materia
corporali, esse parttcipatas, et determinatas et
contractas ad banc materiam; formas ver5 se*
paratas esse absoiutas causas formarum qus
sunt in materia. Secundùm hoc ergo qu6d forma
qus est in materia corporali , determinata est
lY. 0
dans la malière ooiiporeUe^ sê-, twxfB, déteimiiKé». àt telk matiiàrft' iiidiit-
dualisée par la quaalità^ Avicébioor prftendoifc: 91e Ift Ibcnift cesporelfe.
étoit comme, renferméoi et eiixoosGiiHd pas k qaaBlilié ^. pûiiûipe d'indi-
vidualisation j^ de maodàre s, ne pounoû? éteadoe: somaclion son une. msâm
maiâàre; la fenne. spiôLuelie et ifflmaitiiâeUe pooriuil seules, d'aprèe*
lui^ comjnuniqpieir son. afition,, parce; (gaf elle n'est pas limiiée par la quan-
tité. Mais cette raisesi ne^ prouye pas ({ue la forme coipoieUe ne soit pa&
un agent; û suit de là seulement qnfeile n'est pas un agent universel
Quand une chose» en efEst^. est pai!ti4{ipée^. il faut par là< même que ses,
propnétés la soient aussi. Ainsi dans la psoportÀonoù une chose partioipe
à la lufldîèse, elle participe, à la nature d'être visiUfi^ Mais agir 5 c'est-àr
dire Mre quelque chose en acte, est éminemment une propriété,, de
Tacte considéré en lui-même; et de là vient que» t(mt agent produit soa
semblable. 0 Par conséquent, de ce que une foorme n'est pas déterminée
par tme matière soumise à la quantité^ elle ab, pac là.mème„la.propidélé
d'agent. indéterminé et universel; et de ce que une forme est déternûoée
i telle matière, ^lle a la propriété d'agent restreint et particulier. Ainsi,
en admettant avec: las platoniciens^ la focma da feu.^ comme Ibrme suIk
stantieUe et séparée , œ seroit là , en qu^pe sorte ^ la cause de toute
ignition; mais telle forme de feu, qui se trouve dana telle matière cûp-*
porelle, est la cause de Uignition qui passe de tel corps A. tel autre. €e.qui
fait que cette action, a lieu par le contact de deux corps. L'opinion d'Avi*
cébion va cependant au-delà de celle de Platon. Platon, en effet ,.n'ad-
mettoit que des substances séparées;;quant aux acddants, il les ramenait
aux principes matériels>. c'est-à-dire, à la grandeur et à la petitesse, que.
ce. philosophe regardoit comme le& premiers contraires , comme d'autres
voient ces premiers contraires dans la raréfaction et la densité. VoilA.
pourquoi Platon et même Avicenne^ parfois d'accord avec lui, admettoient.
que les agents corporels agissent selon les formes accidentelles , et dis-
ad banc materiaro iadiTidaaUm per quantitatem,
ponebat ^vicebron quod àquantitalâ, prout est
individuatioDis principium, retbetur et arcetur
fonna corporalis ne posât se extendere per ac-
tîonem in aliam matenam; sed solùm forma
spirïtualis et immateiialis, que non est coaro-
tata per quantitatem, potest efiluere per actio-
nem in aliud. Sed.ista ratio non concludil quèd
forma corporalis non.sit agens, sed quèd non
ai agens universale. Secundùm enim qu6d par-
ticipalur aliquid, secunditoi hoc est necessarium
qa5d participetor id quod est propriom ei :
sieut quantum participatur de lumine, tantum
participatur de raiione visibilis. Âgere aatem ,
quod nibil est alind quàm facera aiiquid aotu,
est. per se proprium actus in quantum est aatus.
Unde et « omne agena agit sîbi simiia. » Sic
"^f^o es, boc qnOd aliipd est tonui non detei^
minata permateriam qnantitati suhjectam, babei.
quud sit agens indeterminatiim et universale;
ex boc ver6 qu5d est determinata ad banc ma-
teriam, babet qu6d sitagenscontrartum etpar-
ticuiare. Unde si esset forma ignis separata, ut
platonici posuerunt, esset aliquo mo.'o causa
omnis ignilionis; sed bsc forma ignis, que est
in bac materia corporali, est causa bujus igni-
tionis, qu« est ab boc corpore in boc corpua.
Unde et fit tulis actio per contactum duorum
corporuffl. Sed tamen bec opinio Avicebronis
superexcedit opinionem Platonis* Nam Plate
ponebat solbm formas substantiales separataa;
accidentia.verè reducebat ad principia matcrialia,
qusB sunt magnum et parvum, qus ponebat
ease prima contraria; sicut alii rarum et den^
nun. Et ideo tamPiato quàm Avicenna ioalû|ao
ipsum sequens, ponebant quM agentia goi|KV
DE l'àCTIOV de. LA' GRÉATOKÏ GORÏOSBIXE. 131
^lamt Ift matieœ alla forme sufasiantielle; mais en mamtenant toutefois
que le-dearakcpeifecUonnement de la' matière^ lequel n'a lien que par la
fomie subsimdelle, provient d'un principe immatériel. Telle est- la se^
conde opinion touchant l'action des corps ; nous en avons parlé ptus bant
en traitam de la création. La troisième opinioa est de Démocrite : ce pM-
lèsophe prétendoit que l'action des" corps avoit lieu par rémanation des
atomes ; qui passoient du corps agent dans les pores du corps passif.
Aristote repousse cette opinion ; et cela ^ parce qu'il en résulteroit que le
corps passif ne seroit pas modifié dans son entier^ et que la quantité du
corps agent diminueroit> par suite même de son action : deux choses qui
sent évidemment fisiusses. H faut dire^ par conséquent^ qu'un corps agit
en tant qull est ea acte^ et qu'un autre souffre ou reçoit cette action en
tsntqufil est en puissance (i).
Je réponds aux arguments : l^ La parole de saint Augustin doit être
^entendue de toute la nature corporelle^ considérée dans son ensemble;
car, au*dessous de cette nature, il ne s'en trouve pas, en efiTet, une autre
sur laquelle elle puisse agir, comme le nature spirituelle agit sur les
corps, et la nature incréée sur les créatures. Mais un corps se trouve
placé au-dessous d'un autre en tant qu'il est en puissance par rapport à
ce que l'autre possède en acte.
2^ La solution est évidente, d'après ce que nous venons de dire. H faul
(1) Oa*fl y ait un principe d*acUvité dans la création corporelle , c^èst ce dont il n*e8t pas
penni» de douter, à la vue des phénomènes qoi s*y produisent. Mais comment expliquer la
présence de ce principe actif dans une nature dont IMnertie sembleroit devoir être le carafi*
tère , comme le prétend du reste la science moderne? G*est ce que toute philosophie, selon
ooQS , a vainement tenté. La solution de saint Thomas , basée sur la distinction d*acte et de
pviaaance , ne nras parott pas , noua Torovions sans crainte , attaquer le fond de la difficulté.
Elle a du moins Tavantage d*éviter les écoeils signalés dans la doctrine de Platon el de sa»
disciples , doctrine selon laquelle toutes les vertus actives des corps iraient se pecdre dans ub
spkilualisme insaisissable et sans fondement.
ratia agnnt secandùm formas acddentales, dis-
ponendo iDsteriam ao formaa siibstaiitialero ;
Beà nltima perfectio, (,oe est per indoctioneiii
|orm« substaotialis, est à priocipio immateriali.
Et hsc est secunda opioio de actions corporuoi,
éb (\vê svprè dictum est, cùsn de creatione
ageretur (I). Teriia verè opiois fuit Democriti ,
^i pooebat actionem esse per effluiionem ato-
morum à corpore agente, et pHsioBem esse per
receptionem earamdem in poris corporis pa-
tieolis. Quam opinioneiii' improbat Aristoteles
Ul 1. De gênerai, (lest. 57 osqne ad 76).
Seqneretor eniin qnM corpus non piiteretur
par totom, et qnôd qnantilas corporis agentis
diminueretar ex hoc qnod agit : qus SQnt ma-
niteatè falsa. Dicendom est ergo , quèd corpus
agit, seaind6ni qnôd est io acto, in aliud cor»
pus aeeoftdùiD qoèd est ia potentia.
Ad prioniffl ergo dicendom, qo6d dtetoin
Augnstiûi est iotelligendiim de tota oatora cor*-
p«>rali simal accepta , que non habet aliquanr
inferiorem naturam infra se, in qnam agat ; sicnt
natttra spiritualis in corponlem, et natara in-
creata in creatam. Sed tamen nnum corpos est
infra alterum^ in qaantnD est in potentia ad iê
qaod aliod habet in actu.
Et per hoc patet sohitio ad secondum. Scien-
dam est tMoen quM qnando Avieebion aie ar-»
(1) Mmirum qn. i5, art. S, ubi aliqui referuntur ponentes qnôd per raodnm crealionis àb
«g^nie separato causantur forme ; sed hoc eis dicitur accidisse propter ignorantiam fomus
quam non ronsideraveiunt coocreari dumtaxat , non creari t ut ibi explicatam pleniùs videre
est. Quod autem de teriia opinione subjungitur, velnt ex I. D$ yensrcMfon*^ babelur ibI
MbêA. &7 «B deinceps»
132 PAKTIB J, QUESTION CXV, ARTICLE 1.
néanmoins remarquer que lorsqu^Avicébron fait ce raisonnement : c It
existe un être qui est un moteur non mû, à savoir le premier auteur des
choses : il existe donc^ par la raison des contraires , quelqiie chose de
simplement mii et passif; » on peut lui accorder cela, s'il entend parler
ici de la matière première, laquelle est une pure puissance, comme Dieu
est un acte pur. Mais le corps se compose de puissance et d'acte ; aussi
est-il en même temps actif et passif.
3« La quantité ne prive pas la forme corporelle de toute action, comme
on Ta dit; elle empêche seulement que ce ne soit là un agent universel^
puisque cette forme est individualisée en revêtant une matière soumise
à la quantité. La preuve que l'on prétend tirer du poids des corps ne
sauroit avoir aucune valeur : d'abord, parce que la quantité ajoutée n'est
pas toujours une cause de pesanteur, comme le Philosophe le prouve; en
second lieu , parce qu'il est faux que l'augmentation de poiib rende le
mouvement plus lent, et qu'il faut même dire que plus une chose est
pesante, plus elle se meut d'un mouvement propre; enfin, parce que
l'action dont il s'agit ne se produit pas par un mouvement local, comme
le suppose Démocrite, mais bien parce qu'une chose passe de la puissance
à l'acte.
4« Le corps n'est pas ce qui s'éloigne le plus de Dieu ; car il participe
même, en quelque manière, quant à sa forme, à la ressemblance de
l'être divin. Ce qui s'éloigne le plus de Dieu, c'est la matière première,
puisqu'elle n'a d'action d'aucune sorte, et qu'elle est uniquement en
puissance.
5*> Le corps a une action, et sur la forme accidentelle, et sur la forme
substantielle. En effet, une qualité active ,. comme la chaleur, par
exemple, bien qu'étant un accident, agit néanmoins en vertu de la forme
substantielle, et comme son instrument. Voilà pourquoi elle peut même
agir sur la forme substantielle; comme la chaleur naturelle devient
gumenUtur : <c Est aliquid qaod est moveas
non ixiotutn, scilicet primug factor reram : ergo
exoppo3ilo est aliqnld quod est motum et patiens
tantùm ; » quod concedendum est. Sed hoc est
materia prima , quas est potentia para , sicut
Deus est actos punis. Corpus etiam compouitur
ex polenlia et actu ; et ideo est agens et patiens.
Ad tertium dir^ndum, qu6d quantitas non im-
pedit formam corporalem omnino ab aclione ,
sicut dictum est : sed impedit eam ne sit agens
universale, in quantum forma individualur ,
prout est in mnteria qaantitati subjecta. Signum
tamen quod inducitur de ponderositate corpo-
rum , non est ad propositum. Primo quidcm ,
quia additio quantitatis non est causa gravitatis,
ut probatur in IV. De eœlo et mvndo (text. 9).
Sprundô, quia falsum est quod pooderositas
tardiurem motum : imo quant6 aliqiiid est
gravius, tantô magis movetur motu proprio.
Tertiè, quia actio non fit per motum localem^
ut Democritus posuit, sed per hoc qu6d aliquid
reducit de potentia in actum.
Ad quartum dicendum , qu6d corpus non est
id quod maxime dist^it à Deo ; participât enim
aliquid de similitudine diviui esse, secundùm
formam quam habet. Sed id quod maxime distat
à Deo est materia prima , quœ nullo modo est
agens, cùm sit in potentia tantùm.
Ad quintum dicendum, quod corpus agit et
ad formam accidentalem, et ad formam substau-
tialem. Qualitas enim activa ( ut calor), etsi sit
accidens, agit tamen in virtute formœ substan-
tialiSf sicut ejus instnimentum ; et ideo potest
agere ad formam substantialem : sicut et calor
naturalis, in quantum est instrumeutum animas,
agit ad generalionein carni^. Accidens verô agit
DE l'action de la CRÉATURE CORPORELLE. 133
l'iDstrument de Tame dans les phénomènes de la vie* Un accident peut
même agir par sa propre vertu; car il n'est pas contre la nature de l'ac-
cident qu'il dépasse son sujet dans l'action; seulement il ne peut pas le
dépasser dans le mode d'être^ à moins que Ton imagine par hasard^ que
le même accident^ absolument le mème^ passe du corps agent au corps
passif, à peu près comme Démocrite entendoit l'action du corps par l'é-
manation des atomes.
ARTICLE U.
La matière corporelle renferme-t*elle des raisons séminales?
n paroît ((ne dans la matière corporelle il n'existe pas de raisons sémi-
nales. 1** Le mot raison indique quelque chose qui tient de l'être spiri-
tuel. Or, dans la matière corporelle il n'y a rien de spirituel, tout est
matériel, conformément au mode d'être du sujet. Donc la matière cor-
porelle n'a pas de raisons séminales.
2° Saint Augustin dit. De THn., III, 8 : a Les démons accomplissent
certaines œuvres en mettant secrètement en mouvement certains germes
qu'ils découvrent dans la nature, d Mais les choses susceptibles d'un
mouvement local sont des corps, et non des raisons. Donc il répugne de
dire que dans la matière corporelle se trouvent des raisons séminales.
S» Une semence est un principe actif. Or, dans la matière corporelle
n'existe aucun principe actif, puisque l'action n'appartient nullement à
la matière, d'après ce que nous avons dit. Donc il n'existe pas de raisons
séminales dans la matière corporelle.
4*» On admet dans la matière corporelle certaines causes rationnelles,
lesquelles semblent suffire pour la propagation des êtres. Or, les raisons
séminales sont autre chose que ces causes rationnelles ; car les miracles
se produisent en dehors des premières, jamais en dehors des dernières.
propria virtute; nec est contra rationem acci-
dentis, qnôd excédât sunm subjectum in agendo,
led qu6d excédât in essendo , nisi forsan quis
imaginetiir idem accidens nomero defluere ab
«gente io paliens, sicut Democritos ponebat fieri
ictionem per deilaxum atomoram.
ARTICULUS 11^
Vtritm in materia corporaH $itU aliquœ
rationeâ séminales.
Ad secundum sic proceditur (1). Videlar quôd
in materia corporali non sint aliqtiB rationes sé-
minales. Ratio enim importât aliquid secondiim
£sse spirituale. Sed in maleria corporali noa
«st aliquid epiritaaliter, sed materialiter tanlùm,
secondùm scilicet modom ejos in quo est. fc^go
in materia corporali non sunt séminales rationes.
2. Pncterea^ Angnstinus dfcit, IH. De Trin,,
qnôd « dxmones qiisdam opéra faciunt adhi-
bendo occullis motibus qusdam semina qas in
eleiiienlis coposcunt. » Sed ea qus per motuni
localem adbibenUir, sunt corpora^ non rationesL
Ergo inconvenienter dicitar quôd sunt in cor-
porali materia séminales rationes.
8. Prsterea, semeu est principium activnm.
Sed in maleria corporali non est aliqudd prin-
cipium activum, cùm materiœ non competat
agere, utdictum est. Ergo in materia corporali
non sunt séminales rationes.
4. Prsterea, in materia corporali dicuntur
esse qusdam causales rationes , qus viJentnr
sufllcere ad rerum productionem. Sed séminales
rationes sunt aliœ à causalibus ; quia prxter sé-
minales rationes fiunt miracuU, non autem
(1) De bis etism in II ^ Sent,, dist. 7. iofra exposilionem litter» sive textûs; ut et dist. 13,
■«rt. 1 } et dist. 18, art. 2 ; et qu. 7, de verit., art. 9 ad 5.
13ft PARTIE I^ QUESTION GTT, ARTICLE 3t.
Donc on ne doit pas admettre des raisons séminales dans la matière co^
porelle.
Mais le contraire est ainsi formulé par saint Augustin^ De Ttin., 111^.8:
«Toutes les choses corporelles qui naissent et se produisent à nos yeux
ont leurs germes cachés dans les éléments matériels de ce monde. »
(Conclusion, — Les raisons séminales, qui sont les principes actifs et
passîfe de la propagation et de toutes les transformations des êtres maté-
riels, existent de bien des manières différentes dans la matière corpo-
relle,)
Les dénominations des choses sont ordînaifement empruntées à ce
qu'il y a de plus parfait, comme le dit le Philosophe, De anim., II. Or,
dans toute la nature corporelle, ce qu'il y a de plus parfait ce sont les
corps vivants. Voilà pourquoi ce nom de nature est passé des choses
vivantes à Tensemble des êtres matériels; car ce mot nature désigne en
premier lieu, suivant la remarque d'Aristote, Metaph., V, 5, la généra-
tion des êtres vivants qui se nomme naissance (nativitas). Et comme
les êtres vivants proviennent d'un principe auquel ils sont unis, comme
le fruit Test à Tarbre, le fœtus à la mère, le nom de nature est consé-
queminent passé à Tensemble des principes qui constituent le mouve-
ment de cet univers. Or, il est manifeste que le principe actif et passif
de la propagation des êtres vivants sont^omme les semences d'où ils
proviennent. C'est donc avec raison que saint Augustin désigne toutes les
puissances actives et passives, qui sont les principes divers des généra-
tions et des transformations naturelles, sous le nom de raisons séminales.
Mais ces puissances actives et passives peuvent être considérées à différents
degrés. D'abord et avant tout, comme le dit le même saint Augustin,
Super Gènes, ad Lit., VI, iO, 18, elles sont dans le Verbe de Dieu
comme dans leur principe et leur source, c'est-à-dire, dans leurs types
prseter fauaales. Ergo iaconveoieoter dicitur
qabà semiDales ratiooes ùflt in maieria corpo-
ûli.
Sed contra est, qood Augustinus didt , UI.
De Tria. (cap. 8, ubi suprà) : «Oiiiniam re-
lum qun corporaliter visibililerque oascuatur,
occulta qasdam semina in isliscoiporeis mundi
hiyus eleneniis latent. »
(C(Mici.usio.—Ratiooe« séminales,' qii« sunt
activait passiva principia generatiooam et mo-
tanin naturalittai, in mateiia corporali muUis
modis reperiantur. )
Respondeo dicendum^ qii6d denominationes
consueverunt lieri à perfection, ut dicitur io
U. De anima. In tota autem natura corporea
perfection sont eorpora viva : uade et ipsum
nomen natura translatum est à rébus viventi-
bus ad omnes res naturales; nam ipsum nomen
"^t Ht Philosophus dicit in V. Metaphys.
(text. 6 ) , prifli6 impositum fuit ad si.^niOcaii-
dain generationem vivenliiim, qu» naituitae
dicitur. Et quia viventia generantur<ex principio
conjuocto, sicut fractus ex arbore, et Cietus ex
xnatre coi coUigatur, consequenler tractumest
nomen nuturm ad omoe principium motus quod
est in eo quod movetur. Manlfestum est autem
qu5d principium activum et passivum genera-
tiuiHS reram viventimn sunt semina, «x quibus
viventia generantnr. Et i<)eo convenienter Au-
gustinus omnes virtutes activas et passivas,qua
sunt principia geneMliouum et motuum uato-
raliiim, semîuales rationes vocat. Hujusmodi
autem jrirlutes active et passivœ in mulUplici
online consid^ari possuot. Nam prim6 quidem,
ut Augostinus dicit, VL Super Gen. ad liU
( cap. 10 et iS ), sunt principaiiter et origiua^
liter in ipso verbo Dei , secundùm rationes idea»
les. Secundo ver6 sunt in eiemenl» numdi».
primordMi». Fais ëHes se fronirant dams ks éléments de<oe anende, ^
eues 4iiKfit7riBrilifWMnit ovMes «onmie Aus len» •caues imivetselleti.
BtÊBeiiOm/t d'aae «aln manière dans les dtPCB quisetit saoœssiveiBeM
produits par les causes universelles^ ainsi dans lelte plante, dans tel
animal ; elles sont là conmie dans leus «oauses particulières. Elles sont,
enfin^ dans les semences elles-mêmes gui proviennent des animaux et
des plantes. Ajoutons que ces vertus sont^ par rapport aux effets parti*
culiers^ ce que les causes universelles et primordiales sont par rapport
aux premiers effets produits.
Je réponds aux arguments : !• S*il esll vrai que ces vertus actives et
passives^ r^andues dans la nature, ne peuvent pas être appelées raisons
en tant qu'elles se trouvent dans la matière corporelle, elles le peuvent
bien certainement par rapport à leur origine, puisqu'elles émanent des
raisons typiques renfermées dans la pensée de Dieu.
2° Ces vertus actives et passives étant bcalisées dans la nature peuvent
servir quelquefois aux démons pour produire certains effets extraordi-
naires; et c'est ce que nous avons admis plus haut.
3" H faut distinguer dans les animaux , comme dans l'ensemble des
choses, le principe actif et le principe passif, concourant l'un et Tautre
à la propagation de l'espèce.
l"* Ce que saint Augustin dit des causes sémmales peut être entendu
des causes rationnelles, puisque toute semence est ime cause. Selon la
pensée de ce Père, a le monde porte en lui les germes de tous les êtres,
comme les mères portent celui de leur fruit. » Klais les raisons idéales
des choses peuvent être regardées comme des causes, et non comme des
semences, puisque celles-ci n'existent que dans les corps. Or le mirade
ne peut aller contre ces raisons idéales, ni même contre les vertus pas-
«bi timiil à piiiicipio pradacte final, sicut in
■Divenalibiifi caufiis. Teiiio vef6 modo sont in
lis qaae ex univerMlibiiâ Gausift secimdùin suc-
cessiones temporaa prodacantnr, sîcat in hac
planta et io ]ioc auignali, tanquam in paiticula-
libiis cansis. Oouio modo sunt ia seminibus »
que ex aiunalibus et plantis producuntur. Que
ilenira comparanluradalioseffectasparticttlares,
écKt primordialefi cause snivttsaies ad primos
6DacU« prodaoeiHlos.
Ad primum ergo dke&dam, i^bà hujusmodi
virtutea acU\c et paasWs reroia naUiralium,
etâ uoD poBsint dici rationes secundûm q<i6d
.font in maberia corporali» poasiml tamea dici
ntwaes per comparationen ad saaa originem^
aecuodùm qii6d dednountu à ratioaibtts idca-
libus.
Âd secuirdam dieendnm^ qaôd faajnsmodi
vîrintes activa et pasnv» sunt in aliquibos
pattibtts corporalibus, que dum adbibentur à
denoBibiis per motum localem ad aliquos ef-
fectua compioidos, cUctuàtttr semina adbiberi
per demones.
Ad tertiam dicendum, qu&d semen maris est
principium acUvum in generatione animalis;
sed potest etiam dici semen id quod est ex parte
fœmias, quod est principium passivum. £t sic
sub semine oomprehendi possunt viras active
et passive.
Ad quaitum dicendom, qu6d ex verbis Au-
gustiui de bnjusmoùi ralionibos seminalibus lo-
quentis, satis accipi potest qu6d ipse rationes
séminales sunt etiam rationes causales , sicut
et semeu est qoedam causa ; dicit enim in UI.
De Trin. (cap. 9), qu5d a sicut maires gravide
suut foelibus, sic ipse mundus est gravidus eau-
sis nascenlium. » Sed tamen rationes idéales
possQQt dici causales, non autem propriè lo-
qneailo temimies, qnia semen non est princi-
pinm separatum. Et prêter hujusmoùi rationes
136 PARTIE ly OUESTION CSV, A&TIGLB 3.
sives des créatures ; le miracle peut uniquement se produire en dehors
des vertus actives naturelles et des puissances passives correspondantes :
c'est ce qu'on entend quand on dit que les miracles ont lieu en dehors
des raisons séminales.
ARTica^E in.
Les corps célestes sont-ils la cause de ce qui se passe iei-has dans les corps
inférieurs?
n paroit que les corps célestes ne sont pas la cause de ce qui se passe
id-bas dans les corps inférieurs, l"" Saint Jean Damascène dit : a Selon
nous^ les corps célestes ne sont la cause de rien de ce qui se fait^ ni de la
corruption de ce qui périt; ils sont uniquement les signes des pluies et
des autres changements de l'air. »
2* Pour produire quelque chose il suffit d'un agent et d'une matière.
Or^ dans les corps inférieurs se trouvent également et la matière et les
divers agents^ comme le chaud^ le froid et les autres de même nature.
Donc il n'est pas nécessaire, pour expliquer les effets qui se produisent
ici-bas, d'avoir recours à l'influence des corps célestes.
3^ Un agent produit son semblable. Mais nous voyons que tout ce qui
se produit ici-bas vient de ce que les corps sont chauffés ou refroidis^
humectés ou desséchés, de ce qu'ils subissent enfin ces sortes de trans-
formations auxquelles les corps c^élestes ne sont pas sujets. Donc les corps
célestes ne sont pas la cause de ce qui se passe ici-bas.
4« Saint Augustin dit. De Civit. Dei, V, 6 : a 11 n'y a rien de plus
corporel que la distinction des sexes. » Or, cette distinction ne provient
pas des corps célestes; et ce qui le prouve, c'est que deux jumeaux nés
non fiunt miracnla : similiter etiam neque prê-
ter virtutes passivas creaturœ indilas, ut ex ea
fieri possunt quicquid Deus mandaverit; sed
pneter virtules activas naturales et potentias
passivaa que ordinantur ad higusmodi virtutes
activas^ dicuntur fieri miracula, dam dicitor
qu6d fiunt prster rationes séminales.
ARTICULUS in.
Virùm corpora eœlestia tint causa eorum, qua
hic in inferioribus cor pùrUtus fiunt
Ad tertium sic proceditur (1). Videtur qu5d
corpora eœlestia non sint causa eorum qn» hic
in in!'erioribas corporibus fiunt. Dicit enim Da-
mascenus ( lib. \\, cap. 2) : « Nos autem dici-
mus quoniam ipsa (scilicet corpora eœlestia) non
Eiint causa alicujus eorum qus fiunt, neque cor-
ruptionis eorum qus corumpuntur ; signa autem
sunt magis imbvium et aeris transmutationis. p
2. Prslerea, ad faciendnm aliquid snffldt
agens et materia. Sed in istis inferioribus inve-
nitur materia patiens, et inveniuntur eliam G<m«
traria agentia, scilicet calidam et frigtdum, et
hujusmodi. Ergo non est necessarium ad can^
sandum ea qua bic inferiùs fiunt, causalitatem
cœlestibus corporibus attribuere.
3. Prsterea, agens agit sibi similc. Sed vi-
demus qu5d omnia qus fiunt hic inferiùs, fiunt
perboc qu6d calefiunt et frigidantur, humeo
tantur et desiccanlur, et aliis bujusmodi quali*
talibus alterantur, qua non inveniuntur in cor-
poribus cœlestibus. Ergo corpora eœlestia non
sunt causa eorum qus blc fiunt.
4. Prsterea, sicut Auguslinus dicit, V. De
Civit, Dei (cap. 6 1 • « Nihil est magis cor-
poreum qoàm corporis sexus (i). u Sed corpods
sexus non caosator ex irorporibus cœlestibus ;
cujus signum esse videtur, quôd duonim ge-
(1) De bis etiam in 8, 2, qu. 95, art. 5, et qu. 96, art. S ad 3 1 et OpusCs V, art. 3 ad i
(S) Sive paulô aliter vemùs floem : Quiâ enim tam ad corput perlinens qudm corporit
"* tamen tub eadem poêilione siderum diterti t9Xûi gtnini coneipi potuerunl*
DE l'action de Là giuKàtubb GOBïO&XLLB. 13T
sous la même constellation appartiennent souTent à des sexes différents.
Donc les corps célestes ne sont pas la cause de ce qui arrive dans les corps
inférieurs.
Mais le contraire est ainsi énoncé par saint Augustin lui-même , De
Trin.y in^ 4 : a Les corps inférieurs et grossiers sont régis dans un cer-
tain ordre par ceux qui sont plus puissants et plus subtils. » L'Àréopagite
dit aussi ^ Le div. Nom., IV : a La lumière du soleil concourt à la géné-
ration des choses sensibles ^ contribue à £sdre naître > i nourrir, déve-
lopper et perfectionner en elles la vie. »
(Conclusion.-- Les corps célestes n'ayant d'autre mouvement que le
mouvement local , sont la cause de tout ce qui se passe dans les corps
inférieurs par la variété de leurs mouvements.)
Toute multiplicité procède de l'unité. Ce qui est immobile n'a qu'un
mode d'être; et ce qui se meut, au contraire, en a plusieurs. Or, dans
la nature, tout mouvement procède de l'immobilité. Par conséquent,
plus une chose est immobile, plus elle a d'action sur les choses mobiles.
Mais les corps célestes sont de tous les corps les plus immobiles, puis-
qu'ils ne sont mus que d'un mouvement local. Et voilà pourquoi les
mouvements des corps inférieurs, mouvements variés et multiformes,
dépendent du mouvement des corps célestes comme de leur véritable
cause (1).
Je réponds aux arguments : l"" Par la parole citée de saint Damascène,
il faut entendre que les corps célestes ne sont pas la cause première de
(I) L'influence des corps célestes, ou du moins de certains corps célestes, sur les pbéno-
mènes de la nature Inférieure et terrestre , est un fait qui frappe incessamment nos yeux. Nul
ii*est tenté de le révoquer en doute. Le moyen-àge tendoit même à Téxagêrer , si l*on en juge
AU moins par les opinions de certains docteurs. Le danger de ces exagérations , c*étoit le fata-
lisme. Mais , si loo peut dire qu'à certains égards saint Thomas partageoit les idées de son
époque , ce dont aucun génie ne peut entièrement s'affrancliir, on est heureux de voir qu*il a
toujours évité recueil que nous signalons ; et cela , sans que sa logique soit un seul Instant
«n défaut. LMnstinct de vérité , qui guidoit cette haute intelligence , se retrouve donc et do-
mine jusque dans les idées que les progrès des sciences physiques dévoient entièrement
changer. .
miDorum sub naa constellatione natorum^ uuas
est masculus, et aller fœmina. Ergo corpora
cœlestia non sant causa renim corporalium qu»
hic flUDt.
Sed contra est, quod Âugustinus dicit, lU.
De Trifi. (cap. 4), qa6d « corpora crassiora
et inferiora, per subtiliora etpotentiora quodam
ordine reguniur. » Et Dionyâus dicit, IV. cap.
De div. Nomin., qu6d « lumen soUs ad gene-
lationem sebsibilium corponim confert, et ad
vitam ipsam mevet, et nutrit, et auget^ et
perGcit. »
(CoHCLDSio.— Corpora cœle8tia,cùm tantùm
mobilia sint sétundùm lationismotum, causa
saut omnium eorum qns in bis corporibus in-
Respondeo dicendnm, quôd cùni omnis mul-
tiludo ab unitate procédât ; quod autem immo-
bile est, uno modo se habet; quod ver6 move-
tor, muUiformiler. Considerandum est in tota
oatura quôd omnis motus ab immobili procediL
Et ideo , quantô aliqna magis sunt immobilia,
tantd sunt magis causa eorum que sunt magis
mobilia. Corpora autem cœlestia sunt inter alla
corpora magis immobilia , non enim moventur
nisi motu locali. Et ideo motus horum inferio-
rum corponim , qui sunt varii et multiformes ,
reducuntur in motum corporis cœlestis, sicut in
causam.
Ad primum ergo dicendum, qubd dictum Da-
masceni intelligeudum est , quôd corpora cœ-
ferioribQsvariismolibasagimtttrO lestia non sant prima causa generalioms «t
la {génCmliQB «t éê ïïa «onvpftim im xs&tps MSrietrrs, œntrairement
là ropDftoa ëe tsanz ^q«d weigmêoi&iA les torps téletftes comme ftes
dieux.
2^'rteB ipiîftci|ieB «tifs^ifDi -m renooritreift Aam les corps inférieurs,
ite sont lanlre ohosBtqne des ^qualités ^actâ^^ des iSSments ; comme sont,
ipar-egieaqde^ k «haud, le fmd ^ autres qualités An même genre. Et
fi'dl «itfilt vrai ifae les feinaes siiMaiftieHes des corps inférieurs ne sont
•diversifiées que par Ses aeddents dont les anciens natnr^istes Toyoient
la source dans la raréfaction et la Aensilé, il ne faudroit pas alors ad-
mettre dans les «orps inférieurs un autre principe actif; ceux-là suffi-
Toient pour expliquer lem* action. Mais^ quand on examine les choses
avec attention j on voit que ces sortes d'accidents sont comme des disposi*-
tions matéisieUes , qui conduifient aux formes substantielles des corps in-
férieurs. Or, lia matière ne suffit pas pour agir. 11 faut donc^ outre ces
dispositions matérielles, admettre un certain principe actif. GTest pour
cela que les platoniciens ont admis les espèces séparées, qui commu*
niquent aux coirps inférieurs leurs formes sulïstantiellles. Mais cela ne
paraît nullement suffisant; car les espèces réparées agrroient toujours de
la même manière , puisqu'on les suppose immobiles : d'où il suivroit qu'il
n'y auroit aucune variété dans la génération et la corruption des corps
inférieurs; ce qui est évidemment faux. Voilà pourquoi il faut, d'après
le Philosophe, admettra un certain principe actif et mobile qui, par sa
présence ou son absence, produise la variété que montrent les corps infé^
rieurs dans la igénération et la corruption. Et tels sont les corps célestes.
Donc tout oe qui, dans ce monde inférieur, engendre et transmet l'espèce,
est en quelque sorte l'instrument du corps céleste; ce qui fait dire au
même auteur que Thamme engendre l'homme par le concours du
sofleil.
comiptionis eomm qtix fatc fiant : sictit dice-
bant illi qui pooebant coi-pora cœleslia esse
deos.
.Ad 'seoandmn dtcendmn , qu6d 'principia ac-
tûra in islis inferioribns corporibus non inve-
niuntur oisi qaalitateB ackivs elementonim ,
que «unt calidum et frigidum , et hojuBmodi.
£t si BÎc esset, qu6d foraia substantialeg iofe-
riorom corponim non divereiûcarentur niei «e-
euttdùm bujuBmodi accidentia qaoïum priiictpia
rarum et </ei25ttm antiquinituniles posuerunt;
non oporteret super haec inferiora corpora ali-
qnod piincipivm activnm ponere^ sed ipsa i<ul-
principium actWum. Unde plaionici posaerunt
species separaias, sectindùin qaarum participa-
tionem inferiora corpora substantiales formas
conseqnantur. 6ed boc non videtnr sufllcere ;
quia species separate semper eoâem modo se
baberent^ cèmponantur immobiles : et sic «e-
queretnr quôd non essrt aliqua variatio circa
generationem et corruptionem infeiiorum cor-
porum. Quod patet esse falsnm. iCnde secundîraL
Fhilosopbam , in U. De générât» , necesse est
ponere aliqiiod princtpitim activnm mobile, qood
per snam prœsentiam et absentiam causei ^a-^
riolaiem circa generationem et corroptionem
flcereni ad agendnm. Sed vectë considéra niibus ' inferiorum corporum. Etbiijuâmodisuiitcorpira
apparet quôd bujusmodi accidentia se habent cœlestia. Et ideo , quicquid in islis inferioribns
gicut materiales disposiiiones ad formas sub- gênerai et movet ad speciem , est sicut instru*
stantiates naturalium corporum. Materia autem nientum cœteslis corporis, secnndùm quod di-
n^n oufûcit ad agendum. Et iJeo oportcl super ; citnr in U. P^hysic, (text. 26 ), qubd « bom»
^teriales dispositiones ponere aliqued i générât bonônem et sol. »
BE X'ÀCTlùlf DB LA. CltÉÀTIIBS CQBSOBEILE. 1S9
3* Les corps célestes n'ont pas, avec les corps inférieurs ^ une ressem-
Mance d'espèce,; ils leur ressemblent uniguement en ce que, par leur
Tertu générale , ils renferment en eux tout ce qui se produit dans les
corps inférieurs, tf est dans ce sens que tous les êtres , comme nous Tavons
âit> ont une ressemblance avec Dieu.
4® Les influences des corps célestes sont diversement reçues dans leB
corps inférieurs, selon les diverses dispositions de la matière. Or, il arrive
que les dispositions matérielles sont telles, que les générations humainaL
sont à peu près partagées entre les deux sexes. Cette explication est don-
née par saint Augustin; il veut ainsi repousser la divination qui se fait
par les astres; ce qu'il fait en montrant que les influences des astres se
modifient dans les choses corporelles, selon les diverses dispositions
qu'elles y rencontrent.
ARTICLE IV.
Les ca^icékites tùni^ils la came des adtes humains f
n paroit que les corps célestes sont la cause des actes humains. 1® Puisque
les corps célestes sont mus parles substances spirituelles, ainsi que nous
l'avons dit plus haut, ils agissent par la vertu et comme instruments de
ces mêmes substances. Or, celles-ci sont supérieures à nos âmes. Donc les
corps célestes peuvent produire une impression sur nos âmes, et causer
par là même les actes humains.
2o Tout ce qui est multiforme et varié peut être ramené à un principe
unique. Or, les actes humains sont variés et multiformes. Donc il semble
que l'on puisse les ramener aux mouvements uniformes des corps cé-
lestes, comme à leurs véritables causes.
3" Les astrologues prédisent souvent la vérité touchant l'issue des
Ad tertiam dicendam^ quôd corpora cœlestia
inferioribtis corporibas non snnt similia simili-
tinttne speciei , sed in qnantinn sna nni^ersali
Tirtote ooDtinent in se qmcqoid in inferioribus
geneiatar. Secuodùm quem .modum dicimus
diam ornnia esse Oeo sioilik.
Ad qoartnm dicendam » qaèd ackimies corpo-
fam ccelestium divemmodè recipiuotitr in in-
ferionbus corparibus, Becundùm diversam ma-
teiift diapositioneoL Contingit autem quaodoque
quod matetia conceptûs bumani non est di^XH
iitai totaliter ad mascnltniun sexom; uode par-
liin fonaatur in masculom, partim in tominam.
Unde et boc iniroduciuir ib Angustino ad r»-
peUendum divinatioœmqmB ûi per asjLra; quia
affectas astrorum «riantur eliam in rebos cor-
ARTICULUS IV.
Vtriim corpora cœlestia aini causa humanorum
actuum.
Ad quartnm sicproceditnr (1). Videtor qndd
corpora cœlestia sint causa humanorum acttium.
Corpora enim cœlestia » càm moveantur à spi-
ritualibas sobstaotiis, »eut suprà dictum est
(qu. 110, art. 1 et 8 ), agunt in Tirtute eamm
quasi instrumenta. Sed illse substantif spiri-
tiiales sunt superiores animabus nostris. Ergo
Yidetar qiiàd possint imprimera in animas nos»
tras^ et sic causare actus bumanos.
2. Pneterea, omne multiforme redocitor ir
aliquod uniforme principiam. Sed actus humanl
sont varii et multiformes. Ergo videtar quôd
redttcantnr in uniformes motus cœlestiom oov-
poreis, secoudùm diTtriam mateiia dispoai- poram, sicut in sua priocipia.
tioaem. I 3. Prateiea, astroiogi freqventer tera an»
(t) De his etiam in S, 2, qu. 95, art. 5; et qu. 16, de malo , art. 7t ad argum. IG ; e|
Quodlibnt XII, art. 5; et super llb. VI. Metaphys.s lect. 3, col. 5 et 6,
l&O PARTIE I; QUESTION GXV^ ARTICLE h.
guerres et autres événements du même genre dont Tintelligence et la
volonté sont les agents. Or^ ils ne le pourroient pas si les corps célestes
n'étoient la cause des actes humains. Donc^ ils en sont réellement la
cause.
Mais saint Damascène dit formellement le contraire : a Les corps cé-
lestes ne sont en aucune façon la cause des actes humains. x>
(Conclusion. — Comme l'intellect et la volonté, principes des actes
humains , ne sont nullement des puissances attachées aux organes cor-
T)orels^ il ne peut se faire que les corps célestes soient la cause directe
;des actes humains; ils peuvent seulement en être la cause indirecte, en
agissant sur les organes extérieurs, lesquels concourent à Texercice des
!deux grandes puissances de l'ame humaine. )
Les corps célestes exercent par eux-mêmes une influence directe sur
les corps inférieurs, comme nous venons de le dire ; mais ils n'exercent
qu'une influence ii;idirecte et accidentelle sur les puissances de l'ame,
qui sont les actes des organes corporels, puisqu'il arrive nécessairement
que les actes de ces puissances sont empêchés par les entraves qui pèsent
sur les organes eux-mêmes : ainsi, l'œil étant obscurci, nous ne voyons
plus distinctement. Par conséquent, si l'intellect et la volonté étoient des
puissances attachées aux organes corporels , comme l'ont prétendu cer-
tains philosophes, qui ne distinguoient pas l'intellect et le sens, il fau-
droit rigoureusement en conclure que les corps célestes sont la cause des
actes humains et de toutes nos volitions. 11 suivroit encore de là que
l'homme seroit conduit dans toutes ses actions par l'instinct naturel,
semblable aux autres animaux, chez lesquels toutes les forces de l'ame
sont attachées aux organes corporels. Ce qui se passe, en effet, dans les
corps inférieurs provient naturellement de l'impression des corps célestes.
Une dernière conséquence de cela seroit que l'homme ne posséderoit pas
le libre arbitre, et qu'il auroit des actions déterminées, comme toutes
nuntiant de eventibus bellorum et aliis humanis
aclibus^ quorum prioci^ia suut intellectus et
voluntas. Quod facere non possent, nisicœles-
tia corpora essent humaaorum actuum causa.
Sunt ergo corpora cœlestia bumanorum acluum
causa.
Sed contra est, quod Damasceous dicit, qu6d
0 corpora cœleslia bumanorum actuum nequa-
quam sunt causa. »
(CoKCLusio. — Cùm iotelleclus et voluntas,
qu£ bumanorum acluum principia sunt, cor-
poreis organis vires alligats minime sint, non
pobsunt corpora ipsa cœlestia buuianorum ac-
tuum causai directe esse> sed indirecte, agendo
per se in corpora , qu» ad utriusque polentis
opéra conducunt.)
^eo dicendum » qu6d corpora cœlestia
'ûdem impilmont directe et per se,
sicut jam dictum est ( art. 3 ) , in vires autem
anims, quae Bunt actus organorum corporeorum,
non directe quidem , sed per acciJens ; quia
necesseest hujusmodi aetus barum potenliarum
impediri secundùm impedimenta organorum :
sicut oculus turbatus non benè viJet. Unde si
intellectus et voluntas essent vires corporeis
organis alligatie (sicut posuerunt aliqui diceutes
qu6d intellectus non dilTert à sensu) , ex ne-
cessitate sequereturqu6d corpora cœlestia essent
causa electionum et actuum bumanorum. Et ex
hoc sequeretttr qu6d homo naturali instinctu
ageretur ad suas actiones, sicut estera auimalia,
in quibus non sunt nisi vires animse corporeis
organis alligaUe. Nam illud quod lit in istis in-
ferioribus ex impressione corporum cœlestium,
naturaliter agitur. Et ita sequeretur quod homo
non esset libîeri arbitrii; sed haberet actionâi
DE l'action de la GRÉATUBE CORPORELLE. Ul
les choses naturelles. Or, tout cela est évidemment faux et contraire
mèn^e à la conservation de l'espèce humaine. 11 faut néanmoins recon-
noitre que^ d'une manière indirecte et accidentelle^ les impressions des
corps célestes peuvent avoir quelque action sur notre intellect et notre
volonté^ dans ce sens que Tintellect et la volonté subissent quelque in-
fluence de la part des forces inférieures, c'est-à-dire, des forces attachées
aux organes corporels. Mais à cet égard Tintellect et la volonté n'ag&sent
pas de la même manière : Tintellect a une relation nécessaire avec les
puissances de perception qui lui sont inférieures, et qui lui fournissent,
en quelque sorte, ses éléments; ainsi quand la puissance imaginative,
quand celle de la mémoire ou celle de la réflexion viennent à être en-
travées, l'action de l'intellect se trouve par là même nécessairement sus-
pendue; tandis que la volonté ne subit pas la même nécessité par rapport
à l'impulsion de l'appétit inférieur. En effet, bien que les passions qui
se trouvent dans l'irascible et le concupiscible^ aient une certaine in*
fluence sur les inolinations de la volonté, il est toujours au pouvoir de
celle-ci de suivre les passions ou de les réprimer. Ainsi donc l'impression
par laquelle les corps célestes peuvent modifier nos forces inférieures
atteint moins la volonté que l'intellect ; et cependant la volonté est la
cause prochaine des actes humains. Prétendre donc que les corps cé-
lestes sont la cause des actes humains, c'est le propre de ceux qui ne
mettent aucune différence entre l'intellect et le sens. C'est ce qui fait
dire à l'un d'eux : « La volonté des hommes est telle que la fait chaque
jour le père des hommes et des dieux. » Donc, comme il est certain que
l'intellect et la volonté ne sont pas les actes des organes corporels, il est
impossible que les corps célestes soient la cause des actes humains (1).
(1) Saint Thomas avoit déjà restreint dans le même sens rinfluence des corps célestes , dans
son traité de rœuvre des six jours , qui se trouve au commencement du troisième volume de
determinatas, sicut et estera res nattirales.
Qns manifesté sunt falsa , et conservatioDi hu-
man» contraria. Sciendum est tamen , qnod
indirecte et per accidens impressiones corporum
oœlestium ad intellectum et Yoluntatem perti-
oere possunt, in quantum scilieet tam intellec-
tns quàm voluntas aliquo modo accipiunt ab
inferioribus viribus, que organis corporeis alli-
gantur. Sed circa hoc diversimodè se habent
intellectus et voluntas. Nam intellectus ex ne-
cessilate accipit ab inferioribus viribus appre-
henâvis : unde turbata vi imaginativa , cogita-
tiva, vel merooraliva, ex necessitate turbator
actio intellectus. Sed voluntas non ex necessi-
tate seqaitur incliuationem appetitûs inférions.
Ucèt enim passiones, quae sunt lu irascibili et
concupiscibili, habeant qoamdam vim ad incli-
nandam voluntatem, tamen in potestate volun-
talis remanet seqni passiones, vel eas refutare.
Et ideo impressio cœlestium corporum , secun-
dùm quam immutari possunt inferiores vires ,
minus pertiogitad voluntatem, qns est proxima
causa humanorum actuum, quàm ad intellectum.
Ponere igitur cœlestia corpora esse causam hu-
manorum actuum, est proprium illomm qui di-
cunt intellectum non difTerre à sensu. Unde
quidam eoram dicebant qu6d « talis est volun*
tas in omnibus , qnalem in diem inducit pater
virorum deorumque (1). » Quia ergo constat
intellectum et voluntatem non esse actus orga-
nonim corporeorum^ impossibile est qu6d corpora
cœlestia sint causa humanorum actuum.
(1) Homerus nerope in Odytna sua, lib. XVni , vers. 135 et 136 , nisi qo6d m«nfom pro
voluntate habei : Tcîcç ^àp vccç (çiv (inquit), id est UUU mma^ vel talit inlellecluis ut
quidam redduni. Picitvr «utem Ulem mentem vel intellectum pater hominum deorumque t»
Je réponds aoix aigmaenta : 1» Les substances^pritoellies qni président
aux moavements des corps célestes agbsent, sans doute ^ par Fintenné*
diaire de ces mêmes corps sur les corps infériears ; mais elles agissent
immédiatemoit sur Tintellect humain par leurs illuminations. Quanti
la volonté^ elles ne peuvent pas la modifier^ ainsi que nous VaTons dit
plus haut.
^ De même que la diversité des mouvements corporels est ramenée â^
Tuniformité des mouvements célestes ^ comme isa cause; de même Ia>
diversité des actes qui proviennent de Tintelligence et de la volonté re-
monte à un principe unique, c'est-à-dire> à l'intelligence et à la volonté
de Dieu.
3» La plupart des hommes se laissent entraîner par leurs passions,
qui naissent db Timpulsion de raiq[)étit sensitif, et sur lesquelles peuvent^
influer, par conséquent, les corps célestes; il est peu de sages qui ser
montrent capables de rédster à ces passions. C'est pour cela que les astro*
logues peuvent souvent rencontrer juste dans leurs prédictions, surtout
quand ils parlent en général ; car Terreur est bien plus à craindre quand
ils veulent particulariser, puisque rien n'empêche qu'un homme ne
résiste à ses passions par le moyen de son libre arbitre. Et de là vient
cette parole des astrologues eux-mêmes : a Le sage règne sur les astres, v
ce qui veut dire que le sage règne sur ses propres passions.
cette édition ; il avoit en outre sauvegardé , de la manière la plus explicite , le principe d»
notre liberté , dans sa remarquable théorie des puissances de Tame , théorie renfermée dans
le même volume. Nous n'avons doue pas & revenir sur les eonstdéralions émises à ces diverv
endroits. Mais il n*est pas inutile do signaler le» rapprochements que le lecteur peut ensuite
établir, et qai lui offrent le double avantage de mieux connottre la doctrine de saint Thomas
et de pénétrer plus profondément dans la pensée de ce génie.
Ad primum ergo dicendum, qiiôd gpirituales
substantis qus cœlestia corpora movent^ io
corporaUa qnideoi agunl mediaiitibuscGelestibos
corporibus; sed in iiiielleetuas bamanum agnnt
immédiate illuroinando. Volantatem antem im-
mutare dob possunt, ut auprà balntam est
(qu. 111, art. 2).
Ad secoodum dicendum , quôd sicat mnlti-
formitas corporalium motuum redocitur , sieut
in causaiD,in uniformitatem motuatn coelestium;
ita mullifonnitas actuiim qui suni ab inteUectn
et vuluutate, reducitur in prtacipiaiii nnitoriBe,
quod est ifiteliectos et.volttBia» di?lBA.
Ad tertium dicendum, qnèd plures hominum
sequuntur passiones, qu£ sant motus sensilivi
appetitûs, ad quag cooperari piyssunt corpora
cœlestia; pniei antem sunt aapienles qni h«»
jusmodipassioiubn renstant. Et ideoastrologi,
ut in pluribai' ytn- ponwit pmlieere; et
maxime in eommutti , non autem in speriali ,
quia vàêà piobihel aUqnem bominem per lib»>
rum arbitrium paNioDibus resistere. Unde et
ipsi astrologi dicant quôd « sapiens bomo demi'
natof astris, » is quantum sciUcet domiular
giiM paSMftllIiMlff
diem indueerê ( tir* 'fya^ ), ut indicetur quM per singnlot àèm qpMlemeumpe v«li qpXimMq/Êm
iaducit; oec legendom in dU» siciii.aUfvi lepni*.
DE ifjJOWS 9E LM CSÊ^AtUttâ GORffQRBCUS.
143
ARTICLE V.
Le» oarpi célestes ont-ils une infiuenca sur les démons suœ-mémes?
n p«rott que')es'eorp9 célestes ezeveenf tme inflaenoe 9iir les démons
«vxHOièmesw if^ Les d^ons toarmentent eertaiirs bommes^ selon* tes di--
tsrses phases de la Itme; ee qui fiât que ce» hommes sont appelés luna-
tiqfnes, comme on le* ¥oil dan» l^vmgite^ Matthi^ FV'et XYHl Or^ cela
n^anroit pas lieu si les démong ne sabissoi^t pasr Pinfliiencer (te? corps
«éiastea. Dono' ils siririssent^ cette' inilhencef.
9^ Les néoromanciens obserTeot cerlfeiinesFCGnstellations^ponT invoquer
kff démons. Or^ ils ne liss^invoquerovent pas'au moyen des corps célestes,
si les^ démons n'i&a snbisaoien^ pass FiidlnenGe. Donc lès corps célestes
«gissent sur les démon».
dP Lesi corps cétestes ont pins A&> puissance qne' les oorps inférieurs.
Mais les dérannis' soiit chassés au moyen dé certains corps inférieurs , de
certaines plantes, pair exemple, de certaines pierres, de certain» ani-
maux; an les chasse encore i^ar dies sons , de» voix, dbs figures et des si-
mulacres déterminé», ainsi que le dit Porphyre, cité par saint Augustin,
IM Gifrit. Bei, X, If. Donc, k plus' forte raison, les démons son^ils
aoumis à Faction dès corps célestes^
Mais ce qui prouve le contraire-, e^t que le» démoa» sont , par leur
nature , supérieurs aux corp» céleste»^ Or Fagent , est supérieur a Fètre
sur lequel s'exerce son action , oomme le dit saint Augastih , Super Gen.
ad lit., XII. Donc les démons ne sont pas soumis à Faction des corps
<sélestes.
(GoifCLUsiON. — Gonmie leis démon» sont des substances intellectuelles ,
jtfmcuLUS V.
UMmeorptra cmieêUa poidnl imprimêre in
ipios damones.
Ad qnintnm sic proceditur (t). Videtur qu6d
«orpora coelestia possont imprimere in ipsos
dsmooes. Dsmones enim, secundùm certa aug-
menta tnns , aliquos homines veiant ; qui et
propter hoc lunatid dicuntur, ut patet Siùtth,,
IV et XVn. Sed hoc non esset, nisi corporibus
cœlestibus subjacerent. Ergo demones sobia-
cent actionibus cœlestium corporum.
2. Prsterea, necromantici (2) observant cer-
tas oonstellationes ad invocandum da^mones.
Non autem per corpora cœlestia invocarentur,
â non eis subjacerent. Ergo dsmones subjacent
«ctionibns coêleslium corporum.
3. Prsterea, corpora cœleslia virtoosiora sunt
qakm corpora inferiora. Sed quibusdam inferio-
ribus corporibus dœmones arcentur, sciiicet
herbis et lapidibus, et anitnantihus, et quibus-
dam sonis certis, ac vocibus et figurationibus,
atque figmenlis, ut à Porphyrio dictum Augus-
tinus îDtroducit in X. De Civit. Dei (cap. 11).
Ergo roultè magis daemones sobduntur actioni
cœlestium corporum.
Sed contra est, qu5d dxmones sunt supe-
riores ordine nalura^, quàm corpora cœlestia.
Agens autero est supenus patiente , ut Augus-
tinus dicit, XII. Super Gen, ad lit, Ergo ils-
mones non snbjiciunlur actioni corporum cœles-
tium.
( CoHCLUSio. — Daemones cùm sini substantif
(1) De fais etiam in U, »ml.« ditt. 7, qa. 3, art. 1 ad i, et ait: 2' ad Z>\ etqib 6^ de po-
temîa, ait. 3, et eipretaiAt art. 10; et QuodUh.^ H, «it. 12.
(2) A ilMTloonim eoniiiltatione tel A divinalione per niortiiet itatocatl; eal enim gneré,
Wft^, morliMif^ et |McvTtt&, diwnatio, Fro quo inepte legunt imperiii et OMouacriptumipiufla
M'flmnMMtfci,- lad ^teiiite de itta in 2, 2, see loce, acilicel q|i. 24, art* Si
1^% PARTIE T^ QUESTION GXV^ ARTICLE 5.
et nullement liées à des corps, ils ne sont^ en aucune façon ^ soumis à
Taction des corps célestes. )
Il y a eu trois opinions concernant les démons. La première est celle
des péripatéticiens ^ qui prétendoient que les démons n'existoient pas^ et
que tout ce qui leur est attribué étoit produit par Tart des nécromanciens
et la vertu des corps célestes. C'est le sentiment de Porphyre, tel que le
rappelle saint Augustin : « Les hommes façonnent, sur la terre, des
instruments capables de réaliser les divers effets des astres. » Mais cette,
hypothèse est évidemment fausse. L'expérience nous apprend que les
démons produisent beaucoup d'effets bien supérieurs à ceux des corps
célestes : ainsi les possédés parlent une langue qui leur est inconnue, ré-
citent des vers ou d'autres pafsages qu'ils n'ont jamais appris; ainsi les
nécromanciens font parler ou mouvoir les statues, et autres choses de ce
genre. C'est ce qui détermina les platoniciens à dire que les démons sont
des ce êtres animés, possédant un corps aérien et un esprit seulement
passif, » ainsi que le dit Apulée, encore cité par saint Augustin, De
Civit. Deiy VIll , 16. C'est la seconde opinion; et, d'après cette opinion,
on pourroit dire des démons ce qui a été dit des hommes par rapport à
l'influence exercée sur eux par les corps célestes. Mais, de ce que nous
avons dit plus haut, il résulte que cette opinion est fausse, puisque les
démons sont des substances intellectuelles entièrement exemptes de ma-
tière. D'où il ré suite clairement que les démons ne ?ont soumis à l'action;
des corps célestes, ni de soi, ni par accident, ni d'une manière directe >
ni d'une manière indirecte.
Je réponds aux arguments : 1® Si les démons tourmentent certains
hommes, selon les phases de la lune, cela a lieu pour deux raisons :
d'abord, parce qu'ils veulent outrager ou vicier dans la lune une créature
de Dieu; c'est la raison qu'en donnent saint Jérôme et saint Chrysostôme.
intellectuales, corporibus non units, nollo modo
aclioni corporum cœlestium subjiciuntur. )
Respondeo dicendurn, qu6d circa dxmones
fuit triplex opinio. Prima peripateticonim, qui
posoenint daimoncs non esse, sed ea quas attri-
buuntur dsmonibus, secun^iim artem necro-
manticam fieri virlute cœlestium corporum. Et
hoc est quod Augustinus , X. De Civit. Dei
(ut suprà), inlrnducit dictum à Porphyrio^
qu6d <f fabricantur in terra ab bominibus potes-
tates idonese, siderum variis effectibus exequeii-
dis. » Sed hxc positio est manifesté falsa. Ex-
périmente enim scitur multa per dsmones Ûeri,
ad qus nuUo modo virtus cœlestium corporum
sufficeret : putà quôd arrcpUci ioquuntur lingua
ignota^ qu5d recitant versus et auctoritates quas
ounquamsciveiunt; quôd necromantici faciunt
-^s loqui et moveri^ et similia. Ex quibus
^ci moli fuerunt ut ponereni diemones
esse (f animalia corpore aerea, animo passiva, »
ut ab Apuleio dictum Augustinus introducît,
Vm. De Civit. Dei ( cap. 16 ). Et haec est se-
cunda opinio , secundùm quam dici posset qu5d
dsmones hoc modo subduntur corporibus cœles-
tibus, sicut de bominibus dictum est (art. 4).
Sed haec opinio ex superioribus patet esse falsa
( qu. 51 , art. 1 ) ; dicimus enim dsmones esse
substanlias intellectuales, corporibus non unitaa.
Uude patet non subdi aclioni cœlestium cor-
porum nec per se, nec per accidens , nec di-
recte nec indirecte.
Ad primum ergo dicendum, qu5d hoc qu&d
dœmones secundùm certa augmenta lunœ ho-
mines vexant, contingit propter duo. Primo
quidem , ad hoc quôd infament crcaturam Dei,
scilicet lunam, ut Hieronymus ei Chrysostomus
ibi dicunt. Secundo, quia cùm non possint ope-
rar nisi mediantibus naturalibuB virtutibus, at
DE l'action de la CRÉATURE GORPOREUX. 1&''
En second lieu, comme les démons ne peuvent agir sur les corps qu'au
moyen de certaines vertus naturelles, comme nous l'avons dit plus haut,
ils observent, dans leurs œuvres, les diverses aptitudes des corps pour
les effets qu'ils se proposent. Or, il est manifeste que le cerveau est la
partie la plus humide du corps humain, selon la remarque d'Aristotc.
Voilà pourquoi le cerveau est plus spécialement soumis à l'action de la
lune, dont la propriété est d'agir sur les éléments humides. Or, c'est
dans le cerveau que résident principalement les forces animales; et c'est
ainsi que les démons jettent la perturbation dans l'imagination de
rhomme, suivant les phases de la lune, quand ils remarquent dans le
cerveau une disposition favorable à leurs funestes influences.
2"» Les démons, invoqués sous certaines constellations, obéissent à cet
appel pour deux motifs : d'abord, pour induire les hommes à penser qu'il
existe une divinité dans les étoiles; ensuite, parce qu'ils voient que,
sous l'influence de ces constellations, la matière corporelle se prête mieux
aux efiets pour lesquels ils sont invoqués.
3"» Saint Augustin, De Civit. Dei, XXI, 6, s'exprime ainsi : <t Les
démons sont attirés par certains genres de pierres, de plantes, de bois,
d'animaux, de chants et de rites, non certes comme des animaux sont
attirés par l'appât, mais comme des esprits peuvent Tètre par des
signes. » Par de tels signes, en efi'et, l'homme entend leur rendre les
honneurs divins, dont les démons sont très-jaloux (1).
(1) Les infioenccs oUribuées dés-lors à certains objets matériels sur les esprits mauvais^
doivent être uniquement attribuées aux intentions des hommes, puisque ces objets n^intei^
viennent que comme signes de ces mêmes intentions. G*est la pensée de saint Augustin ,
aussi bien que celle de saint Tliomas. Far 1& se trouvent en même temps expliquées et con»
damnées ces pratiques superstitieuses. L'action que les corps célestes peuvent exercer sur 1er
attaques dirigées par les démons contre les hommes, se rattache également et d*une manièîo
non moins naturelle , à nos dispositions morales. C*est la seule base , en effet , des rapports ,
bons ou mauvais, qui puissent exister entre des esprits.
Euprà diclum est (qu. 110, art. 4), ia suis
operibus ^nsideranl corporuni aplitudines ad
eirectuà intentos. Manifestam est autetn quOd
cerebram honiidissimum est omnium partiura
corporis, ut Aristoteles dicit. Et idée maxime
subjicitur operationi lune, quse ex sui proprie-
late bahet uovere humorem. In cerebro aulein
perficiunlar vires animales ; et ideo dsmones ,
secundùm certa augmenta luns, perturbant
4N)minis pbantasiam, quando considérant cere-
I)rum ad hoc esse disposituœ.
Ad secundum dicendum , qu6d dsmones ad-
vocati in ccilis constellationibus proptcr duo 1 capidi.
tenlunt. Primo qoidem , nt horoines in banc |
errorem inducant, qu&d credanl aliqaod niimen
esse in stellis. Secundo , quia considérant se-
cundum aliquas certas constellationes matcriatn
corporalem niagis esse dispositam ad effectus
pit) quibas advocaniur.
Ad tertiam dicendum, qnôd sicut Angustinus
dicit, XXI. De Civit. Det (cap. C ), « dœmo-
nes alliciuntur per varia gênera lapidum, her-
barum, lignonim, animalium, carminum, ri-
tuum, non ut auimaiia cibis , scd ut spiritus
signis; » in quantum sciiicet bsceis exhiben-
tur in signum divini honoris, cujus ipsi aval
ir. M
iU
FjUTIB I, QUESTION CXV. ART1€LS 8.
ARTICLE VI.
Les corps célestes agissent-ils par nécessité swp les choses soumises à kwr
influence ?
n paroit que les corps célestes agissent par nécessité sur les choses sou-
mises à leur influence. 1" Une cause suffisante étant posée ^ il faut néces-
sairement que l'effet soit produit. Or, les corps célestes sont, par rapport
i leurs effets, une cause suffisante. Puis donc que les corps célestes pos-
sèdent nécessairement, dans leur être, les mouvements et les autres dis-
positions dont ils sont doués, il faut qu'ils produisent aussi nécessaire-
ment leurs effets.
2<' L'effet que l'agent produit dans la matière, est un effet nécessaire,
quand la vertu de l'agent est assez grande pour soumettre la matière en-
tièrement. Or, la matière des corps inférieurs est soumise entièrement,
et d'une manière éminente, à la vertu des corps célestes. Donc les effets
produits par ceux-ci sont nécessairement subis par la matière corporelle»
3^ Si l'action du corps céleste n'obtenoit pas nécessairement son effet ,
cela viendroit d'une cause opposée. Or, toute cause corporelle, que Ton
Goncevroit comme pouvant empêcher l'effet du corps céleste, se réduit^
de toute nécessité, dans un principe céleste, puisque les corps céliestes
sont la cause de tout ce qui se passe dans ce monde matériel. Donc ce
principe céleste étant lui-même nécessaire , c'est encore par nécessité que
cel effet est empêché. Donc , encore une fois , tout ce qui arrive ici-bas
doit être considéré comme un effet nécessaire.
Mais le Philosophe, De somno et vigilia, dit au contraire : a II ne ré-
pugne pas d'admettre que certains effets , tels que les vents et les pluies,
produits dans le monde inférieur par l'influence des corps célestes^
ARTICULUS VI.
Ctriun eorpora cœlestia itnponantnecestitatem
h4s quœ eorum actioni subduniur.
Ad sextam sic proceditar (1). Videtur qu5d
corpoia cœlestia imponant necessitatem iis qu»'
eorum actioDi subduntur. Gaasa eoim safficienti
poflita , necesse est effectum poni. Sed eorpora
cœlestia âunt suf&ciens causa suomm effectuuin.
G&m igitur eorpora cœlestia cum sois motibus
et dispositionibus ponantur sicut ex necessilate
entia, videtur qu5d effectus eorum ex uecessitate
ooDsequantur.
t. Proteiea, effectua agentis ex necesaitate
lecpiitur in materia, qnando virtus agentis tanta
Itaerit, qu6d possit sibi subjicere totam mate-
riam. Sed tota materia inferiorum corporam
BQbJidtur yirtuti cœlestium corporuin tanquam
excellentiori. Ergo ex necessitate effectus cœ-
lestium corporum recipitur in materia corpo*
rali.
3. Prœterea, si effectus ccelestiscorporis non
ex necessitate proveniat , hoc est propter ali-
quam causam impedieotem. Sed quamlibet cau-
sa m corpoream, qvs impedire posset eflectum
cœlestis corporis, necesse est reduci in aliquod
cœleste principium, cùm cœlestia eorpora sint
causa omnium quœ hic flunt. Ergo, cùm et ilind
cœleste principium sit necessarium , sequitor
qu6d necesse sit impediri effectum alterius oo^
poris cœlestis. Et sic omnia que hic contingunt|
ex necessitate eveniuut.
Sed contra est, quod Philoeophus dlcit in lib.
De somno et vigiL, quèd « neque eorum qaa
in corporibus sunt siguorum cœlestium, velut
aquarum et Yentomm, InconTeniens est multt
'1) Do his etiam Cùnira Gent.^ lib. m, cap. 86; et qu. S, de ferit., art. 14 ad 3; cl
ait. 5 ad 1 ; et qu. 16, de malo, art. 7 ad 11.
DK l'action de la mcÉATOMS GORrORSLLE. 147
penvent souvent ne pas se réaliser, b Donc tons les elfets des corps célestes
ne sont pas produits par nécessité.
(CoNGLTTSTOif . — Tout ce qui^ dans le monde inférieur, est causé par les
corps célestes, n'arrive pas par nécessité. )
Cette question est en partie résolue par ce que nous avons déjà dit, et
présente en partie quelque difficulté. Quoique l'influence des corps célestes
produise, en effet, certaines inclinations dans la matière corporelle, la
volonté n'est cependant pas nécessairement entraînée , avons-nous dit ,
par de semblables inclinations ; rien n'empècbe , par conséquent , que
Faction de la volonté n'arrête l'effet des corps célestes, non-seulement
dans l'homme même, mais encore dans les choses étrangères auxquelles
l'action de l'homme peut s'étendre. Mais , dans*les choses natureÂes, il
n'existe aucun principe de ce genre , ayant la liberté de suivre ou de ne
pas suivre l'impulsion donnée par les corps célestes ; il semble donc que,
dans ces choses au moins , tout arrive par nécessité , si nous raisonnons
dans l'hypothèse de quelques anciens, qui, supposant que tout a une cause,
et que la cause étant posée, l'effet doit nécessairement être produit, en
eoncluoient que tout arrive par nécessité. Cette opinion , toutefois , est
repoussée par Aristote, Metaph., YI; et cela dans les deux principes sur
lesquels elle s'appuie. H n'est pas vrai d'abord qu'une cause quelconque
étant posée , Feffet suive nécessairement ; car il est des causes ainsi
oràonnées par rapport à leurs effets, qu'elles les produisent le plus sou-
vent, mais non toujours ni d'une manière nécessaire (1). Mais, comme
ces causes ne manquent parfois leurs effets que par un obstacle qui pro-
vient d'une cause différente, la même difficulté semble reparoitre,
(1) naos son eonmentafie d* Aristote , saint Thomas avoit déjà interprété ce passage de la
aÀm manière. Nous yogum donc que notre saint antenr n'admet pas même la nécessité dans
les eiTets matériels produits par les corps célestes sur ce monde inférieur. Ne diroit-on pas
que cette idée de nécessité , qni servoit de base à Tastrologie de son époque , lui fait peur
et qtf il la repousse avec le plus grand soin de tout ce qui tient , par des rapports même éloi-
fnéSy à rezistence hnmaine.
non evenire. n Sic ergo non omnes effectus co»-
lestioffl corpomm ex necessitate eveniimt.
( CoffCLcsio. — Non onmia que in bis infe-
iioribas à corporiboi cœlestibas fiant, de ne-
cessitate eremniit.)
Respondeo dicendom, quM ista qasstîo par-
tim qûdem absohita est secnndùm prsmissa ,
portim autem difftcnltatein babet. Ostensum
enîm est ( arL 4 ), qnftd qoam^s ex impres-
sione corpomm cœlestium fiant aliqne inclina-
tlonet in oatara corpoiaU, 'volontas tamen non
ex necessitate seqoitor bas inclinationes; et
ideo nihil prohibet per volmitariam actionem
impediri effectun cœlestînm corpomm, non se-
ibm in ipse hoaùne, sed etiam in abîs rébus
ad qoas hominnm operalio se extendit. Sed
aattoa t«Ie pnacipiiuii in?eiiitur in f«iiM; nar
toralibus-, qnod babeat libertatem seqaendi Tel
non seqaendi impressiones cœlestes : nnde tI-
detur qnôd in talibos ad minas omnia ex ne-
cessitate proveniant, secnndùm antiquam qno-
ramdam rationem, qui sopponentes omne quod
est eansam habere; et qa5d, posita causa, ex ne-
cessitate ponitnr effectos , concludebant quôd
omoia ex necessitate contingant. Qoam qnidem
opinionem repellit Aristoteies in VI. Metaphys,^
secnndùm dno qao ipsi sopponant. Primom
enim non est veram, qnèd posita qoacunqœ
causa , necesse sit effectum pom ; sunt enim
qnedam caosc qoœ ordinantur ad suos eflTectas,
non ex necessitate , sed ut in plnribus ; qius
quandoque deficiunt in minori parte. Sed qoia
faujasmodi cansœ non deficiunt in minori parte,
nisi propter aliqiiam eansam impedientem, tI»
148 PARTIE 1^ QUESTION GXT, ARTICLE 6.
puisque l'empêchement provenant de cette autre cause est produit par
nécessité, n faut dire alors que tout ce qui est par soi a une cause, et que
ce qui est par accident n'a pas de cause; car ce n'est pas là un être véri-
table y parce qu'il n'est pas véritablement un. Le blanc , par exemple y a
une cause^ le musical en a également une; mais le blanc musical n'a pas
de cause , parce que ce n'est là ni un être véritable , ni une chose vérita-
blement une. Or, il est manifeste que la cause qui empêche l'action d'une
autre cause ordonnée pour produire ordinairement son effet, ne s'oppose
à celle-ci que par accident. Aussi un tel obstacle n'a-t-il pas de cause en
tant qu'il est accidentel. Et voilà pourquoi ce qui résulte du choc de deux
causes opposées, ne peut être ramené à une cause préexistante , dont il
soit la conséquence nécessaire. Ainsi, quand un corps terrestre enflammé
est engendré dans la partie supérieure .de l'air et tombe sur la terre , il
faut y voir l'action d'une vertu céleste : de même , quand une matière
combustible prend feu à la surface de la terre, on peut y voir également
l'action d'un principe céleste. Mais que le feu, en tombant, rencontre
cette matière et l'enflamme , ce n'est plus là une action produite par le
corps céleste, c'est un fait purement accidentel. D'où il résulte claire-
ment que tous les effets des corps célestes n'arrivent pas {ar nécessité.
Je réponds aux arguments : 1* Les corps célestes agissent sur les corps
inférieurs, par le moyen des causes particulières et appartenant à ce
monde inférieur, causes qui peuvent être en défaut, non le plus souvent,
mais dans un certain nombre de cas.
2« La vertu du corps céleste n'est pas infinie; aussi demande-t-eUe cer-
taines dispositions dans la matière, soit par rapport à la distance, soit
par rapport à d'autres conditions , pour pouvoir y produire son eflet. De
même donc que la distance est un obstacle à l'action du corps céleste,
puisque le soleil n'échauffe pas au même degré la Dacie, par exemple.
def ar adbuc prsdu'tam inconveoiens non vitari,
^a et ipniiD ifr«pediinentain talis cause ex
necessitate contiugit. Et ideo, secundo oportet
dic€ie, qu6d omne quod est per se, habet cau-
sam; qaod aut^m est per accidens, non babet
caïujim; quia non est verè ens, cùm non sit
Terè unum. Album enim causam habet, simili-
ter et muâicum ; sed album musicum non ba-
bet uusam, quia non est verè ens, neque verè
unum. Blanifestum est autem quèd causa impe-
diens actionem alicujus causs ordinal» ad suum
effectom, at in ploribus, concurrit ei interdum
per acadens. Unde talis concursus non babet
cansam, in quantum est per accidens. Et prop-
ter hoc, id quod ei tali ooncursu sequitur, nen
redacilur in aliquam causam prabeustentem ,
ex qua ex necessitate sequatur : sicut quôd ali-
qood corpus terrestre ignitum insnperiori parte
aeiis genereUv, et deorsum cadat, habet cai^
sam aliquam virtutem cœlestem; et similiter
etiam quôd in superficie terne sit aliqua ma-
teria combuslîbilis , potest reduci in aliquod
cœleste prindpium. Sed quèd ig^ cadens haie
materis occnrrat, et comburat eam^ non babet
causam aliquod cœleste corpus, sed est per ac-
cidens. Et sic patet quèd non omnes effectus
cœlestium corporum sunt ex necesiîitate.
Ad primnm ergo dicendum, quôd corpon
cœlestia sunt causa ioferiorum effectaum me»
diantibus caosis particularibus inrerioribos ; qam
deficere possunt in minori parte.
Ad secundnm dicendom, quôd virtus corporâ
cœlestis non est infinita : unde requint dêteN
minatam dispontionem in materia ad inducen*
dam suum efiéctom, et quantum ad distantiam
loci, et quantum ad alias oonditiones. Et ideo,
sicut disUntia kici impedit effectam cœlestii
corporis (noa enim sol euffidem calorii effeo^
que l'Ethiopie; de même la grossièreté de la matière^ sa froideur ou sa
chaleur, et d'autres dispositions du même genre, peuvent faire obstacle
i l'action du corps céleste.
3"* Bien que la cause qui empêche l'effet produit par une autre puisse
être ramenée à un corps céleste comme à son principe^ on ne sanroit dire
que le concours ou le choc de ces deux causes puisse être ramené à un
principe céleste, puisqu'il est fortuit, dans le sens que nous venons de
dire.
QUESTION GXVI.
Bu deatta»
Nous porterons ensuite notre attention sur le destin.
Et à ce sujet quatre questions se présentent : !• Y a-t-il un destin î 2» En
quoi le destin consiste-t-il ? 3^ Est-il immuable ? k^ Toutes choses sont-
elles soumises au destin ?
ARTICLE I.
Le destin est-il quelque chose?
Il paroit que le destin n'est rien. 1° Saint Grégoire, dans une Homélie
sur l'Epiphanie , dit : a Loin de la réunion des fidèles cette pensée que le
destin est quelque chose. »
^ Les choses qui arrivent par le destin ne sont pas imprévues; car
saint Augustin dit. De Civit. Dei,\,9 :a Le mot destin (fatum) vient
du mot parole (fari, fatum). De telle sorte que nous disons arrivées par
le destin des choses qui d'avance ont été prononcées par un Etre qui les
tum habet in Dacia, quem babet in iEthiopia)^
lia et grossities materis, vel frigiditas, aot ca-
liditas^ ant alia huyusmodi dispositio, impedire
polest effeclum corporis cœlestis.
Ad tertiiun dicendum, qu5d licèt causa impe«
diens effectnm alterins canss redncaior in ali-
qaod cœleste corpns sicnt in causam , tamen
concnnns duaram causaram , ciirn sit per acci-
dens, non redttcitnr in causam cœlestem, ut
diclam est.
QHJISTIO CXVL
De fatOs in fuatuor arlieuht divtta
Deinde considerandum est de fato.
Et circa hoc qasruaiur quatuor : 1» An fa-
mm sit. Î9 In quo ait. 8« Utrùm sit immobile.
4* Utrùm omnia subsint fato.
• ARTICULUS I.
Utrùm fatum aliquid tit.
▲d primum sic proceditur. Videtur qu5d Catum
nihil sit. Dicit enim Gregorius in BomiL Epi*
phnniœ : « Absit à fidelium corporibus, ut fa-
tum esse aliquid dicant. »
2. Preterea, ea qu» fatoaguntur, non sant
improvisa; quia ut Augustiiius dicit, V. De
Civit, Dei ( cap. 9 ) , « fatum à fando dictum
intelligimus, id eât à loqueudo; ") ut ea fato
ûeri dicantur, que ab aliquo déterminante sust
150 PARTIE I^ QUESTION GXTI^ ARTICLE 1.
détermine. Or les choses prévues ne sont ni fortuites ni casuelles. Donc
les choses qui arrivent par le destin exiclvent Tidée de hasard ou de for-
tune.
Mais^ au contraire^ ce qui n'est pas ne peut être défini. Or Boëce, De
Consol.y IV; 6; définit le destin comme il suit : « Le destin est cette dis-
position inhérente aux choses mobiles , et par laquelle la Providence les
met toutes i leur rang, b Donc le destin est quelque chose (f).
(Ck)NCLusioi^ -— En tant que tout ce qui se passe ici-bas est soumis i
la divine Providence ^ comme ayant été ordonné et prononcé par elle, il
faut admettre l'existence du destin.)
Dans les choses inférieures , il en est qui semblent provenir de la for-
tune ou du hasard, n arrive quelquefois qu'on regarde comme fortuit
ou casuel ce qu'on rapporte à certaines causes inférieures , tandis qu'en
le rapportant à une cause supérieure, on voit que cela est l'objet d'une
prévision spéciale. Ainsi deux serviteurs du même maître sont envoyés
par lui vers le même lieu, chacun d'eux ignorant la mission de l'autre;
leur rencontre, considérée par rapport aux serviteurs eux-mêmes, est
fortuite , puisqu'elle arrive en dehors de leur intention ; mais si on la
rapporte au n^aitre qui en a ainsi ordonné, elle n'est plus fortuite, mais
prévue. Or il y a eu des hommes qui n'ont pas voulu ramener à ime
cause supérieure ce genre de choses accidentelles et fortuites^ qui se
passent dans cette région inférieure. Et ceux-là ont nié le destin et la
providence, comme saint Augustin le rapporte de Cicéron; négation qui
(1) LMdée du destin avoU Joaé un si grand r61e dans les systèmes religieux ou mytliolo-
giques de Tantiquité payenne , certaines opinions astrologiques l'avoient tellement réveillée
dans le moyen ége, qu*on ne doit pas s'étonner de voir saint Thomas traiter, avec assex
d'étendue, une semblable question. Surtout, qu^on ne se scandalise pas d'avance de ce qu'A
la résout affirmativement quant à Pexistence même du destin. Une lecture attentîTe do eoipi
de Tarticle dissipera complètement cette impression. Non content d'expliquer le destin d'une
manière aussi rationnelle que chrétienne , le saint docteur réfute en passant les opinions qui
confondoient ce mot avec celui de fatalité ou de nécessité. Il va même plus loin à la fin da
rarticle , puisqu'en se servant d'une expression de saint Augustin , il se montre disposé, suivant
le eonseil de ce Père , à effacer le nom du destin de la langue théologique.
ante prxlocuta. Quse autem sunt provisa, non
gant fortuila neque causalia. Si igitur res fato
aguntur, excladentur casus et fortuoa à rébus.
Sed contra ; quod non est, non difliniUir.
8ed Boetius in IV. De consolât, (prosa VI),
difiinit falum dicens, qudd « fatum est iohsrens
rébus mobilibus disposilio, perquam providentia
8018 qusque nectit ordinibos. » Ergo fatum
aliquid est.
( CoKCLusio. — In quantum mnnia qn» hic
Ignntur, divins providenti» snbduntur, tanquam
per eam ordioata, et quasi pnek)cata , fatum
lectèponitur.)
Respondeo dieendum, qu5d in rébus inferio-
nbos videntur qa»dam à fortuoa vel casu pro-
venire. Contingît autem quandoque , qu5d ali<*
quid ad inferiores causas relatum, est fortuilnm
vel casuale ; quod tamen relatum ad causaiii
aliquam superiorem , invenitur esse per se iii-
tentum. Sicut si duo servi alicujus domini mit-
tantur ab eo ad eomdem locum, ono de altero
ignorante ; concursus duorum servorum , si ad
ipsos serves referatur, casualis est, quia accidit
prster utriusque intentionem ; si autem refera-
tur ad dominum, qui boc praeordinavit, non est
casuale^ sed per se intentnm. Fueruut igitur
aliqui qui bujusmodi casualia et fortuita , que
in bis inferioribus accidunt^ in nuliam superio-
rem causam reducere voluerunt. Et bi fatum
eijprovidentiam negaverunt^ ut de Tullio Au*
IHT BEJSTIN.
151
/élère contre ce qae nous avons dit plus haut tonchant la providence.
D'autres ont voulu ramener à une cause supérieure^ c'est4-4ire aux corps
célestes^ les choses accidentelles et fortuites qui se passent ici-bas , soit
dans la nature^ soit dans l'humanité. Et, selon cette opinion, le destin
n'est antre chose que la disposition des astres sous laquelle chacun a été
-conçu ou est né. Mais une telle opinion ne sauroit être soutenue, et cela
pour deux raisons : d'abord, en ce qui concerne les choses humaines,
parce que nous avons déjà démontré que les actes humains ne sont pas
soumis à Taction des corps célestes^ si ce n'est par accident et d'une ma-
nière indirecte; tandis que la cause fatale, devant nécessairement dis-
poser les choses soumises au destin, doit aussi, par là même, être la
cause immédiate et directe de ce qui arrive ainsi. En second lieu , cette
opinion est fausse pour toutes les choses qui arrivent par accident. Nous
4ivons , en effet , dit ailleurs que ce qui est par accident, n'est pas à pro-
prement parler, et n'est pas un. Or toute action de la nature a pour
terme une chose une. Donc il est impossible qu'une chose qui n'est que
par accident soit l'efiet d'un principe ou agent naturel. Il n'est aucune
force dans la nature, par exemple, rpii puisse de soi Caiire qu*un homme
Toulant creuser une fosse trouve un trésor. Or il est évident qu'un corps
céleste doit agir par manière de principe naturel , et que , par consé-
quent, ses effets sur le monde inférieur doivent également être naturels,
n est donc impossible qu'une certaine vertu active des corps célestes soit
la cause de ce qui arrive ici-bas par accident, c'est-à-dire, d'une manière
fortuite ou casuelle. D'où il faut conclure que ce qui arrive ici-bas par
accident, soit dans les choses de la nature, soit dans les choses de l'hu-
manité, doit être rapporté à une cause supérieure, qui prédispose tout,
6t qui n'est autre que la divine Providence ; car rien n'empèdie qu'une
chose acddentelle ne soit saisie dans son entité ou unité par un certain
intellect; sans cela aucun intellect ne pourroit former la proposition sui-
fostio» récitât in V. De Civit Dei, Qnod est
contra ea qux soperiùs de providentia dicta sont
(qu. 22, art. 2). Quidam verè omnia fortoita
et caenaKa qnœ in istis inferioribuB aoci^aut,
sive in rébus naturalibus, sive in rébus bnmanis,
leducere voluerunt in auperiorem causaoi, id
est in cœlestia corpora. Et aecaodùm boc, fatum
nibil aliud est quàn dbpositio sidemin , in qua
qnisqœ conceptus est vel natos. 8ed boc alare
non potest , propter duo. Prioift quidem, quan-
tum ad res bumanas, quiajam ostensumest,
qnôd humani actus non subduntur actioui cce-
lestium corporum, niai per acciiiens et indirecte.
Causa autem fatalis, cùm babeat ordinationem
nper ea qus fato aguntur, necesse est qubd sit
directe et per se causa ejua quod agitur. Se
condô, quantum ad omnia qaae per accidens
«guQlur. Dictum est enim suprà (qu. 105, art. 6),
qu6d id quod est per aoddens, non est propriè
ens ueque imam. Omnis autem natora actio ter-
minatur ad aliqQid miom. Unde impossibile est
qu6d id qooë est per aocidens* sit effectua per
se alicujus naturalis prindfni agentis. KoUa
ergo natura per se boc faoere potest, quôd in-
tendens fodere sepulchrum, inveniat thesaonmi.
Manifestum est autem qu6d oovpus cmiesle agit
per BMMlom nataraiis principal : unde et eSectns
ejus in hoc monde sunt naturales. Impoaubiie
est ergo quèd aiiqua virtus activa cœlestis eor-
poris ait causa eorom qus hic aguntnr per ac-
cidens^ sive à casu^ sire k furtuDa. Et ideo di-
cendum est, qu6d ea qus bic per accidens aguiH
lur, sive in rébus naturalibus, sive in bumanis,
reducttotur in aliquam causam pneordlnantem,
quae est providentia divina ; qui:i niliil prohibet
id quod est per accidens, accipi ut unum ah
152 PARTIE I, QUESTION CXVI, ARTICLE 1.
vante : a un hoïnme creusant une tombe a trouvé un trésor. » Et de même
que Tintellect peut comprendre cette proposition , de même il peut la
réaliser; comme, par exemple, si Ton savoit où se trouve un trésor caché,
et que Ton engageât un homme qui ne le sauroit pas à creuser là une
fosse. Ainsi donc rien n'empôche que les choses qui arrivent ici-bas par
accident, c'est-à-dire les choses que nous appelons casuelles ou fortuites,
ue soient ramenées à une cause qui les dispose d'avance et dont l'action
s'exerce par un intellect, et principalement par l'intellect divin. En effet.
Dieu seul peut changer la volonté, ainsi que nous l'avons dit ailleurs;
et par là même la disposition des actes humains, dont la volonté est le
principe, ne sauroit être attribuée qu'à Dieu. En tant donc que tout ce
qui se passe ici-bas est soumis à la divine Providence , et se trouve pré-
disposé et comme prononcé par elle, nous pouvons admettre le destin;
quoique les saints Pères aient refusé d'employer ce mot, à raison de ceux
qui en détournoient le sens pour l'appliquer à l'influence des astres.
Voilà pourquoi saint Augustin dit. De Civit. Dei, VI, 1 : « Si quelqu'un
attribue les choses humaines au destin, parce qu'il appelle de ce nom la
volonté même et la puissance de Dieu, qu'il garde son sentiment et qu'il
corrige son expression. » C'est dans le même sens que saint Grégoire nie
le destin.
De là résulte clairement la réponse à la première objection.
Je réponds à la seconde : Rien n'empêche qu'il y ait des choses for-
tuites et casuelles relativement aux causes prochaines; mais il ne sauroit
y en avoir relativement à la divine Providence. Sous ce rapport, en effet,
« rien n'arrive par hasard dans le monde , » comme le dit saint Au-
gustin.
aliqao inteliecitt : alioqnin intellectus formare
non posset hanc propositionem : a Fodieus se-
pulchrum invenit Ihesaarum. » Et sicut hoc
potest intellectus apprehendere , ita potest ef-
ficere : sicat si aliqnis sciens in qoo loco sil
thésaurus ahscooditus, instiget aliquem rusticam
hoc ignorautem , ut ibi fodiat sepulchrum. Et sic
nihil prohibet ea qu» hic per accidens aguntur,
«t fortuita vel casnalia, reduci in aliquam cau-
8UD ordinanlem^ qos per iotellectuiD agat, et
pTScipuè inteliectum divinum. Nam solus Deus
potest voluDlatem immutare, utsuprà habitum
est (i); et percoasequens ordinatio bumaDorum
actuum, quoram priocipium est voluatas, soli
Deoattiibui debeU Sic igitur, io quantum omoia
qns blc aguntur, divinae providenlie subduotur,
tanquam per eam preonlinata et quasi prslo-
cuta, fatum ponere possumus ; Ucèt hoc nomine
sancli doctores(3) uti recnsaverunt, proptcr e08
qui ad vim positionis siderum hoc oomen de-
torquebant. Unde Augustinus dirit iu VI. De
Civit, Dei ( cap. 1 ) : « Si propterea quisquam
res humanas fato tribuit, quia ipsain Dei vo-
luntatem vel potestatero fali nomine appellat;
sententiam teneat, et linguam conigat. » Et
sic Gregorius fatum esse negat.
Unde patet solutio ad primum.
Ad secundum diceodum, quôd nihil prohibet
aliqua esse fortuita vel casualia per compara-
tiooem ad causas proximas; non tamen per
comparationem ad divinam providenliam ; sic
enim a nihil temerë lit in mundo , » ut Au-
gustinus dicit in lib. LXXXm. Quœstion.
(qu. 34).
(1) Tum qu. 105, art. i; tum qu. 106, art. 2; tum qu. 111, art. 9.
(2) Ut Ambroslus cùm fatale deeretum répudiât, lib. De arca Noe, eap. 5; et Ghrysosto—
mus cùm k dsmone introductum et contrai ium Deo dicit , Orat. II y de fato»
VJJ DESTIN. iSJ
ARTICLE n.
Lb destin est-il dans les choses créées?
n paroît que le destin n'est pas dans les choses créées. 1® Saint Au-
gustin dit. De Civit. Dei,Vy 1 : « La volonté même ou puissance de Dieu
est ce qu'on nomme destin. » Mais la volonté et la puissance de Dieu
résident en lui-même, et non dans les créatures. Donc le destin n'est pas
dans les choses créées, mais on Dieu.
2^ Le destin doit être considéré comme la cause des choses casuelles
ou fortuites, ainsi que le mot même le dit. Or la cause universelle et
essentielle des choses qui arrivent ici-bas par accident, c'est Dieu seul,
ainsi que nous venons de le dire. Donc le destin est en Dieu^ et non dans
les choses créées.
3o Si le destin est dans les créatures, il y est comme substance ou
comme accident. Or, dans l'un et l'autre cas, il faut qu'il se multiplie
suivant le nombre même des créatures. Comme donc le destin est un, il
ne paroît pas qu'il soit dans les créatures, mais bien en Dieu.
Mais le contraire est ainsi formulé par Boëce , ConsoL, IV, 6 : « Le
destin est une certaine disposition inhérente aux choses mobiles. x>
(Conclusion. — Le destin est dans les choses créées en tant qu'elles
sont ordonnées par Dieu en vue de certains effets à produire. )
Comme nous l'avons antérieurement expliqué , la divine Providence
réalise ses volontés ou produit ses effets par des causes intermédiaires.
La disposition de ces effets peut donc être considérée sous un double rap-
port : d'abord en tant qu'elle est en Dieu même; et alors cette disposition
des effets se nomme Providence. Puis en tant que cette disposition se
trouve dans les causes intermédiaires ou moyennes ordonnées par Dieu,
ARTICULUS n.
Utrùm fatum sit in rebu» cretUû.
Ad secuDdum sic proceditor. Videtur qnôd
fatum non sit in rébus creatis. Dicit euim Au-
giisUnus, V. De Civit, Dei ( cap. 1 et 8 ), quôd
« ipsa Dei voluntas Yel poteetas, fati nomine
appellatur. » Sed voluntas et potestas Dei non
est in crealuris, sed in Dec. Ergo fatum non
est in rébus creatis, sed in Deo.
S. Praeterea, fatum comparatar ad ea quefato
aguntur ut causa, sicut ipse moduà loquendi
ostendit. Sed causa universalis per se eonim
qn» bic per accidens agunlur, est soins Deus,
ut suprà dictam est. Ergo fatum est in Deo, et
non in rébus creatis.
3. Prxterea, si fatum est in creatnris, aut
est substaulia, aut accidens. Et quodcuuque
boium detur, oportet qnôd multiplicetiir lecun-
dûm creaturarum multitudinem. Cilm ergo fa-
tum videatur esse unum tantiim , videtur quôd
falum non sit in creaturis, sed in Deo.
Sed contra est, quod Boetius dicit in
IV. De consolât, ( prosa VI , ut snprà ) , quôd
« falum est dispositio rébus mobilibus inhse-
rens. »
( CoNCLUsio. — Fatum est in causis creatis,
in quantum ordinatas sunt à Deo ad aliquos ef-
fectua producendos. )
Bespondeo dicendum, quèd sicut ex pnedictis
patet (qu. 103, art. 6), divina providentia per
causas médias suos effeclus exequitur; potest
ergo ipsa ordinatio effecluum dupliciter consi-
derari. Une modo secundùm qu6d est in ipso
Deo; et sic ipsa ordinalio effectuum vocatur
providentia. Secundùm ver6 quôd prsdicta
ordinatio consideratur in mediis causis à Deo
ordinatis ad aliquos effectua producendos, sic
i^ PARTIE I, QUESTION GXYÏ^ ARTICLE 2.
en vue de certains effets à produire ; et alors on la nomme destin (1).
C'est ce qui fait dire à Boêce^ dans Tendroit déjà cité : a Soit que certains
esprits exécutent les volontés immuables de la divine Providence , soit
que Tame et la nature tout entière obéissent à ses ordres^ soit que les
mouvements des corps célestes^ ou la puissance des anges ^ ou même les
divers artifices des démons^ soit même que toutes ces choses à la fois en
soient les ministres^ c'est ainsi que s'enchaîne la série des choses fatales
ou fortuites, d Or nous avons traité de ces diverses influences suivant
l'ordre des matières. Nous pouvons donc conclure maintenant que le
destin est dans les choses créées en tant qu'elles sont ordonnées par Dieu
en vue de certains effets à produire (2).
Je réponds aux arguments : 1® La disposition des causes secondes^ ap-
pelée par saint Augustin enchaînement des causes^ ne peut offirir l'idée
de destin qu'en tant qu'elle dépend de Dieu. Ainsi, considérée comme
cause, la puissance ou volonté de Dieu peut être nommée destin; mais
le destin, dans son essence, c'est la disposition même ou l'enchaînement^
c'est-à-dire, l'ordre des causes secondes.
2o Le destin peut être regardé comme cause dans la même proportion
et pour le même motif que les causes secondes^ dont l'enchaînement
porte ce nom de destin.
3° Quand nous disons que le destin est une disposition, nous ne pre-
nons pas ce dernier mot comme désignant en général une qualité, mais
(1) Nous sommes plemement de Tavis du saint évéque d*Hippone ; nous ravouons ingénu-
ment , nous voudrions voir disparottre le mot destin de la langue chrétienne. Mais , il faut
Favouer aussi , un auteur , un tliéologîen même a le droit absolu d'employer un mot , quand
il a le soin d*en bien déterminer la signification ^ et quand ceU6 signification n*a rien qui ne
soit parfaitement Juste , parfaitement orthodoxe. On voit maintenant si la pensée de saint
Thomas est dans ces conditions. On en Jugera de même , lorsqifil ira , dans rartiele suivant ,
Jusqu'à parler d'un destin immuable.
(2) Ainsi donc , le destin admis par notre saint auteur se confond dans sa source , dans
•on principe essentiel , avec la notion même de la Providence : on ne doit y voir que ren*
chatnement et les effets des causes secondes, obéissant toutes, dans leur action, aux lois que
Dieu lui-même leur a posées. Saint Augustin donne absolument la même explication en plu-
sieurs endroits de ses ouviages; mais en particulier, De Cifrit. Dei^ Y , 1 , 8 et 9, et, A»
Trin,, m , 8 et 9.
habet rationem fait. Et hoc est qaod Boetius
dicit , IV. De consolât. ( ubi suprà ) : « Sive
familaotibus quibuadam providentis divins
spiritibaa fatnm exercetur, sea animft, sea totâ
inserviente naturA, sive cœlestibos sideram mo-
tibua, aeu Angelica Yirtote, sen dsmonum varia
folertia , seu aliquibua eorum , seu omnibus ,
fatalis séries texitnr. » De quibus omnibus per
tingula in pnecedentibus diclum est ( qu. 104 ,
art. t, et qu. 111 , art 2). Sic ergo est mani-
festum qu6d fatum est in ipsis causis creatis,
in quantum snnt ordinate à Dec ad aliquca
effectua producendos.
Ad primnm ergo diceDdam, qnèd ipaa ord^
natio cansaram secimdarmiy quam Augostinns
seriem causafwn nonrinat, non habel ratioDom
fati, nisi secnndùm qù6d dependet à Deo. Et
ideo, causahter Def^otestaB, vel volnntas, dici
potest fatum; easentialiter V6r6 fetum est ipaa
dispositio seu séries (id est ordo) cansanun
secuBdamm.
Ad secandum dioendam, qu5d in tantnm &-
tum habet rationem cause, in quantum et ipn
cause secunde, quarum ordinatio fatum "vo-
catur.
Ad tertium dicendnm, qu6d fatum dicitur
dispositio, non que est in génère qualitatis, sed
aecnndiua qo5d dispositio désignai ordinem.
BU DESTIN* 155
bien comme exprimant un ordre, une relation , et non une substance.
Cet ordre ^ si nous le considérons relativement à son principe, est un, el
pour ce motif on dit qu'il n'y a qu'un destin; et si nous le ciMisidérons
par rapport aux effets, ou bien par raq>port aux causes intermédiaires,
il est mal tiple; c'est dans ce sens que le poète dit : a Vos destins vous en-
traînent »
ARTICLE UL
L0 dettin esi'il immuabU?
n paroît que le destin n'est pas immuable. 1® Boêce dit. De Consol., IV:
«Ce que le raisonnement est à Tintellect, ce qui se produit à ce qui
existe, le temps à l'éternité, la circonférence au centre, la marche mo-
bile du destin l'est à l'immuable simplicité de la Providence. »
2*» Le Philosophe dit, Topic, IT, 3 : « Quand nous sommes en mouve-
ment, tout ce qui est en nous se meut, d Or le destin est une disposition
inhérente aux choses mobiles, suivant l'expression déjà citée de Boêce.
Donc le destin n'est pas immuable.
S"" Si le destin est immuable , les choses soumises au destin doivent
arriver d'une manière immuable et nécessaire. Mais ce sont les choses
les plus contingentes qui sont attribuées au destin. Donc, si le destin étoit
immuable, il n'y auroit rien de contingent dans les choses, tout arri-
veroit par nécessité.
Mais Boêce dit, au contraire, dans le pas&ige reproduit plus haut :
<K Le destin est une disposition immuable. j>
(Conclusion. — Le destin, considéré par rapport aux choses secondes,
n'est pas immuable; mais considéré par rapport à la divine Providence,
il est immuable et soumis à une nécessité non absolue , mais condition-
nelle.)
■v.
€pà non est sobstentia, sed relatio. Qui quidem
ordo, n censideretur per compantioBem ad
fDom princiiâaiiiy est unm, et sic diâUir unuio
Mam ; si aatem coniidereUir per relaiioneoi
id «ffectns , tel ad ipaas camas médias , vc
mnttiplicatiir. Per q^em modnm Poeka diiit s
c Te tua ikla tnlmiit (1). »
aruculus hl
Utrùm fatum Ht mobile.
Ad terlinm sic proceditur. Videtor qnbd fth
tam non sit immobile. Dicit euim Boetios in IV.
De consolât. ( ut snprà ) : « IHi est ad intel-
lectum , ratiocinatio ; ad id qaod est , id qnod
gignitur; ad steruitatem, tempns; adpunctum
aiediamt circulos : ita est fati séries mobilis ad
protidentis stabilem simplidtatem. »
2. Prsterea, siait Phiteaophos didtia H
Topic, { cap. S ) : <i Motis nobis moventnr ea
qaae in nobis sunt. » Sed fiitom est « diapoutio
inhœrens r^m mobilibu, » nt Boetios dicit
( ut suprà ). Ergo fatum est mobile.
S. Pneterea, si fiitum est immobile , ea qus
anbduntur fato , Imniobiliter et ex necessiiate
eveniont. Sed lalia maxime tidentar esse cm-
tingentia qus fato attribnuntttr. Ergo nihil erit
eoBtiiigens in rébus , sed omnia ex neeesaitale
evenient
Sed conta est, quod Boetius dicit (ubi suprà),
qu6d a fiitum est immobilis dispositio. »
( CoKCLUsio. — Fatum secundùm considéra-
tionem secundarum causarum , mobile est , sed
secundùm quod subest divins providenlitC, im-
mobllitatem sortitor, non quidam absolut» ne-
cessitalis sed conditioaats.)
(i) Tel ^«M'dof Vy vers. 509 : Quà fata trahunt, relrahwiUque^ nquamur. Prêter iUaA
J56 PARTIE T, QUESTION CXVI, ARTICLE 3.
La disposition des causes secondes ^ disposition que nous appelons de»*
tin^ peut être considérée de deux manières : d'abord quant aux causes
secondes elles-mêmes^ en tant qu'elles sont ainsi disposées ou ordonnées;
puis quant à leur rapport avec le premier principe par lequel elles sont
ordonnées, c'est-à-dire, par rapport à Dieu. Quelques-uns ont prétendu
que la série même ou disposition des causes secondes étoit nécessaire de
soi, de telle sorte que tout arriveroit nécessairement, par la raison que
tout effet a une cause et que, la cause posée, il faut nécessairement que
Teffet arrive. Mais cela est évidemment faux , d'après ce que nous avons
dit ailleurs, question onzième, art. 5 et 6. D'autres, au contraire, ont
prétendu que le destin n'étoit pas immuable, même en tant qu'il dépend
de la divine Providence. Voilà pourquoi les Egyptiens disoient que le
destin pouvoit être changé par certains sacrifices, comme le dit saint
Grégoire de Nysse. Mais cela se trouve réfuté d'avance comme contraire
à l'immutabilité de la Providence divine. Aussi faut-il en revenir à dire
que le destin, considéré dans les causes secondes, n'est pas immuable,
et que, considéré dans la volonté de la divine Providence, il est immualî^
et soumis à une nécessité non absolue, mais conditionneUe, pourvu qu'on
entende toutefois que la condition à laquelle il est soumis est vraie ou
nécessaire : si Dieu a prévu qu'une chose doit être, cette chose sera. Aussi
Boêce, après avoir dit que la série ou disposition établie par le destin
n'étoit pas immuable, ajoute bientôt après :« Mais cette série, tirant
son origine de l'immuable Providence, doit nécessairement être elle-
même immuable. j>
Et de là résulte clairement la réponse aux objections.
Respondeo dicendam, qu&d dispositio secan- 1 fatum possemutariyUtGregorhisNyssenasdicit^
darum causaram, quam fatum dicimus, potest | Sed hoc soprà ezclusam est, quia immobilitati
dupliciterconsiderari. Uno modosecandùm ipsas divins provideutisB répugnât. Et ideo dicendum
causas secundas, que sic dtsponuntor, seu or- est qaèd fattim, secundùm considerationem se-
dinantur; alio modo per relationem ad primum cundarum causarum, mobile est, sed secund&m
principium , à quo ordiaantur, scilicet Deum. qo6d subest divin» providenti», immobilitaten
Quidam ergo posuerunt ipsam seriem seu dis-
positionem causarnm esse secundùm se neces-
saiiam, ita qu5d omnia ex necessitate contin-
geieot, propter l.oc qu5d quilibet effectus habet
causam , et causa posita necesse est eiTectam
poni. Sed hoc patet esse falsom , per ea qu»
suprà dicta sunt (qu. 115, art. 6). Alii verô
è contrario posuerunt fatum esse mobile, etiam
secundùm quôd à divina providentia dependet.
Unde iEgyptii dicebant quibusdam sacriflciis
sortitur, non quidem absolutae necessitatis, sed
oonditionatae ; secundùm quôd dicimus hane
conditioualem esse veram vel necessariam &
<c Si Deus prescivit hoc futuram , erit. » Unde
cùm Boetius (ubi suprà) dixisset fali seriem
essemobilem, post paoca subdit: «Qus ciun
ab immobilis providentis proficiscatur exor-
diis, ipsam quoque immutabilem esse necesse
est. »
Et per hoc patet responsio ad objecta.
Seoec», quod usurpât etiam Augustinus, De CiviL Dêi, lib. Y, cap. 8 : Dueunt whnUm
[ata^ nol€nl9m trahuiU; et similia pasdim occurrontia qu« ffUum in plural! usurpant.
DU DESTIN. 1S7
ARTICLE IV.
Toutes choses sont^lks soumises au destin ?
n paroit que toutes choses sont soumises au destin. 1« Boëce^ dans
Vendroit cité^ s'exprime ainsi : <x La série du destin fait mouvoir le ciel
et les astres, gouverne les éléments les uns par les autres^ et les trans-
forme par des changements réciproques; elle renouvelle^ par la repro-
duction des mêmes germes et des mêmes semences, tout ce qui naît et
meurt; elle étreint, par un enchaînement indissoluble de causes,* les
actes et les idées des hommes. » On ne sauroit donc rien indiquer qui ne
soit soumis à la série du destin.
2? Saint Augustin dit. Le CM t. Dei, V, 1 et 8 : a Le destin est quel-
que chose en tant qu'il se rapporte à la volonté et à la puissance de
Dieu. » Or la volonté de Dieu est la cause de tout ce qui arrive, comme
le dit le même saint Augustin , De TriniL, III. Donc toutes choses sont
soumises au destin.
3<» Le destin est, d'après Boêce, « une disposition inhérente aux choses
mobiles.» Or toutes les créatures sont mobiles ou sujettes au changement.
Dieu seul est immuable, comme nous Tavons établi dans le Traité de
Dieu. Donc toutes les créatures sont soumises au destin.
Mais Boêce dit formellement le contraire dans le livre que nous avons
déjà plusieurs fois cité : « 11 est des choses qui, placées sous l'action de
la Providence, sont supérieures à la série du destin. »
(Conclusion. — Le destin étant la disposition des causes secondes pour
des effets prévus par Dieu, ce que Dieu fait immédiatement ne peut être
soumis au destin, cela seul lui est soumis qui dépend des causes secondes.)
Le destin, comme nous l'avons déjà dit, est la disposition établie dans
les causes secondes pour des effets que Dieu a prévus. Tout ce qui, par
ARTICULUS IV.
UtHtm omnia fato iuhdaïUur,
Ad quartum sic procediiur. Videtur qa6d
omnia fato subdantur. Dicit enlm Boelius iu IV.
Ve consolât, { obi saprà ) : a Séries fati cœlum
et sidéra movet, elementa in se la^cem tem-
pérai, et alterna format Iransmutatione. Eadem
Dascenita occidentlaqae omnia per rîmiles fce-
Xaum seminamque rénovât progressus. Hxc ao
toB formasqne taoroinam indissolubili causarum
connexions constringit. » Nihil ergo excipi
videtur qa6d snb fati série non contineatur.
2. Pneterea, AognsUnus dicit in V. De Citnï.
Dei, quèd « btum aiiqnid est, secnndùm quod
ad voluntatem et potestatem Dei refertur. »
Sed voinntas Dei est causa omniam quae fiunt,
ni Angustinus didt in IU. De Triii. Ergo om-
ab sttbduntor fato.
3. Prsterea^ fatum secundùm Boeiium (ut
suprà) , est « dispositio rébus mobilibus inhs-
rens. » Sed omnes creatune suut mutabiles^ et
solus Oeus veiè immutabilis , ut suprà habitum
est ( qu. 9, art. 1 et 2 ). Ergo in omnibus créa-
turis est fatum.
Sed contra est^ quod Boetius dicit in IV. De
consolât, (prosa V, ut suprà), qu5d «quxdam
qux sub providentia locata suut, fati seriem
superant. »
( CoNCLvsio. — Cùm fatum sit ordinatio se-
cundarum causarum ad effectus divinitus prs-
visos,' ea qos à Deo immédiate fiunt, non sub-
dantur fato , sed ea sola et omnia que subdun-
tnr secundiscausis.)
Respondeo dicendum, qa5d âcut snprà dlc-
tum est (art. 2), falnm est ordinatio secun-
darum causarum ad effectus divinitus pnevisos.
Qoaecuntiue igitur causis secundia subduntur.
158 PARTIE Jj QUSPnON GXVII^ AATIGLE 1.
Gonséquent^ est soumis aux causes secondes, est également soumis au
destin. Mais les choses qui sont immédiatement faites par Dieu n'étant
pas soumises aux causes secondes^ ne le sont pas non plus au destin ; ainsi
la créaiien du monde, la glorification des substances ^irituelles, et autres
choses de même nature. C'est ce qui fait dire à Boêce que a les choses
les [dus rapprodiées de la Divinité sont stables et supérieures i la mobilité
du destin. » D'où il suit également que plus une chose s'éloigne de la pen-
sée suprême, et plus elle se trouve impliquée dans les nœuds du destin,
par la raison qu'elle est plus soumise à la néces^té des causes secondas.
Je réponds aux arguments : i» Toutes les choses dont il est id quesK
tion sont faites par Dieu au moyen des causes secondes. Elles rentrent
donc dans la série du destin; mais cela ne s'applique pas à toutes les
autres choses, comme nous l'avons déjà dit.
2f* Le destin se rapporte à la volonté et à la puissance de Dieu commo
à son premier principe. Par conséquent , tout ce qui est soumis à la vo-
lonté ou à la puissance divine n'est pas, par cela même, soumis au destin.
3« Quoique toutes les créatures soient mobiles ou sujettes au change-
ment sous certains rapports, il en est parmi elles qui ne procèdent paa
de causes créées et changeantes; et celles-là ne sont pas soumises au
destin.
QUESTION CXYII.
Be ce nal comcerAe Vaetiom de Vltoainfte*
Nous avons à étudier ce qui concerne l'action de lliommej en tant
qu'il est omiposé d'une créature spirituelle et d'une créature corporelle.
•a siibdantttr et fato. Si qna verô sont » que
immédiate à Deo fiunt, cùm non subdantur se-
condis caosis, non subduntar fato : sicut creatio
rerum^glotificatio spiritualium snbstantiaram,
et alia hujusmodi. Et hoc est quod Boetius dicit
(obi saprà), qu6d « ea qus sunt prims divinilati
propinqua, stabiliter fixa, fatalis ordinem mobi-
litatiB excédant. » Ex quo etiam patet, qu6d
« quantô aliquid longiùs à prima mente discedit,
nexibus fati majoribus implicalur; » quia ma-
gis subjicitur necessitati secuudarum causarum.
Âd primum ergo diceudum, quôd omnia illa
im» ibi tanguntur, fiunt à Deo mediantibus
causis secandis ; et ideo sub fati série conti»
nentur. Sed non est eadem ratio de omnibos
aliis, ut suprà dicUua esL
Ad secttôdum dicendum, quôd fatum refertor
ad Yoluntatem et potestatem Dei , sicut ad prir
mum principinm. Unde non oportet qubd qoio-
quid subjicitur Toluntati divins Tel potesûti »
subjiciatur fato, ut dictum est.
Ad tertium dioendum , qu6d quamyis omnes
creatune sint aliquo modo motabiles, tamen
aliqus earum non procédant & causis creatîs
mutabilibus. Et ideo non snbjiâonturfato» ui
dictum est
QUjESTIO CXVII.
De pertinetUibut ad h<minii aeiionem^ in quatuor artieuiot âMto»
Postea considerandum est de bis que perti- i situa ex spirituali et corporali creatonu El
rf>rt 9^ .irHAnem bominiSi qui est compo- 1 primé considerandum est de actione bominia;
D£ CE QUI GONGEfi>T L'ACTION DE L*HOMME. . 159"
n faut considérer d'abord Faction de l'homme proprement dite; puis la
propagation de l'homme par l'homme.
Sur le premier point quatre questions se présentent : i* Un homme
peut-il en instruire un autre et produire en lui la science t S*" Un homme
peut-il instruire un ange ? 3^^ Un homme ^ par la puissance de son ame,
peut-il changer la matière corporelle t k^ Une ame séparée peut-elle im»
primer aux corps un mouvement local t
ARTICLE L
Un homme peut-il en enseigner un autre?
Û paraît qu'un homme ne peut pas en enseigner un autre, l"" Le Sei-
gneur dit^ en effet, M&tth., XXIII, 8 : a Ne tous laissez pas appeler
maître. » Ou bien, comme dit la Glose interlinéaire : « Ne transportez
pas à un homme un honneur divin. » Il appartient donc uniquement
i Dieu d'être maître. Or le propre du maître, c'est d'enseigner. Donc
l'homme ne peut pas enseigner, cela n'appartient qu'à Dieu.
2® Si un homme en enseigne un autre , cela ne peut être qu'en tant
que, par sa propre science, il produit la science dans un autre. Or, la
qualité en vertu de laquelle un être agit pour former son semblable^
doit être une qualité active. Donc il suit de là que la science est une qua-
lité active , comme par exemple la chaleur.
3o Pour la science il faut la lumière intelligible et l'espèce de la chose
connue. Or un homme ne peut produire ni Tune ni l'autre dans un
autre homme. Donc il ne peut pas l'enseigner en lui donnant la science.
k"" Le maître ne fait rien à Tégard de son disciple que lui présenter
certains signes, c'est-à-dire, lui représenter certaines choses ou par la
tecimd6| de propagiitiane bominis ex taomine. 1 honorem. Sed docere est propriam magistii.
Circa primnm quaeruntnr quatuor : lo Utrùm
iiniis homo posdt docere alium , causando in
ipso Bcientîam. 2* Utrùm unns homo possit do-
ooe angelum. 9* Utrùm bomo per virtutem
aa amouB possit immutare materiam corpora-
lem. 40 Utrùm anima bominis separata possit
movere corpora moto locali.
ARTICULUSI.
VMim «111118 homo point àlium doeert.
Ad primnm sic proceditnr (1). Videtur qnôd
bomo non possit alium docere. Dicit enim Do-
minus, Matth,, XXill : « Nolite vocari Rabbi. »
Dbi didt Giossa (interiin.) Hieronymi : («) « Ne
dbinnm hooorem bominibu? tribuatis. » Esse
argo magistram pertinet propriè ad diTinum
Homo ergo non potest docere ; sed boc est pro>
prium Dei.
2. Prsterea, si homo alinm docet, boc non
est nisi in quantum agit per sdentiam suam ad
causandom scientiam in alio. Sed qnalitas per
qiiam aliquis agit ad faciendum sibi simile, est
qualitas activa. Ergo sequitur quùd scientia sit
qualitas activa sicut et calor.
8. Prsterea, ad scientiam reqdritur lumen
intelligibile et species rei intellect». Sed nen-
trum istorum potest causare unus bomo in alio.
Ergo unus homo non potest docendo causaie
sdentiam in alio.
4. Prsterea, doctor nîhil agit ad dîsdpulom,
nisi quôd proponit ei quaedam signa, vel vodi»
bus aliquid signific^ndo, vel nutibus. Sed pro-
(1) De bia etiam Contra Genl.^ Ilb« II, eap. 75; et qn. 11, de verit., «rt. 1; et Opmo,
JSXf eap. 5; et Matth., XXIU , col. 5; et ad Jtom.^ I, iect. 6, eol. 6.
(2) Perperàm priùs ex Hierouymo noUbatur.
160 rARTJB l, QUESTION CXVII, ARTICLE i.
parole ou par le geste. Or un homme ne sauroit, par des signes, en en-
seigner un autre de façon à produire en lui la science. Ce qu'il présente,
en effet, à son disciple, est le signe ou bien d'une chose connue, ou bien
d'une chose inconnue. Si c'est d'une chose connue, celui à qui un tel
signe est proposé possède donc déjà la science, et ne l'acquiert pas de son
maître. Si c'est le signe d'une chose inconnue, il ne peut y rien connoître
ni rien apprendre par ce moyen. C'est comme si l'on parloit grec à un
homme qui ne connoit que le latin ; il ne pourroit rien apprendre par
le moyen d'une langue inconnue. Ainsi un homme qui en instruit nn
autre ne peut, en aucune façon, produire en lui la science.
Mais le contraire est clairement exprimé par l'Apôtre, quand il dit,
I. Tim., Il, 7 : « C'est pour cela que j'ai été établi prédicateur et apôtre,
docteur des nations dans la foi et la "vérité (1). »
(Conclusion. — Un homme peut en enseigner un autre ou bien en lui
fournissant des secours qui le conduisent à la connoissance d'une vérité
qu'il ignoroit^ ou bien en fortifiant son intelligence, afin qu'il puisse
mieux tirer les conclusions de leurs principes.)
Les opinions ont varié sur ce point. Averrhoês, d'une part, a prétendu,
comme nous l'avons déjà dit, qu'il n'y avoit qu'un seul intellect possible
ou passif pour tous les hommes. U suivoit de là naturellement que tous
les hommes doivent avoir les mêmes espèces Intelligibles. Partant de oe
(1) La transmission de la seienee, eette lonière intellectuelle , par le ministère de rensei-
gnement , est assurément un des traits les plus mystérieux , mais aussi les plus beaux et les
plus nobles qui distinguent Vètre bumaln. On conçoit que toute philosophie aU cherché i pé-
nétrer le secret d*une telle influence. Saint Thomas expose les divers systèmes connus avant
lui , les réfute , et puis donne son explication qui n*est , comme presque toujours , qu*un déve-
loppement raisonné , ou bien un perJectionneroent des idées émises par Aristote. Hais le déve-
loppement présente ici par le docteur angélique peut donner lien à des observations Importantes
et curieuses sur Péducation des enfants. On jugera sans peine que rétendue peu ordinaire de
cet article est bien JostiGée par Fimportence du sujet. Ce n*est pas sans raison , eu oalie,
que le saint docteur place renseignement en tète des diverses actions que rhomme peut
exercer sur Tbomme ; toutes les autres sont dominées par celle-U , 8*y trouvent même ren-
fermées : modifler Tintelligence , c*est-à*dire les idées, c*est toujours modifier les sentiments,
et, par suite , les mœurs; ce qui entraîne évidemment le caractère tout entier dj la vie.
ponendo signa non potest aliquis alium docere,
caa^ando in eo scienliam; quia aut proponit
signa rerum nolarum, aul rerum ignotarum.
Si rerum notarum , ille ergo cui signa propo-
nnntar, jam babet scieutiam, et eam non acqui-
rit à ntagistro. Si autem rerum ignotarum, pcr
tiujasmodi signa nibil addiscit : sicut si aliquis
proponeret alicui latino veilM gncca, quorum
signiQcationem ignoraret; per boc eum docere
non posset. Nullo ergo modo anus homo potest
filium docendo adentiam in eo causare.
Sed contra est, quod Apostolus dicit, I. ad
Timoth,, III : a lu quo pîositus sum ego praî-
dicator et apostolus, doctor gonlium in fide et
veritale (1). »
(CoNCLusio. — Potest nnns homo alîam do-
cere, vel proponendo ei auxiiia quibus manudn-
catur in cognitionem veritatis ignolx, vel con-
fortaodo ejus intellectum, quo possil ex princi-
piis conclusiones deducere. )
Respondeo dicendum, qu6d circa hoc divers*'?
fuerunt opinioues. Averrboes eniin in Commen-
ta rio III. De anima, posuit unam inteUeclum
possibilem esse omninm tiominum , ut snprà
ilictum est ( qu. 76, art. 2 )• Ei ei hoc sequc-
batur qu6d e«dem species inteiiigibiles sint
(1) Kec tanlùm ibl , sed et passlm hoc irsum insinuât.
BS CE QUI CONCERNE l'aGTTON DE l'hOMME. 161
principe, ce philosophe ne veut pas qu'un homme, par soh enseigne-
ment, produise dans un autre homme une science différente de celle
quil a lui-même; selon lui, celui qui enseigne ne fait que communiquer
identiquement sa propre science, dans ce sens qu'il excite son disciple à
disposer convenablement dans son ame les images ou fantômes , afin que
la perception intelligible se produise en lui. Il y a dans cette opinion
quelque chose de vrai , c'est que la science du disciple et celle du maître
sont réellement la même science , si l'on considère la vérité identique de
la chose sue; car c'est la même vérité qui est connue par le disciple et
par le maître. Mais en tant que cette opinion suppose qu'il n'y a qu'un
intellect possible et les mêmes espèces intelligibles pour tous les hommes,
que ces espèces ne diffèrent que par la différence des images, elle est
fausse, comme nous l'avons démontré ailleurs. L'autre opinion est celle
des platoniciens, qui prétendent que la science est primitivement gravée
dans nos âmes par une participation des formes séparées, ainsi que nous
l'avons également exposé plus haut. Seulement l'ame, par son union
avec le corps, est empêchée de voir clairement les choses dont elle pos-
sède la science. D'après cela le disciple n'acquiert pas de son maître une
science nouvelle, il en reçoit seulement une impulsion qui le porte à
considérer les choses qu'il savoit déjà, de telle sorte qu'apprendre n'est
pas autre chose que se souvenir* C'est dans le même sens que les agents
naturels, suivant ces mêmes philosophes, disposent la matière à recevoir
les formes qu'elle acquiert, mais qui lui sont imprimées par une sorte
de participation des formes séparées. Mais à cela nous disons que l'in-
tellect possible de l'ame humaine, comme nous l'avons démontré
ailleurs, est purement en puissance par rapport aux choses intel-
ligibles; ce qu'Aristote dit également. De animai III, 34.. D'après
cela, le maître produit la science dans l'esprit du disciple en le faisant
omninm hominnin. Et secundùm hoc pomt qu6d
nous homo per doctrinam non causât scientiam
in altero aliam ab ea quam ipse habet , sed
commanicat ei eamdein scientiam quam ipse
habet 9 per hoc qu5d movet eum ad ordinandum
phantasmata in anima sua ad hoc quèd sint
dispoûta convenienter ad intellig^bilem appre-
hensionem. Qus quidem opinio quantum ad hoc
vera est, quèd est eadem scientia in discipu'o
et magistro, si consideretur identitas secundùm
Teritatem rei scits. Eadem enim rei veritas
est quam cognosclt et discipulus et magister.
Sed quantum ad hoc qu6d ponit esse uuum in-
tdtectum possibilem omnium hominum, et eas
dem species intelligibiles, différentes solùm se-
cundùm diversa phantasmata , falsa est ejus
opinio, ut suprà habitum est (qu. 76, art. 1 ).
AUa est opinio platonicorum , qui posuerunt
qo&d scientia inest à prindpio animabus nustris
IV.
per participationem formamm separatarum,
sicut suprà habitum est (qu. 84, art. 8 et
seq.)- Sed anima ex unione corporis impedi-
tur ne libéré possit considerare ea quorum
scientiam habet. Et secundùm hoc discipulus
à magistro non acquirit scientiam de novo,
sed ab eo excitatur ad consideratidum ea quo-
rum scientiam habet, ut sic addiscere nihil
aliud sit quàm reminisci. Sic etiam ponebaut
quôd agentia naturalia soluminoJo disponuni
ad susceptionem formamm, quas acquirit ma-
teria coiporalis per participationem specieruia
separatarum. Sed contra hoc suprà ostensuni
est (qu. 79, art. 2), qu5d intellectus possibiU
animas bumans est in polentia pura ad in-
teiiigibilia, secundùm quod etiam Àiistoteles
dicjt in ni. De anima ( text. 34 }. Et ideo
aliter dicendum est, quùd docens causât scien-
tiam in addiscente, reducendo ipsum de po-
11
162 PABns i^ gnESTiesr cxvii, article i.
passer ùb la poissauce à Tacte^ ainsi que l'expliqoB le même Anstotei
Pour mettre cette proposition dans tout son jour, il iaut remarquer
d'abord que parmi les effets provenant d 'un pcindpe extérieur, il en «st
qui proviennent uniquement de ce principe extérieur, comme par exemple
la forme d'un édifice , forme que Tart seul imprime à la matière* Il est
aussi des effets qui tantôt proviennent d'un principe extérieur, et tanlAt
d'un principe intérieur ; ainsi la santé est quelquefois rendue ou iBdlade
par un principe extérieur, à savoir par l'art du médedn.j et .quelquefois
par un principe intérieur, quand le malade est guéri par les &»*Ges de la
. nature. Or dans ces derniers effets il y a deux choses à remarquer.:
d'abord ^'est que l'art imite la nature dans ses procédés : la nature , en
effets guérit le malade en altérant > maîtrisant et dkassant la matière qui
causoit la maladie ; l'art fait de même. La : aconde chose à observer, c'est
que le principe extérieur, c'est-à-dire l'art, n'intervient pas comme ageat
principal, mais bien comme un auxiliaire de l'agent principal, à savoir
du principe intérieur; il le fortifie, il lui fournit des instruments et des
secours à l'aide desquels la nature puisse produire l'effet voulu. Ainsi
donc le médecin vient en aide à la nature, il lui fournit les aliments et
les remèdes les plus appropriés à la fin «que la nature se propose* La
science est également acquise par Thomme, soit au moyen du principe
intérieur, comme cela arrive chez celui qui découvre certaines parties
de la science , soit à l'aide du principe extérieur, comme cela a lieu dans
celui qu'on instruit. U y a dans tout homme, plus ou moins, le principe
de la science ; c'est la lumière de l'intellect-agent, lumière par laquelle
on connoit naturellement et de prime-abord certains principes univeraels
de toutes les sciences. Or, quand un homme applique ces {principes uni-
versels à certaines choses particulières dont le sens lui fournit ou la mé-
moire ou l'impression, c'est par lui-même alors cpi'il acquiert la science
ientia ia actumj sicut dicitar in VHI. Physic,
(text. 32).
Ad CUJU9 eviâentiam consîderandum est,
ipiôd eiïectuum qui sunt al) exteriori princîpio,
alîquîs est ab exteriori principio tautùm , sicut
forma domds causatur in materia solùin ab arte;
aliquis aatem effectus est quandoque quidem
ab exteriori principio, quandoque autem ab
interiori ; sicut sauitas causatur in inflrmo quan-
doque ab exteriori principio, scilicet ab arte
mediciuie, quandoque autem ab interiori prin-
cipio > ut cùm aliquis sanatur per virtutem na-
turs ; et in talîbus eiïectibus sunt duo atten-
denda. Primnm quidem^ quôd ars imitatur na-
(aram in sua operatione : sicut enim natura
sanat infirmum, alterando , dirigendo et expel-
lendo materiam quse causât morbum ; ita et ars.
Secundum attendendum est, qu6d prinùpium
exteriuB» scilicet an» non operatur sicut prizH
cipale agens, sed sicut coadjuvans agens prin-
cipale, quod est principium iulerius, confor-
tando ipsum , et mioistraDdo ei instrumenta et
auxilia, quibus natura utatur ad effectam pro-
ducendum '. sicut medicus coufortat naturam et
adhibet ei cibos et mediciuas^ quibus natura
utatur ad Qnem iatentum. Scientia autem acqui-
rîtur in bomine et ab interiori principio, ut
patet in eo qui per invenlionem propriam,
scientiam acquîrit, et à principio exteriori, ut
patet in eo qui addiscit. Ineat enim unicuique
bomini quoddam principium scient!» , scilicet
lumen intellectùs agentis, per quod cogao»-
cuntur statim à principio naturaliter qusdam
universalia principia omnium scientlarum. Cùm
autem aliquis bujuamodi universalia piincipia
applicat ad aiiqua particulacia, quorum memo-
riam et experimentum per sensum accipit, ptr
inventionem proprianLacAniiit sffiwitiam ogna
BS Cl OUI eoNGESRB l'acthui jxe l'hohue. 463
des clMfies qu'il ignoroift, m allant du connu à rinconiin. Aussi tou^
maitfe s'appuie-t-il sur ce que son disciple comiott déjà pour le condmte
i la science de ce qu'il ignore^ suâyaodt cette pa? oie du Philosophe : « Toute
fldenee et toute discipline ineuDent d'une notion préexistante. » Or le
naitie conduit Tesprit de son disciple des choses quil oonnoit déjà à
«elles qu'il ignore^ par un double moyen. D'abord il lui fournit certains
secours ou instmoients dont rinlélleÀ paisse se servir pour acquérir la
iflcience ; ainsi en lui présentant certaines propositions moins uniTer-
«elles, telles néanmoins qœ le disdpte peut lescomprendre d'après celles
qu'il connoit déjà^ ou nêa en lui ptoposant quelques exemples sensibles,
soit par similitude, soit par opposition^ et autres semblaiUes, à l'aide des-
quels l'intellect est comme amené i la eoimoissance de la chose ignorée.
£n second Keu, le maître fortifie l'inteUigenoe du disciple, non, certes,
par rinftuence active d'une sorte de nature supérieure, dans le sens
^ ce que nous avons dit ailleurs touchant les illuminations qui nous
viennent par les anges; car tous les intettects humams appartiennent au
même ordre et saut soumis aux mêmes lois naturelles ; mais bien en
tant qu'il coordonne, en faveur de son disciple, les principes qui con-
duisent aux conclusions; car peut-être l'esprit du disciple n'auroit-il pas
une force synthétique sufiisante pour saisir ainsi le rapport des consé-
quences aux principes. Voilà pourquoi le Philosophe appelle la démon-
stration a un syllogisme qui fait savoir. » C'est ainsi que celui qui en-
seigne fait parvenir son auditeur à la science.
Je réponds aux arguments : !<" Ainsi que nous l'avons déjà dit,
lliomme qui enseigne nei donne qu'un secours extérieur, comme le mé^
dedn qm' guérit. Et comme la nature intérieure est la cause principale
de la guérison , de même la lumière intérieure de l'intellect est la prin-
cipale cause de la science. Et l'une et l'autre de ces deux forces viennent
de Dieu. Voilà pourquoi le livre qui a dit : « C'est Lui qui guérit toutes
qêib aesciebat, ex notis ad ignoU fnrocedens.
Uode et quilibet doceas, ex his qns disctpotaiB
novit , dncit eom in cognitioBem eonm que
igooral»ai; seenndùin qwd didtur ia LFotter,
\ cap. 1 )y qiièd « otnns dodrina et aoDis dia-
cipUna ex prsexistenU fit oognitione. » Dadt
antem inagister discipolom ax prsoogiittia in
cognitionem ignolorum, dupliciter. Priroô qui-
dem , proponeDdo et aliqna aoxilia vel instru-
meata, quiboa mtettectoa ejoa ntatar ad acien-
tiam acqiiirendam, patà cùa propoolt ei aliquag
propcaitaonea minùa uninnalea, qiaa tamen ex
pnecognitia disripulus é^iidîcare yotest; ml
d^Q propenit d aiiqva aenaibiiia eaenipla, vt
iimiiàa, vd oppodta, ¥el aliqua bajuamudi, ex
^ibiia klieUectaiB addiacenlia manudiidtur ia
cognitionem veritatia ignot». Aiio modo eèm
4MllLlflai intjJlai*inm aÀAiaPAniiu non nmAMn
aUqoa virtote activa (^naai aaperioris natnrs,
aient anpià dictnm est < qn. f06^ art i , et
qq. ili, art 1), de angelis iikminantibaa,
quia omnea hamani istellectoa annt uniaa gn-
duainwdiuenaÉurs; aed ia qaaatom proponit
diacipBleofdiaeai phacipionna ad eoneludonea,
qai forte per aeipaam «oa teberat tantara ?if-
tutem coUativam, ut ex prindpiia posset ean-
dusionaa dedooere. fit idée didtnr in I. Poster,
( text. 5 ), quèd « deoMnistratio est syUogisoraa
fàcieoa adre. » Et per hnnc modura iUe qui
demoBstrat, aaditeren adentem fiMit.
Ad prittan ergo dieendun, quM (dent jam
dictaoi eat)^ bomo dœena aolnimnedo exterina
Bnaiaterimn adhibet^ aient medicua aaaaas. Sed
dent natara iaterior est prineipdia eanaa saaa-
tionis, ita et interius lamen intellectûs eat pria*
c^atbcaaaaacieatiid* Utramqne «atem toom en
46i FAaTIE 1, QUESTION GXYII, ARTICLE !£•'
tes infirmités; » dit également : <r C'est lai qui enseigne à lliomme la
science. » Et cela parce que « sa lumière est imprimée sur notre front »
)t que cette lumière doit nous révéler toutes choses.
^ L^omme qui enseigne ne produit pas la science dans Tesprit du
disciple à la manière d'un agent naturel^ comme le prétend Averrhoës. Il
n'est donc pas nécessaire que la science soit une qualité active; elle est
un principe par lequel l'homme est dirigé dans ses opérations.
3** Le maître ne produit pas assurément la lumière intelligible dans
son disciple, ni même d'une manière directe les espèces intelligibles;
mais, par son enseignement, il excite le disciple i former en lui-même
des conceptions intelligibles par la force de son propre intellect et avec le
secours des signes qui lui sont extérieurement présentés.
4® Le maître ne propose à son disciple que des signes représentant cer-
taines choses connues en général et d'une manière plus ou moins con-
fuse; ces choses ne sont pas connues en particulier et d'une manière
distincte. Aussi quand un homme acquiert une science par lui-même,
on ne peut pas dire qu'il s'instruit lui-même ou qu'il est son propre
maître; car il ne possède pas préalablement une science complète , telle
qu'elle est requise dans im maître.
ARTICLE IL
Les hommes peuvent-ils enseigner les anges ?
Il paroît que les hommes peuvent enseigner les anges. 1^ L'Apôtre dit,
Ephes.f lU, 10 : « II faut que les Principautés et les Puissances, qui sont
dans les cieux, connoissent par l'Eglise la sagesse multiforme de Dieu. »
Donc les anges apprennent quelque chose par les hommes.
2" Les anges supérieurs, qui sont immédiatement illuminés par Dieu
à Deo. Et ideo sicut de Deo dicitur : « Qui sanat |
omnes inttroniUtes taas, » ita <f6 eo dicitur :
a Qui docet huminem scientiam ; d in quantum
« luraen vultus eju8 super nos signatur, » per
quod nobis omnia ostenduutur.
Ad secundum dicendum, qu5d doctor non
causât scienliam in discipulo per modum agen-
tis naturalis, ut Averrhoes objicit (lib. III. De
anima, text. 5 ). Unde non oporlet quèd scien-
lia sit qualitas activa, sed est principium, quo
aliquis dirigitur in operando.
Ad terlium dicendum, qu6d magister non
causât lumen intelligibile in discipulo, nec di-
recte species inleUigibiles-, sed movet discipu-
lum per suam doclrinam ad hoc qu6d ipse per
Tirtutem siii iutellectûs formet inteliigîbiles
conceptionesy quarum signa sibi proponit ex-
teriùs.
Ad quartum dicendum, quèd signa qu» ma-
gister discipulo proponit, snnt rerum notanim
in universali , et sub quadam confusiooe, sed
ignotarum in particulari, et sub qnadam dis-
tinctione. Et ideo, c&m quisque per seipsum
scieotiam acquirit, non potest dici docere seip-
sum, vel esse soi ipsius magister, quia non
pneexistit in eo scientia compléta, qualis r&-
quiiitur in magistro.
ARTICULUS n.
UlrUm hominet pouint docere angetœ.
Ad secundum sic proceditur. Videtur qu6d
homiues possint docere angclos. Dicit eaim
Apostolus, ad Ephes,, III : « Ut innotescat
Principibus et Pole&tatibus in oœlestibus per
Ecclesiam multiformis sapientia Dei. » Sed Eg*
clesia est congregatio bominum fidelium. Ergo
Àngelis per humines aliqua innotescunt,
2. Prœterea, angeli saperiores, qui imm»-
DE CE QTTI GONGERNE L'ACTION DE I/HOMME. 1C5
loachant les choses diTines^ peuvent instruire les anges inférieurs^ ainsi
que nous l'avons dit plus haut. Or il est des hommes qui sont immédia-
tement illuminés par la parole de Dieu touchant les choses divines ,
comme cela se voit surtout dans les apôtres, d'après ces paroles de saint
Paul, Hébr., l, 2 : « Dans ces derniers temps, il nous a parlé par son
Fils. » Donc il est des hommes qui ont pu enseigner les anges.
3^ Les anges inférieurs sont réellement éclairés par les anges supé*
rieurs. Or il est des hommes supérieurs à certains anges , puisqu'ils sont
élevés aux rangs les plus sublimes dei ces esprits purs, comme le dit saint
Grégoire dans une de ses Homéltes. Donc certains anges inférieurs
peuvent être instruits par quelques hommes, touchant les choses divines.
Mais le contraire est ainsi exprimé jtar saint Denis, De div. Nom., IV :
« Toutes les illuminations divines sont transmises aux hommes par le
ininistère des anges. » Donc les anges ne sont pas instruits des choses di-
vines par les hommes.
(CSoNCLusioN. — De même que les anges inférieurs ne peuvent pas il-
luminer les anges supérieurs, de mPme les hommes encore voyageurs
id-has ne peuvent, en aucune façon, illuminer un ange quelconque,
quoiqu'ils puissent lui parler. )
n est vrai, comme nous l'avons exposé plus haut, que les anges infé-
rieurs peuvent parler aux anges supérieurs en leur manifestant leurs
pensées ; mais, touchant les choses divines, jamais les esprits supérieurs
ne sont illuminés par les inférieurs. Or il est évident que les premiers
entre les hommes sont subordonnés aux derniers des anges, de la même
manière que ceux-ci sont subordonnés aux anges supérieurs. Cela résulte
clairement de cette parole du Sauveur, Matth., XI, 11 : « Parmi les
enfants des hommes , il n'en a pas paru de plus grand que Jean-Baptiste;
mais celui qui est le plus petit au royaume des cieux est plus grand que
lui. » Ainsi donc, les anges ne sont jamais illuminés par les hommes ,
'diatè de divinis à Deo illuminantur, inferiores
angelos in.«traere possont, ut suprà dictum est.
Sed aliqui homines immedialè de divinis per
Dei verbuffl sunt instrudi ; sicut maxime patet
de apostolis, secuodùm illud ad Hebr,, I :
« Novissimè diebus islis locutas est oobis in
Filio. » Ergo aliqui homines aliquos angelos
4kN:ere potuerunt.
8. Pneterea^ inferiores angeU à superioribus
instrauntur. ^d quidam homines superiores
suAt aiiquibas angelis, cùm ad supremos ordines
an^çciorum aliqui homines assumantur, ut Gre-
{oriua dicit in quadam homilia (acilicet Homi
lia Ui in Mvang,). Ergo aliqui inferiores angeli
per iliquos homines de difinis instrui possunt.
Sed contra est, quod Dionysius dicit, IV.
-cap. De div. Nomin, , qu6d « omnes divins
îUttoûfiatioues perferuator ad homines median-
tibus angelis. » Non ergo angeli instrauntur
per homines de divinis.
(CoMCLusio. — Quemadmodnm angeli Infe-
riores nequeunt illuminare superiores, ita ho-
mines viatores uullos omnino angelos illumi-
nare possunt, quamvis eis loquautur.)
Respondeo dtcendum, qu&d sicut suprà ha-
bilum est ( qu. 107 , art. 2 ) , inferiores angeli
loqui quidem possunt superioribus angelis,
manifestando eis suas cngitaliones; sed de rébus
divinis superiores ah infenoribus nunquam illu
minantur. Maoifestum est autem qu5d eo modo
quo inferiores angeli superioribus sub:Iuntur,
supremi homines subduntur etiam intimis ange-
lorum. Quod patet per id quod Dominus dicit ,
laatth,, XI : « Inter natos mulierum non sur*
rexit major Joanne Baptista ; sed qui minor est
in regno cœloram, major est illo. » Sic igitur
tottchant les choses divines. Les hammes^ toutefois, penvent maiiîfesler
aux anges > par use sorte d'entretien, les pensées de lenr oœnr,
n'appartient qu'à Dieu de sonder les secrets des cœurs (I).
Je réponds aux arguments : i^" Voici comment saint Angostin explique^
le passage cité de TApôtre, Super Gefu ad Ut., V, 19 : « L'Apôtre venoit
de dire : Dieu m'a confié, à moi le dernier des saints, la misskm de ré«
yéler à tous quelle est l'économie du sacrement caché en Dieu depuis
l'origine des siècles. Mais ce. sacrement n'étoit pas tellement caché que
les Principautés et les Puissances , d'après l'ordre de cette Eglise qui ré-
side dans les deux, ne connussent déjà ce mystère, c'est-à-dire la sagesse-
multiforme de Dieu. » C'est comme si l'Apôtre disoit : a Ce sacrement
étoit sans doute caché aux hommes; mais il ne l'étoit pas à cette Eglise
céleste, dont les Principautés et les Puissances font partie; ce sacrement
lui étoit connu depuis l'origine des siècles et non auparavant; car i'E^Iisep
a d'abord existé là où, après la résurrection, doit être recueillie r£glise>
formée par les hommes. » On pourroit dire encore que a ce qui est caché,
non-seulement les anges peuvent le voir en Dieu^ mais qu'ils le dé-
couvrent encore quand la pensée de Dieu se réalise et se manifeste an
dehors. » C'est ce que saint Augustin ajoute dans le même endroit. Ainsi
donc, pendant que les mystères du Christ et de l'Eglise étoient accomplis
par le ministère des apôtres, les anges ont connu, touchant ces mystères,
certaines choses qui leur étoient restées carhées. £t, de cette manière ,
on peut comprendre cette parole de saint >érôme : a Par la prédication
des apôtres, les anges ont appris certain^*, mystères. » C'est par la raison
(i) En partant des notloas établies dans It traita des anges d*alH>rd , puis dans eelui de Tame
liumaine , il est évident que la question abordé' ici par saint Thomas ne pouvoit recevoir une
solution différente. Un ange inrérieur ne pouvant pas Illuminer, c'est-à-dire enseigner un ange
supérieur, à plus forte raison rhomme doit-il être hors d*état d'enseigner Tange. Mais , la na.
ture humaine étant devenue , par suite du mystère de rinearnation , Tobjet spécial et privi-
légié des opérations divines , il faut admettre aussi , comine le saint dootear Tinsinue dans la
réponse au premier argument j que de cette nature doivent rejaillir sur les intelligences ange»
tiques de plus profondes et de plus abondantes clartés.
de rébus divinis ab hominibus angeli nanqaam
iHuminantur; cogitalioaes tamea suorum cor-
dium homines angelis per modum loeatioiiis
manilestare possunt, qoia aecreta cordium scire
«oUus Dei est.
Ad primam ergo dicendam, qnôd Âugustîous^
V. Super Getu ad lit, (cap. 19], sic cxponit
illam Apostoll auctoritatem : « Pneiniserat eoim
Apostolus : Mihi omnium sanctorum mioimo
data est gratia, hxc illumiaare omnes , qus sit
dispensatio Sacrameoti abscondili à sxculis in
Deo : ita dico absconditi» ut tamen innolesceret
Principibus et Potestatibus in cœlestibus per
Ëcclesiam, scilicet multiformis sapientia Dei. »
Quasi dicat : « Ita hoc Sacrameotum erat abs-
condlMim bominibnSy ut Umen Ecdesis cœlesti
qua" continetur in Priocipibos et Potestatibus,
hoc sacramentum notum esset à ssBculis non
au le saecula; quia ibi primUus Ecclesia fuit,
qu6 post resurrectionem et ista Ecclesia bo-
miuum coogreganda est. » Poteât tameu et ali-
ter i\'i:ï, qu5d « illud quod abscouditan est,
non taotimi in Deo iiinotescit angelis; venun
etiam hoc eis apparet , cùm elUcitur atque pit>-
palatur» » ut AugusUnus ibidem subdit ; et sic,
dum per apostoios impleta. sunt Christt et Ee-
clesi» mysteria, angelis aliqua appanierunt de
ejusmodi m^stehis, qon antë eraut eis occolta.
Et per hune modum polest intelligi quod Hie«
ronymus dicit, quôd « aposlolis pnedieautibus,
angeii aliqua mysteria cogonverunt ; » quia
scilicet per prsdiationfiai apostolomoi bujiif»
DE CE om GOireBBin! L'ACTioir i» iffeomiE. Wt
qjo» ces mjsftres recevoient leur accomplissement dans la réalité des
dK»es par la prédication des autres : ainsi ^ par la prédication de saint
Paul, s^opéroit cette conversion des gentils, dont TApAtre pailé dans le
texte cité.
9» Les apôtres étoient instroits immédiatement , il est vrai , par la
parole de Dieu , mais ils ne Tétoient pas précisément par la divinité elle*
même ; elle ne se manifestdt à eux que par saa humanité. Donc Fargu*
ment donné est ici sans application.
3^ Certains hommes^ dès la vie présente mème^ sont, à la vérité, snr-
périeuTs à certains anges, non en acte, mais en verta, dans ce sens
qu^ls possèdent une charité si grande , qu'ils peuvent acquérir un degré
de béatitude supérieur à celui que possèdent certains anges. Cest comme
si nous disions que la semence d'un grand arbre est virtuellement plus
grande qu'un petit arbre, quoiqu'elle soit actuellement bien plus petite.
ARTICLE m.
Vhomme peut-il, par là puissance de stm ame, transformer la matière
corporelle f
n paroit que l'homme peut, par la puissance de son ame, transformer
la matière corporelle. 1° Saint Grégoire dit, Dial., II, cap. 30 : a Les
saints opèrent des miracles tantôt par leur prière, tantôt par leur puis-
sance; ainsi Pierre rappelle Tabithe à la vie en priant pour elle, et ses
reproches punissent de mort le mensonge d'Ananie et de Saphire. » Or,
quand un miracle s'opère, il se produit une transformation dans la ma-
tière corporelle. Donc les hommes, par la puissance de leur ame, peuvent
changer ou transformer la matière corporelle.
2<» Sur ces mots de l'Epître aux Galates, « Qui vous a fascinés au point
dé ne plus obéir à la vérité, » la Glose dit : « Certains hommes ont des
modi mysteria explebantar in rebas ipris : sicnt
prsedicante Paulo apostolo eonTertebantnr gén-
ies, de quo Apostolus ibi loqnitnr.
Âd secunduin dicendmn , quôd apostoli in-
itraebaniur immédiate à Terbo Dei, non se-
cmidàm ejns divinitatem, sed in quantum
eb humanitas loquebator. Unde ratio non se-
qniinr.
Ad tertiam dicendam, qnôd aKqai horaines
etiam in statu vie aiint majores aiiqoibus an-
gelis, non quidem acta, sed virtute, in quantum
scilicet habent cbaritatem tanls virtutia, ut
possint niereri majorem beatitudinis gradum,
quàm quidam angeli babeant : sicut si dicamus
semen alicujus magns arboris esse majus vir-
tole qaàm aliquam parvam arborem, cùm ta-
men muLt5 miuùs &ii in acla.
ARTICULUS ra.
Virùm hùtno per virtuiem animœ poirit
corporaUm materiam immuiare.
Ad iertium sic proceditur. Videtnr qu6d homo
per virtutem animœ possit corporalem materiam
immtitare. Dicit enim Gregorins, II. Diahg.
(cap. 30), quôd A sancti miracula aliquando
ex prece Diciuut , aliqaando ex potestate : sicnt
Petrus, qui Tabitbam mortnam orando snsd-
la vit, Ananiam et Saphiram mentientes morti
increpando tradidit. » Sed in operatiune mira-
culomm fit aliqua immntatio materiœ corporalis.
Ergo bomines virtute su» animae possunt ma-
teriam corporalem immutare.
2. Prsterea, super illud ad Galat., lU:
<c Quis vos fascinavit veritati non obedire ? »
dicit Glossa (1), qu&d « quidam habent oculos
(t) Nttllo Domine prenotata, sed ex Pctri LombarJi Gommentorio desumpta est; obi post
468 FABTIB I, QUESTION GXTn, ARTICLE 3.
yeux qui brûlent et dont le regard seul nuit à la santé des autres, et sur-
tout à celle des enfants. » Or cela n'auroit pas lieu si la matière corporelle
ne pouvoit être transformée par la puissance de l'ame. Donc lliomme^
par la puissance de son ame^ peut transformer la matière corporelle.
30 Le corps humain est plus noble que tous les corps du monde infé-
rieur. Or^ sous rimpression de Tame humaine, le corps humain passe du
£roid au chaud et réciproquement , comme cela se voit dans les accès de
la colère ou de la peur; quelquefois même ces changements vont jusqu'à
la maladie et à la mort. Donc, à plus forte raison, Tame humaine peut-
elle, par sa puissance, transformer la matière corporelle.
Mais le contraire est ainsi formulé par saint Augustin, De Trfn., III,
8 : a La matière corporelle obéit à la volonté de Dieu seul. x>
( Conclusion. — Comme la matièY'e corporelle ne peut être changée
quant à sa forme , si ce n'est par un agent composé de matière et de
forme, ou bien par Dieu même, l'ame humaine ne sauroit la transformer
par sa puissance naturelle. )
Nous avons déjà dit plus haut que la matière corporelle ne peut être
changée quant à sa forme, que par un agent lui-même composé de ma-
tière et de forme, ou bien par Dieu même, en qui la matière et la forme
se trouvent virtuellement d'une manière éminente, comme dans leur
cause primordiale. Voilà pourquoi nous avons encore dit que les anges
ne sauroient, par leur puissance naturelle, transformer la matière des
corps, et qu'ils ne le peuvent qu'en appliquant des agents corporels aux
eJQTets qu'ils veulent produire. Bien moins encore, par conséquent, l'ame
humaine peut-elle, par sa puissance naturelle et sans l'intermédiaire de
certains corps, transformer la matière corporelle.
nrentes, qui solo aspecta inficiant alios^ et
maxime pueros. » Sed hoc nonesset, nisi virius
animas posset materiam corporalem immutare.
Ergo homo per virtatem aaœ anima potest ma-
teriam cor(,oralem immutare.
8. Pneterea, corpus humanum est nobilias
qoàm alia iaferinra corpora. Sed per appre-
hensioDem animae buman» immutatur corpus
humanum ad ralorem et frigos, ut patet in
irascentibus eltimenlibus; etqnandoque etiam
hsc immulatio pervenit usque ad egritudinem
et mortem. Ërgo multè magis anima bominis po-
test sua viitute materiam corporalem immutare.
Sed contra est, quod dicit Augustinus in UL
De Trin, (cap. S), qu6d « materia corporalis
soli Deo obeijit ad nutum. »
( CoKCLusio. — Cùm materia corporalis non
immutetur ad formam, nisi vel ab agente aliqoo
composito ex materia et forma, vel ab ipso Oeo»
illam anima non potest sua virtute natunli
immutare. )
Respoodeo dicendum, qo&d sicut suprà dio-
tum est ( qn. 11 0 , art. 2 ) , m .teria corporalis
non immutatur ad formam, nisi vel ab agente
aliquo composito ex materia et forma, vel ab
ipso Deo, in quo virtualiter et materia et forma
prsexislit j sicut in primordiali causa utriusque.
Unde et de angelis suprk dictum est ( qu. 111»
art. 8), qu6d materiam corporalem imtnutan
non possunt natarali virtute, nisi applicando
corporalia agentia ad effectua aliquos producen-
dos. Multè igitnr minus anima sua virtute n«-
turaU potest immutare materiam corporalem,
niai mediantibus aliquiboa corponbus.
cxpllcatas fascinationf s de magicls ludiOcatioDibus, qan aliter oculis res osteodunt quâm sint ,
iubjungit: foêcinalionem etiam dtci quod vulgà noeêt inftuUibus: ui ei quoramdam oeufoi
diei viiu urenlei, quorum aetui fascinatio appellaiur, Neo putat Hleronymas Id vemm eiM
aul crediuim ab ApostotO| sed more vulgi usurpatum.
DE CE QUI GONGBENE L'AGTION DE l'hOMME. 469
Je réponds aux arguments : 1<* Les miracles opérés par les saints doi*
Tent être attribués à la grâce et non à la nature > comme le dit clairement
saint Grégoire^ à la suite du passage cité : a Ceux qui procèdent de la
puissance du Fils de Dieu^ selon la parole de saint Jean^ n'ont aucune
peine à faire des prodiges au moyen de cette puissance. »
S*" Avicenne trouve la cause de la fascination en ce que la matière coi^
porelle doit ohéir par sa nature à la substance spirituelle « plutAt qu'aux
agents contraires qui se rencontrent dans la nature. Aussi, quand une
ame est douée d'une imagination puissante, la matière corporelle est-elle
plus aisément modifiée par elle. Telle est la cause qu'il donne de l'œU
fasclnateur. Mais, comme nous l'avons montré plus haut, la matière
corporelle n'obéit pas à la substance spirituelle d'une manière absolue,
elle n'obéit ainsi qu'au Créateur. Il est donc plus juste de dire que l'ac-
tion d'une imagination puissante a pour effet de modifier les esprits vitaux
qui circulent dans le corps humain; et que cette modification se produit
surtout dans les yeux, où se portent les esprits les plus subtils. Or les
yeux imprègnent l'air sur lequel ils agissent, jusqu'à une distance déter-
minée ; ce qui fait qu'un miroir pur et nouvellement poli se ternit un
peu sous le regard d'une femme dans son flux mensuel , ainsi que le dit
Aristote, De somn. et vigiL C'est pour cela qu'une ame fortement in-
clinée au mal, comme il arrive plus spécialement aux vieilles femmes,
communique au regard une influence maligne et nuisible, qui agit sur-
tout sur les petits enfants, dont le corps tendre et délicat reçoit plus aisé-
ment toutes les impressions (1). Il peut arriver aussi que par une per-
mission de Dieu, et par suite d'un pacte secret, la malignité des démons,
secondant de funestes sortilèges, coopère à de tels effets.
3^ L'ame est unie au corps humain comme sa forme; et l'appétit sen-
(1) Cette observation , quoi qD*il en soit de la Térité matérielle du Tait, renferme une leçon
morale d*une admirable profondeur. Les yeux sont , plus que tout autre sens , Tinstniment
Ad primuiD ergo diceodam, quôd sancti di-
Gttutttr miracnla facere ex potestate gratis, non
nature. Quod palet per illad qood Gregorius
ibidem dicit : « Qui filii Dei ex potestate sunt,
ut dicit Joannes, qaid mirum si signa facere ex
potestate valeantTo
Ad secundum dicendum, qu&d fascinationis
caosam assignavit Avicenna, ex boc qo6d ma-
teria i orporalis nata est obedire ipirituali sub-
qnidem immotatio spiritaum maxime fit in ocn-
lis» ad qiios aubtiUores spiritns perveniant
Oculi aulem inficiunl aerem continué asque ad
determinatumspatium; per quetn modum spé-
cula si fuerint nova et para, contrabunt quam-
dam impurilatem ex aspectu mulieris menstma-
Ue, ut Aristoteles dicit in lib. De somno et vigiL
Sic igitur cùm aliqua anima fuerit vebementer
commota ad malitiam, sicut maxime in vetulis
ttanti» magis quàm contrariis ageuUbus in na- contingit, efScitur secundum modum prœdictum
tara. Et kleo, quando anima fuerit fortis in sua
imaginalione, corporalis materia immutatur se-
cundum eam; et banc dicit esse causam oculi
fascina Dtis. Sed suprà ostensum est, quod ma-
teria corporalis non obedit substantis spirituali
ad nutum, nisi soli Creatori. Et ideo meliùs
dicendum est, quèd ex forti imaginatione anims
immatanlur spiritos corpori conjuncU; que
aspectus ejus venenosus et noxius, maxime
pueris, qui habent corpus tenernm et de facili
receptivom impiessionis. Possibile est etian
quèd ex Dei permis ione, vel etiam ex aliqm
pacto occultOy cooperetur ad boc malignitai
dsmonum, cum quibus vetuUe sortilège aQquod
foedus babent.
Ad terUum dicendum, quèd anima cdipoii
170 PiRTŒ ï, QUESTION CrVÏT, AUTICLB 4.
sicif, qui sons certains rapports est somnis à la raison, comme nous lo-
uons exjjiiqné ailleurs ^ est l'acte d'un organe corporel. Voilà pourquoi
it tant, pour que l'ame puisse perceyoir certains objets> que Tappétil
masitàt soit excité et qu^l y ait même un concours de la part du corps.
Mais nous avons déjà dit que, pour modifier les corps étrangers^ il ne
suffisait pas de Tappréhension ou perception de l'ame humaine , à moins
que «et acte ne fût accompagné d'une modification produite sur son
propre corps.
ARTICLE W.
Uame humaine, après qu^elle a été séparée du corps, peut-elle du moins
imprimer aux substances corporelles un mouvement local?
Il paroît que Tame séparée peut du moins imprimer aux corps un
mouvement local. 1® Le corps obéit naturellement à la substance spiri-
tuelle, quant au mouvement local. Mais Tame séparée est une substance
spirituelle. Donc elle peut, par sa volonté, mouvoir les corps extérieurs.
2'' Dans V Itinéraire de saint Clément (1), il est dit^ d'après la narra-
tion faite par Nicétas à Pierre, que Simon le Magicien avoit le pouvoir
de retenir Tame d'un enfant qu'il avoit lui-même tué, et de faire servir
cette ame à ses opérations magiques. Or, cela n'auroit pu se faire sans
une modification, au moins locale, produite dans les corps. Donc Tame
séparée peut imprimer aux corps un mouvement local.
dès infloenoes de Tame , bonnes on raainraisee. Se plus , s*il est trai de dire <iue le corps
humain est la forme eitérieure , ou mieux , Texpression éloignée du principe immatériel qui
ranime y il faut avouer que ce principe se peint éminemment sur la figure , et rayonne d'une
iMBiêiB toute spéciale dans les y9û%. C'est ce qui foit que les anciens nomnwient les yeux ,
le miroir de Tame. Sans doute, on doit craindre, en pareille matière, les exagéiatioDS et les
erreurs où Tesprit de système a fait tomber certains physiologistes modernes; mais la crainte
d'un excès ne doit pas rejeter dans un autre. S*il est extrêmement difficile de lire avec pré-
cision et netteté dans la physionomie de Tbomme , il ne faudroit pas nier pour cela , d'une
manière absolue , la réalité de cette écriture , bien qu'on puisse la regarder, à certains égards,
comme mystérieuse et hiéroglyphique.
(1) Ouvrage depuis longtemps repoussé, comme apocryphe et dangereux, par renseigne-
ment unanime des docteurs et rautorilé de rjSglise.
humano unitur ut forma; et appetitus sensilivus,
qui obedit aliqualiter ratioai , ut suprà dicturn
est (qu. 81, art. 3], est actus alicujus organi
corporalis. Et ideo oportet qu5d ad apprehen-
Bionem aninue hamanse commovealur appelitus
sensilivus cum aliqua operatione corporali. Ad
exteriora ver5 corpora immutanda apprebeosio
animœ buman^ non suflicit^ nisi medianle
immutatione proprii corporis, ut dictum est.
ARTICULUS IV.
^(fAm anima hominit separaia ptasit eorpora
saltem localiter movere,
à quartum sic procediiur. Vijj^lur qu6d
^i) pe quo suprt nottinr qualis ei sit fides «dbili^nda.
anima bominis separata possit corpora saltem
localiler movere. Sabslaotiae enim spiritual!
naturaliier obedit corpus ad motum localem, ut
suprà dictum est. Sed anima separata est sub-
stantia spiritualis. Ergo suo imperio poleat
exteriora corpora movere.
2. Praterea, in Itinerario Clemetitis ûid-
tur (1), narrante Niceta ad Petnim, quôd Simon
Magus per magicas artes puerl à se interfecti
animam retioebat, perquam magicas operatio-
nes efliciebat. Sed hoc esse non potui£»et sioe
aiiqua corporum transmutalione , ad miuus io-
cali. Ergo anima separata babet virtutem loci-
liter movendi corpora.
DE es QUI GONOERia llMTfùJf BI L'bOXME. 171
liais le coQtraim se trouve aio^ Ibrmulé dans le Philosophe, D&
animaf il : « L'anie ne peut raouiKHr un corps quelconque , A ce n'est
le sitnu »
(Conclusion. — Comme Tame unie au corps ne peut, par sa vertu nt*
turelle, mouvoir aucun corps, si ce n'est celui qu'elle vivifie , et comme
Famé séparée ne vivifie plus aucun corps, elle ne peut non plus en mou-
voir aucun par sa vertu naturdle.)
L'ame séparée ne peut pas mouvoir un corps par sa vertu naturelle.
Il est manifeste que lorsque Tame est unie au corps, elle ne meut que le
corps dont elle est la vie ; aussi , quand un membre est frappé de mort ,
il n'obéit plus * Tame quant au mouvement local. Il est également ma-
nifeste que l'ame séparée ne vivifie plus aucun corps, et que , par consé-
quent, aucun corps ne doit obéir à l'ame, quant au mouvement local,
par la vertu de la nature m6me de l'ame ; mais Dieu peut lui accorder
un pouvoir qui dépasse cette vertu.
Je réponds aux arguments : i^ Il est des substances spirituelles dont
la puissance et l'action ne sont déterminées par rapport à aucun corps
en particulier ; tels sont les anges , substances naturellement exemptes
de matière, et à qui, par là même, les divers corps peuvent également
obéir, quant au mouvement. S'il est une substance séparée dont la puis-
sance motrice se trouve naturellement déterminée par rapport à un corps
en particulier, cette substance pourra bien mouvoir un corps moindre,
mais non un corps plus grand ; ainsi , d'après les philosophes, le moteur
du ciel inférieur ne pourroit pas mouvoir le ciel supérieur. L'ame étant
donc, par sa nature, destinée à mouvoir le corps dont elle est la forme,
ne peut, par sa vertu naturelle, en mouvoir aucun autre.
2« D'après saint Augustin, De Civit. Dei , X, il, et saint Jean Chry-
sostôme, sup. Matth,, HomU. XXIX, les démons se donnent parfois pour
Sed contra eât, quod Philosophug dicit in lib.
n. De anima, qu6d • anima non potest movere
quodcunque corpus, sed solammodo pr«>priuin. »
( CuMCLDsio. » Cùm anima corpori unita, na-
turaG sua virtate nullum corpus nisi à se vivi-
flcatum movere queat, anima autem separata
oullum corpus viviQcet, nullum potest naturali
Boa Tiftttte locaHler movere. )
Respondeo dicendum, qu6d anima separata
am naturali virtate non potest movere aliqnod
corpus. ManifetUim est enim qii6d c&m anima
est corpori unita, non movei corpus nisi vivi-
ficatum; unde si aliquod membrum corporis
mortiflcelnr, non obedit anime ad motum loca-
lem. Manifestum est autem qnôd ab anima se-
parata nullum corpus vivi&catur; unde nullum
corpus obedit ei ad motum locaiem quantum est
de virtute sus natur», supra quam poteat ali-
qnid ei conferri virtute divina.
Ad primum ergo dicendum, qu6d substantia
qujBdam spirituales sunt quarum virtutes non
determinaniur ad aliqua corpora, sicut sunt an-
geli, qui sunt naturaliter à corporibos absolut! ;
et ideo diversa corpora eis possiint obedire ad
oiotnm. Si ta i^en aiicujus subatanliœ séparais
virtuB motiva determinetur natnraliter ad mo*
vendum aliqnod corpus, non poterit illa 8ub«
stantia movere aliqnod coiyas majus, sed mi-
nus; sicnt, secondjim philosophos, motor in-
ferioriscœli non posseimovero ccelnm soperiai.
Unde cùm anima secundùm suam naturam de-
terminetur ad movendum corpus cujus est forma,
nullum aliud corpus sua naturali virtute movere
potest.
Ad seoundam dicendum, qnôd sicut dicit
Augnstinus, De Cmi, Dei ( Ub. X, cap. 11 ) »
et Cbrysostomus snper Mattk. ( Homil. XXIX )»
fréquenter dœmones simulant se esse animai
472i PÀRTnS I, QUESTION CSYIII^ AETICLE i.
les âmes des morts, afin de confirmer les païens dans leurs anciennes
erreurs. Il est donc probable que Simon le Magicien étoit le jouet de
quelque démon ^ qui se donnoit pour l'ame de cet enfant immolé par
Tapostat (1).
QUESTION CXVIIL
Be la pToi^aciktlom Itumalme qimami )i Vame»
Nous avons enfin à traiter de la propagation humaine; et d'abord
qu^t à Tame , puis quant au corps.
Sur le premier point trois questions se présentent : 1* L'ame sensitive
est-elle transmise dans la génération! i^ L'ame intellective Test-elle éga-
lement 1 2"* Toutes les âmes ont-elles été créées à la fois t
* '
ARTICaJE L
Uame sensitive est^elU transmise dans la génération?
Il paroit que l'ame sensitive n'est pas transmise dans la génération et
qu'elle est immédiatement créée par Dieu, l® Toute substance parfaite ,
Que I parmi les sectateurs ou les coryphées des sciences occultes , au sein même dt
quelques hérésies , il se soit rencontré des hommes qui ont eu recours à ces immolations
sanglantes , c*est ce dont Tbistoire ne nous permet pas de douter. Ces rites affreux a?otent
comme une tradition dans FanUque paganisme. Mais dans quel but précisément de tels sacri-
fices avoient-ils lieu , c*est ce quMl n*est pas aussi facile de dire. La pensée attribuée par saint
Thomas d*Aquin à Simon le Magicien étoit asseï , il faut le reconnoltre , dans le génie de ce
mortaorum, ad confirmandum gentilitium erro-
rem, qui hoc credebant. Et ideo credibile est,
quèd Simon Magus illadebator ab aliquo de-
mone, qui simulabat se ene animam pneri qaem
ipseoocideitt(l}.
QUiESTIO CXVIIL
Df iradwiione haminit 9» komtKê qwmtum ad ammam, in ir§i articuioi divùa.
Deinde considerandum est de tradactione
bomlnis ex homine. Et prim6, quantum ad
animam; secundo, quantnm ad corpus.
Circa primnm quKrantur tria : 1« Utrùm
anima sensitiTa traducatnrcum semine. 2* Utrdm
anima iutellectiva. 8* Utrùm omnes anime fne-
rint simul creata.
ARTICULUS 1.
I7/rftiii atUma ten$Uiva traducatwr emm
êemine.
Ad primom sic proceditur (i). Videtor qo6d
anima sensitiva non traducatur cum semine ,
sed sit per creationem à Deo. Omnis enim sub*
(1) Nectamen lis qu» In prsdicto libro Ilinêrarii narrantur, inharendum. Nam in De-
cretis, dist. 15, cap. Sanela Romama Bceletia, § Cœierum, inter iUa qu» vel ab hcretici^
Tel schismaticis conacripta sunt , et qu« à cathoiicis vitari debent , nec ullatenus recipiuntur
ab Ecciesia , /a'naroritiiii nomin» Pétri Àpostoli, quod appellatur 5. Cl^mêtUit^ ut apocry-
phum i Oelasio I recensetur.
(S) DeUs etiam inlI,Satil.« dist. 18, ^. S, art. loi 8; ei Contra Gêni.^\ib. Il ^ cap. 86;
«i VU 8, de potent., ail, 11. ^
DE UL PROPAGATION HUHAniE QUANT A l'AME. 173
n'étant pas composée de matière et de forme, doit le commenôement de
son être , non à la génération , mais à la création , puisque toute généra-
tion provient de la matière. Or, Tame sensitive est une substance par-
faite ^ elle ne pourroit pas sans cela mouvoir le corps ; et de plus, comme
elle est la forme du corps, elle ne sauroit être composée de matière et de
forme. Donc elle ne doit pas le commencement de son être à la généra-
tion^ mais bien à la création.
2» Le principe de la génération dans les êtres vivants est la puissance
générative ; et comme cette puissance est rangée parmi celles de Tame
végétative , elle se trouve par-là même placée au-dessous de Tame sen-
sitive. Or , rien ne peut agir au-delà de son espèce. Donc Tame sensitive
ne peut pas être produite par la puissance générative de Tanimal.
3*" L^être générateur engendre son semblable; d'où il suit que la forme
de rètre engendré doit se trouver en acte dans la cause de la géné-
ration. Or, Tame sensitive ne se trouve en acte dans le principe de la
génération, ni par elle-même, ni par aucune partie d'elle-même; car
une partie de î'ame sensitive ne peut exister que dans une certaine
partie du corps, et le principe de la génération ne peut être regardé comme
une certaine partie du corps, puisqu'il n'est aucune partie du corps qui
ne provienne de la puissance même de ce principe. Donc l'âme sensitive
n'est pas transmise dans la génération.
&® Si dans le principe de la génération se trouve renfermé le principe
actif de l'âme sensitive , ou bien ce dernier principe demeure après que
ranimai est engendré', ou bien il ne demeure pas. Or , il ne peut pas
demeurer : ou bien il seroit la même chose que l'âme sensitive de l'a-
nimal engendré , ce qui est impossible , puisque alors l'être générateur
et l'être engendré , la cause et l'effet seroient la même chose ; ou bien il
dernier. Le râle que cet apostat a joué cootre le christianisme naissant , se trouTO bien déter-
miné par ce qui nous en est dit dans les Actes des Apôtres. Des histoires moins authentiques
nous donnent quelques traits de son séjour à Rome et de sa Go tragique sous le régne de
Néron.
stantia perfecta, qnœ non est composiU ex roa-
teria et forma, si esse incipiat^ hoc non est
per generationem^ sed per creationem, quia Dihil
generatur nisi ex materia. Sed anima sensitiva
est substantia perfeota, atioqniD non posset
movere corpus; etcùm sit forma corporis, non
est ex materia et forma composita. Ergo non
incipit'esse per generationem^ sed per crea-
tionem.
2. Prsterea, principinm generationis in re- satnr ex semine.
8. Prsterea, generans générât sibi &imile;
et sic oportet quSd foitna generati sit acta ia
causa generationis. Sed anima sensitiva non est
actu in semine, nec ipsa^ nec aliqua pars ejos;
quia nnlla pars anim» sensitive est nisi in ali*
qua corporis particula ; in semine autem non est
aliqua corporis particuta , quia nolla particula
corporis est qoas non fiât ex semine et pervir-
tutem seminis. Ergo anima sensitiva non caa-
bus viventibus est per potentiam generativam ,
qna cùm numeretur inter vires anim» végéta-
àlis^ est infra animam sensitivam. Nihil autem
agit ultra suam speciem. Ergo anima sensitiva
non potest causah per vim generativam ani-
malis.
4. Prsterea, si in semine est aliqnod pria-
cipium activum animai sensitivae, aut illnd prin-
cipium maoet generato jam animali , aut non
manet. Sed manere non potest, quia vel esset
idem cnm anima sensitiva animalis generati;
et bocest impossibile, quia sic ets^ti<JtQin g^
m SABTix i^ QtnTMRr crmi^ article i.
leroit autre chose que cette ame , ei cela n'est pas moins impossible ,
puisque nous aiYons montré aiUenrs que dans un seid et même animal
il n'eiiale qu'un principe fonnel, c'est-à-dire ^ une ame. Si Ton dit au
contraire que ce principe ne demeure pas^ on tombe également dans
rimpossiUe ; car dans ce cas on admettroit resistence d'an agent qui
n'agit que poor se détruire; ce qui répugne. Denc Famé sensitive ne peut
pas être transmise dans la génération.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. La puissance renfermée dans le
principe de la génération est^ par rapport aux animaux engendrés par ce
principe, comme la vm;tu renfermée dans les éléments des choses est^ par
rapport aux animaux qui proviennent de ces mêmes éléments, ceux, par
exemple , qui naissent de la putréfaction. Or, dans les animaux ainsi
produits, les âmes naissent de la veplu même des éléments, selon cette
parole de la Genèse, I, âO : a Que les «aux produisent des reptilœ ayant
une ame vivante. » Donc également» dans les animaux proTenant du
principe ordinaire de la génératioB , les âmes sont produites par la vertu
de ce même principe (1).
(GoNGLU9U>N. — L'ame sensitiTe ne doTant pas être créée par Dieu ,
puisqu'elle n'est pas tm être subsistant, mais devant être produite par
les corps qui sont la canse et l'effet de la génération , il est dit avec
raison que l'ame sensitive est transmise dans la génération. )
Quelques-uns ont prétendu que les ameasensitives des animaux étoient
(1) Quoique Tauteur paroisse , dans renoncé même de cette question , et parfois dans It
réponse , séparer le trois grandes fooetions de rame , de telle sorte qu!il sembleroit en faire
trois âmes dUTérentes , on B*a pas à craindre qu*ll contredise un feid instant ce qvMi • si liiea
établi, dans sa psycologie , touchant la parfaite unité de rame humaine. En éludiaoi jusqu*M
bout ee qu*)l dit ici de la génération des êtres vivants , on verra que ces mêmes principes f
sont non-seulement respectés, mais consacrés et développés au pointde vue des piiénomènes,
comme ils revoient été d*abord au point de vue de la théorie pure.
neraM et generatam , et feciens et faetam ; ve\
esset aliquid aliud, et hoc etiam est impossibile,
quia sttpià oslensnm est (qa. 76, art. 4),
quôd io 000 animali non est nisi ihumb princi-
pium forroale, quod est ont anima. Si auten
OQD maoet, hoc etiam videlur impossibile^ quia
sic aliquod ageus ageret ad corruplionem aui
ipsias, qaod est impossibile. Non ergo anima
sensiliva potest geoerari ex eemine.
Sed contra : ita se habet virtoB qua est la
lemiae, ad animalia qoee exsemioe generanior,
licut se habet virlus qua est in clemeoûs mundi»
ad animalia qus ex elementis mundi producuo-
tur, sicut qua ex potrelactione geikennUir.
Sed in hujasmodi anîmalfbns anima producoa-
tur ex virtute qua est in elementis^ secundùm
illud Gènes., I : « Producant aqua reptile
anima viveatis (1). » fiigo et aaimalium qua
generantor ex seroiM, aoîma pradacootur ex
Tirtote qua est ex lemiaa.
(Coiicu»io.-»Cùffl à Dec aniaa sentitiva
non creetur, eo quod Mm sit ras sobaistens,
sed ab iiacorporibns prodaci debeatqna in acta
generationis por médian agont, hoc est per
aemen, rectè dkâkar aniwi scnitiva tnulaâ
cum semine.)
Respoadeo ât0«idiini, ^àbd quid im poeiemat
animas 8eDBUivas.aBimalium à Deo creari. Qua
(1) Nec tantùm, sed ut immédiate subjungitur : Bê volatile $uper Urram êub /Irmamaaié
eali. Et rarsm mox : Creavit Deut omnem animam viventem atque motabitem quam pro^
dusnrant aqum in tpecie$ anof ^ et omne poialih facvndàfii genui tuum. Ut et paulô post s
Produeai terra «ntmoffi W99frt9m i% fsnani siio, jtmtenta 0t rtptiiia et bettiOM terrœ iecum*
4ùtn epeeiet euae.
DE IX PEÛfAGÀTION HUlCÀIKB QUANT A L'AME. 175
immédiatement créées par Dieu. Cette opinion seroit sans doute admis-
sible y si Tame sensitive étoit une chose subsistante et possédant par elle-
même rëtre et Topération ; car elle devroit alors être faite oo produite ,
comme le supposent nécessairement l'opération et Tètre. De plus , comme
une chose simple et en même temps subsistante ne peut être produite que
par voie de création^ il suivroit de là que Tame sensitive seroit créée et
non engendrée. Mais cette hypothèse pèche par sa base , en supposant
que Tame sensitive a de soi Topération et l'être ; c'est ce que nous avons
démontré ailleurs : l'ame sensitive ne périrait pas > en efiet^ quand le
corps est détruit. Voilà pourquoi cette ame n'étant pas une forme sul>-
sistante ^ a le même mode d'être que les autres formes corporelles , lesh
quelles ne possèdent pas l'être par elles-inèmes , et dont on dit qu'elles
sont , uniquement parce que les êtres composés sont par elles. C'est donc
aux êtres composés qu'il convient d'ètce faits ou produits. Et comme
l'être générateur est semblable à Têtre engendré , il faut nécessairement
que l'ame sensitive , aussi bien que toutes les autres formes 8enQd)laMes,
reçoive l'être par le moyen de certains agents corporels qui font passer la
matière de la puissance à l'acte, par une vertu corporelle aussi, qui se
trouve renfermée en eux. Or, plus un agent est puissant , plus il peut
exercer au loin son action; de même que plus un corps est chaud , plos
il fait sentir de loin l'influence de sa chaleur. D'où il suit que les corps
dénués de vie, lesquels occupent le dernier rang dans l'ordre de la
nature , engendrent leur semblable , sans aucun moyen , mais par eux-
mêmes; comme le feu, par exemple, engendre le feu. Mais les corps
doués de vie, possédant une plus grande puissance, engendrent leur sem-
blable, tantôt d'une manière immédiate et tantôt par remploi d'un
moyen : d'une manière immédiate dans le travail de la nutrition , par
lequel la chair produit la chair ; par l'emploi d'un moyen dans la géné-
latiion des animaux , puisque de l'ame de l'être générateur une vertu
quidem poàtio conveniens esset, si anima sen-
sitiva esset res subsisleos habens per se este et
operationem ; sic emm, sicut per se haberet
esse et operationem^ ita perse deberetnr ei fieii.
Et cùm res simplex et subsisteos ooa possit fleri
niai per cicatiooem, sequeretur qùbd anima
seositiva proceUeret in esse, per creatiooem.
Sed ista radix est fàlsa, scilicet qu5d anima
seDshîYa per se habet esse et operationem, at
€x saperioribiis patet (qa. 75, art d>; non
enim corrumpereliir corrupto corpore. Et ideo,
cùm non ait forma sabsiBlena, babet se in e»
seudo ad modamalianim formanim corporalium,
quibns per se non debetor esse ; sed esse di-
cuatur, in quantum compoaita subsisteolia per
eas Bunt. Un^le et ipsis oompositis dcbetur fiert
Et quia geoerans est simile generato , necesse
ttt qu6d natuialiter tun anima sensitiva, quàm
alia hojuflmodi form» prodoeaatn ta esse ab
aliquibtts corporalibus agentibos, traosmutan-
tibus materiam de poleitia inaelmn, per aliquam
virtutem corpoream qus est ineis. Ouautô autem
aliquod agensest potentios, tante polest suam
actionem diffundeie ad magis distans : sicnt
qoantô aliquod eorpus est magis calidum, tante
ad remotioB calefactionem prodùôt. Corpora
igitor non viventia, que sont inferiora nature
ordioe, générant quidam aibi limile, non per
aliquod médium, sed per seipsa ; sicui ignia per
seipsum générât ignem. Sed cicponi viveniid,
tanquam polentiora, agunt ad generandum sibi
simile, et sine medio et per médium : sine me-
dio quidem in opeie nutritionis, in quo euro gê-
nerai carnem*, cum medio ver6, in aetugene-
lationis, quia ex anima geoeranlis derivatur
qoedam virtus acUTa ad ipsum mma aaimalit
176 PABTIE T^ QUESTION GXYni^ ARTICLE i.
active passe à la semence de ranimai ou de la plante : c'est ainsi que
de ragent principal la force motrice se communique à l'instrument. Et
$omme Tagent principal et Tinstrament se trouvent réunis dans l'action,
ainsi la vertu principale et la vertu dérivée ne doivent pas non plus être
séparées dans la production de Tame sensitive.
Je réponds aux arguments : i« L'ame sensitive n'est pas une sub-
stance parfaite et subsistant par elle-même. C'est ce que nous avons dit
suflSsamment , question 75 ; il est inutile de revenir sur ce sujet.
2" La vertu générative ne doit pas être considérée comme une vertu
séparée; c'est la vertu de l'ame tout entière et sa puissance. Voilà pour-
quoi la vertu générative de la plante produit une plante , et celle de l'a-
nimal produit un animal ; car plus la cause est parfaite , plus est parfait
l'eflTet qu'elle produit.
3» La puissance active renfermée dans le principe de la génération et
qui dérive de l'ame de l'être générateur, n'est cependant ni l'ame elle-
même ni une partie de l'ame ; l'ame ne s'y trouve que d'une manière
virtuelle : ainsi , par exemple , la hache et la scie ne renferment pas en
elles la forme d'un lit , mais une certaine propriété de produire cette
forme. De même cette vertu active provient de la puissance même de
l'ame (1).
W* L'ame végétative et l'ame sensitive ne se trouvent d'abord dans
l'animal qu'en puissance, à peu près comme l'ame sensitive est dans un
(1) n nous a para suflSsant de donner ici le sens et comme la substance des idées de
rantenr.
vel plants ; sicut à principali agente derivatur
qnaedam vis motiva ad iDstrumentum. Et sicut
110D refert dicere quôd aliquid moveatur ab in-
BtruiDcnto vel à principali agente; ita non re-
fert dicere qu6d anima generati causetur ab
anima generantis, vel à virtute derivata ab ipsa
que est in semine.
Ad primnm ergo dicendom, qu5d anima 8en-
sitiva non est substautia perfecta per se subsis-
tens. Et de hoc snprà dictum est (qu. 75, art. 8),
née oportet hic iterare.
Ad secnndam dicendnm, qu6d virtos genera-
tiva non générât solùm in virtute propria, sed in
virtnte totius anims cajas est potentia. Et ideo
>irtu8generativa plants générât plantam, virtus
verô generativa animalis générât animal. Quantô
enim anima fuerit perfectior, tante virtus ejus
geoerativa ordinatur ad perfectiorem eflTectum.
Ad tertiom diccnduro, qu6d virtus illa activa
qna est in semine, ex anima generantis deri-
vata, est qoasi qusdam motio ipsius animx ge-
nerantis, nec est anima ant pars anims, nisi
in virtute, sicut in serra vel securi non est forma
lecti, sed motio quxdam ad talem formam. Et
ideo non oportet qu6d ista vis activa habeat
aliquod organum in adu, sed fandalur in ipsa
spirilu induso in semine, qnod est spumosum,
ut altestatur ejus albedo; in quo spiritu est
quidam calor ex virtute cœlestinm corporam ,
quorum ettam virtute agentia inferiora aguot
ad speciem, ut suprà dictum est (qu. 115,
art. 3 ad 2). Et quia in taujusmodi spiritu con-
currit virtus anims cum virtute cœlesti, dicitnr
quôd « homo générât hominem, et sol. » Cali-
dum autem elementare se habet instrumentaliter
ad virtutem anims, sicut ettam ad vlrtutem
nutritivam, ut dicitur in II. De anima (text. 50).
Ad quartum diceodum, quôd in animalibus
perfectis qus generantur ex coitu, virtus activa
est in semine maris, secundiim Pbilosophum
in lih. De générât ione animaîium (lib. I,
cap. 2 et 20 ). Hateria autem fœtus est illud
quod ministratur à fosmina. In qua quidem roa-
teria stalim à principio est anima vegetabilis ,
non quidem secundùm actum secundum , sed
secundûm actum primum, sicut anima seositiva
est in dormientibus; cùm autem incipit attra-
hère alimentum, tune jam actu operalur. Rujus-
I modi igitur materia transmutatur à virtute qua
lest in semine maris, quousque perducatnrin
ms LA PBOPÀOATION HUMAINE QUANT A L'AHE. 477
bomme qui dort. Puis cette double puissance , se développant et parye^
nant graduellement à Tacte ^ selon les lois établies par le Créateur^ Tame
sensitive entre en exercice ; mais son entité se trouve dès-lors pleine*
ment constituée (1).
ARTICLE TI.
L'ame inUlkctiw est-elle produite par la générati(m?
n parolt que Tame intellective est produite par la génération. 1* Il est
dit dans TEcriture^ Gènes., XLVl, 26 : a Toutes les âmes sorties du sang
de Jacob étoient au nombre de soixante-six. » Or^ ce qui sort du sang
d'un bomme est produit par la génération. Donc Tame intellective est
produite par la génération.
2* D'après ce que nous avons démontré ailleurs, question 76 ^ Tame de
rhomme est une quant à la substance, et cette ame est à la fois intellec-
tive, sensitive et nutritive. Or Tame sensitive, dans lliomme, est trans-
mise par la génération, aussi bien que dans les autres animaux; ce qui
fait dire au Philosophe, De Gênerai, animal., II, 3 :« L'animal et
l'homme ne sont pas produits en même temps, ce qui est produit en pre-
mier lieu c'est l'animal ayant l'ame sensitive. » Donc l'ame intellective
est produite par la génération.
3* C'est l'action d'un seul et même agent qui doit avoir pour terme ou
pour objet la forme et la matière ; car, sans cela, de la matière et de la
forme ne résulterait pas un être simplement un. Or, l'ame intellective
est la forme du corps humain^ lequel est produit par la génération. Donc
rame intellective est produite de la même manière.
(1) Il nous a para suffisant de donner encore ici le sen^ et comme la substance des idées
4e Tauteur.
» .
tctom anims senûtiv»; non ita qudd îpsamet
vis , qyœ erat in semine, flat |Dima sensitiva ,
quia sic idem esset generans et generatum : et
hoc magb esset simile nntritioni et aogmento
qsiffl generationi , at Pbiloeophas dicit ( iib. I
Jfe gênerai, et eorrupt., teit. 88 et 84).
PostquaiD aatem per virtutem priociiMi activi
• (|aod erat io semioe, prodocta ett aoiina seositi va
io generato, quantoin ad aliquam partem prind-
paieiB, tuuc jam illa anima seosUin proiis io-
dpit operari ad complementam proprii corporis,
^moîdun oulritiooiseiaQgmenti; virtas aatem
activa, qiuB erat in semioe, essededoit^dissoluto
semine et evanesoenle ipirita qui ineraL Nec boc
>l ioconveoiens, quia vis tsta non est principale
igeM, sed instrumentale; niotio autem instm-
^enUceiiateffecUi jam prodoeto in etee.
ARTICULUS n.
VUim amima imUUeeiiva cautetur es iemine.
Ad secundam sic proceditar. Videtnr quM
iateUectîva cametur ex iemine. Diciiuc
enim Gènes. , XLVI : « Cancts animas qaae
egresss sont de femore Jacob^ sexaginta sex. »
Sed nibii egreditur de feoiore bominis, nid in
qoantam cauaator ex semine. Ergo anima inte(-
iectiva causator ez semine.
3. Praterea, sicnt taçnk osiensnm est (qn. 76,
art. 8), in homine est una et eadem anima s&>
cnodùm sobstantiam, intellectiva, seodtiva et
natritiva. Sed anima senutiva in bominc gene-
ratnr ex semine, dcui in aliis aoimalibas : onde
et Philosophus dicit in Ub. De generatione
ammaiium (Iib. U , cap. 8 ), qu6d « non si-
moi fit animal et bomo, sed priùs fit animal
habens animam sensitivam. s Ergo et aniaia
intellectiva cansatar ex semine.
8. Prsterea, onom et idem agens est cqjai
actio terminator ad formam et materiam; alio-
quin ex forma et materia non fieret nnom dm-
plidter. Sed anima intellectiva est forma cor-
poris himani qood formator per virtotem se-
minis. Ergo et anima intdIecUva per virtotem
seminia caosaUur.
12
VIS PARTIE l, OîTESTICK Ctvm, ÀRIIGLE 2.
4^ L'homme engendre son semblable dans la même espèce. Or l'espace-
humaine est constituée par Tame raisonnable. Donc Tame raisonnable
provient de Tètre générateur.
5<^ Il répugne de dire que Dieu donne son concours à ceux qui pèchent.
Or, si les âmes raisonnables étoient créées par Dieu, Dieu donneroit par-
fois son concours aux adultères, quand du crime commis nait un enfaqt.
Donc les âmes raisonnables ne sont pas créées par Dieu.
Mais saint Augustin dit, au contraire. De Eccks, dogm. .* a Les âmes
raisonnables ne proviennent pas de la génération (1). i>
(Conclusion. — Comme Tame intellective est une substance immaté-
nelle et subsistante, à laquelle il appartient, par conséquent, de rece-
voir et de posséder son être propre , Tame ne peut être produite que par
création; il est hérétique de dire qu'elle est transmise dans la géné-
ration.)
n est impossible que la vertu active, renfermée dans la matière, aille
jusqu'à produire un effet immatériel. Or il est manifeste que le principe
inteUectif , dans Thomme, est un principe qui dépasse la matière, puis-
qu'il a une opération à laquelle le corps ne participe pas. Et voilà pour-
quoi il est impossible que la vertu générative soit capable de produire
un principe intellectif. De plus, cette vertu générative s'exerce par la
puissance de l'ame de l'être générateur, en tant que cette ame est l'acte
et la forme du corps, tandis que l'intellect, dans ses opérations, n'admet
pas le concours des organes corporels. Donc la vertu du principe intel*
lectif , en tant que principe intellectif, ne provient pas de la génération.
Voilà pourquoi le Philosophe dit. De Générât, animal.^ II, 3 : a II n'y a
(1) Quelques docteurs chrétiens en petit nombre, appartenant aux premiers siècles, sembleat
quelquefois supposer le contraire. Hais renseignement général est tel que U donne ici saint
Thomas. La véritable philosophie , c*est-à-dire U philosophie spiritualiste , appuie inviuciblo-»
ment, à cet égard, les conclusions de la théologie. Le principe immatériel seroit anéanti, il
faut bien le reconnottre , si Ton supposoit un seul instant qa*il%st le produit do U matiéieu
4. Prseterea, homo gênerai nbi simile se-
candùm spedem. Sed spectes hmaana censti-
tuitur per animam ratioiiatem. Ergo aaima ra-
tionaliâ est à générante.
H, Proterea, noentenienB est dicere qoôd
Oin cooperetor peccantibos. Sed si anime ra-
tioMles crearentur k Deo, Dans inteidmn coo-
peiarelor aduUeris, de qooniai illiâto ooito
prelefl inteidom generainr. Mon ergo aaim»
nIiOBales cieantar à Deo.
Sed contra est, qnod diettnr ivlib. Deecchs^.
dogm,p qa6d « ajoimatatiMales nen seminan-
tor per coitun. n
( CoKCWsio. -^ Gàm anima inteUectiva ait
nbatanftia îauBatenaliB elanbeialens coi debetar
esae et fieii propriam, non potest niai per crea-
tionem k Deo cansari, estqae baereticum dtccm
aam tradaci ex leffline.)
Respondeo dieendom, qo6d impossibHe est
virtutem activam, qna est in materla, eilendere
suam actionem ad producendnm iannatenalem
effeelam. Htnifestun est aolem qnôd principinn»
intelleetivmn in benîne, est principium tran»>
cendens materiam; taàbet enioi operatienen,
in qua non commnnieat corpns. Et ideo impoe»
sibile est qi5d virlos qn» est in seaiiiie> sit
produetivatnteUeofctvi pnndpii. Siniliter etianii
qnia Tirtus, qa» est in.semine, agit in virlvte
aninm geoenntis^ secnndèm qn^ ainina gene-
ranHs est aotns cerporis ntens ipso oorpeie ia
sua operatioBe; inopeiationeanlem inteUeetilB,
non commanicat corpns; idée virtos intellectivi
principii, proat intelleclivum est , non poteat
à semioe proTenire. Etideo Philosophas in lib.
De gemraiioH^ aninuUium, dkit (lib. U^
cap. S) » « Relinqttitar intetteotim aolum d»
DB Là PBOVAaÀTION BJnUlSE QUANT A l'amB. 179
donc que Tintellect qni Tienne du dehors. » On peut dire enfin que Tame
intellective ayant l'opération d'une vie propre et indépendante du corps^
est une chose sid)sistante9 comme nous Tavons démontré en son lieu;
qu'ainsi il appartient i Tame de recevoir et de posséder Tëtre. Et comme
cette ame est une substance immatérielle, elle doit nécessairement rece*
Toir cet être, non par voie de génération, mais par une création divine.
Admettre, par conséquent, que Tame intellective provient de l'être qui
engendre, c'est prétendre que cette ame n'est pas une chose subsistante,
et que , par suite , elle doit tomber en dissolution avec le corps. Voilà
pourqiK)i il est hérétique de dire que l'ame intellective se transmet par
la génération.
Je réponds aux arguments : V^ Dans le texte cité, il faut voir une sorte
de synecdoque; la partie est ici prise pour le tout, c'est-à-dire, l'ame
pour l'homme tout entier.
2^ Quelques-uns ont prétendu que les opérations vitales qui se mani-
festent dans l'embryon, ne proviennent pas de son ame, mais bien de
l'ame de la mère, ou qu'elles sont comme un effet de la génération. Mais
tout cela est &ux. On ne peut, en effet, attribuer à un principe extrin-
sèque les opérations de la vie, telles que sentir, se nourrir, croître ou se
développer. Voilà pourquoi il faut dire que l'ame préexiste dans l'embryon,
nutritive d'abord, puis sensitive, et enfin intellective. Ce que quelques^
uns expliquent en disant qu'à l'ame végétative, la première inhérente à
l'ëlxe humain, est ajoutée une autre ame, à savoir l'ame sensitive; qu'à
celle-ci en est ajoutée une troisième, qui est l'ame intellective; et qu'ainsi
dans l'homme il y a trois âmes, dont chacune est en puissance par rap-
port aux autres. Or, c'est là une erreur que nous avons déjà réfutée.
Aussi plusieurs disent-ils que c'est la même ame qui, simplement v^;é-
tative d'abord, devient sensitive ensuite par un effet de la vertu généra-
foris «dvenire (i). s Similiter etiam anima in-
teDectm, cùm habeat operationem vit» sine
coipore, 6St BobsiBtein, nt soprà habituai est
(^. 75, ait. 2), et xta nbi debeinr esse et
fleri; et cùm nt îminafterialis subalantia , non
potest cansari per fenentianeai, aed solftin per
creatiooeiD' k Deo. IHneie ergo animam intel<-
iBctivam à generaata cansari , oibil est aliad
qnàni ponere eam non aobajetentem, et percon*
•eqiieoa comimpi eam com corpore. Et ideo
toTeticmn eal dkeie qii6d anima iateUectiva
tndneaUv cnm lemiue.
Ad primom eigodiceiidBmyfaAdinaiiotoii»
trieiHa ponitor perapiccdoQbaa pars pro loto,
Idest, aaiaa prôtoletaoBiiBa^
Ad aecondun dioendnm, qoèd alifaidîzeraat
fnbd opeaatioiies vite qpm a^areat la eoh
bryone, non sont ab anima eyus, sed ab anima
matris , vel à virtute formativa que est in se-
mine. Quorum ntrumque falsum est. Opéra
enim vit» non poasant esse à principio extrin-
seco, sicnt sentire, nntriri et aogeii. Et ideo
dicendiuB est, qoôd anima praexistit in mi»
bryone, à prindpio quidem natriti?a, poBtmo»
dwn antem sensttiva, et tandem inleUectIn.
Dicont eigo qaîdam, qu6d snpra animam vegê*
tabilem, qoe piim6 inerai, s^perrenH alia
anima, quflB est seoaittfi ;^ aopva illam iteran
aUa, qoc est inleUectifa : et sio sont in bomîiie
tresaoinMe,qaarem unaeatinpotentia adatiaok
Q«od soprà impnbatom est (qo. 76, art. S).
Et ideo atti diàwt qa6d iUa eadem anima qnîs
prîm6 fliil tiegetativa tant&m ; posCmodum pat
adîouem virtotis qas est in aemine, peidncitH
(1) £x gneea pbraii, Xiiirrroi rbv vovv |ft9V0v9ufd)iy Isnoiivoi, hoc est, r99M ut so!us
180 PARTIE I^ QUESTION GXVnij ARTICLE S.
tive^ mais en demeurant toujours la même ame; laquelle, tout en con-
servant son identité, est élevée ensuite à la dignité d'ame intellective,
non certes par Tefifet de la vertu générative , mais par la puissance d'un
agent supérieur, qui est Dieu môme, l'illuminant ainsi d'un rayon d*en-
haut. C'est ce qui a fait dire au Philosophe que Tintellect vient du de-
hors. Mais cette explication ne peut pas même subsister. D'abord, parce
qu'aucune forme substantielle n'est susceptible du plus ou du moins, et
que l'addition d'une perfection plus grande produit une nouvelle espèce;
de même que l'addition de l'unité fait une nouvelle espèce de nombre;
et il n'est pas possible qu'une seule et même forme appartienne à diverses
espèces. Cette explication est inadmissible, en second lieu, parce qu'il
s'ensuivroit que l'animal arriveroit, par degrés successifs et continus,
d'un état imparfait à sa perfection relative , ce qui assimileroit la pro-
duction à l'altération. Il s'ensuivroit, en troisième lieu, que la génération
de l'homme ou celle de l'animal ne seroit pas une génération proprement
dite, puisqu'elle auroit pour sujet un être déjà en acte. En effet, si l'on
admet d'abord la présence de l'ame végétative , et puis successivement la
présence des autres âmes jusqu'à ce que l'être arrive peu à peu à la per-
fection de sa nature, il y aura toujours une perfection nouvelle venant
s'ajouter à celle qui précède, mais sans l'altérer ; ce que repousse l'idée
même de génération. Ajoutons enfin cette quatrième raison : ou bien une
chose produite par l'action même de Dieu est un être subsistant, et il
faudra dès lors qu^elle soit essentiellement distincte de la forme qui la
précède , laquelle n'est pas subsistante , et nous retombons ainsi dansr
l'opinion qui admet plusieurs âmes dans le corps; ou bien cette chose
produite par Dieu n'a pas de subsistance et n'est qu'une sorte de perfec-
tion ajoutée à l'ame préexistante, et alors il faut nécessairement admettre
que l'ame intellective se corrompt en même temps que le corps, ce qui
est impossible. Les philosophes qui prétendent qu'il n'y a qu'un intellect
pour tous les hommes donnent aussi leur explication. Mais elle se trouve
là boc ut ipsa eadem fiât sensitivt; et taQdem
id boc ut ipsa eadem Bat intellectiva , non qui-
dem per viriutem activam seminis, sed per vU^
talem saperions agentis, aciiicei Del, de forU
UlQStrantis. Et propter boc dicit Pbilosophaa
( at Buprà), qu5d « ioteUectus venit ab extrin-
seco. » Sed boc stare non poteau Primé quideoi,
qaia nuUa forna lubirtaatialis lecipU magjs et
flimi», aed aoperadditio Huyoria perfeetiooia
tKitaliam spedem» sicat additio nnîtatta facU
iliam speciem in nomeria ; nna eat antero pos-
albile at una et eadem forma numéro ait diver-
aamm spederom. Seconde, qaia aeqoeretor
qii6d generaUo aoimalis eaaet motoa conttaaoa
paalatim proeedeoa de imperfecto ad perfectum,
aicat accidit in alteratione. Tertio, qaia seque-
"f qnbd geneaaliolnmiaia, aot animalia, non
ait generatio aimpliclter; qaia salyectum ejos
eaaet ens acUi. à enim à priodpio in materîa
prolia eat anirnavegetabilia, et poaimodom naqoè
ad perfeciam panlaUm perdacitur, erit aempet
additio perfecUonia aeqaentis aine corraptione
perfectionis preoedentia; quod eat contra ra-
tiooem generationis aimpliclter. Quarte, qaie
aut Id quod caoaatar ex actione Dei , eat aliqoid
aubsistena, et ita oportel qtt6d ait alind per et-
aentiam k forma prsexiatente, que non eral
aobaiatena, et aie redibit opinio ponentiom pbi-
rea animas in corpore; tnt non est aliquid aub*
siatena, aed qna&un perfectio anime praexi»*
tentia, et aie ex neceaaiute aequitor qoAd am'ma
inteUecUva corrompatur oorropto corpore ; quoi
eat impossibile. Est autem et alias modoa di^
cendi, secondùa eoa qot poaûni anam Intel*
DE LA PBOPAGATIOir HUITAINE QVAJrT A L'AME. 18i
déjà réfutée en même temps que leurs principes. Voici donc ce qull faat
dire: la génération d'im être n'ayant jamais lieu que par Taltération d'un
antre 9 il faut nécessairement admettre, tant dans Thomme que dans les
autres animaux , qu'une première forme est détruite quand est produite
une forme plus parfaite , de telle sorte néanmoins que celle-ci conserve
toutes les propriétés de l'autre , et au-delà. C'est ainsi que, par une série
de générations et d'altérations , l'être arrive à sa dernière forme substan-
tielle, soit dans l'homme, soit dans les autres animaux. C'est ce qui frappe
même les sens dans les animaux qui naissent de la putréfaction. Disons,
par conséquent, que l'ame intellective est créée par Dieu comme terme
de la génération humaine, et que cette ame se substituant aux formes
préexistantes, est sensitive et nutritive en même temps qu'inteUective (1).
3^ Ce raisonnement peut seulement être appliqué à divers agents qui
ne sont pas ordonnés entre eux ; mais pour nombreux que soient ces
agents, du moment où ils sont ordonnés, rien n'empêche que la vertu
de l'agent supérieur n'atteigne jusqu'à la dernière forme, tandis que la
vertu des agents inférieurs ne produit qu'une certaine disposition dans
la matière : c'est ainsi que le principe de génération dispose la matière,
et que la vertu de l'ame communique là forme, dans la transmission de
la vie animale. Or il est manifeste, d'après ce que nous avons dit plus haut,
(1) Les ténèbres qui enveloppent la génération et les déTeloppements de Fétre humain, font
loin, à notre avis, d*ètre dissipées par les raisonnements de Tautenr. On peut bien admirer
Ici , comme ailleurs , la vigueur de sa logique , quand il s*agit de repousser les opinions erro-
nées, l'inQexibilité même de sa métliode, quand il s^agit de poser une explication plus ration-
nelle ; mais Tobscurité subsiste toujours. G*est qu*au fond de toute question sur les lois eou-
■tituUves de funivers, il 7 a un secret que Dieu 8*est réservé , un mystère qui défie toutes
les investigations de rintelligence créée.
lectum in omnibus, quod saprà improbatam est.
Et ideo dicendum est, qu6d cùm generatio unius
semper sit corruptio alterios, necesse est dicere
qaèd tam in bomine quàm in animaUbas aliis ,
qnando perfectior forma advenit , fit corruptio
prioris (1), ita tamen quôd seqnens forma babet
quicqoid babebat prima, et adbnc ampliùs (2).
Et sic per moltas generationes et corruptîoues
pervenitur ad nltimam formam substantialem ,
tam in bomine quàm in aliis animalibus. Et boc
ad sensum apparet in animalibus ex pulrefac-
tiono generatis. Sic igitnr dicendum est, quôd
anima intelleetiva creator à Dec la fine genen*
tionis bamans, qn« aimai est et sensiliva et
nu^ritiva, corniptis formis praiexistenlibus.
Ad tertium dicendum, qu6d ratio Ula locam
babet in diversis agentibus non ordinatis ad in-
vicem; sed si siut multa agentia ordinata, nihii
probibet virtutem superioris agentis pertiugere
ad uUimam formam, virtotes autem ioferionim
agentium pertingere solùm ad aliquam materia
dispositionem : sicut virtus seminis disponit
maleriam , virtus autem anima: dat formam in
generatione animalis. M anifestum est autem ex
(1) Tum qo. 70, art. 1 et 9, tum qn. 79, art. 4 et 5.
(S) Hinc ergo patel quôd juxta mentem S. Thoms , dici omnino débet non unam et eamdea
animam esse qns primé functlones vegetativas , deinde sensltivas , et postmodum raUonalea
exerceat , vel primé principium vegetativum , deinde sensitivom , et postmodum rationale tri-
buat ; sed qudd primé anima sola tegetatita embryonem informet , ac deinde sensitiva succédât
per quam vegetativa expellatur, demumque post utramqoe rationalis qu» ipsam quoqoe sen-
sitivam expellit, sed illios deinceps officlum exercet, sicut et alterius, etc. Nec est inconve-
niens unam animam succedente aliâ desinere, quia non ibi erat nt speciem completam tribueret,
sed via esset ad speciem ; non est autem inconveniens ut aliquid eorum generetor et statim
eomimpatur, que sunt média tanlAm in generatione, nec speciem completam babent, aient
ttb. lU. Conira G9ni,s cap. 89, ratiocinatur S. Thomas.
182 PARTIE I, 0IJB8TI01V CXYni, ARTICLE 3.
questioa HO, artide 1^ que la nature corporelle agit en totalité oomiM
instrument de la vertu spirituelle et surtout comme instrument de Dieu.
Voilà pourquoi rien n'empêche que le corps ne soit Teffet d'une certaine
Tfirtu corporelle, tandis que Tame intellective vient miiquement de Dien.
k*" L'homme engendre son semblable , en tant que le {«încipe de gfoé-
ratkm dispose la matière, ainsi que nous venons de le rainer, à rece-
voir une telle forme.
5^ Dans Tadultère il faut distinguer Tordre de la nature et le désordre
de la volonté : Dieu coopère au bien, et nullement à œ qui est maL
ARTICLE nL
lfi$ amiBB humaines ant-^Ues été créées à la fois dès le commencement
du monde?
Il paroit que les âmes humaines furent créées toutes à la fois dès le
commencement du monde. V II est dit dans la Genèse , II , 2 : a Dieu se
reposa de toute l'œuvre qu'il avoit accomplie. » Or cela n'auroit pas lieu,
si Dieu créoit tous les jours de nouvelles âmes. Donc toutes les âmes
furent créées à la fois.
^ La perfection de l'univers réclame surtout les substances spiri*
tuelles. Si donc les âmes étoient successivement créées avec les corps,
des substances spirituelles sans nombre seroient chaque jour ajoutées à
la perfection de l'univers; et de la sorte l'univers n'auroit pas été
parfait dès le commencement , ce qui est contraire à cette autre parole
de la Genèse, dans le même verset : a Dieu compléta toute son œuvre. i>
3"* La fin d'une chose répond toujours à son commencement. Or, à la
fin, quand le corps est détruit, l'ame intellective reste. Donc elle a com-
mencé d'être avant le corps.
Mais le contraire est ainsi exprimé dans un livre que nous avons cité
premissis (qu. 110 , art. 1 ) , qu&d tota natura
corporalis agit ut instrumentiim spiritualis vir-
tutis, et praDcipuè Dei. Et ideo nibil prohibet
^a fonnalio corporis sit ab aliqoa virtute cor-
porali, anima autem intellectiva &it à solo Deo.
Ad quartum dicendum , qu5d bomo générât
8ibi simile, in quantum per virtutem 8eminL<^
ejus disponitur materia ad susceptionem talis
forms.
Ad quintum dicendimiy qu6d in actione adul-
teroram iilod quod est natune, bonom est, et
Iroic cooperatar Dens ; qaod \er5 est inordinats
toluptatis, malum est, et hoic Dens non coo-
peratur.
ARTICULUS ni.
Vtrum anima humanm futrint ereuim simul
àprincipio mundL
Ad tertium sic proceditur. Videtur quôd
anims buman» fuerint creats simnl à principio
mundi. Dicitur Gènes, » U : « Requievil Dens
ab omni opère quod patrarat. » Hoc autem non
esset , si quotidie novas animas creareU Ergo
omnes anime sunt simul créais.
2. Prsterea^ ad perfectionemuniversl maxime
pertinent substantis spirituales. Si igitur anima
simul crearentur cum corporibus, quotidie in-
numerabiles spiritnales substantif perfection!
universi adderentor; et sic tiniveisum à prin-
cipio faisset imperfectom : quod est contra illnd
quod dicitur Gen,, I : « Dens omne opQS snnm
complesse. »
3. Prsterea, finis rei respondet ejus
principio. Sed anima intellectiva remanet de»»
tructo corpoie. Ergo inoepit esse ante oor*
pus.
Sed coDtn est, quod dicitor in lib. De eedes.
Jh £tsctsÊ^ ùifpuL jm L'asK eâ CR^e a irtmi "Umq^ que
(li. m
foctuB de nmrtinT eî lues n'^yanî p&: co^BBzioé an tmuf |iBr te
^« £ laax sH^ÂesBiE TeromiDjtre qw les nms sBt
HfatkqoES^ns aH preieDào que le$ hiiib mt^Derlhws n'^firàenf uufe i
m eoB|» fK yv aràoeiiu -fâ qc élis «nent le aluL cadiîiaL qne les
Belà Tepinian fK ks ânes hflHBîiies woôeiit élé cmes dès if conmaift-
«jMLnt^ en mÊmt lenipf g» Is angs. Msif cptle cijÉDÛm es fenss^ Et
Abari qiOHt a a hast mèrat : si rue . en cAt, B*€3ai2 vhm: m t»f6
waàùssùtlÈt. £ s'en^nJTraîi qm nummf ^ ftnft li
résote d'une leUe mnaou ne serait qnim tee acdâenif*!, on Uen
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qTtfimiTi^ atÎLk 4. Ikr pîiK. que ]~hk fciiiMîiw* ne soit piF à* li menue
qm ks anses, c'e^ ce rue signtre sqd mode âiDteCipeQce . fal
dn mode sBcéliqne, 1b1 çœ xums rsTïmc tôt cacBDitre phis
, qnesdas S^ «xlicie £. Car Ilijiiiwf comoît oo comprend en acis-
leE iasfrfsâiBs des seas^ €n » toGnoml vas les images oc ikn-
ÎBfii qjoB B9IB ravDiis époleiDent iiriniiii1iê;<tvofli p:ti£r:poi son
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la partie aen^iri^ : toirLes choses que ron ne saurcâl dire âes a^çes. Uer-
rr . É -
vaiâérei a iJii m' lûissncs fuis 1p Mit si3<4 saeç li phow âr
lÂwtaM «Til Ir ttaÉieeHn¥«vflraBta««pfnw««Vc«fnAvqittàeélflilU
qL'^L refuie. X^nïstaiiT dms aontR lf¥ rr^ap^ qat res ccreaB avotott fiite
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ov'jd esaml aôisaaeiSiir cameÊM- \ïatt ^spaàëtA Uist. Pnori» «fTfèeai
j id rôj^ea. Si enlm ai^ijti.i.nuir crarvezu:^
SBB OTipniT • Sttsr mari uBrjHui , fp^nifrctiir Qiiftâ )im9
perjeetisneiiL, | qm ex Î5<i unanr cnostituitar, «s»! os p«
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n iili'ii flirt ■■■■1 fciiM ' iipi I fls4en5Mie«tq|i.ai, i!t.T)^ «I ito
à fâmàfimeBm mfâa cnÉtas ii, Sed 1 aamM. ejus îaiSàgA vaàn copon, fM MIect
«MW/ Origema fLgit, m^y\t crrdimms. Idna MUS ctÙM S. Tfc—if, lîK H. r«»/rw tfwiU
Cl». M, «11 addit qood ipteprimmâ imter dkrûfinMP/Mci profitwriM àM- JHfùw «»nMMdMr«
* ' ' ■ CM A «tcn» fMK éptuMiuil , «i rarsoM S. I%mm» ihidcm «oui,
H tfMRSV OTB lUÉBBB* SmA OMS
18Ï IPARTIE I; QUESTIOlf GXVIIT, ARTICLE 3.
reur, en second lieu, ressort de Thypothèse ell&-mème ; s'il est, en efiTet,
naturel à Tame d'être unie au corps , exister sans le corps est dès lors,
pour elle, une chose contraire à sa nature, et quand elle existe ainsi,
elle est privée de sa perfection relative. Or, il ne convient pas que Dieu
ait commencé son œuvre par des choses imparfaites, par des choses
qui seroient en dehors de leur propre nature ; car enfin il n'a pas lait
rhomme privé d'une main ou d'un pied, qui sont des parties luttantes
de la nature humaine. Bien moins donc a-t-il fait l'ame sans le corps.
Et si quelqu'un prétend qu'il n'est pas naturel à l'ame d'être unie au
corps, 11 devra dors nous dire la cause de cette union; et, par consé-
quent, il devra voir cette cause ou bien dans la volontéinème de l'ame,
ou bien dans xm principe étranger* S'il la voit dans la volonté de l'ame,
cela semble répugner : d'abord , parce qu'une telle volonté seroit dérai-
sonnable. Il est déraisonnable, en effet, que l'ame veuille s'unir à un
corps dont elle n'a pas besoin; et elle n'en auroit pas besoin, dans l'hy-
pothèse, puisque, si ce besoin existoit, l'union seroit naturelle, et a la
nature ne fait pas défaut dans les choses nécessaires, d Cela répugne, en
second lieu, puisqu'il n'y a pas de raison pour que des âmes créées de-
puis le commencement du monde conçoivent, après un si long espace de
temps, l'étrange volonté de s'unir à un corps; car la substance spirituelle
est placée au-dessus du temps, et n'est pas soumise aux révolutions du
ciel. Cela répugne, en troisième lieu, parce que le hasard seul sembleroit
faire qu'une telle ame est imie à un tel corps , puisqu'il faudroit pour
cela le concours de deux volontés, celle de l'ame qui advient et celle de
l'homme qui engendre. Si l'on suppose, au contraire, que l'ame est unie
au corps en dehors de sa volonté aussi bien que de sa nature , il faut que
cela vienne alors d'une cause qui lui fait violence, et l'on ne devra plus
y voir qu'un châtiment et un malheur. C'est précisément en cela que
consiste l'erreur d'Origène ; il suppose» en effet, que les âmes sont unies
ad operaUonem sensiiiv» partis. Quod de angelo 1
dici non potest. Secundo apparet faisilas in ipsa
poaitione. Si enim anima naturale est corpori
nniri ^ esse sine corpore est sibi contra nataram,
et sine corpore exislens non habet sus natum
perfectionem. Non fait autem cooTeniens, ut
Dens ab impeifeclis suum opus inchoaret, et
ab bis qus sunt prster natnram ; non enim
fecithominero sine mana,aatsinepede» qu»
sunt partes natarales bominis. Multô igitur
minus fecit animam sine corpore. Si verè aliquis
(licat qu6d non est naturale anims corpori uniri,
oportet inquirere causam quare sit corpori unita.
Oportet autem dicere qu5d aut boc sit factum
ex ejus voiuntate, aut ex alia causa. Si ex ejus
Yo'.untate, videtiir boc esse tbconvenfens. Piim6
quidem, quia bsec volontas inationabilis esset,
si non indigeret corpore et vellet ei nniri. Si
enim eo iudigeret, naturale esset ei quM cor-
pori uniretur, quia « natura non déficit in ne-
cessariis. » Secundè, quia nulla ratio esset
quare anims à principio mundi creata post tôt
tempora voluntas accesserit ut nunc corpoii
uniatur; est enim substanlia spiritnalis supra
tempns, utpote revolutiones cœli excédons.
Tertio , quia videretur k casa esse qa6d bsEic
anima hmc corpori uniretur, cùm ad boc requi»
ratur coucursus duarum voluntatum, sciiicet
anima advenientis et homiuis generantis. Si
autem prater veluntatem ipsius corpori unilur»
et prater ejus naturam, oportet qu6d boc sit ex
causa violentîam inferente , et sic erit pœnale
et triste. Quod est secundùm errorem Origenis,
qui posait animas incorpocari propter pœnadi
rS LA PB0PA6ATI0N HUXÂINE OVANT AU CORPS. 18&
à un corps en punition de leur péché. Ces deux hypothèses étant donc
également irrationnelles, il faut dire tout simplement que les âmes ne
''ont pas créées avant les corps, mais qu'elles sont successivement créées
m même temps que les corps, dont elles deviennent la forme et la vie.
Je réponds aux aliments : l*" Quand TEcriture dit que Dieu se reposa
le septième jour, cela ne signifie pas qu'il n'ait plus produit une œuvre
quelconque, puisqu'il est dit dans l*Evangile, Joan., V, 17 : « Mon Père
ne cesse d'opérer jusqu'à ce moment; » cela signifie seulement que Dieu
ne créa plus aucun genre ou espèce d'êtres qui ne fut compris d'une
certaine façon dans ses premières œuvres. Et de la sorte les âmes qui
sont maintenant créées rentroient, par leur espèce, dans les premières
œuvres de Dieu, au nombre desquelles il faut placer l'ame d'Adam.
2^ La perfection de l'univers peut croître chaque jour par le nombre
des individus p mais non par celui des espèces.
3>^ Si l'ame demeure sans le corps, cela ne vient que de la corruption
de ce dernier^ laquelle est la conséquence du péché. Il ne convenoit donc
pas qu'il en fût ainsi au commencement des œuvres divines; car, comme
il est écrit dans la Sagesse, 1, 13 : a Dieu n'a pas fait la mort., ce sont
les impies qui l'ont appelée par leurs œuvres et leurs paroles. »
QUESTION CXIX.
ne la vroyagi^tiom kumaime q^amt au corps.
n nous reste à considérer la propagation humaine quant au corps.
Là-dessus deux questions se présentent : 1* Y a-t-il une partie des ali-
peccati. Unde c&m bsc omnia sint inconTe-
DienLia, simplidter oonUtendum est quM anim»
non sont creata acte corpora, aed aimai crean-
tar CQm corporibus et infondnnttir.
Ad primum ergo dioendam, qii6d Deus di-
citur cessasse die aeptîmo^ non quidem ab
omni opère, cbm dicatar Joan., V : « Pater
meus usque modo operatur; » seJ à novis
lerom geoeribas et speciebos condendis, que in
operibus primisnon aliqno modoprcexliterint.
Sicenim anime que nonc creantur, pneeiti-
tenut secanâilim similitudinem speciei in pri-
mis operibos, la qnibns anima Ade creata fuit.
Ad secundam dicendum, qa6d perfectioni
oniversi qoantam ad nnmeram individuoram,
quotidie potestaddi aliqoid, non autem quantom
ad numerum spedenim.
Adtertiuffl diceodnm, quMboc qnôd anima
remanet sine corpore, contingit per corporis
corruptionem , qu« consecuta est ex peccato.
Unde non fait conTcniens qtiôd ab boc incipe-
rent Dei opéra; qnia sicat scriptamest, Sap.,
I : « Deus mortem non fecit, sed impii maoibat
et verbis accersietunt eam. »
QÏÏJBSTIO CXIX.
De propagationê Aomifiti^ fiumltim «tf torpui^ i% duot ûrtieuhs ditiêé*
Deînde considerandum est de propagatkme i Et circa boc qosnmtur dao : i^ Ulrùm aU-
bominis quantum ad corpus. l qnid de *»'w»>^ couvertatur in Teritatam to*
^86 PARTIE I, QUESTIOfT CX!X, AUTIGIIB 1.
mmts qui se convertisse en la réalité de la nature bmaaine t â* Le pm^
«ipe générateur provient-il du superflu des aliments Y
ARTICLE I.
Y Ort^a une partie des oHments qui sait convertie en ia féêUtè de ia nature
humaine f
if paroit qu'aucune partie des aliments n'est convertie en la réalifé
-de la nature humaine. 1*» Il est écrit, Mattk., XV, 17 : « Tout ce qui
entre dans la bouche descend dans le ventre et s'en va ensuite dans le lieu
secret. » Or, ce qui est rejeté ne se convertit pas en la réalité de la
nature himiaine. Donc aucune partie des aliments ne passe réellement à
cette nature.
2" Le Philosophe, De GenercU., I , distingue dans la chair l'espèce et
la matière ; puis il ajoute : a La chair s'en va et revient quant à la ma-
tière. » Or, c'est ce qui est produit par Falimentation qui s'en va et re-
vient. Donc c'est la chair quant à la matière, et non la «hair quant à
l'espèce qui s'assimile une partie des aliments. Mais cela seul appartient
i la réalité de la nature humaine , qui appartient à son espèce. Donc l'ali-
ment ne passe pas à la réalité de la nature humaine.
30 A la réalité de la nature humaine semble appartenir surtout ce
qu'on a nommé Vhumide radical , lequel étant perdu ne peut plus se
rétablir, comme disent les médecins. Or, il se rétabliroit si une partie
man» natnrse. S» Utrùm semen, «piod est hu-
mans generationis principium^ sit de saperfluo
alimenti.
ARTICULUS I.
Otritm aliquid de alimento eonvertatur in
* veriiaiem humanœ naturœ.
Ad primam sic proceditar (1). Videtor qu6d
nihil de alimento transeat in veritatem human»
natnr». Dicitar enin MaiiK, XV : «Omne
qnod in os intnt, in tentrem tadit , et per se-
cessum emittitur. » Sed qnod emittitur, non
tiansit in^eritatem humane natur». Ergo nihil
de alimento in veritatem tanmanœ nature
transit.
2. Preterea, PhikNsopfans in L De gênerai,,
distinguit caraem seeundîitn speciem (%) et
secundiim maienam; et didt quôd a caro
secundùm materiam advenit et recedit. » Quod ^
antem ex alimento generatnr, advenit et rece^
dit. Ergo id in quod alimentant convertitur,
est caro secunditm materiam , et non caro
seeundîMi tpeeitm, Sed boe pertinet ad veri-
tatem traman» natum, qnod pertinet ad speciem
ejns. Ergo alimeirtam non transit in veritatem
humans natnrs.
3. Prsterea, ad veritatem haman» nature
pertinere videtur kiêmidwm radicaie (8) ;
qood si deperdatu, restitoi non potest, nt
medici dicont. Poesetautem reititai, si alimea-
(1) De bis etiam in H, SinU^ diat. SO, qu. 3^ «ri. 1 ; ut «tIV, Smi^iB^aLU^ fu. 1» ut. È,
qoBstiuoc. 4; et Quodlib,, vm, art. 6.
(2) Ex grsco tJBùç , teit. 35 ac deinceps, quod et aliireddunt teemnditm formam» quia forma
est que dat speciem , ac proinde à Graecis tf^cç appellator eodem que tpeeiei nomine , «t
Pbilosopbus passim tocat.
(3) Sic dictum , quasi radix et Tundus vit» , seu alimentum qnoddam et nutrimentum , quo
sabinde déficiente ac exhausto déficit tita et interit; vel radtca/0, quasi à principio ingenitum
corpori , sicut et radix est id quod prlmô innascitnr arbori , et quod vitam illius nutrit, auget ,
conservât. Hinc medici primigeuiikm vocant, comparantque oleo quo infuso nutritur (ampas,
et quo effuso extioguilur ; ut Emblematibut vel HieroglyphieU medicit videre est post Pieril
Bitroglyphiea » ubi distyebum istani in enm sensoB adbibetur i Pmtiailm morimur^ mo*
mmio eaoiingmimwrimo: Sic olêo lemp<m de/UienU ptrii.
SE LA PBQPAGiJriON HUMAJNE QCÂJfT AU CORPS. 187
■
des aliments étoît changée en cette sulstanee. Donc l'aliment ne passe
en aucune fa^n à la léalité de la nature bomaine.
4o Si Taliment étoit réellement changé en la nature humaine , toute
déperdition éprouvée par Thomme pourroit être réparée. Qt, la mort
p'arrive que par une déperdition réelle. Donc Thomme pourroit, par
TaMmentation, se mettre constamment à Tabri de la mort.
5^ Si l'aliment passoit à la réalité de la nature humaine , il n'y auroit
lien dans l'homme qui ne pût se perdre et se réparer; car ce qui seroit
produit dans l'homme par les aliments seroit toujours sujet à ces deux
sortes d'actions. Dans le cas donc où un homme vivroit longtemps , rîea
de ee qtii auroit été matériellement en lui» au commencement de son
existence, n'y demeureroit à la fin : cet homme ne seroit plus dès lors
absolument le même pendant toute sa vie , puisque l'identité parfaite de
rîndividu exige l'identité de matière. Mais une telle supposition répugne.
Donc l'aliment ne passe pas à la réalité de la nature humaine.
Mais saint Augustin dit le contraire , De vera relig., XL : a Les ali-
ments digérés , en se corrompant , c'est-à-dire , en perdant leur propre
forme, rentrent dans l'organisme du corps humain. » Mais l'organisme
de notre corps appartient à la réalité de la nature humaine. Donc les
ahments passent à la réalité de cette nature. C'est ce qui fait dire au mÂme
saint Augustin , Confess., VII, 10 : a Tu ne me changeras pas en ta sub-
stance comme l'aliment de ton corps. »
( Conclusion. — Pour réparer ce que l'action de la chaleur naturelle
enlève incessamment à la réaUté de la nature humaine , il faut qu'une
partie des aliments se change réellement en cette nature. )
Selon le principe posé par Aristote , Metaph., II , 4 : a Toute ahosd
est par rapport à la réalité ou vérité, ce qu'elle est par rapport à l'être.»
n faut donc regarder comme appartenant à la réalité ou vérité d'une
tam converteretar in ipBtim hamidam. Ergo
Bukrimentam non oonvertitiir in \efikaiem Im-
nume ntlor».
k. Prsteroa, à aiimentvn transiret in veri-
latem homans natora^ ({uicquid in boniBe de-
ferditur restaDrari poseet. Sed mors homini
Bon accidii oisi per depeidilionem alicujnB.
Pofiaet igitnr homo per sumptionem alimenfti
inperpetnim se contra mortem tneri.
5. Pneteiea, si alimenfton in Yeritatem hn-
van» nalura transiret^ nihil esset in hoaûne
qnod non possei reeedere et reparari ; quia id
quod in bomine generaretur ex alimenio, et re-
eedere et reparari pos&et. Si ergo bomo diu
viveret, aequeretar quôd nihil qnod in eofnit
naterialiker in priodpio sua generaiionis iina-
filer remaneret in ipso : et sic non easet idem
bomo numéro per iotam Titam snam^ ciun ad
materix. Hocantem est inconvetnens. Non ergo
alimenlum transit in veiitatem baroanxnaftors.
Sed contra esA, qnod dicit Aognstinnsin libw
De vera relig, (cap. 40 ) : « Alimenta carnis
eormpta (id est, amittentia formam snan),
in memhroram tabricam migrant. » Sed fahrica
membrerum perkinet ad Teritatem bnmanA na-
tnrœ. Ergo alimenta transeunt in ^eritakem
bimaan» nator» : ut et VU. Confess,, cap. ia :
« Nec tu me mutabis in te sicut dbnm cacnis
tuœ, sed, etc. »
( GoNCLUsio. — Ad restamandom illud quod
per actionem calorie naturalis deperditur ad ve-
ritalem human» natnrs periinena, opo*^t ali-
quid de alimeoto converti in verîtatem humana
nature. )
Respondeo dieendum, qu6d secundùm Pbi-
losophum, U. Metaphys. ( text. 4 ), boc modo
boc qa6d sit idem nurnoo. cequiratur idantàtas 1 se babet uMunquodque ad yeiitatem^ aicai H
188 PARTIE I^ QUESTION CZIX, ÀRTIGLB U
nature quelconque, tout ce qui rentre dans la constitution de eetté
nature. Or^ la nature peut être considérée sous un double aspect : en
général et dans son espèce même ; en particulier et selon ce qu'elle est
dans un individu. A la réalité ou vérité d'une nature considérée en
général^ appartiennent sa forme et sa matière également considérées en
général. A la réalité ou vérité d'une nature considérée dans tel ètr^
particulier^ appartiennent la matière individuelle déterminée dans cet
ètre^ et la forme individualisée par cette même matière. Ainsi la vérité
de la nature humaine généralement comprise résulte d'une ame et d'un
corps; mais la vérité de la nature humaine considérée dans un individu,
Pierre ou Martin^ par exemple y résulte de telle ame et de tel corps. Or,
il est des choses dont les formes ne peuvent subsister si ce n'est dans une
matière déterminée : la forme du soleil^ par exemple , ne peut subsister
que dans une matière dont elle est actuellement la forme. Voilà dans
quel sens plusieurs ont prétendu que la forme humaine ne pouvoit
non plus subsister si ce n'est dans une matière déterminée, laquelle
auroit reçu cette forme dès le commencement et dans le premier homme;
de telle sorte que tout ce qui s'ajoute au principe qui de notre premier
père dérive à tous ses descendants , n'appartiendroit pas à la vérité de la
nature humaine , ne seïoit pas susceptible d'en recevoir la forme : ce
seroit alors la matière existant dans le premier homme et soumise en
lui à la forme humaine , qui se multiplieroit en elle-même. Et de cette
fogon tous les corps humains sans exception dériveroient du corps du
premier homme. D'après ceux qui raisonnent ainsi, les aliments ne sd
convertissent pas en la réalité de la nature humaine ; on peut unique-
ment les regarder comme une sorte de préservatif pour cette même
nature , et qui fait que la chaleur naturelle ne consume pas l'humide
radical ; ainsi qu'on ajoute du plomb ou de l'étain à l'argent pour que
celui-ci ne soit pas consumé par le feu.
babet ad esse. Illud ergo pertinet ad veritatem
Datons alicojus, quod est de constitotione ipsius
natiir». Sed natara dupliciter considerari potest :
nno modo in communi , secundùm naturam spe-
ciei ; alio modo secundùm qnod est in hoc in-
dlvidoo. Ad veritatem igitur natara alicojas in
commdni considérât» , pertiaet forma et mate-
ria ejns in ocmmuni accepta. Ad verititem antem
natnr» in hoc particulari considérât», pertinet
materia individualissignata, et forma per hojn»-
modi materiam individuata : sicut de veritate
hnmanc natons in communi, est anima hnmana
et corpns; sed de veritate homans nature in
Petro et Martino, est hœc anima et hoc corpus.
Sunt autem qnsdam , quorum formas non po&-
sunt saWari nisi in una materia signata : sicut
forma solis non potest salvari nisi in materia
fn» acta sobea continetor. Et secundùm hune
modum aliqui posnerunt qaùd forma bumana
non potest salvari nisi in materia quadamsignafa,
quae' scilicet à principio fuit tali forma formata
in primo homine; ita qu6d quicquid aliud pne«
ter illud quod ex primo parente in postenw
derivatur, additum faerit, non pertinet ad ve«
ritatem humans natura, quasi non verè accipiat
formam hnmao» nature; sed illa materia qua
io primo homine forma bumana fuit subjecta,
in seipsa multiplicator. Et boc modo multitude
bumanorum corporum i oorpore primi bominis
derivatur. Et secondàm hos, aùmentum non
convertitur in veritatem bumana nature; sèd
dicunt qu6d alimentum acdpitur ut quoddam
fomentum nature, id est, ut r^istat actioni
calons naturalis, neconsumat bumidum radicale;
sicut piumbum vel stanuum a^jungiturargento^
ne Gonsnmatur per ignem.
DE LÀ PROPAGATION HUMAINE QUANT AU CORPS. 189
Mais cette hypothèse pèche sous plusieurs rapports : en premier lieu ,
parce que la raison qui fait qu'une forme peut se retirer de sa matière, fait
aussi qu'elle peut affecter une matière différente; et c'est pour cela que
tous les êtres soumis à la génération sont corruptibles, et réciproque-
ment (1). Or , il est manifeste que la forme humaine peut abandonner la
matière qu'elle affecte; car sans cela le corps humain ne seroit pas sujet à
la corruption. Donc il faut dire qu'elle peut s'attacher à une autre ma-
tière, ou^ ce qui revient au même, qu'une autre matière peut passer i
ia réalité de la nature humaine. En second lieu , parce que dans tous les
^tres dont la matière est tout entière renfermée dans un seul individu ,
il ne sauroit y avoir qu'un individu dans une espèce : c'est ce qu'on voit
dans le soleil , la lune , et autres choses du même genre. Il suivroit donc
de l'opinion combattue, qu'il n'y auroit qu'un seul individu dans l'espèce
humaine. En troisième lieu , parce que la multiplication de la matière
n'est possible que de deux manières, ou bien par l'augmentation de gran-
deur ou de quantité, comme cela a lieu dans les choses qui se dilatent et
se raréfient, dont la matière prend des dimensions plus grandes; ou bien
far la multiplication de la substance même de la matière. Or, la sub-
istance de la matière demeurant toujours la même, on ne peut pas dire
qu'elle soit multipliée ; car une chose ne constitue pas une multitude
par rapport à elle-même, puisque toute multitude provient nécessaire-
ment d'une division. Il faut alors qu'une autre substance quelconque soit
ajoutée à la matière, ou par voie de création, ou par voie de transfor-
mation. Une matière ne peut donc se multiplier ou paroitre multipUée
que par raréfaction, comme lorsque l'eau se change en air ; ou bien par
(1) La science moderne , en établissant que toute la substance du corps humain se renou-
Telle dans un petit nombre d'années , ne permet plus aucun doute à eet égard. Cette donnée
scientifique semble contredire , au premier abord, plusieurs raisonnements de saint Tbomas,
-quoiqu'elle en confirme éminemment la conclusion totale. Hais si Ton étudie avec attention
toute la suite de cette tbése , on se eonvaincn Mns peine qu'il en avoit entretu la possibi-
lité, et qu*il émet des idées où elle est indique» ou du moms pressentie d'une manière ion
plicite.
8ed b«c positio est mnltipliciter irrationabilis.
Primé quidem, qaia ejamiem rationis est quôd
^qna forma pos&it fieri in alla materia, et qaôd
possit propriam materiam deserere; et ideo
omnia generabilia sont airruptibiha, et è coa-
verao. Manifestnm est aolem qu6d forma bu-
mane potest deficere ab bac materia qus ei
-sobjicilar, altoquin oorpos bumanum cormpli-
bile no*> esset. Unde lehDqailot qnôd et alii
materic advenire possit, aliqao alio in verita-
lem bunanc oatar» transeonte. Secundo, qoia
in omnibas quoram materia inveniUir tota sub
uno individnc, non est nisi nnam individanm
in nna spede i sient patet io sole et luna, et
Injnsmodi. Sic igitor non esset nisi vonm in-
dividuum humans speciei. Terti5, qoia non est
possibile qu5d moltiplicatio materis attendator
nisi vel secondùm quaotitatem tantùm, sicut
accidit in rarefactis , qnorum materia suscipit
mi^iores dimensiones; vel eliam secondùm sob-
stauuMin materis. Solaaotem eadem sabstantia
materis manente^ non potest dici qoôd sit mol-
tipiicata ; quia idem ad seîpsom non constitoit
moltilodioem, c&m necesse sit omnem maltita-
dincm ex aliqoa divisione cansari. Unde oportet
qo6d aliqoa alia sobstantia materia adveniat,
vel percreationem, vel per couversionem alte-
rios in ipsam. Uude reUoquitor qoôd non potest
iliqua materia multipUcari» nisi vel per rare-
(teticoem , sioit cùm ex aqna fit aer; vel per
190 VASiTlB l, QUESTION GZIX, ARTICLE 1.
ragg^fégation d'une autre matière , comme le feu se multiplie quand on
y ajoute du bois ; ou bien encore par la création d^ine nouvelle matière.
Or, il est évident que la multiplication de la matière dans les corps
humains ne se produit pas par raréfaction, puiscpie le corps d'un homme
arrivé à la force de Tâge serdt alors moins parfait que le corps d'un
eùtmt ; elle ne se produit pas non plus par la création d^une nouyelle
matière , puisque , d'après saint Grégoire , toutes les choses ftirent créées
i la fois quant à la substance de la matière, quoiqu'elles ne l'aient pas
èùt quant à la diversité des formes. Il reste donc que la multiplication
du coi^ humain ne peut avoir lien que parce que les aliments passent
en partie à la réalité de ce corps. L'hypothèse contraire est inadmissible,
en quatrième lieu, par la raison que l'homme ne différant pas des ani-
maux et des plantes quant i l'ame végétative , il s'ensuivroit que les
eorps des animaux et des plantes ne se multiplieroient pas non plus par
l'assimilation de la nourriture prise, mais qu'ils se multiplieroient par
un autre moyen qui n'auroit rien de naturel, puisque la matière, selon
les lois de la nature , ne peut dans son extension dépasser une certaine
limite, et qu'il n'existe en outre dans la nature aucun autre moyen
d'accroissement , si ce n'est la raréfaction ou l'assimilation. D'où il sui-
vroit encore que les forces générative et nutritive , qui sont néanmoins
qypelées des forces naturelles, auroient une opération entièrement mira-
culeuse. Ce qui répugne d'une manière absolue.
C'est ce qui foit dire à d'autres que la forme humaine peut, à la vérité,
se produire de nouveau dans une autre matière, si l'on considère la
nature humaine en général ; mais qu'il n'en est pas de même , si Ton
entend cette nature comme circonscrite dans un individu, parce que alors
la forme hiunaine demeure fixe dans une matière déterminée ,x depuis le
premier moment où elle afibcte cet individu dans sa génération, jusqu'au
dernier moment de sa corruption. Et la matière ainsi déterminée par
additionem alterius rei , sicut mnltiplicatur ignis
per addiiionem lignorom ; vel per creatiouem
materis. Sed manifeâtam est multiplicationem
materis In humanis corporibus non accidere
per rarefoctionem, quia sic corpora hominum
perftcte statis essent imperfectiora quàm coi^
pora puerorum. Nec iterom per creationem
nova materis, quia secundùm Gregorium
(lib. XXXU. Moral., cap. 9 vel iO), omnia
simul sont creata secundùm substantiam mate-
ris, licèt non secundùm speciem forms. Unde
relinquitur qu6d mulUpUcatio corporis humani
non fit nisi per hoc qu6d alimenUim convertitur
In veritatem humani corporis. Quarto, quia
cùm bomo non différât ab animalibus et planlis
secundùm animam vegetabilem, sequeretur qu5d
etiam corpora aoimaiium et plantarum non mul-
tiplicirentttr per ooaveniOMm alimenii in cor-
pus nutritum , sed per quamdam muUipUcatîo-
oen , qo« non potest esse natnralis, cùm ma-
teria secundùm naturam non extendatur nisi
usque ad certam quantitatem » nec ( ilenim )
inveniatur aliquid naturaUter crescere, nisi per
rarefactionem vel conversiDuem alterius in
ipsum. Et aie totum opus generativae et nutri-
tivjB, que dicuutur vires naturales, essetmi-
raculosum. Quod est omuino inconveniens.
Unde alii dixerunt qu5d forma humana potest
quîdem fieri de novo in aliqua alla maieria, si
consideretur natura bumana in comuiuni, non
autem si acâpiatur prout est in hoc individuo,
in quo forma humana fixa mauet in quadam
maieria determinata, cui primù imprimitur in
generatione bujus individui, ita quod iilam
materiam uunquam deserit osqoe ad ultimtfm
iadindui eoiruptioneu. Et banc materiam di>
9E tM mauAATiaa huiuiiib qcàjxt av csorps* 19t
MHe foime est cdie qa'<« dit appartenir essentiellement à la réalité de
il nature hmnaioe. Mais connne cette matière ne suffit pas i constituer
la grandeoT vonfaie^ il ftint Inen admettre Tadjonction d'une autre
matière qui se poodoit par la conversion des aliments en la substance de
Tindivida , autant qae cela est nécessaire pour son développement. Et
la matière ainsi produite n'appartient que d'une manière secondaire ,
teiyours aebn les mêmes auteurs^ à la réalité de la nature humaine ; el
cela par la raison qu'elle n'est pas requise pour l'être premier de l'indi-
lôdu y. et qu'elle ne 1- est qne* pour son^ développement relatif. Ainsi donc,
s'il lui vient quelque chose des aliments, ceci ne rentre plus, à proprement
parier, dans la vérité de la nature humaine. Mais cette opinion est égale*
ment inadmissible : d'abord parce que cette opinion confond la matière
des corps vivants avec celle des corps inanimés ; car , bien que ces der»
mers aient la puissimce de produire leur semblable dans Vei^e, ils
n'ont pas celle d'engendrer un être qui leur soit individuellement sem-
blable. Et celle dernière puissance , dans les corps vivants , n'est autre
que la force nutritive. Mais cette forcer n'ajouteroit rien à ces corps,
seroit une force eutièsement inutile , si aucune partie des aliments n'é*
toit convertie en la réalité de leur nature. En second lieu, la puissance
active qu'un être vivant eierce à l'égard d'un autre, en lui transmettant
'sa forme avec la vie, ne sauxoit être plus grande que la puissance
«aeicée par cet être vivant sur luinnême et sur les choses placées sous
son action personnelle. En troisième lieu , la nutrition est nécessaire
non-seulement pour l'accroissement et le développement , puisqu'alors
elle deviendrait inutile après que ce développement est terminé , mais
encore pour réparer la constante déperdition causée par la chaleur natu*
relie. Et cette réparation ou restauration de forces ne se coneevroit pas
si une partie des aliments ne se transformoit en la substance humaine.
cmt priPcipafitcrpcfUnereadTeritatemtHunang
Balnr». Se4 quia hnjiuaiQdi attteria non sufflcU
id-<|iiafilitateiii debiUm^ requiritor ut adveniat
alla materia per converaionem atimenti in sub*
•tasliam nntriii, quantum saf&ciat ad debiium
augmentum. Et bano materiam dicant secunda-
ii6 pertinere ad lenUteaa taumaae naUir», quia
non raquiiituiad primm «aae iadividû, seé
ad quantitatOBB e jua. iam vcr6 si quid aliud ad-
ircfiit et alimenlo, non pertin«4 a4 ventatem
humans naUua, iwopnè iaqueudo. Sed lioc
etiam ast inconveniei»^ Prinô quidean, quia
lise opinio judkat de materia corperom viven-
tiam ad modum oorpenoi inaittatonm, in
qnibtts etn ait virtuaad genecandum simile in
ipecie, non est tamen wlna in eia ad gênera»*
dnm aUquid sibi aimile aeeundùm individnum.
Qtt« quidem virtus in corporibus viventibns est
tivam adderetor corporibus vîTentibus, si ali-
mentnm in veritatem natur» ipaoram non eon-
verteretur. Secundo, quia virtus activa qus est
insémine, est quaedam impressio derivata ab
anima generantis, sicnt suprè dictum est
(qa. 118, art. 1). Unde non potest esse ma-
joris virtotis in agendo> quhm ipea anima à qna
derivatur. Si ergo ex virtute eemiuîs verè a»>
sumit aliqua materia formam nature humane,
mnitè magis anima in nutrimentum eenjnnctum
poterit veran fonnam nature bmnanm impri-
nere per potentiam nutritinm. Tertio, quia
nulrimento indigetur non aoHkm ad augmentom,
alioquin terminato augnento necessarium non
easet, sed etiam ad realaarandum i)M quod
deperàtur per aciionem calork naturaiis. Non
aotem esset reslauratio, niai id quod ex alinwnto
gBoeralur, necedatet in locnm depeiditi. Unde
virkuiBuIntiva. NiUi eri^ per virtntem ludci* 1 aiimt id ipiod prinè ioarat, eat de nfMi»Ur
102 PARTIE I^ QUESTION GXIX^ ARTICLE 1«
Ainsi donc^ ce qui^ dans Tindividu, provient des aliments, n'appartient pas
moins à la réalité de la natnre humaine , qne ce qni est primitivement
dans rindividu. Il faut, par conséquent, en revenir aux sentiments de
ceux qui veulent qu'une partie des aliments soit réellement convertie en
la vérité de la nature humaine, et rentre dans l'espèce des chairs, des
os et des autres parties qui la constituent* C'est ce qu'entend le Philo-
sophe quand il dit. De anim.. Il, 45 : « L'aliment nourrit, parce qull
est chair en puissance. »
Je réponds aux arguments : 1* Le Seigneur ne dit pas que tout ce qui
entre dans la bouche soit ensuite rejeté; il dit seulement que dans chaque
aliment il y a quelque chose d'impur que le corps repousse. On pourroit
entendre aussi par-là que tout ce qui est engendré par les aliments se
résout par l'action de la chaleur naturelle et se perd au travers de
pores invisibles, conune l'explique saint Jérôme , sur ce même endroit
du texte sacré.
^ Par ces mots , Un, chair qwmt à Vespèce, quelques-uns entendent
ce qui dans l'homme reçoit dès le premier instant la forme ou espèce hu-
maine; et cela doit, selon eux, durer dans l'individu autant que l'individu
même. Par ces mots, la chair quant à la matière , ils entendent ce qui
provient des aliments ; et cela ne doit pas durer toujours , disent-ils,
mais se perd de la même manière qu'il est acquis. Mais cette interpré-
tation est contraire à la pensée d'Âristote; car il dit : or Comme en toutes
choses existant dans la matière, le bois , la pierre , par exemple ; ainsi
dans la chair humaine, il faut distinguer ce qui est selon l'espèce et ce
qui est selon la matière, b Or, il est manifeste que la distinction établie
dans l'hypothèse de l'objection, n'a pas lieu dans les choses inanimées ,
lesquelles ne sont, à proprement parler, ni engendrées ni nourries. De
plus, comme ce qui provient des aliments s'unit au corps par manière
de mélange, de même que l'eau se mêle au vin, suivant la comparaison
tur» human», ita et id quod ex alimento ge-
nerator. Et id«o secafid&m alios dicendam est,
qoôd alimentam irerè coaYerlilur in Teritatem
humaïUB natare, in quaiitam verë accipifc ape-
ciem Garnis et ossis, et hujusmodi pariiam.
Et hoc est quod dicil Philosophas in U. De
anima (text. 46), quAd « alimentom natrit,
in quantom ei^l potentia caro. »
Ad primoiD ergo dicendam , qn6d Dominos
non dicit quèd totum quod in os intrat, per
secessam emiUatur; sed oportet quèd de quoli-
bet cibo aliqoid impurua per secesram emit-
talur. Vel potesk did^ qu6d quicqnid ex alimento
generatur, potest eUam per calorem natunlem
resoWi, et per poros quoadam occultoi emitti ,
ttt Hieronymos exponit.
Ad secundum dicendam, qn6d aliqui per est-
Bem Mcwdiim ^pecitm intellexeront id quod
primo accîpit speciem homanam, qoodsamitv
à générante : et hoc dicont semper manere
qaousque individuom durât. Camem Yer6 <e-
cundùm materiam dicunt esse que generatur
ex alimento : et banc dicunt non semper per-
manere^ sed quod sicut advenit, ita abscedit.
SedhocoontraintenUonem Aristotelis(ut8ttprii);
didt eniffl ibi quèd « sicut in unoquoque hàeo-
lium speciem in materia, » putà in Ugno et la-
pide, « ita et in carne, hoc est secund&msp^
riem, et illud secund&m materiam. » Maoifes
tum est autem quèd predicta distinctio locut*
non babet in rébus ioanimatis, que non gene-
rantur ex semine, nec nutriuntur. Et iterum,
cùm id quod ex alimento generatur, ac^ungatar
corpori nutrito per modam mixtioois, sicut aqua
miscetor'vino, ut ponit exemplum ibidem Pbs-
losopbtts (text. 39)y non potest alia esso m-
DJB LA PROPAGATION HVMAINB QlTAIfT AU GOBBS. 193
Gdte dans le même endroit par le Philosophe y Taliment qiii nourrit le
eorps prend la nature du corps lui-même y puisqu'il ne forme qu'une
seule chose par suite du mélange. Il n'y a donc pas de raison pour que
Ton soit consumé par l'action de la chaleur naturelle y et que l'autre ne
le soit pas. Il faut dire y par conséquent^ que la distinction posée par le
Philosophe ne s'applique pas à des chairs différentes y mais bien à la
même chair considérée sous différents rapports. Si l'on considère la chair
sous le rapport de l'espèce^ c'est-à-dire, sous le rapport de ce qu'il y a
, de formel en elle, la chair n'est pas consumée, elle demeure, parce
que sa nature demeure, ainsi que sa disposition naturelle. Si l'on consi-
dère au contraire la chair sous le rapport de la matière , il faut dire
qu'elle ne subsiste pas , qu'elle se consume et se restaure insensible-
ment, comme on voit dans une fournaise le même feu subsister dans sa
forme , tandis que la matière est peu à peu consumée et remplacée par
me autre.
3* A l'humide radical est sensé appartenir tout ce qui constitue la
Tertu de l'espèce. Si cet humide vient donc à disparoitre , on ne peut
pas plus le rétablir qu'on ne rétablit une main ou un pied amputés.
Hais l'humide nutritif n'est pas encore parvenu à recevoir parfaitement
la nature de l'espèce; il est seulement en voie pour y arriver, ce qui
s'applique au sang et aux autres humeurs semblables; de telle sorte
que si ces éléments viennent à être retranchés, la vertu radicale de l'es-
pèce subsiste toujours et n'est pas enlevée pour cela.
h? Toute vertu existant dans un corps passible s'affoiblit par sa propre
action; car de tels agents sont aussi à l'état passif. Et voilà pourquoi la
puissance d'assimilation est si grande d'abord, que non-seulement elle
tan ejas (piod advenit^ et ejos eut advenit,
cùm jam sit factam unum per veram mixtionem.
Unde Dolla ratio est qudd unum consumatar
per calorem naturalem, et alteram maneat. Et
Ideo aliter dicendum est , qu6d hsc distinctio
Phik>8ophi non est secundùm diversas carnes ^
led est ejnsdem carnis secnDdùin diversam con-
siderationeni. Si enim CDnsideretur caro secun-
dùm spedem, id est secundiim id qaod est
formale in ipsa^ sic semper manet, quia sem-
per naoet natara carnis et dispositio natoralis
ipsius. Sed si consideretur caro secundùm
materiam, sk non manet, sed paulatim cou-
tondtar et restauiatar, sicut patet in igné for-
nacis, cujus forma manet, sed materia paulatim
consumitur, et alia in locum ejus substituitur.
Ad tertium dicendam, qu5d ad humidum ra-
dicale intelligitur pertinere totum id in quo
fundatur virtus speciei. Quod si snbtrahatur,
restitui non potest, sicut si aropuletur manos,
autpes, velaliqoid hujusmodi. Sed humidum
nutrimentale est quod nondum pervenit ad sus-
cipiendum perfectè naturam speciei , sed est iu
via ad hoc, sicut est sanguis et alia hujusmodi.
Uode si talia subtrahantur, remanet adhuc vi^
tus speciei in radice, que non tolUtur.
Ad quartum dicendum, quôd omnis virtos in
corpore passibili per continuam actionem debi-
Ulatur, quia hujusmodi agentia eliam patiun-
tur (1). Et ideo virtus conversiva in principio
(1) Ut cap. 8 , lib. IV. Dé generaiione animalium^ circa médium, videre est; ubi dicitur
(amcv Tcû Xûeidat ), hoc est causa cur dissolvatur moven^ eo quôd omne agins palUur eliam
à paiienU; sicut ilîud quod seeat^ habetalur ab eo quod seealurs quod eoAefacii» rêfrigp^
ratur eh eo quod eale/U; et unitersaliler omne illud quod movet^ reciproeè moveturmolu
fuod^m, prœterquam primum moyens; ià est Deus, qui juxta Soetium, lib. UI. De consolât,,
■ccr. 9, immoius tiabilisquê mansns dat cuneta moveri»
IT. 13 '
lOi PARTIS Ij QUESTION GZIXj ARTICLE 2.
absorbe tout ce qui est nécessaire à réparer TeiTet de la déperdition, meua
qu'elle sert encore au développement de Tindividu ; puis elle ne peut plus
absorber que ce qu'il faut pour obtenir le premier de ces résultats, et le
second cesse d'avoir lieu; plus tard elle ne peut pas même suffire au pre-
mier, et la dépression commence; enfin, cette vertu venant à dispa-
roître entièrement, l'animal meurt : ainsi la force du vin qui donne d'a-
bord son goût à l'eau que l'on y môle, s'affoiblit graduellement par
l'augmentation du mélange, et le vin lui-même finit par être en quelque
sorte aqueux, suivant la comparaison faite par le Philosophe.
S*" Quand une certaine matière se change en feu, comme s'exprime
encore Aristote, on dit alors que le feu est produit ; ^lais quand une
matière quelconque sert d'aliment à un feu préexistant, on dit seulement
que le feu est alimenté. D'où il suit que si une matière perd entièrement
la forme du feu , et qu'une autre matière la revête , il y aura deux feux
distincts; mais si, au bois qui est consumé on substitue graduellement
d'autre bois , ce sera le même feu qui subsistera toujours, parce que l'a-
liment ajouté se transforme constamment en la nature préexistante : et
c'est ainsi qu'il faut raisonner des corps vivants , dans lesquels la nutri-
tion restaure incessamment ce qui est consumé par la chaleur naturelle.
ARTICLE IL
Le pnnctpe génératmr prùvienUil du stiperftu des aliments ?
(Nous n'avons jugé ni utile ni convenable de traduire en français le second
article de cette Question. Le sujet qui s'y trouve traité ne tient à la Théologie
que d'une manière très -indirecte et très-éloignée. Grâce à la langue dans
laquelle il écrivoit, saint Thomas a pu l'aborder pour le complément de la
première partie de son œuvre. Nous laissons subsister l'article en latin, pour
le môme motif et par respect pour cette œuvre elle-même).
qnidem tam fortis est, ut possit convertere non
solùm qnod sufflcit ad restaurationem deperditi^
sed etiam ad aagmentam; postea ver& non po-
test convertere nisi qaantnm sufHctt ad restaa-
rationemdeperditi, et tune cessât angmentum;
demum nec hoc potest , et tune fit diminutio ;
deinde déficiente hujnsmodi virtute totaliter,
animal moritur : sicut nrtus viui convertentis
aquam admixtam , paulatim per admistionem
aquœ debilitatnr, nt tandem totum fiât aquosum,
Qt Philosophas exempUQcat inJ. De générât.
(text. 89 et 88).
Ad qointum dicendnm , qn5d sicnt Philoso-
phas dicit in L De générât, (text. 89, quando
aliqaa materia per se conTcrtitar in ignem, lune
didtur ignis de novo generari; quando verô
(1) De his etiam in II, Seni.^ disl. 30, qo. 2 , art. S; ut et lY, Sent.^ diit.i4, qn, 1, ait. %
qucstianc. 4; et Contra Gent.^ lib. lll, cap. 121 et 123.
aliqna materia convertitur in ignem praeexis-
tentem , dicitur ignis nutriri. Unde si tota ma-
teria simid amiltat speciem ignis, et alla mate-
ria convertatur in ignem, erit alius ignis numéro;
si verô paulatim combuslo uno ligno aliud sub-
stituatur, et sic deinceps quousque omnia prima
consumantar , semper remanet idem ignis nu-
méro, quia semper quod addilur, transit in
préexistons ; et similiter est intelligen Jum in
corporibus viventibus , in quibus ex nutiimento
restauratur id quod per calorem naturalem con-
sumitur.
ARTICULUS IL
Utrùm êemen sit de tuperjluo àlimenH.
Ad secondum sic proceditur (1). Videtar quôd
DE LA PROPAGATION HTJKAmE QUANT AU GO&PS.
195
temen non stt de snperfloo alimenti , sed de
sabstantia generantis. Dicit enim Damasceons,
qtiM cr generatio estopos natura ex substantia
generantis prodacens illud quod generatar. »
Sed id quod generatar, generatar ex semine.
Ergo semen est de substantia generantis.
2. Pneterea, secundùm hoc Qlias assimilatur
patri, qu5d ab eo aliquid accipit. Sed si semen
ex qno aliquid generatar, sil de saper Qao ali-
menti, nibil ^cciperet aliquis ab avo et prsce-
dentibas, in qnibus hoc alimentom nullo modo
Aiit. Ergo non assimilaretor aliquis avo et pne-
cedentibns, magis quàm aliis hominibos.
8. Prsterea, alimentum hominis generantis
quandoque est ex camibus boviSi vel porci , et
aliorum hujusmodi. Si igitur semen esset de
Buperflao alimenti , homo generatus ex semine
majorem affînitatem haberet cum bove et porco^
quàm cum pâtre et aliis consanguineis.
4. Pneterea, Aogustiuus dicit, X. Super
Gen. ad lit. (cap. 20), qnôd « nos fuimus
in Adam non solùm secundiim seminalem ra-
tiooem, sed etiam secundùm corpulentam sub-
stantiam. » Hoc autem non esset si semen esset
ex superfluo alimenti. Ergo semen non est ex
soperfluo alimentL
Sed contra est^ quod Philosophas probat mnl-
tipliciter in lib. De generatione animalium
(cap. 19), qobd « semen est soperflumn ali-
menti. o
(GoNausio. — Cùm semen sit illud qnod
generatar ex alhnento antequam convertatur in
substantiam membrorum, rectèdicitur semen
esse de superfluo alimenti, seu de parte ali-
menti non necessaria ad alendum.)
Respondeo dicendnm , quôd ista questio ali-
qualiter dependet ex prœmissis (art. i, et
qu. 108, art. 1 ). Si enim in natnra humana est
virtus ad communicandum suam formam mate-
ris alienae, non solùm in alio, sed etiam in
ipso, manifestum est quôd alimentum quod est
in principio dissimile, in fine sit simile per
formam communicatam. Est autem natoralis
ordo, ut aliquid gradatim de potentia reducatur
in actum. Et ideo in bis qus generantur, inve-
oimns quod primù unumquodque est imperfeo-
tum, et postea perficilur. Manifestum est autem
qu6d commune se habet ad proprium et deter-
minatum, ut imperfectum ad peifectum. Et ideo
Tidemus qu&d in generatione animalis priùs
generatar animal, quàm homo vel equus. Sic
igitur et ipsum alimentum primo quidem accipit
quamdam virtutemcommunem respectu omnium
partium corporis, et in fine determinatur ad
hanc partem Tel ad illam. Non autem est pos-
sibile quôd accipiatur pro semine id quod jam
couTersum est in substantiam membrorum per
quamdam reaolutionem. Quia illud resolntum
si non retineret naturam ejus à quo resolvitor»
tune jam esset recedens à natura generantis,
quasi in via oormptionis existens : et- sic non
baberet virtutem convertendi aliud in similem
naturam. Si \etb retineret naturam ejus à quo
resolvitnr, tune esset contractum ad determina-
tam partem , et non haberet virtutem movendi
ad naturam totius, sed solùm ad naturam partis;
nisi forte quis dicat qu6d esset resolntum ab
omnibus partibus corporis, et quôd retineat na-
turam omnium partium. Et sic semen essel
quasi quoddam parvum animal in actu , et ge-
neratio animalis ex animali non esset, nisi per
divisionem : sicut lulum geueratur ex luto, et
sicut accidit in animalibus qus dedsa vivunt.
Hoc autem est inconveniens. Relinquitur ergo
quôd semen non sit decisum ab eo quod erat
actu totum, sed magis in potentia tolum, ha-
bens virtutem ad productionem totius corporis
derivatam ab anima generantis, ut suprà dictum
est. Hoc autem quod est in potentia ad totnm ,
est illud quod generatur ex alimento antequam
convertatur in substantiam membrorum. Et ideo
ex hoc semen accipitur. Et secundùm hoc vir-
tus nutritiva dicitur deservire generative, quia
id quod est conversum per virtutem nutritivam,
accipitur à virlutc generativa ut semen. Et ha-
jus signnm ponit Philosophus, quôd « animalia
magni corporis, qus indigent multo nutnmento,
sunt pauci seminis secundùm quanlitatem sui
corporis, et paucse generationis. » Et similiter
« homiiies pingues sunt pauci seminis » prop-
ter eamdem causam.
Ad primum ergo dicendnm , quôd generatio
est de substantia generantis in animalibus et
plantis , in quantum semen habet virtutem ex
forma generantis, et in quantum est in potentia
ad substantiam ipsius.
Ad secundùm dicendum, quôd assimilatio
generantis ad genitum non sit propter materiam,
sed propter formam agentis, quod générât sibi
simile. Unde non oportet ad hoc quôd aliquis
assimiletnr avo, quôd materia corperalis seminis
fuerit in avo, sed quôd sit in semine aliqua vir-
tus derivata ab avo, mediante pâtre.
Et similiter dicendum est ad tertium. Nam
affinitas non attenditur secundùm materiam,
sed magis secundùm derivationem formas.
Ad quartum dicendum, quôd verbum Augus-
tini non est sic iutelligendum , quod in Adam
actu fuerit aut seminalis ratio hujus hominis
propinqua, aut corpulenla ejus substantia. Sed
utrumque fuit in Adam secundùm originem.
Nam et materia corporalis, qus ministrata est
à matre ( qoam vocat corpulentam substan-
tiam ) , derivatur originaliter ab Adam; et si-
militer virtus activa existens in semine patris j
que est hnjus hominis propinqua ratio semî^
natis. Sed Christus dicitur fuisse in Adam «e-
cundiêtn corpulentam substantiam, sed non
196
PARTIE l, QUESTION Cm', ARTICLE 5^.
secumlùm semùmlemrationem; qaîa materia
corporis ejns, qua» ministrata est à Matre Vir-
gine, derivata est ab Adam; sed virtiiB actWa
non est derivata ab Adam, quia corpus ejus non
est formatum per virtutem virilis semiols, set)
operatione Spiritos sancti. Talis enim partus
decebat eum (i), qui est super omnia benedicius
Deus in saecula scculorum. Amen.
(t) XJsurpalum ex Ambrosio in hymno I NatlvitatLi; ut et sequeos appendiz tum ad Rom,,
li vers. S5y tum ad Rom,^ IX» vers. 5^ etc.
PRIMiË PARTIS SUMMiE THEOLOGIGJ!
s. THOMJI AQUINATIS^
A aendis quàm plurimis , mannseriptorum ezemplarlum eoUatione et prciidio repurgats.
him^
PREMIÈRE PARTIE DE LA SECONDE^
PROLOGUE.
Comme nous disons que Thomme est fait à l'image de Dieu , par la
raison que cette image consiste ^ selon saint Jean Damascène, De fide
ùi'thod.y 11^ 12^ en ce que l'homme est doué d'intelligence, de liberté
et d'action; après avoir parlé du modèle ou du type qui est Dieu^ et de
choses qui ont émané de sa puissance conformément à sa volonté , nous
avons maintenant à étudier l'image ou copie , c'est-à-dire l'homme , en
tant qu'il est lui-même le principe de ses propres actes, possédant le libre
arbitre et pouvant agir sur la direction de sa vie (1).
(1) Dans b première partie de son ouvrage , saint Tliomas a exposé ce qu*on pourroit
nommer la théorie générale de Télre. Après avoir étudié Tetra étemel , Tètre par essence, qu
C3t Dieu , Il a montré tous les autres êtres émanant de ce premier principe par voie de créa-
tion. Uacte créateur, que saint Thomas déclare ue nous être connu que par la révélation, a
c té de sa part Tobjet d*une étude approfondie; ce qui ii*a pas dû nous surprendre, si nous
cvons bien compris que c*est li le point essentiel et fondamental dé toute doctrine. L*ètre
intellectuel et IV'tre raisonnable , c*esl-à-dlre , Tange et Tbomme , ces deux nobles enfants de
la puissance inQnie , ont été considérés ensuite , par le saint docteur, dans leur nature . leurs
propriétés, leurs rapporta et leur activité , si bien qu*il seroit difficile de se poser une question
è leur sujet , qui n*ait été résolue d'une manière directe ou indirecte.
Ce magnifique travail achevé , notre auteur entre maintenant dans un autre ordre de con*
sidérations et d'idées. Des hauteurs de la spéculation , il descend à la pratique , mais sans
Jamais abandonner Texposition des principes , sur lesquels toute loi morale doit reposer. La
transition entre ces deux parties de son grand ouvrage se trouve surtout admirablement ménagée.
Dieu est le principe de tout; il doit en être la fin dernière : il ett U premier et le dernier.
PRIMA SECUNDiE.
PROLOGUS.
Quia, sicut Damasoenos dicit (lib. IL Pidei
crthod., cap. 12], homo factus ad imaginem
Del dicitur, sectmdùm qnôd per imaginem si-
çniOcatur iniellectuale et aràitrio liberum ,
et per se potesiativum (1) -, postquam pra-
dictun est de exemplari^ scilicet de Deo, et
de bis qua proeesseront ex divina potesiatc
secundùm ejus 'volantatem^ restât ut conside-
remus de ejus imagine, id est de homiae, se-
cundùm quèd et ipse est suorum openim prin-
dpium, quasi liberum arbitriam babens^ et
sttomm openun potestatem.
(t) Sen poteitatem mi ipiiue Jkadana ^ Juxta grscum aiTt^oiSoiov , quod proinde liberi arbitrli
nomine designatur , quia per ipsum arbitrium liberum potestatem babemus nostri , et ut Jam
oslensum est , nostrarum actionum domini sumus.
103
I** II* PARTIE, QUESTION I, A&TICLE 1.
TRAITÉ
DE LA FIN DERNIÈRE OU DE LA BÉATITUDE.
QUESTION I.
ne là te deniVre de Vhoinme considérée em géméral.
Ce qui se présente d'abord à considérer c'est la fin dernière de la vie
humaine; on doit considérer ensuite ce par quoi Tbomme parvient à sa
fln^ ou ce qui peut Ten détourner; car c'est d'après la fin qu'il faut se
former une idée des choses qui s'y rapportent. Et comme la béatitude
est la fin dernière de la vie humaine , nous avons d'abord à considérer
cette fin dernière en général; puis nous parlerons de la béatitude.
Sur le premier point huit questions se présentent : 1^ Appartient-il i
l'homme d'agir pour une fin? 2» Est-ce là le propre de la nature raison-
Pàlpha et l'oméga de tout les êtres. ToiU ponrqvoi Tidée de la fin deroière est celle que
ranteur aborde avant tout, quand il va tracer à rhomme Tosage quMI doit faire de sa liberté..
Cette idée devoit encore se présenter la première, sous on autre rapport et pour un autre motif.
Avant d'entrer dans le développement des devoirs imposés à la créature raisonnable , dans le
ooors de son eiistenoe ici-bas, il faUoit assigner k cette exislenee son but ultérieur et défl«
nitif, c*est-&-dire , toujours sa fin dernière. De la notion pure et vraie du but, résulte néces-
sairement la notion des devoirs à remplir, on de la marche à suivre pour y arriver; et tout
cela doit être dans un rapport parfait avec les lois constitutives de rètre <itt*il s*agit de con-
duire à ce but.
A la suite de cette question de la fin dernière , se range naturellement celle do la béatitade,
puisqu'il a été démontré déjà que Tbomme étoit fait pour le bonheur. Puis se présentent, et
dans leur ordre naturel , les moyens donnés à Thomme pour accomplir sa destinée , pour réa*
User les desseins de la Providence : aussi verrons-nous se dérouler successivement les impoi^
tantes questions du Volontaire et de Ilnvolontaire , des Actions et des Passions humaines ,
des Habitudes et des Vertus considérées en général, des Vices et des Péchés, des Lois hu-
maines et divines, le traité de la Grâce terminera cette première partie de la théologie
TRAGTATUS
DE ULTIMO FINE SEU DE BEATITUDINE.
QUJESTIO L
De uMmo fine hominit in eommnni, in octo arliculoê ditims
V\A primo considerandum occarrit de ullimo
fine homans vita, et deinde de bis per qua
homo ad hune fiaem pervenire potest , yel ab
60 deviare; ex fine enim oportet accipere ra-
tioiies eoram qom ordinantur ad ûnem* Et quia
iiKimus flnis baman» vit» ponilur esse beat!
tudo, oportet primùm considerare de nltim^
Une ia communi, deinde de beatitudine.
Circa primam qusruntur octo : 1* Ulrùm
hominis sit agere propter iinem. S» Utràm hoe
DE LA FIN DSRNIÂAE DJB L'HOMME GONSIDÉBÉE E!f GÉNÉRAL. 199
oable? S^" Les actes deMliomme sont-ils spécifiés par la fini &* La vie
humaine a-t-elle une fin dernière 1 5^ Le même homme pent-il avoir
plusieurs fins dernières ? G"" L'homme dispose-t-il toutes choses pour sa
fin dernière? 1"* Les hommes ont-ils tous une même fin dernière 1
8» Toutes les autres créatures ont-elles comme Thomme une même fin
dernière)
ARTICLE L
AppartierU-îl à Vkomme ^agir pour une fin?
n paroit qu'il n'appartient pas à l'homme d'agir pour une fin. V La
cause précède naturellement son efi'et. Or^ la fin est toujours la dernière
chose ^ comme le nom même le dit. Donc la fin ne peut être considérée
comme cause. Mais l'homme n'agit que pour ce qui est cause de son
action ^ car la préposition pour désigne un rapport avec la cause* Donc
il n'appartient pas à l'homme d'agir pour une fin.
2* Ce qui constitue la fin dernière ne sauroit avoir évidemment de fin.
Or, en beaucoup de choses l'action même constitue la fin dernière, ainsi
que rétablit Aristote , Ethic., L Donc l'homme ne fait pas toutes choses
pour une fin.
3« L'homme ne semble agir pour une fin que lorsque la délibération
précède son action. Mais l'homme fait beaucoup de choses sans délibéra-
tion , ou même sans y penser ; ainsi quand il remue le pied , la main ,
ou qu'il se frotte la barbe, en s'appliquantli autre chose. Donc l'homme
ne fait pas toutes ses actions pour une fin.
morale. La seconde sera consacrée & rétade de tous les doToirs de rhomoie , considérés on
particalier et dans leurs applications les plus immédiates. C'est celle qui offre le plus dMntérét
et d*utilitéy pour la direction des consciences et la pratique du ministère sacerdotal. Nous en
donnerons également un mpide apercn an commencement de cette seconde partie , et comme
coup-d'œil préliminaire , afin que le lecteur puisse en étudier, avec plus de (mit et moins do
difficulté f tous les détails , sans perdre de Tue la beauté de Tensemble.
•
sit proprinm rationalis naturae. S» Utrùm actns | men sonat. Ergo finis noubabet rationem causs*
bominis recipiant speciem à fine. 4» Utrôm sit
aliquis nltimos finis bumane vil». 5<» Utrùm
unius bominis possint esse plures ultimi fines.
6« Utrùm omnia bomo ordinet in ultlmum finem.
7« Utrùm idem sit finis ultimns omnium bomi-
nnm. 8« Utrùm in ilio nltimo fine omn^ alis
Creator» conyeniant.
âRUCULUS L
VMtm homini conveniat agert propter
Ad prîmom sic proceditur (1). Videtur qa6d
bomini non conveniat agere propter finem.
Causa enim naturaliter prior est suc affecta.
8«sd finis babet rationem nltimi, ntipsum no-
Sed propter illud agit bomo quod est causa ac-
tionis, cùm bac prspositio {propter) designet
babitudinem caas». Ergo bomini non convenit
agere propter finem.
a. Prctereai illud quod est ultimus finis, non
est propter finem. Sed in quibusdam actionei
sont ultimus finis, ut patet per Pbilosopbum in
I. Bthic* Ergo non omnia bomo agit propter
finem.
3. Prsterea^ tune Yidetor bomo agere prop-
ter finem, quando délibérât. Sed mnlla bomo
agit absque deliberatione, de quibus etiam quan*
doque nihil cogitât : sicut cùm aliquis movet
pedem vel manum aliis intentus, yel fricat bar-
bam. Non ergo omnia agit propter finem.
(1) De bis eUam infrà, qo. 6, arU 1, et qu. 28, art. 6, et «pi. 94, art. S, et qu. 109, art. 6{
t( Opute,, Uly cap. 100.
Sbrr I** II* PARTIE^ QUESTION I^ ARTICLE i.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Toutes les choses qui rentrent
dans un genre , découlent du principe de ce genre. Or, la fin est le principe
de toutes les opérations que l'homme peut accomplir^ comme le démontre
Âristote^ Physic., II. Donc il appartient à l'homme d'agir pour une fin.
(CîONGLUsiON. — Puisque le propre de Thomme-est d'agir par raison et
par volonté , toutes ses actions , en tant qu'actions de l'homme , doivent
nécessairement être faites pour une fin. )
Parmi les actions que l'homme fait, celles-là seules peuvent être ap-
pelées humaines, qui sont les actions propres de l'homme considéré
comme tel. Or, l'homme diffère des créatures privées de raison , en ce
qu'il est le maître de ses actes. D'où il suit qu'il faut uniquement appeler
humaines les seules actions dont l'homme est le maître. Mais c'est par
sa raison et sa volonté que l'homme est maître de ses actions; ce qui fait
que le libre arbitre est appelé a une faculté de la volonté et de la
raison. » Il n'y a donc de proprement humaines que les actions qui pro-
cèdent d'une volonté délibérée. S'il est d'autres actes qui conviennent à
l'homme, on pourra bien les appeler actes de l'homme, mais non actes
humains; car ils n'appartiennent pas à l'homme en tant qu'homme. Il
est manifeste que toutes les actions qui procèdent d'une puissance sont
produites par celle-ci en raison de son objet. Or l'objet de la volonté,
c'est la fin et le bien. Donc toutes les actions humaines doivent nécessai-
rement êtres faites pour une £in.
Je réponds aux arguments : 1* Bien que la fin soit la dernière chose à
réaliser, elle est la première dans l'intention de l'agent; et c'est pour cela
qu'elle doit être considérée comme cause.
^ S'il est une action humaine qui soit sa dernière fin, encore faut-il
qu'elle soit volontaire, puisqu'autrement elle ne seroit pas une action
humaine, d'après ce que nous venons de dire. Or, une action peut être
Sed contra : ooiqU qns sont in aliquo gé-
nère, derivantor à principio ilUus generis. Sed
finis est principium in operabilibus ab homine^
ut patet per Pbilosopbum in II. Phys. (text. 89).
£rgobomini convenit omnia agere propter finem.
( CoNCLUSio. — Cùm hominis propriam sit
per rationem et volantatem agere^ etiam neces-
sariô omnes bominis acliones, ut sunt bominis,
propter finem sunt. )
Respondeo dicendum, qu5d actionum, qu»
abhomine aguntur, ills sols propriè dicuntur
humanœ, qus saut propris bominis in quan-
tum est homo. Differt autem homo ab irratio-
nalibus creataris^ in boc quod est suorum actuum
dominus. Unde illx sols actiones vocantur pro-
priè humofut, quarum bomo est dominus. Est
autem bomo dominus suorum actuum per ra-
tionem et voluntatem : unde et liberum arbi-
irium esse dicUur a facultas voiuntatis et ra*
tionis. 0 lUœ ergo actiones propriè humanœ
dicuntur^ qus ex voluntate deliberata procedunt.
Si qujB autem alis actiones bomioi conveniant,
possunt did quidem hominis actiones, sed non
propriè humanœ, cîim non sint bominis in
quantum est bomo. Manifestum est autem qu5d
omnes actiones que procedunt ab aliqua poleu-
tia, cabsautur ab ea secundùm rationem sui ob-
Jecti. Objectum autem voiuntatis est finis et
bonum. Ûnde oportet quM omnes actiones bu-
mans propter finem sint.
Ad primum ergo dicendum , quôd finis etsi
sit poslremus in executione, est tamen primus
in intentione agentis : et boc modo babet ra-
tionem causs.
Ad secundùm dicendum, qu6d si qua actio
humana sit nltimns finis , oportet eam esse vo-
luntariam, allas non esset humana, ut dictum
est. Actio autem aliqua dupUciter dicitur vo-
])£ LA FIN DERNIÈRE DE l'HOMME CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL. SOI
irolontaire de deux manières : d'abord^ parce qu'elle est commandée par
la Tolonté^ comme l'action de marcher on de parler ; puis^ parce qu'elle
émane immédiatement de la volonté, comme l'action même de vouloir.
Hais il est impossible que Tacte propre et immédiat de la volonté soit sa
propre fin; car c'est l'objet de la volonté qui en est la fin, comme la cou- .
leur est l'objet delà vue. De même donc qu'il est impossible de concevoir
l'acte visuel sans un objet visible auquel il s'applique : de même il est
impossible de confondre l'acte même de la volonté avec l'objet appétible
qui en est la fin. Il faut dire, par conséquent, que s'il est une action hu-
maine qui soit sa propre fin dernière, il faut que ce soit une action com-
mandée par la volonté; et, de la sorte, il demeure toujours un acte, du
moins l'acte même de voidolr, qui existe pour une fin. Quoi que ce soit
donc que l'homme fasse , il est vrai de dire qu'il agit pour une fin , alors
même qu'il fait une action qui est sa fin dernière.
3* On ne peut pas proprement appeler actions humaines celles qui ne
procèdent pas d'une délibération de la raison; car c'est là le vrai principe
des actes humains : aussi ces actions ont-elles une fin imaginaire ou fic-
tive^ et non une fin marquée par la raison.
ARTICLE II.
Agir pour une fin est-ce le propre de la crécUure raisonnable ?
11 paroit qu'agir pour une fin* est le propre de la créature raisonnable.
1« L'homme , ayant le pouvoir d'agir pour une fin , n'agit jamais pour
une fin inconnue. Mais il y a beaucoup d'êtres qui ne connoissent pas
leur fin, soit parce qu'ils sont entièrement privés de la faculté de con-
noitre, comme les êtres Inanimés, soit parce qu'ils ne peuvent s'élever à
iQDtaria : uno modo, qaia imperatur à Yolantate^
sicQt ambalare vel loqui ; alio modo qaia elidtar
i volontate, sicui ipsam velle. impossibile aa-
tem est qaôîd ipse actas à voluntate elicitus sit
nltimuB finis; nam objectam volontatis est finis,
licttt objectam visûs est color. Unde sicut im-
possibile est qoèd primam visibile sit ipsum
videre, quia omne videre est alicajus objecti
visibilis*, ita iropossibile est qa6d primam ap-
petlbile, qaod est fiais, sit ipsam velle, Unde
rolinqoitur «laèd si qaa actio hamana sit altimus
finis, qaèd ip«a sit imperata à volanlate; et
ita aliqua actio ^ominis ad minas ipsam velle
est propter finem. Quicqaid ergo homo faciat,
verum est dicere quôd homo agat propler fi-
nem , etiam agendo actionem que est ultimus
finis.
Ad tertiam dicendam^ qa6d hojasmodi acUo-
nés non sunt propriè hamanc, qnia non pro-
cédant ex deliberatione ralionis , qus est pro-
priam principiam bnmanoram actuum; et ideo
habent qaasi finem imaginatum, non aatem per
rationem pnestitotam.
ARTICULUS U.
Vtrùm agere propter Jlnem tit proprium
raiionalU naiuru.
Ad secandam sic procedilur (1). Videtur qu6d
agere propter finem sit proprium rationalis na-
ture. Homo enim cajns est agere propter finem,
nanquam agit propter finem ignotum. Sed mnlta
sunt qas non cognoscunt finem , vel qaia om-
nino carent cognitione^ sicat créature insensi-
biles, vel qaia non appréhendant rationem finit^^
(I) De hh etiam Conira GtiU., lib. II , cap. 46; ut et lib. III , cap. 1 , prope finem , ei
cap. 16, 2i, 109, 110, 111; et in qussUonibus disputatis, quKSt. de ooioao vctbi, art. 5»
ei in II. FAytie.4 lect. 4 et lect. 10.
302 I» II* PARTIB, QUESTION I, ARTICLE â.
Vidée de fin ^ comme les animaux privés de raisoiu II parolt donc qae
c'est le propre de la créature raisonnable d'agir pour une fin.
2» Agir pour une fin^ c'est ordonner son action par rapport à un objet
déterminé. Mais c'est là ce que la raison seule peut faire. Donc cela ne
convient pas aux êtres privés de raison*
3? Le bien et la fin sont l'objet de la volonté. Or^ la vdonté réside dans la
partie raisonnable de l'ame^ comme le dit le Philosophe ^ De anima, IIL
Donc il n'appartient qu'à la créature raisonnable d'agir pour une fin.
Mais le .Philosophe prouve^ au contraire^ Phy^iù.y II, que anon-sea**
lement l'intellect, mais encore la nature, agissent pour une fin. »
(Conclusion. — Quoique tout agent ait une fin, on peut dire néan-
moins que c'est le propre de la créature raisonnable d'agir pour une fin,
en tant qu'elle s'y porte ou qu'elle y conduit.)
Tous les agents doivent nécessairement agir pour une fin. Quand, en
effet , des causes sont ordozmées entre elles , la première venant à dis-
paroitre, il faut que les autres disparoissent aussL Or, la première de
toutes les causes, c'est la cause finale; et la raison en est que la matière
ne revêt sa forme qu'autant qu'elle est mue par un agent, puisque rien
ne peut de soi passer de la puissance à l'acte. Mais l'agent ne meut qu'en
vue d'une fin; car, s'il n'étoit déterminé dans son action, il ne produiroit
pas une chose plutôt qu'une autre. Pour qu'il produise donc un effet dé-
terminé, il faut que lui-même soit déterminé par un objet fixe, lequel
n'est autre chose que la fin. Cette détermination qui, dans les natures
intelligentes , a lieu par l'appétit raisonnable appelé volonté , se produit
dans les autres créatures, par l'inclination naurelle appelée appétit na-
turel. Il faut remarquer, néanmoins, qu'une chose, dans son action ou
son mouvement, peut tendre vers sa fin de deux manières : ou bien par
sicQt braU animalia. Videtur ergo propriam
esse ratiooalis naturœ agere piopter ûnem.
2. Prseterea, agere propter ûDem est onlioare
suam actionem ad ûnem. Sed hoc est rationis
opuS. Ergo non convenit bis qua ratione ca-
rent.
8. Pneterea , bonum et finis est objectiun
voluntatis. Sed voluntas in ratione est, ut di-
citor in lU. De anima, firgo agere piopter
finem non est nisi rationalis natnrs (1).
Sed oontra est, qaod Philosophas probat in
IL Phystç,, qu6d a non soliim inteilectos , . sed
etiam natora agit propter finem. »
(CoNCLUsio. — Quanquam omne agens agat
propter finem, proprium tamen est rationalis
naturs ut propter finem agat, quasi se agens,
yelducens in finem.)
Respondeo dicendum, qu6d omnia agentia
ad invicem ordinataram si prima sobtrahitor,
necesse est alias subtrabt. Prima autem inter
omnes causas est causa finalis; ciigas ratio est,
quia materia non conseqoitur formam, nisi »-
cundùm qnod movetur ab agente , nûiil enim
reducit se de potentia in actom. Agens aatem
non movet, nisi ex intentione finis; si enim
agens non esset determinatum ad aliqaem efieo-
tum, non magis ageret hoc quàm iUud. Ad hoc
ergo quèd determinatum effectum producat,
necesse est quôd detenninetur ad aliquid oertum,
quod habet rationem finis. Haec aaftem determi-
natio, sicut in ratiouali natuBi per rationalem
fit appetitum, qui dicitur Toluntas; ita in aliis
fit per inclinationam natoialem , qus dicitur
appetitus naturaiis. Tamen considerandum est
quôd aliquid sua actione vel motu tendit ad fineoL
dupliciter: uno modo, sicut seipsnm ad finem
necesse est agere propter finem. Causamm enim | movens, nihomo; alio modo, sicuiab alio mo-
(i) Sive in paru raiiocinaiiva^ Juzta grttcum ht Xo^içixû, quod ibi, leit. iS, uiurpalur.
r
SE LÀ FIN DS&NliBB DE L'HCâOCE GONSIBifliE EN GÉNÉRAL. 20J
niie impulsion propre et intriosèqae^ et c^est ainsi qae l'homme tend à
sa fin ; ou bien par une impulsion étrangère^ et c'est ainsi que la flèche
va au but^ mais par la direction que lui donne la main de Tarcher,
lequel a une fin dans son action. Les êtres doués de raison se meuvent
donc eux-mêmes vers la fin^ parce qu'ils sont maîtres de leurs propres
actes au moyen du libre arbitre^ qui est une faculté de la raison et de la
volonté^ ainsi que nous venons de le dire. Les chosss^ au contraire^ qui
sont privées de raison, tendent à leur fin par leur inclination naturelle,
comme étant mues par une force étrangère, et nullement par elles-
mêmes, puisqu'elles ne peuvent avoir Tidée de fin ; ce qui fait qu'elles .
ne peuvent rien ordonner, mais qu'elles sont ordonnées elles-mêmes par
rapport à ime fin. Tous les êtres privés de raison sont, en effet y par rap-
port à Dieu^ comme un instrument par rapport à l'agent principal^ ainsi
que nous l'avons dit dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Le propre
de la natmre raisonnable est donc de tendre vers sa fin , en tant qu'elle
s'y porte elle-même ou qu'elle y conduit; et le propre de la nature privée
de raison, c'est d'être mue ou dirigée par un autre vers une fin, qui
tantôt est perçue, quand il s'agit des animaux, et tantôt ne l'est pas ,
quand il s'agit des êtres entièrement privés de connoissance.
Je réponds aux arguments : 1*> Quand l'homme agit de lui-même pour
une fin^ il connoit cette fin; mais quand il est poussé ou dirigé par un
autre, comme, par exemple, lorsqu'il obéit à un ordre ou qu'il cède à
une impulsion, il peut ne pas connoitre sa fin; et c'est ce qui a toujours
lieu dans les créatures privées de raison.
•â° Ordonner les choses par rapport à la fin, n'appartient qu'à celui qui
agit de lui-même pour la fin ; quant à l'être qui est mû par un autre , il
peut uniquement être ordonné par rapport à sa fin ; et c'est là ce que fait,
pour les choses privées de raison, l'être qui est doué de cette faculté
tim ad flnem, eicat sagitta tendit ad determi-
natDin finem^ ex hoc quôd novetar k sagiitante,
qui 8oam actionem dirigit in finem. Ula ergo
que rationem habent ^ seipsa movent ad Ûoen]^
qola habent domimum snoram actnnm per li-
berum arbitrium , qnod est « f acaKas Yotantatis
et rationis (i). » Ula Yerô qn» ratione carent^
tendant in flnem propter natnralem inctinatio-
oem, quasi ab alio mota, non antem à seipais,
cùm non cognoecant rationem finis : et ideo
nibil in flnem ordinare possant, sed solùm in
finem ab alio oïdmantur; nam tota irrationalis
natura comparatif «d Deam sicnt instromentom
ad agens principale, «t soprà habitum est (S).
Et ideo propriomest natus rationalis nt ten»
dat in flnem, quasi se agens vel dncensad finem;
naturs Yerè irrationalis, quasi ab alio acta vel
ducta, sive in finem apprebensum, sicut bruta
animalia, sive in finem non apprehensum, sicut
ea que omnino cognitione carent.
Ad primum ergo dicendum,. quôd qnando
homo per seipsum agit propter finem, oognoscit
finem ; sed quando ab alio agitur vel ducitur,
pntà cùm agit ad imperium alterins , vel cftm
movetur altero impellente, non estnecessarinm
qnôd cognoscat flnem ; et ita est in creataris
irrationalibus.
Ad secandnm dicendnm, quôd ordinare in
flnem, est ejns qnod seîpsam agit in finem;
ejos verô qnod ab alio agitur in finem est ordi-
nari in flnem; quod potest esse irrationalis na-
tune, sed ab aliqno rationem babtQte.
(1) Sicut ex antedictis patet , art. 1 , nbi etiam quid sit babere dominiam actuum notatum est.
(â) iSquivalenter I. part., qu. 23, art. S ad 4, et qu. 103, art. 1 ad S, non sicut prifti
fB. 105, art. 5, nbi oniversaliter in omni opérante dicitar operari.
204 I" !!• PAKTIB, QUESTION I, ARTICLE 3.
3« L'objet de la volonté y c'est la fin et le bien considérés en général :
aussi une telle volonté ne peut-elle se trouver dans les êtres privés do
raison et d'Intellect^ puisqu'ils ne peuvent atteindre à une idée générale ;
mais en eux se trouve Tappétit naturel ou sensitif qui se propose un bien
particulier. Or^ il est manifeste que les causes particulières sont mues
par une cause générale; ainsi le chef d'une cité^ ayant en vue le bien
commun, fait mouvoir, par son commandem^t, tous les ressorts parti-
culiers de son administration : il faut donc que tous les êtres privés de
raison soient mus vers leur fin particulière, par une volonté raisonnable
qui embrasse le bien universel, et qui n'est autre que la volonté de Dieu.
ARTiaE III.
Us actes humains sont-ils spécifiés par leur fin ?
n parolt que les actes humains ne sont pas spécifiés par leur fin. !<> La
fin est une cause extrinsèque. Mais toute chose tire son espèce d'un prin-
cipe intrinsèque. Donc ce n'est pas de leur fin que les actes humains
tirent leur espèce.
2« Ce qui donne l'espèce doit évidemment préexister. Or, la fin n'existe
évidemment que la dernière. Donc les actes humains ne sont pas spécifiés
par leur fin. •
30 Une même chose ne peut appartenir qu'à une seule espèce. Or, il arrive
parfois que le même acte, absolument le même, se trouve dirigé vers plu-
sieurs fins. Donc ce n'est pas la fin qui donne l'espèce aux actes humains.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après saint Augustin, De Mot.
Ecoles, et Manich. : a Suivant que la fin est criminelle ou louable, nos
œuvres le sont également, b
(Conclusion. — Comme on appelle actes humains ceux qui procèdent
Ad tertiam dicendam , qu6d objectam volon-
tatis est finis et bonum in universali : uode non
potest esse voluntas in bis qus careut ratione
et intellectu, cùtn non possint apprebendere
universale ; sed est in eis appetitas naturalis
vei sensitivus determinatus ad aliiiuod bonam
parliculare. Manifestum aatem est quôd parti-
cotares canss mOYentur à causa universali ^
sicut; cbm rector civitaiis qui intendit bonum
commune, movet suo imperio omniaparlicularia
officia civitatis; et ideo necesse est quôd omnia
qniB carent ratione moveantur in fines particda-
res ab aliqua volnutate rationali qu» se extendit
in bonum universale, scilicetà voluntate divina.
ARTICULUS m.
Virùm actut humani reetpitmi speeiem êxftnê.
Ad tertium sic proGeditur(l). Videtur quèd
actns humani non recipiant speeiem à fine.
Finis enim est causa extrinseca. Sed uoumquod-
que habet speeiem ab aliquo priocipio inlrin-
seco. Brgo actus humani non recipiant speeiem
à fine.
2. Pneterea, illud qnod dat speeiem, oportet
esse prius. Sed finis est posterior in esse, Ergo
actus humanus non habet speeiem à fine.
S. Praeterea, idem non potest esse nisi in una
specie. Sed eumdem numéro actum contingit
ordinari ad diverses fines. Ergo finis non dat
speeiem actibus humanis.
Sed contra est, quod dicit Augustinns in Ub.
De moribus Ecoles, et Mtwickœorum : « Se-
cundùm quôd finis est culpabilis vel laudabilis ,
secundùm hoc sunt opéra nostra culpabilia vel
laudabilia. »
(ConcLOSio. — Cùm actus propriè dicantttr
(1) De bis etiam iofrà, qu. 18, art. X ei 3; et qu. 72, art. 1 et 8; et II, SenU^ dist. 40 ,
art. 8; et qu. 2, de malo, art. 4 ad 9.
DE LA FIN BERNiiBE DE L'HOMHE GONSlDÉnÉE EN GÉNÉRAL. Sûo
d'une volonté délibérée^ laquelle a pour objet le bien et la fin; c'est de
leur fin que ces actes eux-mêmes doivent recevoir leur espèce.)
Toute chose est spécifiée en tant qu'elle est en acte, et non en tant
qu'elle est en puissance ; ce qui fait que les êtres composés de matière et
de forme sont constitués dans leur espèce par leur propre forme. C'est ca
qu'on peut paiement remarquer dans les mouvements : comme dans le
mouvement^ en efibt^ on peut en quelque sorte distinguer ce qu'il y a
d'actif et ce qu'il y a de pa^^ l'une et l'autre de ces deux choses tirent
leur espèce de l'acte : d'abord cela est évident pour ce qu'il y a d'actif,
puisque l'acte est son principe; ce qu'il y a de passif se trouve aussi spé-
cifié par l'acte, puisque celui-ci est le terme du mouvement. D'où il suit
que la caléfaction^ considérée comme activité, n'est autre chose qu'une
impulsion procédant de la chaleur; et la caléfaction, considérée comme
passivité, est au contraire un mouvement reçu vers la chaleur. L'idée de
l'espèce doit se manifester dans la définition. Or, quand on définit les
actes humains, soit qu'on les considère comme action, soit qu'on les
considère comme passion, on voit qu'ils sont spécifiés par leur fin. Les
actes humains peuvent réellement être considérés sous ce double aspect,
puisque l'homme se meut lui-même, et, de plus, est mû par lui-même.
Mais, d'après ce que nous avons dit plus haut, les actes sont appelés hu-
mains en tant qu'ils procèdent d'une volonté délibérée ; et comme l'objet
de la volonté est le bien et la fin , il est évident que le principe des actes
humains, en tant qu'ils sont tels, c'est la fin (1); elle est aussi leur
terme. Ce à quoi se termine en efibt un acte humain, c'est ce que la vo-
lonté se propose comme sa fin : ainsi, dans les agents naturels, la forme
(1) C*est ici le lieu de se rappeler que saint Tliomas a démontré, dans sa théorie des Tj-
cultes de rame tiumaine, que ces facultés sont spécifiées d*aprés leur objet formel , ou diaprés
la manière dont elles atteignent leur objet. En prouvant maintenant que les actions humaines
se spécifient également d* après la fin que Thomme se propose , il nous semble appliquer le
même principe et reproduire à peu près le même raisonnement : il établit, par rapport aux
effets , ce qu*il sTOit d* abord établi par rapport aux causes , puisque les facultés sont la véri-
Cable cause des actions. Cette unilé de méthode dans les procédés philosophiques est, à noire
Avis, un des plus beaux caractères de la vérité.
bumani, io quantom procédant à voluntate de-
Uberata, cujas objectum est bonum et finis,
propriè etiam ex fine speciem recipiant.)
Respondeo dicendum, qaôd unuihqaodqoe
sortitor speciem secundiim actnm , et non se-
cnndùm pttentiam : unde ea qn» sant compo-
ûta ex materia et forma, constituuntor in suis
specieboB per ^roprias formas. Et hoc etiam
coDsiderandam est in motibus propriis; cùm
enim motus quodammodo distinguatur per ac-
tionem et passionem, otrumque bomm ab acta
speciem sortitur : actio qoidem ab actu, qui est
principium agendi; passio verè ab acta, qui est
ierminos motifs nostri. Unde calefactio actio
aihii aliud eit qakm motio qaadam à calore
procedens; calefactio verô passio nihil est aliod
quàm motus ad calorem. DeÛnitio autem mani-
festât rationem speciei. Et otroque modo actus
humani, sive considerentar per modam actlonum,
sive per modom passionum, speciem à fine sor-
Uaotor. Utroqoe enim modo possont considerari
actus humani , eo qo6d homo movet seipsam, et
movetor à seipso. Dictam est autem suprà, qu6d
actus dicuotur huaiani in quantum proceduot
à Toluotate deliberata ; objectum aatem volun-
talis est bonum et finis : et ideo manifestum est
qu6d principium humanorum actuum , in qnan*
tum sant humani, est finis; et simiiiter est ter-
minas eorumdero. Nam id ad quod termina tur
actus homïous , est id quod voluntas iolendit
206 !■* II* PAKTIE^ QUESTION I, ABTIGLE 3.
de rètre produit est celle de son principe. ElGomme^ d'après saint Am-
broise ^ expliquant un passage de saint Luc , a ce sont les mcoois qui
caractérisent éminemment les actes humains (1), b les actes moraux sont
surtout spécifiés par leur fin; car^ en réalité^ les actes moraux et les actes
humains sont la même chose.
Je réponds aux arguments : 1* La fin n'est pas une chose entièrement
extrinsèque à Tacte , puisqu'elle en est le principe ou le terme. Voici
donc comment on peut raisonner touchant l'essence même de l'acte :
considéré dans son activité^ il vient d'un principe; considéré dans sa
passivité^ il est mû vers un terme.
^ C'est parce que la fin est la première chose dans l'intention^ comme
nous l'avons dit plus haut, qu'elle appartient i la volonté ; et c'est ainsi
qu'elle donne l'espèce à l'acte humain ou moral.
30 Un seul et même acte, en tant qu'il procède de son agent comme
d'un principe unique, n'est dirigé que vers une fin prochaine, à laquelle
il doit son espèce; mais il peut en même temps être ordonné par rapport
à plusieurs fins éloignées, dont l'une est la fin de l'autre. Il est pos-
sible aussi que tel acte, entièrement un quant à son espèce naturelle, soit
dirigé vers plusieurs fins par la volonté de l'agent. Ainsi, par exemple,
tuer un homme, acte qui demeure toujours le même quant à son espèce
naturelle, peut avoir pour fin, ou bien la conservation de la justice, ou
bien la satisfaction d'une haine; et ce sont là deux actes fort difi'érents
quant à l'espèce morale, puisque l'un est un acte vertueux, et l'autre^
(1) Saint Avgnstin, dont notre auteur a premièrement InToqné le témoignage, 8*ezptime| à
cet égard, comme saint Ambroise. Les paroles du grand évéquo d*Hippone sont asset remar-
quables , pour que nous ne jugions pas hors de propos d*en citer quelque chose. « Bans quel
but, dit-il, faites-vous ce que vous faites? Si la fin à laquelle se rapportent nos actions, ou
pour laquelle nos actions sont faites, ne mérite pas d*étre blâmée et même est digne d*éIoges,
nos actions ont droit au même Jugement. Si le but que nous poursuivons est , au contraire ,
Justement réprouvé , nul doute que la même réprobation ne doive retomber sur les actes aux-
quels nous nous livrons pour y parvenir, o Apriès cela , le même saint docteur cite plusieurs
exemples pour montrer que tes mêmes choses peuvent être tonr i tour un bien on un mal ,
suivant la On pour laquelle elles sont accomplies.
taoquam finem : sicnt in agentibus natoralibos
forma generati est conformis forme generantis.
Et quia, ut Ambrositts dicit super Luc, : « Mo-
res propriè dicuntor humani, » actos morales
propiiè speciem sortiantnr ex fine; nam idem
sont actns morales et actos humani.
Ad primam ergo dicendum , quôd finis non
est omnino aliquid extrinsecnm ab acta, quia
comparator ad actnm, nt principiam vel tei^
minns ; et hoc ipsum est de ratione actùs, ut
scilicet sit ab aliqao, quantum ad actionem» et
ut sit ad aliquid, quantum ad passionem.
Ad secundum dicendum, quôd finis secondùm
quôd est prior in intentione, ut dlctom est ,
secundimi hoc perti&ei ad TOiantatemi et bœ
modo dat speciem actui homano sive morali.
Ad tertiomdicendum,qu6d idem actus numéro
secuQditm quôd semel egrediturisb agente, non
ordinatur nisi adnnom finem prozimum, i qno
habet speciem; sed potest ordinari ad pluies
fines remotos, quormn nnns est finis alterios,
Possibile tameu est quôd anus actus secundùin
speciem naturs ordinetor ad ^versos fines yd-
lunUtis. Sicat hoc ipsum qaod est ocddere ho-
minem , quod est idem secotfdùm speciem na-
tune, potest ordinari sicui in finem ad oonseN
vationem justitie, et ad satlsfadendnm îm;
et ex hoc erunt diveni actos secundum speciem
moris, quia uno modo erii actus virtutis, alio
modo erit actos vttii. Non enirn motos leopit
DE LA FIN SEBNiiRE DB L'HOIOIE GONSIBÉRÉE EN GÉNiBAL. 207
tin acte mauvais. Un mouvement quelconque tire en efiét son espèce^ non
de ce qui en est le terme accidentel^ mais bien de ce qui en est le tenue
essentiel. Or, la fin morale est un accident par rapport à un mouvement
naturel^ et réciproquement, la fin naturelle est un accident par rapport
à un acte moral. Rien n'empêche donc que le même acte quant à l'es-
pèce naturelle, ne constitue plusieurs actes difiiérents quant à l'espèce
morale, et réciproquement.
ARTIOE IV.
La vie humaine a-Uelle tine fin dernière?
n pardt que la vie humaine n'a pas de fin dernière, et qu'elle va in-
définiment d'une fin à l'autre. V Le bien cherche naturellement à se ré-
pandre, selon la pensée de saint Denis, De div. Nom., IV. Si donc une
chose qui procède du bien est elle-même un bien, il faut que ce second
bien en transmette un autre; et, d'émanation en émanation, on ira de
la sorte jusqu'à l'infini. Mais le bien est essentiellement une fin. Donc il
y a une série infinie de fins successives.
2o Les êtres de raison peuvent se multiplier à l'infini ; ce qui fait que
les quantités mathématiques sont sans nombre, et que les espèces de
nombres sont infinies, puisque, en prenant un nombre quelconque, on
peut toujours en former un plus grand. Or, le désir de la fin résulte
d'une conception rationnelle. Donc il semble bien qu'il doive y avoir une
série infinie de fins successives.
S*" Le bien et la fin sont l'objet de la volonté. Or, la volonté peut se
replier sur elle-même un nombre infini de fois; car je puis vouloir une
chose, puis vouloir cet acte même de ma volonté, ainsi de suite , jusqu'à
l'infini. Donc la volonté humaine procède indéfiniment d'une fin à
l'autre, et ne sauroit avoir, par conséquent, de fin dernière. '
speciem ab eo qaod est tenniaus per accidens,
sed 8oliim ab eo quod est terminus per se.
Rnes antem morales accidunt rei natarali , et
è comrerso ratio natnralis finis accidit morall
Et ideo nihil probibet actns qui sunt iidem se-
enadùm speciem natois , esse divenos secun-
dtm spedem moris, et è conveifo.
ARTIGULUS IV.
Vtt^m êtt aUquiê ultimuê finie humanœ
vUm.
Ad qnartom dcproceditur (1). Videtur quôd
non sit aliquis nlVunus finis bumaus vits, sed
procedator in finibus ht iniinitum. Bonum enim
Mcandùm suam rationem «st diffusivum sui,
ot patetper Dionysium, IV. cap. De div. Nom.
aliud bonnm , et sic processus boni est in in&-
nitum. Sed bonum habet rationem finis. E^o
in finibus est processus in infiuilum.
2. Prsterea, ea qu» sunt rationis in infini-
tum multiplicari possunt : unde et mathematics
quantitates in infinitum augentur, species etiam
numerorum propter hoc possunt esse infinité ;
quia dato quolibet numéro, alium nugorem ex*
cogitare potes. Sed desiderium finis seqoitor
apprehensionem rationis. Ergo videtur qoùd in
finibus procedatur in infinitum.
8. Prsterea, bonum et finis est objectum
Toluntalis. Sed voluntas infinities potest refiecti
supra seipsam; possom enim velle aliquid, et
▼elle me velle illud , et sic in infinitum. Ergo
in finibus humans voluntatis proceditur in in-
Si ergo quod procedit ex bono, ipsum etiam est | finitum, et non est aliquis nltimus finis homaiB
bonum, oportet quôd iliud bonum diffundat I volnnUtis*
(1) Ce bi» elîAffl ia mt5fiM.«di»l. 3, qo. S ad S.
208 !'• !!• PARTIE, QVESTlOJf l, ARTICLE 4,
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après cette pensée du Philo-
sophe : a Ceux qui se jettent dans l'infini, font disparoltre la nature
même du bien- » Or, le bien possède essentiellement la propriété de fin.
Donc il est contre l'essence même de la fin de suivre une progression in-
finie; et, dès-lors, il faut nécessairement admettre une fin dernière.
(Conclusion. — Quand il s'agit des fins ou des moyens qui peuvent y
conduire, on ne sauroit admettre de progression infinie; et, de même
([u'il y a un premier terme d'où part le mouvement vers la fin, de même
il y a une fin dernière. )
A bien comprendre la valeur des mots , quand il s'agit de fins, il n'est
pas possible d'admettre une série infinie, ni de part ni d'autre ; car, dans
les choses qui sont coordonnées entre elles, la première venant à dispa-
roltre, il faut que toutes les autres disparoissent également. Voilà pour-
quoi le Philosophe prouve que, dans les causes motrices, on ne sauroit
admettre une progression infinie, puisqu'il n'y auroit pas alors de pre-
mier moteur, et que celui-là étant ôté, les autres ne peuvent évidemment
rien produire , le mouvement transmis n'étant qu'une conséquence du
mouvement reçu. Dans les fins, on distingue deux sortes d'ordres,
l'ordre d'intention et l'ordre d'exécution ; l'un et l'autre exigent néces-
sairement un premier terme. Ce qui est le premier dans l'ordre d'inten-
tion , est comme le principe qui meut l^appétit; si bien que, ce principe
disparoissant, l'appétit ne seroit plus mû par rien. Pareillement, ce qui
est le principe dans l'exécution, est le point où l'opération commence,
d'où elle part; ce principe venant donc encore à disparoître, aucune opé-
ration ne pourroit commencer. Or, c'est le principe d'intention qui est la
fin dernière ; et le principe d'exécution, c'est le premier des termes qui
conduisent à la fin. Sous aucun rapport donc il n'est possible d'admettre
une progression infinie; car s'il n'y avoit pas de fin dernière, l'appétit
n'auroit aucun objet, aucune action n'auroit un terme, il n'y auroit rien
Sed coalra est, qnod Philosophus didt, II.
Meiaphys. (text. 8), qnôd « qui ioÛnitom fa-
ciunt, auferunt naturam boni. » Sed bonum est
qnod habet ralionem finis. Ergo contra rationem
(inis est qu5d procedatar in infiniium ; necesse
est ergo ponere nnam uliimum finem.
(CoKCLusio. — In finibas et bis qose propter
finem sunt , non est processus in inlinitam ; sed
sicut est aliqaid primum à quo incipit motus ad
linem, ita est unus ultimus finis. )
Respondeo diceudum , quèd per se loquendo,
impossibile est in finibus procedere ininfinitum,
ex quacunque parte. In omnibus enim qus per
se babent ordinem ad invicem, oportet qu6d
remoto primo, remoireantar ea que sunt ad
primum. Unde Philosophus probat in VIII.
Physic, i text. 34 ) , quôd « non est possibile
in causis moTenlibus procedere in infinitum; j»
quia non esset primum movens , quo subtraclo
alia movere non possuut, cùm non moveant
nisi ]^r hoc quôd moventur à primo movente.
In finibus autem invenitur duplex ordo, scilicet
ordo intentionis et ordo executionis; et in
ntroque ordine oportet esse aliquid primum.
Id enim quod est primum in ordine intentionis,
est quasi principium moYens appetitam : undo
subtracto principio, appetilus à puilo moyer^
tur. Id autem quod est principium in executione,
est unde incipit operatio : onde isto principio
subtraclo, nullus incipcret aliquid operari.
Principium autem ioitantionis est ultimus finis;
principium autem executionis est primum eo-
rum qua sunt ad finem. Sic ergo ex neutra parte
possibile est in infiiûtum procedere, quia si nou
esset ultimus finis, nihil appeteretur, nec aliqua
actio termioaretar^ nec etiam quiesceret inteu-
DE LA FIN BERNIÂRE DE i'HOlOlfE GONSIBÉRÉE EN GÉNÉRAL. 209
d'arrêté dans Tintention de Fagent. S'il n'y avoit point également un
premier terme dans les moyeiLS qui conduisent à la fin ^ nul ne commen-
ceroit à agir^ sa délibération seroit sans terme ^ et il en seroit indéfini-
ment ainsi. Mais, dans les choses qui ne sont pas essentiellement coor-
données entre elles, et qui ne le sont que par accident, rien n'empêche
d'admettre une sorte d'infinité; car les causes accidentelles sont indéter-
minées, et peuvent , par là même, ofii*ir quelque chose d'indéfini, soit
dans la fin , soit dans les moyens.
Je réponds aux arguments : V II est sans doute de l'essence du bien
qu'il se répande et se communique, mais non qu'il procède lui-même
d'un autre bien. Voilà pourquoi tout bien est essentiellement une fin , et
le premier de tous les biens, la fin dernière. Aussi l'argument ne va-t-il
pas contre cette dernière proposition; il va seulement à prouver qu'on
peut , en partant de ce premier bien , s'engager dans une série intermi-
nable de moyens. Gela sembleroit fondé, si l'on ne faisoit attention qu'à
la vertu de ce premier bien, laquelle est infinie; mais comme ce premier
bien doit se répandre d'après des lois connues par l'intellect, et comme
il est de la nature de l'intellect de concevoir les efiets produits d'après
une cause déterminée, il faut admettre un mode certain dans les émana-
tions successives qui procèdent de ce premier bien, auquel tous les biens
particuliers empruntent leur puissance difi*usive (1). Voilà pourquoi l'ef-
fusion des biens particuliers n'implique pas une progession infinie; et
nous devons plutôt dire avec l'Ecriture, 5ap., XI : a Dieu dispose toutes
choses avec nombre, poids et mesure. »
2*" Dans tout ce qui est de soi , la raison part de principes naturelle-
(1) La démonstration qui résulte de cette thèse ne sembleroit pas , au premier abord , devoii
rencontrer de contradicteurs : il ne semble pas possible de supposer que la vie humaine n*ait
pas une fin dernière. Mais plusieurs anciennes philosopbics avoient nié cette vérité ; celles ,
par exemple , qui admelloient la métempsychose. Et , de nos Jours , nous avons vu reparotire
des théories qui ne faisoieni que renouveler, avec de très-légères nuances, ces vieilles aber-
rations de Tesprit humain : la métempsjchose progressive avoit seulement remplacé la mé-
tempsychose pure et simpio des anciens.
tio agentis. Si autem non esset primum in bis
qus Bunt ad ilnem, nuUos iuciperet aliquid
operari, nec terroinaretur consilium, sed in in-
fînitum procederet. Ea vcrè quie non habent
ordinem per se, sed par accidens sibi invicem
conjunguntur, nibil prohibet infinitatem habere;
causs enim per accidens indelerminats sunt,
et hoc etiam modo contingit esse infinitatem
per accidens in tinibus et bis quœ sont ad
finem.
Ad primum ergo dicendam, qnôd de ralione
boni est^ quôd aliquid ab ipso effluat, non la-
men qu6d ipsom ab alio procédât : et ideo cùm
bonum babeat rationem finis, et primum bonum
sit uUimus finis, ratio ista non probat qu6d
non sit ultimus finis , sed qn6d à fine primo
supposilo procedatur in infinitiim infcrius versus
ea qiiae sunt ad finem. Et hoc quidem compe-
teret , si consideraretur sela virtus primi boni ,
qus est inPinita. Sed quia primum bonum hahct
diffusionem secundùm inlellectum, cujus est
secundùm aliquam certam causam prolluere \n.
causata, aliquis cerlus modus adhibetur bono-
rum effluxui à primo bono, à quo omnia alli
bona participant virtutem diffusivam : et ideo
diffusio bonorum non procedit in inlinitum , se;l
sicut dicitur Sap., XI : « Deus omnia dispOàuit
in numéro, pondère et mensura. »
Ad secundùm dicendum; quôd in bis qns sunl
per se, ratio incipit à principes ualuraliter notis
lY. i \
210 I~ n« PABTXE, QUESTION T, ARTICLE 5.
ment connus, et marche vers un but déterminé. C'est pour cela que 1?
Philosophe prouve, Poster., I, 6, que « dans les démonstrations il ne
peut 7 avoir une série infinie de termes. » Dans les démonstrations , en
effet, on envisage Vordre de certaines choses coordonnées ^tre elles
d\me manière essentielle et non par accident , puisque dans les choses
unies par accident, la raison est, comme nous Favons dit, lancée dans
une sorte d'infinité. Or, la quantité et le nombre, considérés comme
tels, peuvent toujours admettre un accroissement : et de la sorte la raison
peut là s'avancer en quelque sorte dans l'infini.
3* Cette série d'actes réflexes de la part de la volonté ne sauroit rentrer
que par accident dans l'ordre d'une fin ; et la preuve c'est que, par rap-
port à un seul et même acte , la volonté peut indifféremment se replier
une ou plusieurs fois sur elle-même.
ABUaE V.
Un homme peut 'il avoir plusieurs fins dernières?
n paroit qu'un honmie peut se porter vers plusieurs choses en même
temps, comme vers plusieurs fins dernières, i^" Saint Augustin dit.
De Civit. Dei, XIX, 1 : a Quelques-uns ont placé la fin dernière de
l'homme dans quatre choses , la volupté, le repos , les biens de la nature
et la vertu. x> Evidemment il y a là multiplicité. Donc un homme peut
mettre en plusieurs choses la fin dernière de sa volonté.
2*> Les choses qui ne sont pas opposées entre elles ne s'excluent pas.
Or, il 7 a beaucoup de choses qui ne sont pas opposées entre elles. Donc
si l'une est prise pour fin dernière par notre volonté , les autres ne sont
pas exclues.
et adaliqaem tenninam progreditiir. Uude Phi-
losophas probat in I. Posterior, ( text. 6 ) ,
quM c( in demonstrationibus non est processus
in inflnitum; » quia in demonstrationibus at-
tenditor ordo aliquoram per se ad invicem con-
nexorum , et non per accidens \ in bis autem
qvs per accidens connectuntur, nihil probibet
rationem in infinitum procedere. Accidit autem
qoantilati aut numéro prsexistenii in quantum
hujusmodi, qu6d ei addatnr quantilas aut uni-
tas : unde in hujusmodi nihil probibet rationem
procedere in infinitum.
Ad tertium dicendum^ qnftd illa multiplicatio
actuum Yoluntatis réflexe supra seipsam, per
accidens se habet ad ordinem finium : quod
palet ex hoc qu6d circa nnum et eumdem actum,
indifferenter semel vel pluries supra seipsam
voluntas reflectitar.
ARTICGLUS V.
tJtfian unius hominU pouint euepiures
uUimiJines,
Ad quintum sic proceditur (1). Videtor qu6d
possibile sit Yolunlatem unius hominis in plura
ferri simui, sicut in ultimos fines. Dicit enim
Augustinus, XIX. De Civit. Dei (cap. 1),
qu6d « quidam uliimum hominis finem posue-
runt in quatuor, scilicet in voluptate, in quiète,
in bonis naturs et in Yirtute. » Hsc autem m&«
nifestè sunt plura. Ergo unus homo potest con-
stituere ultimum finem suae voluntatis in multis.
2. Praeterea , qus non opponunhir ad invi-
cem , se invicem non excludunt. Sed multa in-
veniuntur in rébus que sibi invicem non oppo-
nuntur. Ergo si unum ponator ultimus finis
voluntatis, non propter hoc alia excludontor*
(1) Se hl« etiam infrà, qn. 19, art. 8 ad 1 , et qu. 13, art. 3 ad 3; et If, Sent^ dist. SI,
■ -^ ' corp.; et m, Stnt.^ disU 31 , qu. i , «ri. i ; et qu. U, de malo, art. S.
BE LA FIN DERNIÈRE DE l'hOMHE CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL* SU
3« En mettant sa fin dernière dans une chose, la volonté ne perd pas
sa libre puissance. Mais avant de placer sa fin dernière dans une chose,
par exemple, la volupté, elle eût pu la placer dans une autre, par
exemple, les richesses; ce qui prouve qu'elle le peut encore après coup.
Donc il est possible que la volonté d'un homme se porte vers plusieurs
choses en même temps , comme vers ses fins dernières.
Hais c'est le contraire qu'il faut dire ; car ce en quoi l'homme se repose
comme dans sa dernière fin , domine toutes ses affections et préside à la
conduite de toute sa vie. Voilà pourquoi il est dit des honmies adonnés à
la gourmandise, Pftilipp., III, 19 ; a Us se sont fait un Dieu de leur
ventre; » ce qui veut dire qu'ils ont mis leur dernière fin dans un plaisir
de cette nature. Or, il est également dit , Matth., VI, 24 : a Nul ne peut
servir deux maîtres , » à savoir deux maîtres qui n'ont pas de rapport
entre eux. Donc il est impossible qu'un homme ait plusieurs fins der-
nières et non coordonnées entre elles.
(Conclusion. — L'homme se proposant toujours pour dernière fin ce
qu'il désire comme un bien parfait et le complément de son être , un
homme ne sauroit avoir plusieurs fins dernières. )
11 est impossible que la volonté d'un homme se dirige en même temps
vers différents objets conçus comme ses fins dernières ; et nous pouvons
donner de cela trois raisons.
Voici la première : comme tout être désire sa perfection, il doit se
proposa pour fin dernière ce qu'il désire comme le bien parfait et le
complément de son être. Ce qui fait dire à saint Augustin , De Civit.
Dei, XIX, i : a Ce que nous appelons fin de l'homme n'est pas ce qui se
détruit de manière à ne plus être , mais ce qui se perfectionne de ma-
nière i être pleinement, b II faut donc que la fin dernière comble telle-
ment le désir de l'homme, qu'il ne lui reste plus rien à désirer : et cela
8. Prsterea , Yoluntas per hoc qooH consti-
tuit nltimam finem ia allquo , saam libeiam
potentiam non amitlit. Sed antequam consti-
taeret nltimam finem sunm in illo, pntà in vo-
hiptate, poterat constituere finem snum nHimnm
in afio, pntà in divitiis: ergo etiam postqnam
constituit alicpiis nltimnm finem in divitiis.
Ergo possibile est nnius hominis vohmtatem
simnl ferri in diversa, sicnt in nitimos fines.
Sed contra : ifind in quo qniescit aliqnis sicnt
In nltimo finehominis^ affectai dominator, qnia
ex eo totins vite sus regnlag accipit. Unde de
ga]08is dicitar, Philipp,, m : « Qoornm Dens
Tenter est; » qaia scilicet constituant nltimam
finem in deliciis ventris. Sed sicnt dicitar Matth, ,
VI : «Nemo potest daobas dominis servire, »
ad invicem scilicet non ordinatis. Ergo impos-
sibile est esse plares altimos fines anios hominis
ad iiivicem non ordinatos.
(CoRCLUsio. — Cùm illnd appetat aliqais nt
ultimuni finem^ qaod appétit ut bonum perfec-
tum et completivum sui ipsias, non possnnt
anios hominis plores simnl esse fines nltimi. )
Respondeo dicendum, qnôd impossibile est
qa6d yolantas anius hominis simul se habeat
ad diversa, sicnt ad nitimos fines-, cujas ratio
potest triplex assignari.
Prima est, qnia chm tmnmqnodqne appetat
saam perfectionem, illnd appétit aliquis ut nl-
timam finem, qnod appétit nt honnm perfectnm,
et completivnm sni ipsius. Unde Aagastimis
dicit, XIX. De Civit Dei ( cap. 1 ) : a Finem
hominum nnnc dicimas, non qaod consumitar
ut non sit, sed qaod perficitnr at plené sit. »
Oportet igitnr qnôd nlUmus finis ita impleat
tolam hominis appeticum, qnôdnihil extra ipsnm
appetendam reUnqnator : qaod esse non potest
si aliqnid eitranenm ad ipsios perfectionem re*
Î12 l" !!• PARTIE, QUESTION I, ARTlCUiE 5.
ne sauroit être s'il est une chose extrinsèque qui soit nécessaire à sa per-
fection, n est par conséquent impossible que son désir ou son appétit
tende à la fois vers deux choses comme étant Tune et Tautre son bien
parfait.
Voici la seconde raison : de même que dans la marche de la raison,
les idées naturellement connues servent de principe; de même dans la
marche de Tappétit raisonnable , c'est-à-dire , de la volonté, ce qui est
naturellement désiré doit également servir de principe. Or, ce principe
est nécessairement un, puisque a la nature ne peut tendre qu'à l'unité ; d
et ce qui est le principe du mouvement imprimé à l'appétit raisonnable,
c'est la fin dernière. Donc il faut que ce que la volonté se propose comme
dernière fin ait le caractère de l'unité.
Voici enfin la troisième raison : comme les actes volontaires sont spé-
cifiés par leur fin, ainsi que nous l'avons démontré plus haut, il faut
i[ue la fin dernière, nécessairement conçue comme plus générale, leur
assigne leur genre : c'est ainsi que les choses naturelles sont classées dans
leur genre d'après l'idée formelle qui leur est commune. Donc comme
tous les objets de l'appétit raisonnable ou de la volonté, considérés comme
tels , sont tous du même genre , il faut que la fin dernière soit une ; et
cela est d'autant plus vrai que dans chaque genre le principe est un, et
la fin dernière est essentiellement premier principe, comme nous venons
de le dire dans l'article précédent. Telle est la dernière fin d'un homme
par rapport à un autre homme. Par conséquent , la fin dernière de tous
les hommes étant naturellement une , il faut que la volonté de tel
homme en particulier se porte vers une seule fin dernière.
Je réponds aux arguments : 1^ Ces biens multiples étoient conçus
comme formant un seul bien parfait , dans la pensée de ceux qui y met-
toient leur dernière fin (1).
(1) Ajoutons que, pour quelques-uns, e*étoU run de ces biens, en particalier, qui étoit 1i
8n dernière. L*histoire nous le prouve et saint Augustin le reconnott , en parlant au màrao
quiratnr. Unde non potest esse qo6d in duo sic
tendat appetitus, ac si utramque sit bonum
perfectam ipsius.
Secunda ratio est, quia sicat in processa
rationis principiom est id qaod naiuraliler ce-
gnoscitar, ita in processa rationalis appetitûs,
qui est volautas,oportei esse principiam id qaod
naturaliter desideratnr. Hoc autem oportetesse
inioin,qoiac natora non tendit nisi ad unnm ; »
]lrincipiam autem in processa rationalis appetitûs
est ultlmus finis. Unde oportet id in qaod tendit
l^lantas sab ratione nltimi unis, essennam.
Tertia ratio est , quia cùm actiones volun-
Bric ex fine speciem sortiantur^ sicut suprk
nabitom est (art. 3), oportet qa6d à fine ultimo,
aui est communia, sortiantor rationem generis :
sicut et natnralia ponuntar in génère secandîiiJi
forroalem rationem communem. Cùm igitur
omnia appetibilia voluntatis, in quantum hujus-
modi , sint unias generis^ oportet ultimam flnem
esse unum ; et prscipuè quia in quolibet génère
est unum primum priucipium ; ultimus autem
finis babet rationem primi principii , nt dictum
est (art. 4) : sicut aatem se babet ultimus finis
hujus hominis ad hune bominem. Unde oportet
qaôd sicut omnium hominum est naturaliter
anus finis ultimus, ita bujus hominis voIunUis
in uno nllimo fine statuator.
Ad primum ergo dicendum, quèd omnia illa
plura accipiebantar in ratione unius boni per*
fecti ex bis constituti , id) his qui ia eis uUiiuuoi
finem ponebant.
DE LÀ FIN DERNIÈRE DE l'hOMME CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL. 213
S"* Bien que Ton puisse trouver plusieurs choses n'ayant entre elles
aucune opposition , il est néanmoins contraire au bien parfait qu'il y ait
en dehors de lui une chose capable de le perfectionner.
30 La puissance de la volonté ne va pas jusqu'à faire que les opposés
soient en même temps ; et c'est ce qui auroit lieu si elle pouvoit tendre
vers plusieurs objets disparates comme vers ses dernières fins : cela
résulte clairement de ce que nous avons dit.
ARTICLE VI.
Tout ce (pie Vhomme veut^ le veut-il pour une fin dernière?
11 parolt que tout ce que l'homme veut^ il ne le veut pas pour une fia
dernière, i* Les choses qui sont ordonnées parcapport à une fin dernière
sont appelées choses sérieuses , c'est-à-dire , utiles. Or^ il faut distinguer
les choses légères ou amusantes des choses sérieuses. Donc ce que l'homme
fait par amusement ^ il ne le dirige pas vers une fin dernière.
^ Le Philosophe dit au commencement de sa Métaphysique : a Les
sciences spéculatives sont recherchées pour elles-mêmes. » On ne peut
pas dire de chacune d'elles néanmoins qu'elle soit une fin dernière. Donc
tout ce que l'homme désire, il ne le désire pas pour une fin dernière.
i^ Celui qui se propose une fin dans un acte quelconque, pense au
moins à cette fin. Or l'homme ne pense pas toujours à une fin dernière^
dans ce qu'il désire ou fait. Donc l'homme ne désire ni ne fait pas toutes
choses pour une fin dernière.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après cette pensée de saint
Augustin , De Civit> Bei, XIX, 1 : a La fin de notre bien^ ou notre bien
endroit des différentes seetcs de philosophie ; de telle sorte que si quelques hommes rénnis-
soient tous ces biens en un seul , plusieurs choisissoient celui qui leur paroissoit supérieur à
tous les autres.
Ad secundum dicendnm, qo&d etsi plara ac-
cipi possunt; qus ad invicem oppositionem non
babeaot, tamen bonoperfecto opponitur, quod
sit aliquid de perfectione rei extra ipsam.
Ad tertium dicendum , quôd potestas volun-
tatis non babet ut fadat opposita esse simul ;
qood contingeret si tenderet in plura disparata,
sicut in ultimes fines, ut ex dictis patet.
ARTICULUS VI.
Uirùm homo omnia qu9 vult, velii propter
ultimum flnem.
Ad sextom sic proceditnr (1). Videtur quôd
non omnia qascnnque vult borne, propter ulti-
mum finem veliU Ea enim qas ad linem ulti-
mum ordinantur, seriosa dicuntur, quasi utilia.
Sed jocosa à seriis distinguantur. Ergo ea que
homo jocosè agit, non ordinal in nltimum
finem.
S. Pneterea , Pbilosopbus dicit in principio
Metaphys,, quod a scientiœ speculativaB prop-
ter seipsas qusruntur. s Nec tamen potest dici
quôd quslibet earum sit ultimus finis. Ergo non
omnia qus homo appétit, appétit propter ulti-
mum finem.
8. Prxterea, qnicunque ordinat aliquid in
finem, cogitât de illo fine. Sednonsemper
homo cogitât de ultimo fine in omni eo quod
appétit aut facit. Non ergo omnia bomo appétit
aut facit propter ultimum finem.
Sed contra est, quod dicit Augustinus, XIX.
De CiviL Dei ( cap. 1 ) : a Ulud est finis boni
(1) De bis etiam infrà, qu. 60, art. 2; ut et IV» Seni,, dist. 49, qu. 1 , art. 3, qusstiuno. 4;
et Conlra GenU, Ub. I , cap. 100.
Sl4i I** II* PARTIE^ QUESTION ï, ABTIGIE 6.
suprême, est celui pour lecpiél tous les auties sont aimés ^ et qui est aimé
pour lui-même, t
(Conclusion. — Gomme la fin dernière est par rapport à l'impulsion
donnée à notre appétit , ce (pi'est le premier moteur dans tous les autres
genres de mouvement, moteur sans lequel les causes secondes n'ont pas
d'action, il faut que tout ce que Thomme veut, il le veuille pour une
fin dernière. j
' Tout ce que l'homme appète ou désire, îl doit nécessairement le désirer
pour une dernière fin; et nous pouvons le prouver par une double
raison : d'abord parc-e que tout ce que l'homme désire, il le conçoit
comme un bien. Or, si ce bien n'est pas désiré comme le bien parlait dans
lequel réside la fin dernière , encore faut-il qu'U soit désiré comme ten*
dant à ce bien parfait; car le commencement d'une chose est toujours
un acheminement vers sa consommation, comme cela se voit également
dans les ouvrages de la nature et dans les ouvrages de l'art. Ainsi donc
tout commencement de perfection est un acheminement vers une per-
fection consommée dans laquelle se trouve la fin dernière. Cela est vrai,
en second lieu, parce que la fin dernière est par rapport au mouvement
imprimé à notre appétit, ce qu'est le premier moteur dans les mouve-
ments d'un autre genre. Or, il est manifeste que les causes secondes ne
peuvent produire un mouvement qu'à la condition d'être mues elles-
mêmes par le premier moteur. Donc les objets secondaires de notre
appétit ne peuvent mouvoir cet appétit que dans l'ordre de son premier
objet , c'est-à-dire , de sa fin dernière (1).
Je réponds aux arguments : 1^ Les actions amusantes ou récréatives
ne sont pas ordonnées par rapport à une fin extrinsèque; elles n'ont
d'autre but que le bien du sujet, en tant qu'elles lui procurent un
(1) n n*esC pas plus possible à un homme de vouloir on tfagir avec délibération , sans «voir
une fin , qu*il ne lui est possible de ne pas vouloir son bonheur ; et nous allons voir tout à
rheure que la béatitude et la dernière fin sont une seule et même chose. En examinant de
plus près la valeur de ces deux termes, vouloir et se proposer une fin, on volt même que
run est nécessairement renfermé dans Tautre.
nostri, pTopterqnod amantor estera^ illudau-
tem propter seipsum. »
( CoiccLUSio. — Cùm uttimus finis hoc modo
se habeat in movendo appetitum, sicat se babet
in aliis moiionibas primum movens^ sine quo
non movent caasœ secundœ, oportet quxcnnqne
vult homo, velit propter ultimam fînem.)
Respondeo dicendam^ qu5d necesse est quôd
omnia qns homo appétit» appelât propter ulti-
mnm finem ; et hoc apparat duplici ratione.
Primo qaidem^ quia quicquid bomo appétit,
appétit sub ratione boni : quod quidem si non
appetitur nt bonum perfectum, quod est uUimus
finis, necesse est at appetatur ut tendens in
bontim perfectom, quia semper incboatio ali-
ciqnsordinaturadconsununationem[ipsins; sicut
patet tam in bis qos fiunt à natiua, qaàm in
bis qiuB fiunt ab arte ; et ita omnis incboalio
perfectionis ordinatur in perfectionem consum-
rnatam , qiis est propter nltimom finem. Se*
cnnd6, quia ultimos finis hoc modo se babet in
movendo appetitum, sicut se babet in aliis mo-
tionibus primum movens. Hanifestum est autem
quôd causs secunde moventes non movent uisi
secundiim quôd moventur à primo movente*
Unde secunda appetÔ)Uia non movent appetitum
nisi in ordine ad primum appetibile, quod est
ultimus finis.
Ad primum ergo dicendwAi qnÔd actiones
ludicr» non ordinanUir ad aliquem finem ex-
DE LA FIN DEBNliaS J>Z l'HOMHE CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL. 215
plaisir ou un délassement; mais le bien par&it de Thomme est tonjours
sa dernière fin.
2» La soienoB spéculative que lliomme poursuit comme une cbose
bonne pour loi ^ rentre dans son bien total et parfait ; et dans ce bien est
sa fin dernière.
S^ Il n'est pas nécessaire qu'un homme ait toujours présente i Tesprit
Fidée d'une dernière fin^ quand il désire ou fait quelque chose ; la vertu
de la première intention qu'il a dirigée vers une fin dernière^ demeure
dans chaque mouvement de son appétit^ alors même qu'il ne songe pas
actuellement à cette fin dernière : il n'est pas nécessaire que le voyageur^
dans son chemin, pense à chaque pas qu'il fait au terme de son
voyage.
ARnCUE vn.
N'y cht'il qu^une même fin dernière pour tous les hommes ?
n paroit que tous les hommes n'ont pas une même fin dernière, i* La
fin dernière de l'heaume est surtout le bien immuable et parfait. Hais il
est des hommes qui se détournent de ce bien immuable par le pécbé.
Donc tous les hommes n'ont pas une même fin dernière.
^ C'est d'après la fin dernière que toute la vie de l'homme est réglée.
Si donc il n'y avoit qu'une fin dernière pour tous les hommes , îl s'en*
suivToit qu'il n'y auroit chez eux aucune diversité de goûts et de con-
duite ; ce qui est évidemment faux.
3« La fin est le terme de l'action. Or^ les actions appartiennent aux
individus; et les hommes, quoique appartenant tous à la même espèce.
trinaecam ; sed taniùm ordinantur ad bonum
ipsius ludentis^ prout sunt délectantes vel re-
quiem pnestantes : bonum aatem consummatom
bominis est ultimus fiais ejus.
Et similiter dicendum ad secondam de scien-
tia sp«culatiTa quse appetitur ut bonum quod-
dam Bpeculaiitis , quôd oomprehenditur sub
bono oompleto et perfecto, quod est ultimus
finis.
Ad tertium dicendum , quôd non oportet ut
iemper aliquis cogitet de ultimo fine^ qnando-
eunqae aUqnid appétit tel operatur; sed virtas
prinuBintentlonis, que est respectu ultimi finis,
manet in quolibet appetita cujnscunque rei,
etiamsi de ultimo fine actu non cogitetor ; sicut
non oportet quôd qui ^dit per viam, in quo-
libet paasn cogitet de fine.
ARTICULUS VII.
Vtrùm Ht unuê ultimus jini$ omnium
hominum.
Ad septimum sicproceditor(l). Videtar q«6d
non omnium hominum sit unus finis ultimus.
Maxime enim videtur ultimus finis esse hominia
incommutabile bonum. Sed quidam avertnntur
ab incommutabili bono^ peccando (2). Non erg»
omnium hominum unus est ultimus finis.
2. Prsterea, secuadùm ultimum finem tota
▼ita bominis regulatur. Si igitur esset unus ul-
timus finis omnium hominum, sequeretur quôd
in hominibus non essent diversa stodia vivendi;
quod patet esse falsum.
8. Pr»terea, finis est actionia terminas. Ac-
tiones autem sont singularium ; homines autem.
(1) De bis etiam saprè, in ista qufi«t| OL 5; et super I. Ethie., lect. 9, col. 1.
(i) Juxta nilgarem illam definitionem peccati à theologis assignatam , quôd $it nimirum
oeertto aô incommukMli bono^ et ind^ta tOMfenio ad eommutabile bonum; qus tum ex
lih. I. Dû libero arhitric, cap. 16 siTe uKimo , tum ad Simplioiamm, lib. I, qu. 9, colU-
fiiur.
316 1*« II' PABTIE9 OUSSTIOir I, ABTIGLB 7.
difiièrent entre eux quant aux choses individuelles. Donc tous les hommes
n'ont pas la même fin.
Mais saint Augustin dit, au contraire. Dé Trin., xm, 3 : cTous les
hommes s'accordent dans le désir de leur fin dernière qui est la béati-
tude (1). »
( Conclusion. -^ Quoique les hommes aient tous formellement une
même fin dernière, il arrive néanmoins que les objets dans lesquels ils
placent cette fin , varient et se multiplient suivant leurs inclinations.)
La fin dernière peut être considérée sous un double rapport : d'abord
comme fin dernière proprement dite; puis quant à Tobjet même dans
lequel cette fin dernière doit être placée. Pour ce qui regarde la fin der-
nière proprement dite , il est évident que tous les hommes s'accordent à
la désirer; car tous aspirent à la perfection de leur être, laquelle est
réellement leur dernière fin, ainsi que nous l'avons dit. Mais pour ce qui
concerne l'objet dans lequel il fkut placer la dernière fin , les hommes
sont loin de s'accorder entre eux; les uns voient le bien parfait dans la
possession des richesses, les autres dans la volupté, et ainsi de suite. Ce
qui est doux convient à un goût quelconque; mais les uns préfèrent la
douceur du vin, les autres celle du miel, etc.. Il faut bien cependant que
la douceur la plus agréable, absolument parlant, soit celle qui convient le
mieux au goût le plus pur : de même le bien le plus parflût est nécessaire-
ment celui que Tappétit le mieux ordonné se propose comme fin dernière.
Je réponds aux arguments : 1* Ceux qui pèchent se détournent de
l'objet où réside véritablement leur dernière fin; mais ils ne se dé-
pouillent pas du désir de cette fin dernière, en se trompant sur son objet.
(1) La fia dernière d'un être est en parfait rapport aree la nature même de cet être; elle
constitae même sa suprême 6f olotion et son perfectionnement relatif. Dn moment où la nature
de rêtre détermine sa fin, tons les hommes, ayant une même nature, doifent, par là même,
avoir une même fin. Ils peuvent la méconnoftre; mais ils ne peuvent la dénaturer on la dé-
placer.
etsi conveniant in natura speciei, tamen diffé-
rant secundùm ea qus ad individna pertinent.
Non ergo omniom est unus uUimns finis.
Sed contra est, quod Augastinus didt, XIQ.
De Tfin. ( cap. 8 ] , qobd « omnes bomines
conveniont in appetendo allimam finem^ qui est
beatitodo. o
( CoKCLiisio. — Tametsi nnos est nltimus finis
fornuditer omnium hominum, mnltiplicantar
tameu ea qom per yaria studia bomines , nt al-
tifflOB ftnes^ asseqoi conantur.)
Respondeo dicendom , quèd de oltimo fine
possamns loqni dupliciter : nno modo secnndùm
rationem ultimi finis ; alio modo secundùm id
in quo finis ultimi ratio inveniiur. Quantum
igitur ad rationem ultimi finis , omnes conve-
niant in appetittt finis ultimi i quia omnes ap-
petunt suam perfectionem adûnpleri» quai est
ratio ultimi finis, nt dictum est (art. 5). Sed
quantum ad id in quo ista ratio invenitur, non
omnes bomines conveniunt in oltimo fine;
nam quidam appetunt divilias tanquam con-
summatum bonnm, quidam vero voluptatem,
quidam veiô quodcunque aliud. Sicut et omni
gustui delectabile est dulce; sed quibusdani
maxime delectabilis est dulcedo vini , quibus-
dam dulcedo mellis, ant alicujus talium. lUud
tamen dulce oportet simpliciter esse melius
delectabile, in quo maxime delectatnr qui habtt
optimum gustum : et similiter illnd bonum opor-
tet esse completissimum^quod tanquam uitimum
finem appétit babens affectum benè dispositunu
Ad primum ergo dicendum, quèd Uli qui
peccant, avertuntur ab eo in quo verè invenitur
ratio ultimi finis, non autem ab ipsa ultimi finis
intentione, quam qusrunt falsô in aliis rébus..
DE LA FIN DERNliRE DE L^HOMtfE CONSIDÉRÉE EN GÉNÉRAL. 2 17
^ La diversité de conduite et de goût que l'on remarque chez les
hommes^ provient des diverses choses dans lesquelles ils voient leur
souverain bien^
3" S'il est vrai de dire que les actions appartiennent aux individus, il
Test également que le premier principe de l'action c'est la nature, la-
quelle tend à l'unité , comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois.
ARTICLE Vin.
Toutes les autres créatures ont-elles la même fin dernière que l'homme?
11 paroit que toutes les autres créatures ont la même fin dernière que
l'homme. 1* La fin répond toujours au principe. Or Dieu , qui est le
principe des hommes, est aussi le principe de toutes les autres créatures.
Donc toutes les créatures se trouveront unies à l'homme dans leur fin
dernière.
^ Selon la pensée de saint Denis, a Dieu ramène tout à lui-même
comme étant la fin dernière de tout, b Or, Dieu est la fin dernière de
l'homme, puisqu'il n'est que Dieu dont l'honune ait le droit de jouir.
Donc toutes les créatures ont la même fin dernière que l'homme.
3« La fin dernière de l'homme est l'objet de la volonté. Or, l'objet de la
volonté, c'est le bien universel, et ce bien est la fin de toutes choses. Donc
il faut nécessairement que toutes les créatures aient avec rhonune une
même fin dernière.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire ; car la fin dernière de l'homme
est la béatitude, que nul ne peut s'empêcher de désirer, comme le re-
marque saint Augustin. Or, d'après une autre parole de ce même docteur,
« les animaux privés de raison ne sont pas capables de bonheur ou de
Ad secandam dicendam, qu6d diversa stadia
Vivendi contingant in hominibus propter di-
versas res, in quibus qiueritur ratio sumiDi
boni.
Ad tertium diceodam, qu5d etsi acUones
sînt singularium , tamen primum principium
itgendi in eis est natnra , qae tendit ad nnom ,
nt dîctum est ( art. 5).
ARTICULUS Vm.
Vtrùm in uUimoflne alim ereaiurw
I conveniant.
Ad octavnm sic proceditur (1). Videtar qu6d
in ultimo fine bominis etiam omnia alia con-
teniant. Finis enim respondet prindpio. Sed
illud quod est principium bominum, scilicet Deas,
est etiam principium omnium aliorum. Ergo
in nltimo fine bominis omnia alia communi-
cant.
2. Pneterea, Dionysius dicil in lib. De div,
Nomin., qu6d « Dans convertit omnia ad seip-
sum tanquam in ultimum fiuem. » Sed ipse est
ultimus finis bominis, quia solo ipso fruendum
est. Ergo in ultimo fine bominis etiam alia
conveniunt.
8. Prseterea, finis ultimus bominis est ob-
jectum voluntatis. Sed objectum voluntatis est
bonum universale, quod est finis omnium. Ergo
necesse est qu5d in ultimo fine bominis omnia
conveniant.
Sed contra est, qu5d ultimus finis bominum
est béatitude quamomnesappetunt, nt Augus-
tinus dicit (nbi suprk). Sed « non cadit ir.
animalla ezpertia ratioms» ut beata sint^ » sicut
Cent
Adi.
(1) Se bis etiam infrà, qu. 103, art. S; et H, Sen/.^ dist. 38, art. 1 et S; et Cmtra
tu.« lib. I,cap. 75, at et lib. m, cap. 17, S5, ST, 95; el qu. 5, de vent., art. 6
218 !'« II* PARTIE^ QUESTION ï, ARTIGLE 8.
béatitude. x> Donc la fin dernière de Thomme n'est pas celle des autres
créatures»
(Conclusion. — Quoique Dieu soit la fin dernière de toutes choses , on
ne peut pas dire néanmoins que l'homme et les créatures privées de
raison aient une même fin dernière^ quant à la manière de l'acquérir et
de la posséder. )
D'après le Philosophe ^ la fin peut être considérée sous un double rap-
port , dans l'objet même où se trouve le bien qui est la fin^ et dans l'usage
ou l'acquisition de cet objet : c'est comme si nous disions que le mou-
vement d'un corps grave a pour fin ^ ou bien le lieu même où il tend^ et
c'est là l'objet^ ou bien l'arrêt du mouvement dans ce même lieu^ et c'est
là comme l'usage ; ainsi encore^ la fin de Tavare c'est l'argent considéré
comme objet, et c'est aussi la possession de l'argent , c'est-à-dire, l'usage.
Quand il s'agit donc de la fin dernière de l'homme, si l'on entend l'objet
même dans lequel cette fin consiste, tous les êtres ont la même fin der-
nière que l'homme; car c'est pour Dieu que l'homme et toutes les créa-
tures existent. Mais lorsqu'on parlant de la fin dernière de l'homme , on
entend l'acquisition ou l'usage de cette fin, on ne peut plus attribuer aux
créatures privées de raison la fin dernière de l'homme ; car l'homme et les
autres créatures intelligentes acquièrent leur dernière fin par la connois-
sanoe et l'amour de Dieu , ce qui ne sauroit convenir au reste des créa-
tures , lesquelles parviennent à leur dernière fin par une sorte de parti-
cipation éloignée à la ressemblance divine, en tant qu'elles possèdent ou la
simple existence, ou la vie, ou même un foible degré de connoissance (i).
De ce que nous venons de dire résulte clairement la réponse aux ob-
jections; par béatitude, en effet, il faut entendre l'acquisition de la fin
dernière.
(1) N<NM pouvons oDcore appliquer iei fan des principes de la Ifétaphysiqoe de saint
Thoouui. En parlant de la fin dernière de rhomme , il est évident qu'il comprend cette fin
Augostinas dicit in lib. LXXXHI. Quœstion.
( qu. 5 j. Non eigo in ultimo Ûue hoaûnis alla
convenittnt.
(CoNCLUSio.— QaamviB Deus situltimus finis
omniam rerum, non est tamen hominis et alla-
ramaealonirum ratione carentium idemultimus
finis, quantum ad iUlns eonfiecutionem et adep-
tionem.)
Respondeo dicendom, qu5d sicut Philosophas
dicit in V. Metaphys, (text 22), finis dupli-
citer dicitur, scilicet ct^jus et gu6, id est, ipsa
res in qua ratio boni invenitur, et usus aive
adeptio iliius rei : sicut si dicamus qu6(Vmotu8
corporis gravis finis est vel locus iuferior, ut
res, vel hoc quod est esse in loco inferiori, nt
uns; et finis avari eit vel pecunia, ut res, vel
is\
possessio pecunis, ut usus. Si ergo loquamur
de ultimo fine hominis quantum ad ipsam rem,
quae est finis, sic in ultimo fine hominis omnia
alia conveniont; quia Deus est ultimus finis
hominis et omniam aliarum rerum. Si autem
loquamur de ultimo fine hominis quantum ad
consecutionem finis, sic in Jioc fine hominis
non communicant creatuis ircationales; nam
homo et alis rationalea creatur» consequuntor
ultimum finem, cognoscendo et amando Oenm,
quod non oompetit aliis creaturis, qua adipis-
cuntur ultimum finem, in quantum participant
aliqnam similitudinem Dei, secundùm qu6d
sunt, vel vivunt, vel etiam cognoscant (1).
Et per hoc patet responsio ad objecta; nan
beatitudo nominat adeptionam ultimi finis.
Unde Dionjsius, ubi suprà, postquam pr«misit quôd omnia supremum bonum sicut fineai
EN QUOI CONSISTE LA. BiATITOSE SE l'hOMHE.
319
QUESTION IL
La question qui se présente à traiter est celle de la béatitude. Voyons
d'abord en quoi cette béatitude consiste ; nous Terrons ensuite ce qu'elle
est; et enfin comment nous pouvons l'acquérir.
Sur le premier point huit questions à résoudre : !• La béatitude con-
siste-t-elle i dans les richesses? 2» Consiste-t-elle dans les honneurs t
S^ Dans la renommée ou la gloire ? 40 Dans la puissance ? h"* Dans im
bien du corps? 6» Dans la volupté? 7® Dans un bien de Tame? 8* Dans
un bien créé quelconque (1) ?
ARTICLE L
La béatitude de l^homme conaiste-i-eU» d(m$ les richesses f
n paroît que la béatitude de l'homme consiste dans les richesses.
l"" Puisque la béatitude est la fin dernière de l'homme , il faut qu'elle
d*iui6 manière formelle , et non dans son objet matériel : ce qni Yeot dire quMI considère sur-
tout la manière dont Fbomme entre en possession de sa dernière fin. Or une créature douée
de raison doit évidemment aussi revenir i Dieu , comme à sa fin dernière , tout autrement
que ne le peuvent des créatures privées d^inteUigence ou même de sensibilité. N'oublions pas ,
toutefois I cette parole de nos Livres saints : « Dieu a tout fait pour lui-même. » Parole que
«aint Tbomas a magnifiquement commentée dans la première partie de la Somme» en prou-
Tant d*àbord que Dieu est la cause finale de tous les êtres , sans exeeption ; et puis que
toutes les parties de l'univers , également sans exception , sont soumises au gouvernement de
la divine Providence.
(f) Gomme on le volt, l*autear procède par éfimination : il écarte successivement tons les
objets qui se présentent è nous sous la trompeuse apparence du bonheur ; il brise une A une
toutes les illusions de Thomme , non avec la véhémence de Torateur, mais avec le raisonne-
ment calme du métaphysicien; ce qui rend encore plus frappante, A notre avis, la conclusion
totale. Et sMI est vrai que le feu de réloqnence s'allume au flambeau de la conviction , quelle
étude plus tttQe que celle des thèses énumérées?
QUJISTIO n.
•Us Ms 4n fwAus kemimiê beatUudo eonsitiii» «'• oeto artieuioi iltvtfta.
Belnde considerandom est de beatitudine.
Primé qoidem, in qoibuB sit ; secundo » quid
flit; tertio, qaaliteream consequi possomus.
Qica primom qasraDtar octo : i^ Utrùm
beatitudo consistât in divitiis. 2» Utrùm in ho
AoribQS. 80 Utrùm in fama sive in gloria.
4» Utrùm io potestate. 50 Utrùm in aliqno cor-
porisbono. 6* Utrùm in voluptate. 70 Utrùm in
aliqno bono anim». 80 Utrùm in aliquo bono
creato.
▲RTIGULU5 U
UMtm beatUuâo hommis eansMai in
Ad primom sic procedilur (1). Tidetur qu6d
beatitudo homlnis indivUiis consistât Cùm enim
appetunt, snbdit immédiate: Spiritàlia qnidem eognotcHivè vei seienter (p«çtx«M), ff^
sunt verà tmuiMia Umlitm» iemibiHter; et quœ êwU temeée experUUs inntUo moêu vilalis
«pjMt'Ma; et qwe dendque 9itd caremt ae eunt exietemtia IosMim 9el afUta^ propemeiane
^Mdam (émi^ioniTt ), adpartieipaUonem laïUài» euemUaiems etc^
(1) De bis etiam Omtra GtfU.» lib. m , cap. aO; et Opuêc, m. cap. 108, S62, 96i; el
Cpuee,, ZX, Ub. I, cap. 8; et in MaUh.^Y, col. 3, 4 , 5; et supei'l. Elhic, lect. 5.
220 1" U« PARTIE, QUESTION II, ARTICLE I.
consiste dans ce qui domine le plus les affections humaines. Or, c'est là
le propre des richesses, selon cette parole des Livres saints, Eccli., X, i9 :
a Toat ohéit à Targent. o Donc c'est dans les richesses que consiste la
béatitude de l'homme.
2* D'après Boëce, De Comoly III, 2, a la béatitude est un état parfait
où tous les biens se trouvent réunis. » Mais c'est par l'urgent que Von
peut acquérir toutes choses, selon cette parole du Philosophe, Ethic.,
y, 9 : a Le numéraire a été inventé pour servir comme d'un fidei-commis
par lequel l'homme pût acquérir tout ce qu'il désire avoir, b Donc la
béatitude consiste dans les richesses.
3o Le désir du souverain bien est en quelque sorte infini , puisqu'il ne
fait jamais défaut. Mais c'est là surtout le sentiment dont les richesses
sont l'objet, puisque a l'avare, comme le dit encore l'Ecriture, Eccli.,
V, 9, ne sent jamais son cœur comblé par ses richesses, d Donc c'est dans
les richesses que la béatitude consiste.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Le bien réel de l'homme est
plutôt dans la possession que dans l'effusion de la béatitude. Or, comme
le dit Boêce, De ConsoL, III, 5, a C'est en répandant les richesses, beau-
coup plus qu'en les entassant, que l'homme en fait briller l'éclat; cai*
l'avarice rend toujours odieux, et la gloire suit toujours la générosité. »
Donc la béatitude ne consiste pas dans les richesses.
(Conclusion. — Puisque la béatitude est la fin dernière de l'homme,
les richesses conventionnelles ne pouvant ëtrd raisonnablement désirées
qu'en vue des biens naturels , et ceux-ci se rapportant uniquement au
service de la nature humaine, il est impossible que la béatitude de
l'homme consiste dans les richesses.
Voici pourquoi il est impossible que la béatitude de l'homme consiste
dans les richesses : il y a, comme le dit le Philosophe, deux sortes de
richesses, les richesses naturelles et les richesses conventionnelles. Les
heatitado sitnltimus finis hominis, in eo cod-
sistit quod maxime in bominis affecta dominator.
HujQsmodi antem sontpropriè divitis; dicitur
enim Ecclû, X : « Pecnnis obediunt omnia. »
Ergo in diviliis beatitudo hominis consistit.
S. Prsterea. secandùm Boetium in III. De
Consolât, (proU II), « heatitado est status om-
nium bonorum aggregatione perfectos. » Sed
in pecuniis omnia possideh videntar; quia , ut
Philosophas dicit in V. Ethic, et ad hoc num-
mus est inventus, ut sit quasi fidejussor habendi
pro eo quodcunque homo voluerit. p Ergo in
diYitiis beatitudo consistit.
8. Preterea , desiderium sammi boni cùm
nunquam deficiat, videtur esse inûnitum. Sed
hoc maxime in diviliis invenitur; quia « aYanis
non implebitur pecunia, » ut dicitur Eccli^, V.
Ergo in diviliis beatitudo consistit.
Sed contra : bonnm hominis in retioendo
beatitudinem magis consistit, quàm in émit-
tendo ipsam. Sedâcut Boetius in lU. Decontol,
dicit (prosa V), « Oivitis elTundendo quàm
conservando meliiis nitent; si quidem araritia
semper odiosos, claros facit largitas. » Ergo in
diviliis beatitudo non consistit
( CoNCLUsio. — Cùm heatitado sit altimns
finis hominis^ artificiales autem divitias homincs
querant propter naturales, atque bas référant
ad naturam hominis sustentandam, impossibile
est beatitudinem hominis consistere in diyitiis.)
Respondeo dicendum , qu5d impossibile est
beatitudinem hominis in diviliis consistere.
Sunt enim dupUces divitix, ut Philosophus dicit
inl. Polit, (cap. 9), scilicet naturales et
artificiales. Naturales quidem divilis sunt^
quibus hofflini aobvenitur ad defectus naturaie»
EN OUOI GONSISTS LA. BÉATITUDE DE L'HOKUE.
richesses naturelles sont celles qui servent à l'homme pour subvenir aux
besoins de sa nature, ainsi les aliments, les vêtements , les moyens de
transport, les habitations, et autres choses du même genre. On appelle
richesses conventionnelles ou artificielles certains objets qui ne servent
pas directement aux besoins de la nature humaine, ainsi les derniers,
par exemple; mais les hommes ont imaginé ces moyens pour faciliter
les échanges, ils en ont fait une commune mesure pour toutes sortes
d'objets. Or, il est manifeste que la béatitude de lliomme ne peut pas
consister dans les richesses naturelles; car ces richesses ne sont désirée?
que pour les besoins de la nature humaine : elles ne sauroient donc
être une fin dernière , puisqu'elles ont elles-mêmes pour fin le bien de
Thomme. Aussi, dans Tordre de la nature, tous les objets de ce genre
sont-ils placés au-dessous de Thomme et ont-ils été faits pour lui , selon
cette parole, Psàbn. VIII, 8 : a Vous avez placé toutes choses sous ses
pieds. » Mais les richesses conventionnelles ont rationnellement pour fin
les richesses naturelles; car elles ne seroient pas désirées si, par elles,
on ne pouvoit se procurer les choses nécessaires i la vie : bien moins
donc peuventrelles être regardées comme fin dernière. Donc il est im-
possible que la béatitude, fin dernière de l^omme, consiste dans les
richesses (1).
Je réponds aux arguments : l"" Toutes les choses corporelles sont sou-
mises au pouvoir de l'argent, à cause de la multitude des insensés, les-
quels ne connoissent d'autres biens que les biens du corps, c'est-à-dire,
(1) Beancoop de philosophes ont des pages magnifiques sur le mépris des richesses. H est
TTsi que leur conduite n*éu>it pas toujours en rapport a^ec leurs idées ; et Ton a reproché à
Sénéque, le plus éloquent peut-être sur ce sujet, d*avoir écrit sur un pupitre d*or son traité
de la pauvreté. Les Pérès de PEglise et les orateurs chrétiens ont parié des richesses , en ont
attaqué le prestige et réclat avec une tout autre puissance. H nous seroit aisé d'accumuler ici
les plus beaux passages ; nous nous bornerons i quelques traits.
Sur ces paroles du Psalroiste : « Bivitie si affluant , nolite cor apponere , » saint Basile dit :
a Si le flot des richesses vient inonder le seuil de votre demeure , n*y livres pas votre cœur :
il seroit entraîné , balloté , brisé comme par le torrent qui se précipite du haut des mon-
tagnes. » Saint Grégoire de Nazianse tire du même texte une image non moins vraie : « comme
Tonde qui s*écoule, les trésors échappent i la main qui veut les saisir. » — a Gomme Teau pure
des fleuves va se perdre , dit à son tour saint Augustin , dans les flots amers de Tocéan , ainsi
les cœurs attirés par le perfide appât de ror, sont bientét submergés dans toutes les amer-
tumes du siècle.
tollendos, sicut cibus et potus, ^estimeota,
véhicula et habitacula, et alia hujusmodi. Di-
vitix artificiales sant quibus secandùm se natuia
non juvatar, nt denarii; sed are hnmana eas
adinvenit propter facilitalem commutationis ,
ut sint quasi meosura remm venalium. Mani-
feslum est autem qu6d in divitiis naturalibus
beatitado homiDis esse non potest; qucruntur
enim hujiismodi divitis ad sustentandum na-
t*>ram hominis : et ideo non possunt ease nlti-
mus finis, sed magis oïdioantur ad hominem
sicat ad ûoem* Unde in ordine natorœ, omnia
hujusmodi sunt infra homioem et propter ho*
minem facta , secundùm illud. Psalm, VIII :
a Omnia subjecisti sub pedibns ejus. » Diviliap
autem artificiales non qusruntor nisi propter
naturales; non eoim qusrerentor nisi quia per
eas emuntor res ad usum vita necessaris :
unde multô minus habent ralionem ultimi finis.
Impossibiie est igitor beaU'^udinem , qua est
oltimas finis hominis, in divitiis esse.
Ad primam ergo dicendum, quôd omnia coi-
poralia ohediunt pecunis quantum ad muitito-
dioem staltorom, qui soia corporalia bona cc^
222 tr ir PARTIB, QUESTION H, ARTICLE 1.
ceux qu'on se procure avec de Targent. Mais ce n'est pas à de tels esprits
qu'il faut demander un jugement sain touchant les biens de rhomme ;
il faut plutôt le demander aux sages : c'est à ceux qui ont un goût pur
et bien réglé à juger des différentes saveurs.
2* Par l'argent on peut se procurer tout ce qui peut être un objet de
commerce ; mais les biens spirituels ne sauroient le devenir^ ce qui fait
dire au Sage^ Pwverb., XVII, 16 : « Que sert à l'insensé de posséder des
trésors, puisqu'il ne peut pas acheter la sagesse ? »
3* Le désir des richesses naturelles n'est pas infini, puisqu'une quan-
tité déterminée suffit à la nature; mais le désir des richesses artificielles
est en quelque sorte infini , par la raison que ces richesses servent à la
concupiscence , laquelle est sans règle et sans mesure, suivant la pensée
du Philosophe, Politic, I, 9. Autre est néanmoins le désir infini des
richesses, autre celui du souverain bien. Plus, en effet, le souverain
bien est possédé avec plénitude, plus il est aimé, et plus on dédaigne les
autres; et cela parce qu'il est d'autant mieux connu qu'on le possède
plus parfaitement, selon cette parole des Livres saints, Ecclt, XXIV, 29 :
a Ceux qui se nourrissent de moi en auront encore faim. s> Quand il
s'agit, au contraire, des richesses et de tous les autres biens temporels,
à peine les a-t-on obtenus qu'on en sent le dégoût et qu'on en désire
d'autres : c'est ce qu'entendoit le Sauveur, quand il disoit, Joon., VI, 13 :
a Celui qui boit de cette eau sentira de nouveau la soif, b Cette eau étoit
l'image des biens temporels, dont on ne connoit jamais mieux rinsufli-
sance que lorsqu'on les possède en réalité. Et cela montre combien ils
sont imparfaits, et par là même éloignés de renfermer le bien suprême.
gnOBCimt, qiue pecanift acquîri possunt. Judi*
cium autem de bonis humanis non débet sumi
k staltis, sed à sapientibus, sicat et judiciam
de saporlbos ab bis qm hibeni gastam benè
moderatum.
Ad secnndum dicendum, qu^d pecanift possunt
baberi omnia venalia , non antem spiritualia ,
que vendi non possunt ; unde dicitur Proverb.,
XVII : a Quid prodest stulto divitias habere ,
cùm sapientiam emere non possit? »
Ad tertium dicendum, quôd appetitus natu-
ralinm divitiarnoi non est infinitos, quia secun-
dùm certain mensuram suffîciunt naturae; sed
appetitus divitiarum artiûcialium est infinitus,
qoia desenit concupiscentis inordinats, que
nOD modificatur, ut patet per Pbilosopbum in
L PoUt. (cap. 0). Aliter tamen est inUnilum
desiderium divitiarum , et desiderium summt
boni. Nam summum bonum quant6 perfectiùs
possidetur, tant6 ipsum magis amatur, et alia
contemnuntur ; quia quantô magis habetur,
magis cognoscitur : ideo dicitur Eccli,, XXIV :
« Qui edunt me, adhuc esurient. » Sed in appe-
titu divitiarum, et quorumcunque temporalium
bonoram est è converso; nam quando jam ha-
bentur, ipsa contemnuntur et alia appetuntur,
secundùm quod significatur Joan., IV, cùm
Dominus dicit : « Qui bibit ex bac aqua (per
quam temporalia signiûcantur) , sitiet iterum; b
et hoc ideo, quia eorum insufficientia magis
cognoscitur dim habeatur : et ideo boc ipsum
ostendit eorum imperfecQonem, et quèd in eis
summum bonum non consistit.
EN QUOI CONSISTE LA BÉÀTITUSE BE h'EO^DSE.
^23
ARTICLE IL
La béatitude de VhaauM eonsifte't-elle dans les honneurs ?
n paroît que la béatitude de ITiomme consiste dans les honneurs. !• La
béatitude ou la félicité est la récompense de la vertu, comme le Philo-
sophe lui-même le reconnoit. Mais c'est surtout dans Thonneur que pa-
roît consister la récompense de la vertu, suivant le même auteur. Donc
c'est dans l'honneur que se trouve la béatitude.
2» Ce qui convient à Dieu par excellence, et puis aux êtres les plus
parfaits, c'est sans doute la béatitude, c'est-à-dire, le souverain bien.
Or, ce n'est pas là autre chose que l'honneur, selon la pensée même du
Philosophe, et comme le dit saint Paul, I. Timoth., 1, 17 : a A Dieu seul
l'honneur et la gloire. » Donc c'est dans l'honneur que consiste la béa-
titude.
3^ La béatitude est ce que les hommes désirent le plus. Mais il n'est
rien que les hommes doivent plus désirer que l'honneur, puisqu'ils
souffrent la perte de tous les autres biens, plutôt qu'une atteinte à leur
honneur. Donc c'est dans l'honneur que la béatitude consiste.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire ; car la béatitude est dans l'être
heureux, conune dans son sujet, tandis que a l'honneur n'est pas dans
celui qui est honoré, il est plutôt dans celui qui le rend et qui offre le
tribut de son respect, » selon l'expression du Philosophe. Donc la béati-
tude ne consiste pas dans l'honneur.
(CoNGLusioN.— Comme, par la béatitude, l'homme est constitué dans
un état éminent, dont le témoignage existe dans l'honneur et le respect
qui l'entoure, ce n'est que par voie de conséquence qu'on peut voir la
béatitude dans les honneurs. )
ARTICULUS II.
DtHtm bealUudo hamittU cofMiâfaI in
AdseeandtiBi sic proceditnr (1). VideturqQôd
beatitudo hominis in honoribns consistât Bea-
titudo enim sive félicitas est a prsmiam virlu-
fcis, » ut Philosophas dicit in I. Ethtc. Sed
honor maxime videtor esse id qaod est « vir-
tutis pnemiam , o ut Philosophas dicit in IV.
Ethic, Ergo in honore otaximè consistil beati-
tudo.
S. Pneterea, illudquod convenit Deo et ez-
cellentissimis, maxime videtur esse beatitudo ,
qnœ est bonum perfectam. Sed hujusmodi est
honor, ut Philosophus dicit in VIU. Ethic, et
I. Timoth,, Uf Apostolus : « Soli Deo honor
et gloria. » Ergo in honore consistit beatitudo.
3. Prselerea , illud quod est maxime deside-
ratum ab hominibus, est beatitudo. Sed nihil
videtur esse magis desiderabile ab hominibus
qoàm honor, quia homiues patiuntur jacturam
in omnibus aliis rébus, ne patiantur aliquod
detrimentum sui honoris. Ergo in honore bea«
titudo consistit.
Sed contra : beatitudo est in beato, honor
antem a non est in eo qui honoratur, sed magis
in honorante, quireverentiam exhibethonorafo,»
ut Philosophus dicit in I. Ethic, Ergo in honore
beatitudo non consistit.
( CoNCLUSio. — Cùm secnndùm beatitudineiL
homo constituatur in excellentia, cujus signum
est honor et reverentia , non nisi consécutive
in honoribos beatitudo hominis consistit.)
(1] De bis etiam Contra Gmt,s Ub. m, cap. 88; et Opu$e., UI, cap. 108 et cap. SC4| m
in Matlh.s V| col. 5 ; et super Elhie,, lect. 5, col. 3.
221 l** II* PARTIE^ QT7ESTI0N II, ARTICLE 2,
Il est impossible de faire consister la béatitude dans l'honneur. Llion-
neur est rendu à quelqu'un à raison de ses qualités éxninentes ; d'où il
suit que l^onneur n'est qu'un signe, un témoignage des perfections qui
se trouvent dans Tètre honoré. Mais ces perfections n'existent dans
l'homme que par ses rapports, plus ou moins grands, avec la béatitude,
puisqu'elle est le bien parlait de l'homme, et que les autres biens pos-
sédés par l'homme sont une participation, plus ou moins grande, à la
béatitude. D'où il suit que l'honneur peut bien être le résultat de la béa-
titude, mais non son principe et sa cause.
Je réponds aux arguments : 1* L'honneur n'est pas la récompense de
la vertu , ce n'est pas pour l'honneur que les hommes vertueux tra-
vaillent; et s'ils le reçoivent comme une récompense de la part des
autres hommes, c'est que ceux-ci n'ont rien de mieux à leur donner.
Mais la véritable récompense de la vertu c'est la béatitude, c'est pour
elle que les hommes vertueux travaillent; et s'ils travailloient pour
l'honneur, ce n'est plus la vertu, c'est l'ambition qu'il faudroit voir
en eux.
2<^ Il faut rendre l'honneur à Dieu et aux êtres les plus parfaits, comme
signe ou témoignage d'une perfection antérieure à cet honneur, et que,
par conséquent , cet honneur ne peut jamais constituer.
3* C'est parce que les hommes désirent naturellement la béatitude,
dont l'honneur est la conséquence, comme nous venons de le dire, que
les hommes désirent si vivement l'honneur : voilà pourquoi on désire
surtout être honoré par les sages, dont le jugement est regardé comme
un témoignage plus vrai de perfection ou de béatitude.
Respondeo dlcendum, qaôd impossibile est
beatitadinem consistere in honore. Honorem
enim exhibetor alicui propter aliqaam ejas ex-
cellentlam ; et ita est signam et testimoniam
quoddam illius excelientis, qns est in houorato.
Excellentia autem bominis. maxime attenditur
secundùm beatitadinem, qaae est hominis bo-
nnm perfectum, et secundùm paiies ejus, id est,
secandum illa bona, quibus aliquid beatitndinis
partldpatur : et ideo honor polest quidem con-
scqui beatitadinem, sed principaliter in eo bea-
titudo consistere non potest.
Ad primum ergo dicendam, qu6d honor non
est prsmiom virtutis propter qaôd virtuosi
Iperantur; sed accipiunt honorem abUomimbus
loco prsemii, qaasi à nonhabentibas addandam
majus. Veram autem prxmium virtutis est ipsa
beatitado, propter quam yirtaosi operantur;
à autem propter honorem operarentur^ jam non
esset virtas, sed magis ambitio.
Ad secandum dicendum, quôd honor debetur
Deo et excellentissimiSy in signum vel testimo-
nium exceUentis praeexistentis, non qubd ipse
honor faciat eos excellentes.
Ad terliam dicendum, quôd ex naturali de-
siderio beatitadinis, quam coosequitur honor ,
nt dictum est, contingit quôd homincs maximô
honorem desiderant : unde qnaerunt homines
maxime honorari à sapientibus, quorum judid<i
credunt se esse excellentes vel felices.
EN OUOI GOKSISTB lA RÉATITVDE BE l'hOMHE. 225
ARTKXE ni.
La béatitude ecnstste-t'^lle dans la renommée au la gloire f
n parolt que la béatitude de l'homme consiste dans la gloire. I* La
l)éatitude parolt telle , parce qu'elle est accordée aux saints , à cause des
tribulations qu^s ont souffertes dans le monde. Or^ on peut dire la
même chose de la gloire, d'après cette parole de saint Paul, Rom.,\Ul,
18 : a Les souffrances du temps présent ne peuvent être comparées à la
gloire qui doit un jour se manifester à nous. x> Donc la béatitude consiste
dans la gloire»
2"* Il est dans la nature du bien de se répandre, comme nous Tavons
plusieurs fois dit d'après saint Denis. Mais c'est principalement par la
gloire que le bien de l'homme se répand et parvient à la connoissance
des autres; car la gloire, selon la pensée de saint Ambroise, c'est une
notoriété éclatante et accompagnée d'éloges. Donc la béatitude de l'homme
consiste dans la gloire.
3<> La béatitude est le plus stable de tous les biens. Mais cela parolt
surtout convenir à la renommée ou à la gloire, puisque, par elle, les
hommes obtiennent une sorte d'immortalité; c'est ce qui fait dire à
Boëce : a Vous semblez vous faire à vous-même une immortalité, quand
vos pensées se préoccupent des siècles à venir, t Donc la béatitude con-
siste dans la renommée ou la gloire.
' Mais c'est le contraire qu'il faut dire. La béatitude, en effet, est le
vrai bien de l'homme. Or, il arrive souvent que la gloire est fausse et la
renommée trompeuse; car, comme le dit encore Boëce : a Plusieurs ob-
tiennent un grand renom en trompant l'opinion du vulgaire; que peut-
on concevoir de plus honteux ? Car, enfin, ceux qui sont loués à tort
ARTICULAS m.
Vlriim beatitttdo hominis consistât infama,
sive gloria.
Ad tertium sic proceditur (1). Videtur qaôd
beatitiido hominis consistai in gloria. In eo
enim videUir bealitudo consistere, quôd reddilur
sanctis pro tribalationibus qoas in mundo pa-
tiunlur. Hujusmodi autem est gloria ; dicit eniin
Aposlolus, Rom., VIII : « Non sont condigns
passiones bujas temporis ad futuram gloriam,
quœ revelabitur in nobis. » Ergo beatiludo con-
sistit in gloria.
3. Prxterea, bonum est diffusivum sui, ni pa-
tet per Dionysium, IV. cap. De div, Nomin.
Sed p«r gloriam bonum hominis maxime diffun-
diiur in notitiam alionun; quia gloria^ ni Am-
brosius dicit ^ nihil aliud est qaàm clara cum.
laude notitia. Ergo beatitudo hominis consistii
in gloria.
8. Praeterea, beatitudo est stabilissimûm bo-
norum. Hoc autem esse videtur fama vel gloria»
quia per banc quodammodo homines sternita-
tem sortiuntur. Unde Boetius dicit in lib. De
consolât. : « Vos immortalitatem vobis propa-
gare videmini , cùm futuri famam tempoi is co-
gilatis. » Ergo beatitudo consistit in fama sev!
gloria.
Sed contra : beatitudo est verum hominis bt
num. Sed famam seu gloriam contingit esse &d^
sam; ut enim dicit Boetius in lib. III. De
consolât. : o Plures magnum sspe nomen falsîs
vulgi opinioDÎbus altulerunt, quo quid turpius
I ezcogitari potest? uam qui fals6 piKdicantor,
(1) De biseliam Coiitra G^nt.^ lib. m, cap. 29; et Opusc, III, cap. 108 et cap. 264; il
Ofusc, XX y Ub. I , cap. 7 et 8.
IT. 15
doiTent rougir eux-mêmes des louanges qui leur sont accordées. » Donc
la béatitude de lliomme ne consiste pas dims la renommée ou la gloire.
(Conclusion. — Il est im{M)6sil>Ie que la SBiété de Iliûimiie consiste
dans la renommée ou la gloire^ qu'on peut si souvent accuser de ans-
seté.)
On ne sauroit faire consister la béatitude de l'homme dans la renom-
mée ou la gloire humaine; car la gloire n'est autre chose ^ comme il
vient d'être dit^ d'après saint Ambroise^ qu'une notoriété éclatante et
accompagnée d'éloges. Or, un objet connu n'est pas par rapport à la con-
noissance divine ce qu'il est par rapport à la connoissance humaine ; car
la connoissance humaine provient des choses connues, tandis que la con-
noissance divine est la cause première de ces m'ëmes choses. Voilà pour-
quoi le bien parfait de l'homme, c'est-à-nlire la béatitude, ne peut pas
avoir pour cause la connoissance humaine ; c'est plutôt la connoissance
humaine qui a elle-même pour cause la béatitude de l'homme^ béatitude
commencée ou parfaite. Donc ce n'est pas dans la renommée ou la gloire
qu'on peut faire consister la béatitude. Le bien de l'homme dépend de la
connoissance de Dieu comme de sa véritable cause, selon cette parole du
Prophète, Psalm. XC, 15 et 16 : a Je le délivrerai et je le glorifierai, je
le comblerai de jours et je lui montrerai le salut que je lui prépare, e
n faut encore remarquer que les opinions des hommes se trompent sou-
vent, surtout dans les choses particulières et contingentes, comme sont
les actes humains : aussi la gloire humaine est-elle souvent trompeuse.
C!omme Dieu, au contraire, ne sauroit se tromper, sa gloire est toujours
vraie; et c'est là ce qui fait dire à l'Apôtre, II. Corinth., X, 18 : « Celui-
là est éprouvé à qui Dieu rend témoignage. »
Je réponds aux arguments : 1° L'Apôtre ne parle pas là de la gloire
qui vient des hommes, mais bien de celle que Dieu donne en présence
mis ipsi neccsse est laudibus erubescant. » Non
ergo beatitodo hominis consistit in fama sen
gloria.
(CoHCLUftio. — Impossibile est in Caima, seu
gloria bnmana, qne freqaenter fallax est, cou-
sistere bominis felicitatem. )
Respondeo dicendam , qn5d impossibile est
beatitodinem bominis in fama, seu gloria bu-
mana consistere; nam gloria nihil atiud est
qnàm clara notifia cum laude, nt Ambrosius
dicit. Res autem cognita aliter comparatar ad
ocqniitionem divinam , et aliter ad cogoitionem
bnmanam ; bnmana enim cognitio à rébus co-
gmtis caosatur , sed divina cognitio est causa
remm cognitaran. Unde perfectio bumaniboni,
qn» béatitude dicitur, non potest causari à
notitia bumana ; sed magis notitia bumana de
oeatitudine alicujus procedU , et quodammodo
causatur ab ipsa bumana beatitadine, vel in-
cboata, vel perfecta. Et ideo in fama, vel în
gloria noD polesl consistere bominis beatitndo.
Sed bonum bominis dopendet sicut ex causa
ex cognitione Dei : et ideo ex gloria, que est
apud Deum , dependet beatitudo bominis, dcut
ex causa sua, secundum illud Psol, XC : « Eri-
piaro eu m, et gloriflcabo eum, longitudine die-
rum replebo eum, et ostendam iili salutar»
meum. » Est etiam aliud considerandum quod
bumana notitia sspè fallitur, et prscipué in
singularibus conlingentibas , cujusmodi snol
actus bumani : et ideo fréquenter bumana glo-
ria fallax est. Sed quia Deus falli non potest t
ejus gloria semper vera est : propter quod dit-
cHur II. ad Corinth., X : « IHe probatos eH
quem Deus commendat. »
Ad primnm ergo dicendam , quÔd Apostolni
non loquitur ibi de gloria qus est ab homiiii*
bus, sed de gloria que est à Deo coram Mtt
£N QUOI CONSISTE LA BÉATITUDE DE l'hOMHE. 23V
de ses anges; ce qui feit qu'il est dit, Matth., Vin, 38 : a Le Fils de
l^omme le confessera dans la gloire de son Père , en présence de ses
anges. »
S' Quand la gloire on ia renommée proclament le bien d'un homme ^
la connoissance que les autres en obtiennent ainsi est vraie ou fausse :
si elle est vraie, elle dérive nécessairement d'un bien qui existe dans cet
liomme même , et dès lors elle présuppose la béatitude parfaite ou com-
mencée ; si au contraire elle est fausse , elle n'est plus en rapport avec
la réalité, et le bien qu'elle proclame n'existe pas dans l'homme entouré
de cet éclat. D'où il faut conclure que la renommée ne peut, en aucune
façon , rendre l'homme heureux.
9" La renommée n'a pas de stabilité, une fausse rumeur peut aisément
la détruire, et si parfois elle persévère, ce n'est que par accident; mais
la béatitude est stable par elle-même , et stable à jamais.
ARTICa^ IV.
La hMitude de Vhomme consùte-t-elle dans la puissance ?
n paroitqtie la béatitude consiste dans la puissance. 1* Tous les êtres
désirait ressembler i Dieu, puisqu'il est leur dernière fin et leur pre-
mier principe. Or, les hommes revêtus du pouvoir semblent porter dans
ce pouvoir même un trait éminent de ressemblance avec Dieu; d'où
vient que l'Ecriture les ajqpelle des dieux, comme on le voit par ces
mots, Exod., XXII, 28 : a Vous ne calomnierez pas les dieux. » Donc la
béatitude consiste dans la puissance.
9? La béatitude est le bien parfait. Mais ce qu'il y a de plus parfait
pour rhomme, c'est d'avoir à diriger les autres vers le bien; et cela
gelis ejus. Unde àicitair Uatth,^ VUl : «f ilius
hoaûnift confitebitiir enm ia glona Patris sui
Goram angelis ejas. »
Ad sccundam dicendum , quod bonnm ali-
enjas bominis qaod per famam yel gloriam est
in GOgDîtione multoram , si cogniiio quidem
irera sit, oportet quod derivetur à bono ezia-
tente in ipso homlne , et sic prssuppODit per-
fectam bcÀtiludioem, vel incboatam; si autem
•ognilio lalsa sit , non €oncordat rei , et sic bo-
nnm non inveniUir in eo, cujus fâma celebris
babetur. Unde patei qu6d fama nullo modo po-
teat facere bominem beatum.
Ad tertiom dicendum, qnèd fama non habet
itfl^iitatem , imo falso rnmore de facili pcfrdi-
tor; et sistabilis aliquando perseveret, boc est
per accidens ; sed beatitado habet per se stft-
bilitatem et semper.
ARTICULUS IV.
Viriim beaiitudo hominis comiaUU inpoUstatt.
Ad quartnm aie proceditur (i). Videtnr qnod
beatitudo consistât in poteslate. Omnia enim
appetunt aasimilari Deo tanquam nltimo fini et
primo principio. Sed homines qni in potesta-
tibus sunt, propter similitudinem potestatis
maxime videntur esse Deo conformes ; unde in
Scriptura Dit vocantur, ut patet Exod,, XXU :
<c Diis non detrabes (2). a Ergo in potestate bea-
titudo conaistit.
2. Praterea, beatitado est bonum peifec*
tnm. Sed pecfectisfiimum est, qu6d homo etiam
(1) De bis etiam Contra GenLj, lib. m , cap. 31 ; et Opuêc, III, cap. lOS et 264.
(2) Quod Augustinus, qu. 86, in Exod., de Piiocipibus qui popolum Judicant, dictum aab-
Intelligi posse notât ad eum sensuro quo Uoyses dictus est Deus Pharaonii, ni Exod^j^YU^
«ppellatur : onde subditnr post prsdicta immédiate t Jfoe Prineiptm poputi lt«« maUdieêê*
228 I'* II* PA&TIE^ QT7ESTI0N n^ ABTIGIB 4.*
regarde ceux qui sont établis en puissance. Donc c'est dans la puissanop
que consiste la béatitude.
3<* La béatitude étant ce qu'il y a de plus désirable doit être le con-
traire de ce que nous avons le plus à redouter. Mais ce que les hommes
redoutent le plus c'est l'esclavage , et le contraire de l'esclavage c'est le
pouvoir. Donc c'est dans le pouvoir que la béatitude consiste.
Mais^ au contraire^ la béatitude est le bien parfait, et la puissance est
une chose extrêmement imparfaite; car voici ce qu'en dit Boëce, De
consol.y m, 5 : a La puissance humaine ne peut éviter ni les cruellep
atteintes des soucis, ni les angoisses de la terreur. » Et un peu plus ba«
il ajoute : a Appelez-vous donc puissant celui qui, étant environné de
nombreux satellites, éprouve encore de plus vives craintes qu'il ne peut
en inspirer? » La béatitude ne consiste donc pas dans la puissance,
(Conclusion. — La puissance étant de soi un principe indifférent, pou-
vant également servir au bien et au mal , ce n'est pas dans cette puis-
sance même, mais bien dans l'usage qu'on en fait, qu'il faut placer la
béatitude de l'homme.)
On ne sauroit faire consister la béatitude dans la puissance pour deux
raisons : la première, c'est que la puissance a la valeur d'un principe,
comme le dit le Philosophe, et que la béatitude, au contraire^ emporte
l'idée de dernière fin; la seconde, c'est que la puissance se rapporte in-
différemment au bien et au mal, tandis que la béatitude est le propre et
souverain bien de l'homme. Il faudroit donc dire plutôt qu'ime certaine
béatitude consiste dans le bon usage de la puissance, c'est-à-dire, dans
la vertu , et non dans la puissance elle-même (1).
On peut, du reste, indiquer quatre raisons principales pour lesquelles
(1) Ni la gloire ni la puissance humaines ne peuvent donc , d'après ce que nous venons d»
voir, Taire le vrai bonheur de Thomme. Voici comment s'expriment, sur le même sujet, deux
docteurs chrétiens, différents de ceux que nous avons cités à Varticle des richesses. « Voyes-
vous les acteurs qui se produisent sur la scène; quelles brillantes décorations! quels déguise-
ments splendides ! La réalité a-t-elle rien de pareil à ces pompeux mensonges? assurément
alios congrue possit regere , quod evenit bis
qni in potestatibus sunt constitati. Ergo bea-
titudo coDsistit in potestate.
8. Prsterea^ beatitudo, cam sit maiimë ap-
petibilis, opponitur ei qnod maxime est fu-
giendum. Sed bomines maxime fagiunt servi-
tutem, oui contraponitar potestas. Ergo in
potestate beatitudo consistit.
Sed contra, beatitudo est perfeciun bonnm ;
sed potestas est maxime imperfecta : nt enim
dicitBoetius, III, De consolât. (prosaV.) : «Po-
testas humana sollicitudinum morsns expellere,
formidinum acaleos vitare nequit? » Et pos-
tea : « Potentem censés , oui satellites latus
ambinnt , qui qaos terret, ipse plus metuit ? »
^oa igitar beatitudo conûstii in potestate.
(CoTfCLUsio. — Potestas , côm principiam
sit, malum et bonam respiciens, in ejus bono
usu magis quam in ipsa, dicendum est consis-
tere bominis beatitodiuem. )
Respondeo dicendum , quod impossibile est
bealitudinem in potestate consistere propter
duo. Primo quidem, quia potestas habet ratio-
nem principii , ut patet in V. Metaph. { text.
17. ) , beatitudo aatem babet rationem ultimi
finis. Secundo , quia potestas se habet ad bo-
num et ad malam; beatitudo auteni est pro-
prium et perfectum bominis bonum. Unde magis
posset consistere beatitudo aliqua in bono usa
potestatis , qui est per virtutem, quàm in ipsft
potestate.
Possunt autem quatuor générales ratiooM
EN ÛT70I CONSISTE LA BÉATITUDE DE l'hôVME. 229
^ucun des biens extérieurs que nous Tenons de parcourir ne peut donner
la béatitude. Et d'abord^ comme la béatitude est le bien parfait de
rhomme^ elle ne sauroit comporter le mélange d'aucun mal; et cepen-
dant tous les biens énumérés plus haut peuvent également se rencontrer
dans les bons et les méchants. En second lieu^ comme il est de l'essence
de la béatitude de sufiSre entièrement à un être, selon la pensée da Phi-
losophe, il faut, de toute nécessité, qu'une fois la béatitude acquise,
l'homme n'ait plus besoin d'aucun bien; tandis que la possession de
chacun de ces biens extérieurs n'empêche pas que l'homme n'ait besoin
de plusieurs autres biens, la sagesse, par exemple, la santé et autre
chose du même genre. En troisième lieu, la béatitude étant le bien
accompli, il ne peut résulter aucun mal de la béatitude; et c'est ce qu'on
ne peut dire des différents biens que nous avons mentionnés, ce qui se
voit clairement dans cette parole, Eccles.y V, 12 : « Les richesses sont
quelquefois conservées pour le malheur de celui qui les possède; » et
cela s'applique d'une manière aussi claire aux trois autres sortes de
biens. La quatrième raison est que l'homme est dirigé vers la béatitude
par des principes inhérents à sa nature, puisqu'il est dans sa nature
d'être ordonné par rapport à cette fin ; tandis que les quatre biens dont
il a été question proviennent de causes extrinsèques, et le plus souvent
non. Avex-vous cependant Jamais envié le sort de ces divers personnages? nullement. Et
pOQrquoi? parce qu*ils n*ont de la grandeur qu'une vaine et trompeuse apparence; ce n*est
lA qu'une illusion. Ainsi de la gloire du monde : elle imite la gloire , cela est vrai ; mais ce
n*est pas la gloire véritable. Biles-moi, poursuit le saint docteur, quel bien réel y a-t-il A
devenir un instant Tobjet de tous les regards f Une lois descendu du théâtre , on apparott au
dehors tel que Ton est en réalité. 11 en est de même du bruit des louanges et des applaudis-
sements humains ; lorsqu'il a cessé de retentir A vos oreilles , A peine étes-vous rentré dans
voire maison , vous vous retrouves vis-A-vis de vous-même : que vous reste-t-il du monde et
de tout son éclat? Le flambeau s'est éteint , la fumée de rencens a disparu dans les airs.
Quelle imprudence , quelle folie de mendier les éloges passagers des créatures , sans songer A
conquérir les éternels éloges du Créateur? » Ces paroles sont de saint Jean GbrysostAme.
Saint Anselme compare les hommes qui courent après la puissance et les honneurs , A ces
enfants qui poursuivent un papillon dans la campagne. Souvent, dans l'ardeur de la poursuite,
leur pied heurte contre un obstacle inaperçu : ils tombent et se blessent; quand le brillant
insecte arrête un instant son vol capricieux, ils étendent la main pour le saisir; et le voilà
qui leur échappe et s'envole. S'ils parviennent, au contraire, A prévenir son essor, ils se
réjouissent de cette futile conquête , commo un guerrier qui soumet un empire , Jusqu'à et
qu'ils voient les brillantes couleurs do ses ailes s'évanouir, en laissant un peu do poussière sur
lears doigts.
induci ad osteadendam, qu5d in nallo pnemis- 1 possant adhuc multa boaa boroini necessaria
8orumexleiioruniboQorumbeatitudocx)asi8tat: I déesse, pulà sapientia, sanitas corporis, et
qnarum prima est, quod cùm beatitudo ait
summum homiois bonum, non compaiitor ae-
cum aliqaod malum; omnia antem pnedicU
possunt iDveairi , et in bonis, et in malis. Se-
cunda ratio est , quia cum de ratione beatitu-
dinis sit, qu6d per se sit sufliciens, nt patet in
I. Etfiic, (cap. 1.), necesse est, qaèd beatita-
dine adepta, nullum bonum necessarinm ho-
mini desit; adeptis autem singulis praemissonua
hujusmodi. Tertia, quia cùm beatitado sit bo-
num perfectnm, ex beatitadine non potest ali*
quod malum alicui provenire, qa6d non con-
veDitprsmiasis; dlcitnr enim Eccles,, V, quod
« dlvitle interdnm conservantur in malum
Domini sni ; n et aimile patet in aliis tribus.
Quarta ratio est, quia ad beatitudinem liomo
ordinatur per principia interiora, cùm ad ipsam
natoraliter ordinetar;prœmissa autem fiiatuor
230 I» ii« VAxnz, ûUKSTiON n, aatigue 5.
de la fortune^ d'où leur vient même le nom qui leur a été donné. Cou»
cIuon3^ de tout cela, que la béatitude ne consiste dans aucun de ces biens.
Je réponds aux ai^guments : i^ En Dien, la puissance est la bonté :
d'où il suit que Dieu ne peut que bien user de sa puissance; mais il n'ea
est pas ainsi dans Thomme : il ne suffit donc pas, pour la béatitude de ce
dernier, qu'il ressemble à Dieu sous le rapport de la puissance, il faut
qu'il lui ressemble aussi sous le rapport de la bonté.
2» De même que c'est une cbose excellente qu'un homme use de son
pouvoir pour la bonne direction de la multitude, la pire de toutes les
choses est aussi qu'il en use pour le mal : la puissance peut donc conduire
indifféremment au bien et au mal.
3^^ C'est parce que l'esclavage est un obstacle au bon usage du pouvoir,
que les hommes le repoussent par l'impulsion même de la nature ; mais
ce n'est pas que dans le pouvoir même soit le bien suprême de l'homme.
ARTICLE V.
La béatitude de Vhomme consiste-t-elle dans quelque bien du corps^
n paroit que la béatitude de l'homme consiste dans les biens du corps»
1» L'Ecriture nous dit, Eccli., XXX, 16 : « 11 n'y a pas de prix supérieur
i celui de la santé. » Or, c'est dans ce qu'il y a de meilleur que la béatitude
consiste. Donc elle consiste dans la santé du corps.
2*» L'Aréopagite dit, Be div. Nom., V : a L'être vaut mieux que la vie,
et la vie, à son tour, vaut mieux que les choses qui en sont la consé-
quence. » Or, pour l'être et la vie de l'homme, il faut la santé du corps.
Donc la béatitude étant le souverain bien de l'homme , il paroit qu'elle
est surtout constituée par la santé du corps,
3® Plus une chose est générale, plus est élevé le principe auquel elle se
boDa magis saut à causis exterioribas , et ut
plarimnoi à foiiona, unde et bona fortunœ di-
cuntar. Unde patet , qood in pmmissis nallo
modo beatitudo consistit.
Ad primum ergo dicendoin, qii6d divina po-
testas , est sua bimitas : unde uti sua potestate
non potest, nisi benè ; sed hoc in hominibus non
înTenitur : unde non sufficit ad beatitudinem,
quod homo assimileturDeo quantum ad potesta-
tem , nisi assimiletur ei quantum ad bonitatem.
Ad secundum dicendum, qu6d sicut opti-
mum est qu6d aliquis utatur bene potestate in
regimine muitorum, ila pessimum est, si malë
utatur : et ita potestas se babet ad bonum et
ad malum.
Ad tertium dicendum, qu&d servitus est im-
pedimentom boni usus potestatis : et ideo na-
turaliter bomines eam fugiunt, non quasi in
polestate hominis sit summum bonum.
ARTICULUS V.
Vtfitm beaUtndo hominis consistât in aliqvo
corporisbono.
Ad qnintum sic procedilur (1). Videtur qu&d
beatitudo hominis consistât in bonis corporis.
Dicitur enim EccU., XXX ; « Non est census
supra censum salutis corporis. » Scd in eo
qaod est optimum, coosistit beatitudo. Ergc
consistit in corporis salute.
2. Prsterea, Dionysius dicit V. cap. De div.
Nomin. qu6d « esse est melius quam vivere,
et vivere melius quàm alia qus consequuntur. »
Sed ad esse^ vel vivere hominis requiritur sa-
ins corporis. Cùm ergo beatitudo sit summum
bonum hominis, videtur qu6d salus corporis
maxime pertineat ad beatitudinem.
8. Prœterea, quanta aliquid est communius,
tanto ab altiori principio dependet; quia quantd
'4) De his etiam IV, 5«ii<.«dist. 49, qu. 1, art. 1, qusstiunc. 1; et CotUra G§nt.^ lib. in^
Eir Qiyor awsisn zi lÉiffim»' pe l'homue. 9S1
rattache; car la puissance d'une eanse est toujours en raison de son élé*
talion. Qr j de même que la puissanee de la cause eflloiente se révèle par
son infhience, de même la puîssanee de la cause finale se révèle par son
action sur notre appétit. Donc, comme on appelle première cause effl-
ciente celle qui étend son influence à tous les êtres ^ on appelle également
fin dernière^ celle qui est Fbbjet du désir de toupies hommes. Mais Tètre
proprement dit^ est ce que tes hommes désirent par-dessus tout, ùcfot,
c'est dans ce qui appartient à Tètre de l'homme , et par conséquent dans
sa santé corporelle, que la béatitude doit surtout consister.
Mais c'est le contraire qu^il ftiut dire. C'est par ra^yport à* la béatitude,
en efibt, que l'homme est élevé au«dessus des autres animaux; tandis
que, par rapport aux biens du corps, il est au-dessous de plusieurs
d'entre eux, de l'éléphant, par exemple, quant à la durée de la vie; du
lion, quant à la force; du cerf, quant à la vélocité. Donc la béatitude de
l'homme ne consiste pas dans les biens du corps.
(CoNGLusioir. — Les biens du corps étant ordonnés vers d'autres biens,
comme vers leur fin, il est impossible que la béatitude, fin dernière- de
l'homme, consiste dans les biens du corps.)
n est impossible que la béatitude de l'homme consiste dans les biens du
corps, et cela pour deux raisons : d'abord, parce qu'il est impossible que
la fin dernière d'une chose, qui est ordonnée vers une autre fin, soit la
conservation même de cette chose. Ainsi le pilote n'a pas pour fin der-
nière la conservation du vaisseau qui lui est confié, parce que le vaisseau
lui-même existe pour tme autre fin, à savoir, la navigation» Or, de même
que le vaisseau est confié au pilote pour être dirigé par ses soins, de
même l'homme est confié à la garde de sa propre volonté et aux lumières
de sa raison, conformément à cette parole de l'Ecriture, Ecclt, XV, iik :
a Dieu a formé l'homme dès le commencement, et l'a remis à l'action de
est causa soperior, tantd ejiis Tirtns ad plnra
se exiendit. Sed sicut causaiitas eauBs efli-
cientis consideratiir secundum inflaenliam, ita
causalitaB Ûoia aUeoditur Becundum appeiitam.
Ergo sicttt prima causa efiiciens est qan in
iHnnia inflait; ita ultimas finis est quod ab
hoininibuB desiderator. Sed Ipsum esm est qnod
maxime desideralur ab homioibas. Ergo in bis
ipue pertinent ad esse Uominis, sicut est salus
corporis, maxime consisUt béatitude.
Sed contra est , quod secundum beatitudinem
bomo excellil omnia aUa animalia. Sed secun-
dum bona corporis à muitis animalibus supe-
latur : sicut ab elephante, in diutumitate vils,
k leone in forlituiJine, à cervo in cursu. Ergo
beatiludo hominis non consistit in bonis cor-
poris.
( ConcLvsio. » Cùm corporalia bona oïdi-
nenlur ad alia ut ad finem, impossibiie est in
aliquo corporis bono beatitudinem, qu£ est ul-
timus bominis finis, consistere.)
Respondeo dicendum , qu6d impossibiie est
beatitudinem hominis in bonis corporis consis-
tere propterduo. Prim6 quidem, quia impossibiie
est quod illius rei, qu» ordinatur ad aUud sicut
ad finem, ultimus finis sit ejusdem conservatio
in esse, Unde gubernator non intenUit sicut
ultimum finem, consenrationem navis âbicom-
misss, eo quod navis ad aliud ordinatur sicut
in finem , scilicet ad navigandum. Sicut autem
uavis oommittitur gnbernatori ad dirigendum :
ita bomo est sus voluntati et ralioni commis-
sus, secundum illud quod dicitur EccU., XV :
« Deus ab initio constitoit bominem, et reiiquit
cap. 32 et 37; et OpusCs III, cap. 864; et in Ptalm. XXXII, col. S; et super I. Slhde^
lect. 10.
5a propre intelligence. » Mais il est évident que l'homme est ordonné
Yers une fin autre que lui-même, puiaquil n'est pas à lui-même son
souverain bien. Il est par conséquent impossible que la fin dernière de la
raison et de la volonté humaines soit la conservation même de l'être hu-
main. Voici la seconde raison : en supposant même que la fin de la raison
et de la volonté humaines fût la conservation de l'être humain , on ne
pourroit pas encore dire, pour cela, que la fin dernière de l'homme con-
sistât dans un bien corporel quelconque. L'être humain comprend, en
efiet, l'ame et le corps; et si l'être du corps dépend de Tame, on ne peut
pas dire réciproquement que l'être de l'ame dépend du corps; c'est ce que
nous avons démontré dans la première partie, questions 74 et 95 : le
«corps existe pour l'ame , comme la matière pour la forme , l'instrument
pour le moteur, c'est-à-dire pour qu'elle puisse par lui exercer son
^tion. Donc tous les biens du corps sont ordonnés par rapport aux
biens de l'ame, comme par rapport à leur fin : il est donc impos-
sible que dans les biens du corps réside la béatitude, qui est notre der-
Jiière fin.
Je réponds aux arguments : V De même que le corps est ordonné par
.rapport à l'ame, comme par rapport à sa fin; de même tous les biens ex-
térieurs sont ordonnés par rapport au corps : aussi la raison veut-elle
que le bien du corps soit préféré à tous les biens extérieurs , désignés
^us le nom général de richesses, et que le bien de l'ame, à son tour, soit
préféré à tous les biens du corps.
^ L'être proprement dit ou compris d'une manière absolue , en tant
^qu'il embrasse toute la perfection de l'être, est sans doute supérieur à la
vie et à chacune des perfections qu'il reçoit : dans ce sens, tous les biens
qui suivent l'être préexistent en lui, et c'est là ce que dit l'Aréopagite.
Mais si l'on considère l'être comme existant dans telle chose ou dans telle
autre, dans des choses, par conséquent, qui n'embrassent pas la perfeo-
«nm in manu consilii sai. » Manifestum est
anteni , quôd homo ordinatur ad aliqaid sicut
ad fioem, non enim homo est summam bonom.
Unde impossibile est, quod nltimas finis ra-
tionis et volantatis hamanœ sit conserva lio hu-
mani esse. Seconde, qaia dato quod finis ra-
lîonis et voluntatis humana esset conservatio
fanmani esse, non tamen posset dici qu6d finis
liominis esset aliquod corporis bonum; esse
'enim hominis consistit in anima et in corpore :
'€t quamvis esse corporis depeiideat ab anima ,
esse tamcn humans aniros non dependet à cor-
pore, ut suprà ostensum est (I. part. qu. 74
et qu. 95. ), ipsumque corpns est propler ani-
mam^ sicut materia propler formam, et inslra-
menta propter motorem, ut per ea suas actiones
■p.tenedX, UnJc omnia bona corporis ordinantur
^ bona anime sicut ad fincm : unde impossi-
bile est quod in bonis corporis beatitudo con-
sistat, qujB est ultimus finis.
Ad pnmum ergo dicendum, quôd sicut corpus
ordinatur ad animam sicut ad Anem *, ita bona
exteriora ad ipsum corpus : et ideo rationabi-
Uter bonum corporis prsfertur bonis exterio-
ribus, qus per censum signiflcantur, sicut et
bonum anime pnefertur omnibus bonis cor-
poris.
Ad secundum dicendum , qu6d esse simpli-
citer acceptum , secundum quod includit in se
omnem perfeclionem essendi , prseminet vite
et omnibus perfectionibus subsequentibus : sic
igitur ipsum esse prehabet in se omnia bona
subsequentia , et hoc modo Dionysius loquitur.
Sed si consideretur ipsum esse pront participatur
in bac re , vel in illa , que non capiunt totam
perfeclionem essendi, sed habent esse imperfeo-
EN QUOI CONSISTE LA BÉATITUBE DE l'hOMICE. S3S
ûm de rètre^ et ne possèdent qu'un être imparfait, comme il faut le dire
d'une créature quelconque, il est évident alors que la perfection sur-
ajoutée rend Tëtre plus éminent; et l'Aréopagite lui-même Tentend
ainsi, quand il dit : a Les êtres vivants sont supérieurs à ceux qui n'oni
que l'existence, et les êtres intelligents , supérieurs à ceux qui n'ont qui
la vie. 9
3* La fin répond au principe; et voilà pourquoi la fin dernière est le
premier principe de Tètre , principe où résident toutes les perfections :
tous les êtres aspirent à lui ressembler, d'après le degré même de leur
existence; les uns, quant à l'être seulement, les autres, quant à la vie,
d'autres enfin, sous le triple rapport de la vie, de l'intelligence et du
lx>nheur; c'est le plus petit nombre.
ARnClE VI.
La béatitude de l'homme wnsiste-t-elle dans la volupté?
Il paroit que la béatitude de l'homme consiste dans la volupté, l*" La
béatitude, à ce titre de fin dernière, n'est pas désirée pour un autre
objet, ce sont les autres objets qui sont désirés à cause d'elle. Or, cela
convient éminemment à la délectation ; car, selon la pensée du Philosophe,
il seroit ridicule de demander à quelqu'un pourquoi il recherche la dé-
lectation. Donc c'est surtout dans la délectation et la volupté que consiste
la béatitude.
2^ La cause première produit une plus forte impression que la seconde»
comme le dit encore le Philosophe. Or , l'influence de la cause finale se
tam, sicat est esse cnjnslibet créature; sic
manifestain est quod ipsum esse corn perfec-
tioae superaddita est eminentius : unde et Dio-
nysius ibidem dicit, qu6d « viventii sont
meliora existeutibus, et intelUgèotia viventi-
bas.
Ad tertium diceodun , qu5d quia finis
respondet principio, ex illa ratiooe proba-
tor qaod ullimus finis est primum princi-
pium essendi , in quo est omnis essendi per-
Tectio : cujus siiniiitudinem appetunt secun-
dum soam perfectionem ; quiedam quidem
secundnm esse tantum, qusdam secundum
esse VnenSj qusdam secundum esse vivens
et intelligens et bealum : et hoc paucorum
est.
ARTICULUS VI.
Vtrûm beatitudo kaminis consistai m
voluptate.
Ad sextuin sic proceditar (i). Videtor qaM
beatitudo hominis in voluptate consistât. Bea*
titudo enim cum sit ultimus finis non appetitur
propteraliud, sed alia propter ipsum. Sed hoc
maxime convenit delectalioni ; ridiculum est
enim ab aliquo quxrere propter quid velit de-
lectari, ut dicitur inX. Ethic, (cap. 2]. Ergo
beatitudo maxime in voluptate et delectatione
consistit.
2. Prsterea , causa prima vehementiiis im-
primit quàm secunda^ut dicitur in lib. De cau'
sis (2). Influentia autem finis attenditur secnn-.
(1] De bis etiâm IV , Sent,^ dist. 44 , qu. 1 , art. 3 , qusstioDC: 4 ad 3 et 4 ; et Contra
Cent,, lib. III, cap. 27 et 33; et Opuse., III, cap. 108; et in Matth,, V, col. 3,4,5, et
super I. Ethic lect. 5, col. 1, text. S, et lect. 10, col. 2.
(2) Sl?e sic verbis paululùm immntatit proposit. I : Omnis causa primaria plus est infiuenM
supra eausatum suum, quàm causa unitersalis seeunda. Et iaferiùt : Manifsstum est quàd
caïua prima vshementiia est causa rei quàm propinqua. Et propter id fit ejus operatio
whsmsnlioris adfiœrenliœ quàm operatio çautm propinquœ, etc., ut deioceps inculcat.
1* II* FABTIBy QOBRM 11^ ASTM3X 6.
iiKstnr^ ft Fappétit <iii'<dl6 excite* On doit donc Tegatder^ eonuiic Abi Aip-
nière^ eeqm a^le plus sur notre appétit MaiseelaeonTîent i k toliiptfi;
et 1a preoTe^ tfesi 4job Is délectatien abeofbe à tel point b raison et la
volonté de llionmie^ qn^Ile hii&ît dédaigner tons les antres Mens. Dow
fl semble qoe la dernière fin de lliomipe^ c'est-Mire la béatitiide^ eoB-
tiste surtout dans la volupté.
9* Connne l'appétit a le bien pour objet, ce que tons les êties ai^iètent^
doit sans donte fttre le bien le pins parfait, liais tons les fitoes appèlent
la délectation , les sages connne les insensés, et même les êtres privés de
raison. Donc la délectation est le bien parCût, et la béatitade consiste
dans la vohipté.
Mais Boêce exprime ainsi le contraire. De eoiisol.» Df , 7 : « Les vi>-
luptés ont toujours eu de tristes fins; c'est ce que comprendra quiconque
voudra se souvenir de ses propres passions; s'il étoit au pouvoir de la
volupté de donner le bonhenr, il &udfoit dire que le bonheur est le
partage des brutes. »
(CoîCGLusiON . — Comme la délectation est une sorte d'accident qui suit
la béatitude ou qui en est une conséquence relative, on ne sauroit dire
que la béatitude de l'homme consiste dans la délectation ou la vo-
lupté.)
Comme les délectations corporelles sont les plus généralement connues,
elles ont pris, selon la remarque du Philosophe, d'une manière absolue,
le nom de voluptés. Ce n'est pas là, néanmoins, que se trouve la béati-
tude ; car, en toute chose , il faut distinguer ce qui tient à l'essence de ce
qui en est l'accident propre : ainsi , dans un homme , autre chose est ce
que nous entendons par un animal raisonnable et mortel ; autre chose ,
ce que nous entendons en disant que c'est un être sujet au rire et aux
larmes. Il faut donc considérer que toute délectation est une sorte d'acd-
dmn ejus appetitum. lUud ergo tidetur habere
ratlonem AuiB aHimi quod maxime moTct appe*
titum. Hoc aotem est voluptas ; cai\u signnm
6Bt, quod delectatio in tantum absorbet hominis
Toluntatem et rationem^ quod alla bona con-
temnere facit. Ergo videtnr qu6d ultimus finis
hominis I qui est beaiituJo, maxime in volup-
tate consistât.
8. Prsterea; cùm appetitos sit boni, illnd
q]iod omnia appelant, videturesse bonum op-
timum. Sed delectationem omnia appetunt, et
sapientes» et iosipientes^ et etiam ratione ca-
rentia. £rgo delectatio est optimum ; consistit
ergo in voluptate beatitudo, qus est summum
bonum.
8ed cOBtra est, qood Boetius dicit in lU, De
eohioi, (piûsa VU.) : « Tristes exitus esse vo-
^upUiam, quisquis reminisci libidinmn saaram
let, inteIKget : qun si beatos efficere possent^
nihil canss esset quin pecudes quoque beat»
esse dicantur. »
( CoircLUSio. — Cùm omnis delectatio sit
quoddam proprium accidens qnod conseqaitnr
beatitudinem» ye\ aliqnam beatitudinis partem,
diri non potest hominis beatihido in delectft-
tione seu voluptate consistere.)
Respondeo dlcendum, quod quia delecta-
tioncs corporales plnribus notœ sunt^ assomp-
sernnt sibi nomen yoluptatum , ut didtur VU.
Ethicorum (cap. penultimum }. In quibns ta-
men beatitudo principaliter non consistit; quia
in unaquaque re aliud est quod pertinet ad
esscntiam ejus, aliud est proprium accidens ip>
sius : sicut in homine aliud est quod est aninûd
rat tonale, mortale, aliud quod est risibile.
Est igitur consLlerandum, qood omois ddeo-
tatio e^t quoddam proprium accidens, qnod
consequitur beatitndinem, vel aliqnam beatitn-
SN QUOI CONSISTE jjl béatituimb be l'howe. 93S
dent propre, qui s'attache à la béatitude, ou qui en est comme la consé-
quence relative. En effet , un être éprouve la délectation , parce qu'il
possède un bien quelconque, ou en réalité, ou en espérance, ou même
en souvenir. Or, si ce bien que Ton goûte est le bien parfkit, c'est la
béatitude même de l'homme ; si ce n'est là qu'un bien imparfait , c'est
une simple participation & la béatitude, participation prochaine, ou éloi-
gnée, ou même (4)parente. D'où il suit évidemment que la délectation,
alors même qu'elle est produite par le bien parfait, n'est pas l'essence
même de la béatitude; elle en est seulement la conséquence et comme le
propre accident. Et la volupté corporelle ne peut pas même être regardée
comme une conséquence du bien parfait, dans le sens que nous venons
de le dire; elle s'attache uniquement au bien qui peut être saisi par les
sens, c'est-à-dire, par les facultés que l'ame exerce au moyen du corps.
Or, un bien qui appartient au corps et qui est saisi par les sens, ne sai»-
roit être le bien parfait de l'homme (1). Comme l'ame raisonnable , en
effet, est incomparablement supérieure à la matière corporelle, la partie
de l'ame qui est affranchie de toute dépendance des organes , possède en
elle une sorte d'infinité par rapport au corps et aux parties de l'ame qui
sont liées aux organes : c'est ainsi que les choses invisibles sont, en
(1) Ge bien esl mène lonveot an mal, dans rétai «ctael de notre nature , parce qu^il non»
détourne du bien léel.
Que n*ont pas dit les docteurs chrétiens sur la honte et la vanité des plaisirs terrestres?
Boilee ajoute , dans le livre cité par saint Thomas : « Ou*est-Q besoin de parler encore des
voluptés corporelles? La fecherche en est pleine d^anxiéle , et la possession , pleine de dégo4t
et de souffrance. » Nous retrouvons la même pensée dans saint Bernard; ce Père dit en pai^
lant des biens de la terre : a La conquête en est pleine de labeur , la possession , semée de
erueUes sollicftadeB, et la perte en est accompagnée d'une immense douleur. » Voici comment
s'exprime saint Jean Gbrysostême , dans son commentaire sur saint Matthieu : a Qae peut-on
trouver dans les biens sensibles d'agréable et d'heureux? J'accepterais, sur ce point, le té-
moignage même de ceux qui vont chercher le plaisir partout où ils croient en voir briller
l'image. An premier abord, ils semblent inondés de voluptés; et puis vous les retrouvez brisés,
abattus , et plongés dans une douleur sans consolation et sans courage. » Sur ces paroles de
Jérémie : « Mors per fenestras vestras introibit ; » saint Jérôme s'exprime ainsi : o Le mal
pénétre dans noire âme par nos sens comme par autant de fenêtres ouvertes. La foule tumul-
toense des viees se dispute bienlét cette ame infortunée, et la déchire. Cette ame a perdu sa
liberté'; elle est traitée comme une place prise d'assaut. »
U n'est pas néccssaife de ranltiplfer ces citations. Le lecteur peut aisément , en consultant
ses propres souvenirs , les grouper en grand nombre autour de la thèse de saint Thomas , et
voir ainsi l'admirable unité de renseignement chrétien sur la même matière.
éinis partem. Ex hoc eoim aliquis delectator ,
quia habet bonum aliquod sibi conveniens , vel
in re, vel in spe , vel saltem in memoria. Bo-
num autem conveniens si quidem ait perfecium,
est ipsa hominis beatitudo *, si autera eit im-
perfectum, est beatitudo quiaedam participata,
vel propioqua, vel remota, vel saltem apparens.
Unde manifestum est quod nec ipsa delectatio
qu» sequitur bonum perfectum, est ipsa essen-
tia beatitudinis; sed quoddam consequeus ad
ipaam aient per se accideas. Vdluptas autem
oorporalts non potest etiara modo pnedicto se»
qui bonum perfectnm, nam sequltor bonum
quod appreheadit sensas , qoi est virtus anima
Gorpore utens; bonum autem quod pertinet ad
corpus, quod apprehenditur secundum aensum,
non potest esse perfectum hominis bonum. Cum
eoim anima rationalis excédât proportionem
materis oorporalis^ pars anims quœ est ab
organo corpoieo abseluta^ qoamdam habet in-
finitatem respecta ipsius corporis et partium
aninue coipori ooncieatamm : sicat iAvisibilit
2S6 I** 11* PARTIE, QUESTION TI, ARTICLE 6.
quelque sorte, infinies par rapport aux choses matérielles; car la forme
est, dans un sens, restreinte et délimitée par la matière^ : d'où il suit que la
forme, dégagée de la matière, possède une sorte d'infinité. Voilà pour-
quoi le sens, puissance ou faculté corporelle, connoit seulement Tètre
individuel, l'être déterminé par la matière; tandis que l'intellect, puis-
sance dégagée de la matière, connoit l'universel, c'est-à-dire, l'être qui
tsdt abstraction de la matière^ et qui renferme, dans sa notion, une infi-
nité d'êtres individuels. Il suit évidemment de là que le bien qui convient
au corps, et qui, par l'appréhension des sens, produit la délectation coiv
porelle, n'est pas le bien parfait de l'homme; il est en quelque sorte im-
perceptible, quand on le compare au bien de l'ame : c'est ce qui fait dire
au Sa^e, Sapient., Vil, 9 : a Tout l'or n'est qu'un grain de sable, eu
comparaison de la sagesse. » Donc la volupté corporelle n'est ni la béati-
tude ni un accident propre de la béatitude.
Je réponds aux arguments : !• C'est en vertu du même principe que le
bien est désiré et la délectation aussi; car la délectation est le repos de
l'appétit dans le bien : ainsi la même force de la nature fait qu'un corps
grave se porte vers un point inférieur et s'y arrête. Par conséquent,
comme le bien est désiré pour lui-même, et non pour un autre objet, la
délex^tation l'est également, si, par la prépositive pour, on entend la
cause finale; car, si l'on entendoit par là la cause formelle, ou plutôt la
cause motrice, la délectation seroit alors désirée pour autre chose, à
savoir, pour le bien qui est l'objet même de la délectation ; et ce bien est
par là même le principe de la délectation, elle lui doit sa forme; car
la délectation n'a le pouvoir d'agir sur l'appétit, que comme étant le
repos dans le bien désiré.
^ Le vif désir de la délectation sensible provient de ce que l'impression
des sens, principe de notre connoissance , est la chose qui frappe le plus
tnnt qaodammodo iofluita respectu mat«ria-
liuui^eo quod forma per mateiiam quodammodo
cootrahiiur et finitur : unde forma à roateria
absolnta est, quodammodo inûoita. Et ideo
sensus, qui est vis corporalis, cognoscit siuga-
lare quod est determiaalum per materiam ; ia-
teliectus ver6y qui est vis à mateiia absoluta,
cognoscit universale quod est abstractum k ma-
teria et contioet sub se infinita singularia.
Uude patet quod bonuiu conveniens oorpori,
quod per apprebensionem sensus delectationem
corporalem causât, non est perfectum bonum
))omiais;8ed minimum quiddam in comparatione
ad booum aoim» : unde Sapient., VII, dici-
tur, quod « omne aurum in comparatione sa-
pienli» , arena est exigua. » Sic tgilur neque
Toiuptas corporalis est ipsa beatiludo , nec est
per se accidens beatitudinis. quod operationes sensuuro, quia sunt principia
'^imum ergo dicendum , quèd ejusdem
rationis est, quod appetatur bonum, et quod
appelatur delectatto, quse nibil est aliud quàm
quietalio ippetitus in bono : sicut ex eadem
virtute naturœ est quôd grave ferator deorsuiB,
et quôd ibi quiescat. Unde sicut bonum prople?
seipsum appetitur, ita et deiectalio propter se,
et non propter aliud appetitur, si ly {propter)
dicat causam tinalem; si verô dicat causam
formalem, vel potius causam motivam, sic de-
lectatio est appelibilis propter aliud, id est,
propter bonum quod est delectationis objectum;
et per cousequéns est principiom ejus, et dat
ei formam : ex hoc enim delectatio habet
quod appetatur, quia est quies in bono deside-
rato.
Ad seeundum dicendum, qu6d vcbemens ap>
pelitus delectationis sensibilis contingit ex hoc
Dostrœ cogDÎtionis, sunt magis percisplibUes :
XN QUOI GONSISTE LA. BÉATirUBE DE l'hOVBTB. ^ffï
Dotre esprit : et voilà pourquoi le désir des délectations sensibles est le
plus généralement répandu.
3"" Si les hommes désirent la délectation , c'est parce qu'ils désirent le
bien; la délectation est comprise sous Tidée même de bien y mais non ré-
ciproquement, ainsi que nous Tavons dit. Il suit de là que la délectation
n'est ni le plus grand bien , ni même un bien de soi ; il faut dire seule-
ment que chaque délectation particulière est la suite d'un certain bien,
et qu'il doit y avoir une délectation qui répond parfaitement au bien
suprême.
ARTICLE VIL
La béatUude de l'homme consiste^'elle dans un bien queloùnque de Vame?
Il paroit que la béatitude de Vhomme consiste dans un certain bien de
rame, i» La béatitude doit nécessairement être un bien appartenant à
lliomme ; et Ton ne peut distinguer que trois sortes de biens apparte-
nant à lliomme, les biens extérieurs, les biens du corps et les biens de
Tame. Or, la béatitude ne consiste ni dans les biens extérieurs, ni dans
les biens du corps , comme on vient de le dire. Donc elle consiste dans
les biens de l'ame.
2^ Nous aimons plus l'être auquel nous désirons un bien, que nous
n'aimons le bien désiré : l'ami auquel nous souhaitons la richesse nous
est plus cher que la richesse même. Mais c'est pour soi que l'on désire
un bien quelconque ; on s'aime donc soi-même plus que tous les autres
biens. Or, la béatitude est ce que l'on aime par-dessus tout, puisque tout
autre objet n'est aimé ou désiré que pour elle. Donc la béatitude consiste
dans un bien appartenant à l'homme; et ce bien, n'étant pas celui du
corps, il faut que ce soit un bien de l'ame.
30 La perfection est sans doute quelque chose d'inhérent à l'être per-
fectionné; mais la béatitude est une certaine perfection de l'homme , et ^
unde etiam à pluribos delectationes sensibiles
appeluntur.
Âd tertium dicendam , quôd eo modo omnes
appetunt delectationes âcut et appeiuntbonam;
et tamea delectationem appelant raiione boni ,
et non è convers6, ut dictam est. Unde non
sequitur quod delectatio sit maximum et per
se bonâm, sed quod unaqusqne delectatio con-
sequatur aliquod bonnm , et aliqua delectatio
consequator id qaod est per se maximom bo-
oum.
ARTICULUS vn.
Vtrkin heatiiudo hominis consistai in aliquo
bono animœ.
Ad septimnm sic proceditnr. Videtor quod
beaiitttdo consistât in aliquo bono animas. Bea-
tiludo enim est quoddam hominis bonum :
hoc aulem per tria dividitur, qus sunt « bona
exteriora, bona corporis, et bona anims. n Sed
beatitudo non consistit in bonis exterioribus,
neque in bonis corporis , sicnt suprà ostensum
est (art. 5 et 6.}- Ergo consistit in bonis anima.
2. Prœterea, illud^ coi appetimus aliqnod
bonum, magis amamus quàm bonnm quod ei
appetimus; sicut magis amamus amicum , coi
appetimus pecuniam, quàm pecuniam. Sed
unusquisque quodcumque bonum sibi appétit ;
ergo seipsum amat magis quàm omnia alia
bona. Sed beatitudo est quod maxime amatur,
quod palet ex hoc quod propter ipsam omnia
amantur et desiderantur. Ergo beatitudo con-
sistit in aliquo bono ipsius hominis; sed non io
bonis corporis : ergo in bonis animas.
a. Praeterea, perfec io est aliquid qus qaod
perûcitor; sed beatitudo eit qiuedam perfectia
438 i>* n« PÂRTn, oubstion ii, ahtigle 7.
par là même, est quelque chose d'inhérent i lliomme. Or, ce n*est pas
quelque chose d'appartenant au corps , comme il a été dit. Donc la béati-
tude est quelque chose de Tame, et consiste , par conséquent, dans les
lôeos de Tame.
Haïs c'est te centaraiie qu'il faut dire , d'après cette parole de sainit
Augustin, De^ Dùctrin. ChrUt., 1, 3 : a L'objet qui constitue la vie
heureuse doit élre aimé pour lui-même. » Or, l'homme ne doit pas
être aimé pour lui-même; tout ce qui est dans l'homme doit être aim§
pour Dieu. Donc la béatitude ne consiste dans aucun des biens de
î'ame.
(Ck)NaLusiosu — La béatitude «Ue-mème, étant la perfection de l^me,
doit, par suite, être un bien inhérent à l'âme; mais l'objet dans lequel
la béatitude consiste, ou bien ce qui donne le bonheur, est quelque
chose en dehors de Tame. )
Comme nous l'avons déjà remarqué plus haut, la fin peut être ea-
tendue de deux manières : on entend par là , ou bien l'objet que nous
voulons acquérir, ou bien l'usage de cet objet et sa possession elle-même*
Si donc, par dernière fin de l'homme, nous entendons l'objet même que
nous désirons comme notre dernière fin, il est impossible que cette fin
dernière soit notre ame elle-même , ou quelque chose de l'âme. L'ame^
en efi*et, considérée en elle-même, est, à certains égards, comme un être
en puissance ; ainsi , pour l'instruction , elle va de la puissance à l'acte;
il en est de même pour la vertu. Or, comme la puissance est par rapport
à l'acte comme par rapport à son complément , il est impossible que ce
qui de soi est en puissance, puisse être regardé comme fin dernière. Donc
il est impossible que l'âme soit à elle-même sa dernière fin. Rien de ce
qui est en elle ne peut l'être également, que ce soit puissance, acte ou
habitude. Le bien où consiste la fin dernière, est un bien parfait et
comblant entièrement l'appétit de l'homme. Or, l'appétit humain , c'est-
hominis : ergo beakitado est aliqaid homims.
Sed non est aliqnid corporis, ut ostensom est.
Ecgo bettiUido est aliquid anims , et ita con-
sifltit ia bouis aBim».
Sed contra est, qiUMi sicot Augusthins didt
lib. De Doetrina Ckristiana ( I. cap. 8 , et
lib. XXU.) : « id, in quo oonstituitur beata vita,
propter se diligeadom est. » Sed homo non
eat propter seipsam diligendos ; sed quioqnid
est in bomine, est diligendum propter Denm.
Eigo in mdlo bono amms beatitndo consistit.
.( GoHCLUSio. — Beatitndo ipsa, cùm sit per-
feotio anioie , est quoddam anime bonnm in-
bsMDs; sed id in quo béatitude consistit, qnod
«àlkeibeatiuB faàt, est aliquid extra antmam.)
Respondeo dicendnm , qu5d sicnt snprà die-
tom est <qu. 1, art. S. ), finis duplictter did-
'^cet ipsai res qnam adipisci deeîdera-
niQB, et ttsns , sen adeptio» vel possessio illins
rei. Si ergo loquamnr de ultimo fine hominis
qnantnm ad ipsam rem qnam appetitimus sicut
ultimum llnem , impoasibile est quod ultimns
finis hominis sit ipsa anima, ^el aliqnid ejua.
Ipsa enim anima in se considerata est ni in po»
tentia existens; fit enim de potentia sciente acta
sciens, et de potentia virtuosa actn yirtnosa.
Cèm antem potentia sit propter actum , sicnt
propter oomplementmn, impossibile est, qood
id quod est secundum se in potentia existens,
babeat ralionem nltimi finis. Unde impossibile
est qood ipsa anima sit ultimus finis sni ipsina.
Similiter etiam neque aliquid cjus, sive sit po-
tentia , sive actuSj sive babitus. Bonum enim
quod est ultimas finis, est bonum perfectnm
compleiisappetitum. Appetitus antem hamanns,
quiest volvatasi est boni asifersaUs; qnodlibet
SN giTOf çoRsisTX tk vkàSkTUVÊ a» c'homue.
Mire la. volonté, a pour dijat le biem univeisal (1^ Mais un bien ûhé-
fent à Taine ellfiHiDÂaie, n'est qu'im bien par^ un hieB par pairli-
dpation : il est donc impossible qu'on tel bien soit la fin dornîive de
lliomiDe. Si nous entendons, au contraire, par fin dernière de l'homme,
l'acquisition, la possession ou un usage quelconque de l'objet désiré
comme dernière fin, il faut admettre qu'il xantre quelque eheee de l'ame
dans cette dernière fin, puisque c'est par son ame que l'homme acquiert
la béatitude. L'objet que nous désirons, comme fin, est donc celui dans
lequel la béatitude consiste, ou qui rend l'homme heureux; mais c'est la
possession même de cet objet qui doit porter le nom de béatitude. Par
conséquent, il faut dire que la béatitude est quelque chose de Tame, et
que Tobjet de la béatitude e^ quelque chose en dehors de l'ame.
Je réponds aux arguments : i<> Si, dans la division indiquée, on com*
prend tous les biens qui peuvent être désirés par l'homme, il faut abrs
appeler bien de Famé, non-seulement ce qu'elle est en puissance, en ha-
bitude et en acte, mais encore Fobjef même extérieur qu'elle désire; et,
dans ce sens, on pourra dire aussi que la béatitude consiste dans un cer-
tain bien de l'ame.
2" En taut que Tobjectlon touche à Tobjet actuel, il faut dire que la
béatitude est aimée par- dessus tout, comme un bien que l'on désire,
tandis qu'un ami est aimé comme celui à qui on désire un bien; et c'est
de la sorte que l'homme s'aime lui-même : il n'y a donc pas de parité
entre ces deux sortes d'amour. A savoir maintenant si l'homme aime
quelque chose plus que lui-même, d'un amour d'amitié, c'est ce que
nous aurons à examiner plus loin, quand il sera question de la charité.
9* La t)éatitude elle-même , étaut la perfection de l'ame, doit être con-
(1) CTest ce q«l a été démoBtré daM la prealèn partie, quaad il a été qaeilioii de» !§•
eÉllé» de rame hnmaioe. De même , a-t-il été dît , que Tintellect a pour objet Tètre universel ,
tandis qae le sens ne 8*app1îqae qo*i Fétre particulier; de même l*appétit raisonnable, on
ir*lmitéy a pMr «bjet le bien nnifersel, tandis que PappétH sensilif n*embra8se que lé bien
pMlIcnlhf : la «iriârté eit «• bien en qne rintolleet est an vrai , qui se confond avec Fétre.
boMm infasieDS ipsi aDîmas, est beau»
ptrtkipatBm, ti pcr eoMequens partiodatmi :
ude inpossibOe est fHMl alîqnod eoram sH
lltimns finis hofltt]nt.S«d si loqoamar de ttltimo
âne boBBoit qvtntnm td ipsam adeptioaem^
lel possessioiieni, ses qaemanuiM nBomipnos
rei qna «ppetitnr vt ihiis, sic ad titisMiiB fioem
ptràfiBt aliqoîA bomiois et parie tnime^ qnia
Imbio p«t aoimam beatitndiaem censeqnitir.
Ees eigo ipsa qiwappetilir ut iois , est id in
fm baalitudo oonsistit, et qood beatnm fadt;
led fanons rei adeptio tocatar lieatitado. Unde
duendiiin est qnod beatitodo est aliqaid anima;
led in quo caasistit beatitodo, estaliqnid extca
tsimam.
id primum ergo dicendom, qu6d geeuud^m
quod snb iOa âiraonecemprehendontar omnia
bona que bomini sunt appetibilia, sic boaum
anims ificitnr non solnm potentia, ant babitus
aut actns ; sed et objectum quod est extrinse-
eom : et boe modo nihii probitiet dkere id in quo
béatitude eoBsistit, esse quoddam boiram animas.
Ad secondum dieendom^ quod ad propontum
perlinet/qnèd beatitndo maxime amator tan*
qnan bonon ooncnpitnm, amicos autem amator
tanqnawi îd cvi eoncapts<âtnr bonnmî et sic
etisn home «mat seipsum s nnde non est eadeoi
ratio amoris ntrobique. Ulrmn autem amoiv
amicitis aliqaid homo snpra se amet^ erit locn
Gonsideiandi onm de cbaritate agetu (in 9, S.
qo. M. )>
M t«rtiiiBi diconénn, qoM keitîtod» ipi%
240 I^ II* FÀETIB, QUESTION 11^ ARTICLE 8.
sidérée comme un bien qui lui est inhérent; mais Tobjet dans lequel h
béatitude consiste, c'est-à-dire, Tobjet qui rend l'homme heureux, est
quelque diose en dehors de Tame, ainsi que nous l'avons déjà dit.
ARTIOJE Vra.
La béatitude de l'homme cmsiste-Uelle dans un bien créé?
Il paroit que la béatitude de Thomme consiste dans uo bien créé,
lo L'Aréopagite dit. De div. Nom., IV : « La divine sagesse fait régner
Tunité dans ses œuvres, en liant ce qu'il y a d'inférieur dans les unes,
avec ce qu'il y a de plus élevé dans les autres. » D'où l'on peut conclure
que la suprême élévatiop d'une nature inférieure est d'atteindre aux der-
nières limites d'une nature supérieure. Or, la suprême élévation ou le
bien suprême de l'homme, c'est la béatitude. Par conséquent, comme
l'ange est immédiatement placé au-dessus de l'homme dans l'ordre de la
nature, ainsi que nous l'avons établi, première partie, question 108, il
semble que la béatitude de l'homme consiste en ce qu'il touche à l'ange
d'une certaine façon.
2o La dernière fin de chaque chose consiste dans son action parfaite :
ainsi la partie est pour le tout, comme pour sa fin. Mais l'universalité
des créatures, ou ce qu'on nomme le grand monde, est, par rapport à
l'homme, appelé le petit monde, comme le parfait, par rapport à l'im-
parfait. Donc la béatitude de l'homme consiste dans l'universalité des
créatures.
30 Ce qui rend l'homme heureux, c'est l'objet où se repose son désir
naturel. Or, le désir de l'homme ne sauroit s'étendre à un bien qui dé-
passe la capacité de son être. Donc, comme l'homme n'a pas une capacité
qui dépasse les limites de la création, il semble que l'homme peut
com sit perfectio anims, est qnoddam animœ
bonum inhsrens ; sed id, in qao beatitudo con-
sistit» qaod sdlicet beatum facit, est aliquid
atra animam, nt dictam est.
ARTICULUS vm.
Vtritm beatitudo hominis contUtat in aliquo
bono creato.
Âd octayam sic proceditur (1). Videtur qu5d
beatitudo bominis consistât in aliquo bono
ircato. Dicit euim Dionysius^ IV. cap. Divin,
{font, quod a divina sapientia copjungit fines
primorumprincipiissecundorom : » ezquopotest
accipi quod summum inférions nature ât attin-
gere infimnm natune superioris. Sed summum
hominis bonum est beatitudo. Cùm ergo Ângelus
natum ordine sit supra hominem, ut in primo
bahitum est (Tel 1. part, qusst. 108^ art: 8.),
videtur qu6d beatitudo hominis consistât in boe
quod aliquo modo attingit ad angelum.
2. Prsterea , ultimis finis cujuslibet rei est
in suo opère perfecto : unde pars est propter
totum, sicut propter finem. Sed tota universitas
creaturarum, que dicitur mqfor mundus,
comparatur ad bominem» qui in VIII. Physie,
( test. 17. ) dicitur minor mundus, sicut per»-
fectum ad imperfectam. Ergo beatitudo hominis
consistit in tota universitate creaturarum. •
8. Prsterea, per hoc homo efficitur beatus»
per quod ejus naturale desiderium quietatur.
Sed desiderium hominis non ezlenditur ad
majus bonum qukm ipse capere potest. Cùm
ergo homo non sit capaz boni quod ezcedit
limites totius creatur», yidetur quod per aii*
(1) Se hîs etiam I. part., qu. 19, art. 1 , et qu. 82, art. i; et 8, 3, qu. 85, art. 3; et
Contra Gen^^tib. IV, cap. 7 et cap. 54; et Opute.^ III, cap. 108 et cap. 964; et Opute.»
""^ lib.I,e«p.Bet9; ttt et in PM/m.XXXU, col. 8.
£.V QUOI CONSISTE TA BÉATITUDE DE L'uOMME. 2^7
trouver son bonheur dans un objet créé; et, de la sorte, c'est daîT? ua
bien créé que consiste la béatitude de Vhomme.
Mais saint Augustin exprime ainsi le contraire. De Civit. Dei, XW ,
£G : a De même que Tame est la vie du corps , de même Dieu est !u
vie heureuse de Thomme; » et c'est là ce que dit aussi le Proîiliète,
Ps. CXLIIi, 15 : a Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu. »
(Conclusion. — Coamie rien ne pent apaiser ou satisfaire Tappétit,
ou la volonté de l'homme, si ce n'est le Wen universel, objet de cette vo-
lonté ; et comme tout bien créé est un bien particulier, c& n'est pas dans
4jn bien créé que peut consister la béatitude de Thomme.)
Il est impossible que la béatitude de l'homme se trouve dans un bien
créé. La béatitude est le bien parfait, seul capable d'apaiser entièrement
notre appétit; car elle ne seroit pas notre fin dernière, si, après l'avoir
nicquisc, il nous restoit encore quelque chose à désirer. Or, l'objet de la
volonté, c'est-à-dire, de l'appétit humain, c'est le bien universel, tout
£Oinme le vrai universel est l'objet de l'intellect. Il résulte évidemment
de là que rien ne peut apaiser la volonté de l'homme, si ce n'est le bien
universel; bien qui ne se trouve dans aucune chose créée, mais unique-
ment en Dieu, parce que la créature ne peut avoir qu'un bien participé.
Dieu seul , par conséquent , peut satisfaire et remplir la volonté de
l'homme (1), conformément à cette parole du Prophète, Ps. Cil, 5 :
« C'est lui qui remplit tous vos désirs , en vous comblant de ses biens. »
Donc c'est en Dieu seul que consiste la béatitude de l'homme.
Je réponds aux arguments : i"" Sans doute, la {tarlie supéiieure de
l'homme touche au dernier degré de la nature augéliquc, par une sorte
(1) Il y a donc dans le cœur do Thomme, aussi bien que dans son esprit, une sorte d^hfini.
G*C8l une conséquence rigoureuse de robscrvation faite û l'ariiclcpicrédent. lU:;n ne pourroit
nova donner une plus haute idée de la grandeur humaine. Un profond penseur, qui (et en
rn^me temps un grand écrivain, s*inspiranl du même principe j a dit : « Lieu s'est piépa;é
an dedans de nous une demeure égale , en quelque sorte , à son immensité t le cxur de
rbomme est un abtmc où tout se perd et disparoit, si ce n^est Dieu! »
qaod bonnm crcatuni homo bcatus ficri possU :
tt ita beatitudo hominis in aliqiio bono crcato
consistât.
Sed contra est, qood Âugxislinas dicit XIX.
De Civit. Dei ( cap. 26. ) : « Ut vila carnis
"anima est^ ita beata vîta hominis, Deus est; d
<t qno dicitur, Psalm. CXLIII : « Bealus
populus cujus Dominus Dens ejns est. »
( CoNCLUsto. -- Cùm appetilum huroanum
qi;i est Toluntatis , nihtl quielum reddere sut
saliare iiossit, prêter universale bonum^ quod
est iUiusobjectum, omne antem bonom creatam
8it boaum paiticulare, non polcst boininis bea-
titudo coDsislere in aliquo booacrealo.)
Bespondeo diosndum , qoèd impossibiie est
beatilodioem hominis esse in aliquo bono creato.
fieatUado cnim est honam perfectum quod to-
tailler quiclat appetitiiin; alioqulii non câ:2t
uUimas Unis, si adhuc restarct ali^uiJ appcUï :-
da;n. Objcctuni autem voluntatis qux csl a;:p>
titus humanus, est uuivcrsalebonusn, sicut o
jecUim iolellcclùsest universale vcrum. Kx .i^.)
palet quùd nihil potest quiclarc vo/JuLl..;.i
iioiniais nisi bonum universale, ([nùù uou I. *:•
nilur in aliquo crealo, sed solîirn iu Dco, i|ni'<
omnis crealura habct bonitatcai parU«i.ja:a.ii.
(jade solus Deus voiuntalem ho:niai> inplcr;
potest, secundùin quo;l dii'ilur in Psalm. t'.ll :
« Qui replet in bonis dcsiderinin. etc. » In s<.>. i
igilur Dco bcalitudo lioininis consislit.
Âd primuin erga diccnduni , quôd «u/je/ îut
liominis sUtiigit quidcni in/imnfn nwjelkœ
wdurœ per quaiinlam similitu'lincm; non (^
men ibi sisKit sicut in vMhm fl!ie« seU i>ro€«ilit
16
842 r^ !!• PARTIE, OTOSTION Uï, ARTICLE 1."
de ressemblance; mais Thomme ne s'arrête pas là comme dans sa fin
dernière, il remonte jusqu'à la source universelle du bien; car c'est là
Tobjet universel de la béatitude, pour tous les êtres qui doivent y parti*
ciper; c'est là le bien infini et parfait.
âo Lorsqu'un tout n'a pas la propriété de fin dernière, et qu'il est lui-
même ordonné vers une fin supérieure , ce tout ne sam^oit être la fin der-
nière de chaque partie ; cette fin dernière est dans un autre objet. Or, l'uni-
versalité des créatures , à laquelle l'homme se rapporte comme la partie
ison tout, n'a pas la propriété de fin dernière, elle trouve elle-même
cette fin en Dieu. Donc le bien que constitue l'universalité des créatures
n'est pas la fin dernière de l'homme , cette fin dernière est en Dieu.
Z^ Le bien créé n'est pas inférieur à celui dont l'homme est capable,
si l'on considère ce bien comme une chose intrinsèque et inhérente à
l'homme; mais il lui est réellement inférieur, si l'on entend, par bien de
l'homme, l'objet qui peut le rendre heureux, puisque c'est là un bien
infini; tandis que le bien qui se trouve dans l'ange et dans tout l'univers,
est un bien participé, et, par conséquent, restreint et fini.
QUESTION III.
Nous avons à voir maintenant ce qu'est la béatitude, et quelles sont
les conditions qu'elle exige.
Touchant le premier objet, huit questions se présentent : 1^ La béati-
tude est-elle quelque chose d'incréé? 2» La béatitude est^Ue une opéra-
iu([ae ad ipsum universalem fontem boni, qui
est universale objectom beatitndinis omnium
beatorom, tanquam infinitum et perfectom bo-
nnin existens.
Ad secondum dicendom , qu5d si totum ali-
qood non sit nltimns finis , sed ordinetnr ad
flnem nlteiiorem , nltimus finis partis non est
ipeom totom, sed aliqaid aliud. Universitas
totem creatnramm, ad quam comparatnr homo
vA pan ad totom, non est nltimus finis; sed
ordinator in Deum sicut in nltimam flnem.
Unde bonum universi non est nltimus finis ho-
minis, sed ipse Deus.
Ad tertium dicendum , qu&d bonum creatum
non est minus quàm bonum eu jus est homo
capax, ut rei intrinsecœ et inhœrentis; est
tamen minus quàm bonum ci^us est capax nt
objecti, quod est inflnitum : bonum autena
quod participatur ab angelo et à toto univeno»
est bonum finitum et contractom.
QUiîSTIO IIL
Quid tit beaHiudo, in oeto ariieuiot diviia.
Deinde consldennâum est qoid ait beatitudo,
- que requirantnr ad ipsam.
•^ primum (smtuà/tt octo : i« Utrùm
beatitodo sit aliquid incfeatnm. 9*Utrim bel»
titudo Bit operatio. 8* Utrtm sit operatio lea-
sitive partis, an inteUectiTS tantùm. 4« Si est
€E QUE c'EâT QUE LA BÉATIT1TBE. Sl^S
tion? 3* Est-elle une opération de la partie sensdtive de l'ame, ou bien de
la partie intellective seulement? k^ En supposant qu'elle soit une opéTa«
tion de la partie intellective^ appartient-elle à FinteUect ou bien à la vo«
lonté? So Est-elle une opération de FinteUect spéculatif ou de FinteUect
pratique? 6"" En supposant qu'elle soit une opération de FinteUect spécu-
latif^ consiste-t-eUe dans Fétude spéculative des théories scientifiques?
70 Consiste-t^Ue dans Fétude spéculative des substances séparées^ c'est-à-
dire des anges? S^» Consiste-t-eUe dans la contemplation de Dieu se
manifestant par scm essence (1)?
ARTICLE L
La béatitude est-^lle quelque chose éfincréê?
n parolt que la béatitude est quelque chose d'incréé. i** Boëce dit. De
COnsoL, m, 10 : a II faut nécessairement reconnoître que Dieu est la
béatitude même, b
2* La béatitude est le souverain bien. Or, U ne convient qu'à Dieu
d'être appelé le souverain bien. Par conséquent , comme il ne sauroit y
avoir plusieurs souverains biens, il semble que la béatitude soit la même
chose que Dieu.
3<> La béatitude est cette fin dernière vers laquelle la volonté humaine
se porte naturellement. Or, la volonté doit mettre sa fin en Dieu seul,
puisque c'est là l'unique objet dont il soit permis de jouir, selon la parole
de saint Augustin. Donc la béatitude est la même chose que Dieu.
(1) Celui-là seul poiirroit s*étoimer du développemeDt que saint Tliomas donne à la quettion
de la béatitude ^ qui ne comprendroit pas l^importance de cette question , soit en elle-même ,
•oit par rapport A la direction de notre vie. II est aisé de voir néanmoins que le bonlieur est
le but nécessaire de tontes nos aspirations, de toutes nos pensées, de tons nos sentiments,
de tontes les puissanees de notre être. Les plus grands génies de Tantiquité et des temps mo-
dernes, ceux en particulier dont le christianisme a ranimé Félan et guidé les efforts, en ont
fait constamment Tobjet de leurs études *. c*est là le mobile essentiel de leurs plus magnifiques
traTanx.
operatio intellectivs partis, ofrûm sit operatio
ÎDteUectûs, an TOlnntatiB. 5<» Si est operatio
specolatin intellectâs^ ant practici. 6® Si est
operatio intellectûs speculativi, ntrùm consis-
tât in specnlatione seientiaram speculatiTarum.
7* Uttàm consistât in specolatione substantia-
rom separatamm, scOicet angeloram. 8» Utrùm
. in sola specolatione Dei« qoa per essentiam ^n-
idetnr»
' ARTICULUS I.
^^99 W^^^^ Ï^^WBWWWWB^B^^ 999 VpVv^vV^WP W^W^W Wwvn^VSV#
Ad primom sic piocedftar (1). Videtnr quèd
béatitude sit aliqoid increatam. Dicit enim Boe-
tios in III. De consoL (prosa X) : « Esse Deum
ipsam beatitudinem necesse est confiteri. »
2. Prxterea^ beatitudo est summum bontun.
Sed esse summum bonum convenit Dec (2). Cùm
ergo non sunt plura summa boaa, yidetur qu5d
beatitudo sit idem quod Deos.
3. Prsterea, beatitudo est nltimus finis in
qnem naturaliter humana volontas tanquam in
finem tendit. Sed in nullnm aliud voluntas tan-
quam in finem tendere débet niai in Deum ,
quo solo fruendum est, ut Augnstinos dicit (8)
Eigo beatitudo est idem qnod Deus.
(1) De hisetlam infrà, qn. SB, art. 8; nt et IV, Sèmt,, dist. iO, qo. 1 , art. S, quosUane.!.
(S) Ut ex professe I. part., qn. 6, art. i, discnssnm est.
(I) Sic enlm Ub. I. IH docIrtiMieAf^l., cap. ft s AfifMfM/'nieiHliMNMl^ PMsrelFMÏM
4M. I** II* PARIIB, QUESTION III, ARTICLE 1.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Rien de ce qui est fait n'est in*
«réé. Or, la béatitude de l'homme est une chose qui se fait ; car^ comme
le dit encore saint Augustin , De doctr. ch)ist. , l : « Nous pouvons uni-
qoement jouir de ce qui fait notre béatitude. » Donc la béatitude n'est
pas quelque chose d'incréé.
(Conclusion. — La béatitude de l'homme, considérée dans sa cause ou
son objet, est sans doute quoique chose d'incréé; mais, considérée dans
^n essence mème^ c'est une chose créée.)
Comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, la fin peut être entendu*
de deux manières : d'abord pour l'objet même que nous nous proiwsons,
ainsi l'argent est la fin de l'avare; ensuite, pour la possession, l'usage ou
la jouissance de cet objet même : ainsi l'on dira que la possession de l'ar-
gent est la fin de l'avare, et le plaisir sensuel, celle du voluptueux. Dans
le premier sens, la fin dernière de l'homme est sans doute un bien
incréé, puisque c'est Dieu lui-même, qui seul, par l'infinie bonté de sa
nature, peut combler parfaitement la volonté de l'homme. Dans le second
sens, au contraire, la fia dernière de l'homme est un bien crée et qui
subsiste dans l'homme même, puisque ce n'est pas là autre chose que
l'acquisition ou la jouissance de la fin, et que la Un dernière elle-même
n'est autre chose que la béatitude. Si donc on considère la béatitude de
Thomrae dans sa cause ou son objet, elle est quelque chose d'incréé; si
on la considère dans son essence, c'est une chose créée.
Je réponds aux arguments : l"* En Dieu, la béatitude est son essence
même; car ce n'est ni par acquisition ni par participation que la béati-
tude est en Dieu , Dieu est heureux par son essence. Les hommes , au
contraire, ne sont heureux, comme le remarque Boëce, que par une par*-
Sed COR Ira : nullum factnro est tncrcatiim ,
"sod bcaliludo honiinis eslaliquid factiim; quia
iccundîim Augustinum, i. De doclrina christ.,
« illis rebr.s fii:?ndii:n fist qux nos bealos fa-
-cittul. » Ergo beaUlmlo non est aliquid increa-
tom.
(CoxcLi'sio. — Bcalltudo hominis quantum
-ad causam vol objcctum, est aliquid incrcatum;
quarlnm verû ad ipsam essciUiam bealiluJinis^
est aîiquii cicatum.)
Bcs[.onoCO ;.'icci]du:n, qu6J siculsupià diulum
T3ft (qn. 1, art. 8, et qu. 2, art. 7), finis di>
citur duplidlejr. Uno moJo , ipsa res quam cu-
pîrans aviipisci , sicut avaro est finis pccunia.
Alio mo.'o, ipsa adeptio vcl l'osscssio, bcu usus
sut fri:i'.io cjus rcl qr.© desidsralur : sicut si
i!li.::tur quôd po.sessio recnui;e est finis avait,
et frui re voluptuosa est finis inlemperati.
Primo ergo modo ullimus tiominis finis est bo-
num increatum, scilicet Dens^ qui solus soa
infinita bonitate potest voluutalem hominis per-
fectè implere. Secundo autem modo ultimus
finis hominis est creatum aliquid in ipso exis-
tens,quod nihil est aiiud quàm adeptio vel fruilio
finis; ultimus autem finis voi.atur beatitudo. Si
ergo beatitudo hominis conàideretnr quanlim
ad causain vel objectura , sic est aliquid iocrci-
tum ; si autem consideretur quantum ad ip*!;m
csscntiaro bealitudinîs, sic est aliquid crcatu^i.
Ad primum ergo diciîndum , quùd Oeos Cit
bcalitudo per essenliam suam; non enim i;vr
adcpiioncm aut parlici()ationem alicujns a!tci lus
beatus est , sed per essentiam suam. Ifomitics
autem sont beati, sicut ibidom dicit Boulin:;,
cl Spiri'.ut tanetut e<l« «ademqut TriniUiisUnnq»œâamtummaret eommunitque omnibia
frutenlibus éd. Ssquetts aulem appcndiz ex cap. 3, paulô alits verbis colligilur; nempeliic: Rti
'tUimtunt qmbui fruendum 9sl , titke qnibui ulenàam. INœ quiimt fruendum ests heatG9 nm
faeiunl; istis quibui u'.endum t*t, ie^eatêê cil beaîiLudxnem adjuvamur^ ti< ad illai qum
4io« fceiufU» perptnire possimui^ ele.
CE QVZ c'est que LA BJÊATITTIDE. ikS
ticipation à un bien extrinsèque, et c'est de la môme manière qu'ils sont
appelés des dieux. Eh bien, cette participation à la béatitude, ce bonheur
qui est donné à l'homme, c'est une chose créée.
2° La béatitude est appelée le souverain bien de l'homme, parce qu'ella
est pour lui l'acquisition ou la jouissance du souverain bien.
3» La béatitude est appelée fin dernière, de la même manière que l'ac*
quisition de la fin est elle-même appelée fin.
ARTICLE U.
La béatitude est-elle une opération?
n paroît que la béatitude n'est pas une opération, i^ L'Apôtre dit,
Bom., VI, 22 : « Vous avez maintenant pour fruit votre propre sanctifl»
cation, et à la fin, vous aurez la vie éternelle. » Or, la vie n'est pas une^
opération, puisqu'elle est l'être même de celui qui vit. Donc la fin der*
nière , ou la béatitude, n'est pas une opération.
2'' Boëce dit dans un endroit que nous avons déjà cité : a La béatitude
est un état parfait par la réunion de tous les biens. » Mais un état ne dé-
signe pas une opération. Donc la béatitude n'est pas une opération.
3^ La béatitude est quelque chose d'inhérent à l'être heureux , puis-
qu'elle est sa perfection dernière. Mais l'opération ne représente pas une
chose inhérente à celui qui opère , c'est là plutôt une chose qui procède-
de lui. Donc la béatitude n'est pas une opération.
4» La béatitude est quelque chose de permanent dans son sujet. L'opé-
ration, au contraire, est une chose qui se transmet. Donc la béatitude^
n'est pas une opération.
6* Un homme ne possède qu'une seule béatitude, tandis qu'il a plu--
sieurs opérations. Donc la béatitude n'est pas une opération.
per participalionem^ ôcQt et dii per participa-
lionem dicuûtur. Ipsa aulem pat ticipalio beati-
tr.dinis, secuadùm quam homo diciturbealus,
aliquid creatooi est.
Ad aecundum dicendam , qaèd beatitado di-
cilur esse summum huminis bouum, quia est
adeptio vel fruitio summi boni.
Ad tertium dicendum, qu6d beatitudo dicitur
uUimus finis per modum quo adeptio finis di-
dtur finis.
ARTICULUS n.
Uirùm beatitudo ni operatio.
Au secundum sic proceditmr (1). Videtur qu5d
beatitudo non sit operatio. Dicit enim Aposlo-
lus, Rom,, VI : « Habetis fructum vestrum in
ianctiûcatione, flnem verô vitam sternam. »
8ed vita non est operatio, aed est ipsum esse
viventium. Ergo ultimns finis qui est beatitudo
non est operatio.
2. Prseterea, Boetius dicit in III. De consa,
(prosa U), qtt6d « beatitudo est statas omnium.,
bonornm congregatione perfectus. » Sed statua
non nominat operationem. Ergo beatitudo non
est operaiio.
8. Pncterea , beatitudo signidcat aliquid ior
beato existenSy cùm sit ultioia perfectio homi-
nis. Sed operatio non signiQcat ut aliquid exis-
tens in operaute , sed magis ut ab ipso proce-
dens. Ergo beatitudo non est operatio.
4. Prxterca, beatitudo permanet in beato^
Operatid autem non permanet, sed transit.
Ergo b(2atitado non est operatio.
5. Prxterea, unius bominis est una beati*
tudo, operationes autem suât multo;. Ergo bea-
titudo non est operatio.
(i) De bis etiam I, Seni., dist. 1, qu. 1, arU 1; et m, SwL, dist. S» , qa. 1, art. i,
qjBissliuiic. iy et qa. i, «rt.i: et Quodlib,, TOI, arl. 19; et super IX. Meiaphyi,, lect. •*.
246 I** II* PÂHTIE^ OUBSTION m, ABTIGLB 2.
6* La béatitude demeure sans interruption dans Fètre heureux. Qr,
Topération est souvent interrompue^ par le sommeil^ par une opération
différente^ ou par le repos. Donc la béatitude n'est pas une opération.
Mais le contraire est exprimé par le Philosophe, Ethic, I : « La félicité
est une opération accomplie selon une vertu parfaite, d
(Conclusion. — La béatitude, consistant dans Tacte suprême de
l'homme , il faut nécessairement qu'elle soit , de la part de l'homme^ une
certaine opération.)
Si Ton considère la béatitude comme une chose créée et qui existe dans
l'homme, il faut nécessairement dire que la béatitude de l'homme est une
opération. La béatitude, en effet, est la dernière perfection de rhomme.
Qr, un être n'est parfait qu'en tant qu'il est en acte ; car la puissance sans
l'acte est l'imperfection même. Q faut donc que la béatitude de l'homme
consiste dans son acte suprême et parfait. Il est d'ailleurs manifeste que
l'opération est le dernier acte du sujet qui opère, ce qui fait que le Phi-
losophe la nomme l'acte second. L'être qui possède la forme peut, en
effet, être seulement en puissance par rapport à l'opération; ainsi
l'homme qui possède la science , ne considère pas toujours actuellement
ce qu'il sait. De là vient qu'en parlant de toutes les autres choses, le Phi-
losophe dit : a Toute chose doit être regardée comme existant pour son
opération. » Donc la béatitude de l'homme est nécessairement une opé-
ration.
. Je réponds aux arguments : i** La vie peut être entendue de deux ma-
nières : d'abord on peut entendre par là l'être même de celui qui vit; et,
dans ce sens, la béatitude n'est pas la vie; car nous avons déjà démontré
que l'être d'un homme ne sauroit, en aucune façon, être sa béatitude.
En second lieu, la vie peut être entendue pour l'opération même qui la
manifeste, et par laquelle le principe de la vie est réduit en acte; et c'est
dans ce sens que nous distinguons plusieurs sortes de vie , la vie active.
6. Prsterea , beatitado inest beato absque
interruptione. Sed operatio humana fréquenter
intérrumpitur^ putà somno ye\ aliqna alia occu-
patione, vel quiète. Ergo beatitudo non est
operatio.
Sed contra est^ quod PhUosophus dicit iu
L Biliic, qu6d « félicitas est operatio secun-
dtun virtutem perfectam. »
( CoNCLusio. — < Cùm beatitttdo consistât in
idtimo hominis acto, necesse est ipsam esse ali-
ipuun hominis operationem. )
Respoudeo dicendum , quôd secundùm qubd
beatitudo hominis est aliquid crcatum in ipso
existens, necesse est dicere qu5d beatitudo ho-
minis sit operatio. Est enim beatitudo ullima
hominis perfectio. Unumquodque autem in tan-
tum perfectum est , in quantum est actu ; nam
' ^tia line actu Imperfecta est. Oporlet ergo
beatitudinem in ultimo actu hominis consistera.
Manifestum est autem qu6d operatio est udti-
mus actus operantis : unde et actus secunduê
à Philosopho nominatur m U. De anima»
Nam habens formam , potest esse in potentia
operans, sicut sciens est in potentia conside*
rans; et inde est qu6d in aliis rébus « unaquao-
que dicitur esse propter suam operationem,»
ut dicitur in II. De cœlo (text. 17). Necesse est
ergo beatitudinem hominis operationem esse.
Ad primum ergo dicendum, qu6d vita dicitur
dupUciter. Uno modo ipsum esse viventis ; et
sic beatitudo non est vita. Ostensnm est enim
quôd esse unius hominis, qualecunque sit, non
est hominis beatitudo; soUus enim Dei beati-
tudo est suum esse. Alio modo dicitur vita ipsa
operatio viventis, eecundùm quam principium
vita in actum reducitw; et sic noininainus vi«
es QUE c'est que LA. BÉATITUDE. 247
laTÎec(mtemplatiTe, la Tie chamelle; et c'est également dans ce sens
•qae la vie étemelle est appelée notre demière fin : ce qui se voit claire-
ment par ces paroles, Joan., XVIIj 4 : a La vie étemelle consiste à vous
4X)nnoitre, vous qui êtes le seul vrai Dieu. »
3^ En définissant la béatitude, Boêce Ta considérée d'une manière
^mmnne et générale; car la béatitude, dans sa signification la plus
étendue, c'est le bien parfait de tout être; et c'est ce que cet auteur ex-
prime en disant : « La béatitude est un état parfait, par la réimion de
tous les biens : o ce qui revient à dire que le bienheureux est dans un
état parfait. Mais Aristote désigne l'essence même de la béatitude, en
montrant ce par quoi l'homme se trouve dans cet état; ce qu'il attribue à
ime certaine opération. Lui-même, du reste, désigne la béatitude comme
le bien parfait, ainsi que nous l'avons vu plus haut.
S"» Le Philosophe nous apprend à distinguer deux sortes d'action :
l'une qui va de l'agent à une matière extérieure , comme brûler ou
couper ; ce n'est pas une telle opération qui peut constituer la béatitude,
puisqu'elle n'est pas l'acte ou la perfection de l'agent, mais plutôt de
r&tre sur lequel l'opération s'exerce. Il est un second genre d'action qui
demeure dans l'agent lui-même, comme sentir, entendre, vouloir; et
cette action constituant l'acte ou la perfection de l'agent , peut aussi con-
stituer la béatitude.
4® Comme la béatitude implique une sorte de perfection suprême, les
difi*érents êtres capables de bonheur étant destinés à divers degrés de
perfection, il faut nécessairement que la béatitude soit entendue de plu*
sieurs manières. En Dieu, la béatitude existe par essence, puisque l'être
même de Dieu est son opération. Dieu ne trouvant son bonheur qu'en
lui-même. Dans les anges, la béatitude, qui perfectionne leur être, em-
porte l'idée d'une certaine opération par laquelle ils s'unissent au bien
tam activam^ vel contetnplaiivam ^el volup- 1 IX. iletaphys. (text. 16), daplex est actio :
tuosam; et hoc modo ^ta seterna dicitar ul-luna quae procedit ab opérante in exteriorem
timuB finis : qaod patet per hoc quod dicitnr
Joan., XVII : « Haec est yita stema, nt co-
pioscant te Deum verom et onom. »
w Ad secandum dicendum» quèd Boetius deû-
niendo bealitudinem, cousideravit ipsam oom-
mnnem beatitudinis rationem; est enim com-
monis beatitudinis ratio , quôd ait bonnm com-
mune perfectum; et hoc significavit, cùm dbdt
quôd « est stalus omnium bonorum perfectus; »
per quod niUil aliud signiûcatur, nisi quM bea-
tas est in statu boni perfecti. Sed Aristoteles
eipressit ipsam essentiam beatitudinis , osten-
dens per quid homo sit in hojusmodi slatn ;
<IQia per operationem quamdam : et ideo in 1.
ilhic. (ut suprà), ipse ctiam ostendit, quèd
« beatitudo est bonum perfectum. »
Ad tertium dicendum, quôd sicut dicitnr in
materiam, sicuturere etsecare; et talis opéra*
tio non posset esse beatitudo, nam talis opera-
tio non est actus etperfectio agentis, sed magis
patientis, ut ibidem dicitur. Alia est actio ma-
nens ia ipso agente^ ut sentire, inteiligere et
velle; et hujusmodi actio estperfectio et actus
agentis; et talis operatio potest esse beatitudo.
Ad quartwD dicendum, quèd cùm beatitudo
dicat quamdam ultimamperfeetionem, secundùm
quôd diverss resbealitudinis capaces^ ad di versos
gradus perfectionis pertingere possuut^ secun-
dùm hoc neoesse est quùd diversimodè beatitudo
dicatur. Nam in Deo est beatitudo per essen-
tiam, quia ipsnm esse ejus est operatio ejus,
quia non fruitur alio, sed seipso. In angelis an?
tem bealitudo est ultima perfectio secundùm
aliquam operationem qua conjuaguntur bono
2i8 V n* rAKTIB, question m, ARTICtE 2.
incréé; et cette opération est une et perpétuelle. Quant à ce qui regarde
l'homme, dans l'état de la vie présente, sa perfection dernière exige aussi
ime opération par laquelle il s'unit à Dieu. Mais cette opération ne sautoit
Être continue, ni par conséquent unique; car l'opération se multiplie en
se brisant : et voilà pourquoi, dans l'état de la vie présente, la parfaite
béatitude ne peut se trouver dans l'homme. Aussi le Philosophe, tout en
plaçant la béatitude de l'homme dans cette vie , finit néanmoins par re-
connoître, après bien des raisonnements, qu'elle est imparfaite, puisqu'il
dit : « Nous les appelons heureux, mais comme il convient à des hommes. »
Pour nous, chrétiens, nous avons de Dieu la promesse de posséder oh
jour la parfaite béatitude, quand « nous serons comme les auges dans le
ciel, » Matth., XXII, 30. L'objection ne touche donc pas à cette béati-
tude parfaite, puisque, dans cet état, l'ame humaine est unie à Dieu par
une opération une, continue et sempiternelle. Mais, dans la vie présente,
autant cette opération est loin d'être une et continue, autant nous
sommes nous-mêmes éloignés de la béatitude parfaite. Nous y parti-
cipons, toutefois, jusqu'à un certain point; et plus l'opération devient en
nous une et continue, plus elle se ifapproche de l'essence de la béatitude :
et voilà pourquoi la vie active, qui se répand sur beaucoup d'objets,
s'accorde moins avec l'essence de la béatitude, que la vie contemplative,
qui s'applique à un seul objet, à savoir, la contemplation de la vérité (1);
. (1) La vie contemplative elle-même est donc , selon saint Thomas , une opération de Tétre
qui se rapproche ainsi de la suprême béatitude. Ainsi se trouvent réfutées et renversées par
leur fondement les dangereuses idées de ceux qui ont voulu faire de la vie contemplative ou
ttsittve un état purement passif. Ces erreui-s j qui ne vont à rien moins , dans leurs dernières
conséquences , qu*& détruire tous les devoirs du christianisme , erreurs dont Si est inutile de
rappeler ici toutes les exagérations et toutes les folies , avoient paru dans les premiers siècles
de rsglise. Elles cxistoient du temps de saint Thomas d'Aquin; et, quelques siècles plus
tard , elles dévoient obtenir un immense retentissement, en donnant lieu A une rétractation
glorieuse.
On ne comprend pas d'abord pourquoi notre saint auteur prouve en thèse que le bonheur
est une opération : ce n*est pas seulement au point do vue do la doctrine pure et de la vérité,
c*cst encore à la lumière de Thistoire philosophique ou religieuse, qu'il faut étudier ces
grandes théories. Rien ne sauroit mieux nous en montrer r importance et la profondeur!
îûcreato ; et lixc operatio est ia eis unica et
sempiterna (i). la hominibus autem, secuudùin
statum praîsentis vit», est ultima perfectio se-
cundùni operationem qua homo conjuDgitar Deo.
Sed kaec operatio nec continua potest esse , et
per cousequens nec unica est, quia operatio
interscissiouc muIUplicatar; et propler hoc in
slala pnesentls \itœ perfecta bealitudo ab ho-
mine haberi non potest. Unde Philosopbns in
I. Ethic, (ut suprà), ponens beatitudinem
hominis in bac vila dicit eam imperfectam ,
post multa concludens : « Beatos autem dicr-
mus, ut homines; » sed promittitar nobis à Deo
beatitudo perfecta , quando <c erimus sicut an-
geli in cœlo, » sicnt dicitnr Matth,, XXII.
Quantum ergo ad illam beatitudinem perfcctam
cessât objectio, quia una et continua et sempi-
terna operatîone, in illo beatitndinis statu, mens
hominis Deo conjungitur. Sed in pnesenti vita
quantum deficimus ab unitate et continuitate
talis operationis, tantum deficimus à beatitu-
dinis pîerfectione. Est tamen aliqua participât»)
bealitndinis ; et qaantô operatio potest esse
magis continua et una, tante plus habet ratio-
nem beatitndinis t et ideo in activa vita, qua
circa multa occupatur, est minus de ratione
beatitndinis, qnàm invita contemplativa, qn»
versatur circa unum, id est, drca veritatis con-
(1) Non quèd alias operaliones prster illam beatificam non exerceant| sed quôd operati»>
CE OUE c'est que la BÉATITUDE. 249
et lors même que cette dernière opération n'est pas aclucllement accom-
plie par l'homme, celui-ci est toujours, néanmoins, en disposition de
Tacicomplir, et peut l'accomplir en effet. Gomme il peut môme ordonner,
par rapport à cette opération, les interruptions qu'elle subit, soit à cause
du sommeil, par exemple, soit à cause de toute autre occupation natu-
relle, il semble que cette opération soit continue.
De là résulte clairement la réponse à la cinquième et à la sixième
objection.
ARTICLE III.
La béatitude est-'Clle une opération de la partie sensitive de Vame, ou bien
uniquement de la partie intellcctive ?
11 paroît que la béatitude consiste en partie dans l'opération de l'ame
sensitive. !• Il n'est pas, dans l'homme, d'opération plus noble que celle
de la parlie sensitive de l'ame, si ce n'est celle de la partie intelleclivc.
Or, l'opération intellective dépend en nous de l'opération sensitive,
puisque notre intellect ne peut entrer en exercice qu'avec le secours des
images, comme nous l'avons plusieurs fois dit, d'après le Philosophe, en
parlant des facultés de l'ame. Donc la béatitude consiste en partie dans
l'opération sensitive.
2» Selon la définition de Boëce, déjà citée plusieurs fois, a La béati-
tude est un état parfait par la réunion de tous les biens. » Or, il y a des
biens sensibles, que nous n'atteignons que par l'opération sensitive.
Donc il semble que celte opération soit nécessaire pour constituer la béa-
titude.
3» Selon le mot également connu du Philosophe, a la béatitude est le
bien parfait; » ce qui ne sauroit être si l'honmie n'éloit perfectionné par
elle sous tous les rapports, et dans toutes les parties de son être. Or, il
templationcm; etsi aliquandn homo acla non
opcretur hujasmodi operaliouem , tatnen quia
)(i promptu h^ibet eam^ scmpcr polest opcrari.
El quia eliam ipsam cessalionem, pulà ralione
somni, vd occupalioDis alicujus naturalis ad
o^^erationem prxdijlain ordinal , quasi \idetur
operatio conlinua esse.
Et per hoc patet solutio ad qaiuium et ad
sextum.
ARTICULIS m.
Vtritm heatitudo sit operatio scntiiivœ partis,
aut inleliecliva taninnt.
Ad tertium sic proceditnr (1). Videlur qu5d
Lcatitudo consistai etiam in operatione sensus.
NuUa enim operatio invenitar in bomino nobi-
lior operatione sensitiva , nisi intellectiva. Sed
operatio intellecliva dependet in nobis ab ope-
ralione scnsitiva ; quia « non possumus inteiii-
gere sine phanlasmate , » ut dicitur in 111. De
anima, Ergo bealitudo consislit eliam îa ope-
ratione sensitiva.
9. Prsterea, Boetius dicit in III. ï)e eontol.
( prosa II ), qu6d « beatitudo est status onmioai
bonoruo) aggregalione perfectus. » Sed qusdam
bona sunt scnsibilia, qujc attingimus per seasot
operalionem. Ergo videtur qu6d operatio sensus
requiratur ad beatitudinem.
3. Prxlcrca, beatitudo est bonum perfedsia,
ut probatur in I. Ethic., quod non esset, nisi
homo perflceretur |)er ipsam secundùm omnes
partes suas. Sed per operationes sensitivas quay
illa per quflscunque alias ne ad momenluin quidem interturbelur vel dislrabalufi etc. Hinc ^obi
UÛ8 custodiuniy sempcr \idere tamen faciem Palris indicantur, Malth,, XVIII.
(1) De bis etiam dmlttk Gtnl,, lib. lU, cap. 33 et 37 ; et Opuic.» III , cap. S6i \ et
I. Elhie,^ lecl. 10.
1K0 1" n* PARTIE, QUESTION HI, ARTICLE 3;
est des parties de Famé qui sont perfectionnées par les opérations sensi»
tives. Donc ces sortes d'opérations sont requises pour la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. L'opération sensitive nous est
commune avec les animaux privés de raison, mais non la béatitude.
Donc la béatitude ne consiste pas dans l'opération sensitive.
(Conclusion. — Gomme l'homme ne sauroit, par l'opération sensitive,
atteindre le bien incréé, ce n'est pas dans une telle opération que con-
siste la béatitude.) .
Une chose peut rentrer dans la béatitude de trois manières différentes :
ou d'une manière essentielle; ou comme antécédent; ou comme consé-
quence. Or, l'opération sensitive ne sauroit appartenir à la béatitude
d'une manière essentielle ; car la béatitude de l'homme consiste essen- \
tiellement dans son union avec le bien incréé, lequel est sa dernière fin, '
comme nous l'avons déjà dit ; et l'homme ne peut s'unir à ce bien par
l'opération sensitive. Nous avons également démontré que la béatitude
de l'homme ne consiste pas dans les biens corporels, les seuls néanmoins
que puisse atteindre l'opération sensitive. Mais cette opération peut ap-
partenir à la béatitude comme antécédent ou comme conséquence: comme
antécédent d'abord , à ne considérer la béatitude que dans son état im-
parfait, telle que nous pouvons l'obtenir dans la vie présente, puisque
l'opération de l'intellect exige l'opération du sens; puis comme consé-
quence, si l'on considère cette parfaite béatitude qui nous est réservée
dans le ciel; car après la résurrection, la béatitude de l'ame, selon la
pensée de saint Augustin, refluera sur le corps etle^ sens corporels,
de telle sorte qu'ils soient perfectionnés dans leurs opérations ; ce que
dam partes anim» perflciantar. Ergo operatio
sensitiva requiriiar ad beatitudinem.
Sed coDira : ia operatione sensitiva comnia-
nicant nobis bruta auimalia, non autem in bea-
titudine. Ergo beatitado non consislit in opera-
tione sensitiva.
(CoNCLusio. — C\im homo per sensus ope-
rationem conjungi nequeat increato bono^ bea-
titudo non est sensitiv» partis operatio. )
Respondeo dicendum , qu6d ad beatitudinem
potest aliquid pertinere tripliciter : uno modo
essentialiter; alio modo antecedenter ; tertio
modo conseqnenter. Essentialiter quidem non
potest pertinere operatio sensus ad beatitudi-
nem; iiam beatitudo hominis consistit essen-
tialiter in conjunctione ipsius ad bonum increa-
tnm^ quod est uUimus unis, ut suprà ostensum
est ( art. 1 ), cui homo conjungi non potest per
sensus operationem. Similiter etiam , quia os-
tensum est (qu. 2, art. 5]^ in corporalibus
bonis beatitudo hominis non consislit, quse ta-
men sola per sensus operationem attingimns.
Possunt autem operationes sensus pertinere ad
beatitudinem antecedenter et consequenter :
antecedenter quidem , secundùm beatitudinem
imperfectam, qualis în praesenti vita haberi po-
test; nam operatio inteliectûs praexigit opera-
tionem sensus. Consequenter autem, in illa
perfecta beatitudine qus expectatur in cœlo ;
quia post resurrectionem , ex ipsa beatitudine
anims, ut Augustinus dicit in Epi$t. ad Bioê-
corum (1), ûet qoaBdam refluentia in corpus et
in sensus corporeos^ ut in suis operationibus
perficiantur, ut infrà magis patebit, cùm de
(1) Sciiicet £pUt. LVI, circa médium, ubi poslquam pnemitit non «ccipero aoimttm à coi^
pore partem aliquam summi boni , quia melior est corpore , idque slulrissimé negatum , vel ei
indigentia saniiatis animi non adverli, subjungit statim : Tarn potenti naturd Deus feeit
animam, ut ex ejut pleninima beatitudine qu<» in fine temporum Sanetit promittilur,
Têdundet elimn in iuferiorem mUuram ^od $$i eorpuê ^ non quidem beatitudo quœ intêl^
'^is e$t propria, eed plenitudo eanitatis, id ett incorruplionii vigor.
GB QUE c'est que Là BÉATITUDE. 951
nous Terrons plus clairement dans la suite ^ quand nous traiterons de la
résurrection. Mais, dans cet état même, l'opération par laquelle Varna
sera unie à Dieu, ne dépendra pas des sens.
Je réponds aux arguments : !<> Cette première objection prouve que
l'opération sensitive est requise comme antécédent pour la béatitude im*
parfaite, telle que nous pouvons la posséder dans la vie présente.
2o La béatitude parfaite actuellement possédée par les anges, résume
en elle tous les biens possibles par son union avec la source universelle
du bien; ce qui ne veut pas dire qu'elle ait besoin de chaque bien indi-
viduel et particulier. Mais' dans la béatitude imparfaite de la vie pré-
sente , il faut une réunion de biens sufSsants pour donner à cette vis
l'exercice le plus parfait possible.
S"" Dans la béatitude parfaite, tout l'homme est perfectionné sans
doute, mais de telle sorte que la partie inférieure de son être ne Test
que par l'effusion de la partie supérieure ; tandis que dans la béatituda
imparfaite de la vie présente , le perfectionnement suit une marche con-
traire, et va de la partie inférieure de l'être humain à sa partie supé*
rieure»
ARTiaE IV.
Suppoiè que la béatitude soit une opération dé la partie intelleetive , est-elle
^opération de l^irUellect ou celle de la volonté?
n paroit que la béatitude consiste dans l'acte de la volonté. 1*" Saint
Augustin dit. De Civii. Deiy XIX, 11 : a La béatitude de l'homme con-
siste dans la paix; » ce qui fait dire au Prophète royal, Ps. CXLVII, 3 :
0 II a fait de tes frontières le séjour de la paix. » Mais la paix est du
ressort de la volonté. Donc la béatitude de l'homme consiste dans la
volonté.
resnrrectione agetur. Non autem tune operaiio
qua mens hamana Deo coDJangitur, à sensu
dependebiL
Ad primum ergo dicendum, qaèd objectio iUa
probat qu6d operatio sensns requihtur aotece-
denter ad beatitudinem imperfectam, qualis in
hac vita haberi potesL
Ad secandam dicendum, qoôd beatitudo per-
fecta^ qualem angeli habent, habet congrega-
tionem omniam bonorum per conjonctionem ad
nniTcrsalem fontem toUns boni; non quôd indi-
geat singulis particularibus bonis. Sed in hnc
beatiludiue imperfecta requiritur con^regatio
bomoram snfficientium ad perfectissimam ope-
rationem bujus vits.
Ad tertium dicendum, qa6d in perfecta bea-
tiiodioe perficitnr iotns homo, sed in inferiori
parte per redundanliam à auperiori ; in beatito-
diue autem imperfecta pneseutis vite, ë con-
verso, à perfectione inferions partis procèditur
ad perfectionem sopetioris*
ARTiaXUS IV.
Vtrùm , n heatUudo est inielUctwa pariia, tU
operaiio intellectus a» voltmtatis.
Ad quartum sic procèditur (l). Videtur qu&d
beatitudo consistât in actu vobintatis. Didt enim
Augastinus, XIX. De Civit. Dei (cap. 11),
qu5d « beatitudo bominis in pace consistit; •
unde in Psalm. CXLVII : « Qui posuit finei
tuos pacem. » Sed pax ad voluntatem pertine^
Ergo beatitudo homiuis in voluntate coasistit»
(1) De Lis etiam infri, qu. S6, art. 3 et 3; et Contra Geni., lib. II, cap. 25, 36 et 27,
^ S; et qu. 16, de malo, art. 2, ad 6; et qu. 1, de verit., art. 5, ad 8; et QtMdlib., VIO,
«rt. 19; et OpUiCs III, cap. 107.
Î62 !»• «• PAllTIE, 0TTK5TION III, ÀRTîfXB 4.
2" La béatitude est le souverain bien. Or, le bien est l'objet de la vo-^
lonté. Donc la béatitude consiste dans l'opération de la volonté.
3» Au premier moteur répond la dernière fin : ainsi la dernière fin de
toute une armée c'est la victoire, et c'est là aussi la fin du général, qui
meut toutes les parties de ce corps. Or, le premier moteur de toute opé-
ration c'est la volonté, puisqu'elle met en mouvement toutes les antres
forces humaines, comme nous aurons à le dire plus tard, question 9.
Donc c'est à la volonté qu'appartient la béatitude.
&• Si la béatitude est une opération, il faut qu'elle soit la plus noble
des opérations de l'homme. Or, l'amour de Dieu, qui est un acte de la
volonté, est plus noble que la connoissance, qui est l'opération de l'in-
tellect; c'est ce que nous voyons dans l'apôtre saint Paul, I. Corinth,,
XIII. Donc il paroit que la béatitude consiste dans un acte de la volonté.
5» Saint Augustin dit. De Trin., Xlil : « Celui-là est heureux qui a
tout ce qu*il veut, et qui ne veut rien de mal. » Et peu après il ajoute ;
« Celui-là se rapproche de cet état de bonheur, qui veut selon le bien
tout ce qu'il veut; car c'est le bien qui rend heureux, et il possède déjà
quelque chose de ce bien , à savoir, sa bonne volonté elle-même. » Donc
la béatitude consiste dans un acte de la volonté.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire , conformément à ces paroles de
Notre-Seigneur, Joan.y XVII, 3 : a La vie éternelle consiste à vous con-
noitre, vous le seul vrai Dieu. » Or, la vie étemelle est notre dernière
fin, ainsi que nous l'avons dit. Donc la béatitude de l'homme consiste
dans la connoissance de Dieu, c'est-à-dire, dans un acte de l'intellect.
(Conclusion. — Comme nous n'atteignons notre fin intelligible qu'au-
2. Prsterea, beatiludo est summum bomim.
Sed bonum est objectum voluntatis. Ergo bea-
tiludo ia voluntatis operatione consistit.
8. Prxierea, primo moventi respondet ultimus
unis : sicQt uUimus finis tolius exercitûs est
▼ictoria, qua: est finis ducis, qui omnes movet.
Sed primum movens ad operandum est volunlas,
qnia movet alias vires, nt infrà dicetur (qu. 9 ,
art. 1 ). Ergo beatitudo ad voluntatem pertineL
4. Prsterea, si beatitudo estaliqua operatio,
oporlet qu6d sit nobilissima operatio hominis.
Sed nobilior est Dei dllectio, qus est actus vo-
luntatis, quàm cognitio, qu» est operatio intel-
lectùs, ut patet per Apostolum, 1. ad Cor,,
XUi (1). Ergo videtur qu6d beatitudo consistât
ia actu voluntatis.
5. Prsterea , Augustinus dicit in XIII. De
Ttin,, qu6d « beatus est qui babet omnia qus
vuU, et nihil vult malè. » Et post pauca snbdit :
« Et appropinquat beato qui benè vult qnodcan-
que vult; bona enim beatum faciunt, quorum
bonorum jam habet aliquid, ipsam scilicct bonam
voluntatem. » Ergo beatitudo in actu voluntatis
consistit.
Sed contra est, qnod Dominus dicit, Joan.,
XVII (3) : « Hœc est vita sterna ut cognoscant
te Deum vertim , unum. » Vita autem ieterna
est ultimus finis, ut dictum est. Ergo beatitudo
bominis in cognitione Dei consistit , qns est
actus intellectûs.
(CoMCLusio. — Cùm finem intelligibtlem non
consequamur, nisi per boc quod sit nobis pne-
(t) IJbi ait : 5t hahuêro prophetiam et naverim myiteria omnia et omnem êeiêmiitM,
ehariiatem autem non habuero^ nihil sum,
(2) Sic equidem explicat Augustinus, lib. De epiritu ei liUera» eap. 33 ( vel in aliis ezem*
plaribu9,33) : Cùmeiniitri ierint in ambuttionem œlernam (tnquit),ittfa' autem invilam
œlernam; quia hœc e$i vita œlema ut cognoteant te Deum^ ete, lUa cognitione^ illa visions,
illa contemplatione satiabiturin bonis desiderium^ ete. Et lib. I. De Trin,, cap. 8, iode
probat qoôd hœe nobis eontempUUio promiuitur, veluti aetionum omnium finis et telerna
Vito gaudiorum*
CE OUE c'est que U BÉATITUDE. 223
tant qu'elle nous est présente par un acte de Fintellcct , Tcssence de la
l)6atitude doit nécessairement consister dans un tel acte; et ce n'est qno
par accident^ c'est4-dire; par la délectation même, dont la béatitade est
suivie, que celle-ci consiste dans un acte de la volonté.)
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, deux choses sont requises pour
la béatitude : d'abord, l'être même ou l'essence de la béatitude; puis,
ce qu'on peut en regarder comme l'accident, à savoir, la délectation dont
elle est suivie. D'après cela, je disque sous le rapport de son essence
même, la béatitude ne sauroit consister dans un acte de la volonté. Il
résulte évidemment de ce que nous avons dit que la béatitude est l'ac-
quisition ou possession de la fin dernière. Or, cette acquisition ne con-
siste pas dans un acte de la volonté; car la volonté se porte vers la fin,
soit qu'elle ne l'ait pas encore, soit qu'elle la- possède déjà, dans le pre-
mier cas par le désir, dans le second par la délectation et le repos. Mais
il est manifeste que le désir de la fin n'en est pas la possession, puisque
ce désir est un mouvement vers la fin ; et la délectation n'existe dans la
volonté que parce que la fin est obtenue, et Ton ne peut dire rccipro-
quemfent qu'une chose est obtenue parce que la volonté s'y délecte. Il
faut donc que ce soit par un acte différent de celui de la volonté, que la
fin est rendue présente à cette même volonté. Et cela paroitra plus clair
si nous en faisons l'application à une fin sensible : si l'on pouvoit, par
exemple, acquérir de l'argent par un acte de la volonté, l'avare seroit
riclie tout d'abord, c'est-à-dire, aussitôt qu'il veut la richesse; et cepen-
dant il arrive qu'il ne la possède pas dès le premier abord , il faut qu'il
étende la main pour la saisir, ou qu'il emploie d'autres moyens ayant le
• même effet; et c'est alors qu'il se délecte dans l'argent qu'il possède. La
même chose arrive par rapport à notre fin intelligible : nous voulons dès
l'abord acquérir cette fin, mais nous ne l'acquérons en réalité que parco
qu'elle nous est rendue présente par un acte de l'intellect; et notre vo-
Mos per actuni intellectûs, oportet bealitadînem
esseotialiter in acta intelleclûs consîstcre , et
non nisi accidentaliler (secundùm ipsam scilU
cet delcctationeoi qu» beatitudinem consequi-
tur) iaaclu voluntatis.)
Respoodeo dicendum , qii6d ad beatilodincm,
sicot SQprà dictam est ( qo. 9 , art 6 ), duo re-
quiruntur: unam, quod est e^^beatitudinis;
aliûd quod est qaasi per se accidens cjus, sci-
licct deleetatio ei adjoncta. Dico ergo qu&d
qnautum ad id quod est essenlialiter ipsa bcati-
tudo, i:npossibile est quod consistât iu aclu vo*
luntatis. Manifestnm est en! m ex prsmissis,
qii6d beatitudo est consecotio flois ultimi. Con-
teeulio autem finis non oonsistit in ipso acta
Tolontatis ; voluntas eniui fertur in linem , et
ibseotcro, cùm ipsum desiderat, et praDsentem,
cùffl in ipso requiescens delectalur. Uanifeslua
est autem qu6d ipsum desidcrium Unis non est
consecutio (icis, sed est motus ad lincm ; delee-
tatio autem advenit voluntati^ ex hoc quàd finjâ
est prxsens, non autem è convcrso ex lioc nli-
quid Ut prxsens, quia voluotas dclccl;:tur iit
ipso. Oportet igilur aliquid aliud esse quiiui
actom voluntatiSi per quod lit Quis ipse pnu^eiiâ
voluntati. Et hoc manifesté uppaiet circa iijic«
sensibiles. Si euim consequi pcouuiain c^stt
per actum volunlatis, statim E principio copiuus
consecutus esset pccuniam, qiiauJo ci:ii vu.l
habere; sed à principio quidem est absc^s ci,
consequitur autem ipsum per hoc quai iujuu
ipsam apprchcndit , vcl aliquo h .juS.LOiIi ; et
tune jtJi dclectatur in pecunia habita. Sic igi-
lur et circa intelligibilem tinem conlingil; uain
à principio votumus consequi finem iutclligibi-
leoiy consoiiuimur auiem ipsum per iioc qn6d flt
Î5* r* !!• PARTIS, OUBSnON m, AllTICLE h.
lonté se déleete alors dans une fin déjà acquise. Ainsi donc l'essence de
la béatitude consiste dans nn acte de Tintellect, et la délectation qui sait
la béatitude appartient à la volonté : ce qui fait dire à saint Augustin,'
Confess.f X, 2S : « La béatitude est la joie qui résulte de la vérité; 0 on
peut dire, en effet, qne la joie est la consommation de la béatitude.
Je réponds aux arguments : i^ La paix rentre dans la fin dernière de
l'homme, non comme étant l'essence même de la béatitude , mais comme
condition préalable en même temps, et comme conséquence; car il faat
d'abord que toutes les causes de trot^le et tous les obstacles à la fin der-
nière aient disparu; puis, une fois eçtré en possession de cette fin der-
nière, l'homme repose en paix par la satisfaction de tous ses désirs.
2o Le premier objet de la volonté ce n'est pas l'acte, pas plus que le
premier objet de la vue n'est la vision , mais bien l'objet visible. Aussi ,
par là même que la béatitude est le premier objet de notre volonté , il
fout dire qu'elle ne sauroit être son acte (1).
3* L'intellect saisit la fin préalablement à la volonté; mais c'est dans
la volonté que prend naissance le mouvement vers la fin : c'est pour cela
qu'il faut attribuer à la volonté ce qui résulte en définitive de l'acqni*
sition de la Qn, c'est-à-dire, la délectation ou la joie.
h"" La délectation surpasse la connoissance dans l'impulsion à donner
au mouvement; mais la connoissance devance la délectation pour atteindre
(1) La Tlsion de Dieu , dans laquelle consiste la béatitude , est Pacte même de notre inteU
leet; tandis qne la béatitude n^est pas Pacte de notre volonté, mais bien son objet. Pour bien
comprendre cette distinction , sur laquelle repose tonte la force de P argument, il faut se sou»
Tenir de ce qui a été dit plusieurs fois touchant la manière dont il faut entendre Pobjet et
Pacte I dans la philosophie de saint Thomas. Tobjet d*une puissance est placé en dehors de
cette puissance ; mais Pacte en est la perfection : Pacte est cette puissance même , dans la
plénitude de son être. Ainsi Dieu , objet de la Tision béatiflqne, est placé en dehors de Pintel-
pnesens nobis per actum intellectûs, et tune
tolantaBdelectataconquiescitinfiDejamadepto.
Sic igitur essentiabeatitudinis inactu intellleclûs
consistit; sed ad voluntatem pertiaet delectatio
beatitudinem consequens, secandùm quod Au-
gnstinns dicit, X. Confess. (cap. 28), qu6d
« beatitodo est gaudiom de teritate ; » quia soi-
licet ipsam gaadium est consummatio beatitu-
dlnis.
Ad primnin ergo dicendum, qo6d pax pertinei
ad uUimum hominis finem, non quasi essentia-
liter sit ipsa beatitudo, sed quia antecedenter et
consequenter habet se ad ipsam : antecedenter
quidem , in quantum jam sunt remota omnia
perturbantia et impedientia ab ultimo fine;
consequenter verè, in quantum Jam homo
tdepto nltimo fine, remanet pacatns, desiderio
quietato.
Ad secundum dicendam, quod primum db-
jectam Toluntatts non est actus, sîeut nec pri-
mum objeclom visas est visio, sed yisiliiie.
Unde ex hoc ipso qu6d bealitado pertinet td
voluntatem tanquam primnm objeclum ^,
sequitur qu6d non pertineat ad ipsam tanqîum
actus ipsius.
Ad tertium dicendam, qo&d flnem prim6 ap-
prebendit intellectos qoàm volantas; tamen
motos ad finem incipit in volontate : et ideo
volontati debetur id quod ultimo conseqnitor
conscntionem finis, scilicet delectatio vel frnitio.
Ad qnartam dicendam, qoM dilectio prs-
eminet cognitioui in movendo. Sed cogniiio
pnevia est dilectioni in attingendo ; non enim
diligitar nisi cognitum, ut diât Augustinos in
X. De TriH. (cap. 1) (1) ; et ideo intelUgibUem
[finem primo attingimus per actionem intellee-
(t) Vel sic sutim ab initie : Rem prormêe ignotw» ^mare otmif'iio milîw poM. Et infe*
CE QUE c'fST QUE LA BÉATITUBB. 3S5
la fin, pidsqu'on ne sauroit aimer uùe chose inconnue, comme le dit
saint Augustin : il soit de là que c'est par Taction de l'intellect que nous
atteignons d'abord la fin intelligible ; de même que nous atteignons d'a-
bord la fin sensible par l'action du sens.
b"" Celui qui possède tout ce qu'il désiie, est par là même heureux; mais
une telle condition ne se réalise pas par un acte de la volonté. Seulement
il est requis, comme une sorte de disposition préalable à la béatitude, de
ne rien vouloir de mal ; et cette volonté bien réglée est mise au rang des
biens qui constituent le bonheur, en tant qu'elle conduit à ces biens :
ainsi le mouvement rentre dans le genre du terme auquel il aboutit,
comme l'altération préable rentre dans le genre de la qualité*
ARTICLE V.
La béatitude est-elle une opération de rintellect spéculatif ou de l'intellect
pratique?
n parolt que la béatitude consiste dans une opération de l'intellect
pratique. !<> La fin dernière de toute créature consiste dans son assimi*
lation avec Dieu. Or l'homme ressemble plus à Dieu par l'intellect pra-
tique, cause et principe de son objet même, que par l'intellect spéculatif;
dont la science, au contraire, provient de son objet. Donc la béatitude de
l'homme consiste dans l'opération de l'intellect pratique plutôt que dans
celle de l'intellect spéculatif.
^ La béatitude est le bien parfait de l'homme. Mais l'intellect pratique
se rapporte au bien, plutôt que l'intellect spéculatif, qui se rapporte au
vrai : aussi est-ce par la perfection de son intellect pratique que l'homme
est appelé bon ; et ce n'est pas par la perfection de son intellect spéculatif,
lect; mais la yision de Dieu modifle rintellect mènie et le perfectionne. Volli pourquoi la
béatitude consiste essentiellement dans cette vision; elle est, par conséquent, racte on To^
péralion de TinteUect.
tûs, sicut et finem sensibilem primo attingimos
per actionem sensas.
Ad quintum dicendnm , qnôd ille qui habet
omnia qas vult, ex hoc est beatus qu5d habet
ea qus vult, qood quidem est per alind quàm
per actom volantatis. Sed nihil malè veUe re-
qairilor ad beatitadiaem, sicut qusdam débita
dispositio ad ipsam; Toluntas autem bona po-
nitur in numéro bonorum qus beatnm faciant,
prout est inclinatio qusdam in ipsa : sicut mo-
tus reducitnr td genus sni teranni, ut alteratio ad
aoalitatem.
ARTICULUS V.
Utrian heatitudo sit operatio inleUeetui
tpeeuiativi , an practiei.
Ad quintum sic proceditur (1). Videtur quôd
béatitude consistât in operatione intellectûs
practici. Finis enim ultimus ciynslibet creatnr»
consistit in assimilatione ad Denm. Sed homo
magis assimilatar Deo per intellectam practi-
cum^ qui est causa rerum intellectamm, quàm
per inteUectum speculativum , cujus sdentia
accipitur à rébus. Ergo heatitudo hominis
magis consistit in operatione iuteUectds prao-
ticij quàm speculativi.
2. Prsterea, heatitudo est perfectum honum
hominis. Sed intellectûs practicus magis ordi-
natur ad honum, quàm speculativus, qui ordi-
natur ad verum : unde et secnndùm p^rfectio-
nem practici intellectûs dicimur boni, non autem
secundùm perfectionem speculativi intellectûs,
sed secondYOi eam dicimur scientes vel inteUi*
(1) Se bis eUam I. part., qn. 90, art. 8; ut et TV, Sanl.^ dist. 49, qu. 1, art. I , quMtimio. %
Cimf«M m» cap. 834; et super I. Bthie., lect. 10 , col. a.
3
i>
256 !»• ir PARTIE, OUBSTION Hf, ARTICLE 5.
qui le fait seulement nommer habile ou savant. Donc la béatitude de
Vhomme consiste cbms Tacte de l'intellect praMque, plutôt que dans celui
de rintellect spéculatif. «
3» La béatitude est un genre de bien qui est dans ITiomme même. Or,
Vintellect spéculatif s'applique surtout aux choses qui sont en dehors de
riiorame ; tandis que Tintellect pratique s'applique aux choses de l'homnio
même, c'est-à-dire, à ses opérations et à ses passions. Donc la béatitiirî
•lu l'homme consiste i^lns dans l'opération de l'intellect pratique que dan
cA\o de l'intellect spéculatif.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après ces paroles de saint Au-
gustin, De Trin., 1 , 8 : a La contemplation qui nous est promise est la
fin de toutes les actions et l'accomplissement étemel de toutes les joies. »
(Ck)NCLusioN. — Principalement et avant tout, c'est dans l'opération de
l'intellect spéculatif, comme étant ce qu'il y a de plus parfait et de meil-
leur en sol, et comme étant en outre ce que l'homme a de commun avec
Dieu et les anges, que la béatitude consiste, bien qu'elle consiste aussi
secondairement dans l'opération de l'intellect pratique. )
La béatitude consiste plus dans l'opération de l'intellect spéculatif que
dans celle de l'intellect pratique; et cela se prouve de trois manières :
D'abord , la béatitude de l'homme étant une opération, il faut qu'elle soit
son opération la plus parfaite ; et la plus parfaite opération de l'homme
est celle de sa puissance la plus élevée et concernant l'objet le plus digne.
Or^ la puissance la plus élevée de l'homme, c'est l'intellect ; et son objet
le plus digne, c'est le bien qui est Dieu même, objet de l'intellect spécu-
latif, et non de l'intellect pratique. C'est par conséquent dans une telle
opération, à savoir, dans la contemplation des choses divines, que con-
siste surtout notre béatitude; et comme ce tout être semble s'ideniiiier
avec ce qu'il a de meilleur en lui (!) , » suivant la remarque du Philo-
(I) Cela vcul dire que tciii tire se spt^rifte et se carartêiisc par ce (xu'il a de pUis c!:\c ou
de plus parfait. Un exemple érUircira facilement ce principe : riionime , par exemple, li'a
rentes. nr;:o bcnliludo hominis magîs consisUt
h actu intdtcclûs practici qnhm spcculativi.
3. Prxtcrc3t bcalitudo est qaoJdam bonuiii
rrins Isomini.:. Sed spccnlalivus iiildleclus
t*crapatur mngis circa ca qos sunt extra lio-
.^riiicin; practicus autem intcUoctus occr.palur
CTca ea qnx sunt ipsins homin's, scilicct circa
augclisquc coinnnuDicat, bcalittido noslrj rcpe-
litar, licc:t secundarii) in p;adici inlclleciOi
opcialio..e coQsislat.)
ncspcndeo dicuMiJum, qnoU li2u!ilu.io aiigis
consi^lit in o,XT.uionc S|)ocji;ili«L iuleV.eiiùs
quàm i-riidiii: qv.nù. j;niA c\ lûhuS. \\\\ult
qui!e:n ex hoc quôd^ i:i bc3tit..d) iio.uiiii^ c t
n;eraiio:ie8 et pas^ioncs cjns. Ergo bcatilajo j o;,cr..lio, oporlet qiijj fil opliuu oijeraiio lio-
.•o.riinis magis contislii ia oper-tioue inlcliccîûs
;rnc'id, qiiàni intdiedûs spocuhtivi.
£? l contra cfI, qnod Augnslinus dic.l in I.
!>c Trîn. ( cnp. 8 ) , quôd ce coiUcinplalio pro-
/::l!iti:r nnlMS, actionum omuium Anis, atiuc
4SÎ:r:a pcrfrciio graidionun. »
(CcNcasio. — Rindpalitcr ia spccubtiva
uid'iâdù:^ opsialion?, ut iii optima, et maxime
[•l'Opter Bcipsaui quujsiU, etqua lio.tio cuni beo
miiûà; opliiua aulciû opcratlo bumiiiis e^t, q-w)
Cit o-itiuix polcnlis rcspectii 0|;tinai oi>j'.*rli«
Oplimu atilein poteatia est intellectus , aijii;
objcdum optimum est bonum divinum, ({,M
quilcm non est objcdum pradtd inteiieilùi,
se il £;.ccuii!{ivi. Undo in ta!i opcralione, sriUet
in ccnlcin|-!a:inuc divinonim maxinù cnaçi:»tit
keatitiiritt; et cfiiia « unnsquisque videtur esse
iû nuoU ti\ opliiuu!!) in eoy » ut didtar taOC.
CE ous g'sst qve la. béatitude. 257
sophe, il faut dire que cette opération est celle qui convient le mieux à
rhomme et qui lui procure la plus vive délectation. En second lieu, la
contemplation qui fait la béatitude est éminemment recherchée pour elle-
même. Or, l'acte de l'intellect pratique n'est pas recherché pour lui-
même, mais pour l'action qui en résulte; et l'action elle-même est or-
donnée vers une fin. On voit donc clairement par là que la fin dernière
ne consiste pas dans la vie active, laquelle est du ressort de l'intellect
pratique. Troisièmemrat enfin, par la vie contemplative l'homme a un
rapport avec les êtres supérieurs, avec Dieu et les anges, à qui il doit
être assimilé par la béatitude. En ce qui regarde la vie active, les ani-
maux ont certains points communs avec l'homme , ils participent à ce
genre de vie, quoique d'une manière très-imparfaite. Voilà pourquoi la
dernière et suprême béatitude , qui nous est promise dans la vie future,
consiste uniquement dans la contemplation; tandis que la béatitude im-
parfaite, telle qu'on peut l'avoir ici-bas, consiste sans doute avant tout et
principalement dans la contemplation, mais exige aussi secondairement
l'opération de l'intellect pratique, afin de diriger vers le bien les actions
et les passions humaines.
Je réponds aux arguments : !<> La ressemblance établie entre l'intellect
pratique et l'être divin, n'existe que par une certaine proportion, dans
ce sens qu'il est par rapport à son objet comme Dieu par rapport au sien.
Mais la ressemblance de l'intellect spéculatif avec Dieu existe par union
et par communication, ce qui constitue une ressemblance beaucoup plus
parfaite. On peut même ajouter qu'à l'égard du principal objet de ses
connoissances , c'est-à-dire, à l'égard de son essence propre. Dieu ne pos-
sède pas une science pratique, mais seulement spéculative.
rien de plus parfait en loi que Tame intelleetive. Aussi l'ame intellective est-elle, comnie sons
Tavons vn dans saint Thomas, la forme de Tétre humain; le corps n*en est que la matière.
Par le corps, Tbomme ressemble aox animaux, et se confond en quelque sorte avec eux; il
8*en distingue par son ame ; c*est son ame qui le constitue dans son espèce , qui en fait un
être distinct. C'est ainsi que tout être se distingue par ce qu*il a de plus parfait , et s*ideiH
tifie, selon le principe d*Aristoie, avec ce qu'il y a de meilleur en lui.
et in X. Ethic, ideo talis operatio est maxime
propria homini, et maxime deiectabilis. Secnodô
apparet idem ex hoc qu6d contemplaiio maxime
quseriiur propter seipsam. Acius autem iotel-
lectùs practici non quar.itor propter seipsnm^
sed propter aclionem; ips£ autem actiones or-
dinantur ad aliquem Ûnem. Uode manifestum
est qu6d ultimus finis non potest consistere in
Yita activa, qus pertioet ad intellectam prao-
ticom. Terliè, idem apparet ex boc qu()d in vita
contemplaliva home commanicat cam superio-
ribus, sciticet cum Oeo et angelis, qaibusper
beatiludinem aasimilatar. Sed in bis qa» pe^
tiuent ad vitam activam, etiam alia animaiia
cum bomine aiiqnaliter communicant, Ucèt im-
perf^)è.£tideoaUima etp«rfectabeatitadoqu»
IV.
expeetatur io futura vita, tota consistit in cotk
templatione; beatitudo autem imperfecta, qua-
lis hic haberi potest, prim6 quidem et principa-
litercoQsisUt in conlemplatione, secundariô ver6
in operatione practici iatellectûs ordinanlis actio-
nes et passiones humanas, ut dicitnr in X. Ethic,
Ad primum ergo dicendum , qu6d similitudo
prsdicta intelleclûs practici ad Denra est se*
cundùm proportionalitatem, quia sciiicet habet
se ad snum cognitam, âcat Deus ad suum ; sed
assimiiatio inteliectûs speculativi ad Deam, est
secundùm unionem vel infonnationem, qua est
moltô major assimiiatio; et tameo dici potest ^
qu6d rcspectu principalis cogniti, quod est
esseotia, non habet Deus practicam w
sed specalalivam tantiun.
17
288 1'' II' PAATis^ QUBffioir m, abtigle 6.
^ Llntellect pratique n'atteint qa'un bien placé hors de Icd ; tandis
que riutelleût q)éculatif possède le bien en lui-même, par la contem-
plation de la vérité; et si c'est là un bien parMt, tout Thomme se
trouve perfectionné et comme informé par ce bien : c'est ce qu'on ne
peut dire de l'intellea pratique, qui ne lait qu'ordonner l'Iummie vers
ce but.
S"» La raison donnée dans cet argument auroit une valeur, si l'homme
étoit lui-même sa fin dernière ; car alors c'est dans la considération et la
coordination de ses passions et de ses actes qu'il trouveroit la béatitude.
Mais comme la fin dernière de l'homme est un bien placé en dehors de
lui , à savoir^ Dieu même , lequel ne peut être atteint que par l'opéra-
tiou de l'intellect spéculatif, il faut en revenir à dire que la béatitude de
l'homme consiste plus dans l'opération de l'intellect spéculatif que dans
celle de l'intellect pratique.
ARTICLE VI.
La béatitude consiste-t-elle dans la considération des seienoes spécuiatifyesf
Il paroît que la béatitude de l'homme consiste dans la considération
des sciences spéculatives. !• Le Philosophe dit, Ethic.y f, 10 : a Le bon-
heur est une opération accomplie selon la vertu parfaite; » et quand il
distingue les vertus spéculatives, il n'en admet que trois, la science, la
sagesse et l'intellect, qui toutes appartiennent à la considération des
sciences spéculatives. Donc la suprême béatitude de l'homme se trouve
dans la considération des sciences spéculatives.
2» Ce qui doit être la dernière béatitude de l'homme , c'est sans doute
le bien que tous les hommes désirent naturellement et pour lui-même.
Or, telle est la considération des sciences spéculatives; car, selon la parole
Ad secundom dicendam, qu5d intellectas
practicus habet honum , qnod est eilra ipsnm.
Sed inlcllcctus speculativas bnbct bonum in
seipso, Bcilicet contemplalionem veritalis; et si
illuU bonum sit perfectum ^ ei eo totus homo
perûcitur, et fit bonas : quod quidem iutel-
lecttts practicus non habet ^ sed ad Ulud or-
dinat.
Ad terliom dicendnm, qu5d ratio Hla proce-
deret, si ipscmet homo esset ultimus finis;
tune enim consideratio et ordinatio actuum et
passiontim cjus esset beatitudo. Sed quia uili-
mus honiinis finis est aliud bonum extrinsecum,
icilicet Dcus , ad quem per operationem iutel-
lecti^s spcculativi atlin^us ; ideo magis bea-
titudo homioia in operatione intellecliUs specu-
lalivi consistiti quàiu in operatione inlellectùs
practici.
ÀRTICÏJLUS VI.
Utrkm beatUudo etmtiitat tf» coffsiâenUhne
McienUarum êpeculativarum.
Ad sextom sic proceditur (1). Videtnr qnM
beatitudo hominis cons^istat in consideratione
scientiarum specnlativamm. Philosophus enim
dicit in lib. Ethic, quôd « félicitas est operatio
secundùin perfectam virtutem ; » et distingaens
virlutes speculativas non ponit nisi très, scieih
tiam , sapientiam et intellectum , qus om-
nés pertinent ad considerationem scientiarum
speculativarum. Ergo ultima hominis beaHtudo
in consideratione sdentianun speculatiTarum
consislit.
9. Prxterea, illud videtnr esse nlttma bo*
minis beatitudo, qnod naturaliler desiderltor
ab onmibne propter seipsnm. Sed hujusmodi
\\) De bis etiam in 3, 2, qu. 167, art. 1 , ad 1; et OpuM^ m, cap. 204^ 969^ W^
CE QUE c'est que LA BÉATITUDE, 959
ûi\ Philosophe, a tous les hommes désirent naturellement de savoir; b et
peu après il ajoute : « Les sciences spéculatives sont recherchées pour
elles-mêmes. » Donc la béatitude consiste dans la considération des
sciences spéculatives.
3° La béatitude est la perfection suprême de Thomme. Or, un être quel-
conque n'est conduit à sa perfection qu'en passant de la puissance à Tacte;
et l'intellect humain est réduit en acte par la considération des sciences
spéculatives. Donc c'est dans la considération de ces sortes de sciences
que la béatitude de l'homme doit consister.
iMais c'est le contraire qu'il faut dire, d'après cette parole du Pro-
phète, Jerem., IX, 23 : a Que le sage ne se glorifie pas dans sa sagesse; x»
et il est question là de la sagesse qui consiste dans les sciences spécula-
tives. Donc ce n'est pas dans cette considération que se trouve la béati-
tude de l'homme.
(Conclusion. — Comme la considération des sciences spéculatives ne
peut s'étendre au-delà du point qui lui est assigné par la connoissance
des objets sensibles, puisqu'elle a son principe dans cette connoissance,
on ne sauroit dire que la dernièi'e et suprême béatitude de l'homme se
trouve dans les sciences spéculatives; il n'en existe là qu'une simple
participation. )
Comme nous l'avons dit plus haut, il faut distinguer deux sortes de
béatitude dans l'homme, la béatitude parfaite et la béatitude imparfaite.
Or, nous devons appeler béatitude parfaite celle qui réalise pleinement
l'idée de béatitude; et béatitude imparfaite, celle qui ne va pas jusque-là,
et qui n'est qu'une image ou une participation de la vraie béatitude :
est consideratio speculalivâruin scientiaruai ;
quia, ut dicilur in I. Metaphys,, «omncs bo-
iiiincs nalurà scire desidcrant ; » et post pauca
Subditur , quôJ « spécula tivjc scientiaî propter
seipsas quxruntur. » Ergo in considerationc
scientiarum speculativarum cousistit bealiludo.
8. Prxleroa , beatitudo est ultima horalnis
perfectio. Uaamquodque autem perQcitur se-
cundùm qu6d reducilor de potenlia la aclam ;
intellectus autem bumanus ledudtur in actum
per coasideraLionem scientiarum speculativa-
rum. Ergo videtur quod in ejusmodi coasidera-
tione ullima hominis beatitudo consistât.
Sed coutra est, quoddicitor Jerem., IX : « Non
glorietor sapien» in sapientîa sua; » et loquilur
de sapientia specolativarom scientiamm (1;.
Non ergo consistit in barom consideratione
ullima bominis beatitudo.
( GoMGLusio. ^ Cùm consideratio scientia-
rum speculativarum non possit ultra extendi,
quàm sensibilium coguitio, qus est earum
principium, ducere possit; idcirco in speculali-
vis scientiis ultima atque perfecta hominis bea-
titudo non invenituTy sed tantùm ejus partiel-
patio quiedam. )
Respondeo dicendam, qnèd sictit (art. 8 et
i ) suprk dictum est , duplex est bominis bea-
titudo, nna perfecta et alla imperfecta. Oportet
autem intelligere perfectam beatitudtnem , qoœ
atlingit ad veram beatitadinis rationem; beati-
tudinem autem imperfectam, qn» non attingit,
sed participât qaamdani particolarem beatita
(1) Fi'opter ' ' quod sequitur per oppositum ( vers. 23 ] : Sed glorietur qui gloriatwr^ teire
€l noue me, qu ego Dominut^ etc. Quasi cognilionem Bei qu» vera est hominis et propria
sapienlia, f iomi opponens quarum objecta ianiù.n naturaliavel bumana sunt, sive sapientitt
nu qooe, ut lo luilur Ghrysostomus (Uoinil. XXXV. in MaUh, )j doelrind sœculari prœtUUur.
Uodc in eum locum Hierooymus : Omni* (inquit) aufertur iuperbta^ dum et eorum tapientia^
«I fofiitudo^ et opes reputantur in nihitum (ut et additur ibi), et itta est iola gloriatio^
Mt êciat et inteUigat quàd ipm ( Deus Duniiiim ) ait Dominut.
260 I** II» PARTIE, QUESTION III, AHTICLB 6,
ainsi. Ton appellera prudence parfaite, celle de riiomme qui voit claire-
ment la raison des choses à faire; et prudence imparfaite, celle que ron
remarque dans les animaux privés do raison et que Tinstinct conduit
comme une sorte de prudence dans certaines choses en particulier. Ceh
posé, nous disons que la parfaite béatitude ne peut pas essentiellement
consister dans la considération des sciences spéculatives. Pour rendre
cette proposition évidente, il faut d'abord observer que la considération
d'une science spéculative ne sauroit dépasser la portée des principes de
cette science ; car toute science est virtuellement renfermée dans ses prin-
cipes. Or, les principes des sciences spéculatives sont reçus par les sens,
comme le Philosophe Ta plusieurs fois démontré. Donc toute considéra-
tion dans les sciences spéculatives ne peut aller que jusqu'où le conduit
la connoissance des choses sensibles. Mais ce n'est pas dans la connois-
sance des choses sensibles que peut consister la dernière béatitude de
l'homme, ou sa perfection suprême ; car un être n'est pas perfectionné
par une chose qui lui est inférieure, à moins que celle-ci ne participe
d'un bien supérieur à cet être. 11 est évident , par exemple, que la forme
de la pierre ou de tout autre objet sensible est quelque chose d'inférieur
à l'homme. Par conséquent, ce n'est pas par la forme de la pierre que
l'intellect humain est perfectionné, en tant qu'il devient en quelque sorte
cette forme (1); il ne peut l'être qu'en participant ainsi à quelque chose de
supérieur à l'intellect humain, c'est-à-dire à la lumière intelligible pure,
ou à tout autre principe de ce genre. Mais une chose qui n'est que par une
autre doit toujours être ramenée à celle qui est de soi : par suite, la der-
(1) Dans la première partie de cet ouvrage, en traitant des lois de rintelligence humaine ,
saint Thomas , après avoir parraitement distingué Tobjet et le sujet de la pensée ou connois-
sance, montre néanmoins que la forme de Tobjet extérieur devient, en quelque sorte, la
forme de Tintellect qui le perçoit. Il est vrai que cette forme individualisée , et comme ma-
térialisé dans un être corporel , tel qu'un cheval , un arbre , une pierre , se trouve généralisée
et spirilualisée en passant dans Tintellect. Mais la transformation que celui-ci fait subir &
Tespéce abstraite des accidents matériels , ne Tempêcho pas d*en être lui-même informé : il
reçoit alors, de la manière possible h sa nature, la forme même de son objet.
diDissimilitudincin : sicnt est pcrfecta pmdentia
in homine , apud quetn est ratio rerum agihi-
Uum ; imperfccta autem prudentia est in qni-
busdam animalibiis bnitis in quibns sont quidam
particulares inslinctos ad qnsdam opéra similia
operibus pradentis. Perfectu igitar beatilndo
in consideratione scientianim speculativaruin
essentialiter consistere non potest. Ad cujus
evidentiam considerandum est, qu6d conside-
ratio spéculative scientiœ non se extendit ultra
▼irtntem principiorum illius scientia, quia in
principiis scicnti» virtualiter tota scientia con-
tinetur. Prima autem principia scientiarum spe-
culativarum sunt per sensam accepta, ut patet
par Philosophum in principio Metaphys, et in
Une Postenor. Unde tota consideratio ficientia-
rum speculativanim non potest ultra exlendi,
quàm sensibilium cognitio ducere potest. In
cognitione autem sensibilium non potest con-
sistere ultima hominis beatitudo, quae est ultima
ejus perfectio ; non enim aliquid perQcilur ab
aliquo inferiori, nisi secundùm qu6J iu inferiori
est aliqua parlicipatio superioris. Manifestum
est autem qu6d forma lapidis, vel cujusiibet rt\
sensibilis , est inferior homine. Unde per fo^
mam lapidis non perQcitur intellectus in qoaa«
tum est talis forma, sed in quantum in ea par-
licipatur aliquid simile alicui quod est supra
inteliectum taumanum , scilicet lumen intelligi-
bile, vel aliquid hnjusmodi. Omne autem quod
est per aliud, reducitur ad id quod est per se :
unde patet qu6d ultima perfectio hominis sit
CE QVE c'est que LA. BÉATITUDE. 261
nière perfection de rhomme doit nécessairement avoir lieu par la con*
noissance d'une chose • supérieure à l'intellect humain. Nous avons dé-
montré ailleurs que par le moyen des objets sensibles on ne pouvoit pas
parvenir à la connoissance des substances séparées, lesquelles sont au-
dessus de l'intellect humain. Il suit donc de tout cela que la dernière
béatitude de l'homme ne sauroit consister dans la considération des
sciences spéculatives. Mais comme dans les formes sensibles on retrouve
toujours une certaine ressemblance avec les substances supérieures , la
considération des sciences spéculatives présente également une certaine
participation de la béatitude réelle et parfaite.
Je réponds aux arguments : l*» Le Philosophe parle, dans l'endroit cité,
de la béatitude imparfaite, telle que nous pouvons l'obtenir dans la vie
présente; c'est ce que nous avons déjà dit.
2" La nature nous pousse à désirer, non-seulement la béatitude par-
faite, mais encore toute image ou participation de béatitude.
3<>Par la considération des sciences spéculatives, notre intellect est
sans doute réduit d'une certaine manière en acte, mais il n'obtient pas
ainsi son acte suprême et complet.
ARTICLE VU.
La béatitude eùnsiste't^elk dans la connoissance des substances séparées,
(fest-à'dire des anges?
Il parolt que la béatitude consiste dans la connoissance des substances
séparées, ou bien des anges. !• Saint Grégoire dit, HomiL XXVI, sitp.
Evang. : cr II ne sert de rien d'assister aux fêtes des hommes, si nous
n'avons le bonheur d'assister aux fêtes des anges; » par où le saint docteur
désigne la béatitude finale. Or, nous assistons aux fêtes des anges par la'
Ad tertium dicendam, qu6d per consideratio-
nem scientiaram speculativarum reducitur in-
tellecttts noster aliquo modo in actum , non au-
lem in ullimam et couipletum.
ARTICULUS Vif.
Dtrùm beaiiludo consistctt in eognitione sub»
staniiarum separatarum, scilicet anrjelo^
mm.
Ad septimam sic proceditur (1). Videlur qn5d
beatiludo hominis consistât in eognitione sub-
staDtiarum separatarum, id est angelorum. Dicit
enim Gregoriusia quadam homilia (XXVI. super
EvangeL ) : « Nihil prodest intéresse feslis ho-
miuam , si non contingat interesse festis ange-
lorum ; » per quod finalem bealitudinem dési-
gnât. Sed feslis angelorum interesse possumus
per eorum coutemplalionem. Ergo videlur qu5d
per cognitionem alicujus rei qu» sit supra in-
tellectum humanum. Ostensum est autem qu6d
per sensibilia non polest deveuiri in cogniliouem
sûbstantiarum sepliratarum, qus sunt supra in-
tellectum humanum. Unde relinquitur qu5d
Iiomiois ultima béatitude non possit esse in
consideratione speculativarum scientiarum. Sed
sicut in formis sensibilibns participatur aliqua
similitude sûbstantiarum superiorum, ita consi-
deratio scientiarum speculativarum est quaedam
participa lio vers et perfect» beatitudinis.
Ad primum ergo dicendum, quôd Philosophus
loqnitur in lib. Ethic,,dQ felicitate imperfecta,
qualiler in hac vita had}eri polest, ut suprà dic-
lum est.
Ad secuodom dicendum, quôd naturaliter desi-
deraturnon solùm perfecta beatitudo,sed etiam
qualiscuoque simiUtudo vel participatio ipsius.
(1) Do bis eliam I.part., qu. 6i, art. 1 , ad S, et qu. 80, art. S, ad 3; el Cont, Gent^
Ub. UI, cap. 44; ei qu. 2, d« vevil., art. 3, ad 5; el Opuse^, III, cap. 108 et csp. S54.
f
I" II* PAETIE^ QVMSnOaX m, ÂBTIGLS 7.
contemplation de ces purs esprits. Donc c'est dans la contemplation de»
anges que doit consister la dernière béatitude de l'homme.
S» La dernière perfection de toute chose, c'est de s'unir i son principe :
d'où vient que le cercle est appelé la figure parfaite, parce que son prin-
cipe se confond toujours avec sa fin (1). Or, le principe de la coimoîs-
sance humaine est dans les anges, puisque c'est par eux que les hommes
sont illuminés , au témoignage de saint Denis , De cœlest. hierarch., IV.
Donc la perfection de rintellect humain consiste dans la contemplation
des anges.
S"" Toute nature est perfectionnée quand elle s'unit à une nature supé-
rieure : ainsi la dernière perfection du corps consiste dans son union avec
la nature spirituelle. Mais au-dessus de l'intellect humain se trouvent
placés, dans l'ordre de la nature, les esprits angéliques. Donc la dernière
perfection de l'intellect humain, c'est que par la contemplation il soit
uni aux anges.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire , d'après cette parole de Dieu
dans le prophète, Jerem., IX, 4 : « Que celui qui se glorifie, fasse uni-
quement consister sa gloire à me connoitre et à me contempler, d Donc
la gloire suprême ou la dernière béatitude de l'homme consiste dans la
connoissance de Dieu.
(Conclusion. — Toutes les substances séparées , autres que Dieu , ne
possédant Têtre que par participation, ne sauroient être le véritable
objet de l'intellect humain, et la parfaite béatitude de Thomme ne peut
consister à les contempler. )
Comme nous l'avons déjà dit, la parfaite béatitude de l'homme ne con-
siste pas dans ce qui perfectionne son intellect uniquement par partici-
pation; mais bien dans ce qui le perfectionne par essence. Or, il est évi-
(1) Cette idée, que les anciens se faisoient da cercle, novs est transmise par la science ^
comme on peut le voir dans Pline l'ancien, HisL natur,^ H, 2, et par certaines croyances
religieuses qui rcgardoient le cercle , ou le serpent replié sur lui-roéme , comme le symbole
de réteruité , et même , selon quelques auteurs , de la Divinité.
in contemplatione aogeloram nltima hominis
beatitudo coDsistat.
S. Praeterea, uUima perreciio uoiuscojusque
rei est, ut conjungaiar suo principio : uiide et
drculus dicitur esse Hgura perfecta^ quia habet
idem prindpium et finem. Sed principium co-
gnitioDis humanœ est ab ipsls angelis, per quos
homines Ulumlaantur, ut dicit Diouysius, IV.
cap. De cœlest, hierarch, Ergo perfectio hu-
maniinteUectûs est in contemplatione angelo*
mm*
8* Prffiterea, uuaquttqoe natora perfecta est,
quando conjungitur saperiori natur»; sicut ul-
Ûma perfectio corporis est, ut coi^ungatur na-
tur« apirituali. Sed supra intellectum hnmanum
ordiae natora suni angelL Efgo nltima perfectio
humani intellectùs est, ut conjungatur per cou-
templationem ipsis angelis.
Sed contra est, quod dicitur Jerem., IX :
« In hoc glorietar, qui gloriatur, scire et uosse
me. » Ergo ultima bomiuis gloria vel beatitudo
consistit ia cognitioue Dei.
( CoNCLUsio. » Quia substantif separatx
omnes, pneter Deum, per participationem quam-
dam esse habent, idcirco neque verissima ob-
jecta humaoi intellectùs esse possunt, neque in
eorum contemplatione potest perfecta homlois
beatitudo consistere. )
Respondeo dicendum^ quod sicut dictumes
(art. 6), perfecta hominis beatitudo non con*
sistit in eo quod est perfectio intellectùs, se-
cundùm alicnjus partiôpationeni^ ted in e»
CE OCTE (fXST QUE LA. BiATITUDS. 263
dent qu'une chose ne peut perfectionner une puissance qu'autant qu'elle
peut être regardée comme l'objet propre de cette même puissance; et
l'objet propre de l'intellect c'est le vrai : d'où il suit que la contemplation
d'une chose qui n'a qu'une vérité participée ne sauroit être la dernière
perfection de l'intellect. Mais comme les choses sont par rapport à l'être
ce qu'elles sont par rapport à la vérité (1)^ ainsi que le dit Aristote, celles
îui n'ont qu'im être participé, n'ont également qu'une vérité participée.
Mais les anges n'ont qu'un être participé ; car en Dieu seul l'être et l'es-
sence se confondent, comme nous l'avons démontré dans la première
partie. 11 reste donc que Dieu seul est la vérité par essence , et que la
^ntemplation de Dieu fait seule la parfaite béatitude. Rien n'empêche
toutefois de dire qu'il y a une certaine béatitude imparfaite dans la con-
templation des anges , et que cette béatitude même est supérieure à celle
que procure la considération des sciences spéculatives.
Je réponds aux arguments : l^* Nous prendrons part aux fêtes des
anges, non-seulement en contemplant ces purs esprits, mais encore en
contemplant Dieu, de conceit avec eux-mêmes.
2^ Ceux qui supposent que les âmes liumaines ont été créées par les
anges, sont conséquents avec eux-mêmes en disant que la béatitude de
l'homme consiste dans la contemplation des anges, puisque l'homme re-
monteroit ainsi à son principe. Mais cette hypothèse est erronée, comme
(1) La Yérité , diaprés la doctrine de saint Thomas » peut être considérée sous un double
rapport, d*abord en elle -même, puis dans notre pensée. En elle-même, la vérité se confond
avec rétre, elle n'est autre chose que ce qui est : cfest poor cela qu'une chose est, par rap-
port à la vérilé , ce qu'elle est par rapport à Tétre. Considérée dans notre pensée , la vérité
n*est qu'une simple relation : dans ce sens , la vérité est une sorte d'équation entre ce qui
est et ce que nous pensons ; pour que notre pensée soit vraie , il faut qu'elle soit , ni plos ni
moins , l'expression adéquate de Pélre réel.
qnod est per essentiam taie. Maoifestum est
«atem qnèd nmunquodque in tantmn est per^
feclio alicujus potentiœ , in quantam ad ipsum
pertiaet ratio proprii olyecti illius potentiœ;
proprium autem objectom intellectûs est vet^m :
qnicqaid ergo babei veritatem partielpatasi ,
contemplatani non facit intellectum perfectum
iltima perfectioM. Cùm aatem ea^iem sit di»-
positio rerum in esse sicut io Teritate, ut dicitor
in n. Metaphys^j qa«cttnqiie iunt entia per
participationem, sont ven per participalionem.
Aogeii autem habent esse participatum , quia
lolius Dei suum esse est sua essentia , ut in
primo osteosum est (i). (Jade ralinqnitiir qa5d
solus Dens sit vehtas per essentiam, et qnod
ejus contemplatio faciat perfectè beatam. Alir
qualem autem beatitudinem imperfectam nihil
prohibet atteodi in contemplatione angelorumi
etetiam altioiem quàm in consideratione scieur
tiarum speculativaram.
Ad primum ergo dicendum, quôd feslis aag»-
lorum intererimns non solùm contemplantes an-
gelos, sed simul cum ipsia Deam (3).
Ad secundum dicendum, quôd secundùm UkM
qui ponunt animas bumanas esse ab angelie
creatas, salis conveniene videUir qoàd beatitado
hominis sit in contemplatione angelomm, quasi
I in coDJunctioiie ad suam principtum. Sed hoc
(1) Seu I. part., qu. 3, art. 4, ubi de Beo id asseritur ; et qu. 54, art. 1 , ut et 61 , quoque
art. i , ubl negatur de angelis; et multè magis de hominibus aut compositis creaturis negari
débet.
STJnde sic ibi plenè Gregorlus, post Pasehalia solemnia (ut voCat) explicata : Quid
at interene festit hominum, ii duus cfnUingat fsslU angelorum? Vmbra venturm
soiemnilatii ttt $olemnikn prtuens^ ideireo htme unnuè ogimuis «I ad illam quœ non eU
orniva^ ttd eotiitfiiMi« perdneamnr»
264 l** II* PARTIE^ QUESTION m, ARTICLE 8.
nous Tavons démontré dans la première partie de cet ouvrage. Donc b
dernière perfection de l'intellect humain est dans son union avec Diea,
principe de Tame humaine et de son illumination. L'ange illumine seo-
lement comme instrument et ministre^ ainsi que nous l'avons encore dit
ailleurs : son ministère a pour but d'aider l'homme dans la conquête de
la béatitude; mais il n'est pas lui-même l'objet de la béatitude hu-
maine.
9i* Une nature inférieure peut atteindre à la nature supérieure , sons
on double rapport : en premier lieu , par le degré de participation à la
même puissance; et dans ce sens la dernière perfection de l'homme con-
sistera en ce que l'homme participe à la contemplation qui est le partage
des anges. En second lieu^ comme une puissance atteint son objet; et
dans ce sens la dernière perfection de toute puissance consiste dans la
^ssession de l'être qui est l'objet total et parfait de cette puissance*
ARTIOE Vm.
La béatitude de l^komme cùnsiste4'elle dans la vision de ^essence divine?
Il paroit que la béatitude de l'homme n'est pas dans la vision même
de l'essence divine. 1° Saint Denis dit , Theol. mysL I : a Par ce qu'il y
a de plus élevé dans son intellect^ l'homme s'unit à Dieu , comme à un
être pleinement inconnu. x> Or^ ce qui est vu dans son essence n'est pas
une chose pleinement inconnue. Donc> la dernière perfection de l'intellect^
ou bien la béatitude, ne consiste pas à voir Dieu dans son essence.
2"" Plus une nature est élevée, plus est sublime ce qui fait sa perfection.
Or, la perfection propre de l'intellect divin, c'est de contempler son
est erroneum , ut in primo diclum est ( qu. 90,
art. 8 ). Unde ullima perfectio intelleclÙB hu-
mani est per conjoDctionem ad Denm , qui est
principium et creationls anime et illumiiiationis
ejus. Angélus autem illuminât tanquam mlnister,
lit in primo habitum est. Unde suo ministerio
adjuvat bomiDem ut adbeatitudinem perveniat;
iiOD autem est bumans beatitudinis objectum.
- Ad tertium dicendum , quôd attingi superiorem
naturam ab iuferiori contingit dnpliciter. Uno
modo^ secundùm gradnro potentis participantis;
et sic uUima perfectio bomiuis erit in boc qu6d
homo attinget ad contemplandum sicut angeli
contemplantur, Miomodo, sicut objectum attin-
gitur àpotentia; et boc modo ultima perfectio
cojusUbet potentis est, ut attingat ad id in quo
plenè iûvenilur ratio su! objecti.
ARTICULUS Vin.
Uirûm beaiitudo hominù iit in visUnte âimnm
essentim.
Ad octavum sic proceditur (1). Videtor qubd
beatitudo bominis non sit in visione ipsius di-
vinae essentis. Dicit enim Dionysius in I. cap.
Mystie, theolog., quod « per id quod est so-
premum intellectâs, homo Deo conjungitur,
sicut omnino iguoto. » Sed id quod videtur per
essentiam , non est omnino igootum. Ergo ul-
tima intellectûs perfectio seu beatitudo non
consisUt in hoc quôd Deus per essentiam vi-
detur.
2. Pneterea, altioris uaturs perfectio attior
est. Sed hase est perfectio divini intellectûs pro-
pria, ut suam essentiam vidcat. Ergo ultima
(1) De bis etiam suprè, art. 4; et ia I. part., qu. 12, art. 4, et qu. 26, art. 2 et 3; ut et
n, Sent., dist. i , qu. 1 , art. i; et H, SenL^ dist. 49, qu. 1 , art. i, art. 2, quœstianc. It
et qu. 4, art. 5, qusBsUunc. i t et Contra Cent., lib. IH, cap. 25 et cap. 37; et OputcJUm
«a^ 14, 106, 107, lOS, 153, 166, 167, 168, 195, 262, 264.
CE QUE c'est que LA BÉATITUDE. 265
essence. Donc la dernière perfection de Tintellect humain ne sanroit aller
jusque-là^ et se borne à quelque chose de moindre.
Mais le contraire nous est ainsi révélé , I. /oon.^ III^ 2 : a Quand il
apparoitra^ nous serons semblables à lui et nous le verrons tel qu'il
est (1). D
( Conclusion. — Puis(}ue Dieu est la première cause de tous les êtres ^ et
que rhomme^ par la vue de ses œuvres^ a naturellement le désir de con-
noitre son essence, c'est uniquement dans la vision de cette essence qu'il
faut placer la béatitude de Thomme. )
La dernière et parfaite béatitude ne peut consister que dans la vision
de l'essence divine. Pour rendre cette proposition évidente , nous avons
deux choses à considérer : d'abord, que l'homme ne sauroit être parfai-
tement heureux tant qu'il lui reste quelque chose à désirer ou à décou-
vrir; puis, que la perfection de toute puissance doit être appréciée selon
la nature de son objet. Or, l'objet de l'intellect, c'est la quiddité de
l'être, ou bien l'essence de chaque chose (2), comme nous l'avons dit
ailleurs, à la suite du Philosophe. D'où il résulte que la perfection de
l'intellect se mesure sur la connoissance qu'il a de l'essence des choses.
Quand donc un Intellect, par la connoissance qu'il a d'un effet, remonte
i la connoissance de la cause, de manière même à savoir ce qu'elle est,
on ne dit pas pour cela qu'un intellect saisit purement et absolument une
cause, quoique l'existence de cette cause soit manifestée par l'effet. Voilà
pourquoi Thomme, connoissant un 'effet et sachant que cet effet a une
cause , cojiçoit naturellement le désir de savoir ce qu'est cette cause ; et
(1) La vision intaitiTe de Dieu , telle que les aoges et les saints en Jouissent dans le ciel , se
distingue profondément de la simple connoissance que nous en avons sur la terre. La vision,
c'est une lumière claire et directe; la connoissance, c*est une lumière obscure et réfléchie.
Après s*étre montré à nous dans ses œuvres , Dieu se manifestera dans son essence. C'est sur
oette foi que repose le caractère surnaturel de notre destinée; c*est là le vrai fondement du
christianisme. Cette vérité a été niée par plusieurs hérétiques; la philosophie moderne la re-
pousse ou la roéconnoft. De là Timportance de cette thèse.
(2) On doit remarquer avec soin Tavaotage que notre samt auteur va tirer, dans sa démon
Htration, des principes posés dans la partie psychologique de son ouvrage.
perfectio intellectûs hamani ad hoc non pertln-
git, sed infià subsistit.
Sed contra est, quod dicitnr I. Joan., III :
«Cùm apparuerit, slmiles ei erimus, et vide-
bimus eum sicuti est. »
(CoNCLUSio. — Cùm Deus ait omnium prima
causa, ad cujus essentiam cognoscendam rema-
net naturaliter homini effectum cognoscenti
desiderium , non ûisi in illius essenli» visione
(oneDda est hominis beatitudo. )
Respondeo diceodum, qu5d oltima et perfecta
beatitudo non potesl esse nisi in visione divins
essentic. Ad cujus evidenliam duo consideranda
snnt. Primo quidem , qu6d homo non est per-
/ectè beaiiu» qiumdiu restât sibi aiiquid desi-
derandum et quxrendum. Secandnm est, qubi
uniuscujusque potentiae perfectio attend itur se-
cundùm rationem sui objecti. Objcctum aotem
intellectûs tsiquod quid est, id est essentia
rei, ut dicitur iû III. De anima (teit. 26).
Unde in tantum procedit perfectio intellectûs ,
in quantum cognoscit essentiam allcujas rei.
Si ergo intellectas aliquîs cognoscat essentiam
alicujus effectua , per quam possit cognosci es-
sentia causse, ut scilicet sdatur de causa, quid
est, non dicitur inteiiectns attingere ad causam
slmplidter, quamvis per effectum cognoscere
possit de causa an sit. Et ideo remanet natnra-
liter homini desiderium,cilun cognoscit effectum,
et scit eom habere causam • ut etiam sciât de
9B6 r* II* PAATis, ovËsmcn m^ Âjmcix 8*
;'est là ce que le Philosophe appelle un désir d'étomiement et la souroe
les investigations humaines. Ainsi qnelqifnn Toyant une éclipse de
soleil , se demande quelle peut en è(fe la cause; et comme il Tignore^ son
esprit est dans Tétonnement on Tadmiration ; et ce sentiment le poosse i
faire des recherches ; et il n^aura de repos que lorsqu'il sera parvenu i
connoitre Tessence même de cette cause. De mème^ TinteUect humain,
connoissant les effets créés , et ne sachant de Dieu qu'une choee, i savoir,
qu'il est, ne possède pas encore cette perfection qui l'unit à la cause
première, il lui reste un désir de la rechercher et de la connoitre : il n'est
donc pas encore parfaitement heureux. Pour la parfaite béatitude, il faut
donc que l'intellect atteigne à l'essence même de la cause première : c'est
ainsi qu'il obtiendra sa perfection par son union avec Dieu comme avec
son objet, puisqu'en Dieu seul consiste la béatitude de l'homme, comme
nous l'avons démontré plus haut.
Je réponds aux arguments : l» Saint Denis ne parle en cet endroit que
de la connoissance de ceux qui sont encore dans la voie et qui marchent
vers leur béatitude.
9p Ainsi que nous l'avons déjà dit, la fin peut être entendue de deux
manières : d'abord pour la chose même que l'on poursuit ; et dans ce
sens , des natures inégales, et même tous les êtres sans exception ont une
même fin, comme nous l'avons également dit. Puis la fin peut être
entendue pour la manière dont on en saisit l'objet ; et, sous ce rapport,
des natures inégales doivent avoir diverses fins, suivant leur relation
naturelle avec cet objet. D'où il suit que la béatitude de Dieu embrassant
toute l'étendue de son essence par son intellect, est bien supérieure à la
béatitude de l'homme ou de l'ange qui peuvent voir, mais n'embrassent
pas.
causa quid est; et illud dcsiderlum est admi-
rationis, et causât inquisitionem , ut dicilor
in principio Melaphys. : putà si aliqais cognos-
cens ecliiisim solis , considérât qu6d ex aliqua
causa procedit, de qua, quia neacitquid ait,
admîratur, et admirando inquirit; nec ista in-
quisitio quiescit qaousque pervcniat ad cognos-
cendum essealiam caus». Si igitur intellectus
bumanus cognoscena essentiam alicujus effeclûs
creati, non cognoscatde Deo nisi an eat, ooq-
dum perfectio ejus attingit simpliciter caosam
primam, scd remanet ei adhuc naturale de.ide-
rium, iuquirendi causam : onde nondum est
perfectè beatus. Ad perfectam igitur beatitudi-
nem requiritur quôd iuteUectus pertingat ad
ipsam essentiam primœ caus»; et sic perfec-
sîcnt ad objectum, in quo solo beatitudo bominis
consistit, ut suprà dictum est.
Ad primum ergo dicendnTO, quM Dionysius
loquitur de cognitione eorum qui sunt in tia»
tendentes ad beaittodinein.
Ad Sècundum dicendum , qu6d aicot suprii
dictum est, finis potest accipi dupliciter. Uno
modo quantum ad rem ipsam qus desideratur;
et hoc modo idem est Gnissuperioris et inferiorii
natur» , imo omuium rerum , ot suprà dictum
est. Alio modo, quantum ad consecutioaem
hujus rei ; et de diversus est fiais saperions
etinferioris naturaa, secuudùm diversaai babi-
tudinem ad rem talem. Sic igitur altior est
beatitudo Dei suam essentiam intellectu com-
prehendentis^quàm bominis vel augeli Yid6ati^
Uo&em suav babebit per uniooem ad Deum I et non comprebeudentis*
DES eoiismoRâ aBOïïisBs «mjb li BlATTims.
267
QUESTION IV.
Des eomAlUorns TMiVLlseft vwax la bêatltiiAe.
Nous avons à rechercher maintenant quelles sont les conditions requises
pour la béatitude.
A ce sujet huit questions se présentent : !• La , délectation est-elle
requise pour la béatitude ? ^ Quel est le point culminant dans la béati-
tude, est-ce la délectation, est-ce la vision ? 3* La compréhension est-elle
requise ? 4° La rectitude de la volonté Test-elle aussi T 5« Le corps est-il
requis pour la béatitude de ITiomme? 6» Faut-il un corps parfait?
7« Faut-il des biens extérieurs ? 8» Faut-il une société d'amis î
ARTICLE L
La déîectation esUelle requise pour la béatitude?
11 paroit que la délectation n'est pas requise pour la béatitude. i<^ Saint
Augustin dit. De Trin., 1,8: a La vision est toute la récompense de la
foi. » Or, le prix ou la récompense de la vertu, c'est la béatitude, selon la
doctrine même du Philosophe. Donc plus rien n'est requis pour la béati-
tude , si ce n'est la vision.
2<» La béatitude est par elle-même un bien surabondant, comme
s'exprime le Philosophe, EthiCy 1, 5 ; tandis qu'il n'en est pas ainsi d'un
bien qui en réclame un autre. Donc, l'essence de la béatitude consistant
dans la vision de Dieu, comme aa vient de le démontrer, il semble que
la délectation ne soit pas requise pour la béatitude.
3» L'opération dans laquelle consiste la béatitude ou félicité, doit être
QUJISTIO IV.
De hii quœ ad betUiiudinem exiguntur^ in oeio articulot divisa,
4*
Deinda consideraadiui est de bis fpm exi-
fODtnr ad beatiiodinein.
£1 circa boc qosrunUir octo : 1» Utrum de*
lecUtio requiratur ad beatitudinem. 2» Quid sit
principalias ia beatitndiDe y utrùm delectaiio
Yel Visio. 30 UUùm requiratur comprehensio.
4<* Ulrùm requiratur reclitado voluntatis.
50 Utrùm ad beatitodiaem hominia requiratur
corpus. 6' Utrùm perfoclio corpons. 7» Utrùm
aliqua exteriora bona. 80 Utrùm requiratur so-
detas amicorom.
ARTICTJLUS 1.
Vtrûm delectaiio requiratur ad beatitudinem.
Ad primiuD sic proceditor (i). Videtar quôd
delectatio Aon requiratur ad beatitudinem. Dicit
enim Augastinus in L De Trith* qu6d « visio
est tota merces fidei. » Sed id quod est pneinium
Tel merces virlutis, est béatitude, ut patet par
Philosophum iu I. Eihic Ërgo nibil alind re-
quiritur ad beatitudinem, nisi sola Tisio.
S. Prxterea,. beatitudo es^ per se sufficien-
tissifflumboiinm, ut Pbilosopbus dicit, I. Eihic.:
quod autem eget aliquo alio, non est perfectë
suf&dens. Cùm igitur essentia beatitudinis in
visione Dei consistât, ut ostensum est (qu. 3,
art 8 ), videtur quèd ad beatitudinem non re-
quiratur delectatio.
3. Prsterea, operationem felicitatis seubea-
titodinisy oportet esse non impeditam, ut dicitur
(1) DeMf etiam suprà, qn. 9, «rt. 4; et TE, Sent.^ dist. 38, art, 2, ut el disl« 40, qa. 8,
% «i qattsUano. 8; et Opute., HIi cap^ 107 eleap. t8tr<
2C8 l** II* PARTIE^ QUESTION IT, AETIGLB !•*
sans entraves ; comme le dit encore le Philosophe. Or, la délectation en-
trave l'action de l'intellect, puisque, au sentiment du même auteur, elle
altère le coup d'œil de la prudence. Donc la délectation n'est pas requise
pour la béatitude.
Mais saint Augustia dit, au contraire, Confes. X, 23 : « La béatitude
est la joie qui résulte de la vérité, o
( Conclusion. — Comme la délectation vient de ce que l'appétit se repose
dans le bien acquis, la délectation accompagne nécessairement la béatitude.)
Une chose peut être requise pour une autre de quatre manières diffé*
rentes : d'abord, comme condition préliminaire ou comme préparation,
ainsi la discipline est requise pour la science; en second lieu, comme per-
fectionnement, ainsi l'ame est requise pour la vie du corps; en troisième
lieu, comme auxiliaire extérieur, ainsi le concours des amis est requis pour
certaines œuvres ; quatrièmement enfin, par concomitance, comme si l'on
disoit que la chaleur est nécessaire au feu : et c'est dans ce dernier sens
que la délectation est requise pour la béatitude. La délectation, en effet,
vient de ce que l'appétit se repose dans le bien acquis ; et comme la béa-
titude n'est autre chose que l'acquisition du souverain bien, la délectation
doit nécessairement par concomitance se trouver dans la béatitude (1).
Je réponds aux arguments : i^ par cela seul que la récompense est ac-
cordée à celui qui l'a méritée, la volonté de celui-ci goûte le repos, c'est-à-
dire, la délectation : d'où il suit que l'acquisition de la récompense implique
nécessairement délectation.
2^ La délectation résulte de la vision même de Dieu : celui qui voit
Dieu ne sauroit donc être privé d'un tel sentiment.
3^ La délectation qui accompagne l'opération de l'intellect, fortifie cette
(1) Dans notre pensée et dans la réalité des choses , la délectation se distingue , mais ne se
sépare pas de la béatitude. G*est ainsi. Je crois, qu'on peut résumer et formuler la doctrine
do saint Tliomas sur ce point. La béatitude consiste sans doute dans la vision de Dieu , mais
In X. Ethic. Sed delectalio impedtt actionem
intellectuB, corrompit enim sstioiationem pru-
denti», ut dicitur in VL Ethic, Ergo delectatio
non reqoiritur ad beatitudinem.
Sed contra est, quod Aiugastinus dicit, X.
Confess, (cap. 23 ), qaèd « beatitndo est gaa-
dium de Teritate. »
(GoNCLusio. — Cùm delectatio cansetur ex
hoc quôd appctitos requiescit in bono adepto ,
ipsa ad beatitudinem sicut aliqaid concomitans
reqairitur.)
Respondeo dicendam, qn6d quadnipliciter
aliquid requiritor ad aliud. Uno modo, sicut
prsambulum vei prsparatorinm ad Ipsum, sicut
Oisciplioa requiritar ad scientiam. Alio modo,
filcut perficiens aliquid, sicut anima requiritur
ad vitam corporis. Terlio modo, sicut coadjuvans
extiiusecus, siput amici reqairttutu.' ad aliquid
agendom. Quarto modo , sicut aliquid concomi-
tans, ut si dicamus quôd calor requiritur ad
ignem ; et hoc modo delectatio requiritor ad
beatitudinem. Delectatio enim caosatnr ex hoc
quôd appetitoa reqniescit in bono adepto : nnde
cùm beatitudo nihil alind sit quàm adeptio
sommi boni, non potest esse 'beatitudo sine dé-
lecta tione concomitante.
Ad primam ergo dicendom, qn&d ex hoc ipso
quôd merces alicni redditor, Tolontas merentis
quiescit, quod est delectari : unde in ipsa ratione
mercedis reddite delectatio includitur.
Ad secundum dicendum, quôd ex ipsa visiooe
Dei causator delectatio : unde ille qui Dean
Tidet, delectatione indigere non potest.
Ad tertium dicendum, quôd delectatio conco-
mitans operationem inteliectûs, non impedit
ipsam, led magis eam confortât, ut dicitur in
DES CÙJXmTIOm requises FOTTR la. BÉATITCrBB. 269
opération « bien loin de Fentrayer^ au témoignage même du Philosophe,
dans l'ouvrage cité plus haut. Les choses, en effet, que nous faisons avec
plaisir, nous les faisons avec plus d'attention et de persévérance ; tandis
qu'une délectation étrangère à notre opération est un obstacle pour
eelle-cl, soit parce que notre intention est divisée, et, comme nous nous
appliquons fortement aux choses qui nous font plaisir, ainsi que nous
venons de le dire , l'attention que nous portons à une chose doit néces-
sairement nous distraire d'une autre (1) ; soit à cause de ropposition ou
contrariété qui existe entre différentes opérations ; ainsi la délectation
sensitive, étant contraire à la raison, nuit plutôt au coup d'œil de la
prudence qu'au jugement de l'intellect spéculatif.
ARTICLE II.
Qv^y a-t-ti de principal dans la béatitude, est-ce la vision,
est<e la délectation?
Il paroît que la délectation l'emporte sur la vision dans la béatitude,
1» a La délectation, selon la pensée du Philosophe, Ethic, X, 4, est ce
qui perfectionne l'action. » Or, la perfection l'emporte sur l'objet perfec-
tible. Donc la délectation l'emporte sur l'opération de l'intellect, qui est
la vision.
2® Ce pourquoi une chose est désirable , est supérieur à cette chose. Or,
les opérations sont désirées à cause de la délectation qui les accompagne :
d'où vient que la nature a joint une délectation aux opérations néces-
saires à la conservation de la vie, afin que ces opérations ne fussent pas
négligées par les animaux. Donc la délectation l'emporte dans la béati-
tude sur l'opération de l'intellect, qui est la vision.
2f* La vision répond à la foi, et la délectation à la charité. Or, la cha-
clle emporte avec elle Tidée d*an plaisir pur et parfait : c*eBt une joie d*une nature exquise et
divine qui , de notre intellect , rayonnera dans toutes les puissances de notre être et l'absorbera
tout entier.
' (1) a Pluribus intentas minor est ad singula scnsus , » avoit dit le poète latin. Tunité est
X. Ethic. Ea enim qns delectabiliter facimos,
atientiùs et perseverantiùs operanrar. Delecta-
tio antem exiranea impedit operationem, quan-
doque quidem ex intentioDis distractione, qaia
(Bicut dictomest) ad ea qaibos deledamnr,
magis intenti sumus, et dum uni vehementer
intendimus^ necesse est qu6d ab alio intentio
retrahatur; quahdoqae autem etiam ex contra-
rietate, sicot delectalio sensus contraria raiioni
impedit «stimatioDeai prudenti» , magis quàm
specalativi inteilectûs.
ARTICULUS II.
Vtriim in beatitudine tit prineipalHa vwo
quàm delectalio.
Ad Becondum ne proceditor. Vidatnr qnèd
delectatio sit principaliùs in beatitudine quàm
Visio. Delectatio enim, nt dicitur in X. Ethic,
( cap. 4 ) , est perfectio operis. Sed perfectio
est potier perfectibili. Ergo delectatio est po-
tior operatione intellectûs^ qus est visio.
2. Prsterea , illud propter quod aliquid est
appetibile, est potius. Scd operaliones appe-
tuntar propter delectationem ipsarum : unde et
natura in operationibus necesss^is ad conser-
Yalionem individui et speciei delectationem ap-
posuity ut hujusmodi operationes ab animalibus
non negUgantur. Ergo delectatio est potior in
beatitudine quàm operatio intellectûs, quae est
Visio.
8. Praeterea, visio respondet tidei , delectatio
autem sive fruitio cbaritati. 6ed charitas est
270 I** U* PAETTS> QUESTION lY, ÀBTICaUB 2»
rite est supérieure à la foi^ comme le dit TApAtre, I. Corinth; XHf • Done
la délectation est supérieure aussi à la vision.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, La cause remporte sur TefiTet.
Or^ la vision est la cause de la délectation. Donc la vision est supérieure
à la délectation.
(Conclusion. — Gomme la cause est supérieure à TefRst^ la vision ,
dans la béatitude , est un bien supérieur i la délectation gui l'accom-
pagne. )
Le Philosophe se pose la même question ^ Ethie», Xy 6, mais sans j
répondre. Si Ton veut, toutefois, considérer les choses de près, il faudra
nécessairement reconnoître que Topération de Tintellect, c'est-à-dire, la
vision, est supérieure à la délectation. La délectation, en effet, consiste
dans un certain repos de la volonté. Or, si la volonté se repose sur un
objet, c'est uniquement à cause de la bonté de cet objet. Donc si la vo-
lonté trouve son repos dans une opération, ce repos ne provient que de
la bonté de cette opération même. Mais la volonté ne cherche pas le bien
pour le repos; car s'il en étoit ainsi, l'acte de la volonté seroit sa propre
fin, ce que nous avons dit ne pouvoir être; la volonté cherche son repos
dans une opération, parce que cette opération est son bien véritable. 11
résulte delà clairement que le bien principal c'est l'opération dans la-
quelle la volonté trouve son repos, et non ce repos même de la vo-
lonté (1).
Je réponds aux arguments : 1*» « La délectation perfectionne l'opéra-
la loi du bien comme celle du beau , par la raison qu*eUe est la condition nécessaire de Fêire.
(1) « Voir c'est avoir, dit saint Augustin, — hoc est nosse quod babere, — et la béatitude
n*est autre chose que posséder par la connolssancc un bien éternel. » G*est donc par la vision
que riiomme entre en possession de Tétemelle béatitude. La délectation en fait sans doole
partie , mais d*une manière secondaire et par concomitance , ainsi que le dit saint Thomas.
La béatitude ne peut pas exister sans délectation , parce que cette impression est la consé-
major Pidc, ut dicii Apostolus, I. ad Cor., XIII.
Lrgo delectatio sive fruilio est polior ?isione.
Sci cnutra : causa est potier effectu, Scd
Visio est cau-a delectationis. £rgo visio est po-
tior quàm delectatio.
(CoNCLusio. — Cùm causa sit elfectu polior,
ir.ii.cipalius ])ODum est visio in beatitudine
q-.idin delcclalio ipsam concomitans. )
Respondeo dicenduni, qa6d islam qusstiooem
movct Plulosophus in X. Ethic, (1) , et eam
i.isolulam dimittiU Sed si quis diligenter coq-
liiieret, ex occessitate oportet qu6d operatio
intellectùs, qux est visio, ait potior delectatioae.
Delectatio enim conaistit in quadam quielatiooe
voluntatis. Qn6d autem voluntas in aliqao qnie-
tetor, non est nisi propier bonitatem ejas in
quo qoietatur. Si ergo voluntas quietatur in ali-
qua operatione, exbonitate operationis procedit
quietatio voluntatis. Nec voluntas quxrit boniun
propter quietalionem, sic enim ipse actas vo-
luntatis esset finis ^ quod est contra prxmlssa ;
sed ideo qua^rit quod quietatur in operaUcne,
quia operatio est bonum ejus. Unde manifestniD
est quod principalius bonum est ipsa operatio,
in qua quietatur voluntas , quàm quietatio vo-
luntatis in ipso.
Ad primum ergo dicendum, quM sicnt Pbi«
losophus ibidem ddcit, « delectatio pertiât ope-
(1) Gùm ait nempe cap. 5, grsco-lat., statim ab initie, tel in antiquis, cap. 6, prope flDem,
et apud s. Thomam, lect. 6 : VtrUm vitam ob toluplatem, an voluptatem propier vitam potiki
expetamug, dimitlatur à nobis in prtBgtnli. Per vitam porrô intelligit operationero et pr»-
cipuè intcUectivam, ut ex ibi prsmissis patet, ubi aitquèd voluplatem <mne$ appetunt fui»
vitam appelant « vita a^tM^ operatio q%9dam §H, 94c.
SE» CONDITIONS REQUISSB POUR LA BÉATITUDE. S!Z1
tion^ selon rexpression même du Philosophe^ comme la beauté perfec-
tionne la jeunesse^ x> beauté qui est une conséquence de la jeunesse
même : d'où il suit que la délectation est une sorte de perfection qui ao
compagne la vision , et non la perfection qui rend la vision parfaite danf
son espèce.
2^ La perception des sens ne s'élève pas jusqu'à l'idée générale du bien
elle se borne à un bien particulier, le bien délectable : d'où il suit que
sous l'empire de l'appétit sensitif , le seul qui soit dans les animaux, les
opérations sont recherchées pour la délectation seule. L'intellect, au con-
traire, saisit l'idée générale du bien, perception dont la délectation est
seulement la conséquence : d'où il suit que l'inteUect se propose plus
essentiellement le bien que la délectation. C'est pour cela que l'intellect
divin, ce grand instituteur de la nature, a placé la délectation à côté de
certaines opérations, comme une garantie pour ces dernières. Ce n'est pas
toutefois d'après l'appétit sensitif qu'une chose doit être appréciée, c'est
bien plutôt dans l'ordre de l'appétit intellectif.
30 Ce n'est pas à cause de la délectation que la charité cherche le bien
aimé ; c'est par voie de conséquence qu'elle trouve sa délectation dans la
possession du bien qu'elle aime; aussi n'est-ce pas la délectation qu'elle
se propose, c'est la vision^ puisque c'est la vision qui lui rend sa fin
présente.
quence néeewaire de la vérité coddwo , ou plutôt de la vérité contemplée « face à face , telle
qu'elle est. »
Si quelque chose peut nouB en donner une idée sur la terre , c*e8t la joie profonde , le su-
blime ravissement qui suit nne «démonstration ou bien une découverte longtemps poursuivie
par une noble intelligence. Archiméde et Colomb ont été , dans les limites de la vie présente,
aussi prés que possible des merveilleuses réalités du monde à venir!
rationem, sicat décor javentntem, n qui est ad
juventutem conséquent : unde dclectatio est
quasdam perfeciio concomitans visionem, non
sicut perfectio faciens visLonem in sua specie
perfectaiD esse.
Ad secundutn dlcendam , quôd apprebcnsio
positiva non attingit ad commuDcm ratioûem
boni , sed ad aliquod bonum particulare quod
est deleclabile ; et ideo secundùin appelitum
sensitivum, qui estin animalibus,operationes
qiixnintur propter délecta tionem. Sed intellectus
appreheadit universalem rationem boni, ad
ciùus coDsecationem seqoitur delectatio : unde
principalius ioicndit bonum, quhm delectatio-
nem. Et inle est qabd divinus intellectus , qui
est insUluloi* natur®, delectatiooes apposait
propter operationes. Non est autem aiiquid ses-
timandum simpliciter secundùm ordinem sensi-
tivi appetUùs , sed magis secundùm ordinem
appetilûs intelleclivi.
Âd tertium dicendum, qu&d charitas non
quœril bonum dileclum propter deiectationem,
sed hoc est ei consequens ut delectetur lo bono
adeplo quod amat; et sic deleclatio non res-
pondet ei ut Unis , sed magis visio per quam
prim5 unis ût ei prsseoft.
272
l'^ U* PARTIE, .OTJBSTION IV, ARTTCLK
ARTiaE m.
La compréhension (1) esP-elh requise pour la béatitude?
n paroit que la compréhension n'est pas requise pour la béatitade.
1» Saint Augustin dit, en parlant à Pauline de la vision de Dieu : « Animer
à Dieu par la pensée, c'est le bonheur suprême; mais Tembrasser est une
chose impossible. x> Donc la béatitude existe sans la compréhension.
^ La béatitude est la perfection de Thomme considéré dans sa partie
intellective, partie qui ne comprend que Tintellect et la volonté, comme
nous l'avons dit ailleurs. Or l'intellect est suffisamment perfectionné par
la vision de Dieu, et la volonté par la délectation qu'elle y trouve. Donc
la compréhension n'est pas requise comme une troisième condition.
3^ La béatitude consiste dans une opération. Or les opérations sont dé-
terminées d'après leurs objets, et en général il n'y a que deux sortes
d'objets, le vrai et le bien : le vrai correspond à la vision, et le bien cor-
respond à la délectation. Donc il ne faut pas uub troisième chose> qui
seroit la compréhension.
Mais l'Apôtre dit, au contraire, I. Corinth., IX, 24 : « Courez de ma-
nière à saisir, » ou comprendre, suivant Ja valeur de l'expression latine.
Or la course de la vie spirituelle a pour terme la béatitude; ce qui fadt
dire au même Apôtre , II. Tim., ult. 7 et 8 : a J'ai combattu le bon
combat, j'ai terminé ma course, j'ai conservé ma foi; il ne me reste plus
(1) Ce mot ne doit pas èire pris ici dans son sens étymologique et rigoureux. SainI Thomas
nesauroit prétendre qu*un être contingent et borné puisse comprendre, c*est-àHlire embrafser,
dans toute son étendue, TEtre éternel et infini. Par le mot eomprehenderê il entend imique-
ment saisir , mais saisir comme on saisit la couronne , après ravoir disputée dans la cazrïére
de U \ie , et de plus , saisir d'une prise désormais invincible. C^est pour faire droit à cette
double signification, que nous avons ainsi traduit le mot latin eomprehemio ^ qui lui-même
u*échappe pas, comme on le voit par la première objection, au sens absolu que le mot fran-
çois présente d*une manière peut-être encore plus directe.
ARTICULUS UI.
Utrùm ad beatitudinem requiratur
compreketuio.
Ad tertinm sic procêditur (l). Videtar quôd
ad beatitudinem non requiratur comprehensio.
Dicit enim Âugustinus ad Paulinam, de vi-
dendo Deum : « Atlingere mente Deum^ magna
est béatitude ; comprehendere autem est impos-
sibile. » Ergo sine compreheusione est béa-
titude.
2. Practerea^ beatitudo est perfeclio bominis
eecundum intellectivam partem, in qua non
sunt alie potenti» quàm intellectus et volun-
tas , ut in primo dicium est. Sed intellectus
ftufiideûter perûcitor per visionem Dei, vo-
lunlas autem per delectationem in ipso. Ergo
non requiritur comprebensio tanquam aliqnod
tertium.
8. PraBterea, beatitudo in operatione cor-
sistit. Operationes autem determinantur secun*
dum objecta ; objecta auliem generalia sunt
duo, verum et bonum : verum correspondet
visioni , et bonum correspondet dilectioni. Ergo
non requiritur comprebensio quasi aliquod ter-
iium.
Sed contra est, qa5d Apostolos dicit I. ad
Corinth., VI : « Sic currite at compreben-
datis. » Sed spiritualis cursus terminatur ad
beatitudinem : unde ipse dicit H. ad Timoth.,
ult. « Bonum certamen certaTi , cursum con-
summavi , fidem servavi^ in relique reposita
(1) De bis etiam Ij Sent., dist. 1 , qu. 11 , an. 1 ; ut et lY, SnU., dist. 49, qu. 4 , art. 5 ,
qusstittoc.
SES CONDITIONS REQUISES POUR LA BÉATITUDE.
qu'à recevoir la couronne qui m'est réservée, d Donc la compréhensioi
est requise pour la béatitude.
(Conclusion. —Pour la béatitude sont requises, non-seulement la vi-
sion^ ou parfaite connoissance de la fin dernière^ mais encore la compré-
hension^ ou possession de cette même fin, et la jouissance, c'est à-dire,
le repos de l'être aimant dans l'objet aimé. )
Puisque la béatitude consiste dans l'acquisition de la fin dernière, les
choses requises pour la béatitude doivent être envisagées dans l'ordre
même qui met l'homme en rapport avec sa fin. Or^ l'homme est ordonné,
par rapport à la fin intelligible^ en partie par son intellect, et en partie
par sa volonté : par l'intellect d'abord, en tant qu'il préexiste en lui
quelque connoissance imparfaite de la fin; par la volonté ensuite, dont
l'amour est le premier mobile vers un objet quelconque, et dont l'habi-
tude acquise met l'être aimant en rapport avec l'objet aimé. Or, cette
habitude, ou relation établie, peut exister de trois manières : parfois
l'objet aimé est présent à l'être aimant, et dès lors il n'y a plus de re-
cherche; parfois il est absent, on est même dans l'impossibilité de l'ac-
quérir, et encore alors il n'est l'objet d'aucune recherche ; parfois enfin
il est possible de l'acquérir, quoiqu'il soit placé hors de notre portée, en
sorte que nous ne pouvons l'obtenir tout de suite : et voilà l'habitude ou
relation qui existe entre l'être qui espère et l'objet espéré; et c'est là le
seul mobile qui pousse à la recherche de la fin. Mais dans la béatitude il
y a quelque chose qui répond à ces trois situations : la connoissance par-,
faite de la fin répond à la connoissance imparfaite que nous en avons ici-
bas; la présence réelle de cette même fin répond à notre espérance; et la
délectation parfaite qu'elle produit répond à la délectation imparfaite de
la vie présente. Il suit de là que pour la béatitude il faut le concours de
œs trois choses : la vision d'abord, qui est la connoissance parfaite de la
est mihi corona jastilie. » Ergo comprehensio
Teqttirilor ad beatitudiDem.
(CoNCLVsio. — > Ad beatitadinem non solnm
requiritar Tiâo, qne perfecka est oitimi et
intelligibilis finis cognitio , sed etiam compre-
hensio, qns finis pmsentiam respicifc, et
fniitio, que rei amantis in amato quietationem
importât.)
Respondeo dicendam , qu6d cùm beatitudo
consistât in consecntione ultimî finis, ea quse
requiruntur ad beatitadinem sant consideranda
ex ipso ordine hominis ad finem. Ad finem
aotem intelligibilem ordinainr homo, partiin
qaidem per intellectum, paitim autem per
volttntatem. Per intellectum qaidem , in quan-
tum in intellecta prsexistit aliqua cognitio
Bois imperfecta. Per voluntatem autem, primo
quidem per amorem, qui est primus motus
voluntatis in aliquid ; secundo autem per rea-
IV»
lem habitndinem amantis ad amatum. Qnse qui^
dem potest esse triplez : quandoque enim
amatum est pnesens amantî, et tnnc jam non
qncritur; quandoque antem non est praesens,
sed impossibile est ipsum adipisci, et tune
Jam non qusritur; quandoque autem possibile
est ipsnm adipisci , sed est elevatum supra
facultatem adipiscentis, ita nt statim haberî
non possit : et h«c est habitudo speranlis ad
speratum, qna sola babitudo focit finis inqui*
sitiooem. Et istis tribus respondent aliqua in
ipsa beatitttdine : nam perfecta cognitio fiais
respondet imperfectœ; prssentia verù ipsius
finis respondet habitndini spei ; sed delectatio
in prssentia consequitnr dilectionem^ ut suprà
dictum est (art. i). Et ideo necesse est ad
beatitudiuem ista tiia concurrere , scilicet vi"
sionem, qus est cognitio perfecta intelligi-
bilis finis; compreAe/i«<o/i6m, qu» importât
JS
2T4. I~ !!• PARTIE, OTTESTTON IV, ARTICÏLE k.
fin intelligible; la compréhension ensuite, qui implique la présence de
cette même fin; et la délectation, qui est le repos de Pètre aimant dans h
possession de Fètre aimé.
Je réponds aux arguments : 1» La compréhension peut être entendue
de deux manières : dans ce sens d'abord que l'objet compris soit emhrassé
par rêtre qui comprend; et de la sorte tout ce qui est compris par un
fttre fini, est également fini par cela même; il e^ évident que Dieu ne
peut pas être ainsi compris par un intellect créé. En second lieu , com-
prendre peut signifier simplement saisir, saisir une chose, que Ton pos-
sède alors d'une manière réelle : ainsi quand un honmie en atteint un
autre, on dira qu'il le tient ou le saisit; et c'est ce genre de compréhen-
sion qui est requis pour la béatitude.
a» De même que l'espérance et l'amour appartiennent à la volonté; cir
c'est la môme puissance qui aime un objet et tend vers l'objet aimé : de
même la compréhension et la délectation appartiennent aussi à la vo-
lonté; car c'est la même puissance qui possède une chose et s'y repose.
3» La compréhension n'est pas une opération difliérente de la vision;
c'est un simple rapport de l'être qui possède avec la fin à laquelle il est
parvenu : aussi la vision elle-même, ou plutôt l'objet vu et réellement
présent, voilà l'objet de la compréhension.
ARTICLE IV.
La droiture de la volonté est-elle requise pour la béatitude?
n paroit que la droiture de la volonté n'est pas requise pour la béati*
tude. l** La béatitude consiste dans l'opération de l'intellect, ainsi qae
nous l'avons dit. Or, pour la parfaite opération de l'intellect n'est pas
prsseotiam finis; delectationem Tel fruitio^
nem , qus importât quietationem rei amantis
ioamato.
Ad pnmam ergo dicendom , qn&d compre-
kensio dicitur dupUciter : Uno modo « inclasio
comprehensi in comprehendente; » et sic omiiia
qaod comprehendilur à finito, est finitam :
«Dde hoc modo Oeos comprehendi noo potest
ab aliquo iotellectu creato. Alio modo com-
prehensio nihil aliud nominat qoàm tensionem
ûiict^'us rei^quGB jam prssentialiter habetur :
licat aiiquis consequeus aliquem, dicitar eum
comprehendere, quando tenet eum; et hoc
modo comprebeosio requiritur ad beatitadi*
nem (i).
Ad Becundam diceiidam,qa&d sicat ad to-
Inotatem pertinet spes et amor, quia ejusdem
(t) Per metapboram à comprebensione corporali, quia sicut comprehenditur corpus, noo
tantùm quia totum in loco includitur, scd quia quovis modo apprebendilur vel attingilur, sio
etiam comprehenditur Deus, quia inielliglblliter apprehenditur Tel tenelur.
n I>e bis etiam infrà, qu. 5, art. 4 et art. 7; et Opuiû,^ m, cap. 173.
est amare aiiquid , et tendere in illud non li^
bitum : ita etiam ad voluntatem pertinet com-
prehensio et deiectatio, quia ejusdem est ha*
bere aiiquid , et quiescere in illo.
Ad tertium dicendum , qu6d comprebensio
non est aliqua operatio prêter Tisionem ; sed
qusdam habitado ad finem Jam habitum : onde
etiam ipsa visio , vel res visa, que presentia-
liter adest, objectum comprebenaionis est.
ARTICULUS IV.
Utritm ad beaiUudiuem^ requiraiur rtctUudo
voluntatU,
Ad qoartttm sic proceditur (2). Videtur quôd
rectitudo Toluntatis non requiratur ad beatitiK
dinem. Béatitude enim consistit in opentione
inteUectus, ut dictum est. Sed ad perfectam
DES C(»7J>inONS BEQIU^ES VOUR LA. BÉATITUDE. 97S
requise la drature de la volonté^ qui Mt que les hommes sont purs;
car saint Augustin dit^ Betractat., 1, 4 : « Je n'approuve pas ce que j'ai
dit dans la prière : 0 Dieu^ qui n'avez voulu faire connoitre la vérité
qu'aux âmes pures... ; car on peut répondre à cela que beaucoup d'ames
impures connoissent plusieurs vérités, x» Donc la droiture de la volonté
n'est pas requise pour la l)éatitude.
2o Ce qui précède ne dépend pas de ce qui suit. Or l'opération de l'in-
tellect précède ceUe de la volonté. Donc la béatitude, qui est la parfaite
opération de l'intellect^ ne dépend pas de la rectitude de la volonté.
S*" Ce qui est ordonné par rapport à une chose comme par rapport à sa
fin , cesse d'être nécessaire quand la fin est obtenue ; ainsi le navire,
quand on est arrivé au port. Or la rectitude de la volonté, c'est-à-dire
la vertu, est ordonnée par rapport à la béatitude comme par rapport à sa
fin. Donc, la béatitude une fois obtenue, la droiture de la volonté n'est
plus nécessaire.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, conformément à ces textes de
l'Ecriture, Matth., V, 8 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce
qu'ils verront Dieu. » Hebr., XII, 14 : a Conservez la paix avec tous,
ainsi que la sainteté, sans laquelle personne ne verra Dieu, d
(Conclusion. — La droiture de la volonté est tellement requise pour la
béatitude, que sans elle on ne peut ni l'acquérir, ni la posséder. )
La droiture de la volonté est requise pour la béatitude, et comme con-
dition préalable et par concomitance. D'abord comme condition préa*
lable; car la droiture de la volonté rentre nécessairement dans l'ordre de
la fin dernière, et la fin est, par rapport aux moyens qui y conduisent,
comme la forme par rapport à la matière : ainsi donc, de même que la
iotellecias operationem non requiritar recti-
tudo Toluûtatis, per quam homines mundi di-
cuotor; dicit enim Augustinas in Ub. Betrao
tationum (lib. i, cap. &) : a Non approbo
qaod ia oratiooe dixi : Deus qui non nisi
mandos Terum scire volaisti (1); responderi
enim potest multos etiam non mandos multa
Bcire vera. » Ergo rectitudo iroluntatis non
requifitur ad beatitudinem.
2. PraBterea, prius non dependet à posteriorL
Sed operatio inteUectus est prior quam ope-
ratio Toluntalis. Ergo beatitudo , qu£ est per-
fecla operatio iotellectus, non dependet à
rectiludine voluntatis.
8. Prsterea, quod ordinator ad aliquid tan-
qnam ad ûnem , non est necessarium adepto
jam fine , sicnt navis postqnam pervenilur ad
portam. Sed rectitudo voluntatis , quœ est per
nrttttem, ordinatur ad beatitudinem tanquam
ad finem. Ergo adepta beatitudine non est ne-
cessaria rectitudo voluntatis.
Sed contra est, qu5d dicitur Matth,, V :
a Beati mundo corde, quooiam ipsi Deum vide-
bunt, » et Hebr., XII : « Pacem sequimini cum
omnibus, et sanctimoniam , sine qua nemo
videbit Deum. »
(CoNCLUsio. — Sic ad beatitudinem requi-
ritur voluntatis rectitudo, ut sine bac nec
aliquis ad eam pervenire, nec in ea esse
possit. )
Respondeo dicendum , quôd rectitudo volun-
tatis requihtur ad beatitudinem, et antece*
denteret ooncomiliRiet, Àntecedenier quidem,
quia rectitudo voluntatis est per debilum ordi-
nem ad finem nltimum ; finis autem compara-
tur ad id quod ordinatur ad finem , sicut forma
ad materiam : unde sicnt materia non potest
consequi formam nisi sit debito modo disposita
(1) Vel, ni$i mundos «•nun scire noluisU; at,videre est U)id. et in SolUoq», lib. I , cap- 1 1
«bi proUu oralio babetor ad i(u«m btc alludit.
276 I" !!• PAHTIB, QUESTION IT, ARTIGI.E 4.
matière ne peut acquérir la forme sans y être convenablement aisi>os6e;
de même aucune chose ne parvient à sa fin sans être dans l'ordre voulo
pour cela. Voilà pourquoi nul ne parvient à la béatitude sans avoir une
volonté droite. Cette droiture de volonté es^ également requise par con-
comitance; car, comme nous Tavons dit, la suprême béatitude consiste
dans la vision de l'essence divine, qui est en même temps Tessence de h
bonté : et de la sorte la vqlonté de celui qui voit Tessence de Dieu , a né-
cessairement toutes ses affections réglées dans Tordre de Dieu même.
Ainsi la volonté de celui qui ne voit pas encore Tesseûce divine , ne sau-
roit aimer une chose que sous l'idée générale du bien, idée qu'elle con-
noit déjà; et c'est là ce qui fait la droiture de la volonté. Il résulte clai-
rement de là que la béatitude ne peut exister sans la droiture de la
volonté.
Je réponds aux arguments : V" Saint Augustin parle en cet endroit de
la connoissance du vrai, qui n'est pas l'essence même de la bonté.
2^ Tout acte de la volonté procède d'un acte de l'intellect. Il est néan-
moins tel acte de la volonté antérieur à tel acte de Tintellect; car la vo-
lonté tend à la béatitude, qui est l'acte final de l'intellect. Voilà pourquoi
la droite inclination de la volonté est préalablement requise pour la béa-
titude, comme la bonne direction de la flèche, pour que le but soit
atteint.
Z"* Tout ce qui est ordonné par rapport à la fin ne cesse pas quand la
fin est obtenue; mais cela seul doit cesser qui implique une imperfec-
tion, comme le mouvement : d'où il suit que les moyens de mouvement
ne sont pas nécessaires quand la fin est obtenue ; mais l'ordre qui les
conduit à la fin est toujours une chose nécessaire.
ad ipsam , ita nihil consequitur finem , nisi sit
debito modo ordinalum ad ipsum : et ideo
nullus potest ad beatitadinem pervenire, nisi
habeat rectitndloem volantatis. Cwcomitan'
ter aulem, quia sicut dictam est (qu. 3,
art. S ) , beatitudo ultima consistit in visione
divin» essenti2& , qu» est ipsa essentia boni-
tatis; et ita voluntas \identis Dei essentiam,
ex necessitate amat quicquid amat sub ordine
ad Deum : sicat voluntas non videntis Dei
essenliam , ex necessitate amat quicquid amat
8ab communi ratione boni quam novit ; et hoc
ipsum est quod facit voluntatem rectam. Unde
manifestum est, quod beatitudo non potest
esse sine recta volunlate.
Ad primum ergo dicendum, qu6d Augus-
tinns loquitor de cognitione veri , quod non est
ipsa essentia bonitatis. •
Ad secQDdum dicendnm , quod omnis actas
voluntatis procedit ab aliquo actu intellectns.
Aliquis tamen actus Yoluntads est prior quam
aliquis actus intellectus ; voluntas enim tendit
in finalem actum intellectus, qui est beatitndo.
Ideo recta indinatio voluntatis prsexigitor ad
beatitudinem , sicut rectus motus sagitte ad
percussionem signi.
Ad tertium dicendum , qu&d non omne quod
ordinatur ad Ûnem, cessât adveniente fioej
sed id tantum quod se habet in ratione iœper-
fectionis^ ut motus : unde instrumenta motus
non sunt necessaria postquam pervenitor ad
finem^ sed débitas ordo ad finem est necessariit.
DBS CONDITIONS BEQUISES POUR lA BiATITÏÏLE. 27t
ARTIOJE V.
Le corps est-il requis pour la béatitude de Vhomm'i ?
n paroit que le corps est requis pour la béatitude de Thomme. V La
perfection de la vertu et de la grâce suppose la perfection de la nature.
Or^ la béatitude est la perfection de la vertu et de la grâce ; tandis qiie
Tame sans le corps n'a pas sa perfection naturelle , puisqu'elle forme par
sa destination même une partie de la nature humaine, et que toute partie
est imparfaite quand elle est réparée de son tout. Donc l'ame sans le corps
ne peut pas polder la béatitude.
2^ La béatitude est une opération parfaite^ ainsi que nous Tavons déjà
dit. Mais l'opération parfaite suppose l'être parfait; car une chose n'opère
qu'autant qu'elle est en acte. Ainsi donc , comme l'ame n'a pas son être
parfait quand elle est séparée du corps ^ pas plus qu'une partie quand elle
est séparée du tout, il semble que l'ame sans le corps ne sauroit posséder
la béatitude.
d<» La béatitude est la perfection de l'homme. Mais l'ame sans le corps
n'est pas l'homme. Donc la béatitude ne sauroit être dans l'ame séparée
du corps.
4° D'après le Philosophe, Ethic, X, 7, l'opération dans laquelle con-
siste la béatitude ne doit pas avoir d'empêchement. Or^ l'opération de
l'ame séparée du corps subit un empêchement; car, comme le dit saint
Augustin^ Gènes, ad lit., XII, 35 : a L'ame a comme un appétit naturel
de régir le corps, et par cet appétit elle est en quelque sorte empêchée
de tendre par toutes ses forces vers le ciel suprême, » c'est-à-dire, vers
la vision de l'essence divine. Donc l'ame sans le corps ne sauroit avoir la
béatitude.
ÂRTICULUS V.
Vtritm ad beatitudinetn hominU requiraiur
corput.
Ad ipùntum sic proceditar (1). Videturqubd
id beaiHudinem requirator corpus. Perfectio
eoim virtatis et gratis snpponit perfeclionem
naturs. Sed beatUndo est perfectio virtolis et
gratis; anima aatem sine corpore non habet
perfecii5nem nature , cùm sit pars naturaliter
humane naiurs; omnis autem pars est imper-
fecta à suo toto separata. Ergo anima sine
corpore non potest esse beata.
8. Praeterea , beatitado est operatio quiedam
perfecta, ut supra dictum (qu. 8, art. 2).
Sed operatio perfecla sequitnr esse perfectum;
quia nihil operatur nîsi secundum quod est in
actu. Cùm ergo anima non habeat esse perfec-
tum^ quando est à corpore separata ^ sicutnee
pars separata à toto , videtur quod anima sine
corpore non possit esse beata.
3. Prxterea, bealitudo est perfectio hominis.
Sed anima sine corpore non est ho.no. Ergo
beatitudo non potest esse in anima sine cor-
pore.
4. Prsterea, secundum Philosophom in
X. Ethicor,, operatio felicitatis in qua con-
sistit beatiludOy est non impedita. Sed operatio
anim» séparât® est impedita; quia, ut dicit
Augustinus XII. Super Gen. ad litteram,
(cap. 35 ) , a inest et naturalis quidam appe-
titus corpus administrandi , quo appetitu re-
tardatur quodammodo ne tota intentione pergat
in Ulod summum cœlum ,» id est, in visio-
nem essentix divins. Ergo anima sine corpore
non potest esse beata.
(1) Be bis etiam III. part., qu. 7, art. 4, ad I, et qu. 15, art. 10, tum in corp., tara ad 2^
al et IV, StuLs dist. 49, qu. 4 , art. 5, quœstiooc. 8, tum incorp.| tum ad 1 ; et Cont, Gent.s
378 1» Il« PARTIE ^ OUESTIOlff IT^ ARTICLE 5.
6° La béatitude est un bien surabondant, et tout désir s'y repose. Mais
cela ne convient pas à Tame séparée , puisqu'elle désire encore se réunir
au corps , ainsi que nous venons de le voir dans saint Augustin . Donc
Tame séparée du corps ne sauroit avoir la béatitude.
6° L'bomme dans la béatitude est égal aux anges. Mais Tame sans le
corps n'est pas égale aux anges, selon la pensée du même saint Augustin.
Donc elle n'a pas la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, conformément à cette parole de
l'Ecriture, Apoc., XIV, 13 : a Heureux les morts qui meurent dans le
Seigneur (1). »
(Conclusion. — Comme la parfaite béatitude de l'homme consiste dans
la vision de l'essence divine, essence qui n'est pas vue au moyen des
images ou fantômes, le corps n'est pas nécessaire et ne rentre pas dans
l'essence de cette béatitude; mais pour celle dont nous pouvons jouir
dans la vie présente, comme eUe consiste dans une oonnoissance qni
exige le concours des images, le corps est nécessairement requis. )
11 7 a, comme on l'a vu, deux sortes de béatitudes, l'une imparfaite
et telle que nous pouvons l'avoir dans la vie présente, l'autre parfadte
et qui consiste dans la vision de Dieu. Or, il est manifeste que pour la
béatitude de la vie présente le corps est nécessairement requis. En effet,
la béatitude de la vie présente est une opération de l'intellect ou spécu-
latif ou pratique. Mais l'opération de l'intellect, dans l'état de la vie pré-
sente , ne sauroit avoir lieu sans les images , et par conséquent sans le
(f ) La réponse donnée par saint Thomas à la question qu*il ^est posée dans cette thèse ,
ne peut être bien comprise et pleinement justifiée dana Tesprit dn lecteur, que par une étude
sérieuse de la démonstration tout entière. Et pour bien saisir la portée de cette démonstra-
tion elle-même , il faut se souvenir de ce qui a été dit dans la première partie de la Somme ^
touchant le mode d*existence de Tame séparée du corps. Pour le saint docteur , il s*agissoit
de mettre d* accord les principes établis par lui-même dans la théorie de Tétre humain, arec
ce qae la révélation nous apprend du sort des âmes saintes avant le dernier jugement. Il est
anii instructif qu'intéressant de voir comment il résout cette difficulté dans eet article.
B. Pneterea, beatUado est snfQcienB bo-
nom , et quietat desiderium. Sed hoc non coq-
venit animœ séparât»; quia adhuc appétit
corporis uaionem , ut Augustinus dicit ( ubi
supra). Ergo aDima separata a corpore noa est
beata.
6. Prsterea , bomo in beatitudlne est aa-
gelis œqoalis. Sed anima sioe corpore noa
cquatur angelis , ut Augustinus dicit ( ubi
supra). Ergo non est beata.
Sed conti-a est , quod dicitur Àpoc., XIV :
« Beati morlui qui in Domino moriuutor. »
(GoNCLfJsio. — Cùm perfecta hominis bea-
titudo coDsistat in visione eseentis divins ,
qus per phantaunata non videtur , ad ipsam
non necessario corpus requiriUir quasi illios
essentiam constituens; beatitudo tamea que
in bac vita possibilis nobis est , cùm ia spe*
culatioae consistât, necessario corpus exigU.)
Respoudeo diceodum, qu6d duplex est betti»
tudo. Ona imperfecta, que habetur in bac vita;
et alia perfecta, que in Dei visions ood-
sistit. Manifestum est autem^ quod ad beatitn-
diuem bujns vita de necessitate requiritni
corpus ; est enim beatitudo bujns vite opentio
intellectus vel speculativi, vel practici. Ope*
fatio antem iotelleclus in bac vita non potest
esse sine pbantasmate, quod non est nisi
Ub. IV, oap. i7| el qpi. 5y de potent., eii. tO| et Opmm., Vif cep. t&9; et Joh, XII, ctrsa
finenu
DES CONDITIONS REQUISES POUR U. BÉATITUDE. 279
concours des organes corporels^ comme nous l'avons établi dans la pre*
mière partie^ question 84^ article 7 : et de la sorte la béatitude^ telle que
nous pouvons la posséder dans cette vie , dépend du corps à certains
égards. Concernant même la béatitude parfaite, qui consiste dans la vision
de Dieu, quelques-uns ont pensé que Tame séparée du corps ne pouvoit
en jouir, et que les âmes des saints n'y parviennent qu'au jour du juge-
ment^ après avoir repris leurs corps respectifs. Mais cela est faux ; nous
pouvons le démontrer par Tautorité et la raison. Et d'abord par l'auto-
rite; car voici ce que dit l'Apôtre, II. Corinth., V, 6 : « Tant que nous
vivons dans ce corps nous voyageons loin du Seigneur. » Puis il nous dit
quelle est la nature de ce pèlerinage, en ajoutant : « Nous marchons par
la foi , et non par la vision, b II suit de là que l'homme qui marche par
la foi et qui est privé de la claire vision de l'essence divine, tant qu'il
demeure dans cet état« n'est pas présent à Dieu. Mais les âmes des saints^
une fois séparées de leur corps, sont présentes à Dieu; ce qui fait que
l'Apôtre ajoute : a Dans notre confiance, nous désirons sortir de notre
corps, afin d'être présents à Dieu. » Par conséquent, les âmes des saints^
une fois séparées du corps, marchent dans la vision, contemplent l'es-
sence de Dieu, dans laquelle consiste la vraie béatitude (i). Cette vérité
ne nous est pas moins démontrée par la raison; car l'intellect n'a besoin
du corps pour son opération qu'à cause des images ou fantômes, puisque
c'est par leur moyen qu'il voit la vérité intelligible, comme nous l'avons
dit dans l'endroit cité plus haut. Or, il est manifeste que l'essence divipe
ne peut pas être vue au moyen des fantômes, ainsi que nous l'avons éga«-
(1) n n*eit p«8 poMÎble d*intcr|iiéter dani un Mire sens ces parolei de rApdtre , ainsi
que les autres textes non moins formels de rEcriture sur le même point. Tous les Féres da
TEglise qui en ont parlé et tous les commentateurs, sans exception, les ont expliqués de U
mCino manière. Nous nous contenterons de citer les noms de saint GhTysostdme , de Théo*
doict, de Gassiodore , et en particulier du vénérable Bédé, qui revient sur cette vérité dans
plusieurs endroits de ses ouvrages. Renseignement de la tradition ne doit pas être considéré
ici comme une démonstration de U croyance commune , mais comme un» simple exposition
de la vérité révélée.
in OTgano corporeo, ni in I. babitum est :
(qu. 84^ art. 7) , et sic beatitudo quse io bac
vita haberi polest^ dependet qaodammodo ex
corpore. Sed circa beatitodinem perfectam^
qus in Dei visione consistit , aliqui posuerunt
quod non potcst animœ advenire sine corpore
eiistenli, dicentes qu5d anims sancloruni à
corporibus séparais, ad illan: beatitudinem
non perveniunt Qsque ad diem ju.^icii, qtiando
corpora r^umeut : quod quidem apparet esse
falsam et auctoritate et ratione. Anctoritate
quidem, quia Apostolas dicit II. ad Cor*nth.,V :
« Qoamdia sumus in corpore^ peregrinamtir à
Domino; » et qn» sit ratio peregrinationis
ostendit , subdens. « Per fidem eoim ambula-
i&aSy et non per speciem. » Ex quo apparet,
quod qr.nnidiu aliquis ambulat per fidem, et
non per speciem , carcns visione divlna essen-
tiae , nouduin est Deo prxsens. Ânimœ autem
sanctorum à corporibus séparât^ sunt Deo pré-
sentes, onde subJitor : a Audemus autem,
et volontatein habemus bonam peregrinari i
corpore , et prssentes esse ad Deutn : » unde
manifestum est, quod anim® sanctorum sépa-
rais à corporibus ambulant per speciem , Dei
essentiam videntes^ in quo est vera beatiludo.
Hoc eliam per rationcm a|:pareti nam intel-
lectns ad suam operalion3m non iudiget cor-
pore nisi propter pbanstasmata^ in quibuB
veritatem intelligibilem contuetur, ut in primo
diclam est (qu. 84, art. 7). Manifestum est
autem qu6d divina esseotia per pbantasmaU
280 r« !!• PARTIE, QUESTION IV, ARTICLE 5.
lement montré dans la première partie, question 12, articles. Donc,
puisque la parfaite béatitude de ITiomme consiste dans la vision de l 'es-
sence divine, cette béatitude ne sauroit dépendre du corps, elle peut être
dans Tame séparée. Remarquons ici qu'une chose peut rentrer dans la
perfection d'une autre de deux manières : d'abord , de manière à consti-
tuer son essence même, ainsi l'ame rentre dans la perfection de Hiomme ;
puis^ de manière à compléter simplement sa perfection, ainsi la beauté
du corps, ou celle du talent, rentre dans la perfection de Thomme. Dans
le premier sens, le corps n'est pas requis pour la béatitude de l'homme;
mais il l'est dans le second. Comme l'opération dépend, en effet, de la
nature même d'un être, plus l'amç sera parfaite dans sa nature, plus
sera parfaite l'opération de l'ame, dans laquelle consiste la félicité. Ce
qni fait que saint Augustin, Gènes, ad litt., XII, 35, après s'être de-
mandé si les âmes des morts peuvent jouir sans le corps de la suprême
béatitude, répond en ces termes : a Elles ne peuvent pas voir la substance
immuable de la même manière que les anges la voient, soit pour une
raison cachée, soit à cause du désir naturel qu'elles ont de posséder et de
régir leur corps. »
Je réponds aux arguments : l^» La béatitude perfectionne l'ame du côté
de l'intellect, et par l'intellect l'ame s'élève au-dessus des organes du
corps ; mais la béatitude ne perfectionne pas l'ame en tant que celle-ci
est la forme naturelle du corps : d'où il suit que l'ame possède ce genre
Je perfection qui lui permet de posséder la béatitude, bien qu'elle n'ait
pas sa perfection naturelle comme forme du corps.
if" L'ame n'est pas par rapport à l'être comme d'autres parties d'un
tout; car l'être d'un tout n'est pas toujours l'être d'une de ses parties : ou
bien la partie cesse entièrement d'être quand le tout est détruit, ainsi les
videri non polest, nt in primo ostensum est
(qa. 12, art. 8). Unde cumin visione divine
essentix perfecta hominis beatitado consistât ,
non dcpeadet beatitudo perfecta horainis à
corpore : unde sine corpore potest anima esse
beata. Sed sciendum quod ad perfectionera ali-
cujus rei dupliciter aliquid perlinet. Udo modo.
Ad constilucndam cssentiam rei : sicut anima
reqairitur ad perfectionem bomiois. Alio modo
requiritur ad perfectionem rei, quod pertiaet
ad benè esse ejus : sicut pulcbritudo corporis,
Tel velocitas ingenii pertinet ad perfectionem
hominis. Quamvis ergo corpus primo modo ad
perfectionem beatitudinis bumans non perti-
neat , pertinet tamen secundo modo. Cùm enim
operatio dependat ex natura rei, quant6 anima
perfectior erit in sua natura, tanlô perfectiùs
habebit suam propriam operationem, in qua
félicitas consistit. Unde Augustinus in XII.
Super Gen, ad litteram (cap. 85 ubi supra)
cum qnœsivisset, « utmm spirilibus defuncto-
rum fiine corporibus possit summa illa beati-
tudo prnberi, respondet, quod non sic pos-
sunt videre incommutabilem substantiam , ut
sancti angeli vident, sive alia latentiore causa,
sive ideo quia est in eis naturalis quidam ap-
petitus corpus administrandi. »
Ad primum ergo dicendum, quod beatitado
est perfectio anim» ex parte iutellectus, secao-
dum quem anima transcendit corporis organa;
non autem secundum quod est forma naturalii
corporis : et ideo illa naturalis perfectio manet»
secundum quam ei beatitudo debetur, licet
non maneat illa natur» perfectio, secundoa
corporis formam.
Ad secundum dicendnm , qu6d anima aliter
se babet ad esae, qukm alis partes; nam et$e
totius non est alicujus suarum partium : unde
vel pars omnino desinit esse destructo totO|
sicut partes animalis desttucto animali; vel
DES CONDITIONS HEQVISES POUR LA BÉATITUDE. 281
parties de ranimai quand Tanimal périt ; ou bien si elles demeurent ,
elles ont actuellement un autre être , ainsi une partie de la ligne a un
autre être que la ligne entière. Mais Tètre de Tame humaine demeure
celui du composé^ même après la destruction du corps ; et cela, parce
que rètre de la forme et de la matière est le même , et cet être est égale-
ment celui du composé. Or, Tame subsiste dans son être, comme nou
l'avons démontré dans la premièce partie , quest. 75, art. % 11 suit de là
que même après avoir été séparée du corps elle conserve son être parfait :
d'où il suit encore qu'elle peut avoir une opération parfaite, bien que
n'ayant pas la perfection de sa nature.
3"» G^est par son intellect que l'homme possède la béatitude : tant que
son intellect demeure, il peut donc avoir la béatitude. Ainsi les dents
d'un Ethiopien demeurent blanches après même qu'on les a arrachées >
et l'on peut dire encore que par là l'Ethiopien est blanc.
4<* Une chose peut être empêchée par une autre de deux manières :
d'abord , par manière de contrariété, comme le froid empêche l'action de
la chaleur ; et un tel empêchement répugne à la béatitude. En second
lieu par manière de défaut, c'est-à-dire, parce que la chose empêchée
n'aura pas tout ce qui est requis pour sa complète perfection; et un tel
empêchement dans l'opération ne répugne pas à la béatitude, il répugne
seulement à la complète perfection de l'être. C'est dans ce sens que l'ame
séparée du corps est comme empêchée de tendre par toutes ses forces
vers la vision de l'essence divine ; car l'ame désire jouir de Dieu de telle
sorte que son bonheur puisse dériver et refluer sur le corps, comme cela
est possible. Aussi, tant qu'elle jouit de Dieu sans le coi'ps, son appétit
ne se repose pas tellement dans le bien suprême , qu'elle ne désire voir
son corps arriver à la participation de son bonheur.
S"" Le désir de l'ame séparée est totalement satisfait du côté de Tobjet
si rémanent , taabent aliud esse in actn , sicut
pars Unex habet aliud esse quàm tota linea.
Sed animas humans remanet esse compositi
post corporis deslruciionem; et boc ideo , qaia
idem est esse formœ et materise^ et hoc idem
est esse compositi. Anima autem subsistit in
suc esse, ut in primo ostensum est ( qu. 75 ,
art. 2). Unde relinquitur quod post separatio-
nem à corpore perfeclum esse habeat : unde
perfectam operalionem habere potesl, licet non
habeat perfectam naturam.
Ad (ertiam dicendum^ qu6d beatitado est
hominis secundam intellectum : et ideo rema-
necle intelicctu potest inesse ei beatiludo :
sicut dentés ^thiopis possunt esse albi^ etiam
post evulsionem, secundunn quos iËlhiops dici-
tnr albus.
Ad quartnm dic^ndom , qaM dupliciter ali-
quid impedilnr ab alio. Uno modo , per modum
contrarietatis , sicut frigus impedit actionem
caloris : et taie impedimentum operationis ré-
pugnât felicitati. Alio modo , per modum cujus-
dam defectus , quia scilicet res impedita non
habet quicquid ad omnimodam ejus perfectio-
nem requiritur : et taie impedimentam opéra*
tionis non repagnat felicitati, sed omnimodaï
perreclioni ipsius; et sic separatio animas à
corpore dicitur animam retardare , ne tota in*
tentione tendat in visionem divins esseutie.
Appétit enim anima sic frui Deo , quôd etiam
ipsa fniitio derivetur ad corpus per redundan-
tiam , sicut est possibile : et ideo quamdiu ipsa
fniitur Deo sine corpore, appetitus ejus sic
quiescit in eo, quod tamen adbuc ad par-
ticipationem ejus vellet suum corpus pertin-
gère.
Ad quintnm dîcendum, quôd desiderium
anime séparât» toUliter quiescit ex parte
S82 1** II^' PARTIE, OUESTION lY, ARTICLE 6.
apitétible j puisqu'elle possède tout ce qui suffit i.soQ appétit ; mais il ne
Test pas dJ)soluinent du côté de l'être qui appète, puisque Tame ne possède
pas ce bien suprême dans la manière dont elle voudroit le posséder r
aussi, quand elle aura repris son corps à la résurrection, son bonheur
croîtra, non en intensité, mais en étendue.
6*3 Quand on dit que les âmes des morts n/e voient pas Dieu de la même
manière que les anges, cela ne signifie pas qu'il y ait inégalité dans cette
vue ; car il arrive même à présent que certaines âmes bienheureuses sont
élevées aux ordres supérieurs des anges, et voient Dieu par conséquent
avec plus de clarté que les anges inférieurs ; cela doit être entendu d'une
manière relative, dans ce sens que les anges mêmes inférieurs possèdent
la béatitude dans toute la perfection dont ils sont susceptibles , tandis
qu'ils n'en est pas ainsi des âmes justes séparées des corps.
ARTICLE VI.
La perfection du oorpu est-eUe requUe pour la béatitude f
Il paroît que la perfection du corps n'est pas requise pour la béatitude
parfaite de l'homme. 1** La perfection du corps n'est évidemment qu'un
bien corporel. Or, il a été démontré plus haut que la béatitude ne consiste
pas dans ces sortes de biens. Donc la béatitude de l'homme n'exige pas
une parfaite disposition dans son corps.
2o La béatitude de l'homme consiste, comme on l'a dit, dans la vision
de l'essence divine. Mais le corps n'entre pour rien dans une telle opé-
ration, ainsi qu'on l'a vu. Donc il n'est aucune disposition corporelle qui
soit requise pour la béatitude.
3*» Plus l'intellect se dégage du corps, plus il a de puissance. Or, la
béatitude consiste dans la plus haute opération de l'intellect. Donc il faut
appetibilis, qpiia habet id quod buo appe-
titai Bufficit; sed non totaliter requiescit
4x parie appeientU, quia illud bonum non
possidei secundiun omnem modum quo pos-
sidere vellet : et ideo corpore resiunpto bea-
titado creBcit^ non intenaivë sed exten-
flivè.
Ad sextam dicendtun , qu&d id quod ibidem
didioTy qoôd « spiritoa dafuoctorum non sic
vident Deum sicnt angeli, » non est intiîUigeu-
dnm secnadum insqualitatem qoantitatis » quia
etiam modo, aliqus anin» beatorum sunt
tssumptje ad soperiores oïdines angelorum,
darius videutes Deam quàm inferioies angeli;
sed inftelligitar secandum iosqualilatem pro*
portionis^ quia angeU etiam inûmi habent om-
nem perfectionem beatitudinis , quam sunt
babiiuri, non antem anioue séparât» sanc-
torum.
ARTICULUS VI.
Vtrum ad beaiitudinem requiratur abgna
per/ectio corporis.
▲d seztum sic procedilar. Videtur qnod per-
fectio corporis non requiratur ad beatitudinen
bominis perfectam, perfectio enim corporis est
quoddam corporalié bonum. Sed snprà oste»-
sum est (qa. 2, art. 5), ^aod beatitado non
consistit in corporalibiu bonis. Ergo ad beati-
ludinem bominis non requiritur ali^ periiecta
disposiiio corporis.
S. Pneterea , beatitado bominis consistit in
visione divins esgeutis, ut ostensnm est (qo. S,
art. 8). Sed ad banc operationem nibii eibibet
corpus, ttt dictum est (art. 5). Ergo nolU
disposiiio corporis requiriiur ad beatltudinem.
3. Prsterea, quantô intelleclus est nugis
abstracius à corpore, tant6 perfectiitt intelligit.
Sed beatitado conaîsUt in p^j&ctis&ima operft»
DES CONDITIONS REQUISES POUR LÀ BÉATITUDE. 283
pour cela que Tame soit absolument dégagée du corps ; aucune disposition
corporelle n'est requise dès lors pour la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. La béatitude est la récompense
de la vertu, conformément à ce qui est dit dans rEvangile^ Joan., Xlli, 17:
« Vous serez heureux si vous accomplissez toutes ces choses, b Or, Dieu
promet aux Saints , non-seulement la vision de son essence et la délecta-
tion qui en est la suite, mais encore la perfection relative de leur corps ;
car il est encore écrit, ba., LXVI, ik: a Vous verrez^ et votre cœur sera
dans la joie , et vos os germeront comme l'herbe, s Donc la perfection
relative du corps est requise pour la béatitude (1).
( Conclusion. — Dans quelque sens qu'on entende la béatitude , elle
réclame dans le corps de l'homme, comme condition ou comme consé-
quence, une disposition convenable qui en est Tomement et la perfection. )
Si nous parlons de la béatitude de l'homme , telle qu'on peut la posséder
dans la vie présente, il est évident que la bonne disposition du corps est
requise de toute nécessité pour cette béatitude, puisque celle-ci consiste^
d'après le Philosophe, dans l'opération de la vertu parfaite ; il est manifeste
que la mauvaise disposition du corps peut entraver toute opération de la
vertu ou puissance humaine. Mais si nous parlons de la béatitude parfaite^
quelques-uns ont pensé que cette béatitude n'exigeoit aucune disposition
dans le corps, et que même, pour en jouir, l'ame devoit être entièrement
dégagée du corps : aussi saint Augustin, De Civit. Dei, Xli, 26, met-il
ces paroles dans la bouche de Porphyre : « Pour que l'ame soit heureuse^
le corps doit être entièrement abandonné, o Mais cela répugne ; car comme
(f ) La restriction placée k la fin de rartlele précédent , est comme une transition qui pré-
pare l'esprit à la démonstration donnée dans le présent article. Le corps n*est pas nécessaire
è Fessence même de la béatitude ; mais comme il est indispensable à la perfection de Tétre
bomain , il ne peut participer à la gloire céleste , sans avoir sa perrection relative. Toutes les
œuvres de Dieu seront la parfaitement conformes k leur type supérieur et parfait , c'est-à-dire
è la pensée divine elle-même. C'est là que le Verbe incréé sera tout en toutes choses, selon
l'admirable expression de saint Frai.
tione intellectus. Ergo oportet onmibas modis
anhnam esse abstractam à corpore. Nailo ergo
modo reqniritar aliqua diipositio eorporis ad
beatitadinem.
Sed contra, pnemium virtntis est beati-
tndo^ nnde dicitur Joan,, Xm : « Beati eritis
si feceritis ea. o Sed sanctis repromittitar pro
pTsmio non solum -viglo Dé, et delectatio ,
sed etiam eorporis bona dispositio; dicitur
eniffl Jsai., LXVl : « Videbitis, et gandebit cor
testram , et ossa vestra quasi berba germina-
btmt. » Ergo bona dispositio eorporis requiritor
id beatitudinem.
(CoNCLusio. — Ad omoem beatitodinem
qnocunque modo sumptam conveniens eorporis
, hnmani antecedit et sequitor disposiliOi ut illius
décor et perfectio. }
Respondeo dicendam , qnhà si loqnamar de
beatitadine bominis , qoalis in bac vita potest
baberi; manifestam est , qo6d ad eam es ne*
cessitate reqniritar bona dispositio eorporis (
oonsistit enim hsc beatitodo, secundnm Pbilo-
sophum Ethic, VU^ (ut jam suprà ), in oper»-
tione virtotis perfects. Blanifestom est antem
quèd per invaletudioem eorporis in omni opA-
ratione virintis homo impediri potest. Sed si
loqnamur de beatitudioe perfecta , sic quidam
posueruDt quôd non requiritur ad beatitudinen
aliqua eorporis dispositio, im6 reqniritar ad
eam^ ut oamiao anima ait à corpore separata :
unde Auguslinus XII. De Civit. Dei (cap. 26),
introducit verba Porphyrii dicentis, quèd «ad
hoc quod sit beata anima, oinne corpus fugieir
dum est, » Sed hoc est inoonveniens} ciun eoini
284 !»• Il* PARTIE, QUESTION IV, ARTICLE 6.
il est dans la nature de Famé qu'elle soit unie à un corps y il n'est pas
possible que la perfection de Tame exclue la perfection du corps. Voilà
pourquoi il faut dire que pour une béatitude absolument parfaite^ il faut
une certaine perfection corporelle, soit comme condition préalable, soit
comme conséquence. Ck)mme condition préalable d'abord ; car, ainsi que le
dit saint Augustin, Gems. ad Lit. y XII, 35 : a Si le corps est tel qa'il
soit difficile en même temps et pénible de le gouverner, comme l'est une
chair qui se corrompt et qui appesantit l'ame , l'esprit est détourné de la
vision du bien suprême, o D'où ce même docteur conclut : a Ce ne sera
plus là un corps animal , mais bien un corps spirituel ; alors l'ame sera
égalée aux anges , et ce qui lui fut un fardeau lui deviendra une gloire. »
Cela doit être également par voie de conséquence ; car la béatitude de
l'ame refluera sur le corps, en sorte qu'il possède lui-même toute sa
perfection : ce qui fait dire à saint Augustin, E'pist. ad Diosc, LXVI :
a Dieu a fait l'ame d'une nature si puissante , que de la plénitude de sa
félicité il rejaillit sur la nature inférieure une force d'incorruption (I). s
Je réponds aux arguments : !<> Sans doute, la béatitude ne consiste pas
dans un bien corporel comme dans son objet même ; mais un bien corporel
peut contribuer en quelque sorte à l'ornement et à la dernière perfection
de la béatitude.
2o Quoique le corps n'entre pour rien dans cette opération de l'intellect
qui constitue la vision de l'essence divine, il pourroit néanmoins être
un obstacle à cette opération : d'où il suit que la perfection du corps est
requise, pour qu'il n'y ait pas d'obstacle à l'élévation de l'ame.
3<» Il est vrai que pour la parfaite opération de l'intellect, celui-ci doit
(1) G*e8t ce que notre Mint auteur avoit déjà dit, conrormémeal & la pensée du grand éTèqne
d'Hippone , soit en pariant du corps humain dans Tétat d*innocence , soit en nous laissaut
entrevoir ce qu'il eût développé , touchant la gloire future de notre corps , à la fin de sa
Somm»^ si la mort n* avoit interrompu, comme on le sait, Vœuvre capitale du docteur ange-
lique.
oaturale sil aoîms corpori uniri , non potest
esse quod perfectio anims naluralera ejus per-
fectionem exdadat. Et ideo diceudam est,
quôd ad bealitudinem omnibus modis perfec-
iam reqniritur perfecta dispositio corporis et
tntecedenter , et consequenter. Antecedenter
quideni; quia ut Augustinus dicit XII. Super
Gen, ad IHteram (cap. 85 ubi supra) , a si
taie sit corpus, cujus sit difllcilis et gravis
admioistratio , sicnt caro qu» corrompilur et
aggravât animam, averlitur mens ab illa visiooe
gummi cceli. » Unde concludit , quod cum « hoc
corpus jam non erit animale , sed spirituale ;
tune angelis adsquabitur, et erit ei ad glo-
riam quod sarcins fuit. » Consequenter ver& ;
quia ex beatitudine anims fiet redundanlia ad
*pus , ut et ipsum sua perfectione potiator :
unde Augustinus dicit in Epist odDtoscorum
( epist. 66 ) : a Tarn potenti nalura Deus fecit
animam, ut ez ejus plenissima beatitudine
redundet in inferiorem saluram incorruptioQis
vigor. »
Ad primum ergo dicendom, quôd in corpo-
rali bono non consistit bealitudo sicut in ob-
jecto beatitudtnis ; sed corporale bonuoi potest
facere ad aliquem ba^^diois decorem vel
perfectionem.
Ad secundum dicendum , qu&d ctsi corpus
nihii conférât ad illam operationem inlellectus,
qua Dei essentia videtur , tamen posset ab bac
impedire : et ideo reqniritur perfectio corporis,
ut non impediat elevationem meniis.
Ad tertium dicendum, qaèd ad perfedam
operationem inteUectûs requiritur quidem abs*
DES CONDITIONS BEQUISES POUR LA' BÉATITUDE. 385
se dégager de ce corps corruptible qui appesantit Tame ; mais nullement
de ce corps spirituel qui sera soumis à Tesprit de la manière la plus
absolue^ et dont nous traiterons dans la troisième partie de cet ouvrage.
ARTICLE VIL
la béatitude exige-t-^lk quelques biens extérieurs?
n parolt que la béatitude exige des biens extérieurs. !• Tout ce qui est
promis aux saints comme récompense^ rentre dans la béatitude. Or^ Dieu
promet aux saints des biens extérieurs , ainsi la nourriture et la boisson^
les richesses et la royauté, conformément à ces paroles, Luc, XX, 30 :
a Je vous ai préparé un royaume, pour que vous mangiez et buviez à ma
table ; » et, Matth., VI, 20 : «Amassez-vous un trésor pour le ciel; » et
encore, Matth., XXV, 34 : a Venez les bénis de mon Père, posséder le
royaume qui vous a été préparé. » Donc les biens extérieurs sont requis
pour la béatitude.
2® Selon Texpression souvent citée de Boëce , a la béatitude est un état
parfait par la réunion de tous les biens. » Or, l'homme compte des biens
extérieurs, bien qu'ils soient les moindres, comme le dit saint Augustin
en plusieurs endroits de ses ouvrages. Donc ces biens mêmes sont requis
pour la béatitude.
3o Le Seigneur dit, Matth., V, 12 : « Votre récompense est grande
dans les cieux. b Or, quand on dit dans les cieux, on détermine un lieu
particulier. Donc le lieu, chose éminemment extérieure, est du moins
requis pour la béatitude.
Ûais le contraire résulte de ces paroles, Psalm. LXXII, 25 : a Qu'y
a-t-il pour moi dans le ciel, et qu'ai-je désiré sur la terre, si ce n'est vous,
mon Dieu? D Cest comme si le Psalmiste disoit : Je ne veux rien, si ce
tractio ab hoc corruptibili corpore^ quod aggra-
vât animam ; non autem à spiritaali cor^iore ,
quod erit totaliter spiritui subjectam, de quo
intertia paite hujus operis dicetur.
ARTICULUS VU.
Uiritm ad beatiiudinem repUraniur aliqua
exteriùra hona.
Ad septimnm sic proceditur (1). Videturquôd
ad beatiiudinem requirantur etiam eiteriora
bona. Qaod enim in prsmium sanclis promit-
titor, td beatitudinem pertinet(2). Sed sauctia
repromittuntar exteriora booa , sicut cibus el
potus, divitie et regnum; dicitor enim Luc.,
XXII : « Ut edatis et bibatis super mensam
meam in regno meo ; » et Matth., VI : « Tbe-
saurizate vobis thesaurum in cœlo ; » et Matth.,
XXV : aVenite, benedicti Palris mei, possi-
dete regnum. » Ergo ad beatitudioem requiran-
tur exteriora bona.
2. f raterea, secnndùm Boetium In III. De
consol, ( prosa U ), « béatitude est status om-
nium bonorum aggregatione perfectus. » Sed
exteriora sunt aliqua hominisboua^ licôl ininima,
ut Aogustinus didt (lib. IL De libero arbitrio,
cap. 19, et lib. I. Retract., cap. 9 ). Ërgo ipsa
etiam requirantur ad beatitudinem.
3. Praeterea, Dominus^ Matth,, y, dicit :
(c Merces vestra multa est in cœlis. » Sed esse
in cœlis siguiticat esse in loco. Ergo saitem
locus exlerior requiritur ad beatitudinem.
Sed contra est^ quod dicitur in Psalm. LXXII :
« Quid enim mihi est in cœlo, et à te quid vo-
lui super terram? » quasi dicat : Nibil volo»
(1) DebU etiam in 2, 2, qu. 18, art. 3, ad i.
^ Gàm et ipM bMiiludo attprmnium, ni notatumest suprà.
286 l»* !!• PAKTIB, 0UB8TION IV, ABTICLE ?•
n'est Taccomplissement de ce vœu : pour moi, m'anir à Dieu^ c'es
mon bonheur. Donc aucun autre bien que Dieu n'est requis pour h
béatitude»
( Ck)NCLcsTON. — Pour la béatitude de la patrie , les biens extérieurs, qui
servent à la vie animale et non à la vie spirituelle , ne sont nullement
requis ; mais la béatitude qui se réalise par les œuvres de la vie active et
de la vie contemplative, les réclame comme des instruments. )
Pour la béatitude imparfaite, telle qu'on peut la posséder dans la vie
présente, les biens extérieurs sont requis, non comme appartenant i
l'essence même de la béatitude, mais comme des instruments dont elle a
besoin, puisqu'elle consiste dans l'opération de la vertu, selon l'expression
déjà citée du Philosophe. L'homme, en effet, dans le cours de la vie
présente, a besoin des biens du corps, autant pour l'opération de la vertu
contemplative que pour celle de la vertu active ; mais il est d'autres biens
extérieurs qui sont spécialement requis pour l'exercice de cette dernière.
Pour la béatitude parfaite, au contraire, laquelle consiste dans la vision
de Dieu, les biens de cette nature ne sont nullement requis. Et la raison
en est que tous ces biens extérieurs sont requis, ou bien pour la susten-
tation de la vie animale, ou bien pour certaines opérations que nous
exerçons par le moyen du corps et qui conviennent à la vie humaine;
mais quant à la béatitude parfaite qui consiste dans la vision de Dieu, ou
bien elle est le partage de l'ame séparée du corps, ou bien, quand elle est
possédée par l'ame unie au corps , ce corps est devenu lui-même spirituel
et n'a plus rien d'animal : d'où il suit que ces biens extérieurs, qui n'ont
de rapport qu'à la vie animale , ne sont en aucune façon requis pour la
béatitude. Et comme, dans le cours même de cette vie, le bonheur de la
contemplation se rapporte à la béatitude parfaite beaucoup plus que celui
de l'action, parce qu'on y voit une plus grande ressemblance avec Dieu,
ainsi qu'on peut le conclure de ce qui a été dit plus haut, la vie contem-
nisi hoc quod sequitur, mihi adhsrere Deo
bonom est. Ergo nibil aliud extra Deum ad
beatitudinem reqairitur.
(CoNCLusio. — Àd beatitudinem patris ex-
teriora bona, quse vitjB animali, noa spiriluali
deserviunt, nuUo modo requiruntur; ad eam
tamen beatitadinem, quai iu vitas activx ac
contemplative operibus perticitur, necessaria
Mint ut instrumenta.)
Respondeo dicendum^ quod ad beatitudinem
imperfectam qualiter in bac vita potest haberi,
requiruntur exteriora bona^ non qoasi de essen*
tia beatitudinis existentia , sed quasi instrument
taliter deservieutia beatitudini,qus con&istit in
opérations virtutis, ut dicitur in I. Eihicor.
(cap. 14 vel 10). Indiget enim bomo in bac
Tita necessariis corporis, tam ad operationem
virtutis contemplativ», qoàm etiam ad opera-
tionem virtutis activœ; ad quam etiam plora
alia requiruntur, quibus exerceat opéra acllTae
virtutis. Sed ad beatitudinem perfectam qua
in visione Dei consistit, nullo modo hujusiDodi
bona requiruntur. Cujus ratio est^ quia omoia
hujusmodi bona exteriora vel requiruntur ad
sustentationem animalis corporis, vel requirun-
tur ad aliquas operationes quas per animale
corpus exercemus, qa» humante vile conve-
niunt; illa autem perfecta beatitudo qus in vi-
sione Dei cousistit, vel erit in anima sine cor-
pore, vel erit in anima corpori juncta^ non jatn
animali^ sed spirituali : et ideo nullo modo
hujusmodi exteriora bona requiruntur ad illam
beatitudinem, cùm ordinentur ad vitam aDima-
lem. Et quia in bac vita magis accedit ad sîmi-
litudinem iliius perfectas beatitudinia félicitas
c<»nt«iDpUii?a, qmkm ftetin, ut utpote stiam
DB8 GOiannoNS nEomsss pour la béatitude; 287
plative est moins que tout autre dépendante de ces sortes de biens^ selon
la doctrine même du Philosophe, Ethic, 1, 10.
Je réponds aux arguments H «> Toutes ces promesses de biens corporels
renfermées dans les saintes Ecritures, doivent être entendues d'une
manière métaphorique, puisque l'Ecriture a coutume de nous représenter
les choses spirituelles sous l'image des objets corporels , a afin que Tidée
des choses que nous voyons excite en nous le désiv des choses qui nous
sont inconnues, » comme le dit saint Grégoire dans une de ses homélies.
Ainsi, par la nourriture et la boisson, il faut entendre la délectation qui
suit la béatitude; par les richesses, Tabondance de tous les biens renfermés
en Dieu seul ; par la royauté, l'élévation de l'homme dans son union avec
Dieu.
â^" Ces biens qui servent à la vie animale, ne conviennent plus à la vie
spirituelle, dans laquelle seule consiste la parfaite béatitude. Et toutefois
dans cette même béatitude se trouve la réunion de tous les biens ; car
tout ce qu'ils renferment de réellement bien, sera possédé dans la source
même de toute bonté.
S° Saint Augustin dit , en expliquant le sermon sur la montagne : « Il
ne faut pas entendre que la récompense des saints se trouve dans les
cieux visibles et corporels ; par les deux est désigné la hauteur même des
biens spirituels. i> Les bienheureux néanmoins ont pour séjour un lieu
corporel, à savoir, le ciel empyrée, non que ce lieu soit nécessaire à la
béatitude, mais par un simple rapport de convenance et de beauté.
Deo àmilior, ut ex dictis patet (qii. 3^ art. 5), | Ad secandnra dicendum , qu6d bona ista dê-
ideo minus indiget hujusmodi bonis corporis ,
Qt dicitiir in X. Ethic, (cap. 9 vel 13^ et lib. I,
obi suprà ).
Ad primam ergo dicendam, qnôd omnes ilîse
corporales promisaiones qadn in sacra Scriptura
contioeutar, sont metaphoricè intelligeads,
aecundùm quôd in Scriptoris soient apiritaalia
per corporalia desigoari , « nt ex bis qus no-
vimug, ad desiderandam incognita consurga-
mus , » sicut Gregorius dicit in quadam homi-
lia (l) : sicut per cibum et potum intelligitur
delectatio beaiitadinis; per divitias, suliicien-
tia qua liomini sufficiet Deus ; per l'egnum ,
exaliatio bominis usqne ad conjunctionem cnm
Deo.
scrvicntia animali vils, non competunt vitse
spirituali , iu qua beatitudo perfecta consisliL
Et tamen erit la illa beatitudioe oomium bo-
norum congregatio, quia quicquid bonum inve-
nitur in istis , totum babebitur in siinuno fonte
bonorum.
Ad tertium dicendum, qoM secnndùm An-
gustinum, in lib. De serra. Domini in niontej
a merces sanctomm non dicitnr esse in corpo-
rcis cœlis; sed per cœlos intelligitur allitudo
spiritualium bonorum. » Nihilominus tamen lo-
cus corporens, scUicetcœlum empyreum, aderit
beatis, nonpropter necessitatembealitudims,
sed secundùm quamdam congroentiam et de*
corem.
(1) Non sicat priés Homil. X, sed Homil. XI, abl pâiil6 aliter : Cœiorum r$gnum idcirco
terrenii rebuM timih dicitwr^ i*l 9X hii qnœ animui novii snrgat ûd incognita quœ non
novit; qualenw êXêmpto viêihitim^ m ad invitibilia rapiai, elc»
388
V !!• PARTIE, QUESTION tV, AETICLB 8.
ARTICLE VIII.
La société des amis est-elU nécessaire à la béatitude?
Il parolt que la société des amis est nécessaire à la béatitude* ±^Lb
bonheur à venir nous est souvent représenté sous le nom de gloire, dans
les Livres saints. Or, la gloire consiste à ce que le bien de l^omme sgH
connu par les autres. Donc la société des amis est requise pour la béati-
tude.
2* Boéce dit : <c La possession d'un bien est sans plaisir si elle n'est
partagée (1). i> Or, le plaisir ou la délectation est nécessaire à la béatitude.
Donc la société des amis l'est également.
5* La charité trouve sa perfection dans la béatitude. Or, la charité
embrasse Tamour de Dieu et celui du prochain. Donc la société des amis
semble être requise pour la béatitude.
Mais, au contraire, l'Esprit saint nous dit de la sagesse, Saptent.,
VU, 11 : a Tous les biens à la fois me sont venus avec elle; d et cette
divine sagesse consiste dans la contemplation de Dieu ; de telle sorte que
plus rien n'est requis pour la béatitude.
( Conclusion. — Bien que pour la béatitude de la vie présente soit
requise la société des amis, soit comme un secours pour les œuvres de la
vie active et de la vie contemplative, soit pour que l'homme y trouve
son exercice et sa joie, une telle société n'est pas néanmoins nécessaire
pour la parfaite béatitude de la vie future. )
S'il s'agit du bonheur de la vie présente, a l'homme heureux a besoin
d'amis, o selon l'expression du Philosophe, non pour son utilité propre ^
(1) Cette pensée, appliquée aux biens d'ici-bas, peut se trouver dans Boëcc. Mais la parole
citée dans cette objection est de Sénèque. Aristolo dit la même chose , Morale » IX. £l Tob
conçoit un tel sentiment dans la bouche et le cœur des hommes à qui la lumière de la révé-
lation étoit inconnue. li y a même en cela quelque chose de profondément naturel , c*esfr-A*
dire de vrai. Aussi saint Thomas y en affirmant le contraire , ne parle-t-il que d*une manière
ARTICULUS VIII.
Ulrùm ad heatUudinem requiratur êocietat
amicorum.
Ad octavam sic procediiur. Videtur qnôd
tmici sint necessarii ad beatitudinem. Futura
cnim beatitudo in Scriptaris fréquenter nomiae
^loriœ designator. Sed gloria coosistit in boc
qa6d bonum bomiais ad notitiam maltoram de-
liucitur. Ergo ad beatitudinem requiritur sodetas
amicorum.
2. Prœterea, Boeliusdicit qu5d « nuUius boni
sine consortio jacunda est possessio. » Sed ad
beatitudinem reqtfiritur delectatio. Ergo etiam
leqiiiritur societas amicorum.
3. Prxterea , chaiitas in beatitudine perfici-
tor. Sed charîtas extendit se ad dilectionem
Dei et proximi. Ergo videtur qu5d ad beatitu-
dinem requiratur societas amicorum.
Sed contra est , quod dicilur Sap. , \lî :
« Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa, »
Bcilicetcum divina sapientia^ qus consislit in
contemplatione Dei; et sic ad bealitudiaem
nihil aliud requiritur.
( CoNCLusio. -* Eliamsi ad présent is vits
beatitudinem amicomm societas requiratur, ut
iilis ad opéra vit» activas et contemplative
prsstanda juvetnr, oblcctetur et exerceatar
homOy non autem ad perfectam sequenlis vits
beatitudinem necessaria est. )
Respondeo dicendum , qu5d si loquamnr de
felidtate praesentisvitœ, sicut Philosophus didt
in VIII. EthiCf « feUx indiget amicis, » non
quidem propter ntilitatem , cùm sit sibi sofficiensi
DES CONDITIONS REQUISES POUR LA. BÉATITUDE. 289
puisqu'il se suffit à lui-même, ni pour sa délectation^ puisque ropération
de la vertu lui fait trouver en lui-même la délectation parfaite ; mais
pour la perfection de son opération^ c'est-à-dire , pour avoir la possibilité
de leur faire du bien, et pour trouver une délectation dans le bien accompli
par les autres, et un secours dans le bien accompli par lui-même. L'homme,
en effet, a besoin, pour faire le bien, du secours des amis, tant dans les
œuvres de la vie active que dans celles de la vie contemplative. Mais s'il
s'agit de la parfaite béatitude , telle que nous devons la posséder dans la
patrie, la société des amis n'est pas nécessairement requise ; car l'homme
trouve en Dieu toute la plénitude de sa perfection. La société des amis,
toutefois, est une chose qui s'accorde bien avec la béatitude ; ce qui fait
dire à saint Augustin, Gènes, ad Lit., Vin, 26 : «La créature spirituelle
trouve intérieurement son bonheur dans l'éternité, la vérité et la charité
de son Dieu; et si elle reçoit du dehors quelque surcroît de joie, ce ne
peut être qu'en voyant son bonheur partagé par d'autres êtres, et dans
son union avec eux. d
-Te réponds aux arguments : 1" La gloire essentielle à la béatitude n'est
pas celle dont on jouit auprès de l'homme, mais celle dont on jouit auprès
de Dieu.
2o La parole de Boëce doit s'entendre d'un bien qui ne suffit pas plei-
nement à notre ame; mais cela ne s'applique pas à l'objet présent,
puisque l'homme trouve en Dieu l'abondance de tous les biens.
3» La perfection de la charité essentielle i la béatitude, regarnie
l'amour de Dieu , mais ne comprend pas nécessairement l'amour du pro-
chain. En effet, lors même qu'il n'y auroit qu'une ame jouissant de la
vue de Dieu, elle seroit encore heureuse, bien qu'elle n'eût pas un autre
être à aimer ; mais du moment où il y a d'autres êtres jouissant du
absolue. Absolument Dieu suffit sans doute & remplir les affections de Tétre créé ; mais , dans
la réalité , et c'est ce que le saint docteur ajoute , rbomme aimera , dans le ciel , des êtres
semblables â lui, et leur verra partager sh béatitude.
nec propter delectationem^ quia babet in seipso
delectationem perfectam in operatione virtutis;
€ed propter bonam operationem , ut sdlicet eis
beneGciat , et ni eos inspiciens benefacere de-
lectetur, et nt eis benefadendo juvetur. Indiget
enim bomo ad benè operandum anxilio amico-
ruar, tam in operibus vit£ activa, quàm in
operibus vit« contemplativs. Sed si loquamur
de perfecta beatitudine qo» erit in patria, non
requiriiur societas amicorum de necessitate ad
beatitadinem ; quia bomo habet toiam plenita*
dittcm sus perfectionis in Deo. Sed ad benè
esse beatitudinis facit sodelas amicorum : unde
Angustinus dicit , VHI. Super Gen, ad lit,
( cap. 26 ) , qaèd « creatara spiritualis , ad boc
qu6d àt beata, non mû intriosecus a^javatur
lY.
stemitate, veritate, charitate Creatoris; extrln-
aecus ver& si adjuvari dicenda est, forlassehoc
solo adjnvatnr quôd se invicem vident, et de
sua societate gaudent. »
Ad primum ergo diceudnm, qnôd gloria que
est essentialis beatiludini, est quam habet hqnio>
non apud bominem, sed apud Deam.
Ad secundum dicendum, quôd verbum iUud
intelligitur, quando in eo bono qaod habelur,
non est plena suffîcientia; quod in propoàito
didnon potest, quia omnis boni suflideatiam
habet homo in Deo.
Ad tertium dicendum , quôd perfectio chari-
tatis est essentialis beatitudini quautum ad di-
leciionem Dei, non quantum ad dilectionem
proximi. Unde si esset una sola anima frueos
40
290 V n* PARTŒ, QUESTION V, ARTICLE 1.
même bonheur^ Tamour qu'on leur porte découle du parfait amour g»
Ton a pour Dieu : c'est donc par une sorte de concomitance que l'amifir
86 trouve dans la parfaite béatitude.
QUESTION V.
Nous avons maintenant à considérer la manière dont on acquiert h
béatitude.
A ce sujet, huit questions se présentent : 1" L'honune peut-il acquérir
la béatitude? 2° Un homme peut-il être plus heureux qu'un autre? 3** Un
homme peut-il être teureux dans la vie présente? 4' La béatitude acquiàë
peut-elle être perdue? 5* L^homme, avec ses seules ressources naturelles,
peut-il acquérir la béatitude? 6* L'homme acquiert-il la béatitude par
l'action d'une créature supérieure à lui? 7<> Y a-t-il des œuvres néces-
saires de la part de l'homme, pour que Dieu lui donné la béatitude!
8» Tout homme désire-t-il la béatitude?
ARTICLE I.
L'homme peut-il acquérir la béatitude ?
n paroit que l'homme ne peut pas acquérir la béatitude. 1» Autant la
nature douée de raison est au-dessus de celle qui n'a que la sensibilité,
autant la nature intellectuelle est au-dessus de la nature raisonnable,
comme nous le voyons fréquemment dans saint Denis. Or les animaux,
Deo, beata esset non babens proximum qoem
diligeret; sed supposito proximo sequitur di-
lectio ejus ex perfecta dileciione Dei : uode
quasi concomitanter se habet amicitia ad pe^
fectam beatitudinem.
QU^STIO V.
De adeptUmê healiludiniê, in œto artieuloê diviia»
' Beinde eonsiderandum est de Ipsa adeptione
. beatitudînis.
' Ë( cîrca boc qusruntnr octo : i^ Utrùm bomo
«pOSRt consequi beatitudinem. t> Utrùm unas
' homo possitesse adio beatior. 3<» Utrùm aliquis
' possit esse in bac "vita beatos. 4« Utrùm béati-
tude babita possit amilli. 50 Utrùm bomo per
sua naturalia possit acquirere beatitudinem.
9^ Utrùm bomo consequatur beatitudinem per
actionem alicujus stiperioris créature. T Uttîim
bomo beatitudinem consequatur k Deo. 8» Utrftffl
omnis homo appetat beatitudinem.
ARTICULUS I.
Virkm homo possit consequi beaiiiuâinem.
Ad primum sic proceditur. Videtur qu6d
bomo beatitudinem adipisci non possiu Stcut
enim natura rationalis est supra seosibileoi, ita
natura intellectualis est supra ratioDaleDa^ ot
patet per Dionysium in lib. De div. Nûmin*,
"nirantur opéra hominis aliqua ad hoc qu^d | in multis iocis (cap. 4, 5, 6, 7 et 8). Sed
]>E l'acouisitiok db la béatitude. 291
qui ne possèdent que la sensibilité , ne peuvent pas parvenir à la fin de
j la créature raisonnable. Donc, pour le même motif, l'homme, qui n'a
j que la nature raisonnable, ne sanroit parvenir à la fin de la natnre in*
; telleetuelle, fin qui n'est antre que la béatitude.
] ^ La vraie béatitude consiste dans la vision de Dieu , qui est la vérité
pure. Or, il est dans la nature de Thomme de ne voir la vérité qu'au
mojea des choses matérielles ; ce qui fait qu'il voit les espèces intelli-
gibles par les images ou fantômes , ainsi que nous L'avons dit souvent à
la suite du Philosophe. Donc Thomme ne peut pas parvenir à la béa-
titude. «
30 La béatitude consiste dans Tacquisition du bien suprême. Or, nul
ne peut s'élever à ce qu'il 7 a de suprême, sans franchir les choses inter-
médiaires. Donc, comme entre Dieu et Thomme se trouve placée la na-
ture angélique, au-dessus de laquelle Thomme ne peift s'élever^ celui-ci
ne semble pas non plus pouvoir acquérir la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire , conformément à cette parole,
Ps. XCUI , là : c Heureux l'homme que vous aurez instruit, Seigneur, d
(Conclusion. -^ L'homme étant capable , par son intellect , de s'élever
à l'idée du bien universel et d'en concevoir le désir par sa volonté, il est
dèshlors possible à l'homme d'acquérir la béatitude. )
Le mot béatitude exprime l'acquisition du bien parfait. Quiconque
donc est capable du bien parfait , peut aussi acquérir la béatitude. Or,
que l'homme soit capable du bien parfait, c'est ce qui résalte clairement
de ce que son intellect conçoit la pensée du bien universel et parfait , et
de ce que sa volonté en a le désir : d'où il suit que rhonune peut acquérir
la béatitude. Cela résulte également de ce que l'homme est capable de
voir l'essence divine, comme nous l'avons dit dans la première partie.
brata animalia qus babent naturam sensibUem
tantàm , non possant pervenirc ad finein ratio-
Dalis natursB. Ergo nec homo qui e&t rationalis
natarae^ potest pervenire ad flnem intellectualis
nature, qui est beatitado.
i. Prxterea, beaiitudo vera consistit in vî-
îone Dei, qa« est méritas pura. Scd bomiiii
fit coQoaiarale, ut veritatem intueatur in rebns
paterialibus : Tmde species intelllgîbiles in
phanlasmatibas intelligit, ut dicitar in iU De
anima. Ergo non potest ad beatitud'nem per-
venire.
S. Prsterea, beatitudo consistit in adeptione
summi boni. Sed aliquis non potest per\'enire
ad summum, niai transcendât média. Cùm igitur
iater Deum et naturam bumanam média sit na-
tara angelica, quam bomo transcendera non po-
test, videlur quôd non possit beatitudinem
adipisci.
Sed contra est, quod dicitur in Psalm. XCm :
d Beatas homo quem tu erudieris^ Domine (1). »
( CoHCLusio. — - Cùm homo sit universaUs
boni per intellectum capax, quod et voluntate
appetere potest, possibile est hominem adipisci
beatitudinem.)
Respondeo dicendum , quôd beatitudo nomi-
nat adeptionem perfecti boni. Quicunque ergo
est capax perfecti boni , potest ad beatitudinem
pervenire. Quôd autem homo boni perfecti sit
capax, ex hoc appaiet quôd ejus intellectus po-
test comprehendere universale et perfectum bo-
num, et ejus voluntas appetere illud : et ideo
homo potest beatitudinem adipisci. Apparet
etiam idem ex hoc quôd homo est capax visionis
(1) Etsi eoim litteraliter ad alterius vil» beatitadinem non perlineat, ut ex adjunctis ipsis
patet, ad eara tamen analogicè referri potest, quia et bujus Yit« beatitudo débet ad illam or-
dinari , q/m in altéra viu expectatur.
292 !»• !!• PARTIE, OtJESTION Y, ARTICLE 1.
quest. 12, art. 1 ; et nous savons que la parfaite béatitude consiste âam
cette vision de Dieu.
Je réponds aux arguments : 1^ La nature raisonnable surpasse la na-
ture sensitive d'une autre manière que la nature intellectuelle ne sur-
passe la nature raisonnable. La nature raisonnable, en effet , surpasse k
nature sensitive, par rapport à l'objet même de sa connoissance ; cark
sens ne peut, en aucune façon, s'élever à l'idée de l'universel, tandis qm
la raison la perçoit. La nature intellectuelle surpasse la nature raison-
nable (1) quant au mode seulement de connoitre la vérité intelligible:
car la nature intellectuelle saisit tout d'abord la vérité à laquelle la sa-
ture raisonnable ne s'élève que par de longs raisonnements, comme mm
l'avons expliqué dans la première partie, quest. 79, art. 8 : de telle
sorte que l'intellect perçoit immédiatement ce à quoi la raison n'arrife
que par des efforts successifs. Mais il suit évidemment de là que la nature
raisonnable peut acquérir la béatitude, dans laquelle consiste la pe^fe^
tion de la nature intellectuelle; seulement l'homme l'acquiert d'une
autre manière que l'ange. En effet , les anges l'ont acquise aussitôt après
leur création , tandis que les hommes n'y parviennent qu'après un cer-
tain temps; mais la nature sensitive ne peut jamais y parvenir.
2<> Sans doute il est dans la nature de l'homme, durant le cours de k
vie présente, de ne connoitre la vérité intelligible que par le moyen des
fantômes ; mais, après le temps de cette vie, il lui sera tout aussi naturel
de connoitre directement cette même vérité, comme nous l'avons dit dans
la première partie, quest. 7A> et 89.^
3<^ L'homme ne peut pas, sans doute, passer au-dessus des anges par
l'élévation même de sa nature, de manière à leur être naturellement su-
(1) Qiioicpie , dans le langage commuD , on confonde souvent la nature intellectuelle avec la
nature raisonnable , saint Thomas nous a néanmoins appris k les distinguer par leurs qualités
respectives et par les divers modes de leurs rapports avec la vérité. Nous devons même nom
souvenir qu*il a prouvé en thèse , contre Origéne et d*autres novatetars , que rame huoahM
et range n*appartenolent pas à la même espèce d*ètres.
divin» esseoti», sicut in primo habitnm est
(qu. 12, art. 1 ), in qua quidem visione per-
fectam bominisbeatiludinem consisterediximus.
Ad priroum ergo dicendom, quôd aliter ex-
cedit natura rationalis seositivam^ et aliter In-
teUectaalis rationalem. Natora enim rationalis
excedit sensilivam quantum ad cognitionis ob-
jectum> quia sensus nuUo modo potest cognes-
cere universale , cojos ratio est cognoscitiva.
Sed inteUectualis natora excedit rationalem,
quantum ad modum cognoscendi intelligibilem
veritatem ; nam inteUectualis natura statim ap-
prebendit veritatem ad quam rationalis natura
per inquisitionem rationis pertingit, ut patet
ex bis qus in primo dicta suut (I. part., qu. 79^
\ S) : et ideo ad id quod inteliectos appre-
hendit, ratio per quemdam motnm per&igiL
Unde rationalis natura consequi potest beatito-
dinem, qu« est perfectio inteUectualis natorc,
tamen alio modo quàm angeli. Nam angeh coo-
secuti snnt eam statim post principium sox
conditionis; bomines autero per tempos ad Ip-
sam perveniunt; sed natura sensitiva ad hoac
finem nuUo modo pertingere potest
Ad secnndom dicendom^ quôd homini seeoih
dùm statum prssentis vits est coonataralis
modns cognoscendi veritatem inteUigibilem per
phantasmata; sed post bujus vit» statam habet
alium modum connaturalem, ut in primo dictom
est (qu. 7i, art. 7 , et qu. 89, art 1 }.
Ad tertium dicendom^ qu&d homo non potest
tranicendere angelog gradu natura, at tdlicet
DE L'ÀCQUISITIOir DE hk BÉATITtTBE. 293
périeur; mais il peut passer au-dessus d'eux par l'opératiou de son intel-
lect; ce qui a lieu quand il comprend qu'il est au-dessus des anges un
être qui rend l'homme heureux^ et dont la parfaite possession fera son
bonheur parfait.
ARTICLE n.
Un homme peut-il être plus heureux qu^un autre?
n paroît qu'un homme ne peut pas être plus heureux qu'un autre,
i^ La béatitude est la récompense de la vertu ^ selon la pensée du Philo-
sophe. Mais une égale récompense est accordée à toutes les œuvres de
vertu, puisque TEvangile nous dit, Maith., XX, 10 : o Tous ceux qui
travaillèrent à la vigne reçurent chacun un denier; » ce qui signifie,
d'après saint Grégoire, Homil, XIX, que « tous les hommes vertueux re-
cevront également la vie éternelle pour récompense. » Donc l'un ne sera
pas plus heureux que l'autre.
2'' La béatitude est le bien suprême. Mais rien n'est supérieur à ce
qu'il y a de suprême. Donc la béatitude d'un homme ne peut être plus
grande que la béatitude d'un autre.
30 La béatitude, étant un bien parfait et surabondant, remplit tous les
désirs de l'homme; et les désirs de l'homme ne sont remplis que lorsqu'il
ne reste plus rien que l'homme puisse acquérir. Mais, quand il ne reste
plus rien à acquérir, il ne peut 7 avoir un bien plus grand. Donc, ou
bien Thomme n'est pas heureux, ou bien, s'il est heureux, il ne sauroit
7 avoir de béatitude plus grande que la sienne (1).
Mais le Seigneur lui-même nous dit le contraire, Joan., XIV, 2 : « Il
7 a différentes demeures dans la maison de mon Père; » et ces demeures
(1) Abusant de certaios leitea do rEcriture y certains hérétiques ont prétendu qu*il y avoit
dans le ciel une parfaite égalité de gloire et de béatitude. Ce n*est donc pas uniquement à des
subtilités métaphysiques que saint Thomas répond ici, c*esl encore à des erreurs historiques.
nataraliter eis sit superior; potest tamen eos
tnmsceDdere per operationem inteilectûs, dom
inteUigit aliquid super angelos esse quod ho-
mines beatificat; quod cùm perfectè conseqoe-
lur, perfectè beatus erit.
ARTICULUS n.
Oiritm nnua homo potsii €$$e bêuticr
aliero.
Ad secundum sic yroceditur (1). Videtur quôd
lusus bomo alio non possit esse beatior. Beali-
tudo enim est prsmiom virlatis, ut Philosophus
dicit in I. Ethic, Sed pio operibos virtutum
omnibus xqualis merces redditur ; dicitur enim
Matlh,, XX , qu6d « omnes qui operati sunt
in vinea, acceperunt siugulos denarios; » quia,
«t dicit Gregorius (HomiL XIX. in Evang,),
« iequalem sterns vils retributionem sortiti
sont. » Ergo nnus non erit beatior alio.
2. Preterea, beatitado est snmmum bonum.
Sed summo non potest esse aliquid majus. Ergo
beatitudine unius hominis non potest esse aûa
major beatitudo.
3. Prsterea, beatitudo cùm sit perfectam et
snf&ciens bonum, desiderium hominis quietati
sed non qaietatur desiderium, si aiiquod bonum
deest quod suppleri possit. Si autem nihil deest
quod suppleri possit , non poterit esse aliquid
aliud majus bonum. Ergo vel homo non est
beatus; vel si est beatas, non potest alia major
beatitudo esse.
Sed contra est, quod dicitar Joan,, XIV 1
« In domo Patiis mci mansiones mults sunt; »
per quas, ut Augustiaus dicit (S), odi versa
(1) De bis eliam IV. SenL^ dist. 49, qu. 1 , art. l , qusstiuœ. S.
(S) Expresse Tract. LXVU in Joan « his Ycrbis : Denanua omnibus œqualiê ett quo vtto
294 V !!• PARTIE, QUESTIOlf T, ARTIGLB 2.
correspondent, d'après saint Augustin, « aux différents degrés de mérite
de ceux qui possèdent la vie étemelle; b car la -vie éternelle, dont la glolK
«st accordée aux hommes selon leur mérite, c'est la béatitude même.
Donc il y a diiTérents degrés de béatitude, et tous ne la possèdent pas an
même degré.
(Conclusion. — Il est vrai que la béatitude ne peut pas varier dans S3n
objet; mais, quant à la manière de la posséder et d'en jouir^ l'un sj
trouvant mieux disposé que l'autre, il peut y avoir différents degrés de
perfection ou d'intensité.)
Suivant une distinction que nous avons déji établie, Tidée de béali-
tude renferme deux choses; d'abord la fin dernière elle-même » c'est-à-
dire, le souverain bien, puis l'acquisition ou jouissance de ce bien. Quant
à ce bien qui est l'objet et la cause de la béatitude, il est évident qae l'im
ne peut pas être plus heureux que l'autre, puisqu'il n'y a qu'un bien sa-
prême, qui est Dieu, dont la possession fait seule le bonheur de Thomme.
Àlais quant à l'acquisition ou jouissance de ce bien , l'un peut être plos
heureux que l'autre ; car plus on en jouit pleinement, plus on est heu-
reux. Or, il arrive qu'un homme jouit de Dieu plus parfaitement qu'uD
autre , parce qu'il rentre d'une manière plus parfaite dans rendre de
cette affection : et c'est ainsi que l'un peut être plus heureux que Taiitre.
Je réponds aux arguments : !<" Le même denier donné aux ouvriers
représente l'unité de la béatitude sous le rapport de l'objet; et la diver-
sité des demeures dans la maison du Père céleste représente les diflë-
rents degrés de béatitude^ sous le rapport de la jouissanoe.
2» La béatitude est appelée le bien suprême^ comme étant la parfaite
possession ou la jouissance de ce bien.
N) S" L'homme qui jouit de la béatitude na manque d'aucun bien qu il
ffleritonim dignitates intelliguntur in Tita
«tenta; » digmtas enim vhs sterne, qatt pro
merito datur, est i{»a beatitado. Ergo santdi-
yem ^dna beatitudmis, et non omnnm est
cqualis iMatUvdo.
(CoKGLUBio. -~ Non polest i)eatiliiido vna ex
parte objecti aliâ major esse , sed secandùm
frititiMiem ejas; qnia abus est alio neUÀs dis-
posiins ad ean, unns aHero beatior esse potest.)
Aespondeo dicenduin , qa6d sicnt saprà dic-
VuB est (qH. 1 , art. S, «t qu. 2, art. 7 ), in
ralione beatUudiois duo indodantur, sdUcet
ipse finis ultimus, qui est summum bonum, et
adefjtio vel fhiilio ipsins boni. Quantum igitnr
ad ipsum bonum quod est beatiludintsobjectam
et causa, nou potest esse una beatitndo aliâ
major, quia non est nisi unum summum bonum,
scilicet Deus, cujus fruitione homines sudX
beati. Sed quantum ad adeptionem bi^'usmadi
boni vel frnitionem^ potest aliquis alio esse bea-
tior; quia quantô magis boc bono fruitur, tanti
beatier est. Coutingit antem aliquem periéctiôs
frui Deo quàm alium, ex eo qu5d est meliùs
dispositus vel ordiaatns ad ejus fruilionem: et
secundîim boc potest aliquis alio beatior esse.
Ad primumergo dicendum^ quod nnitasde-
narii signiQcat unitatem beatitudinis ex parte
objecti; sed diversitas mansionum siguliicat
diversitatem beatitudinis secnndùm divei^aa
gradum fruitionis.
Ad secundum diceodum , qu5d beatitado di-
citur esse summum bonum , in quantum esl
summi boni perfecta possessio sive fruitio.
Ad tertium dicendum , qu6d nuUi bealo deett
signi/ieatur œtema, quoniam vivendi non etl diverta in œternitate mentura^ et ampliùi alim
nemo vivit. Sed muitœ mantionêi divwêoê mérilorum in unavita œlema tignifkant digtù^ l.
DE l'ACOUISITION DE LA BéATITUBX, 205
puisse désirer^ pDÎsquil possède le bien infini qui est « le bien de tous
les biens ^ » selon Texptession de saint Augustin. Mais nous disons qne
Tun est plus heureux que l'autre , d'après leur différente participation à
ce bien suprême; et l'addition d'un autre bien quelconque ne sauroit ac-
croître la béatitude, ce qui fedt dire à saint Augustin, Confes., V, 6 :
« Celui qui vous connoit et connoit en même temps les autres choses,
n'est pas rendu plus heureux par ces choses qu'il connoit; vous seul
faites son bonheur. »
ARTICLE III.
Un homme peut-il avoir la béatitude dans cette vie ^
n paroît que la béatitude peut être obtenue dès cette vie. i^ Le Pro-
phète dit, Ps. CXVIII, 1 : a Heureux ceux qui se gardent de toute souil-
lure dans la voie, et qui marchent dans la loi du Seigneur, d Or, cela a
lieu dans la vie présente. Donc un homme peut avdr la béatitude dès
cette vie.
2o Une participation imparfaite au bien suprême n'exclut pas l'idée de
la béatitude ; car, sans cela, l'un ne seroit pas plus heureux que l'autre.
Or, les hommes peuvent, dès cette vie, participer au bien suprême,
puisqu'ils connoissent et aiment Dieu, bien que d'une manière impar-
faite. Donc l'homme peut avoir la béatitude dès cette vie.
3^ Ce qui est dit par la majeure partie des hommes ne sauroit être en-
tièrement faux; car ce qui existe dans le plus grand nombre appartient
évidemment i la nature , et la nature n'est jamais complètement en dé-
faut. Or, la plupart des hommes placent la béatitude dans cette vie,
comme on le voit par cette parole de l'Ecriture , Ps. CXLIII, i5 : « Ils ont
proclamé heureux le peuple qui possède ces biens, » à savoir, les biens de
la vie présente. Donc il est des hommes qui peuvent être heureux ici-bas.
aliquod bennm desiderandu^ eùmbabeat ipsum
bonum isâmlum, qiiod est « booaai omois
liODi, » ul Augufitiaoa dicit. Sed dicUur aliquis
aliobeatior, es diveisa ^adem boni participa-
tioBe. Additio autem alionim bonoram non au-
get beatiludinem ; nnde Auguatious dicit ia
V. Confess. (cap. 6) : a Qui te et alla sovit,
non piopter iila beatior, aed piopter t« sokim
feeataa.»
ARTICULUS ni.
Virùm aliquis in hac vita potsii esse deaius.
Ad tertium aie procediiw (i). Videtor qoid
béatitude posait is bac ^ia baberi. Didtiir enim
in Psalm, CXVUI : « Beati immacaJati in via,
•^ui ambulant in lege DominL » fioc aotem in
bac vita oontiogit. Ergo aliqnis in bae vita pD-
teat esae bealua.
a. Pneterea , imperfecta partlcipatio summl
boni non adimit rationem beatitudinia; aIio<piitt
unus non esset beatior alio. Sed in bac vita
hominea possunt participare summam bonum ,
cognoBceodo et amando Deom, sdlicet imper»
fectè. Ergo bomo in hac vita polest esse beatua.
S. Prsterea, quod ab omnibus dicitor, noa
potest totaliter falsum esse ; videtor enim nator
nie quod in pluribus est; natura autem non
totaliter déficit. Sed pbires ponunt beatitodinem
in hac vita, ut patel per illud Psalm. CXLm :
« Beabim dixerunt iwpufaim , eni hsc sont, •
scilicet prsaentia vite bona. Ergo aliquia ia
hac vita potest esaa beatus*
(1) De bis etiam infrà, qn. 6S, art. 1 ; et m, Sent.s dist. S7 , qu. 2 , ait. 8 ; ttt et TV, Senf.^
disi. 49, qu. 1 , ait. S, qucstiunc. f , ad 5; et qa. 14, de verit., art. 9; et super I. BlMf,,
Jrct. te.
296 V !!• PABTIB, QUESTION V, ARTICLE 3.
Mais le contraire se trouve renfermé dans cette antre parole. Job,
XIV, 1 : a L'homme né de la femme vit peu de temps, et sa vie est
remplie de beaucoup de misères, d Or, la béatitude exclut la misère.
Donc il ne sauroit y avoir de béatitude dans cette vie.
(Conclusion. — Comme la parfaite béatitude, qui consiste dans la
vision de l'essence divine, ne comporte absolument aucun mal, et comme
la vie présente est sujette à tant de maux divers, il est évident que la
béatitude ne peut exister ici-bas.)
n peut bien exister dans cette vie une certaine participation à la béa-
titude; mais la véritable et parfaite béatitude ne s'y rencontre pas. C'est
ce que nous pouvons démontrer de deux manières : d'abord, par la no-
tion même de la béatitude. Car la béatitude étant un bien parfait et sur-
abondant, exclut tous les maux et remplit tous les désirs. Or, d'un côte,
il n'est pas possible d'éviter tous les maux dans la vie présente ; elle est
sujette à des maux inévitables, au mal de l'ignorance, de la part de l'in-
tellect, au mal des affections désordonnées, de la part de l'appétit, aux
innombrables souffrances qui lui viennent du corps, comme saint Au-
gustin nous le montre avec tant de vérité, De Civit. Deiy XIX, 5, 6, etc.
D'un autre côté, le désir que nous avons du bien ne peut jamais être
satisfait ici-bas ; car l'homme désire naturellement la durée du bien qpi'îl
possède; et les biens de la vie présente sont passagers, puisque la vie elle-
même est si rapide, et trompe ainsi le désir naturel que nous avons de
la voir durer toujours, à cause de l'horreur, également naturelle, que la
mort nous inspire : il est donc impossible que la vraie béatitude se trouve
dans la vie présente. Cette même vérité résulte, en second lieu, de la
considération de l'objet dans lequel la béatitude consiste, à savoir, de la
vision de Dieu, vision que l'homme ne peut obtenir dans la vie présente,
comme nous l'avons démontré dans la première partie. Il est manifeste.
Sed coDtra est^ quod dicitar Job, XIV :
a Homo natas de muliere brevi vivens tempore,
repletar mùltis'miseriis. » Sed beatitado ex-
dadit miseriam. Ergo in hac vita non potesl
esse beatas.
( CovcLUSio. — Cùm perfecta beatitndo in
Tisione divins essentis cousistens omne malnm
exclndat, h«c antem vita miseriis variis ait
obnoxia, constat eam in bac vita baberi non
posse.)
Respondco dicendnni, qoôd aliqnalis beatito-
dinis participatio io bac vita baberi poteat,
perfecta autem et vera beatitudo non potest
Ittberi in bac vita. Et boc quidem considerari
poteat dnpliciter. Primo qaidem ex ipaa commani
beatitodiuis rations. Nam beatitudo, cùm sit
perfectum et sufflciens bonum, omne malum
excladit, et omne desiderium implet. In hac
antem vita non potest omne malum excludi ;
mnltis enim malis presens vita sobjacet, qatt
vitari non possunt, et ignorantis ex parte in-
tellectûs, et inordinatae affectioni ex parte ap-
petitûs, et multiplicibus pœnalitatibas ex parte
corporis, ut AugQStinus diligenter proseqnitur,
XIX. De Civit. Dei, Similiter etiam boni de*
siderium in bac vita satiari non potest. Natota*
liter enim homo desiderat permanentiam ejot
boni quod babet; bona autem pnesentis vits
transitoria sunt, cùm et ipsa vita tranaeat, qoam
naturaiiter desideramus, et eam perpétué ma-
nere vellemua ; quia naturaiiter bomo refagit
mortem ; inde impossibiie est qu6d in hic vita
vera beatitado habeatur. Secundo, sicooside*
retur id in quo specialis beatitudo consistit,
scilicet Visio divins essentis, qus non potest
homini provenire in bac vita, ot in primo os-
tensum est (scu I. part., qn. 11, art. 11).
Ex quibas manifesté apparet, qudd nonpoiest
DE l'acquisition DE LÀ BÉATITUDE. 297
d'après tout cela^ que nul ne peut^ dans cette vie, posséder la véritable
et parfaite béatitude (1).
Je réponds aux arguments : l*" Certains hommes sont appelés heureux
dans cette vie^ soit à cause de Tespoir qu'ils ont d'acquérir la béatitude
dans la vie future, conformément à ces paroles de saint Paul, Rom.,
YIII, 24 : a C'est par l'espérance que nous sommes sauvés; » soit à cause
d'une certaine participation à la béatitude et ime sorte d'avant-goût du
bien suprême/
^ La participation à la béatitude peut avoir deux genres d'imperfec-
tion : d'abord, de la part de l'objet même de la béatitude, quand cet
objet ne peut être vu dans son essence : et une telle imperfection détruit
l'idée de la vraie béatitude. La béatitude peut être imparfaite , en second
lieu, de la part de celui qui y participe, puisqu'il n'atteint l'objet de sa
béatitude, c'est-à-dire. Dieu, que selon sa capacité relative, d'une ma-
nière par conséquent imparfaite, eu égard à la manière dont Dieu jouit
de lui-même : et une telle imperfection ne détruit pas l'idée de la béati-
tude; car la béatitude étant une opération, comme nous l'avons dit, et
comme l'objet spécifie l'acte, c'est d'après l'objet, et non d'après le sujet,
qu'on doit se former l'idée vraie de la béatitude.
S"" Si les hommes se persuadent qu'il existe une certaine béatitude
dans cette vie, c'est parce qu'ib y voient une image de la vraie béatitude;
et, dans ce sens , leur idée n'est pas entièrement fausse.
(1) G*est ce que du reste notre laint auteur avoit déjà démontré dans la seconde question
de cette même partie , en prouvant en détail que le vrai bonheur de Thomme ne se Irouvo
dans aucun bien créé , c*est-à-dire , dans aucun des biens qu*il peut posséder dans la vie pré-
fente. Ne soyons pas toutefois surpris qu*il insiste sur celte vérité. Il importe souverainement
de bien marquer le but où doivent tendre tous les désirs et toutes les énergies de Texislence
humaine. Une erreur sur le but , c*est une aberration sur la voie qu*il faut suivre. Du moment
o& le terme de notre vie est placé en dehors de ce mondei dans une autre patrie, nous sommes
réellement des pèlerins et des étrangers ici-bas , et nous devons agir en conséquence.
iliqnis io bac vita venm et perfectam beatila-
dinem adipisci.
Ad piimum ergo dicendom, qu5d beati dicun-
tor aliqul in bac vita, val propter spem beati-
todinis adipiscends in fatura vita, secundùm
illttd Rom., vin : « Spe salvi facti somos; »
Tel propter aliquam particlpationem beatitu-
dims secundùm aliqualem summi boni fraitio-
nem.
Âd secundùm dicendum , qu6d partidpatio
beaiitttdinis potest esse imperfecta dupliciter.
Udo modo ex parte ipsius objecti beatitudinis,
faod quidam secundùm soi essentiam non vi-
jeiur; eiialis imparfeclio toUit rationem ver»
bealitadinis. Alio modo potest esse imperfecta
ex ipsius parte participantis , qui quidam ad ip«
Bum objectum bealitudinis secundùm saipsum
attingit, scilioet Deum, sad imperfectè par rcs-
pectom ad modum quo Dens seipso fniitur; et
talis imperfectio non toUit Teram rationem bea-
titudinis, quia cùm beatitudo st operatio qus-
dam, ut suprà dictum est (qa. 8, art. 1), vara
ratio beatitudinis oonsidarator ex objecto quod
dat spaciem actui, non autem ex subjacto.
Ad tartium dicendum, qaôd hominas reputant
in bac vita esse aliqnam beatiludinam propter
aliquam similitudinem vers beatitudinis; st sic
I non ex loto in sua estimatioua deficiont.
Î98 1^ !!• PARTIE, QUESTION V, ARTICLB *.
ARTICLE IV.
La béatitude une fois acquise peut'^Ue se perdre?
n paroit que. la béatitude peat se perdre. 1* La béatitude est une
taine perfection. Or, toute perfection existe dans son sujet selon le mcNie
d'être de ce sujet même. Mais l'homme étant variable de sa nature^ ne
semble pouvoir participer i la béatitude que d'une manière variable.
Donc il semble aussi que Vhomme puisse perdre la béatitude.
^ La béatitude consiste dans une opération de l'intellect, et rintellect
est soumis à la volonté. Or, la volonté s'applique aux contraires. Donc elle
peut se désister de l'opération qui fait la béatitude de l'homme; et
l'homme peut ainsi perdre sa béatitude.
S^ La fin correspond toujours au commencement. Or, la béatitade de
l'homme a un commencement, puisque l'homme n'a pas toujours été
heureux. Donc il semble qu'elle doive avoir une fin.
Mais le contraire est ainsi énoncé dans l'Evangile, Matth., XXV, 46 :
a Ceux-ci (les justes) iront dans la vie éternelle; » vie qui n'est autre,
comme nous l'avons dit, que la béatitude des saints. Or, ce qui est étemd
ne sauroit finir. Donc Thomme ne sauroit perdre sa béatitude.
( Conclusion. — Il est vrai que tout homme peut perdre la béatitude
imparfaite, telle qu'on la possède ici-bas ; mais la béatitude parfaite, qui
consiste dans la vision de Dieu et ne ecmiporte aucun mal , ne sauroit être
perdue.)
Si par béatitude on entend cette béatitude imparfaite dont on peut
jouir ici-bas, il faut avouer que l'homme peut la perdre. La félicité qui
beatitado liomiais habet princîpîum , qaia non
semper fuit beatas. Ergo videtur qnèd habeat
flnem.
Scd contra est, quod dicitur Mattfu, \X\\l,
de justis, qu&d « ibunl in vilam xternam, »
qus, nt dictum est (art. 2), est beatituda saac-
toram. Quod autem est xternuni , non déficit.
Ergo beatitudo non potest amitti.
(CoKCLUsio. — Possibile est quemyis ab iin-
perfecta beatitudine, qualls in bac vita babeii
potest, deQcere; non autem k perfectaqas,
quoniam in visione divin» essentioî consisUt»
omne malum excludit.)
Respondeo dicendam , qu6d si loqnamnr de
beatitndinc impeifecta, qualis in bac vita potest
haberi, sic potest amitti. Et boc palet in feli-
citate contemplativa ; qu» amiltitur, vel per
(1) De bis etiam I. part., qu. 64, art. 8; at et I, SenL, dUt. 6, qu. 3^ art. S t et CoiU. Gmt„
lib. m , cap. 61 et 62 ; et Opuic, m , cap. 169, 262 , 26i ; et Joan.^ X , Icct. 5, col. 5.
(2) Tum conlradiclorié , sicut agere vel non agere ; tum contrarié , aicut bonum vel malum
agere : ulrumque propter innatam sibi libertatcm que indifferena ad ulruinlibet inlelligttur,
■t ex ni. Elhic, cap. 7, grieco-lat., vel 11 in antiquis, colligi potest. Hinc voluntaiii mulf
biiitai I Ub. I. Magnorum MonU,, cap. 12; sed eo sensu quem responsio explicabil.
AUTICULUS IV.
tJtrùm beatUudo Itaèiia mmiiti pouiL
' Ad quartam sic procedilur (1). Videtur qu&d
beatitudo possit amitti. Beatitudo enim est per-
fectio qnaedam. Sed omnis perfectio incst per-
fectible aecundùm modam ipsius. Cùm igitur
bomo secundùm naturam snam sit mutabilis ,
videtur quôd beatitudo ab bomine mntabiliter
parlidpetur; etita yidetur qu6d bomo beatitu-
dinem possit amittere.
2. Ptsterea, beatitndo consistit in actlnne
intellectûs qui subjacet voluntati. Sed voluntas
se habet ad opposita(2}. Ergo videtur qnôd possit
dcPicere ab operatione qua bomo beatiflcatur;
et ita bomo desinet esse beatas.
8. Prxterea , principio respondet finis. Sed
DE l'acquisition DE L.i BÉATmjDB. 299
trouve dans la codtemplation peut d'abord se perdre, soit par Toubli ou
par la destruction de la science, destraction qu'une maladie suffit seule
à causer, soit par les occupations , quand elles détournent entièrement
une ame de la vie contemplative. La félicité de la vie active est également
sujette à se perdre; car la volonté de l'homme peut changer en abandon-
nant le chemin de la vertu, dans Texercice de laquelle consiste principa-
lement cette félicité; et si la vertu demeure inaltérable , les impressions
du dehors peuvent encore en troubler le bonheur, puisqu'elles empêchent
plusieurs opérations vertueuses; il est vrai cependant qu'elles ne peuvent
pas la détruire en totalité, puisque c'est encore par une opération de la
vertu que l'homme supporte avec honneur les adversités elles-mêmes.
Par conséquent, comme la béatitude de cette vie peut se perdre, ce qui
semble détruire la notion même de la béatitude, le Philosophe a pu dire,
comme nous l'avons déjà rapporté : a Certains hommes peuvent être
heureux dans cette vie, non d'une manière absolue, mais comme il con-
vient à des hommes, » c'est-à-dire, à des êtres sujets au changement. Si
par béatitude on entend, au contraire, cette béatitude parfaite qui nous
est promise pour une autre vie, Origène suppose encore, entraîné qu'il
étoit par les opinions de certains platoniciens, que l'homme peut tomber
dans le malheur, même après avoir obtenu cette dernière béatitude.
Mais Terreur de cette opinion se démontre par deux raisons principales.
La première raison est tirée de l'essence même de la béatitude. En
effet, la béatitude étant, comme nous l'avons dit, un bien parfait et
surabondant, elle doit nécessairement contenter tous les désirs de
l'homme et repousser toutes sortes de maux. Mais l'homme désire natu-
rellement garder le bien qu'il possède, il veut même avoir la sécurité de
cette possession ; car, sans cela, la crainte de perdre ce bien , et plus en-
core, la certitude de le perdre, sont pour lui une source de tristesse. La
véritable béatitude exige donc qu'un hiMoame ait la conviction bien pro-
obHvionem, putk cùm coTrampitor seientla ex | ntinn mutattoni sobjecta est. SiTer6 loqoamttr
aliquasgritudine; velperaliquasoccupationes, de beatitadioe perfecta, qus expeetalur post
qaibos totaliter abstrahitur aliqiiis à contempla-
tione. Patet etiam idem in felicitate activa;
Tohntas enim bominis transmatari potest , ut
"vidcHcet degeneret à virtute, in cujus actn
priscipaliter consistit félicitas : si autem virtas
remanct intégra, exteriores transmissiones pos-
stmt quidem beatitudinem talem perturbare , in
<iuantum impedinnt mnltas operationes virtatam;
non timcn possunt eam totaliter auferre , qnia
adhnc remanet operatio virtutis, dum ipsas ad-
verEitates homo laudabiliter suslinet. Et qnia
beatitndo hnjusTitx amitti potest, quod Tîdetur
esse contra rationem beatitudinis^ idée Philo-
sopbns dicit in U Ethic. ( cap. 16 vel tl , ot
jam snprà) , « aliquos esse in bac TÎta beatos
non simpUciter, sed sicut homines,» quorum
banc -vitam, sclendum est qu5d Origenes posait,
quommdam platonkormB erroremseqnens, qn6d
post nltimam beatitodinem bomo potest fieri
miser. Sed hoc manifesté appaiet falsum esse
dupliciter.
Primo quidem ex îpsa commoni ratiooe bea-
titudinis. Cùm enim ipsa beatitndo sit « per-
fectum bonum et sufQeiens » (ut jam supra),
oportet qoM desiderium bominis qaietet, et
omne malom exeludat. Natnraliter autem bomo
desiderat retînere bonum quod babet^ et quod
ejns retinendi securitatem obtineat; alioquin
necesse est quod timoré amiitendi vel dolore
de certitodine amissionis affligatur. Requiritor
igîtur ad veram beatitudinem , quod bomo cer-
tam habeat opinionem, bonum quod babet
300 1** n* PA&TIB, QUBSnON Y^ ÀBTIGLB h,
fonde qu'il ne perdra jamais Tobjet de son bonheur. Si cette convietum
repose sur la vérité, il est évident que l'homme ne sauroit perdre la béa-
titude; et si ce n'est là qu'une fausse opinion , cela même est un mal,
car le faux est le mal de l'intellect, comme le vrai est son bien, ainsi qae
le dit Aristote. Il n'y a donc pas de béatitude pour celui qui est sujet à un
mal quelconque.
La seconde raison se tire encore de l'essence de la béatitude, mais con-
sidérée en particulier. Nous avons déjà montré que la parfaite béatitude
de l'homme consiste dans la vision de l'essence divine. Or il est impos-
sible qu'un être, voyant l'essence divine, veuille ne plus la voir; car un
bien obtenu , et dont on veut se dépouiller, accuse par là même quelque
défaut; ou il est insuffisant, et l'on en cherche un plus complet, ou il est
accompagné de quelque déplaisir, et c'est à cause de cela qu'on le prend
en dégoût. Mais la vision de l'essence divine remplit l'ame de toutes sortes
de biens, en l'unissant à la source de toute bonté : c'est ce qui fait dire
au Psalmiste, Ps. XVI, 15 : a Je serai rassasié lorsque votre gloire m'aura
apparu; d et au Sage, Sapient., VII, 11 : a Tous les biens me sont venus
avec elle, » c'est-à-dire, avec la contemplation de la divine sagesse. De
plus, cette vision n'entraîne aucun déplaisir; car c'est d'elle qu'il est en-
core dit, Sapient, VUI, 16 : a Sa conversation ne renferme aucune
amertume , et la vie qu'elle anime n'a point d'ennui. » Il résulte donc
clairement de là que l'être heureux ne sauroit, par sa propre volonté,
renoncer à la béatitude. Dieu ne peut pas non plus la lui ravir; car la
perte de la béatitude étant un châtiment. Dieu, qui est la justice même,
ne peut la ravir à sa créature, si ce n'est pour une faute commise ; mais
celui qui voit Dieu ne peut pas commettre de faute, puisque la droiture
de la volonté est la conséquence nécessaire de cette vision, ainsi que nous
l'avons montré dans la question précédente. Aucun autre agent ne peut
Dunqoam te amissurnni; qn» quidem opinio d
Yen ait, consequens est qu5d beaUtadinem
nuDqaam amiitet ; si autem falsa sit, hoc
ipsum est qaoddam malam, falsam opiniooem
habere, mm fcUsum est malum intellectus,
stcat verum est bonum ipsius, ut dicitur in
VI. Ethic. (cap. 2 et S ). Noq igitur jam verè
erit beatus , si aliquod malum ei inest.
Secundo idem apparet , si consideretnr ratio
beatitudinis in speciali. Ostensum est enim
supra ( qu. 13 , art. 8 ) , qu6d perfecta beati-
tudo bominis in visione divins essentis con-
sistit. Est autem impossibile quod aliquis videns
divinam essentiam, velit eam non videre;
quia omne bonum babitum quo aliquis carere
vult , aut est insufûciens, et qusritur aliqu^
snfâcientius loco ejus , aut babet aliquod in-
commodum annexum, propter quod in fasti-
dium Yenit. Visio autem divins essenii» replet
animam omnibus bonis , cùm conjnngat footî
totius bonitatis : unde dicitur in Psalm. XVI:
« Satiabor cùm apparuerit gloria tua, » et
Sap., vn. dicitur, « venerunt mibi omnia bona
pariter cum illa , » sciiicet cum contempla-
tione sapieutis. Similiter etiam non babet ali*
quod incommodum adjunctum ; quiii de coo-
templatione sapientis dicitur, Sapient, VIII:
« Non habel amaritudinem conversatio illios»
nec taedinm convictus ejus. » Sic ergo patet
quod propria voluntate beatus non polest bea-
titudinem dcserere. Similiter etiam non potest
eam perdere Deo subtrahente , quia cùm sab-
tractio beatitudinis ait qusdam pcena, non po-
test talis subtractio à Deo josto judice prove-
nire , uisi pro aliqua culpa , in quam cadere
non potest qui Dei essentiam videt, cùm ad h<iac
visionem ex necessitale sequatur rectitude vo-
lunU&tis, ut supra ostensum est (qu. 4, art. 4)»
DE l'acquisition BS LA BÉATITITDE.
301
en outre porter atteinte à la béatitude^ car l'anie unie à Dieu est par là
même élevée au-dessus de toutes les autres choses, et, par suite, aucun
agent ne peut briser cette union. Il répugne donc de supposer que par les
vicissitudes des temps , Thomme puisse passer de la béatitude au mal-
heur, et réciproquement; car ces sortes de vicissitudes ne peuvent agir
que sur les choses soumises au temps et au mouvement.
Je réponds aux arguments : 1^ La béatitude est la perfection con-
sommée, et ne comporte aucun défaut dans celui qui la possède : aussi
exclut-elle toute idée de mutabilité, la puissance divine élevant ainsi la
nature humaine à la participation de son éternité, et la mettant au-
dessus de toute vicissitude.
2» La volonté se rapporte aux contraires dans les choses qui conduisent
à la fin ; mais , quant i la fin dernière , la volonté s'y trouve nécessaire-
ment dirigée par sa nature, puisque Thomme ne peut pas ne pas vouloir
être heureux.
d"" La béatitude a un commencement , par la raison qu'elle est une par-
ticipation ; mais elle n'a pas de fin en vertu du bien même qui est l'objet
de la béatitude : ainsi donc c'est pour une cause que la béatitude a un
commencement, et c'est pour une autre cause qu'elle n'a pas de fin.
ARTICLE V.
L'homme peut-il par ses forces naturelles acquérir la béatitude?
n paroit que l'homme peut, par ses forces naturelles, acquérir la béa-
titude, l"" La nature ne fait pas défaut dans les choses nécessaires, comme
nous l'avons dit plusieurs fois à la suite du Philosophe. Or, rien n'est
plus nécessaire à l'homme que ce par quoi il obtient sa fin dernière. Donc
opposita se habet io bis qus ad tinem ordi-
uantur ; sed ad altimom fînem naturali neces-
sitate ordinalar : quod patet ex hoc quod homo
DOQ putest non velle esse beatus.
Ad terliam dicendnm, qu6d beatitudo habet
principium ex conditione participantis ; scd
caret lioe propter conditionem boni en jus par-
ttcipatio facit beatnm : unde ab alio est ÎDitinm
beatitadinis , et ab alio est quod caret fine.
ARTICULUS V.
Ulriim homo per tua naturalia pouit aequirero
beatitudinem»
Ad quintam sic proceditnr (1). Videtur qnèd
homo per sua natnralia possit beatitudinem con-
seqni. Natara enim non déficit in necessariis
( nt dicitar lib. UI. De anima , text. 45 }.
Sed nibii est homini ta-A necessarium , quàm
Similiter etiam nec aliquod aliud agens potest
eam subtrahere ; qnia mens Deo conjuncta
super omnia alla eleyatnr , et sic ab bujusmodi
conjunctione nuUnm alind agens potest ipsam
^xcindere. Unde inconveniens videtur quod
per qnasdam alterationes tempomm transeat
homo de beatitudine ad miseriam , et ë con-
versé ; qnia bujusmodi temporales altematioues
esse non possont, nisi circa ea qus subjacent
tempori et motui.
Ad primnm ergo dicendum , quôd bealitndo
est perfectio consammata, que omnem defec-
, tnm excludit à beato : et ideo absqne mutabi-
litate advenit eam babenti, faciente hocvirtute
divina , que hominem subievat io participa-
tiiinem slemitatiB transcendentis omnem mu-
tationem.
Ad secnndnm dioendum, qu5d volnntas ad
(1) Te bis etiam infrè, qu. 68 , art. 1 , S et 8; et I. part., qn. 12, art. i, et qu. 94, art; 1 ;
«t et IV, SonL, dist. 49, qu. S, art. 6; et Contru G«M.^ lib. III, cap. M, 147, 157, 159$
et od Aom.« 1 , lecl. 6.
302 I" II* TAXTTE, OUESTÎON V, AKTICLE 5.
cela ne fait pas défaut à la nature humaine; et, par conséquent
l'homme, au moyen de ses forces naturelles, peut acquérir la béatîtade.
2* L'homme étant supérieur aux créatures privées de raison , doit
pouvoir mieux qu'elles se suffire à lui-m6me. Or, les créatures privées de
raison parviennent à leur fin par leurs seules forces naturelles. Donc , i
plus forte raison^ l'hoomie peut-il, de la même manière, acqaérir la
béatitude.
d^ La béatitude est une opération parfaite , comme nous l'aTons dit
avec les expressions mêmes du Philosophe. Or, il appartient au même
être de commencer et de perfectionner une œuvre. Donc, puisque Topé-
ration imparfaite, qui est comme le commencement des opérations hu-
maines, dépend du pouvoir naturel de l'homme, du pouvoir qui rend
l'homme mahre de ses actions, il semble que, par ce même pouvoir na-
turel, l'homme doive s'élever à l'opération parfaite, qui est la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. En efibt, c'est par son intellect
et sa volonté que l'homme est naturellement le principe de ses actions.
Or, la dernière béatitude promise aux saints dépasse l'intellect et la vo-
lonté de l'homme; ce que nous voyons par ces paroles de l'Apôtre,
I Corintk.y H, 9 : o L'coil de l'homme n'a pas vu, son oreille n'a pas en-
tendu, son cœur ne peut comprendre le bonheur que Dieu a préparé
pour ceux qui l'aiment, d Donc l'homme, avec ses seules forces natu-
relles, ne peut pas acquérir la béatitude.
(Ck»fGLusioN. — L'homme ne peut pas, avec ses seules forces natu-
relles, acquérir la béatitude qui consiste dans la vision de l'essence di-
vine, comme il peut acquérir celle de la vie présente.)
La béatitude imparfaite, telle qu'elle existe ici-bas, peut être acquise
par l'homme, avec les seules ressources de sa nature, de la même ma-
nière que la vertu dans laquelle cette béatitude consiste ; ce dont nous
id per quod flnem nltimuai conseqvitiir. Ergo
hoc natar» homaïue non deest : potest igitnr
bomo per sua nataratia beaUtndiiiem consequi.
2. Pneterea , hooM) corn ait lobUior irratio-
nalibns creaturis, ^etnr on lufHcientior.
Sed irratiooalea creatnrse per sua aaturalia pos-
Bunt conseqni som âaes. Ebrgo mnlto ouigishomo
per naturaiia potest beatitudinem consequi.
8. Praeterea, beatitudo est operatio perfecta^
flecundom Philesophom. Ejnsden antem est
incipere rem , et perflcere ipsam. Cùm igilur
operatio imperfecta , qaa est quasi principium
Sed contra , homo est principium natiiraliier
actuum snorum per intellectum et voiaotaten ;
sed ultina beatitudo sanctis prsparata excedit
intelleetum honinis et volontatem ; dicit evi»
Apostoltts I. ad Corinik., U : « Oculus non
vidit, et aurii non audivit, et in cor homiais
non ascenderunt qoa praparavit Deus diligen-
tibué se (1) . » Ergo homo per sua naturaiia noo
potest beatitadinem consequi.
(CoKCLUBio. ^ Non potest homo snisnato-
ralibus viribus beatitudinem illam qus ia tî-
sione divin» essentis consistit , adipisci, sicat
in operationibns hamanis , subdatur naturali illam quœ in bac vita haberi potest. )
liomiiiis polestati , qua snorum actuum est do-
minus; videtur quôd per oaturatem potcntiam
possit pertingere ad operttionem petfectam,
qtue est beatitudo.
Respondeo dioendum , qu6d beatitado idh
perfecta, qu» in bac vita haberi potest, potest
ab homine acquiri per saa naturaiia , eo modo
quo et virtus in cujus operalione consistit» de
fil Sumotsm e«'/«at<rj'LXTV« vers. 4, verbis ponlolftin immulalis : Oculus non vidHs^
^ Uivo prœter te, ir).y.v cw), quœ prœjjarasli expectaniibut /«•
DE l'acquisition I>£ LA BÉATITUDE. 303
aurons à parler plus bas^ question 13. Mais la béatitade parfaite de
l*bomme consiste^ comme nous TavoQS dit plusieurs fois^ dans la vision
de Tessence divine : et voir Dieu par son essence ^ est une chose qui dé-
passe non-seulement la nature de l'homme > mais encore celle de tout
- être créé, ainsi que nous l'avons montré dans la première partie,
quest. 2, art. &. Or, la connoissance naturelle de chaque créature est né-
cessairement conforme à sa substance, comme on l'a dit de l'intelligence,
\jDe Caitëis : a Elle connoit les choses qui sont au-dessus d'elle, et celles
''|qui sont au-dessous, d'une manière conforme à sa propre substance. »
iMais une connoissance simplement conforme à une substance créée, ne
u)eut atteindre à la vision de l'essence divine , puisque celle-ci dépasse
(infiniment toute substance créée (1). Donc ni l'homme ni aucune créa-
ture ne peuvent acquérir la suprême béatitude par leurs seules forces na-
turelles.
Je réponds aux arguments : 1^ De même que la nature ne fait pas dé-
faut à l'honune dans les choses nécessaires, quoiqu'elle ne l'ait pas
pourvu d'armes et de vêtements, comme cela a lieu pour le reste des
animaux, car elle lui a donné la raison et les mains, par lesquelles il peut
tout se procurer : de même la nature ne fait pas défaut à l'homme dans
les choses nécessaires, quoiqu'elle ne lui ait pas donné un moyen pour
"icquérir la béatitude, puisque c'étoit là une chose impossible; car elle lui
2 donné le libre arbitre, par lequel 11 peut se retourner vers Dieu, source
de béatitude; et le Philosophe dit : a Ce que nous pouvons par nos amis^
nous le pouvons en quelque sorte par nous-mêmes. »
2<> La nature qui peut acquérir le bien parfait, quoiqu'ayant besoin
pour cela d'un secours extérieur, est d'une condition supérieure à celle
de la nature qui ne peut pas acquérir le bien parfait , quoiqu'elle puisse
(1) S*il est des ▼érité» qoi répendent d'une manière tonte spéciale aux tendances de cer*
(aines époques , et qa*U soit ptas néeessain alors de rappeler aux hommes , on ne peut nier
qno iofrà dicetur ( qosstione 13 ). Sed beati-
todo hominis perfecta (sicat snprà dictum est)
(qu. 3» art. 8), consistit in visione divins
essentiae. Videre autem Deum per essentiam,
est supra naturam non solam hominis, sed
etiam omnis creaturs , nt in primo ostensum
est (I. part. qu. 2, art. 4). Naturalis enim
cognilio cujoslibet creaturs est secundum mo-
dum substantie ejus, sicut de intelligeatia
dicitur in lib. De Causis, quod « cognoscit ea
qa£ sunt supra se , et ea qua sunt infra se
lecandum modom sabetantis sas. » Omnis
aatem cognitio, qns est secondum modem
gabitanliâe creats, déficit à visione divin»
essentiSy que in infinitum excedit omnem
lalfitantiam creatam. Unde uec homo, nec
aliqaa creatura potest consequi beatitadinem
Qltimam per sua natuialia.
Ad primum ergo dicendum , quôd sicut na-
tura non delicit homini in necessariis, quamvis
non dederii sibi arma et tegumenta sicut aliis
animalibtts, quia dédit ei rationem et manus
quibos possit hsc sibi acquirere; ita nec deAcit
homini in necessariis , quamvis non daret sibi
aliquod principium qao possei beatitudinem
consequi ; hoc enim erat impossibile. Sed dédit
ei liberum arbitrium quo possit converti ad
Deum , qui eum faceret beatum : « qua enim
per amicos possamus,per nos aliqnaliter pos-
sumus, » ut dicitur in IH. Ethicorum,
Ad secundum dicendum, quôd nobiiioris con*
ditionis est natura qus potest consequi perfeo»
tum bonum, iicet indigeat exteriori auxiiio ad hoc
consequendum , quàm natura qu» non potest
consequi perfectum bonom, sed consequitur
quoddam bonuoi imperfectum» Iicet ad const^
304 !»• !!• PARTIE, OinSSTI05 V, ARTICLE 6.
acquérir un bien imparfait, sans même avoir besoin pour cela d'im
cours extérieur : ainsi celui-là est dans de meilleures dispositions par
rapport i la santé, qui peut recouvrer une santé parfaite, bien que es
soit par le secours de la médecine, que celui qui peut uniquement re-
couvrer une santé imparfaite sans c« même secours. Voilà pourquoi la
créature raisonnable, pouvant acquérir le bien parfait, dans lequel con-
siste la béatitude, tout en ayant besoin, pour cela, du secours Avin , est
par là même supérieure à la créature privée de raison, et qui n'est j^s
capable d'un tel bien, quoique pouvant du reste acquérir un bien im-
parfait par les seules forces de sa nature.
S"" Quand Timparfait et le parlait sont de la même espèce , ils peuvent
procéder de la même puissance ou de la même cause ; mais il n'en est pas
nécessairement de même quand ils n'appartiennent pas à la même
espèce : ainsi la puissance capable de disposer la matière, ne Test p^
toujours de donner la dernière perfection. Or, l'opération impar&ite qm'
dépend de la puissance naturelle de l'homme, n'est pas de la même
espèce que Topération parfaite dans laquelle consiste la béatitude^ puis*
que c'est l'objet qui détermine l'espèce de l'opération : cet argument n'a
donc pas ici de valeur.
ARTiaE VI.
L'homme acquiert-il la bêalitiule par Inaction d^une eréalure supérieure à lui?
Il paroit que l'homme peuf acquérir la béatitude par l'action d'une
créature supérieure à lui , c'est-à-dire , de l'ange. 1* Comme il existe
deux sortes d'ordres dans les êtres, l'ordre réciproque des diverses parties
que celle qui fait 1* objet de cette thèie ne Koit dans de tellei conditions par rapport i notre
temps. Jamais Vhomme ne fat plus persuadé quMl poavoit , par ses seules forces , accomplir
(a destinée. D*une part, la prodigieuse activité déployée de nos Jours dans les choses de la
terre , et , do Taulrc , Torgueil de Tesprit humain voulant font expliquer et tout dirigm- par
lui-même , concourent A nous faire perdre de vue , et notre vocation surnaturelle , et le secoois
divin dont nous avons besoin pour la réaliser.
cutionem ^ns non fndigeat exteriori auxilio, nt
Philosophus dicit in II. De cœlo : sicut melius
est dispositus ad sanitatem , qui potest con-
sequi perfectam sanitatem, licet hoc sit per
au^ilium medicins , qaàm qui solmn potest
coDsequi qnamdam imperfectam sanitatem sine
medicime aaxilio. Et ideo creatura ralionalis,
qas potest consequi perfectum beatitudinis
bonum , indigens ad hoc divino auxiiio, est
perfectior quàm creatura irationabilis, que hu-
jusmodi boni non est capax ; sed quoddam
bonum imperfectam consequitur virtute su»
naturs.
Ad tertiam diceadum » qaèd quando imper-
fectum et perfectum sunt ejosdem speciei ab
''iriute caoïari possunt; non aiUem hoc
est necesse si sint alterius speciei; non enim
quicquid potest causare dispositionem materlas,
potest uHimam perfectionem con ferre. Impe^
fecta autem operatio qas subjacet naturali ho-
minis potestati, non est ejusdem speciei cum
operatione illa perfecta qaici est homiais bea-
titudo, cam operatioois species depeadat ex
objecto : unde ratio non sequitur.
ARTICULUS VI.
Virkm Homo eonsequatur heatitvâinem per
actionem alicujus ntperiorii creaturœ.
Ad sextnm sic proceditar. Videlor qu6d
homo posstt fieri beatus per actionem alicujas
sttperioris créature, scilîcet Angeii. Cum enim
dupiez ordo inveniatxur in lebus, uxm partiom
DS L'ÂGQtnSITTOir DE tk BEATITUDE. 30F
de Tirnivers, et Tordre de l'univers lui-même, par rapport au bien placA
en dehors de l'universalité des créatures, le premier de ces ordres se rap-
porte au second comme à sa fin : ainsi Tordre réciproque des diverses
parties d'une armée a pour fin Tordre qui rattache cette armée à son chef.
Mais Tordre réciproque des diverses parties de Tunivers consiste surtout
en ce que les créatures supérieures agissent sur les inférieures, comme
nous Tavons dit dans la première partie, quest. 100, art. 1. Et la béati-
tude consiste dans Tordre qui met l'homme en rapport avec le bien placé
en dehors de Tunivers, c'est-à-dire, avec Dieu. Donc c'est par l'action
d'une créature supérieure, de Tange, par conséquent, que l'homme
acquiert la béatitude.
S*" Une chose telle en puissance peut être réduite en acte par une autra
chose qui est elle-même telle en acte : ainsi ce qui est chaud en puis-
sance devient chaud en acte par l'action d'une chose actuellement chaude
elle-même. Or, Thomme est heureux en puissance. Donc il peut être
rendu heureux en acte par l'action de Tange, qui est lui-même actuelle-
ment heureux.
S*" La béatitude consiste dans l'opération de Tintdlect, nous Tavons
dit. Or, nous avons dit également que Tange peut illuminer l'intellect de
llionune. Donc Tange peut rendre l'homme heureux.
Mais le contraire est exprimé dans ce mot de TElcriture, Ps. LXXXin,
12 : a C'est le Seigneur qui donnera la grâce et la gloire. »
(Conclusion. — La béatitude étant un bien supérieur à toute nature
créée, il est impossible que l'action d'une créature quelconque la com-
munique à Thomme; Dieu seul peut la lui donner.)
Toute créature étant soumise aux lois de la nature, et n'ayant qu'une
vertu et une action limitées, ce qui s'élève au-dessus de la nature ne
sauroit avoir lieu par la puissance d'une créature quelconque ; cela doit
nDÎversi ad invicem , aliqs totius nniversi ad
bonum, qnod est extra nniversam, primns
ordo ordiDatur ad secundum , sicat ad finem^
Qt dicitur XII. Metaph, (text. 52 et 58) :
sicut ordo partiam exercitus ad invicem est
propter ordioem totius exercitos ad ducem.
Sed ordo partium uoiversi ad invicem atlen-
dilur secundum qnod superiores créature agunt
in infcriores, ut in primo dictum est (seu I,
part., qu. 100, art. 1 ) , beatitudo autem oon-
sistit in ordine hominis ad bonam , quod est
extra univeisum, quod est Oeus. Ergo per
actionem superioris créature, scilicet angeli
in hominem , homo beatus etftdtor.
S. Preterea , quod est in potentia taie, po-
test reduci in actum per id quod est actu
taie, sicut quod est potentia calidum, Ût actu
acta beatus per angelum qui est aclu beatus.
8. Preterea, beatitudo consistit in operatione
intellectns, ut supra dictum est (qu. 111,
art. 1 ). Sed angélus potest illuminare intel-
lectum bominis , ut in primo babitum est. Ergo
Angélus potest facere bominem beatum.
Sed contra est, quod dicitur in Psaim,
LXXXIU : « Gratiam et gloriam dabit Do-
minus. »
(CoNCtusto. — Cùm beatitudo sit quoddam
bonum exeedens naturam creatam, impossibile
est homini eam oonferri actione alicajus na-
ture creats ; sed ût solo Deo agente bomo
beatus.)
Respondeo dicendum, qa6d cùm omnis créa*
tura nature legibus sit subjecta (utpote babens
limitatam virtutem et actionem ) , illud quoi
calidum per id quod est actu calidum. Sed 1 exaedit naiuram, non potest Heri vittute ali-
bomo est in potentia beatus. Ergo polest teri | dQos créatures et ideo si qaii flert oporteat
VU 20
306 1" II« PARTIE, QUESnOW V, ARTICLE 6.
venir immédiatement de Dieu^ ainsi, par exemple, la résurrection d'un
mort, la vue rendue à un aveugle, et autres faits du même genre. Or,
nous avons déjà montré que la béatitude est un bien supérieur à toute
nature créée : il est donc impossible que la béatitude soit procurée à
lliomme par Faction d'une créature ; Dieu seul peut donner à l'homme
la béatitude parfaite. Quant à la béatitude imparfaite, il faut dire d'elle
ce que nous disons de la vertu, dans l'acte de laquelle elle consiste.
Je réponds aux arguments : 1" Une loi qm Rapplique généralement i
toutes les puissances actives ordonnées entre elles, c'est qu'il n'appartient
qu'à la plu» haute de ces puissances de conduire un étire à sa dernière
fin; les puissances inférieures y conduisent seulement par des dispositions
plus ou moins éloignées : c'est ainsi qu'il appartient à l'art du pilote de
gouverner le navire dans le but pour lequel le navire a été fait. Ainsi
donc> dans l'ordre universel , l'homme est sans doute aidé par les anges
dans l'acquisition de sa fin dernière, en tant qu'il y est disposé de Iolq
comme par des conditions préalables; au fond, il n'obtient la fin dernière
elle-même que par l'action du premier agent, qui est Dieu.
2° Quand une forme existe dans une chose selon son être parfaiet et na-
turel, cette forme peut alors être le principe de l'action exercée sur une
autre chose; c'est ainsi qu'un' corps chaud communique sa chaleur à un
autre. Quand une forme, au contraire, existe seulement d'ane manière
imparfaite et non selon son être naturel, elle ne sauroit alors, comme
principe , se communiquer à un autre ; ainsi la couleur intentionnelle qui
est dans la pupille n'a pas la»propriété de rendre une chose blanche. C'est
qnod Bit supra naturam, hoc fit immédiate à Deo,
sicttt suscitatio mortoi, ittotninatii^ essà, et
estera hujusmodi. Osleosum est autem (art 5),
qaôd beatitado est qaoddam bonam excedens
oaturam creatam : unde impossibite est qnbà
per actionem alicujus creatur» conferatiur ; sed
homo beatus fit solo Deo agente , si loquamur
de beatitudine perfecta. Si ver6 loquamar de
beatitudine imperfecta, sic eadem latio est de
ipsa et de virlute , in cujus actu consietit.
Ad primam ergo dicendum, qu6d pleramqQe
cODtÎDgit in potentiis activis ordinatis, qu6d
perd^cere ad ultimnm fînem periinet ad sBpre-
mam potentiam ; iuferiores ver6 potentis coad-
javant ad consecutiosem illiu9 ullimi finis, dis-
ponendo : sicut ad artem gubernativam , qms
prsest navi factivs , pertiaet asus navi^prop-
(t) mnc Scrm. XII super Ptaltn. XG, sic Bernardus : Quid rêMtwtmD&minopra
fmm retribuit mihif — Siquidem ei toli honor et gloria, Quar$ ei toli? Qma ipu
éavit iuii angelit ut cmttbdivmtnot; laerumtamm ipiii qui êubteniufU nokis im toul* m*
enHiate» ingratoi eut mn (itet: Simui ergo dwtfti, iimui graii tamtii eu$lo4ibus; r$da-^
mtmuê et honoremuê eae ^uantmit potimiHM, qutmtum ddtemut, Tolus tamen reddalur ei
amor et honor uoHets à quo tam ipete quàm moM» eit Mum, etc. Similia etiam lib. Y. De
^^m^-A^m^^^ cap. 5; et apud Àu|i»iiaaai^ Inœt. Z3UII ia< Jfooi».
ter quem navis ipsa fît. Sic igitur in ordiœ
universi bomo qcudem adjavatar ab angdis
ad cooseqnendnm ulttnuiii finem secoadiun
aliqua praecedentia , qoibus disponitur ad ejos
consecutionem; sed ipsum uitimum finem con-
aequitut pef ipsuii primom «gentem qai est
Deue (1).
Ad seonndatt dicendott, qnbà qaando ali-
qoa fomaactaexistit in aUquo secuadam esse
perfectum et natoiale, polest esse pfindpiiiai
actionis in altemin ; sient calidam per calorem
calefocit. Sed si forma ezislit in aliqiio im-
perfectè, et non seenndu» esse naturâle, non
potestesse piucipium communicationis sui ad
alterom : sicat intensif coloris qui est in pn-
pilla,, non potest fiicere albnnu Neque etiam
offlnia que. sunt libinuiata aitt caMtcU, pos-
DB L'ACOUÏSÏTTON de LA BÉATITUDE. 307
-enoof 6 ainsi que toutes les choses éclairées ou échauffées n'ont pas la pro^
pTiété d'en éclairer ou d'en échauffer d'autres ; car, autrement, Fillumina-
tion et la caléfaction se propageroient à l'infini. Or, la lumière de la gloire,
au moyen de laquelle Dieu est vu dans son essence, existe en Dieu d'une
manièie parfaite et selon son être naturel; tandis qu'elle n'existe dans
une créature quelconque que d'une manière imparfaite, par ressem-
blance ou participation : et de là vient qu'une créature heureuse ne peut
pas communiquer sa béatitude à une autre.
3® L'ange, au sein de la béatitude, peut bien illuminer Tintellect de
l'homme , ou bien celui d'un ange inférieur , quant à certaines cTioses
qui concernent les œuvres de Dieu, mais non quant à la vision de l'es-
sence divine, comme nous l'avons dit dans la première partie, quest. 106,
art. 1 : pour cette vision, tous sont immédiatement illuminés par Dieu.
ARTICLE VIL
Certaines bannes œuvres sont-elles requises pour que ffiomme puisse obtenir
de Dieu la béatitude?
n paroît qu'aucune bonne œuvre n'est requise, de la part de l'homme,
pour qu'il puisse obtenir de Dieu la béatitude (i). 1* Comme Dieu est im
agent d'une puissance infinie, il n'a pas besoin, pour son action, d'une
matière préalable ou d'une certaine disposition dans la matière; il peut
tout produire à la fois. Or^ les œuvres de l'homme, n'étant pas requises
pour la béatitude, comme étant sa cause efficiente, ainsi que nous venons
(1) Celte erreur étoit gans doute implicitement renfermée dans les doctrines et surtout dans
les pratiques propagées par certaines hérésies , dés les premiers siècles du cbrisliaoisme. Les
gnosUques étoient tombés dans une sorte de quiétisme rêveur , qui impllquoit la négation de
la nécessité des bonnes oeurres pour le salut , et qui Ait , par là même , la source des plus
affreux débordements. Mais il étoit réservé à la prétendue réforme du seizième siècle , de nier
formellement la nécessité des œuvres méritoires. On sait de quelles mœurs une telle doctrine
fut l'auxiliaire et la cause. Luther et Calvin avoient leurs raisons, en vérité, pour émettre
de pareils principes. On comprend dés-lors que saint Thomas a également les siennes pour
soutenir des principes opposés.
Eunt alla calefacere et illumioare : sic enim
illumiaatio et calefactio essent usque ad inQ-
nituis. Lumen autem gloriœ per quod Deus
Tidetur, in Deo quidem est perfectè et secan-
dum esse nalurale ; in qualibet autem creatura
est imperfeclc et secundutn esse simililudina-
rium vel participatutn : uade nuila creatura
beata potest communicare suam beatitudinem
alteri.
Ad tertium dicendam , quôd angélus beatns
illamiuat Intellectum hominis , vel ctiam infé-
rions angeli quantum ad aliquas ratiooes di-
vinonina operarn ; non autem quantum ad visio-
nem divins essentis, ut in primo dictom
est (seu L part., qu. 106, art. 1 ) ; ad eam
enim videadam omnes immédiate illuminaotur
à Deo.
ARTIC13LUS vu.
Vtritm rtquirantkr aliqua opcra boîta ad hoc
quôd honto betUitudtnem eonsequatitr à Deo.
Ad septimam sic proceditur (1). Videtor
qu&d non requirantur aliqua opéra hominis ad
hoc ut beatitudinem conseqoalor à Ueo. Deus
enim cùm sit agens iaGnits virtutis, non
prseexigit in agendo mateiiam aul disposition
nem materis, sed stalim potest totum pro*
ducere. Sed opéra hominis cùm non requiran*
(1) I)« bis etiam I, part., qu, «S , art, $, ad 1 * ei Opwc,, 111, cap. 173»
308 1** II* PABTiB, QUBsnoir y, a&tiglb 7.
de le voir, elles ne pourroieDt être requises qae comme dispositions. Done,
puisque Dieu n'exige pas de dispositions préalables pour son action, 3
accorde la béatitude sans qu'il y ait de bonnes œuvres dans l'homme.
2* Dieu produit immédiatement la béatitude comme il créa immédia-
tement la nature. Mais dans la première institution des êtres. Dieu les
créa sans aucune disposition préalable, sans aucune action de leur part;
il fit chaque être parfiadt dans son espèce. Donc il semble qull donne
aussi la béatitude i l'homme sans exiger de lui aucune opération préa-
lable.
3<> Selon la pensée de l'Apôtre, Bom., IV, o la béatitude est donnée i
l'homme, parce que Dieu lui coniere la justice sans les œuvres. » Les
œuvres ne sont donc pas requises pour que l'homme acquière la béati-
tude.
Mais le contraire est renfemifé dans ces mots, Joan., XÎII, 47: «S
vous savez ces choses vous serez heureux, pourvu que vous les accom-
plissiez. D C'est donc par l'action que nous parvenons à la béatitude.
(Conclusion. — Dieu seul est heureux par nature; les anges, comme
étant les êtres les plus rapprochés de la nature divine, ont acquis le
bonheur par un seul mouvement; mais Dieu veut que les hommes l'ac-
quièrent par une série de mouvements ou d'actions méritoires. )
Nous avons déjà dit que la droiture de la volonté est requise pour la
béatitude; car cette rectitude n'est autre chose que Tétat légitime de la
volonté dans l'ordre de la fin dernière ; et cette disposition de la volonté
n'est pas moins nécessaire pour acquérir cette fin , qu'une bonne disposi-
tion de la matière pour acquérir la forme. Il ne résulte pas néanmoins
de là qu'une opération de la paît de l'homme doive précéder sa béati-
tude; car Dieu pourroit produire en même temps et la volonté parfaite-
ment ordonnée vers la fin, et cette même fin qui en est l'objet : c'est
ainsi que parfois il dispose la matière et communique la forme d*un
tar ad beatilndinem ejus sicnt causa effidens,
ut dictum est (art. 6), non possunt requin ad
eam nisi slcul dis|)Ositiones. Ergo Deus qui
dispositiones nou praeexigit in agendo , beati-
tudinem sine pnecedentibus operibus confert.
2. Pisterea , sicut Deus est auctor beatilu-
dinis immédiate; ita et naturam immédiate
institQit. Sed in prima institutione natur»
produxit crcaturas nuUa disposilione praece-
dente, vel actione creaturœ; sed statim fecit
unumquodque perrectum in sua spede. Ergo
Vkdetnr quôd beatitudinem conférai homiui
sine aliquibns operationibus pnecedentibus.
8. Praeterea, Apostolus didt Rom., IV :
« beatitudinem bominis esse , cui Deus confert
justitiim sine operibus. » Non ergo reqni-
ruBtur aliqua opéra hominis ad beatitudinem
Sed contra est, quôd ôidtmJoan,, XIII : v Si
hœc scitis, beati eritis, si feceritis ea. » Ergo
per actionem ad beatitudinem pervenimus.
(CoNCLUsio. — Solus Deus natura beatus
est; Angeli ver6 dlvinae nature proximiores,
unico motu beatitudinem sunt consecuti ; quam
pluribus motibus, seu actionibus mentoriis,
Deus voluit ut homines consequerentiur. )
Respondeo dicendura, quôd rectitude volnu-
tatis , ut suprà dictum est (qu. 4 , art. 4 ) ,
requiritur ad beatitudinem, cùm nihil allud
sit quam « debitus ordo voluntatis ad ultimum
finem ; » quai ita exigitur ad consecutioaem
ultimi finis sicut débita dispositio matériau ad
consecutionem formée. Sed ex boc nou osleo-
ditur quod aliqua operatio bominis debeat prx-
cedere ejus beatitudinem ; possct eniin Deus
simnl fao^rd volunt '*em reciè t^nflcnlem ia
DS L^ÂGOUISTTION DE LA BÉATITUDE. 909
seul coup. Mais l'ordre de la sagesse diTine exige qu'il n'en soit pas
ainsi; car^ comme le dit Aristote, De cœlo, II : a Parmi les êtres des-
tinés à posséder le bien parfait ^ Tun le possède sans mouvement^ Tautre
l'acquiert par un seul mouvement , il en est enfin qui n'y parviennent
que par un grand nombre de mouvements. Or^ posséder le bien parfait
sans mouvement ne convient qu'à celui qui le possède par nature. 0 Et
c'est Dieu seul qui possède ainsi la béatitude : lui seul donc n'a pas be-
soin d'y parvenir par une opération quelconque. Mais comme la béati-
tude dépasse toute nature créée^ une simple créature ne peut pas acqué-
rir la béatitude sans une opération préalable, par laquelle elle tend à ce
but. L'ange étant par sa nature supérieur i l'homme, a, selon les des-
seins de la sagesse divine, acquis le bien suprême par un seul mouve-
ment, par une seule opération méritoire, comme nous l'avons dit dans
la première partie, question 62, article 5. Les hommes n'acquièrent ce
même bien que par un grand nombre de mouvements successifs ou d'opé-
rations, que l'on appelle mérites. Aussi le Philosophe a-t-il dit :« La
béatitude est la récompense des actions vertueuses. »
Je réponds aux arguments : 1» Si l'opération de l'homme est exigée
comme condition préalable pour acquérir la béatitude, ce n'est pas que
le pouvoir manque à Dieu pour cela, c'est pour que l'ordre soit observé
dans les choses.
2o Dieu a produit les premières créatures dans un état parfait , sans
aucune disposition ou opération préalable de leur part (1), parce qu'il a
voulu établir les premiers individus de chaque espèce comme chefs et
types de leur race. Or, comme c'est de Jésus-Christ, Dieu et homme tout
ensemble, que la béatitude doit découler dans tous les autres êtres, selon
(1) Saiot Augusiia avoit dit ceUe belle parole : « Bieû, qui nouf a créés sans nous, ne
vous sauvera pas sans nous. » Tout cet article peut en être regardé comme le coromentaira
et le développement.
6oem, et finem conseqaentem sicnt qnandoqae
fiimttl materiam disponit, et ioducit formam.
Sed ordo divios sapientis exigit ne hoc Ûat ;
ut enim dicitur in II. De cœlo (ubt supra) :
« Eorum qus nata suut habere bouum perfec-
tum , aliquid habet ipsum sine rooin , aliquid
ono molu , et aliquid pluhbus. Habete autem
perfectum bbnum sine motu, convenit ei quod
natoralttar habet illud. » Habere autem beat!-
iodinem naturaliter est solius Del : unde soiius
Dei proprium est quod ad beatUudinem non
moveatur per aliquam operationem pneceden-
tem. Cùm autem beatitudo excédât omnem
aataram cieatam « nulla pura creatura conve-
Dienter beaiitudinem consequitur absqne molu
opentionis per qnam tendit in ipsam. Sed an-
gélus qui est superior online naturs, quàm
hoao, oonsecutus est eam, ex ordine divine
sapientiffi, uno molu operationis meritoris, ut
in primo expositum est. Homines autem con-
se<]uuntur ipsam multis motibus operationum
qui mérita dicuntur. Unde etiam secundum
Philosopbum , « beatitudo est prsmiam vir-
tuosarum operationum. »
Ad primum ergo dicendum^ qu&d operatio
hoffliuis non prsexigitur ad consecutionem
beatitudinis propter insufficieatiam divins vir-
tutis beatiûcantis ; sed ut servetur ordo in
rébus.
Ad secnndnm dicendum , quèd primas crea-
tnras statim Deus perfectas produxit absque
aliqua dispositione , vel operatione creaturs
prscedente; quia sic instituit prima individna
spedenim, nt per ea natura propagaretur ad
posteros. Et similiter quia per Christum , qni
est Dens et homo, beatitudo erat ad alios d0-
810 !»• U» PAUTIB, OUBS-nON V, ARTICLE 8.
cette parole de saint Panl, Hebr., II , 10 : a n a mtroduit après loi ses
nombreux enfants dans la gbire; » son ame, dès le premier instant de
sa conception, sans aucune opération méritoire , fut mise en possession
de la béatitude. Mais c'est là un privilège unique ; car chez les enfants
mêmes qui ont reçu le baptême , les mérites de Jésus-Christ précèdent
Tacquisition de la béatitude^ bien que ces enfants n'aient aucun mé-
rite propre ; ils sont devenus par le baptême les membres de Jésus-
Christ.
3° L'Apôtre parle en cet endiroit de la béatitude de l'espérance, laquelle
s'obtient par la grâce de la justification, grâce qui n'est pas donnée à
cause des œuvres précédentes; car ce n'est pas là le terme du mouTe-
ment, comme la béatitude, c'est bien plutôt le principe du mouvement
par lequel on tend à la béatitude.
ARTICLE VIIL
Tout homme désire-t-il la béatitude?
n paroît que tous les hommes ne désirent pas la béatitude. 1* On ne
Auroit désirer ce que l'on ne connoit pas, puisque le bien perçu est l'ob-
jet de l'appétit, comme nous l'avons dit plusieurs fois, à la suite du Phi-
losophe. Or, un grand nombre ignorent ce qu'est la béatitude ; ce qui
résulte clairement, comme le remarque saint Augustin, De Trin^y XHI,
4, a de ce que les uns ont mis la béatitude dans les voluptés des sens,
les autres dans les puissances de l'ame, «et ainsi de suite. » Donc tous les
hommes ne désirent pas la béatitude.
S<> L'essence de la béatitude consiste dans la vision de l'essence divine.
Mais plusieurs pensent que l'homme est dans l'impossibilité de voir Dieu
rivanda, secundum illud Apostoli ad Hebfr,,]l\
«r Qui muUos filios in gloriam adduxerat ; »
slatim à principio sus conceptionis , absqne
aliqua operatione meritoria prxcedente, anima
eju8 fuit beata. Sed hoc est singulare in ipso ;
ARTICULUS VIH.
Virkm omnis homo appâtât btatiiudinem.
Ad octavam sic proceditur (l). Vldeturqaèd
non omnes appelant beaiitudinem. Nullus enim
nam pueris baptizalis subvenit meriUim Christi \ potest appetere quod ignorât , cùm bonnm
ad beatiiudinem consequendam , licet desint apprehensnm sit objectum appetitos, utdici-
in eis mérita propria, e6 quôd per baptismum \ tur in HI. De anima (text. 29, 84, 44). Sed
snnt Christi membra elTccti. | mnlti nescinnt quod sit beatitudo : quod, sieut
Ad tertium direnduin , qu6d Apostolus lo- ' Augustinus dicit in XIII. De Tritu ( cap. 4 ) ,
quitur de beatitudine s^pei qus habetur per gra- ' patet ex hoc quod quidam posuemnt beatitudi-
tiam justificantem , qus qnidem non datur nem in voluptatibus corporis, quidam in virtute
propter opéra pnscedentia ; non enim babet ' anim», quidam in aliis rébus. Non ergo omnes
rationcm lermini motus ut beatitudo , sed ma- beatiiudinem appelunt.
gis est principium motus quo ad beatitudinem
tenditur.
2. Prîeterea , cssenlia beatitudinîs est visio
essenti» divinœ , ut dictum est (qu. S, art. S).
(1) De bis etiam tnfrà, (|d. !•, art. 1 et 9; et I. part., qu. 19, ort. 1 , et qn. 8S, art. 1 <^t
-S; et Conita Gei^,^ lib. I , cap. 88; ut et lib. Uî, cap. 99; et qu. 23 , de verit., art. & et fi;
^et ({B. 6, de malo, art. 4 , mm in corp., tnm ad 4 et 9; et X. EÎMi ^ lect.
CE l'acquisition de la béatitude* 311
par essence. 11$ ne peuvent donc pos désirer cette vision ; et par là même
tous les hommes ne désirent pas la béatitude.
S"» Saint Augustin dit, dans l'endroit que nous venons de citer : « Ce^
lui-là est heureux qui possède tout ce qu'il veut, et qui ne veut rien de
mal. » Mais il n'en est pas ainsi de tous, puisqu'il en est qui veulent le
mal et qui consentent d'une manière réfléchie à cette volonté. Dcmc tous
ne désirent pas la béatitude.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Saint Augustin, ayant rapporté
le mot d'un acteur, ajoute : « Si du moins il eût dit : Vous voulez tous
être heureux , aucun de vous ne veut être malheureux , il eût exprimé
un sentiment que chacun auroit retrouvé au fond de lui-même. » Donc
tout homme désire la béatitude.
(Conclusion. — Quoique tous les hommes ne désirent pas le véritable
objet de la béatitude, il est néanmoins certain que tous aspirent natu-
rellement à ee bien universel et parfait qui reiiferme l'idée générale de
la béatitude.)
La béatitude peut être considérée sous un double rapport : en premier
lieu, dans son idée générale, et sous ce rapport tout homme veut néces-
sairement la béatitude. Or, nous appelons idée générale de la béatitude
l'idée même du bien parfait^ ainsi que nous l'avons déjà dit ; et comme le
bien est l'objet de la volonté, le bien parfait est celui par lequel la vo-
lonté doit être pleinement satisfaite : vouloir donc la béatitude, ce n'^est
pas autre chose que désirer la pleine satisfacUcm de sa volonté , ce dont
nul ne peut se défendre. En second lieu, nous pouvons considérer la béa-
titude dans sa propre essence, ou dans son véritable objet; et sons ce
rapport tous ne connoissent pas la béatitude, parce qu'ils ne savent pas
Sed aliqui opinantnr hoc esse im|>ossibi1e ,
qood Deus per essentiam ab homme viilcatur :
unde hoc non appetunt. Ergo non omnes ho-
mines appetant beatitudinem.
8. Prsterea , AagusitRiis dicit in XUI. De
Trinit. (cap. 4), quod «beatus est qui habet
ooioîa quœ tuU, et nibil maU tuH. » Sed uon
onnes hoc \olant; quidam enim mala aliqaa
toluQt, et tamen voluDt illa se Telle. Non ergo
emnes irolnnt beaUtadinem.
Sed contra est , quod Augnstinus dicit Xltl.
De Trinit. . « Si minas (1) dixisset, Omnes
beati esse vuitis, tniseri esse non vultis, dixis-
set aliquid quod nuUus in sna non cognosce-
•rel volontate. » QuiUbet ergo vult e?se bea-
tus.
(CoNCLUsio. — Quanquam non omnes id
appelant in quo bealitudo vera consistât, omnes
tamen nniversale et perfectum bonum natura-
liter appetere certain est, in quo consistit
communis ratio beatitudinis. )
Bespondeo dicendum , quod beatitudo dopli-
citer potest considéra ri. Uno modo secundum
communem rationem bealitudims, et sic ne-
cesse est qu6d omnis homo beatitudinem velit.
Ratio autem beatitudinis communis est , ut sit
bonum perfectum, sicut dictum est. Cùm autem
bonum sit objectum voluntatis , perfectum bo-
num est alicujus quod totaliter ejus voluntati
satisfaeit : unde appetere beatitudinem^ nibil
aliud est quàm appetere ut voluDlas satictur;
quod quilibet vult. Alio modo possumus loqoi
de beatitvidine secundum specialem rationem,
quantum ad id in quo beatitudo consistit; et
sic uon omnes cognoscunt beatitudinem, quia
nesi;iunt cui rei communis ratio beatitudiais
(1) Ille nempe qui promiscrat in théâtre se singuloruro voluntates decUralurum stato 4ie ,
te dcinde cùm omnes in tbeatrum ad ejus rei experimealum capieiidum et facienduB fidaa
coDOuxtsscnt , palam dixerat : VuHU omnes vili emers el earè vsnders.
312 r» II* PARTIE, QUESTION V, ARTICLE 8.
qaelle est la chose où se réalise l'idée générale qu'ils en ont : et dans
sens il est vrai de dire que tous ne la désirent pas.
De là résulte clairement la réponse à la première objection.
2* Bien que la volonté suive toujours la perc-eption de Tintellect ou &
la raison ^ il arrive néanmoins que la même chose peut être considéré
sous différents aspects; et de même il arrive aussi qu'une mèoie chose
est désirée sous un rapport et ne Test pas sous un autre. Si la béatitude
se présente sous Tidée du bien final et parfait, c'est-à-dire, sous Tidée
générale de béatitude , tout homme doit naturellement et nécessairement
tendre à ce but, comme nous l'avons déjà dit. Mais si Ton considère la
béatitude dans ses conditions spéciales et constitutives, soit de la part et
l'opération, soit de la part de la puissance qui opère, soit enfin de It
part de l'objet, il faut avouer que tout homme ne tend pas néc^saire-
ment à la béatitude ainsi comprise.
S^ Cette définition que quelques-uns donnent de la béatitude : a Celui-
là est heureux qui possède tout ce qu'il désire, » ou bien a dont tous les
désirs sont accomplis, » peut dans un sens être regardée comme bonne
et sufiisante; mais elle est défectueuse dans un autre sens. Si l'on entend
par là la possession de toutes les choses que l'homme désire par son ap-
pétit naturel, il est vrai de dire que celui-là est heureux qui possède
tout ce qu'il désire ; car rien ne satisfait l'appétit naturel de l'homme si
ce n'est le bien parfait, dans lequel consiste la béatitude. Mais si l'on
entend par là la possession des choses que l'homme veut d'après les lu-
mières de sa propre raison , il est des choses ainsi comprises et voulues
qui, bien loin de contribuer à la béatitude, sont une source de malheur;
1
eonveniat : et per conseqaens quantum ad hoc
non omnes eam voluut.
Unde patet responsio ad primum.
Ad secundum dicendam, quôd cùm voluntas se-
qnatur apprehensioaeni inlellectus sea rationis,
aicttt coiitingit quod aliquid est idem secundum
rem, quod tamen est diversum secundum ra-
tionis considerationem ; ita contingit quod ali-
quid est idem secundum rem , et tamen uno
modo appetitur , alio modo uon appetitur. Bea-
titudo ergo potest considerari sub ratione ùmlis
boni et perfecti, que est communis ratio bea-
titudinis : et sic uaturaliter et ex necessitate
Toluntas in illud tendit, ut dictum est. Potest
«nim considerari secundum iUas spéciales con-
liderationesy vel ex parte ipsius operationis.
Tel ex parte potenti» opeiitiv» , vel ex parte
objecU : et sic non ex necessitate Toluntas
tendit in ipsam.
Adterlium dicendum,qu6d ista dininUîo bet-
titndinis quàm quidam posuerunt (1), « Beatos
est qui babet omnia qus vult^ » ve/ oui omoia
optata succedunt, quodammodo intellecta est
bona et suf&ciens; alio ver6 modo est imper-
fecta.Si enim intelligatursimpliciterde omnibus
que vult bomo natarali appetitn , sic verara
est quod « qui babet omnia qu& vult , est
beatus ; » nibil enim satiat naturalem bominis
appetitum , nbi bonum perfectum , quod est
bealitudo. Si verb intellîgatur de bis qus homo
vult secundum apprehensioaem rationis « sic
bubere quœdam que bomo vult , non pertinei
ad beatitudioem , sed magis ad miseriam ; m
quantum hujusmodi babita impediunt bomioem
fl) Xpse utique AngusUnus tum loco superiûs notato, ubi tamen è Cicérone sine indice spo-
eiali taie aliquid refert «quivalenter, tum expressiùs lib. Detita beata, tom. I, ubi ex ejus
Hûrtensio (id est ex libro quem de Uude Philosophie sub bac ioscripUonesciipsil), ind.cat
iomptum esse. Nam postquam ibi Aogustino per modum dialo^i qosrcRti &n sit beatus iJle
qui babet quod vult, respondit pia mater Monica i Si bona velil 9i habeals bealut al; ti
*Miis quamviê habtai, miter ett.
DE l'aGQITISITION DE LA BÉATITUDE. 313
car ces sortes de possessions empêchent l'homme d'avoir ce qu'il désire
conformément à sa nature (1) : comme aussi la raison accepte quelque-
fois pour vrai ce qui n'est qu'un obstacle à la connoissance de la vérité*
Et yoilà pourquoi saint Augustin ajoute, comme condition nécessaire à
la parfaite béatitude : a Pourvu qu'il ne désire rien de mal; » quoique
la première partie de sa proposition : a Celui-là est heureux qui possède
tout ce qu'il désire, d pût rigoureusement suffire si elle étoit bien en-
tendue.
(1) n est renarqnable de voir ici Miot Thomas mettr» la raison de riiomme en opposition
avec sa nature. Mais Ton sera moins étonné de cette affirmation , st Ton se souvient que , dans
la première partie de ia Somtnê* après airoir prouvé que rintelleet ne peut pas donner dans
le faux , il nous montre la source de toutes nos erreurs dans ie mauvais usage de notre raison.
L*erreur n*est pas possible dans les premiers principes , objet naturel de notre intellect , elle
se glisse dans le raisonnement; et Tenreur, en descendant dans la conduite, c*estle malheur.
ne babeat qucconque volt naturaKter : ùcat
etiam ntio interdom acdpitutvera que impe-
diunt k cognitione veritatis. Et secuodam banc
coosideiationem Auguatinus addit ad pcrfec-
tionembeatitudinis; qu&d «Dihil mali velit; »
quamvis prlmnm poaset safficere, à recti in-
telUgerelnr, scilicet qu6d « qui bealns est habei
omnia que vult. »
r
314
I" 11* PABTIE, QUESTION TI, ARTICLE 1.
TRAITÉ DES ACTES HUMAIIVS
QUESTION VI.
Puis donc quMl est nécessaire d'accomplir certains actes pour -parrerl:
à la béatitude , il faut porter notre attention sur les actes humains, a£i
que nous reconnoissions les actes qui mènent rhomme à la béatitude^ et
ceux qui Tempèchent d^ arriver. Mais de ce que les opératioiis et 1^^
actes s'appliquent à une chose en particulier^ il suit que toute sciente
pratique s'acquiert par des (Aservations particulières. Donc la inor»>
étant rétude des actes humains, il la faut présenter d'abord en général,
et puis en particulier (!)•
Dans rétude générale des actes humains, ce qui appelle d'abord notre
attention , ce sont les actes humains eux-mêmes ; ensuite les principes de
ces actes. Parmi les actes humains, quelques-uns sont proprement àe
rhomme ; d'autres sont communs à Thomme et aux autres animaux ; el
(1) Après avoir étudié et détenniné le but ultérieur de nos actions , ou leur fin demi4^(^f
qui est la béatitude, Tauteur va maintenant étudier ces actions elles-mêmes, dans toutes ]ru:$
propriétés et sous tous leurs rapports. G* est ce qui est nommé , dans toutes les Ihéolop?!
modernes, le Traité des actes humains. L*étudc qui commence à cette sixième question , ^
se continue jusqu*à la vingt-unième, est d*une importance , ou plutôt d*une nécessité sor la-
quelle il est inutile d^appeier Fattenlion du lecteur. G*est ici le fondement de toute la moral^
Si Ton n*est bien pénétré des principes qui y sont établis , impossible de saisir la raison et Ii
valeur des préceptes développés dans la suite.
TRACTATUS DE HUMANIS ACTIBUS.
QU^STIO VI.
De voluntario ei involuntario, in oclo articuloâ ditisa»
Quia igitur ad beatitudlnem per actus ali-
quos necesse est pervenire; oporlet coDse-
quenler de humanis actibus considerare : ut
sciamus quibus actibus perveulatur ad beati-
tudinem , vel impedialur beatitudiois via. Sed
quia operationes et actus circa sÏDgularia saut,
ideo omnis operativa scientia in particulari
««. oMo..^lioQQ perîicitur. Moralis igitur con-
uia est bamanorom actuum, primé
qu'ulem tractanda est in universali ; seccod^
verô in particulari.
Circa universalem autem consîueràtionem
bumanorum actuum, prim5 quidem con.ide-
randum occurritde ipsis actibus humanis, se-
cundo , de principiis eonim. Humanornm au-
tem actuum quidam sunt hoinlnis proprii,
quidam sunt homini et aliis animalibus com-
munes. El quia bealitudo est proprium homiuij
Dît volontaike et de L'iTvaLorrrAiRE.
31S
parce que la béatitude est un bien propre aux bomiues^ les actes qui sont
proprement humains ont trait à la béatitude plus directement que les actes
qui sont communs à Thomme et aux autres animaux. D'abord donc il faut
porter notre attention sur les actes qui sont propres à l'homme; secon-
dement sur les actes qui sont communs i Thomme et aux autres ani*
maux^ et qu'on appelle passions de i'ame.
Sur le premier objets il faut étudier deux choses : premièrement les
actes humains, secondement la distinction de ces actes. Or comme on
appelle proprement actes humains ceux qui sont volontaires^ parce que
la volonté est Tappétit raisonnable, qui est propre à Thomme, il faut
étudier les actes humains en tant qu'ils sont volontaires. Premièrement
donc il faut étudier le volontaire et l'involontaire en général ; secondement
les actes volontaires qui sont produits par la volonté elle-même, c'est-à-
dire qui procèdent immédiatement de la volonté elle-même ; troisième-
ment les actes volontaires qui sont commandés par la volonté, qui viennent
de la volonté, niais par le moyen des autres puissances. Et comme les
actes vdontaires présentent certaines circonstances d'après lesquelles on
les juge, il faut d'abord étudier le volontaire et l'involontaire, et ensuite
les circonstances de ces mêmes actes dans lesquels le volontaire ou l'in-
volontaire se produit.
Sur le premier objet, huit questions à résoudre : !<* Dans les actes
humains trouve-t-on le vdontaire ? 2° Le trouve-t-on dans les animaux
privés de raison ? 3o Le volontaire peut-il exister sans aucun acte ? i.*» La
violence peut-elle atteindre la volonté? 5* La violence cause-t-elle l'invo-
lontaire ? 6* La crainte cause-t-elle l'involontaire ? 7* La concupiscence
cause-t-elle l'involontaire ? 8° Même question pour l'ignorance.
bOQiiin, propioquiQs se habent ad beatitudiuem
actas qai suot proprië bumani , quam actus qui
fiant homioi aliisque ammalibus commuoes.
Pnmô^ergo coDsiderandam est de aclibus qui
mai proprii bomiots ; secundo , de actibus qui
sont homiai atqae animalibus communes qui
dkunUiraoioise passiones.
Circa primum duo consideraoda occumint :
primé, de conditione humanorum actuiim; se-
cundo, de distinctione eorum actuum. Ciim au-
tem actus humaui proprië dicantur^ qui sunt
volmitarii, eo quèd volantas est ralionalis ap-
pebtuâ , qui est proprius bominis , oporlet con-
siderare de actibus in quantum sunt voluntarii.
Primo ergo considerandum est de volunlario et
involttntario in communi. Secundo, de actibus
qai sont voluntirii^ quasi ab ipsa voluntate eli-
titi, ut immédiate ipsius TOluntatts existentos.
Terli5, de actibus qui sunt voluntarii^ quasi à
voluntate imperati, qui sont ipsius volunt;itis
mediantibus aliis polentiis. Et quia actus vohin'
tarii babcnt quasdam circumstantias^ secundùiu
quas dijudicantur, primo considerandum est de
voluntario et involuntario , et consequenter de
circumslanUis ipsoriim actuum , in quibus vo-
luntarium et involuntarium invenitur.
Circa primum quajrunlur octo : 1* Ulrùm ia
hnmanis aclibus inveuiatar voluniarium»
2o Ulrùm inveniatur in animalibus brûlis.
3» Utrùm voluntanum esse possit absque
omni actu. 40 ttrùm \iolenlia voluntati possit
inferri. S* Ulrîim violenlia causet involuntw
rium, 6^ljtrùm metus causet involuntarium,
T Utrùm concupiscentia involuntarium caa-
aet. 8« Utfùm igooraulia.
816
I" II' lAKtm, OHESTION TI, A&TIGtE 1.
ARTICLE t.
Le volontaire se trouve-t-il dans les actes humains f
n paroit que le volontaire ne se trouve pas dans les actes humains. I » Le
volontaire est ce dont on a en soi-même le principe^ comme le démontreni
saint Grégoire de Nysse , saint Damascène et Aristote. Mais le principe
des actes humains n'est pas dans l'homme^ il est hors de lui^ car l'appétit
de l'homme est poussé à agir par Tappétible qui est au dehors , lequel est
comme \m moteur non mû. Donc dans les actes humains on ne trouT^
point le volontaire.
2° Le Philosophe prouve , Phys., VIÏI , qu'on ne reconnoît dans te
animaux aucun mouvement qui ne soit prévenu par quelque mouvement
extérieur. Mais tous les actes de l'homme sont produits dans un moment
donné; car aucun acte de l'homme n'est étemel. Donc le principe des acta
humains est au dehors ; ainsi on n'y trouve pas le volontaire.
S*» Celui qui agit volontairement peut agir par lui-même. Mais cela
n'appartient pas à l'homme ; car il est dit^ Joan., XV, 5 : a Sans ukh
vous ne pouvez rien faire. » Donc le volontaire ne se trouve pas dans les
actes humains.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire ; car saint Damascène dit. De fiéL
orth., II , 2& : et Le volontaire est un acte que nous nommons opâration
rationnelle. » Or tels sont les actes humains. Donc les actes humains sont
volontaires.
( Conclusion. — Puisque l'homme connoit excellemment la fin de son
ARTICULUS L
Vtritm in humanis actibu* inveniatur
volontarium.
Ad priroum sic proceditur. Videtar quèd in
humanis aclibus non inveniatur voluntarium.
Volanlarium enim est cujus princlpium est in
ipso, ut patct per Gregorium Nyssenum (1), et
Damascenum et Aristotelem. Sed principium
hamanorum actuum non est in ipso homine ,
sed est extra*, nam appetitus hominis movetur
ad agendutn ab appelibilrqnod est extra, quod
est sicut movens non motum, ut dicitar in UI.
De anima (text. 44). Ergo in humanis actibus
non invenitur voluntarium.
% Prseterea, Philosophus in VI. Physic.
^text. 22 ), probat quod non invenitur in ani-
malibus aliquis motns novus qui non prsrenîa-
tar ab alio mota exteriori. Sed omnes actns
homiuis sunt novi , nullus enim actus homims
stemus est. Ergo principium omnium humano-
rum actuum est ab extra; non igitur in eis in-
venitur vfjluntarium.
3. Prxterea, qui voluntariè agît, perseagere
potest. Sed hoc homini non convenit; dicitnr
enim Joan,, XV : « Sine me nibil potestis £a-
cere. » Ergo wluntarium in humanis actibus
non invenitur.
Sed contra est, quod dicit Damascenus in
n. lib. ( cap. 24 ), qu6d a voluntarium est ic-
tus qui est operatio rationalis. » Taies autem
sunt actus humani. Ergo in actibus bamaois
invenitur wluntarium,
( CoKCLusio. — Cùm homo maxime sui ope-
(1) Vclut ex lib. Y, cap. 9, pribs indicabatnr ad marginem Juxta veterem nsnm, qui Oregorlo
huic octo libres PhUoiophim tribuebat. Sed Nemesios pro Oregorio posteriùs rettiiaUisest,
apud quem id habetur in lib. De uaiura hominis, cap. 32, ut et 38, ac deinceps 39, tom. UI
Biblioth, Patrum, ubi ea qua sunt in oobis , hoc est in nostra potestate , vel quorum ipsi
principium sumus per votuntmem, ex professo explicat. Ex Damasccno aulem indicabitur paolA
infrà. Et ex Aristotele, lib. III. Slhie.s cap. 3, grBcO'Iat., coHigitur, vel in autiquts 4, non 1,
DU V07.0NTATEE ET DE L'iNTOLONTAIRE.
317
oeuvre , et qu'il s Y P^^ ^^ lui-même^ dans ses actes se trouve excellem-
ment le volontaire* )
Il faut nécessairement que^ dans les actes humains, se trouve le vo-
lontaire. Pour le prouver clairement, remarquons que le principe de
certains actes ou mouvements est dans Tagent ou dans ce qui est mû,
tandis que le principe de certains autres actes ou mouvements est au
dehors. Voilà une pierre^ par exemple, qui se meut de bas en haut : le
principe de ce mouvement est en dehors de la pierre ; mais lorsqu'elle se
meut de haut en bas, le principe de ce mouvement est dans la pierro
elle-même. Parmi les choses qui reçoivent leur mouvement d'un prin-
cipe intrinsèque, quelques-unes se meuvent elles-mêmes, et d'autres non.
Car, comme tout agent ou se meut lui-même, ou est mû en vue d'une
fin, ceux-là ont la perfection du mouvement par le principe intrinsèque,
en qui existe un principe intrinsèque tel, que non-seulement ils sont
mus par lui, mais encore mus vers une fin. Or, pour qu'une chose se
fasse en vue d'une fin , il faut une certaine connoissance de cette fin.
Donc tout être qui agit ainsi, qui se meut en vertu d'un principe intrin-
sèque, et avec la connoissance d'une fin, porte en lui-même son prin-
cipe d'action, non-seulement pour agir, mais encore pour agir en vue
d'une fin. Au contraire, l'être qui n'a pas connoissance d'une fin, quoi-
qu'il ait en lui un principe d'action ou de mouvement, néanmoins, pour
ce qui est d'agir ou de se mouvoir en vue d'une fin , le principe de son
acte ne réside pas en lui, mais dans un autre > par lequel lui est com-
muniqué le principe de son mouvement vers une fin. C'est pourquoi on
ne dit pas de ces choses qu'elles se meuvent elles-mêmes ; on dit qu'elles
sont ntûes par d'autres. Mais quant aux êtres qui ont la connoissance
d'une fin, on dit qu'ils se meuvent eux-mêmes, parce qu'ils portent en
eux un principe qui a la vertu, non-seulement de les faire agir, mais
encore de les faire agir pour une fin. Et c'est précisément parce que
ris finem cognoscat, et seipsam ad illam mo-
veat, iu iliius actibus maxime voluntariam in-
irenilur. )
Bespondco dicendam, quôd oportet in actibas
humauis volantarium esse. Ad ci^usevidentiam
coDsideraadam est, qnôd quoramdam actaam
seu motaom, priacipium est ia ageote, seu in
eoqnod movetur; quorumdam autem motnum
vel actuum principium est extra : cùm enim
lapis movctur sursum, principiom hujus motio*
nis est extra lapidem -, sed cùm moyetnr deor-
sum, principium hujus motionis est in ipso
lapide. Eorum autem qua^ à pnocipio intrinseco
movenlur, qusdam movent seipsa, qu^am
autem non. Cùm enim orone agens seu motum
agat, seu moveatur propter finem, ut suprà
bsbttuin est ( qa. 2, art. 2 ) , illa perfectè mo-
vcuiur il principio intrinseco^ iu quibus est ali-
quod intriosecam priacipium non solùm nt mo-
veantnr, sed ut mo^eaniur in finem. Ad boc autem
qnùd fiataliquid propter finem, requiritor co-
gnitio finis aliqualis. Qaodcunque igitnr sic agit,
vel moveUir à principio intrinseco , quod habet
aliqnam notitiam finis, babet in aeipso princi-
pium sui actâa non solùm ut agat, sed etiam
ut agat propter finem. Quod antem nuUam no»
titiam finis habet , etsi in eo sit principium ac-
tionis motôs; non tamen ejns quod est agere
vel moveri propter finem, est principium in ipso,
sed in alio, à qoo ei imprimitur principium sua
motionis in finem : nnde hujusmodi non dicun-
tur movere seipsa, sed ab aliis moveri. Qos
ver5 habent notitiam finis, dicuotur seipsa mo-
vere, qnia in eis est principium non solùm ut
agant, sed etiam ut agaut propter finem : et
ideo cùm utrumque sit ab intrinseco principio.
318 I** !!• PARTIE, QOBSTION VI, ARTICLE 1.
Tun et l'autre proviennent d'un principe intrinsèque, i savoir qcrïls
agissent, et qu'ils agissent pour une fin, que les actes et les mouvetneiyfr
de ces agents sont appelés volontaires. La qualiôcatioii de votontasre ex-
prime, en effet ', que le movivenient et Tacie se font par une iticlinatiav
propre. Voilà pourquoi on ne se borne pas à dire que le volontaire est œ
dont le principe est au dedans du sujet; mais on ajouite l'idée de cùo-
noissance. Or lliomme éminenunent connoH la fin de ses œuvres ^ et s'y
porte Iui-mème« Donc dans ses actes se trouve énûnemment le vokai^
taire (1).
Je réponds aux argumenlH : i"" Tout prineipe^ n'est pas premier pm-
cipe. Donc, quoiqu'il soit de l'asseme' du volontaire d'avoir son principe
au dedans, il n'est pas contraire à cela qae le principe intrinsèque soit
produit ou mû par un principe extérieur, parce qu'il n'est pas de l'es-
sence du volontaire, que le principe intrinsèque soit premier principeL
Remarquons cependant qu^il peut arriver qu'un principe de mouvement
soit premier principe dans son genre , sam être premier principe dans fe
sens absolu- Par exemple , pour les choses corruptibles , le premier prin-
cipe de changement est le corps céleste, qui cependant n'est pas p-emier
moteur dans le sens absolu, puisqu'il est mû luiHnaème d'un mouvement
local par un moteur supérieur. De même le principe intrinsèque de l'acte
volontaire, à savoir la puissance intellective et lia puissance appétitive,
est bien premier principe dans le genre du mouvement appétitif, quoi-
qu'il soit mû par quelque chose d'extérieur, suivant les autres espèces
de mouvement.
^ Le mouvement animal est quelquefois prévenu par un autre mou-
vement extérieur; cela est vrai en deux rencontres : d'abord en tant que,
(1) n importe de ne pas confondre la Tolonté avec la liberté , si Ton veut bien comprendre
tout ce qui sera dit dans cette grave discussion sur le Tolontaire et rinvolontaire. Une telle
confusion est assez fréquente ; elle est la source do la plupart des obscurités qu*on rencontre
dans une matière d^ailleurs assez difllcile par elle-même. Le volontaire peut n*élre pas libre,
gcilicet quM agont, et qn6d propter flnem agnnt,
horura motus et actus dicuntur voluntarii ; boc
enim importât nomea miuntarii, qoèd motos
et actos sit à propria inclinatione : et indc est
quod voluntarium dicitur esse secandùm dif-
finitionem Arisiotelis, Gregorii' Nysseni etDa-
masceni, non solùm a cujus prindpimn est
intra, » sed cum additione seientim, Unde cùm
homo maxiroè cognoscat floem sui operis , et
moveat seipsum, in ejas actibus maxime no^
luntarium invenitur.
Ad primum ergo dicendnm^ qnôd non omne
principium est principiam primom. Licèt ergo
de ratione voluntarii sit qu6d principium ejas
Bitiutra, non tamen est contra rationem volun-
tarii, qu6d principium intrinsecum causetur,
¥el mnveaior ab exteriori principio; quia non
est de ratione voluntarii qn6d principium in-
trinsecum sit principium primum. Sed tamen
sciendum qu5d oontingit aliqnod principium
motùs esse primum in génère, quod tamen non
est primum simpUciter : sicut in génère alten-
bilium primnm alterans est corpus cœleste»
quod tamen non est primum movens simpliciter,
sed movetnr motu locali à superiori movente.
Sic igitnr prindpinm intrinsecum volantarii
actûB^ qaod est vis cognoedttva et appetitivi,
est primnm principium in génère appetitivi
motùB, quamvis moveatur ab aliquo exteriori
secundiim alias species motûs.
Ad seonndum dicendum, qu6d motus anitiulis
novus prfivenitur quidem ab aliquo exteriori
motu quantum ad duo. Uno modo in quantum
per motnm exteriorem pnesentatnr sensui ani-
W YOUBrrAIBB BT DK L'iN VOLONTAIRE. 310*
par un mouvement extérieur, se présente à quelque sens de l'animal un
objet sensible qui étant perçu excite son appétit : ainsi, un lion voyant
un cerf, impressionné par son approche^ commence à se porter vers lui.
Gela est encore vrai en tant que, par un mouvement extérieur, le corps
de l'animal entre comme dans un état naturel nouveau; ainsi qu'il arriva
par le froid ou par la chaleur. Alors la disposition du corps étant changée
sous l'influence d'une cause extérieure, par accide«kt se trouve changé en
même temps l'appétit sensitif , qui est la force de l'organe corporel ; ainsi
qu'il arrive encore lorsque, à la suite d'une ceitaÎDe altération dans le
corps , l'appétit se porté à convoiter un objet. Mus cela n'est pas contre
la notion du volontaire, comme nous l'avons dit; car de tels mouve-
ments, qui sont produits par un principe extéiieur, sont d'un genre dif-
férent*
3"* Dieu pousse l'honune à agjir non-^ulement en propesant à ses sens
l'appétible, ou en modifiant son corps, mais en mettant en quelque sorte
en mouvement la volonté elle-même. Car tout mouvement, aussi bien de '
la volonté que de la nature, procède de lui comme premier moteur. Et
comme il n'est pas contre la nature qu'elle soit mâe par Dieu , en tant'
que la nature est l'instrument de Dieu prodtiisant le mouvement ; de
même il n'est pas contre la notion de l'acte volontaire d'avoir Dieu pour
principe, en tant que Dieu donne le mouvement à la volonté. Et toute*
fois il est également de l'essence du mouvement naturel et du mouve-
ment volontaire d'être produit par un principe intrinsèque.
puisque saint Thomas nous a déjà plusieurs fois montré qu*i1 est une chose que f homme veut
nécessairement, à savoir sa béatitude. Aussi les théologiens distinguent-ifs le volontaire libre
du volontaire nécessaire; et ce dernier réalise, dans un sens, encore plus que le premier |
la notion de volontahre proprement dit.
maris allquod sensibile, quod appreheosum
movet appetitum : sicut leo videus cervnm per
ejus motum appropinquantem, incipit moveri
ad ipsmn. Alio modo in quantum per extehorem
motum incipit aliqualiter immutari naturali
immotatione corpus animalis, putà per frigus
\el calorem ; corpore autem immutato per mo-
tum exterioris corporis, immutatur etiam per
accidens appetitus sensitivus, qui est virtus
organi corporei : sicut cùm ex aliqua alteratione
corporis commovetnr appetitus ad concupis-
centiam alicujus rei. Sed hoc non est contra
lationem voluntarii, ut dictum est; hujusmodi
enira motiones ab exteiiori, principio sunt aile-
nus generis.
Ad tertinm dicendum, qn&d Deus mo^et ho-
minem ad ageiidimi, non soiùm sicut proponens
sensui appetibiie , vel sicut immutans corpus ,
sed etiam sîcot moveos ipsam voluntatem ; quia
omnia motus tam votuatatis quàm natur» ab eo
procedit sicut à primo movente. Et sicut noa
est contra rationem natur» quôd motus uatura
siat à primo movente , in quantum natura est
quoddam inatrumentum Dei moveotis; ita non
est contra rationem actûs voluntarii , quèd sit
à Dec» in quantum voluatas à Deo movetur;
est tamen communiter de ratîone naturalis et
voluntarii motus » quôd siot k principio intrift»
seco.
XO V* II* PABTOS^ QUESnOSf YI, AETIGIS 9.
ARTICLE n.
Le volùniaire se trouve-i-il dans les animaux ftivét de raisonT
n paroit que le Tolontaire n'est pas dans les animanx prières de
1* Le volontaire tire son nom de la volonté. Or, puisque la volonté e^t
dans la raison, comme il est dit. De anima, in, elle ne peut être dans 1-h
animaux privés de raiscm. Donc le volontaire ne se trouve pas non plm
en eux.
2* A cause que les actes humains sont volontaires, on dit que l'homme
est maître de ses actes. Mais les animaux irraisonnables n'ont pas le do-
maine de leurs actes , car ils n'agissent pas, mais plutôt ils subissent jme
action, comme dit saint Damascène. Donc dans les animaux irraisonnables
il n*y a pas de volontaire.
3* Saint Damascène dit, que < l'acte volontaire est suivi de louange ou
de blâme, n Mais les actes des animaux privés de raison ne méritent ni
louange , ni blAme. Donc il n'7 a point en eux de volontaire.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire; car le Philosophe s'exprime ainsi,
Ethte., in : « Les petits en&nts et les animaux privés de raison entrent
en particl^tion du volontaire. »
(CoNCLUsioif . — Les hommes ayant une connoissance parfaite de la fin
qu'ils se proposent, le volontaire n'existe que chez eux selon sa notion
parfaite; mais selon la notion imparfaite, il existe aussi chez les ani-
maux privés de raison.)
Le volontaire dans son essence exige que le principe de l'acte soit dans
le sujet en même temps qu'une certaine connoissance de la fin. La con-
noissance de la fin a deux degrés : elle est parfaite ou imparfaite. Il y a
ARTICULUS n.
Uiritm voluniarium inveniatur in animaUhui
brutii.
Ad feennduin lic pr<y*editQr (1). Videtar qa6d
toJantarium non sit in bratU animalibas. Vo-
luntarium enim à ▼olunUte dicitar. Volnntas
aolero cùm lit in ratione, ut diciior in III. De
anima (text. 4S), non potest eise in brutis
animalibui. Ergo neqae voluniarium in eis
ïnvenitar,
%. pRcterea , sêcnndùm hoc qu6d actag hn-
mani «tint voluntarii, homo dicitur esse domi-
nas suornm actuom. Sed bruta animalia non
babent dominium sui actûs ; non enim agnnt(2),
led magis aguntur, ut Damascenusdicit (lib. 11,
cap. 27 ). Ergo in brutis animalibus non est
aoluniarium.
8. Prsterea, Damascenas (ut suprà) dkît,
qn5d « actus voluntarios seqaitiir laus Tel fitu-
perium. » Sed actibus brutorum animali;uo non
debetur neque laus neqae vituperium. Ergo in
eis non est voluniarium,
Sed contra est , quod dicit Pbilûsopbns in
ni. Ethic, qu6d « pueri et brata anioiiUa
communicant voluntario; » et idem dicont Gre-
gorius Nyssenus et Damasc«nus.
(CoNCLUsio. — In solis bominibns, finis co-
gnitionem perfectam babentibas, volantarîum
secundùm perfectam rationem invenitur, in bru-
tis verô animalibus non nisi secundùm itnpor-
fectam.)
Respondeo dîcendum, qu6d sicut dîctam <!>t
(art. 1 ), ad rationem voluntarii requint :r
quôd principium actûs sit intra cum aliqua co-
gnitione Qnis. Est autem duplex cogoilio liais,
(1) Do bis ellam in H, Seni.^ dist. 5, art., ad 6; et III^ SerU.s dist. 27, qu. 1 , art. i, ad
S{ et qu. 24 I de verit., art. 2 , ad 1 ; et in III. Bthie., lect. 4 cl Ici t. 5.
(2) Hoc est dueunl (à'^^cuai), et moi duewntur pro aguntur (àpyrai).
BU TOLONTÀIRE ET DE l'iNVOLONTAIBE. 321
connoissance parfaite de la fin^ lorsque noii*seulement on connolt la
chose qui est la fin^ mais qu'on la connoit sous la notion de fin, et qu'on
sait le rapport qui ordonne Tacte à la fin : cette manière de connoitre une
fin appartient exclusivement à la nature raisonnable. La connoissance
imparfaite de la fin est celle qui consiste dans la seule appréhension de
la fin^ sans qu'il y ait la notion de fin^ ni celle du rapport de Tacte à la
fin : et cette connoissance de la fin se trouve dans les animaux irrai-
sonnables , produite par le sens et ce que nous avons nommé Tappré-
ciation naturelle. Nous disons donc que la connoissance parfaite de la
fia engendre le volontaire selon sa notion parfaite^ en ce sens que la
fin étant saisie^ une personne peut^ balançant la fin et les moyens
d'arriver à la fin ^ se mouvoir vers cette fin, ou ne pas se mouvoir.
Tandis que la connoissance imparfaite est suivie du volontaire compris
d'une manière imparfaite, en ce sens qu'un tel être, regardant une fin,
ne délibère pas, mais instantanément se meut vers elle. Donc à la seule
nature raisonnable appartient le volontaire selon la raison parfaite; mais
selon la raison imparfaite, il appartient aussi aux animaux irraison-
nables.
Je réponds aux arguments : 1<^ La volonté n'est autre chose que l'ap-
pétit raisonnable; aussi ne peut-elle pas se trouver dans des êtres irrai-
sonnables. Mais le volontaire tire son nom de la volonté, par dérivation,
et peut s'appliquer aux choses où se rencontre quelque participation de
volonté, par un rapport quelconque avec la volonté : et, de c^tte façon,
le volontaire est attribué aux animaux privés de raison, en tant qu'ils
sont mus vers une fin par une certaine connoissance.
2^ Ce qui fait que l'homme est maître de ses actes, c'est qu'il peut
délibérer avant d'agir; car par cela seul que la raison dans ses délibé-
perfecU scilicet et imperfecta. Perfecta quidem
finis cogoilio est, quando uon solùm apprehea-
ditur rcs qus est finis, sed etiam cognoscitur
ratio fiois^ et proportio ejos quod ordinatar ad
finem ipsum; et talis cognitio finis competit
8oli rationali natane. Imperfecta autem cognitio
finis est, qus in Bola finis apprehensione con-
sistit^ sine hoc quôd cognoscatur ratio finis ,
et proportio actûs ad finem ; et talis cognitio
finis reperitur in brntis animalibus per sensum
et aestimationem nataralem. Perfectam igitor
cognitionem finis sequilur vduntarium se-
cundùm rationem perfectam, prout scilicet ap-
prehenso fine aliquis potest, deliberans de fine
et de bis qus snnt ad finem, moveri in finem,
Tel non moveri ; imperfectam antem cognitionem
finis seqoitar voluntarium secondùm rationem
imperfectam , pront scilicet apprebeadens finem
|1) Tametsi nec proprié volwitariums sed tpontaiMum dici débet ex grsco èxcûaicv , quod
qaia tamen in hominibns voluntale fit , exlensivè voluntarium appellatur.
non délibérai, sed subito movetur in ipsum.
Unde soli rationali nalur» competit volunta-
rium secundùm rationem perfectam ; sed se-
cundùm rationem imperfectam competit etiam
brutis animalibus.
Ad primilm ergo dicendum, qu5d voiuntas
nominat rationalem appetitum , et ideo non po-
test esse in bis qu» ratione carent ; voluntO'
rium antem denominativè dicitur à volnntate,
et potest trabi ad ea in quibus est aliqna
participatio voluntatis secundùm aliquam con-
venienttam ad voluntatem ; et boc modo vo/tm-
tarium attribuitur animalibns brutis^ in quan»
tum scilicet per cognitionem aliquam moventur
in finem (1).
Ad secundùm dicendum, quôd ex hoc con-
tingit quôd homo est dominus sni actûs ^ quùd
babet deliberationem de suis actibus ; ex hoe
IV. 21
323 l*" II* EàATIE^ QUBSTIÛ5 Tl^, ABnCLE 3*
rations atteint deux termes opposés^ la volonté peut se déterminer pour
Tun ou pour Tautre. Ea ce sens^.Ia volontaire, nf est point dans les bètes,
ainsi que nous Tavons dit.
3^ La louange et le blâme suivent L'acte voIontaiJTe, maisseolemenl
celui qui a toutes les conditions du volontaire parlaitjret tel qpi'il.na as
tDouve pas dans les animaux privés de raison^
ARTICLE m.
Lb txiUmtaire peut-il exister satu otioiii» acte?
n paioil que le w)lontai]:e ne peut exister sans acte. l«*On appdier vd-
bntaire ce qui procède de la volonté. Or rien ne peut procéder de la
volonté y si ce n^est par un acte^ au moins de la volonté eUe^mème: Dono
le volontaire ne peut exister sans acte.
9» Comme om dit qu'une personne veut quand' eUe fUt un acte de h
volonté, de même quand Vactè de la volonté cesse, on dit qu'elle ne vent
pas. Mais le fait de ne pas vouloir ent)raiine Tinvolontaife qui est opposé
au volontaire. Donc le volontaire ne peut existler quand Taote de la vo-
lonté cesse.
3* La connoissanœ est de Vessenoedti volontaire, comme nous l'avons
dit. Or la connoissance résulte d'un: acte. Donc le* votontaire- ne peut
exister sans qu6lt[ue acte.
Mais c'est le contraire qui estvrai^ car on dit qu'une chose est' vobiF
taire quand elle est en notre pouvoir.. Or il est en notre pouw)iF d^agir
ou dk ne pas agir, de vouloir* ou de* ne pas vouloir. Donc, de* même
qu'agir ou vouloir est volontaire, de même ne point agir ou ne* point
vouloir.
eoim <{oèd ratio delibenns se habet adopposita,
▼oluntas in ulrumque potest; sed secundùm
hoc voluntarium non est inbratis animalibus,
nt dictum est.
Ad tertium dicendom, qnôd laus et ^itape-
rinm cotii^equnntur actnm voluntarium» secun-
dùm perfcctam voluntarii rationem (1), qnalis
non invenitor in brutis.
ARmuLus m;
Crfmiii voimitofiiiiit po$tit tue atft^iue oHint
adu.
Ad tertium àc proceditnr (3!)1 Videtnr qu5d
voluntarium non possit esse sine actu. Vo-
luntarium enim dicitur qnod est à voiun-
tite. 0e<) nibil potest esse à voluntate nisi
por aliquem actom, ad minus ipsios voluntatis.
Ergo voluntarium non potest esa«
actu.
2. Prsterea^ sicut per actnm volantatis diri-
tor aliqnis velle , ita cessante actn voluntatis
dicitur non velle. Sed non Telle imnluntariutn
causât, quod opponitur voluntarto» Etp vo-
luntarium non notest esse, acto voluntatis
cessante.
3. Pneterea, de ratione voluntarii est oo-
gnitio, ut dictnm est (art %), Sed cognitio est
per aliquem actnm. Ergo voluntarium no»
potest esse absqne allqno actn.
Sed contra : illud cujus domini sornns, didtnr
esse voluntarium, Sed nos domini sauras ejos
qnod est agere et non agere, velle et non velle.
Ergo sicut agere et Telle «st Tolnntarinm, Ita et
non agere et non* Telle.
(1) Gonfentaneé ad id quod paul6 sopri^n
lioe eii iftontanêum ommimo, legi débet.
(i) Dfl bii otiam infrà, qa. 71, art. 5, «d S; et 0, Sent^ disU 25, art. 3, Uim in amp.,
•'"*• -'' * et qu. I, de malo, art. 1 , ad 9.
DU YOiONTAIRE BT DB L'UTTOLORTAnUS; 323
( GoNOUTSicxN. «* Le volontaire peut quelquefois exister ^aus qu'aucun
acte «Kténeur accompagne Tacte intérieur^ ainsi lorsqu'il y a volônté'de
ne goint agir; quelquefois' même sans acte intérieur^ ainsi lorsqu'on ne
veut pas agir.)
On appdle Tolontaire ce qui procède de la volonté; mais une chose
peut exister par une autre de deux manières : d'abord directement;
alors l'une procède de l'autte , crile-ci étant par rapport' à la première
cause agissaaite : ainsi ^ la caléfaetion procède de la dialeur. En second
lieu, d'une manière indirecte; alors l'effet provient d'une cause qui elle-
même n'agit pas : ainsi la perte du navire provient^ de celui qui est au
gouvernail, en tant qu'il a cessé de le tenir.
Il faut savoir néanmoins que le résultat n'est point toujours attribué
au défaut d'action, comme à sa cause, c'est-à-dire à l'agent, parce qu'il
n'agit pas; mais, seulement alors qu'il peut et doit agir. Car si le pilète
ne pouvoit pas diriger le vaisseau, ou si on ne lui euiavoit point* confié
la conduite , on ne lui imputeroit pas la perte causée par l'absence du
pilote. Puis donc que la volonté en voulant et agissant peut empêcher le
non-vouloir et le non-^agir, et que parfois elle le doit, le non-vouloir et
le non-agir lui est imputé comme existant par elle; et ainsi le volontaire
peut se concevoir sans, acte : quelquefois sans aucun, acte extérieur ^
mais avec un acte intérieur, comme lorsqu'on veut ne point agir; ou
quelquefois, même sans aucun;a(vte intérieur, comme lorsqu'0&:ne veut
pas agir.
Je réponds aux arguments : 1^ On appelle volontaire, non -seulement
ce qui procède directement de la volonté comme d'un agent, mais encore
ce qui vient d'elle indirectement comme du non^agent.
^t" L'expression ne pas vouloir s'emploie en deux cas. En premier lieu,
comme ne formant qu'un seul mot, exprimant. le contraire de cetinfl*
nitif vouloir;, ainsi lorsque je dis : a Je.ne.veux.paslire,.» le sens est :
( GoNCLUsio. — Potest nonnonquam toIua-
tariiuD esee sine exteriori actu coin interiori,
ut quando vult non agere, quandoque verd
absqoe interiori acto, ut cùm doq vidi. )
Rttpondeo diceodam» qa6d volunéarium
dicitur quod est à voIoDtate. Ab aliquo aatem
dicitur esse aliquid dapUciter. Uno modo^irectè,
qit&d scilicet psocedit ab aliqiio in quaBUuB est
agens, sicut calefactio à calore. Alio modo inr
d^tè, ex hocipeo qu5d ooa agit, sicot snb-
menio navis dicitur esse à gubarnatore îa qoaa-
ton) desistit k gubernando.
Sed sciendttOL qa6d non semper id quod se-
qnitar ad defectom actiooia, reducitui sico* in
catuam in agens ex eo qu6d non agit; sed so-
lùm tune , cùm potest et débet agere. Si enim
gobemaior non possetnavem dirigere, vel non
tareiar ei natis snbmersio, que per absentiam
gubernataris contingeret Quia igitar voluntai
volendoet agendopotesliimpedire hoc quod est
nom velU et nm agere, et aUquando débet »
hoc quod €rt vmM» velle etfit>» A^efe imputât»*
ei, quasi abipeaedstens.: tiâcvoluntariMm
potest esse abaque acta; quandoque* quidem
abaque aeta exteiioii , cum actu inUriori, sicut
cùm Tult noa agere*; aliquaidO' attem* ettem
absque aetuintedori, sieul cùm non yult.
Ad primum er^v dioendum , quid voêuntih
rium dicitur non solùm quod procedit à volun-
tate directe, sicut ab agente, sed etiam quod
est abea- indirecte, sicut à non agente;
Ad secufldum dkoulnm, quôd nom v^e di-
citur duplidter. Uno modo prout sumitur in n
unitts dictionis^ secundùm quod est infinitum
esMt ei coouniiw gobernatio mm, son impu- 1 hnjus verbi, ndo. Unde sicut cùm dico : c Mo
824 !»• m yARTIB, QUESTION VI, ARTICXB 4.
« Je suis dans la volonté de ne point lire. » De même Tidée qai se foi^
mule ainsi : c Ne pas vouloir lire, » signifie a vouloir ne pas lire ; » et ne
pas vouloir ainsi cause l'involontaire. Dans le second cas, cette expres-
sion est employée comme une locution complexe et qui n'affirme aocun
acte de la volonté (1) ; un tel non-vouloir ne cause pas Tinvolontaire.
3^ L'acte de Tentendement est requis pour le volontaii^e, comme ^
requis celui de la volonté^ en ce sens qu'il est au pouvoir d'une per*
sonne de penser comme de vouloir et d'agir : et alors, de même qne ne
pas vouloir et ne pas agir quand le temps est venu, est volontaire, de
même aussi ne pas penser.
ARTICaLE IV.
Peut'il être fait violence à la volonté?
n paroît qu'il peut être fait violence à la volonté. !• Tout être peut
subir violence de la part d'un plus fort. Mais il est un plus fort au-dessus
de la volonté humaine, à savoir Dieu. Donc au moins par lui la volonté
peut être forcée.
^ Tout être passif est violenté par son actif, lorsqu'il est changé par
lui. Or, la volonté est une force passive, puisqu'elle est un moteur mû.
Donc^ puisque parfois elle est mue par son actif, il paroît que parfois elle^
est violentée.
S^" Le mouvement violent est celui qui se fait contre nature. Or le
mouvement de la volonté est quelquefois contre nature, comme c'est
évident dans le mouvement de la volonté vers le péché, qui est une chose
contre nature, comme dit saint Damascène, De fide orth. IV, 21. Donc
le mouvement de la volonté peut être forcé.
(1) Une telle location nie même l'acte de la volonté , ou bien affirme Tabsence de cet acte.
Mais quand on dit, dans le premier sens, je ne veux pas, on exprime un acte réel et positif
légère, » sensns est : « Volo non légère ; » ita boc
quod est o non Telle légère , » signiflcat « velle
non légère ; » et sic non velle causât involun-
tarium, Alio modo sumitur invi orationis, et
tune non affirmatar actus voluntatis; et hnjus-
modi non velle non causât inooluntarium.
Ad tertium diceDdum, quôd eo modorequiritur
ad voluntarium actus cognilioDis, sicut et
actus voluntatiSy ut videlicet sit in potestate
alicujns consideniie, et velle et agere; et tune,
sicut non velle et non agere, cùm tempus (uerit^
est voluntarium, ita etiam non considerare.
ARTICULUS IV.
Utr^m violentia voluntati pouU inferri.
Ad quarlum sic proceditur (1). Videtur qu6d
voluntati posait violentia inrerrl. Unnmquodquo
enim potest cogi à potentiori. Sed aliqaid est
humana voluntate potentius, scilicet Deas. Ergo
saltem ab eo cogi potest.
2. Prseterea , omue passivum cogitar i vso
activo, quando immutatur ab eo. Sed voiantas
est vis passiva, est enim movens motom, ut
dicitur in III. De anima {Xeii. 54 ). Cùm ergo
aliquando moveatur àsuo activo, videtur qoM
aliquando cogatur.
S. Prsterea, motus violentus est qui est
contra naturam. Sed motus voluntatis aliquando
est contra naturam, ut patet de motu voIiuh
tatis ad peccandum, qui est contra natoranHp
ut Damascenus dicit. Ergo motus volimtatis
potest esse coactus.
(1) De bis etiam I. part., qu. 82 , art. 1 , tum in corp., tum ad 1 ; ut et IV, Senl., diit. 29,.
art. 1 ; et qu. 22 , de.verit., art. 5 et 8; et qu. 24 , art. 4( et ad Rom,s VI, lect. 4, ool.S.
1)0 YOLONTAIBE ET DE L'iNYOLONTAIRB.
3S5
Mais c'est le contraire qui est vrai, car saint Augustin dit. De Civit.
Dei, V : a Si une chose est faite volontairement, elle n'est point faite par
nécessité, o Or tout ce qui est forcé se fait par nécessité. Donc ce qui se
fait volontairement ne peut être forcé; et, par suite, la volonté ne peut
être forcée à agir.
( Conclusion. — Q est impossible que la volonté, quant à son acte propre
et immédiat, soit soumise à la violence, comme il lui arrive quant aux
-actes simplement commandés par elle. )
Il y a deux actes de la volonté : un d'abord, qui lui appartient immé-
diatement comme produit par elle, c'est-à-dire, vouloir; un autre est
l'acte qui appartient à la volonté, comme commandé par elle, mais qui
est exercé par l'intermédiaire d'une autre puissance : comme parler et
marcher sont des actes commandés par la volonté, mais exercés par l'in-
termédiaire de la puissance motrice. Donc, quant aux actes qu'elle com-
mande, la volonté peut souffrir violence; en ce sens que la violence peut
mettre obstacle à l'accomplissement de son commandement par les
membres extérieurs. Mais quant au propre acte de la volonté, la violence
ne peut l'atteindre (1). Et en voici la raison : c'est que l'acte de la vo-
lonté n'est rien autre chose qu'une certaine inclination procédant d'un
principe intérieur qui connolt, comme l'appétit naturel est une certaine
inclination d'un principe intérieur sans connoissance. Or, ce qui subit
force ou violence, la subit de la part d'un principe extérieur. Donc il est
de la volonté , lequel acte a pour objet romissioD même on Fabstention. On conçoit aussi la
simple et pure négation de tout acte dans la volonté , ce qui n^empècbe pas le volontaire ,
comme vient de le dire saint Tbomas , qu^d Tbomme sait que ce non-vouloir entraîne des
conséquences qu*il pourroit et devroit prévenir.
(1) Saint Anselme dit, De lib. arbUr,, VI : « Nul ne peut vouloir une cbose malgré lui,
ce scroit vouloir et ne pas vouloir, ce qui implique contradiction, n La violence ne sauroit
donc Jamais s*ezereer sur la volonté elle-même. Cest la puissance qui constitue en déflnitive
la grandeur et la supériorité de Tbomme. C'est là, selon la pensée de Pascal, ce qui le plaee
auHdessus de tout funivers ; car alors même que Tunivers entier se réuniroit pour écraser ce
foible atome , il le brave encore et le foule à ses pieds , en murmurant cette simple parole i
3o ne veux pas!
Sed contra est , qood Augustinas dicit in V.
De Civit. Dei (cap. 10 ), qaôd « si aliquid At
volontariè , non fit ex necessilate. » Omne aor
tem coactum fit ex necessilate. Ergo qaod fit
ex volunlate , non potest esse coactum ; ergo
▼olar.tas non potest cogi ad agendum.
(CoHCLUsio. — Impossibile est volantati,
quoad prop. ium actum , qui est velle ipsnm ,
violentiam iiiferri , sicut couttgit qnoad actos
Imperatos, qaos videlicet exercet mediante alia
potehtia; qaapropter exterioh aliqua causa ab
icta suc impediri potest.)
Respondeo dicendum , qa6d duplex est actos
voluntitis. Unus quidem , qui est ejus imme-
<lialë, velut ab ipsa elicitus, scilicet velle. Alius
antem est actns volontatis à volontate imperatUy
et mediante alia potentia exercitas, utambniare
et toqui , qui à voluntate imperantur, exercentor
autem mediante potentia motiva. Quantum igi-
tor ad actos à voluntate imperatos, volontas
violentiam pati potest , in quantum per violen*
tiam exteriora membn impediri poseant, ne
imperium voluntatis exeqnantar; sed quantum
ad ipsom proprium actum voluntatis, non potest
ei vlolentia inferri. Et hujas est ratio, quia ao-
tus voluntatis nihil est aliud quàm indinatio
qosdam procedens ab interiori prinripio co-
gnoscente, sicut appetitus naturalis est quedam
inclinatio ab interiori principio et sine cogni-
tione. Qood aatem est coactum vel violentaffl
SSS I** n« PARTIS^ OUBSTION Yl, ABTIGLE 4.
Gontraite à k notion même de Tacte de la «Tolonté^ d'ètie foTeé ou
lenté^ûonune il est contraire au mouvement de lapieire de se porter
.haut; car une piene.peut par yiolencesemouvoir de baiïen haut;
jpiB ce mouvement violent soit son ânclination naturelle^ cfest
sible. De même un homme peut bien être entraîné violemment ;
nue cela se fasse par sa volonté^ c'est ce qui répugne i la notion de
violence.
Je réponds aux arguments : l"" Dieu^ qui est plus puissant que la ▼<>•
lonté humaine^ peut la. mouvoir selon cette parole de TEcriture^ Prov.,
XXI : a Le cœur du. roi est dans la main de Dieu^ et il FinGlineia dn côté
ipi'il voudra, d Mais si cela se faisoit par violence^ dès lors ce ne seroit
plus avec le concours de la volonté; ce ne seroit pas la volonté elle-mtaie
qui auroit le mouvement^ ce «eroit autre chose qui se mouvroit oontie
la vobnté.
2"" Il n'y a pas toujours mouvement violent , quand l'être passif est
changé par son actif; mais seulement quand cela arrive contre l'inclina-
tion intérieure de.Fêtre passif. Autrement^ toutes les générations et pn>-
ductions de corps simples seroient contre nature et violentes. Or, elks
5ont naturelles à cause* de l'aptitude intérieure que la nature- donne à la
matière ou au sujet pour une telle. modification : et de même, quand h
«volonté est mue par l'appétible^. selon l'inclination propre, ce n'est pas
un mouvement violent, mais un mouvoment volontaire.
3« Ce que recherche la volonté en péchant , est mauvais sans doute , i
considérer les choses selon la vérité; mais cela même apparolt comme un
hien et une satisfaction à l'homme qui le considère au point de vue de
la délectation sensuelle, ou sous l'influence de quelque habitude dé-
pravée.
fit 9h eiieriori princrpio. Unde contra rationem
Ipsins actos voluntatis est, quôd sit coactus vel
Tiolentos, sicat etiam est contra rationem oa-
toralis inclinationis vel motos lapidis, qnôd
feratur sursum ; potest enim lapis per violen-
tiam ferri sursum, sed qu6d iste motus violentus
fit ex ejas natuiali indinatione , esse non po-
test. Similiter etiam potest homo per Tîolentiam
Irtbi; sed qu6d hoc sit ex ejas TOluntate, ré-
pugnât ratioui violenti».
M primum ergo dicendum , qu6d Dens qui
eit potentior qukm Tolnntas humana, potest
Tolvntatem bumanam movere, secondùm illud
pfOTCTi)ium , Proverb,, XXI : a Cor régis in
manu Dei est; etqaoconquevoberit, inclina-
Ut illad. » Sed si hoc esset per violentiam^ jam
non esset cum actu volontatis; nec ipsa volun-
tas moveretur, sed aliqaîd contra volontatem.
Ad secnndum dicendum , quôd non semper
est motus violentus , quando passivum immu-
tatur à suo activo , sed quando hoc fit contra
interiorem inclinationem passivi; alioquin om-
nés alterationes et generationes simplicium cor-
porum essent innaturales et violentx; sont
antem naturalcs propter naturalem âptiiudineai
interiorem materis vel subjecti ad talem dispo-
sitionem ; et similiter quando voluutas movelur
ab appetibili secundùm propriam inclinationeoi»
non est motus violentus, sed voluntarius.
Ad tertium dicendum , quèd id in quod vo-
luntas tendit peccando^ etsi sit malum^ et con-
tra rationalem naturam secundùm rei veritatem,
apprehenditur tamen ut bonum et convenieng
nature, in quantum est convenions homiui se-
cuudùm aliquam delectationem sensus, vel se*
I Gundùm aliquem babitum corruptom.
TTI VDIONTAIRE IBT TJE L^IIfVOLONTAniB, 827
ABUCaLE V.
la mofence 'Mtti»4H0/je tinvolofitaire?
H paroît que la violence ne cause pas rinvolontaire. 1» On flît qu'une
chose est volontaire ou involontaire d'après Tétat de la volonté. Or on
ne peut faire violence à la volonté, comme nous l'avons prouvé. Donc la
violence ne peut causer Tinvolontaire.
2<' Ce qui est involontaire est accompagné de tristesse.^ comme disent
saint Damascène et le Philosophe. Mais quelquefois on souffre violence
sans ressentir la tristesse. Donc la violence ne cause pas l'involontaire.
3« Ce qui vient de la vobnté ne peut être involontaire. Or certains
actes qui supposent violence partent de la volonté, comme lorsqu'un
*honm)e monte malgré la pesanteur de son corps, ou qu'il plie ses
membres en sens contraire à leur inflexion naturelle. Donc la violence
ne cause .pas l'involontaire.
Mais le Philosophe et saint Damascène disent, au contraire, que a ce>
tains actes sont involontaires par suite de la violence. »
(Conclusion. — Puisque la violence vient d'un principe extrinsèque,
tandis que le volontaire , comme le naturel , vient d'un principe intrin-
sèque., il faut nécessairement reconnoître que la violence produit l'invo-
lontaire. )
La violence est directement opposée au volontaire , comme elle est
opposée au naturel; car le volontaire et le naturel ont cela de commun
que l'un et l'autre procèdent d'un principe intrinsèque. Ce qui est vio-
lent, au contraire, vient d'un principe extrinsèque : d'où il arrive que.
ARTICULUS V.
Vifian vioUniia causet involuniarium.
Ad quintum sic proredilur (1). Videtur quôd
violeDtia non causet iovolontarium. Volunta-
Hum enim et invoUmtarium aecuudùm to-
lunUtem dicoBtur. Sed vokuitati violentia in*
lérri non potest^ ut Mtennm est. Ergo violentia
wooluntarium causare boo pot68t.
t. Pneterea, id quod est iovolantariaoi , est
enm tristitia, ut Damaseeiuu et Phiiosophus
dknnt (ï). Sed aliqoaado patitur aliquis vio-
kntiaiD, nectamen Inde tristatair. Ergo violen-
tia BOD oavsat invoInntariaiD.
8. PrBterea> id quod esta voluntate, non
potest esse invokmtariam. Sed aliqua violenta
gravi «nam tscenitt, et siciit cùm alicpûs
ioflectit nembra contra natnnlcm eomm fleii-
bilitatem. Ergo violettiia non causai iavoloMli-
riam.
Sed contra est, quod Phiiosophus et Damas-
cenns dicont, quôd c aliquid est involuntariom
per violentiam. »
( ConcLusio. — Cùm violentia sit à prindpio
exlrinseco, wluntarium ver6, sicni et natu-
raie, k piincipio iotriaaeco, necessariomest
violentiam cauaaie imw/imtoriiim.)
RespOBdeo dieendom^ quod violentia dnrectè
opponitur voluntario, sicut etiam et natiratt :
commune est enim voluntaiio et naturali, qoèd
utrumque sit à principio intrinseco ; violentum
autem est à principio extrinseco, et propterthoc,
vamX à vcrtuntate, sicut cùm aliquis enm eorpore 1 sicut in rébus qu» cognilione carent , violentia
(i) De bis etkm infri, fin. 73, art. 6, in corp. ; cl 3, i, qu. 88, art. 6, ad 1 ; et qu. 6, ée
Biajo, art. untco, in corp.
(2) Damascenus equidem uhi supri , Hb. U. De fide orthod., cap. 34 , ante médium ; Phi*
losophus autem non sicut priùs, lib. III. Ethie., cap. 1 , sed cap. 3, grcco-lat., versus finemi
vel in antiquis cap. 4, et apud S. Tbomamlect. 4.
326 I^ II* PARTIE, QUESTION YI, ARTICLE 5.
comme dans les êtres qui ne connoissent pas, la violence prodf^it tm
résultat contre nature; de même dans les êtres qui eonnoissent, elle fait
qu'un résultat existe contre la volonté. On dit de ce qui est contre na-
ture^ que ce n'est pas naturel; de même on dit de ce qui est contre la
volonté, que ce n'est pas volontaire. Donc la violence cause ce qui n'est
pas volontaire, c'est-à-dire l'involontaire.
Je réponds aux arguments : 1* L'involontaire est opposé au volon-
taire. Or il a été dit plus haut que l'on nomme volontaire non-seule-
ment l'acte qui vient immédiatement de la volonté^ mais même l'acte
commandé par elle : c'est pourquoi, relativement à l'acte qu'elle produit
elle-même immédiatement, la volonté ne peut subir violence , comme il
a été dit plus haut; mais relativement à l'acte qu'elle commande , elle
peut être violentée, et, en ce cas, la violence fait naître l'involontaire (1).
2» De même qu'on appelle naturel ce qui est selon l'inclination de la
nature, de même on appelle volontaire ce qui est selon l'inclination de
la volonté. On dit qu'une chose est naturelle en deux sens : le premier
quand elle tient son être de la nature comme d'un prin^cipe actif; ainsi
Û est naturel au feu d'échauffer. L'autre sens se prend du côté du prin-
cipe passif, à savoir, parce qu'il y a dans cet être inclination innée à re-
cevoir l'action d'un principe extrinsèque; ainsi on dit que le mouvement
du ciel est naturel à cause de l'aptitude naturelle du corps céleste à un
tel mouvement, quoique le moteur soit libre. Et de même on peut dire
d'une chose qu'elle est volontaire en deux sens : d'abord dans un sens
actif, par exemple, lorsqu'une personne veut faire quelque chose; puis
dans un sens passif, par exemple, lorsqu'une personne veut souffrir
quelque chose d'une autre. Donc lorsque la violence est infligée par un
(!) Il faut soigneusement distinguer ces quatre choses : la nécessité , la violence , la coaeti«B
et rinvolontaire , quoique , dans Tusage commun , on les prenne soufent rune pour faiitie.
La nécessité s^applique à une détermination qui n^admet pas le possibilité d*une déteimina-
Uon contraire; la violence ajoute & la nécessité Taciion d*un principe extrinsèque ; la coacUon,
aliquid facit contra naturam ^ ita in rebns co-
gnoscentibas facit aliquid esse contra volunta-
iem. Quod aatem est contra uaturam , dicitur
esse inaatorale , et nmiliter quod est contra
volantatem , dicitor esse lovoluntarium : uode
TÎolentia involuniarium causât
Ad pnmum ergo dicendam , quôd tm;o/tiii-
tarium voluntario oppooitur. Dictum est autem
Suprà, qu60 voiuntarium dicitur non solùin
ictus qui est immédiate ipsius voluntatis, sed
etiam actus à voluntale imperatas. Quantum
igitur ad actom qui est immédiate ipsius toIud-
tatis, ut suprà dictum est, violentia voluntati
îoferri non potest, sed quantum ad actum im>
peratum voluntas potest pati violentiam; et
quantum ad hune actom yiolentia intw/tm/a-
vium facit.
Ad secundam dicendum, qn5d dcut natvrait
dicitur quod est secundùm inclinationem natnrs,
ita voiuntarium dicitur quod est secandùm
inclinationem voluntatis. Dicitur autem aliquid
naturale dupliciter. Uno modo , quia est à na«
tura, sicut à prindpio activo : sicul caleracere
»t naturale igni. Alio modo secundùm princi-
pium passivum , quia scilicet est innata incli-
natio ad recipiendum actiouem à prindpio ex-
triuseco : sicut motus ooeli dicitur esse natoralis
propter aptitudinem naturalem cœlestis corporis
ad talem motum, licèt movens sit voluotariam.
Et similiter voiuntarium potest aliquid dici
dupUciter : uno modo secundùm actionem, puià
cùm aliquis vûi aliquid agere; alio modo sa-
cuod&m passionem , sdlicct cùm aliquis vult
pati ab alio. Undo cùm actio iafertur ab aliqoo
zz^
pu TOLORTAIBE ET DE L'INYOLORTAIRE. 2^9
agent extérieur^ pourvu que celui qui souffre conserve la volonté de
souffHr, il n'y a pas absolument violence. En effets quoique celui qui
souffre ne prenne point part à Faction elle-même, il y prend part en
voulant la souffrir. On ne peut donc dire que c'est involontaire.
3i^ Comme dit le Philosophe, Phys., VIII, le mouvement dont se meut
parfois Tanimàl contre l'inclination naturelle du corps, est pourtant, en
un sens, naturel à l'animal, auquel il est naturel de se mouvoir selon
l'appétit : et c'est pourquoi cela n'est pas violent absolument, mais seu-
lement à certains égards. Il faut dire la même chose quand on dispose
les membres contrairement à leur inflexion naturelle; car cela est vio-
lent sous un aspect, à savoir quant à un membre particulier, mais non
quant à l'homme lui-même.
ARTICLE VI.
La crainte cause-t^elle ^involontaire proprement dit ?
Il parolt que la crainte cause absolument l'involontaire. 1» De même
^n effet que la violence a pour objet une chose qui contrarie actuellement
la volonté, de même la crainte a trait à un mal futur qui répugne à la
volonté. Mais la violence cause absolument l'involontaire. Donc la crainte
aussi causé simplement l'involontaire.
2^ Ce qui est tel de soi, demeure tel, quoi qu'on y ajoute : ainsi ce qui
est chaud de soi , quoi qu'on y joigne , est toujours chaud tant qu'il sub-
siste. Mais ce qui se fait par crainte est involonlaire en soi. Donc la
crainte produit l'involontaire.
£*esl la Tiolenee exercée snr un être doué de conooissaoce; et rioTolontaire est ce qui no
Tient de le volonté ni d*une manière directe , ni d^une manière indirecte , ni d*une manière
positive f ni d*une manière négative. N'oublions Jamais cette belle parole : « BéGnir et diviser,
x*est la loi suprême du raisonnement. »
ezteriori, manente la eo qui palitar volantate
patiendi, non est simpliciter violentum; quia
licèt ille qui patitnr non conférât agendo, cou-
fert tamea Toiendo pati : unde non poteat did
involuntariutn.
Ad tertium dicendum , qaôd sicut Philoso-
phas dicit in VIll. physic, ( text. 27 ), motus
animalis quo interdum movctur animal contra
natoralero inclioationem corporis , etsi non sit
naturalis corpori , est tamen quodammodo na-
toralis animait , cui naturale est qnod secundùm
appetitum moveatur : et ideo hoc non est
violentum simpliciter, sed secundùm quid.
Et similiter est dicendum cùm aliquis inflectit
nembra contra naturalem dispositionem -, hoc
tnim est violentum secundùm quid , scilicet
qaantum ad membrum particulare , non tamen
simpliciter quantum ad ipsum homiuem.
ARTICULUS VL
DtHam metvs causet involunlariom-
êimpUeiier.
Ad seztom sic proceditnr (1). Videtur qnod
metus causet involuntarium simpliciter. Sicut
eniffl violentia est respectu ejus quod contra-
rialur praesentialiter voluntati, ita metus est
respectu futuri mali quod répugnât voluntati.
Sed violentia causât involuntarium simpliciter.
Ergo et metus involuntarium simpliciter causât.
2. Prsterea, quod est secundùm se taie, quo-
libet addito remanet taie : sicut quod secundùm
se est calidum, cuicunque conjugatur, nibilo-
miuus est calidum ipso mancnte. Sed iUud quod
permetum agitur, secundùm se est involunla*
rium. Ergo etiam adveniente metu est involun-
tarium.
(1) De hit etiam art. 7, ad 1 et 3; ut et IV, SwU.^ dist. S9, qu. 1 , art. S; el Quodtib.s
V, art. 10 s et U. ttd Cor. s IX , lect., col. 8; et in UI. Ethic.^ lect.
qrf
•830 !«• 'ir PAflrriE^ orasnoN ti, iim(a.E t>.
S*" Geqoi'est tel sons eonaition ^ est tel à certains 'égdx&s^ mais
«6t tdl sans eondition ^ est tel absolument; 'comme ce qui est m
«ouB conSitioD n'est nécessaire que relativemeitt ^ tan9is que ce qnî es
toujours nécessaire, est nécessaire simplemeDft. Or ce qu'on tait jar
4Brainte est absolument involontaire ; car îl ii*y a qu'un voloTttaSre s^
condition, à savoir qu'on évitera le mal qu'on craint. *Donc ce qui a
«fait rpar crainte est simplement involontaire.
Mais seint'Oiégoire de Nysse et même le Pbilosoxlbe fiiseiït qne m cb
sortes d'actesquisefoirt par crainte, sont pluffvolontaires qu'involontaires.!
•fCk)irG£UBiON.'^— Ce qui se Tait par orainte est simplement -vdlozftaire,
et n'est involontaire qu'à certains égards. ')
Comme disent le Philosophe, Ethîc. III, et Grégoire de Nysse, ïte
homine, a ces sortes d'actes qui se font par crainte, sont mêlés de volon-
taire et d'involontaire, o Car ce qui est fait par crainte, considéré en sd,
n'est pas volontaire, mais devient volontaire sous un rapport, à savoir
pour éviter le mal qu'on craint. A bien ^considérer les lîhoses, de tels
actes sont plus volontaires qu'involontaires, puisqu'ils sont vdlontaim
simplement, et involontaires seulement d'une manièiB relative. 4}ar m
•dit qu'une entité existe simplement , selon qu'elle eôt en acte. Au coo-
traire, selon cette existence que lui fait l'appréhension, elle n^xiste-pc
simplement, mais seulement à certains égards. Or, quand une chose est
faite par crainte, elle n'est qu'autant qu'elle existe. En efiTët, les actes
sont telle chose en particulier, ou telle individualité; et comme Tin ètrt
individuel en tant qu'individuel existe réellement et actuellement, une
chose qui est faite en acte existe comme telle réellement et actueUement,
et avec les autres conditions de l'individualité. Mais, à ce point de vae,
l'acte qui se fait par crainte est volontaire, du moins en tant qu'il existe
8. Prsterea, quod saboondilione taie est, se-
cundùm quid est taie ; quod autem absqae coodi-
tione est taie, simpUciter est taie : sicat quod est
.necessarium ex conditione, est necessarium se-
cundùm quid ; quod autem est necessarium abso-
lutè, est necessarium simpUciter. Sed id quodper
.metum agitur, est involuntarium absolutè : non
est autem voluiltarium uisi sub condilioiie,scilicet
ut \itetur malum quod timetar. Ergo id quod per
metum agitur, est simpUciter involuntarium,
Sed contra est, quod Gregorius Nyssenus
dicit, etetiam Philosophus, quôd ahujusmodi
qus per metum aguntur, sunt magis voluntaria
quàm invqluntaria. »
(CoNCLUSio.— Quod per metum fit simpU-
citer voluntarium est , secundùm quid autem
involuntarium. )
Respondeo dicendnm, quôd sicut PhUosopbus
dicil in III. Ethic, et idem didt Gregorius
Missenus in libro suo De homine : « Hoju»-
modi qu2S per metum agontor., mixta sont a
voluntario et involuntario ; » id eoim qood jMf
metum agitur, in se conûderatum, non âst vih
luntarium; sed Ût voluntarium in casu, scilicei
ad vitandum malom qnod timetur. Sed si qnts
rectè conôderet, magis sunt hujusmodi yoLu-
taria quàm involuntaiia; sunt enim voluntam
simpUciter, involuutaiia autem secaodùm quid*
Unumquodque enim simpUciter esse dicitor,
secundùm quod est in actu ; secundùm autem
quod est in sola apprehensione, non est sim-
pUciter, sed secundùm quid. Hbc autem quod
per metum agitur, secundùm hoc est in ado,
secundùm quod fit. Cùm enim actas in sings-
laribus sml, singnlare autem in quanUim hajo»
modi, est htc et nunc; secundùm hoc id quod
fit est in actu, secundùm quôd est hic et nuoc,
et sub alns conditionibus individualibus. Sic
autem hoc quod fit per motum, est Tolantariiun.
in quantum sciiicet est htc et nunc : proat sci*
im ymxnàJBX ct xe L'imnoLOirrAniB. 331
-«Mlenient et octaéUeiiieiit^ "pmsqa'il'ein Bn ce cas un moyen d'éviter
>im mal iflas ;.grand qu'on craignoit : ainsi le liedt de jeter lesmanifaan-
dises à la mer décent ^volontaire an moment de la iiomj^./'à cause de
ht' crainte du dai^r. ^Donc «et acte est simj^ement ^lontaire^ 'et la no-
tion de cvolontairetlul convient^ parce que son principcest intrinsèque.
Mais si'l'oncansidàreFacte tait par crainlte /en dehors de lia* rédiité pré-
sente ^nt en tant qn'il répugne à la volonté ^ cela n'existe plus que par
abstraction : et voilà pourquoi ô-e^ involontaire sous un rapport^ à
savoir "en taitt qu'on le^considère en-dehorsde la réalité présente.
Je 'réponds aux arguments : 4* Les actes faits solt*par crainte^ soit par
violence, nedifiRàrent pas seulement en ce que le mal est présent dans
V\m, et futur dans l'autre ; ils diffèrent encore en ce que, dans Taete
violenté, il y a non-seulement défaut de consentement, mais même ré-
pugnance absolue de la volonté, au lieu que Tacte accompli par crainte
devient volontaire au moment où la 'volontése porte vers cet acte , non
pas comme vers un but qu'elle recherche en.luiiméme,.mais en vue d'un
second, qui est d'éloigner im mal imminent. £n effet, pour que l'essence
du volontaire se trouve dans im acte , il sui&t que cet acte soit volontaire
relativement à un but:ultérieur; car il faut regarder comme volontaire-
ment produit, non-seulement le résultat que nous voulons pour lui-
même comme fin, mais encore celui que nous voulons en vue d'un autre,
qui alors devient la fin. Il est donc évident que la volonté n'est pour rien
dans l'acte accompli par violence. Aussi saint Grégoire de Nysse voulant
exclure ce qui se fait par crainte, de la définition de l'acte violenté, ne
dit pas seulement que a l'acte violenté est celui dont le principe est au-
dehors, D mais il ajoute : a le patient ne. donnant aucune espèce de con-
cours (1) ; 0 parce que la volonté de celui qui craint participe en quelque
chose à ce qui est fait par crainte.
(1) Nous croyons uUle d^avertir, comme nous TaTons déjà fait dans une autro circonstance ,
qae l^oavrage si fréq^emncnl cité dans les divers articles de cette question , n*est pas de
licetiahoc casa est impedimentum majorisioali
quod timebator, slcut projectio mercium ia mare
fit voluntarium tcmpore tempestatis, propler
timorem pericoU. (Jnde manifestum est quôd
siiiipliciter Tolantaham est : unde et compelit ai
ratio voluntarii, quia principiam ejus est intra.
Sed qu6d accipiatar id qaod per metum iit, ut
extra hune casameiisteos, prout répugnât volun-
tati^ hoc non est oisi secundùm rationem tan tiun .
Et ideo est involuntarium secundùm quid, id est^
,prout considecatur extra hune casum existens.
Ad primum ergo dicendum , qu5d ea qu«
agnntur per metum et per vim^ nonisolùm dif-
Cerunt secundùm prxsens et futurum, sed etiam
secundùm boc qM in eo quod agilur per vim,
TOluntas non consentit, sed omnino est contra
moUim toluntatisi sed id quod per metum agi-
tur» ût volontarium : ideo quia motus Toluntatis
fertur in id, licèt non propter seipsum, sed
propter aliud scilicet ad repellendum malum
quod timetur ; sufQcit enim ad rationem vo-
lunlarii , qaod sit propter aliud voluutarium ;
voluntarium enim est non solùm quod propter
seipsuffl volumus ut finem, sed eliam qaod
propter aliud volumus, ut propler finem. Fatet
ergo qu5d in eo quod per vim agitur, voluntas
interior nihil agit , sed in eo quod per metum
agitur, voluntas aliquid agit : et ideo, ut Gre-
gorius Nyssenus dicit, ad excludendum ea qu«
per metum agunlur, in diffinitione violenti non
solùm dicitur quùd a violentum est , cujus prin-
cipium est extra, » sed adJitur, « nuUam con-
ferente vim passo; » quia ad id quod agitur
per metomj voluntas timentis tliqoid coafert.
332 1" II* PABTIB^ QVWSmOV TI, ARTICLE 7.
2" Les entités absolues demeurent teUes, quoi qu'on leur ajoute; ains
le chaud et le blanc. Mais ce qui ne possède qu'un être rdatif , Tahs
sebn le rapport avec d'autres objets; ainsi^ ce qui est grand comparé i
ceci , est petit comparé à cela. Or une chose est dite volontaire non-^B-
ment à cause de ce qu'elle est en elle-même et absolument^ mais aosâ i
cause de ce qu'elle est au point de vue relatif. C'est pourquoi rien n W
pèche qu'une chose qui en soi ne seroit pas volontaire, ne soit jugée te&
par comparaison avec une autre chose.
S^" L'acte produit par crainte est volontaire sans condition , da moÎDs
pour ce qui se fait actuellement. Mais l'involontaire de ce même acte est
sous condition^ à savoir, si telle crainte ne menaçoit pas. Donc^sdoa
cette notion . ou peut plutôt conclure le contraire de ce qui est objecté.
ARTICLE Vil.
La concupiscence cause-t-elk l^invokmtaire?
n paroit que la concupiscence cause l'involontaire, i® De même queb
crainte, la concupiscence est une passion. Or la crainte cause, à quelques
égards, l'involontaire. Donc la concupiscence le cause aussi.
2^ Sous l'influence de la crainte, l'homme timide agit contrairement à
ce qu'il se proposoit ; la même chose arrive à l'incontinent à cause de b
concupiscence. Mais la crainte cause , à quelques égards , l'involontaire;
donc la concupiscence le cause également.
3^ Pour le volontaire, la connoissance est requise. Or la concupiscence
altère la connoissance ; car le Philosophe dit , Ethic. VI : a la délecta-
•aini Grégoire de Nysse, mais bien du prêtre Némésias. La doctrine renrermée dans eet
ou? rage n*en est pas moins digne de considération et de respect. La confiance qui loi est ac-
cordée par saint Thomas, lui est également accordée par d'autres théologiens, Suarez, Vasqnei,
Cijetan, Billuart, etc....
Ad secundumdicendam, quèd ea qns abso-
lutè dicuntur, quolibet addito rémanent talia,
sicut calidum et album ; sed ea qus relative
dicQDtur, variantar secuadùm comparationem
ad diversa ; qaod enim est magnum compa-
ratum huic, est parvum comparatum alteri.
Voluntarium aatem didtur aliquid non solùm
propter se quasi absolntè , sed etiaon propter
aliud quasi relative : et ideo nihil prohibet ali-
quid qnod de se non esset volantarium, alteri
comparatum fieri volantarium per comparatio-
nem ad aliud.
Ad tertium dicendum , qu5d illud qnod per
metum agitur, absque conditione est volunta-
rium, id est, secundùm quod actu agitur; sed
in voluntarium est sub conditione, id est, si talis
metus non immineret : unde secundùm illam
lationem magis potest concludi oppositum.
ARTICULUS VH.
Vimm coneupiteentia eautet involonlariam.
Ad septimnm sic procedilur ( 1 ). Videtar qnôJ
concupiscentia causet involuntarium. Sîcot
enim metus est qmedam passio, ita et codcq-
piscentia. Sed metus causât quodam modo in-
voluntarium. Ergo etiam et concnpîscentia.
2. Prsterea, sicut per timorem timidus agît
contra id quod proponebat, ita incontinens
propter concnpiscentiam. Sed timor aliqno
modo causât involuntarium, Ergo et conca-
piscentia.
8. Prsterea, ad voluntarium requiritur co-
gnitio. Sed concupiscentia corrompit cognitio-
nem ; dicit enim Philoiophus in VI. Ethic,
qu6d « delectatio, sive concupiscentia delecta-
tionis, corrompit sstimationenf pradentis. »
(1) De bis etiam in S , S, qu. iii , urt. 1 ; et in ni. Blhie.s leot. S, col. 5, et lect. i.
mj TOionTAiRE BT DE l'involontatre; 333
tien, ou la coneupiscence de la délectation^ corrompt le jugement de la
prudence, d Donc la concupiscence cause l'involontaire.
Mais saint Damascène dit : a L'acte involontaire mérite miséricorde et
pardon, et est accompagné de tristesse, d Mais ni Tun ni Tautre ne con*
vient i celui qui agit par concupiscence. Donc la concupiscence ne cause
pas rinvolontaire.
(Conclusion. — On dit qu'une chose est volontaire, parce que la volonté
s'y porte : la concupiscence ne cause donc pas l'involontaire, mais plutôt
rend un acte volontaire. )
La concupiscence ne cause pas l'involontaire, mais plutôt rend un acte
volontaire; car on dit qu'un acte est volontaire, parce que la volonté s'y
porte. Or, par la concupiscence, la volonté est inclinée à vouloir ce
qu'elle convoite. Donc la concupiscence a plus d'influence sur l'acte pour
le rendre volontaire, que pour le rendre involontaire.
Je réponds aux arguments : i"" La crainte se produit à la vue d'un
mal, tandis que la concupiscence considère un bien. Le mal étant ce
qu'il est, trouve opposition dans h volonté; mais le bien- rencontre en
elle sympathie. Donc la crainte est plus de nature à causer l'involontaire,
que la concupiscence.
^ Celui qui fait une action par crainte, conserve toujours, dans sa
volonté, répugnance pour cette action, du moins s'il la considère en elle-
même. Mais celui qui fait un acte par concupiscence, comme l'inconti-
nent, n'a plus cette première volonté qui repoussoit l'objet de sa convoi-
tise; cette volonté est changée jusqu'à vouloir maintenant ce que d'abord
elle repoussoit. Voilà pourquoi ce que l'on fait par crainte est, à certahis
égards, involontaire, et nullement ce qui se fait par concupiscence. Car
celui qui cède à la concupiscence agit contrairement à ce qu'il se propo-
soit d'abord, mais non pas contrairement à ce qu'il veut maintenant;
Ergo concapiscentia causât invotuntarium,
Sed contra est, quod Damascenus dicit (lib. II»
cap. 24, ut jam snprà) : <c Involuntarium est
misericordia vel iodnlgeotia digiram, et cnm
tristitia agitUTà » Sed uentram horom corn-
petit ei qaod per concupiscentiain agitur.
Ergo coDCupiscentia non caasat involunta'
rium,
( CoHCLusio. — Volnntariam aliqaid dicitar
ex eo quôd volantas in iUad fertor : concupis-
centia igitur non caasat involuntartum , sed
magis aliquid voltmtarium facit. )
Respondeo dicendum, qaôd concopiscentia
non caasat invoiuntarium, sed magis facit
aliquid voltmtarium. Dicitur enim aliquid wh
luniarium ex eo quod voluntas in id fertor;
per concupiscentiam autem voluntas inclinatur
ad volendum id quod concupiscit : et ideo con-
copiscentia magis facit ad hoc qi&èd aliquid sit
Toluntariam , quàm quod sit inuoiuntaHum.
Ad primum ergo dicendum, qu6d timor est
de malo ; concapiscentia autem respicil bonum.
Malum autem secundùm se contrariatur voinn-
tati; sed bonum est volantati consonam. Unde
magis. se habet timor ad causandom invoiun-
tarium, quàm concapiscentia.
Âd secundùm dicendum , qoôd in eo qui per
metum aliquid agit, manet repugnantia volan
talis ad id quod agitur, secundùm quod in se
consideratur ; sed in eo qui agit aliquid per
concupiscentiam, sicut est incontinens, non
manet prior voluntas qus repudiabat illod quod
concupiscitur, sed mutatur ad volendum id quod
priùs repudiaJMt. Et ideo quod per metum agi-
tur, quodam modo est invoiuntarium; sed quod
per concupiscentiam agitur, nullo modo : nam
incontinens concupiscentiA agit contra id quod
prit» proponebat , non autem contra id (uod
33<k « I*" iir MATœ^.oinBiriQir'vs'^ èomaim Si
tandis, ([ue lliomme. influencé pac la crainte, agifc mtulmiwmeiit à. «
<|u'il voudroit même aotuellemmt.
S^ Si la concupiscence. enlevoit^Kimplètement la oannrriiwBiiPB>, ommne
il arrive à ceuK que la passion fait, tomber en* démence,, aloie :1a. oducd-
piscence feioit perdra la volontaire :. et pourtant les actes' ne dBwisat-
droient pas proprement involontaires, parce que chez ceacKqaiin'ant pas
Tusage de la raison , il n'jt a.ni volontaire ni involtotaire. Paifoîfi'le dis-
eemement n'est pas totalement enlevé ài œuK. qoJeotiat&e la oofimiipis*
cence, parce qu'ils ne perdent pas le pouvoir de.oonnDitier,.mai8.seiile*
ment la vue réfléchie et actuelle da l'&cte particulier- qa^ vont' Cnre.
Bourtant cela même est volontaire , en tant qu'on appeller ^lontaire ce
quiest au> pouvoir de lavolOntA : ainsi ne point agivetnepaintivoukir;
et,, de même, ne point réfléchir, .csd la volonté peut léaistep à' la^ passion,
comme nous le dirons plui» tard;
ARTICLE Vin.
I/igncrance oaus^t-eîleVinvohntam?
n papoît que l'ignorance ne cause pas l'involontëire. t® E'involôntaiie
mérite pardon, comme dit saint Damascène. Mais quel^efbis l'acte
commis par ignorance ne mérite point pardbn^ selon cette parole dërA-
pôlre, I. Gorinth., XIV : a Si quelqu'un ignore,, il sera ignoré. 9 Donc
l'ignorance ne cause pas l'involontaire.
2* Tout péché est' accompagné d'ignorance, conformément à cettfe pa-
role, Prov.f XIV : cf Ils sont dans l'ignorance ceux qui font le mail » Si
donc l'ignorance causoit l'involontaire , ilsuivroit qpie tout péché seroit
wmo vodt ; sed timidns ag^t oonita id qnod eiUm
imnc secundùm se vatt.
Ad tertium dicendam, quôd si concupiscentia
totaliker cognitionem auferret , sicut contingit
in illis quipropter concupisceiÀiam fioat amen-
tes, sequeretur qaôd concupisceatia volunta-
rium toUeret; nec tamen propriè esset ibi in-
voluntarium, quia in bis qus usamrationiB
non babent^ neque w)kintarium eii, neqjnè
itwoluntarium, Sed quandoqae in hisqae per
coocupiscentiam aguntur , non totalUer toUitar
cognitio ', qoia non tollitur potestas cognosceodi,
sed solùm conslderalio actualia in particolari
agibili; et tamen boc ipsam est volùntai^ium,
secundùm quM voluniarium dicitor. quod est
in poteslate volontatis^ ut non agere.el.non
velle^ siimlîter aateii» et nosxïénsidèrare : poCesl
«eniiii volantas. passieai.resifterei, otiinÀtdi»'
cetur (qn.. 77, art. 6 et 7 ).
ARTICULUS Vni.
Utrûm ignorantia cau$«tinvoltmiarimm.
Ad octaTOtt Bic proeeditar (1). Videtur qu&d
ignorantia DM' oaosel) itwohmtariumé Imos'
liintariiiflieiiiinT6Biatt meretor, jat DamasosBK
dkit. Sed interdum.qaod perignafftntiaii igitiir
veniam non m^retuf , aoeondàm iUnd h ad Cor»,
XIV : « Si quis ignorât ^ ignorabitur. t Bigo
ignorantia. non cêtaaakinookuUariumi
SL.PrflBterea^.omae peccatom est com ifo»»
rantia^seeondùmiUiid Pronxrb., XIV : aBcraal
qoi operantar mahïm^S). joiStdgitui ignoiastii
(1) De fais etlaiB infrA^ qu. 19, art: 6, et qu. 76, art. 3 et 4: etU^ Stnl.^.dist. 39, qu. 1,
«t. 1, ad 4; otdist. 48, art. 1', ad 3; et qn. 3, demalo, art. 8.
(£) Vel'secoDdèm edftionei» 70 iMerpretuni i: Errantes fahrieantUr fMlà ; qQamvis Tbeo»
d»tio pttnkè «lHer*lagAi : Bàe^' errabuni qtti' operanlwr maium ; qaasi non ad errorem qnl
nalè opisrandiipfioeipima ail, aed aë)iUiiBi referai q«i sit'peiNs pasiit^imto operationii vd
effeetaa iUiua» VerissiaMuniuiniBqve porrè ae noUsaimum, etquèd errorpoecatai Uafiaa
jftiBoa seqiMtor, et qu6d. errer pfecoaioiB taaqfiaai causa tpraoedai».
BU YÛLOSTAIBE ET LK l'INYOIONTAIBS» 335.
iaxrolontaire : ce qjii est contre la doctrine de saint Augustin,; qui en-
seigiia que a tout péché est volontaire.»
3*" Lfinvolontaira est accomgagné de tristesse, comme dit saint Damas-
cane. Mais il est des chosea qui se ibnt gar. ignorance et sanfr tristesse j^
comme, si un homme qpi cherche à tuer son ennemi ,.le tuoit en. croyant
tuer un oerf. Donc L'ignorance ne cause pas l'involontaire.
Idais saint Damascène et le Philosophe disent, au contraire j^qua a l'i-
gnoranca produit une espèce, d'involontaire, d
CCoNGLUsioii.. — L!igno£ance des choses* qu'on est tenu de savoir,, causa
simplement le valontaire et nonl'in volontaire; quand l'ignorance qpi ac-
compagna l'aota dala volonté, influence l'acte produit^ de telle sorte qpfon
la feroilmômasiJ'onsavoit, elle produit le non-volontaire , et non pas
l'involontaire^, mais cette ignorance qui est cause qpe l'on veut ce qu'au-
trement on ne voudroit pas, produit l'involontaire simplement dit.)r
L'i^oranca peut causer l?involontaire dans la même mesure qu'elle
priva de la oonnoissanca qpi est préalablement requise pour le volon-
taira, comme nous l'avons dit : mais toute espèce d'ignorance ne priva
pas de cette connoissance (1). Pour le comprendre, il faut savoir que
l'ignorance influe de trois manières sur l'acte de la. volonté : en tant
qu'elle accompagne,, suit ou précède cet acte. L'ignorance accompagne,
quand elle porte sur L'acte même que l'on fait , de telle sorte néanmoins
qja'on la£eroit également si l'on savoit. Alors l'ignorance ne porte pas à
vouloir que teUe chose se fasse ; seulement il arriva qu'un résultat est
tout à la fois produit et ignoré : ainsi dans l'exemple proposé, cet homme
(I) On diftingaft-généraleBMiit qoatre Qiutafd^inwoloataife : la noleBce,,U oninte^ te oon-
enpiscence , rignorance. Mais ces causes , comme on peut le ? oir , agissent sur la ▼olonté
d^ne manièl« Vlèn diverse et' dans d'Inégales proportions. Aucune même n^èst une cause
ébsolne d^nTOtontaira. Aimé lienide phit^iai|ioriaDt.qiie de biMiisaMr le» Rriaaifics étahUa
aHr.ces4ifféreiUa sajetft'par le doftov angéllque. La piécinon.,.par akiai dire gaétaftbysiqiiet,
qVL*il met dans eetta espaiitioB).pié|iate de loin la aalotion des plttagraBdesrdUBouIlés.de 1a
BMMwe»
involuntanum. cansaret,. seqneretar qxihà
omne peccatiun esset involuntarium, quod
est contra Augustinum dicentem, q^5d « omne
peccatum est Tolontariom. »
8. Prsterea, involuntarium corn tristitia
est, nt Damascemis dicit (ubi soprà). Sed
qiuedam ignoranter aguntor et sine tristitia,
putà si aliqnis ocddît hostein quem qyaerit oo-
cidere, putans occldere cervnm. Ergo ignoran*
tia DOD causât involuntarium.
Sed contra est, qood Damasoenus et Pliilô-
aopbusdicunt (ubi saprà), qaM « involanta-
riam qaoddam est per ignorantiam. »
(CoRGiJD8io<«-lgaflrantia<eoniiB qu9 qnis
loffe metar, vûlontariami Bimpliciter caosat.
Bon snteoi inoduntoHum j ^oraotia' verft
qoc oonoonttatiir tolontatif aBctam, ut illins
qnod sic agilar, quod etiàmsi sciretor, agerettir,
facit non voluntarium; ea autem ignorantià
que causa est volendi id quod aliàs qnis non
▼ellet, simpliciter involuntarium facit.)
Respondeo dicendum, quèd ignorantià habet
cansare involuntarium ea ratione qaa privât
cognitionem qus prseugitur ad volimtàrium,
ut suprà dictum est (art. 1 ); non tamen qu2&-
tibet ignorantià higosmodi cognitionem privât.
Et ideo sciendum qaôd ignorantià tripliciter se
habet. ad actum TOluntatis : nno modo conco*
mitanter, allô modo consequenter, tertio modo
antecedentèr. Càncomitanter qnidem, quanJo
igocrantift est àt eoiqnod agitar , tamen etiaiusi
floiretor, mhUoannuB ageretur^tonceanmiigno*
rantit* non inducit ad volendmn ut hoc fiai»
sed aedditsimul esse aliquid fàctum et igno*
336 !■* n* PABTIS; QUBSnOTV TI, ABTIGLB 8.
TOttloit, il est vrai^ tuer son ennemi; mais ignorant qae c'est Ini^ il h
tue croyant tuer nn cerf. Une telle ignorance ne produit pas FinToIoii-
taire , parce qu'elle ne cause pas un résultat qui répugne à la ▼olonté;
elle produit seulement le non-volontaire , parce qu'on ne peut Tooloir
actuellement ce que Ton ignore. L'ignorance influe sur la Yolonté d'oa?
manière conséquente , en tant que l'ignorance elle-même est Yolcmtaire.
Et cela arrive de deux manières : selon les deux modes de irolontazif
exposés plus haut. La première manière a lieu quand l'homme va i
l'ignorance par un acte de la volonté ; par exemple^ celui qui veut ignorer
pour avoir une excuse à son péché ^ ou pour n'y point renoncer , sekm
cette parole de Jo6^ XXI: a Nous ne voulons point la science de vos vrmes;»
alors c'est l'ignorance alTectée. La seconde manière d'ignorer volootu-
rement a lieu quand une personne ignore ce qu'elle peut et doit savoir;
et dans ce cas ne pas agir et ne pas vouloir est volontaire^ oonmie
nous l'avons expliqué plus haut. On dit alors qu'il y a ignorance, soit
lorsqu'une personne ne considère pas ce qu'elle peut et doit considérer;
et c'est l'ignorance de mauvaise élection qui provient de la {Mission on
de l'habitude; soit lorsqu'elle ne se met pas en peine d'acquérir une
connoissance qu'elle doit avoir : dans ce sens , l'ignorance des règles
générales du droit, quand on est tenu de les connoitre^ est appelée
volontaire, comme provenant de la négligence. Or, quand l'ignorance
est volontaire de l'une de ces manières , elle ne peut causer l'inyolon-
taire proprement dit ; elle le cause seulement sous un rapport , puis-
qu'elle précède le mouvement de la volonté vers une chose , mouvement
qui n'auroit pas lieu s'il y avoit science. L'ignorance a sur la volonté
ratum, àcot in exemiAo posito» scQicet c&m
aliqnis vellet qaidem ocddere hostem, aed igno-
nns ocddit eom, pntans occidere ceimm; et
talis ignoraotia non facit inuoiuniarium, nt
PbilOMt^bos didt ( nbi saprà ), qoia non causal
aliqnid «piod sit repngnans volantati ; aed fait
non voluntarium, qaia non potest esse acta
tolitam qood ignoratnm est. Consequenter
atitem se babet ignorantia ad ToIanUtem , in
qnantmn ipea ignorantia est voluntaria; et hoc
conlingit dnpliciter secondùm dnoe modes vo-
luntariinprk positos (art. 8, ad 1). Unomodo,
quia ados volontatis fertor in ignorantiam ,
ticut cùm aliqais ignorare vult, vel ut excusa-
tionem peccati babeat^ tel ut non retrabatur à
I^ccando, secundùm iUud Job, XXI : « Scien-
tiam viarum tuarum nolaimus; » et base dicitur
ignorantia affèctata (1). \lio modo dicitor
ignorantia voluntaria, cjos quod qois potesl
scire et débet : sic enim non agere et non velle
TOluntariom didtur, ut suprà dictnm est (art. 3).
Hoc igitnr modo dicitur ignorantia , sive càa
aliquis acta non considérât qood considerare
potest et débet , qu« est ignorantia maUt
eleetionis, vel ex passione vel ex habita pro-
veniens ; sive cùm aliquis notitiam, quam débet
babere , non corat acquirere : et secnodàffl
buncmodum ignorantia universaliumjuns,
qu» qois scire tenetur, voluntaria (ticitur,
quasi per negligentiam proveniens. Cùm autem
ipsa ignorantia sit voluntaria aliqao istoroa
modorunif non potest causare simpliciter invo'
luntarium ; causât tamen secundùm qak) in-
voluntarium, in quantum pnecedit molua
voluDtatis ad aliquid agendum , qui non esset
scieutift présente. Anta^denter autem se ïaUk
(1) De niis dictnm qui in canalibus delicils vel in temporaliboa bonis toUm felieftttea
eonttilfiunt; indeqne Denm ae divioa non curant. Hoc enim est qood pmnittiuir ven. 12:
Dueuni in bonit die$ iuot; et moz vers. 13 : Dixtrunt Deo : BêCêdê à mobiis tU, Qood sis
expendit Oregorius, lib. XV. Moral,, cap. %& t Hœe «er6«f dteare val 9tnltinù%prc»WKmt»
'"^'««rW iwmn oflifMt moribm dieuni.
ms CIRCONSTANCES SES ACTES HUMAINS, 337
XI ne influence antécédente lorsqu'elle n'est pas volontaire, et que cepen-
dant elle est cause que Ton veut ce qu'autrement on ne voudroit pas : ainsi
quand un homme ig;jorant quelque circonstance de l'acte, circonstance
qu'il n'étoit pas tenu de connoitre , fait par suite une action qn'il ne
l'eroit pas s'il savoit la vérité; par exemple , quand , après avoir pris les
précautions convenables, ne sachant pas que quelqu'un passe par la
iiliemin , il lance une flèche et le tue. Une telle ignorance cause l'invo*
lontaire proprement dit.
De là résulte clairement la réponse aux objections; car la première
I)orte sur Tignorance des choses que l'on est tenu de savoir; dans la se-
conde il s'agit de l'ignorance d'élection, qui est à certains égards volon»
taire, comme nous l'avons dit; et dans la troisième il s'agit de l'igno
rance qui accompagne l'acte de la volonté.
QUESTION VIL
Bes clTCOBStauccs de» actes Imiiialiis.
Il faut ensuite parler des circonstances des actes humains.
A ce sujet, quatre questions se présentent : 1* Que faut-il entendre par
circonstance? 2* Le théologien doit-il faire attention aux circonstances des
actes humains? 3° Quel est le nombre de ces circonstances? k^ Quelles
sont les principales?
ad voluntatem ignorantia , quando non est vo-
luntaria, et tamen est caasa volendi quod aliàs
non vellet : sicut cùm aliquis homo ignorât
aliquam circumstantiam actûs quam oon tene-
batur scire, et ex hoc aliquid agit, quod non
&ceret si sciret ; puià cùm aliquis diUgentia
adhibita nesciens aliquem transire per viam ,
projicit sagiitam qua interûcit transeuntem :
et talis ignorantia causât involuntarium sim-
pliciter.
Et per hoc patet responsio ad objecta. Nam
prima ratio procedit de ignorantia eorum qus
quisteneturscire; secundaautem de ignorantia
electionis quse quodammodo est voluotaria, ut
dictum est; tertia verô de ignorantia qnse con-
comitanter se babet ad voluntatem.
QUiESTIO VIL
Oe cireumtUiniiii humanorum acluuvis in qualw>r artieutot divùa.
Deinde considerandmn est de circurostantiis
hnonoorum actoum.
Et circa hoc qnsruntor quatuor : i« Quid sit
circomstanlia. 2« Uiriim circumstanti» sint
circa humanos actus altendenda k (heologo.
8* Quot sunt circumstantiœ. 4» Qus sunt in
eis principaliores.
Ifi
838
I** II* PJlBTIX, QUISnOIT TU, AATIOLE 1.
ARTICLE I.
La circonstanee est-elle un accident de Facte humain?
Il paroit que la circonstance n'est pas un accident de Tacte humain,
lo Cicéron dit dans sa Rhétorique : « La circonstance est ce qui donne i
Targumentation d'un discours de l'autorité et de la force. » Mais ce qui
donne de la force à l'argumentation d'un d^cours consiste principalem^it
dans ce qui fait partie de la substance même de la chose ^ comme la défi>
nition^ le genre et l'espèce^ et autres choses semblables ^ i l'aide des-
quelles l'orateur, comme l'enseigne le même Cicéron^ doit argumenter.
Donc la circonstance n'est pas un accident de l'acte humain.
S' Le propre de l'accident est d'être inhérent à une chose. Or , ce qui
est adhérent à une chose n'est pas dans cette chose y mais plutôt en de-
hors. Donc les circonstances ne sont pas des accidents par rapport aui
actes humains.
S"" L'accident n'a pas d'accident. Or, les actes humains sont eux-mêmes
des accidents. Donc les circonstances ne sont pas leurs accidents.
Mais, au contraire, on dit que les conditions particulières d'un objet
individuel quelconque sont des accidents qui individualisent cet objet.
Or, le Philosophe, Ethic, ÏII, donne le nom de circonstances à des par-
ticularités ou à certaines conditions particulières des actes individuels.
Donc les circonstances sont des accidents individuels des actes humains.
(Conclusion. — Une chose est dite adhérer à une autre, lorsque étant
en dehors d'elle , toutefois elle la touche; donc les circonstances des
actes humains sont avec raison appelées des accidents de ces actes. )
Les noms étant, d'après le Philosophe, les signes des pensées, il est
#■
«n
ARTICULUS I.
Viriitn circumstantia ait accidens aetus
humam.
Ad primom sic proceditnr (1). Videtar qa5d
circumstantia non sit accidens actns homani.
Didt enim Tollius in Rhetoric.j quôd «cir-
CHinstantia est per quam argnmentationi aucto-
ritatem et firmamenlom adjungit oratio. » Sed
oratio dat firmamentom argnmentationi, prx-
dpuè ab his qus sunt de substantia rei, ut
Àffinitio, genus et species, et alia hujusmodi^
à quibus etiam TuUius oratorem argnmentari
docet (2}. Efgo drcumstantia non est accidens
humani actns.
3. Prsterea, accidentis proprium est inesse.
Quod autem circnmstat, non inest, sed magis
est extra. Ergo drcomstanti» non sont acci-
dentia humanomm actaun.
8. Preterea, accidentis non est accidens.
Sed ipsi humani actos sunt qacdam accidenta.
Non ergo circumstantia sontaccidentia actoam.
Sed contra : particnlares conditiones cojas-
libet rel singularis dicuntur accidentia iodiri»
duantia ipsam. Sed Philosophus in III. Bthic,
(cap. 2 vel 3 }, circumstantias nomioat parf i*
cularia, id est, particulares singulorum actnom
conditiones. Ergo circumslantias sunt accideoUa
indiviclualia bumanorum actuum.
( CoRCLusio. — Circomstare aliqnîd didtiir,
quod quidem est eitrinsecum à re, tameD ipstm
attingit : circumstaatis igitar humanonnnac-
taum, rectè acddeutia eorum dicuntur. )
Respondeo dicendum, quôd quia nomina, se-
(f) De bis etiam infrà, qa. 18, art. 3; ut et IV, Sent,^ dist. 16, qu. 3, art. 1 ; et qu. S, d»
Halo, art. i , ad 5, et art. 5 , in corp. ; et in III. Ethie,^ lect. 3, col. 8.
(8) Ut in Topic. ad Trebatium videre est , ubi varies modos argumeniandi undeqnc^ de»
jQiDptos enumerat.
DES CmCONSTAKCES DES ACTES HUMAINS: 339
Bécessaire que la marche soivie par l'intelligence dans la connoissance^
soit suivie aussi dans la dénomination. Qr; ^'intelligence , dans la con-
noissance^ procède du connu à Tinconnu. C'est pourquoi nous transpor-
tons les noms qui signifient les choses les plus connues^ aux choses moins
connues que nous voulons nommer : et de là vient que le nom de dis-
tance^ comme le dit Aristote, Metaph., X> a servi à désigner^ non-seu-
lement l'opposition des lieux ^ mais toutes les oppositions. Nous nous ser-
vons également des noms signifiant le mouvement local , pour signifier
d'autres mouvements; parce que les corps, circonscrits par un lieu, nous
sont mieux connus. C'est ainsi que le nom de circonstance , des choses
qui sont dans un lieu, a passé aux actes humains (1). Or, dans les objets
qui occupent un lieu , une chose est dite adhérer à une autre ou l'en-
tourer {ciTCumstave)^ lorsque tout en étant en dehors d'elle, elle la touche
néanmoins, ou en est localement rapprochée. C'est pourquoi on appelle
eircons^nces, les conditions qui, en dehors de la substance d'un acte
humain, l'atteignent toutefois d'une certaine manière. Or, on appelle
accident d'une chose, ce qui, appartenant à cette chose, est en dehors
de sa substance. Donc les circonstances des actes humains doivent être
appelées aussi leurs accidents.
Je réponds aux arguments : 1<* Le discours puise d'abord sans doute la
force de l'argumentation dans la substance de l'acte; mais en second lieu
dans ses circonstances. Par exemple , un individu se rend susceptible
d'être accusé en justice, d'abord, |)ar l'homicide qu'il a commis; en se-
(1) n est impossible de parler cTun objet intellectuel ou moral , sans employer incessamment
des métaphores empruntées -aux objets matériels. Ainsi nous remarquons plus ou moins de
profondeur dans les idées, d7/ëoalton dans les sentiments ; une intelligence est rapide dans
ses conceptions , deux opinions sont diamétralement opposées. Il est facile de multiplier ces
exemples. Parfois le nom même qui exprime un être moral ou une modification de cet être,
a été formé par comparaison oa par analogie. Mais H est toujours atfie, quelquefois nécessaire,
pour éclairer une discussion, de remonter A Tétymologie des mots, n y a, le plus soutrenl,
une profonde philosophie dans le langage ; et les grands auteurs ne dédaignent jamais cette
source de lumière.
eandùm Philosophom (lib. U. Perûiêrm.,
eap. 1 ) , sont signa inteUectouro, oeeesse est
qu6d secandùin processom inteUectÎT» oogni-
tionis sit etlam oomiiuitioDis processus. Proce-
dil aatem nostra cogmtio intellectaalis à notio-
ribus ad minus nota; et îdeo apnd nos à notio»
ribas Domina transferantur ad ^iûcandum res
minte notas. Et inde est qa6d, sicat dicitnr in
X. Metapftys, (text. i3etl4}, ab bis que sunt
S3cundùm lociun, processit nomea distantie ad
oamia oontraria; et similiter nominibas pertl-
nentibos ad motom localem ntimar ad signifl-
tandum alios motos, eo qoôd corpora qiue loco
drcomscribuQtur, sunt maxime nobis nota. Et
Inde est qu6d oomen circumsUmtiœ , ab bis
qu« in loco sunt , derivator ad actos humanos.
Didtor antem in localibus aliqoid circomstare,
quod est quidem extrinsecam à re, tamen attin-
git ipsam lû appropinqoat ei secondùm locum ;
et ideo quœcunqne conditiones sunt extta snb-
stantiam actâs, et tamen attingunt aliqoo modo
actnm bumanmn, circumstantia dieuntnr.
Quod aotem est extra substantiam rei ad rem
ipsam pertinens, accidens eios diâtor. Unde
circumstantûe aciuum humanoram accidentia
eomm dicenda sunt.
Ad primum ergo dicendom, qu6d oratio qui-
dem dat firmamentum argumentalioni, prim5
ex substantia actûs *, secundariè ver6 ex his que
circumstantactum: sicut primo accosabilis red»
dilur aliquis ex hœ qu&d homicidium fecit ;
secuodarid Ter5 ex hoc qu6d dolo fecit , vel
340 I** II* PARTIE 9 QUESTION Yn, AETIGLB 4.
cond lieu , parce qu'il Ta commis par fraude , ou pour un gain déterminé,
ou dans un temps ou un lieu sacré , et autres choses semblables • C'est
pourquoi ici on dit que la circonstance augmente dans le discours , mais
comme venant en second lieu, la force de Vargumentation.
S*" Une chose est dite l'accident d'une autre de deux manières : premiè-
rement, comme étant en elle : ainsi, être blanc, est un accident de So-
erate; secondement, en lant que se trouvant avec cette chose dans le
même sujet : ainsî, on dit d'un musicien qu'il est blanc, en tant qoA
ces deux qualités conviennent et se touchent, pour ainsi dire, dajis un
même sujet. C'est dans ce dernier sens que Ton appelle les circonstances
accidents des actes.
3» D'après ce que Ton vient de dire, un accident est dit l'accident dW
autre , parce qu'ils sont dans un même sujet. Mais cela arrive de deux
manières : d'abord, en tant que ces accidents sont comparés à un même
sujet, sans aucun rapport de coordination; lorsque, par exemple , on
compare avec Socrate les qualités de blanc et de musicien. En second
lieu, en tant que ce rapport existe; lorsque, par exemple, le sujet reçoit
un accident par l'intermédiaire de l'autre : ainsi , un corps reçoit la cou-
leur par l'intermédiaire de sa surface , et dans ce sens on dit qu'un acci-
dent est dans un autre; car nous disons que la couleur est dans la sur-
face. Ces deux sens s'appliquent aux circonstances par rapport aux actes;
car certaines circonstances se rapportant i l'acte, appartiennent à l'agent
sans l'intermédiaire de l'acte , le lieu et la condition de la personne, par
exemple ; et d'autres s'y rapportent par son intermédiaire , comme le
mode d'action.
^tai*^l^i«^k*^iMrtMkl
propter lucrum, vcl in teniporë, vel in ioeo sa-
cro, aut aliquid aliad hajasmodi. Et ideo si-
gnanter dicit , qaèd « per circnmstantiam oratio
argumenlationi finnamentum adjuogit, » quasi
secundariô.
Ad secundum dicendum, qu6d aliquid dicitur
acciilens alicujns dupUciter (ut patet V. Meta-
phys., text. 16 ). Uno modo , quia inest ei ,
sicutatôvm dicitur accidens Socratis. Àtiomodo^
quia est simui cum eo in eodem subjecto; sicut
dicitur qu6d album accidit musico, in quantum
conveniunt et quodammodo se contingunt in
nno suhjecto : et per hanc modum dicuntur
circumstaniis accidentia actuum.
Ad terlium dicendum, qaèd sicnt dictom est,
accidens dicitur accident! accidere propter ooo-
venientiam in subjeclo ; sed hoc contingil du-
pUciter. Uno modo, secundum quôd duo acd-
deniia comparantur ad unum subjectum absque
aliquo ordine ; sicut album et musicum ad
Socratem. Alio modo, cum aliquo ordine; putà
quia subjectum recipit unum accidens alio me-
diante : sicut corpus recipit colorem mediante
superficie; et sic unum accidens dicitur etiam
alteri inesse, dicimus enim cotoremesse in
Buperlicie. Utroque autem modo ciccomsUDlû»
se habent ad aclns; oam aliqun circomstiDlis
ordinat» ad actom pertinent ad agentem non
mediante actn, putà locus et conditio persooc;
aliqua verè mediante actu» sicut modus agecdL
DES CIBGONSTANGBS DES ACTES HUMAINS. 341
ARTICLE II.
Lu circonstances des actes humains doivent-elles être étudiées par
le théologien ?
Il paroit que les circonstances des actes humains ne doivent pas être
étudiées par le théologien. 1"^ Les théologiens ne considèrent les actes
humains que sous un certain rapport^ comme bons ou mauvais. Mais les
circonstances ne semblent pas pouvoir rendre les actes tels^ parce qu'on
ne qualifie pas une chose, formellement parlant, par ce qui est en dehors
de cette chose, mais par ce qui est dans cette chose. Donc le théologien
ne doit pas considérer les circonstances des actes.
2* Les circonstances sont des accidents par rapport aux actes. Mais un
seul acte a une infinité d'accidents; ce qui fait dire au Philosophe, Metaph.,
VI : a Aucun art ni aucune science ne considèrent Tètre accidentel , si
ce n'est la sophistique, d Donc le théologien n'a pas à s'occuper des cir-
constances des actes humains.
3* Cest au rhéteur à examiner les circonstances. Or, la rhétorique n'est
pas une partie de la théologie. Donc ce n'est pas au théologien à consi-
dérer les circonstances.
Mais, au contraire, l'ignorance des circonstances rend un acte invo-
lontaire, comme disent saint Damascène et saint Grégoire de Nysse. Or,
l'involontaire excuse de la faute que doit considérer le théologien. Donc
la considération des circonstances appartient au théologien.
(Conclusion. — Gomme c'est par les circonstances que les actes hu-
mains se rapportent à leur fin dernière^ il est surtout du devoir du théo-
logien de les examiner. )
Les circonstances doivent être examinées par le théologien pour trois
ARTICULAS n.
Vtr^m eiraanstantia hmnanarum octimiii
nnt eontiderandm à theologo.
Ad secundom ncproceditur (1). Videtur qu5d
circomstanti» bumanorani aetoum non siut
coDsidennde à theologo. Non enim conside-
nntur à tbeologo actus humani, mû secundûm
^6d sant aliquales, id est boni vel mali. Sed
circumstantie non videntar posse lacère actes
oUquahs, quia nibil qnalificatiir, fonnaiiter
loquendo, ab eo qnod est eitra ipsum, sed ab eo
qnod in ipso est. Ergo circamstanU» actuum
son sont à theologo coosiderands.
9. Pmterea, cimuDStantûa snnt accidentîa
actnniD. Sed uni inflnita acddnnt; et ideo, nt
dicitur in VI. Metaphys., « onlla an yel scien-
tia est drca ens per accidens, nisi sola sophis-
tica. 9 Ergo tbeologns non babet considerare
circamsUntias hooianoram actuam.
8. Prseterea, circitmstanliaram consideratio
perlinet ad rfaetorem. Rhetorica antem non est
pars tbeologis. Ergo consideratio circumstan-
tiaram non pertinet ad tbeologum.
Sed contra : ignorantia drcumstantiarum
causât involuntarium, ut Damascenus et Gre-
gorius Nyssenus dicunt ( ubi suprà ). Sed invo-
tuntarium excasat à culpa, cojas consideratio
pertinet ad theologum. Ergo et consideratio
circumstantiarum ad theologum pertinet.
( GoiiCLusio. <— Gùm ex circumstantiis bn-
mani actus dispouantur in ordine ad altimoDi
finem, earum specolalio muimè ad tbeologum
spectat. )
Respondeo dicendum, qu5d circumslantie
pertinent ad considerationem theologi triplicl
(1) De bisetiam IT, £«»(.« dist. 16, qn. 5, art. 1, quMtiuno. 1, ad i, et «piBstiunc. 9,
lncorp«
342 i'" IV PARTIS, QmssTiON yn, artigle 2.
raisons : d'abord, parce que le théolo^en considère les actes humaiis;
en tant qu'ils conduisent l'homme à la béatitude. Or, tout ce qui est or-
donné par rapport à une fin, doit être proportionné à cette fin. Mais les
actes sont proportionnés à leur fin suivant une mesure que donnent des
circonstances déterminées. C'est pourquoi le théologien doit examiner les
circonstances. En second lieu , le théologien considère les actes humains
en tant qu'en eux on trouve le bien et le mal, le meilleur et le pire; el
ce sont les circonstances qui produisent cette diversité, comme on le Tena
dans la suite.. Troisièmement, le théologien considère les actes humains es
tant qu'ils sont méritoires ou non , qualité qui leur convient et demande
qu'ils soient volontaires. Or , les actes humains ne sont jugés volontaires
ou involontaires que selon que l'on en connolt ou qu'on en ignore ks
circonstances , comme nous l'avons déjà dit. Donc au théologien appar-
tient l'étude des circonstances.
Je réponds aux arguments : !<" Le bien rapporté à sa fin est nommé le
bien utile , ce qui emporte une certaine relation. C'est pourquoi le Phi-
losophe dit, Ethic., I, que l'utile consiste dans ce qui est rapporté à
quelque chose de bien. Or, ce que l'on dit être rapporté à quelque chose
est caractérisé non-seulement par ses qualités intrinsèques, mais aossi
par les rapports extrinsèques ; c'est ainsi que l'on appelle une position,
position de droite ou position de gauche ; une chose égale ou inégale, ^
ainsi de suite. Et comme la bonté des actes consiste dans leur utilité par
rapport à leur fin, rien n'empêche qu'on les nomme bons ou mauvais d'à*
près les rapports qu'ils ont avec les choses qui les touchentextérieuremeat.
^ Les arts ne s'occupent pas des accidents qui ont un être complè»
tement accidentel , à cause de leiir incertitude el de leur infinité. Mais
raiiooe. Primo quidem, quia tbeologas consi-
dérât actus hiimanos, secondùm qu6d per eos
bomo ad bealitudinem ordioatur. Qmae autem
quod ordioatur ad hnem, oportet esse propoi*-
iionatum fini^ actas autem propoilionantur uni
aecuaùiim commensarationem quamdam, qus
fit per débitas circumstanlias : onde coasideralio
circumstantiarum ad theologum pertinet. Se-
cundo, quia theologus considérât actus humanos
secundùm quôd in eis invenitur bonum et ma-
lum, melius et pejus ; et hoc diversificatur se-
cundùm circumstantias, ut iufrà patebit (1).
Tertio, quia Iheologus considérât actus humanos
secundùm qu6â sunt meritorii vel demeritorii,
quod convenit actibus humanis; ad quod requi-
ritui quod sint voluntarii. Actus autem humanus
judicatur voluniarius vel involuntarius se-
cundùm cognitionem vel iguorantiam circum-
stantiarum, nt dictom est : et ideo consideratîo
circumstantiarum pertinet ad theologum.
Ad primum ergo dicendum, quôd bonum
ordinatum ad finem dicitur utile, quod importif
relationem quamdam. Unde Philosophas didt
in I. Ethic.j qu6d in ad aliquid bonum est
utile. In his autem qu» ad aliquàd dicuntor,
denominatur aliquid non solùm abeo quod ioest»
sed etiam ab eo quod extiiiiseens adjacet, ul
patet in dextro et sinidtro, squali et incqaali,
et simiiibus. Et ideo cùm bonitas actnum stt,
in quantum sunt utiles ad Ûnem, nibil prohibei
eos bonos vel maios dici secundùm praportiiH
nem ad aliqua qnœ exteriùs adjjacenL
Ad secundùm dicenduBi, quM accidentia qua
omnino per aecidena se habent^ reliAquautar
ab omni arte propter oornm incertitudijMm et
inûnitatem. Sed talia accidentia non babent
(i) Tum qu. f 8 . art. 10 , qnèd la specie boni vel mali coffisiituat moralem a^'um circum*
atanlia; et art. Il, qu6d ejos bonitatom vel ■n»liiii^m ciiÀunstantia quoqae aageat, ton
'*rt. 7, qu6d aggravet peccatum, etc.
SES CfRCONSTANGES SES AfiTES HITMATNS; 343
ces accidents ne sont pas rangés parmi les circonstances^ parce qoe les
circonstances, comme nous avons dit, sont extérieures à l'acte , de teUe
sorte néanmoins qu'elles l'atteignent de quelque manière , lui étant su-
bordonnées. Pour les accidents qui sont tels par eux-mêmes, ils sont
Tobjet de Tart.
30 La considération des circonstances est l'objet du moraliste, du poli*
tique et du rhéteur. Du moraliste, en tant que les circonstances dépassent
ou ne dépassent pas ce milieu qui fait la vertu dans les passions et les
actes de lliomme. Du politique et du rhéteur, en tant que les circon-
stances rendent les actes louahles ou blâmables , susceptibles d'excuse ou
d'accusation, sous divers rapports , toutefois; car, ce que le rhéteur per-
suade, le politique le juge. Et c'est aussi rcd)jet du théologien à qui tous
les autres arts servent, pour toutes les raisons précédentes; car il s'oc-
cupe avec le moraliste des actes vertueux et vicieux, et considère avec le
rhéteur et le politique , les actes humains en tant qu'ils sont dignes de
châtiment ou de récompense.
ARTICLE III.
Les circonstanceg sonl^elles conven(d)lemetU énumérées dans le trùisièma Hvtb
de ^Ethique?
Il paroît que les circonstances ne sont pas convenablement énumérées
dans le troisième livre de VEthique, 1» On appelle circonstance d'un acte
une chose extérieure qui se rapporte à cet acte. Or, tels sont le temps et
le lieu. Donc il n'y a que ces deux circonstances, â savoir, quand et où.
2® Par les circonstances on connoît si une chose est bonne ou mau-
vaise. Or, cela regarde le mode de l'acte. Donc toutes les circonstances
sont renfermées dans une seule , qui est le mode d'action.
3"* Les circonstances n'appartiennent pas à la substance de l'acte. Mais
fatiooem circumstaaiic , quia» ut dicttim est ,
gic circamsUntias sont extra actum, qu6d tamen
actum aliquu modo contingant, ordioate ad
ipsuffl; accidentia autem per se» cadunt aub
«rte.
Ad tertium dicendom, quôd consideratio
circomstaDUaram pertinet ad moralem, ad poli-
ticom, et ad rhetocem. Ad moralem quidem ,
prout secundiim res iaveniiur ie\ pnetermilUlur
mediam virtuUs in hamaois actilMis et passio-
Dibus. Ad politicoffl autem et rhetorem, secun-
dùm qa6d ex circumstantiis actus reddunlur
Uudabîles vel vituperabiles , excasabiles ye\
accusabiles; diveraimodè tamen» nam quod
ifaetor persaadet, poiilieas dijndicat. Ad theo-
logum autem, cui omues alis artes deserviunt,
pertinet omaibus modis pnedictis; nam ipse
babet considerationes de actibus virtuosis et
vitiosis corn monli, et conâderat actos secnn-
dùm qa6d merentor poenam 7el pRemium corn
rfaetore et politico.
ARTICULUS m.
Vtrùm convenienter enumerentur eircmm"
ttantim in tertio Elbicorum.
Ad tertinm sic proceditur. Videtur qnôd iii-
contenienter drcamstantise nomerentor in III.
Ethic. Qrcumstantia enim actos dicitar, quôd
exteriùs se babet ad actum. Hajusmodi autem
sunt tempus et locus. Ergo soke du» sunt cîr-
cnmstantis, scilicet quando et uài,
2. Pneterea , ex circumstantiis accipitmr qnid
benè Tel malè fiât. Sed hoc pertinet ad modum
actus. Ergo omnea dicomstantiaB indudontor
Sttb una, que est modus agendi.
S. Pr^terea, circumstanlis non sont de sub-
1
341* V II* PARnS^ QUESTION YII, ARTICLE 3.
les causes d'un acte paroissent appartenir à la substance de cet actô. Done
aucune circonstance ne doit être prise dans la cause de Tacte lui-roème.
Donc, ces questions : Qui a fait l'acte^ pourquoi Ta-t-il fait, quel a été son
objets n'indiquent pas des circonstances; car la première désigne la cause
efficiente, la seconde, la cause finale, la troisième, la cause matérielle.
Mais le contraire est appuyé sur l'autorité du Philosophe.
(Conclusion. — Dans les actes humains on doit considérer celui qui
a fait l'acte, les secours ou les instruments dont il s'est servi, ce qu'il a
fait, pourquoi, comment, quand et sur quelle matière il l'a fait. )
Cicéron, dans sa Rhétorique, assigne les sept circonstances suivantes :
«quel est celui qui a fait l'acte, où, avec quel secours,* pourquoi, comment
et quand il l'a fait. » On doit examiner dans un acte, qui l'a fait, arec
quel secours ou quels instruments il l'a fait, ce qu'il a fait, où
il l'a fait, pourquoi, comment et quand il l'a fait. Mais Aristote,
Ethic, m, ajoute une autre circonstance, à savoir, sur quelle matière
l'acte a été accompli, ce que Cicéron fait rentrer dans celle^^i, à savoir,
ce que l'on a fait. On peut assigner ainsi la raison de cette énumé-
ration : la circonstance étant une chose qui, existant en dehors de la
substance de l'acte, y est néanmoins adhérente, cela peut avoir lieu de
trois manières : d'abord, en tant que cette chose atteint l'acte lui-même;,
en second lieu , en tant qu'elle atteint la cause de cet acte ; en troi-
sième lieu , en tant qu'elle atteint son effet. Or, elle atteint l'acte lui-
même, ou par manière de mesure, comme le temps et le lieu; ou
par manière de qualité de cet acte même, comme le mode d'action. Du
côté de l'effet, on considère ce que quelqu'un a fait. Du côté de la cause
de l'acte, la cause finale est ce pourquoi on l'a fait ; la cause matérielle
indique ce sur quoi on l'a fait ; lajrause principale agissante indique qui
stantia acius. Sed ad substantiam actus perti- 1
nere videntur causa ipsios actus. Ergo nulla |
drcuiDStaniia débet sumi ex causa ipsius actus.
Sic ergo neqae guis , neque propier quid ,
neque circa quid, sunt circumstantûe ; nam
guis pertinet ad causam efficienteaiji propter
quid ad liiialem , circa quid ad materia-
lem.
Sed contra est aoctoritas Philosopbi in lU.
Ethic, ( cap. % yf\ 8 ).
(CoMGLusio. — In hninanis actibos quis fecit»
quibus auziliis seu înstramentis, quid, cur,
quoinodo, et quaodo, et circa quid fecerit,
inspicienda sunt.)
Respondeo dicendum^ qu6d TuUius in sua
Rhetorica assignat septem circumstantias, quœ
hoc versa continentur : « Quis, quid, ubi, qui-
bus auiiiiis» cur, qnomodo, quando. » Gonsi-
derandum est enim in actibus, quis fecit, qui-
bus anxiliis vel iustnimenUs fecerit, quid fe-
cerit, ubi fecerit , cur fecerit, quomodo fecerit,
et quando fecerit. Sed Aristoteles in III. Ethic,
addil aliam, scilicet circa quid, qu» à TuUio
comprehenditur sub quid. Et ratio hujus an-
numerationis sic accipi potest; nam drcnni-
stantia dicitur quasi eitra snbstaniiam actus
existens, ita tamen qu5d aliquo modo attingit
ipsum , contingit autem hoc fieri tripliciter :
uno modo , in quantum attingit ipsum actum ;
alio modo, in quantum attingit causam actus;
tertio modo, in quantum attingit effectum.
Ipsum autem actum attingit, irel per modum
mensur», sicut teropus et locos ; vel per modum
qualitatis actus, sicut modus agendi. Ex parte
autem effectua, ut cùm consideratnr quid aliquis
fecerit. Ex parte ver6 causas actus, quantum ad
causam finalem, acdpitur propter quid. Ex
parte autem cause materialis sive objecti, ac-
dpitur cireo^utef. Ex parte verô causa agentis-
principalis , accipitur quis egtrit» Ex parte
SES CIRCONSTANCES DES ACTES HUMAINS, 345
l'a fait ; et la cause instrumentale agissante indique avec quels secours
on l'a fait (1).
Je réponds aux arguments : 1*» Le temps et le lieu sont des circon-
stances qui se rapportent à l'acte par manière de mesure. Mais les autres
circonstances se rapportent à Tacte en tant que, existant en dehors de sa
substance^ elles atteignent cet acte d'une manière quelconque.
2o Cette qualité de bien et de mal ne doit pas être regardée comme
circonstance^ mais comme* résultant de toutes les circonstances. On
regarde comme circonstance particulière, le mode appartenant à une
qualité de Tacte, par exemple, la vitesse ou la lenteur avec laquelle un
homme marche; la force ou la modération avec laquelle il frappe, et ainsi
des autres cas.
3» La condition de la cause qui fait que la substance de l'acte dépend
de cette cause, n'est pas appelée circonstance, mais une simple condition
surajoutée : ainsi on n'appelle pas la circonstance du vol, la qualité qu'a
l'objet volé d'appartenir à autrui, cela est de la substance du vol; mais
on appelle circonstance, la petitesse ou la grandeur de cet objet. Et il en
est de même des autres circonstances que l'on remarque dans les autres
causes; car la fin qui spécifie l'acte n'est pas une circonstance; on ne peut
regarder comme circonstance qu'une fin surajoutée. Ainsi, que celui
qui est courageux agisse avec vigueur , en vue du bien que la force im-
plique, ce n'est pas ime circonstance; mais bien , s'il travaille courageu-
sement pour la délivrance de la cité ou du peuple chrétien, ou pour toute
autre fin semblable. Il en est de même si l'on considère encore ce qui est
produit; car, quelqu'un répandant de l'eau sur un autre, le lave, ce n'est
pas une circonstance de l'ablution ; mais qu'en le lavant , il lui fasse
sentir le froid ou le chaud, qu'il le guérisse ou lui nuise, il y aura alors
circonstance.
(1) La règle posée par Aiîstote, et rénumèratioD qo*il a donnée, sont adoptées dans tons
les genres d*en8eignenients : la théologie s'en sert comme la rhétorique et la Jurisprudence.
ver6 causs agentis iostrumentalis, acdpitor
guibus auxiliis,
Adprimum ergo dicendom, quèd tempus et
locQS circumstant aclum per modnm mensuras ;
sed alia drcnrostant actom in qoantum altin-
guntipsum quocunqne allô modo, extra sab-
atantiam ejus existentes*
Ad secandnm dicendom , qoôd iste modus
qui est benè vel maU, non ponitnr rircum-
stantia, sed consequens ad omnes ciicumstan-
tias; sed snecialis circumstantia ponitnr modus
qui pertinet ad qnalitatem actns, putà qa6d
aliquis arobulet Telodter vel tardé, et quèd ali-
qnis percutit fortiter vél romiasèy et sic de
aliis.
Ad terthim dicendnm, qoM iUa eonditiocansœ
ex que snbstantia actns dependet, non dicitnr
circumstantia , sed aliqua couditio adjnncta :
sicut in objecto non cUiilur circumstantia furti,
qu6d Bit alienum, hoc enim pertinet ad sub-
stantiamfurti; sed quôd sit magnum irel par-
vnm. El dmiiiter est de aliis circumstantiis
qus accipiuntur ex parte aliamm causarum;
non enim finis qui dat speciem actui est cir-
fumstanlia, sed aliquis finis adjunctus : sicut
qu6d fortis fortiter agat propter bonum fortitu-
dinis, non est drcnmstantia; sed si fortiter agat
propter liberationera civitatis, vel popoU chris-
liani, veL aliquid bojusmodi. Similiter etiam ex
parte ejus quod est quid; nam quôd aliquis
perfundens aliqnem aquâ , abluat ipsum , non
est circumstantia ablulionis; sed qu^ abluendo
infrigidet, vei calefadat, et sauet, vel noceat,
hoc est circnmstanlia.
346
V !!• PARTIS, OtnSSTION VII, ARTICLE 4.
ARTICLE IV.
Les principales circonstances sont^lles ce pourquoi ^acU est fait, et les choses
qui constituent Vopéraition?
n paroit que les principales circonstances ne sont pas ce poniquoi Vacta
est accompli et les choses qui constituent l'opération, comme le dit Ans-
tote, Ethic.y III. 1"* Il semble que les choses dans lesquelles se passe
l'action, sont le temps et le lieu, qui ne paroissent pas occuper le premier
rang parmi les circonstances, puisqu'ils sont les circonstances les plus
extérieures à l'acte. Donc les choses dans lesquelles se passe l'action
ne sont pas les circonstances principales.
2° La fin d'une chose lui est extérieure. Donc la fin n'est pas la cir»
constance principale.
Z" Ce qu'il y a de principal dans une chose est sa cause et sa forme.
Or la cause de l'acte est la personne agissante, et la forme de cet acte, le
mode qu'il revêt. Donc ces deux circonstances semblent être les princi-
pales.
Mais, au contraire, saint Grégoire de Nysse dit : « Les circcmstanoes
principales sont la chose pour laquelle on agit, et la chose mèmp qui est
foite. »
(Conclusion. — La première circonstance est celle qui atteint l'acte
humain du côté de sa fin, à savoir, la chose pour laquelle on agit; la
circonstance qui suit celle-là, est celle qui atteint l'acte dans sa sub-
stance, à savoir, ce qui a été fait )
Un acte est appelé humain en tant qu'il est volontaire; on l'a déjà vu.
Or, la fin est le motif et Tobjet de la volonté; c'est pourquoi celle-là est
la principale des circonstances , qui atteint l'acte du côté de la fin, e'est-
On n*a Jamais entrepria de 8*eii écarter, sans tomber dans une classification arbitraire, on dans
dn redites imitiles. Mais en6n on Ta entrepris; et cela sufiisoit pogr que «aiiil Thomas iH ci«
devoir provrer ou légitioMr la célèbre énunératioii du Stagyrile.
ARTICULUS IV.
VtrkmtinifTineifalitercircumtUaitimçvoi[f{et
quid , et ea in quihus ett operatio.
Ad qvartam sic proceditar. Videiurquèd non
sÎDt principales drcamfltaatis propter quid
et « ea in qaibos est operatio^ » ut dicitur in
UI. Ethic» Ea enîm in qoibus est operatio,
videntur esse locus et tempus, qu» non videntor
esse principalia inter drcumstantias^ cùm sint
maxime extriofieca ab actn. Ea ergo in qnibus
est operatio, non sunt principslisaioia circum-
staniiaram.
2. Prsterea, finis est extrinsecas rd. Non
ergo videtor esse principalissima dicamstan-
iianim.
8. Prœterea, principaUssimum in nnoqnoque
est causa ejus et forma. Sed causa ipâos actns
est persona agens, forma autem actos est modoa
ipsius. Ergo isise dtue eârcuartantia Tîdentur
esse piincipalissinue.
Sed contra est, qnod Gregorina Nfasenns
dicit ( ubi suprà ) , qn6d « prindpaliaBims cir-
camstautia^ sunt, cujns gratia agiUir, et quid
est quod agitor. »
( GoRCLuaio. *- Circomstantia tpm attingit
humanum aetnm ex parte finis, prima est, sci-
licet ctéjus gratta ; qnam seqnibir drcomstantia
attingeos actnm seeimdùm substantiam, Tîde-
licet quid fécit. )
Respondeo dioendnm, qu5d actos propriè di-
cnntur humani^ sicut suprà dictnm est, pioni
sont voluntarii; volnntatis antam motivnm et
objectnm est finis : et ideo principalissima esi
TBB8 OUXL OBnrr SE PORTE lA VOLONTÉ. 347
à-dire^ la chose pour laquelle on agit. La seconde est celle qui atteint la
siibstance de Tacte , i savoir^ ce que l'on a fait. Les autres circonstances .
sont plus ou moins importantes selon qu'elles se rapprochent plus ou
moins de celles-là.
Je réponds aux arguments : 1* Par les choses dans lesquelles est Topé-
ration^ le Philosophe n'entend pas le temps et le lieu^ mais les choses
qui s'adjoignent à l'acte lui-même : d'où saint Grégoire de Nysse, expli-
quant les paroles du Philosophe, à la place de ces mots, « dans lesquelles
est l'opération, » met, c ce qui est fait. j>
2<> Quoiqu'elle n'appartienne pas à la substance de l'acte, la fin est ce-
pendant la principale cause de l'acte , en tant qu'elle détermine Tageut;
c'est pourquoi l'acte moral est surtout spécifié par sa fin.
30 La personne agissante est cause de l'acte en tant qu'elle est déter-
minée par la fin : et c'est par li principalement qu'elle est ordonnée par
rapport à l'acte ; les autres conditions de la personne ne se rapportent pas
aussi directement à l'acte; le mode lui-même n'est pas la forme substaur
tielle de l'acte ; car cette forme est déterminée dans l'acte, par son ohjet^
sa fin ou son terme; mais il en est, pour ainsi dire, une qualité acci-
dentelle.
QUESTION VIII.
De Im irolottté. Ven fiuel oli}et eUe se porte.
n faut ensuite examiner les a/stes de la volonté en particulier; et d'abord
les actes qui viennent immédiatement de la volonté, ou qui sont immé-
omniam circumstantianim , illa qu» attingit
actam ex parte finis , scilicet cujus gratia,
Secandaria ver6 qu» attingU ipsam aobstantiam
actus, id est, quidfecit, Alis Ter6 circumstan-
tis sunt magis vel minus principales, secun-
dùm qnôd magis vel minus ad has appropin-
quant.
Ad primun ergo dieendum , qiiôd per ea in
quibus est operatio, Pbilosophus non inteUigit
tempus et locom, sed ea qiue adjunguntur ipsi
aclui : onde Gregorins Nyesenus quasi exponeos
dictam PbiloBophi, looo ejos quod Philosophns
dixit : « In quÛ)as est operatio, » didt, « quid
agitur. » I accidentalis.
Ad secundum dieendum, qu&d finis etsi non
sit de substantia actus, est tamen causa actus
principalissima in quantum movet agentem ad
agendum : unde et maxime actus moralls spe*
ciem habet ex une.
Ad tertiuffl dieendum, qu6d persona agens
causa est actus secundum qu5d movetur à fine ;
et secundum hoc phncipaliter ordinatur ad ac-
tum. Aliae verd conditiones persome non ita
principaliter ordinantur ad actum. Modus etiam
non est substantialis forma actus, bec enim
attendilur in actu secundum objectum vel finem
et termlnum; sed est quasi quidam qualitas
QUiESTIO YIIL
De voluntùte^ quorum iit ut nolilorum, in trei articuloi divitOm
Deinde considerandum est de ipsis actibus 1 sunt immédiate ipsius voluntatis, velut à volun-
folttutatîs in speciali. Et prim6» de «ctibus qui | taie eliciti ; secondù, de actibo» impentis à
SkS 1" !!• PAETÏE, OUBSTION VIII, ARTICLE 1.
diatement produits par elle; puis les actes commandés par elle. Or la
volonté se porte vers la fin et vers les choses qui conduisent à cette fin.
n faut donc examiner d'abord , les actes par lesquels la volonté so
porte vers la fin , et puis les actes par lesquels elle se porte vers les
«hoses qui conduisent à cette fin. Or, il semblé y avoir trois actes par
lesquels la volonté se porte vers la fin, vouloir, jouir, et se proposer.
Nous examinerons, par conséquent , en premier Ûeu , la volonté , en se«
cond lieu, la jouissance , en troisième lieu, l'intention.
Relativement à la volonté proprement dite, trois choses sont i consi-
dérer : d'abord, vers quels objets se porte la volonté; eu second lieu, par
quoi elle est mue; enfin comment eUe est mue.
Sur la première de ces choses, trois questions se présentent : 1"» La
volonté se porte-t-elle seulement vers le bien? ^ Se porte-t-elle seule-
ment vers la fin, ettne se porte-t-elle pas en outre vers les choses qm
conduisent à cette fin? 3<» Si elle se porte de quelque manière vers les
choses qui conduisent i la fin, est-ce par le seul et même mouvement
qui la porte vers cette fin?
ARTICLE L
La volonté ne se porte-t-elle que vers le bien?
n paroit que la volonté ne se porte pas seulement vers le bien..l« La
même puissance saisit les choses opposées; ainsi, la vue perçoit le blanc
et le noir. Or, le bien et le mal sont opposés. Donc la volonté ne se porte
pas seulement vers le bien, elle se porte aussi vers le mal.
^ Les puissances rationnelles, d'après le Philosophe, peuvent se
porter vers des choses opposées. Or, la volonté est une puissance ration-
nelle; car elle est dans la raison , comme le dit Aristote, De anima, IIL
Tolantate. Voluntas antem mo^etar ia flnem
et in ea qos sunt ad finem.
Primo igitur considerandam est de acUbus
voluntatis qnibus movetnr in finem, et deinde
de actibus ejos qaibus movetur in ea quœ sont
ad &nem. Actus autem ^oluntatis in Qnem yx-
dentur esse très, scilicet velle, frai et intendere.
Primo ergo considerabimas de voluntate ; se-
eand5> defniitioue; tertib, de intentione.
Circa primam oonsideranda sont tria : prim6
quidem, quoram ^voluntas sit; secundo, à qoo
moveaiar; tertiè^ quomodo moveatur.
Circa primum qusruntor tria : 1* Utrùm vo»
luntas sit tantùm boni. 2» Utrùm sit tantùm
fiuis, an etiam eorum qnm sont ad flnem.
S* Si est aliqao modo eorum qos sunt ad finem,
Qtr&m uno motn moveatur in flnem et in ea
qua sunt ad flnem.
ARTICULUS I.
Utrûm voluntas «fl tantvm boni.
Ad primnm sic proceditur (1). Videtor qn5d
voluntas non tantùm sit boni. Eadem enim est
potentia oppositorum (ex Ethic, V), aient
visus albi et nigri. Sed bonum et malum sunt
opposita. Ergo voluntas non solùm est boni,
sed etiam mali.
8. Prsterea, potentis rationales se babeit
ad opposita proseqaenda , secundùm Philoso-
pbum (lib. IX. Metaphys., text. 8). Sed vo*
luntas est potentia rationalis; est enim in ra-
tione, ut dicitur in UI. De anima (text. 48).
(i) De bis etiam I. part., qu. 19, art. 9; ul et I, Sent,^ dist. 46, ait. 9, ad 9; et II, Sent.»
ist. 3 , qu. i , art. uoico , ad 2; et IV, item 5en<.« dist. 49 , qu. 1 , art. 8, qacsiittiic« 1 ; ei
rOfiIra G$tU.^ Ub. I, oap. 96, § 9; et qu. 1 , de verit., art. 9.
YERS OU£L OBJBT SE PORTE LA VOLONTÉ. 349
Donc la Yolonté peut se porter vers des choses opposées. Donc elle peut
>70iiloir, non-seulement le bien^ mais aussi le mal.
S"" Le bien et Tëtre sont une seule et même chose. Or, la volonté sa
porte non-seulement vers ce qui est, mais encore vers ce qui n'est pas;
car^ nous voulons quelquefois ne pas marcher et ne pas parler ; nous
voulons aussi des choses futures, qui ne sont pas des êtres en acte. Donc
la volonté ne se porte pas seulement vers le bien.
Mais au contraire, saint Denis dit. De div. Nomin., IV : a Le mal est
en dehors de la volonté , tous veulent le bien. »
( Conclusion. — La volonté étant une inclination, qui suit l'appréhen-
sion de l'intelligence, ne se porte que vers le bien, ou vers l'apparence
du bien. )
La volonté est un appétit rationnel. Or, tout appétit a le bien pour
objet. La raison en est que l'appétit n'est que l'inclination du sujet vers
quelque chose. Or, nul être n'est incliné que vers un objet qui a avec lui
des rapports de convenance et de similitude. Donc, tout être, en tant
qu'être et substance, étant un certain bien, toute inclination doit néces-
sairement avoir le bien pour terme : et de là le Philosophe dit, Ethic*, I :
a Le bien est ce vers quoi se portent tous les êtres. »
Mais il faut considérer de plus que toute inclination suit une forme
déterminée. L'appétit naturel suit la forme telle qu'elle existe dans la
nature ; l'appétit sensitif et même l'intellectif ou le rationnel appelé vo-
lonté, suivent la forme perçue par l'intellect. De même donc que l'objet
vers lequel tend l'appétit naturel, est le bien tel qu'il existe en réalité,
l'objet vers lequel se porte l'appétit rationnel ou volontaire, est le
bien tel qu'il est perçu par l'intellect. Conséquemment, pour que la vo-
Ergo TOlmitas se habei ad opposita; non ergo
Uotùm ad irolendum bonum, sed etiam ad vo-
lendam nnalum.
8. Prsterea, bonum et«yu coaveiinntur(l).
Sed volonfas non solùm est entium , sed eliam
non entium; volumus enim quandoque non
ambulare et non loqui ; volumus etiam interdum
qusdam futura , qus non sunt entia in acta.
irgo voluntas non tantùm est boni.
Sed contra est, quod Dionysius dicit, IV.
cap. De div, Nomin,, qu6d « malum est prê-
ter voluntatem,» et qu5d « omnU bonum ap-
peluot. »
(CoKausio.— Voluntas, cùm sitincUnatio
coasequens intellectûs apprebensionem, est non
fliii io bonum, vel apparens bonum. )
Respondeo dicendum, qu5d voluntas est ap-
pelilus quidam rationalis ; omnis autem appe-
appetiins nibil aliud est quàm qusdam incli*
natio appetentis in aliquid *, nihil autem incli-
natur nisi in aliquid siinile et conveniens. Cùm
igitur omnis res , in quantum est eus et sub-
stantia , sit quoddam bonum , necesse est nt
omnis inclinatio sit in bonum ; et inde est quod
Philosopbus dicit in I. Ethic, qu6d a bonum
est quod omnia appetunt. »
Sed considerandum est^ qu6d cùm omnis
inclinatio consequatur aliquam formam, appe-
titus naluralis conscquitur formam in catura
exislenlem; appetitus autem sensitivus, vel
eliam intellectivus , seu rationalis, qui dicilur
voluntas, sequitur formam appretiensam. Sicut
igitur id in quod tendit appetitus naturalisa est
bonum existens in re, ita id in quod tendit ap-
petitus animalis vel voluntarius, est bonum
I apprebensum. Ad boc igitur quod voluntas in
tilQs Don est nisi boni : cujus ratio est^ quia | aliquid tendat, non requirîtur quôd sit bonum
1) Id est, de quoconque dicilur ttonmi dicitoc ei aliud ; quit «s quo aliquid est ena, inTerltir
tit boounii et é converso.
Jl
S50 l^ II* PARTIE^ QUESTION Vllf^ ARTIGLE 1.
loQté tende vers une chose^ il n'est pas besoin que cette chose soit un
réel , mais qu'elle soit saisie comme bien : voilà pourquoi le Plijlosopbf^
dit , Ethic, U : « La fin est le bien ou une apparence de bien (1). »
Je réponds aux arguments : i* La même puissance a poar objet de?
choses opposées; mais elle n'est pas avec elles dans les mêmes rapport r
la volonté a pour objet le bien et le mal ; mais le bien^ elle le souhait?,
le mal , au contraire , elle le fuit. Le désir actuel du bien s'appelle t9*
lonté^ en tant que la volonté désigne Tacte même^ et c'est dans ce se&«
que nous la prenons maintenant. La fuite du mal s'appelleroit mieos
noiontéy et, comme il y a une vùlùnté du bien^ il y a une noUmté do
mal.
Sf" La puissance rationnelle ne se porte pas vers les choses opposées,
quelles qu'elles soient , mais vers celles qui sont renfermées dans nne
classe d'objets qui lui conviennent ; car, une puissance ne poursuit q»
l'objet qui lui convient. Or, l'objet de la volonté est le bien : d'où elle se
porte vers les choses opposées qui rentrent dans la classe du bien; par
exemple , se remuer ou demeurer en repos , parler ou se taire , et antres
choses semblables. La volonté se porte vers chacune de ces choses, en
tant qu'elle lui semble bonne.
80 Ce qui n'est pas dans la nature des choses, est considéré comme être
par notre raison. C'est pourquoi on appelle les négations et les privations,
des êtres de raison. Et de cette manière les choses futures, en tant que
perçues , sont des êtres : et en tant que possédant un être de ce genre,
elles sont saisies comme bonnes , et la volonté se porte ainsi vers eUes :
c'est pour cela que le Philosophe dit, Ethic, V, que a l'absence du mal
dans une chose rend cette chose bonne. »
(1) Si rhomme veut nécessairement sa béatitude, ee qni â été déJA démontré, n s*(
que sa volonté ne peut, en définitive, se proposer que le bien. G^est la loi de la nature , c*est
In rei veritate, sed quôd apprehendatar in ra-
tione boni : et propterhoc Philosophus dicit in
U. Physic. (text. 81), qu6d « finis estbonam,
vel appareos bonum. »
Ad primum ergo dicendum, qu5d eadem po-
tentia est oppositorum; sed non eodem modo
se babet ad utrumque. Voluntas igitur se babet
,et ad bonam et ad malum, sed ad bonum, ap-
petendo ipsum, ad malum verô fugiendo iUud.
Ipse ergo actualis appetitus boni vocatur volun-
tas, secundùm quôd voluniat nominat actum
voluntatis, sic enim nonc loquimur de voluntate;
fUga autem mali magis dicitur noluntas, unde
sicut wdtmtas est boni, ita noluntas est mali.
Ad secundùm dicendom, qu6d potentia ratio-
nalis ûOQ se babet ad quaelibet opposita prose-
quenda, sed ad ea que sub suo objecto conve-
oienti continentur; nam nuUa potentia prose-
quitur nisi coovenienssuumobjectum. Objectom
autem voluntatis est bonum : unde ad illa op-
posita prosequendi se babet voluntas, qns sob
bono comprebendnntur, sieut moveri et quies-
cere, loqui et tacere, et alla bujusmodi; in
ntnimque enim bomm fertor voluntas sub n-
tione boni.
Ad tertium dicendom , qnôd lUud quod non
est ens in rerum natura, accipitur ut eus in rat-
tione. Unde negationes et privationes entia di>
cuntur rationis ; per qnem etiam modam fntoit,
prout apprebenduntur, sunt entia; in quantum
igitur sust hujusmodi entia, apprehenduntor
sub ratione boni, et sic volnntas in ea tendit :
unde Pbilosopbus didt in V. Ethic, qoM
« carere malo babet rationem boni (1). »
(1) Slve paulô aliter quôd mtiiuf mal^m quoàcm modo tidetwr honwn eus; ut ciip; i^
fr«co-lat., videre est, vel in antiquis, cap. 1, et apud S. Thomam, loct. 1, sob floen.
TEES QÇBL OBIET SE FORTE hk TOLONTÉ. 35t
ARTICLE n.
La volonté se porte^-elle seulement vers la fin, ou se porte-t^elle aussi ven
les choses qui conduisent à cette fin ?
n paioit que la volonté ne se porte pas vers les choses qui conduisent
à une fin^ mais seulement vers cette fin elle-même, i** Le Philosophe dit,
jEthic.3 m : c La volonté se porte vers la fin^ et Télection^ vers les choses
qui mènent à cette fin. »
So Aux choses qui appartiennent à des genres différents ^ correspondent
différentes puissances de l'âme ^ comme le dit Aristote^ Ethtc, VI. Or^
la fin et les choses qui conduisent à cette fin appartiennent à différents
genres de hien : la fin ^ qui est un bien honnête ou délectable^ appartient
au genre de la qualité , de l'action ou de la passion; le bien qui mène à
la fin, nommé l'utile ^ est dans le genre des choses qui sont rapportées à
d'autres, comme il est également dit^ Ethic, I. Donc^ si la volonté se
porte vers la fin, elle ne se portera pas vers les choses qui mènent à
cette fin.
3" Les habitudes sont proportionnées aux puissances ^ puisqu'elles sont
ces puissances perfectionnées. Or, dans les hsdbitudes que l'on appelle arts
d'opération 5 à l'une se rapporte la fin, et à l'autre ce qui mène à cette
fin; par exemple^ à l'art de gouverner un navire^ appartient l'usage de
ce navire 9 qui est la fin; à l'art de le construire, appartient sa construc-
tion^ laquelle mène à la fin. Donc la volonté se portant vers la fin , ne
peut se porter vers les choses qui conduisent à cette fin.
Mais te contraire résulte de ce que, dans les choses naturelles^la même
puissance se sert des moyen^i et arrive à son terme. Or les choses qui
riinpiilsioii donnée par Bien ; mais nous avons vu que rhomme , en abusa nt de sa raison ,
s'écarte bien iouveni de ee but dans ses volitions particulières. C'est ce qui fait dire ailleurs
au docteur angélique : « Tout désir naturel est légitime. » H n'en est pas de mémo du désir
rationnel , à cause des ténèbres qui assiègent la raison humaine , et des entraînements de la
Concupiscence.
ARTICULUS U.
VtrUm vohmtoê sit taïUum finie, an etiam
torum quœ ttml adfinem,
Ad secnndum sic proceditur. Videtur qaôd
Toluntas non sit eoram qus f(imt ad finem, sed
taniùm unis. Dicit eoim Pbilosophus iu Ui.
in ad tdiquid, nt didtur in I. Eihic, Ergo s{
7oIuntas est finis, non erit eonim qu» sunt ad
finem.
3. Prsterea , babitus proportionantur poten«
tiis, cùm sint eanim perfectiones. Sed in ha«
bitibus qui dicuntnr artes operativc , ad aliud
pertinet finis, et ad aliod quod est ad finem :
EtkiCj qnôd a voluntas est unis, electio autem 1 sicut ad gabernationem pertinet usas navis ,
eoram qu» sont ad finem. » qui est finis ejus; ad navifactivam vetb con-
1 Prsteiea, ad ea qn» diversa snnt génère,
divers» potdntis animae ordinantor, ut didtur
in VL Ethiç, Sed finis et ea quae sont ad finem,
sont in diverse génère boni ; nam finis qui est
bonum bonestom vel delecl2i)ile, est in génère
qoalitatis, vel actionis ant passionis ; bonum
autem quod dicitor utile} qaod est ad fiuem» est
structio navis, qns est propter finem. Ergo cùm
voluntas sit finis , non erit eoram qa« sunt ad
finem.
Sed eo&tra est, qoia in rebiis natoralibos per
eamdem potentiam aliqnid pertransit média et
pertingit ad terminnm. Sed ea qnœ sunt ad
âaeOf sont quidam média par qw pervenitar
352 1" II* PARTIE, QUZSTIOK Tin, ABTIGLB 2.
conduisent i une fin sont des moyens par lesquels on arrive à cette fia ,
comme au terme de l'action. Donc si la volonté se porte vers la fin, elle
se porte aussi vers les choses qui y conduisent.
(Conclusion. — Comme puissance, la volonté considère la fin et les
choses qui y conduisent^ puisque dans ces choses elle voit un bien;
comme acte elle n'a proprement que la fin pour objet.)
On appelle volonté tantôt la puissance en vertu de laquelle nous vou*
lons^ tantôt l'acte volontaire lui-même. Si nous parlons de la volonté
comme puissance^ elle s'étend à la fin et aux choses qui conduisent à
cette fin. Toute puissance, en effet , s'étend aux choses dans lesquelles
elle trouve de quelque manière la nature de son objet; ainsi, la vue s'é-
tend à tous les objets possédant une couleur quelconque. Or la nature
du bien, objet de la volonté, se trouve non-seulement dans la fin, mais
dans les choses qui mènent à cette fin. Si nous parlons de la volonté
considérée comme acte, elle n'a alors, à proprement parler, que la fin pour
objet. En effet, tout acte qui prend le nom de sa puissance, désigne l'acte
simple de cette puissance ; ainsi, connoître ou comprendre désigne l'acte
sûnple de l'intelligence. Or, l'acte simple d'une puissance se borne à ce
qui est en soi l'objet de cette puissance. Mais ce qui est bon et voulu en
soi, c'est la fin. Donc la volonté a proprement la fin pour objet. Les choses
qui mènent à la fin ne sont ni bonnes de soi, ni voulues pour elles-
mêmes ; elles le sont à cause de leur rapport avec la fin : d'où la volonté
ne se porte vers elles qu'en tant qu'elle se porte vers la fin, et elle ne
veut en elle que cette même fin. Ainsi l'intelligence a pour objet propre
les choses qui sont connues en elles-mêmes, c'est-à-dire, les principes;
mais les choses qui ne sont connues qu'à l'aide des principes ne sont
regardées comme l'objet de l'intelligence que parce qu'on y voit les prin-
cipes eux-mêmes. Or, la fin est parmi les objets des appétits ce qu'est le
ad fîncm, sicnt ad terminum. Ergo si voliintas
est finis , ipsa ctiam est eorum qux suut ad
fînem.
(CoKCLusio. — Voluntas^ ut potentiaest, Gnem
et ea qiuc sunt ad Ûuem tanquam bona respicit;
ut verô actum nominat, propriè tantùm finis
esU)
Respondeo dicendiim, qaèd voluntas quan*
doque dicilur ipsa potentia qua volamus, quan-
doque autem ipse volanlatis actus. Si crgo lo-
quamur de voluntate secundùm qaôd noroinat
potcotiam, sic se extendit et ad finem et ad ea
quoî sont ad ûnem. Ad ea enim se extendit
uuaqusque potentia, in qutbus inveniri potest
quocunque modo ratio sui objecti, sicnt visus
se extendit ad omnia quscunque participant
quocunque modo colorem. Ratio autem boni
( quod est objectum potenti» voluntatis ) , in-
venitur non solùm ia finfit scd etiam in hid qu»
sunt ad finein. Si autem loquamur de vobnlnte
sectindùm quôd nomiitat propriè actiim, sic
propriè loquendo est finis tantùm. Omnis enim
actus denominatus à potentia nomiiiat simpli-
cem actum illius potentis , sicut intelUgere
nominat simplicem actum intcUeclûs. Simplex
autem actus potentia^ est in id quoi csl secun-
dùm se objectum potentis; id autem quod e3t
propler se bonum et volitnm , est finis : unde
voluntas propriè est ipsius finis. Ea vero quoi
sunt ad fînem, non sunt bona tcI volita pronier
seipFa, sed ex ordine ad fînem : unde voluntas
in ea non fcrtur nisi quatenus fertur in ûnem ,
unde hoc ipsum quod in eis vuU, est finis.
Sicut et intelligere propriè est eorum quaî se-
cundùm se cognoscuQtnr, scilicet priucipiornm ;
eorum autem qua: coguoscuntnr per principia ,
non dicitur esse intelligentia, nisi in quanluiu
ia eis ipsa principia consideraotor. Sic enim ££
?EBS QVZL OBJET SE PORTE LÀ, VOLONTÉ. 353
oii les objets de TinteUigence^ comme le dit le Philosophe>
:» aux aigoments : V Le Philosophe parle de la volonté en
désigne le simple acte de cette puissance^ et non en tant
^ne la puissance elle-même.
ioses de divers genres et qui sont comme parallèles, corres-
s puissances diverses : ainsi au son et à la couleur, qui sont
sensibles de genres différents, correspondent Touie et la vue.
) et llionnëte n'offrent pas ce parallélisme ; ces choses sont entre
ne Tabsolu et le relatif, qui sont toujours rapportés à la mémo
: ainsi , la puissance qui perçoit la couleur, perçoit aussi la
'ui fait voir la couleur.
t ce qui diversifie lliabitude ne diversifie pas la puissance ; car
udes sont les puissances déterminées i cei:tains actes particuliers:
idant chaque art d'opération considère et la fin et ce qui mène
. L'art de gouverner un vaisseau considère la fin , comme la chose
art produit; et ce qui mène à la fin, comme la chose qu'il com-
. Au contraire, l'art de construire un vaisseau considère ce qui
à la fin comme ce qu'il produit, et ce en quoi consiste la fin,
le ce à quoi se rapporte ce qu'il produit. De même il y a, dans
te art d'opération, une fin propre, et quelque chose qui est rap-
à cette fin ; et ceci appartient proprement à cette sorte d'art.
^ finis in appetibiri1)Q8^ sicut se habet prin-
m in inteltigibilibos 9 nt diciiur in VU.
c. (1).
) primam ergo dicendum, qo6d Philosophas
itar de voluntate secundùm qoôd propriè
inat simplicem aclam volantatis, non au-
. secundùm quôd nominat potentiam.
-Ad secundnm dicendum^ qa6d ad ea que
it diversa génère, eicquo se babentia, o^
aantur diveisds potentis : sicut sonus et color
•ni diversa gênera sensibiliaai, ad qua ordi-
ontur auditua et visus. Sed utile et hones-
um non ex cquo se babent, sed sicut quod
3st tecundùm se et secundùm alterum;
bujusmodi autem semper referuntur ad eam-
dem potentiam : sicut per potentiam visivam
sentiiur et color et lux per quam color yi-
detur.
Ad tertiom dicendum, qa6d non qnioqoid
diYersiÛcat habitum, diversiflcat potentiam.
Habitua enim sunt qusdaari determinationes
poteotiarum ad aliquos spéciales actus; et ta-
men quslibet ars operativa considérât et finem
et id quod est ad finem. Nam ars gubernatin
considérât quidem finem « ut quem operatnr;
id autem quod est ad finem, ut quod imperat :
è contra verô navifactiva considérât id quod est
ad finem, ut quod operatur^ id ver6 quod est
finis» ut ad quod ordinet id qaod operatur. Et
iterum in unaquaque arte operativa est aliquis
finis proprias, et aliquid quod est ad finem,
quod propriè ad illam artem pertinet.
(1) Sic implicUé saltem cap. 0, grœco-lat., vel cap. 8 in antiquis , et apud S. Tbomam,
lect. 8, nempe qaèd i% aelionibus prineipium sst ittud euius causa rssfU» sUut iupposi'
Honss in dissiplimis snêlhemsdMs.
m
23
354 l^ U« PABXtBj QUlSTIQlf TOI^ AXOCfS 3»
AirncLEm.
Le même acte qui porte la voUmlé vers la fin, la portô4^l vers les chose*
qui mènent à cette fint
Il parolt que la volonté se porte par ua in£m6i ada vers la fin et
ce qui mène à cette fin. i^" a Là oà une cboae est i. cause d'une autre il
n'y a^ d'après le Philosophe, qu'une seule chose. » Or la volonté qa ^«eot
ce qui mène à lafin que pour la fin elle-mèmeu Dona, par le mënia acte,
eue se porte vers Tune et l'autre de .ces deux choses*
S*" La fin est la raison pour la^pielle on veut les choses qui mènent i
cette fin; comme la lumière eat la raison de la vision des couleurs,
le même acte suffit pour voir la lumière et la couleur* Donc le
mouvement de U volonté la. por^ vera la fin,, et vens ce qui niàoe i
cette fin.
3*" Il n'y a numériquement qu'un seul, et même acte q[ui tende vers on
terme en passant par les points intermédiaires* Mais les choses, qui mènent
à une fin sont i la fin ce que les moyens sont i un terme. Donc le mftme
acte porte la volonté et vers la fin et vers ce qui. mène à cette fin.
Mais 5 au contraire ^ les acte$ sont diversifiés par leurs objets. Oc la fin,
c'est-à-dire l'honnête , et ce qui mène à la fin , à savoir l'utile , sont des
espèces diverses de bien. Donc la volonté ne se. porte, pas vera eux par un
même acte.
( C!oNCLusioN. — La volonté peut se porter par le même acte vers la
fin et vers les choses qui mènent à cette fin, mais en les envisageant sous
des aspects divers (1). )
La fin étant voulue en elieHnAme, et ce qui mène à la fin n'étaal
(1) Voilà encore une «Sb ces conclusions qui ont le mérite , non-seuleaient d'obscurcir et
de déflgurer la doctrine de saint Thomas , mais encore de U contredire d*une manière à peu
près formelle. La résolution que nous avons d*abord prise , el pour les motifs énoncés au
ARTICULUS m.
Viritm polmUaêtùdâmaeim m9¥0aturinftaâm,
etimid quod est ad $mm.
Ad tertiom sic proeeditiir(l). Videtur qoftd
eodem acta tohiDtas feratiir ib (i«em , et in id
quod est ad finem. Quia secndùm PMlosopliuiD,
a ttbi est unuiD propter idtenun , ibi- est uoom
tantùm. » Sed voluotas non volt id qood est ad
fliiem oisi ptopter ûnem. Ergo eodem acta mo-
Tetur in utrumque.
S. Prsterea, Unis est ratio volendi ea qo»
sont ad finem , sicutlomea est ratio visionis
colonim. Sed eodem acta videtur lumen et color.
Ergo idem est motus voluntatia, quo yuU flnem,
et ea que aunt ad ttnem.
S. Pneterea, idem numéro motus natinilif
est qui per média tendit ad nltimnm. Sed et
qocsunt ad finem, comparantur adflnem»
sicut medh ad nltimnm. Ergo idem motus vo*
lunlaCis est qna vohmtaa feitar in fines , et in
ea quflB sont ad finem.
Sed contra : actns dlversificantur aecmidto
objecta. Sed diTen» apodes boni sont fmt,
et id quod est ad finem, quod dicitur utile,
Ergo Doa eodem actu yoluntas fertur in utra»*
que.
( GoifCLUsio. — Non aolùm io finem , sed et
in ea qus ad finem sunt, voluntas eodem ada
ferri potest, quanquam diversa ratiooe.)
Respondeo dicendum, qu6d cùm finis sit se-
cundùm se volitus, id autem quod est ad finem^
(1) De bis etiam infré, qu. iS, art. i; et II , Sent., dist. 38, qu. 3 , art. i; et 10, Sent.»
dist. U , qu. 1 y an. a, quesUunc. i; et qn. SS, de verit., art. U, tum in corp., tua ad 1
TEBS flOSb QBfET SB HWTE Ik VOUHUTÈ. 355
^onliiy conmie tèl^ qa'à «anse de U fin, il est évident que la Tolonté
peut se porter vers la fia considérée en elle-même, sans se porter vere^
qui mène à cette fin; mais die xie pent se porter vers ee qui mène à la
fin , considéré comme tel, sans se porter vers ia fia ette*mëme. 0»nsé-
qoemment , la vctoité se porte vere une fin de deu manières 'i d'abord,
-en la considérant absolnmeot et «n eUennèiiie; pois, en tant qvMle
embrasse les chose» qui nlènent i ^ette Sats H est done évident que /par
le même acte^ la volonté ee poète et vers la fin^ considérée comme raison
de .vonloir les chMei-qm mènent à cette fin, et vers ces choses dles^
flaèmes. Mais l'aete far kqud elleae porte vera la Un, considéré d'ane
manière abselne^ est diff&râit^ ef il précède qoelqneibisdans Toidredti
temps : par eienqile, an malade vent sa ca^ison d'abord; puis, olMr*>
ehant comment il poarra l'cdtteoirj al vent s'adresser à un médecin aSb
d'être guéri. Cela nrive aussi dasis l'înteUigenoe« r aami quelqu'un eonw»
prend d'abord les principes en eux-mêmes; puis il les comprend dans les
conclusions qui en découlent, en tant qu'il donne son assentiment à ces
conclusions à cause dé ces principes eux-mêmes.
Je réponds aux arguments : t*" Celte prenâère objection considère la
volonté se portant vers la fin, en tant que celle-ci est la raison de vouloir
ee qui conduit à cette même fin.
9» Quelquefois on voit, par le même acte., et la couleur et la lumière:
mais on peut voir la lumière sans voir la couleur. De même, quelquefois
on voit, par le même acte, la fin et ce qui mène à cette fin ; le contraire
cependant n'a pas lieu.
9" Dans raccomplissemenl d'one mttVBs les cbeses qui mènent i la fin
sont comme les moyenaou points intermédiaiBes, et la fin est le terme.
erauDeoeenettt , 4e conservw ce» fbrtMft 4mi oimm ptrMilM , • élé aise ptau é'nne toi» à
de rudes épreuves; de ces épreuves cependant est résulté ,pov iioys» ot4Qit BésnHsrfMKfJe
lecteur, une résignation qu^jU Caiidct ùàBwaui§ rendie «ptiéreaMBl i^atsive, si le ^éSm^ «fesl
pas trop flagrant.
in quantum hujosmodi, non sit voli^ jusi
propter finem, manifeitaai est qsbd voluntas
potest ferri in ftneia ia quantum InOufimMli,
sine hoc quèd feratur in ea que saut ad fioeu ;
led in «a qus sunt ad fiaem, ia qnai^m iiu-
jasmodi , non poieal fem, niâfenlur înipaum
fine». Sic eigo voluntas ia ipwm fiaeai dnpli-
citer fertur : uno modot» Ataioliità lecuadùm 804
alio modo, sicut in ratione yolendi ea qus sunt
ad flnem. Manifestum est ergo qu6d nnus et
idem motus voluntatis est quo fertur in ftnem
aecundùm quM est latio yolendi ea qoœ sont
ad finem , et in ipsa qu» sunt ad fineoL Sed
alias actus est quo fertur in ipsom flnem abso-
lutè , et quandoque prscedit tempore : àcut
e6m aliquis prim6 voit aanitatem, et postea
éelib^aas goomodo aoasit Moan, tuU «oadiir
ceie iBedicam ai aaiMÉUE. Sic etiam .et âna
iatattaeUim accidtt; aam peimd^aliqaisintettisii
ipaa i^rittcipia seeuadèm ae, po^tatodam taiaM
ialeliigit ea.in âfais coDeliiiioattras, sooandàa
quàd aaaontit oondaaiMibiie prapter pnaeii^
Ad pcimum aie» <liDfiadam , iqa6d ratio ifla
prooadiA sacnadùm qi^d vokaataidaKiiir iaitasm»
utoatraliovoieadi ea^puBaaatadfiaesi.
videtur color, eodem acta videtur lumen ; potest
tamen videri lumen sine hoc qu6d videatur co-
lor. Et similiter quandocunque quis vult ea que
sant ad ûoem , vult eodem acta flnem ; noa
tamen ë converso.
Ad tertium dicendom, quèd in executione
opeiis, ea q«a .saat .ad fiaem^ kabeai^se ut
média; et finis, ut terminus : uade sicut molai
3o6 ]** II« PARTIE, QUESTION IX, ABTICLS !•
Or, de mënae qae le mouvement naturel s'arrête quelquefois an moyea
fians arriver au terme; de même quelquefois on fera ce qui mène à k
fin, sans atteindre cellen^i. Dans les actes de la volonté c'est le contraire
qui a lieu; car la volonté, n'envisageant d'abord que la fin, parvient en-
suite à vouloir les choses qui mènent à cette fin , comme l'intelligeof»
arrive aux conclusions i l'aide des principes que l'on appelle intermé-
diaires : l'intelligence comprend quelquefois le principe intermédiaire, ï
sans en tirer la conclusion; de même la volonté veut quelquefois la fin, '
et cependant elle n'arrive pas jusqu'à vouloir ce qui mène à cette fin.
Quant à la raison apportée en sens contraire, elle est modifiée par œ
qui a été dit plus haut (1). L'utile et l'honnête ne sont pas des espèces de
bien parallèles ; ils sont l'un i l'autre ce que l'absolu est au relatif. VoA
il suit que Tacte de la volonté peut se porter vers le premier sans ss
porter vers le second; mais la réciproque n'a pas lieu (3).
QUESTION IX.
1I« motif ae la volomtë*
Il faut ensuite examiner le motif (3) de la volonté.
Six questions se présentent, l"" La volonté est-elle mue par l'intelli-
(1) G*e8t ici plutôt une rectiûcation qu*une réponse à une objection. L*auteiir cofrlge ce
qu'il y a de trop absolu dans le raisonnement par lequel il appuie son sentiment , toujouis
renfermé , comme on le sait , dans le eonirairê (sed contra).
(S) Voici dans quel sens s on peut vouloir la fin ou rabsohi, sans vouloir pour ceta, UM
connottre même le moyen ou le relatif; mais évidemment on ne peut vouloir le moyen ou
le relatif, considéré comme tel , sans vouloir en même temps la fin ou Tabsolu. G*est la pensée
qui domine dans le corps de Tarticle.
(3) Pour bien saisir la pensée de Tanteur , il faut remonter an sens étymologique du mot
nataralis interdnm sistit in medio, et non per-
tingit ad terminum , ita quandoque opentar
aliqois id qood est ad fiOAm^ et tameo non oon-
seqnitar fluem ; sed in volendo esi è oonveno.
Nam voluntas per finem devenit ad votendam
ea qntt snnt ad flnem, ncot et ioteUectas deve-
Dît in conclttsionem per principia que média
dicnntur : unde inteQectos aliquando intelligit
médium^ et exeo non procedit ad conduBionem; | terom, sed non è con^erso.
et similiter yoluntas aliipiando vùi flneoi, et
tamen non procedit ad volendam id qood est
ad finem.
Ad aliad ver6 qnod in contrarinm objldtur,
patet solotio per ea qus snprà dicta sunL Nam
uiiie et honestum non snot species boni ex
cquo ^vise, sed se babent slcot propfer jeet
propter a/fertnn. Uode actas voluntatis in
nnum potest ferri sine boc qnôd fératnr in ak*
QUiESTIO IX.
Jh moiivo oofimfoftf » in tex articuht dteiia.
Deinde considerandom est de motivo volnn- 1 Et drca boc qusrantnr sex : i» Ulrâm ▼olua-
I tas moveator ab inteUeetn» 2> lltrùm moveatv
JUa MOTIF DE LA VOLONTÉ. 357
^nce? 2* Est-elle mue par Tappétit sensitif ? 3^ Se ment-elle elle-mèmet
4"* Est-elle mue par quelque principe extérieur? S* Est-elle mue par un
eotps céleste? 6^ Dieu est-il le seul principe extérieur qui la meuve?
ARTICLE L
c
la volonté est-^lle mue par ^intelligence?
n paroit que la volonté n'est pas mue par Tintelligence. 1<» Saint Augus-
tin sur ces paroles, Psal. CXVni : a Mon ame a désiré d'un ardent désir
vos justifications, o dit ceci : a L'intelligence vole au devant; la volonté
n'arrive que tard, ou elle n'arrive pas du tout. Nous connoissons le bien,
et il ne nous convient pas de le faire, d Or , cela ne seroit pas si la vo*
lonté étoit mue par l'intelligence; parce que le mouvement de l'objet
mobile suit l'impulsion du moteur. Donc l'intelligence ne meut pas la
volonté.
3f* L'intelligence montre à la volonté l'objet vers lequel elle doit se
porter, comme l'imagination montre son objet à l'appétit sensitif. Mais
l'Imagination , en montrant cet objet, ne meut pas l'appétit sensitif; il
arrive même que les choses que nous imaginons ne font pas plus d'im-
pression sur nous que les choses que l'on nous montre en peinture, les*
quelles ne nous meuvent pas, selon la remarque du Philosophe. Donc
l'intelligence ne meut pas la volonté.
3» Une même chose ne peut pas être, par rapport à une autre, et mûe^
et motrice. Or, la volonté meut l'intelligence, car nous comprenons
quand nous voulons. Donc, l'intelligence ne meut pas la volonté.
Mais le contraire résulte de ces paroles du Philosophe, lib. III, De
motif, n est évident que ce met dérive da verbe Utio, moveo» motitm. Le motif est doue ee
qui imprime le mouvement.
àb appetito sensitiTo. 8» Utràm volantas mo-
veat seipsam. 4* Utrûm moveatar ab aliqao
exteriori principio. 5<> Utrùm moveatur à cor-
pore cœlesti. 6* Utrùm volantas moveatur à
solo Deo sicut ab exteriori principio.
ARTICULAS L
Vtrùm voluntoê moveatur ab inteltectu.
Ad primnm sic proceditur (1). Videtur quM
volantas non moveatar ab intelleda. Didt enim
AogQStinus super illad Psalm. CXVIU : « Con-
cupivit anima mea desiderare justificationes
tuas » ( Conc, cap. 8, versus ftnem ) : « Pm*
volât intellectos, sequitur tardos aut nallus af-
fectas : scimus bonom^ nec delectat agere. »
Hoc autem non esset, si volantas ab intellecta
moveretar; quia motos mobilis seqaitur nuHio*
nem moventis. Ergo inteUectus non movet vo-
Inntatem.
8. Prxterea, intellectas se habet ad vohm*
tatem nt demonstrans appetibile, slcut imagi-
natio demonstrat appetibile appetitui sensitivo.
Sed imaginatio demonstrans appetibile non
movet appetitum sensitivnm; imo quandoqoe
ita nos babemns ad ea que imaginamnr , sicot
ad ea qnn in pictora nobis ostendnntnr, ex
quibus non movemor, nt dicitnr in lib. IM
anima (lib. U, text. 16). Ergo neqneetiam
inteUectus movet voluntarinm.
8. Preterea , idem respecta ejnsdem non est
movens et motnm Sed volantas movet Intel-
lectum, intelligimos enim qnando volumus. Erge
inteUectus non movet volantatem*
Sed contra est, qnod Pbilosopbus dicit in UL
(1) De bis etiam inM, qu. 17 , art. 1 , et qu. 82, art. 4; et qn. 14 , de vent., art. 1 et 8:
et qu. £S , art. 11 ; et qu. 4 , de malo, art. S , tum in corp., tum ad 13 j et qu. 6, tum In corp.,
«ttmed lOetadia.
tt8 r« II* fÂVSnSi, OIOBSTION IZ, ABfDCIK i.
unima : « L'ebjet intelligible de ra{)pélitest «a, moteur nen nwA, tan^
que la volonté est un Odoteuv aâ. »
(Concwsioif. — I/intelligenee ment la vdloQté, non quant i l'exerdei
de Tacte^ mais en tant qu'elle le spécifie; la volonté ^ au contraire , ment
toutes les puissances^ quant i l'exercice de Tacte. )
Une chose a d'autant plusv besoin d'être mue par une autre , qne ks
objets vers lesquels elle peut se porter sont en plus grand nombre; car,
fi faut que ce qui est en puissance soit réduit en acte par une cliose qm
est elle-même en acte^ et cela s'appelle mouvoir. Or^ une force de l'ame
peut être de deux manières en puissance par rapport à plusieurs objets :
d'abord^ pmt faction ou l'absence d'action; en second lieu^ pour des
actions diverses : ainsi , la vue voit quelquefois , et quelquefois elle ne
voit pas; tantôt elle voit le Manc et tantôt elle voit le noir. Il faut, par
eons^ent, un moteur pour deux choses, pour faire que l'acte s'exerce,
et pour déterminer cet acte. La première de ces choses regarde le sujet
qui tantôt agit^ tantôt n'agit pas. La seconde regarde l'objet qui spé-
cifie l'acte ; et ^impulsion est donnée au sujet par un agent déterminé.
Tout agent agissant pour une fin ^f comme on l'a montré plus haut, le
pirincipe de cette impulsion vient de la fin. De là viei^t que l'art, qui a
pour objet la fin, commande et imprime le mouvement i Tart dont
l'objet est ce qui mène à cette fin : ainsi l'art de gouverner un vaissean
commande à l'art de le construire, lib. II, Physic. Or le bien en généra]^
considéré comme fin, est l'objet de la volonté : et sous ce rapport, h
volonté meut les autres puissances de l'âme, et les réduit en acte, puisque
nous nous servons de nos puissances quand nous voulons. Car la fin et la
perfection de toutes les autres puissances sont renfermées dans l'objet de
k votenté, en tant qu'elles sont des biens particuliers. Or toujours l'art
De anima (leifc. 64 y , qoôd « appelibile intel'
lectam est movens non motum ; voiuntas antem
est moTeos motamt »
( GoNGLCsio. — llovet inteUertm vohntttein
noa quoad ezeiciiiam actns, 8ed qwtd specifi-
cilioDem; voluntaB yeià oomes {lotsnIiaB mo-
lety qaoad eiercitHim ados. )
Respondeo dicendam, (foôd in tantan afiquid
ÎDdigel mOTeri ab atiquo, in qnantuin est in
potentia ad phira; oportetmm nt id qnod est
il potontia» redncatur in actnai per aliqnid qnod
est actu, et hoc est noierew DvpHciler attiédi
^•ft via VBÊÊm iovenitar esse ia polentia ad
dtvena t imo nedo, qnantam ad agen vel non
Êçere; aUo modOyqnantnnad o^srv hoc ^
illud: sicut viaos qoandoqne «idet acta, et
9ttttdQqtteiioaTidet;et qwodeqiie iridet attran,
et qnaadoqne videt nigrom. Indiget igitur mo-
▼ente quantum ad duo, scilicet quantum ad
èxercitiam vel nsnm actos, et quantum ad de-
terminttleiietn acttia : ijnonnB prioran est ex
parte subjecti , quod qoandoque invenituragens,
qoandoqoe non agens ; aliud antem est ex parte
objecti, seenndùm qii6d specittcatnr actm, motio
autem ipsios anbjeeti est ex agente aliqtio. Et
cùm omne agens agat prc^ter flnem , at sapri
ostensum est (qu. 1 , art. 2), principiam hnjoa
motionis est ex Qne. Et inde est quM ars ad
qnam pertinet finis^ movet sno imperio artem
ad qoam pertinet Id qnod est ad finem : sicot
gnbematoria ars imperat naviftictiT», «t îa
H. PAyOTc. dicHnr (tett. 25). Bonwn antem
is eommani, quod babet rationem finis, est
ol^ectnm velnntatiB : et ideo ex bac parte to-
Inntas mo^ aitias potentias anim» ad saos ac-
tas; ntimnr enim àiis polentiis cftm Tolnmns.
Nam fines et perfeetiones omnium aliarem po*
tentiaram comprehendoatnr sub otuectovohiii*
tatis, sicul qusdam partieularia bona* Semper
autem ars vel potentia ad qiÈm pertioet fiiui
1
DIT VOTIF VE l TDIOKTÉ* 859
OU la puissance à laquelle ap|faftieilt la fin universelle , pousse à agi;
Vart ou la puissance à lamelle appartie&t la fin particulière comprise
sous cette fin universelle : ainsi le général d'une armée , qui est chargé
àxx bien commun , je veux dire de Tordre de toute Tarmée, commande
au trSmn qui est chargé de Fordre d'un seol bataillon. Hais Fobjet meut
en détermiliant Tatte, connue étatit le principe formel, qui, dans les
clioses naturelles, spécifie faction; la chaleur, par exemple, spécifie la
caléf action. Par conséquent, le premier principe formel étant Tètre et le
Trai universel, qui eôt Tobjct de l*mtôlligence, l^inteîligence meut la vo-
lonté de cette manière, à savoir, en lui présentant son objet (1).
Je réponds aux arguments : 1* L'autorité de saint Augustin prouve,
non que l'intelligence ne meut pas, mais qu'elle ne meut pas nécessai-
nment.
2*De même que Vimagimltion d'une forme qui ne se présente pas comme
convenable ou nuisible, ne meut pas l'appétit sensitif ; de même l'appré-
hension du vrai ne meut pas la Volonté, s'il ne se présente comme bon et
désirable : c'est pouK[uoi l'intellect pratique seul meut la Tolonté, comme
le dit le Philosophe, De anima, m, et non pas l'intellect spéculatif.
3<> La volonté meut l'intelligence quant à l'exercice de l'acte, parce que
le vrai qui est la perfection de l'intelligence, est renfermé dans le bien
universel comme bien particulier. Mais quant à la détermination de
l'acte, laquelle vient de l'objet , c'est lintelligence qui meut la volonté ;
parce que le bien est saisi sous un rapport particulier qui le range dans
le vrai universeL D'eu il lésulte que la màme chose n'est pas, et mue
et motrice , sous le même rapport.
'(1) SaiBl ThomM a dé||é moatié, 4aa» U picmiére partit, quesk. 83, art. 4, que la vo-
lonté «mat l'intellect, et ilaiia quel Beat. U est Im>d de revenir aur oes déaionsirationB , ikour
imhrersaHs, movet ad tgendnm artem vè! ^
tentiaro^ ad qnam pertinet finis particolaris sub
iÛo'Biiiversali eoa^webeniiis : «eut din «xer-
citâa, qui intmidit boaiun conouiDe, scUicet
ordiuem totius exercitùs, movet siio imperio
aliqnem ex tribuais (1) , qui intendii ordinem
imiu aciei. Sad obieetiun movet detemÛMndo
acfaim td inodimi piiaciitt fornaalia, à qoo in
leboB natar^libus actio specificater^ siniicale-
factioà calore. Prioram tntem pôncipinm for-
male est eus et vemm miivenale, qood est
Ad seemdiim dkendam^ quM sicut imagioa-
tio forme , sine aestimatione convenientis vel
nocivi, non movet appetitnm sensitiviun, ita
nec apprehensio veri sine ratioue boni et appe-
tibflis. Uttde intetleotat speealativiig non movet,
sed intellectns praetiens, ut dicitur in III. De
anima (iext. 46 eideiocepe).
Ad tertioffl dicendum, quôd voluntaa movet
inteUectiim quantum ad exercitium actos; qnia
et ipsum vernm, qood est perfectio inteUectûs,
continetor sub universalî bono, ut quoddam bo-
(ibjediiminiaUeGtûs : eiideoistonodomotionia num paiiicolaie. Sed quantum ad determina-
inteBectus bbovci toluntatem, aient prsaeDtans
ei objectum aunm.
Ad primiim ergo dicondum, quèd ex illa
ancloritate non hàibetar qfM inteUecUia non
noveat, aed qnôd non moveat ex necessi-
tate.
tionem actua qu» est ex parte oiyecti^ intel-
lectus movet voluntatem ; quia et ipsum bonum
apprebenditur secundùm quamdam speeialem
rationem comprebensam sub universali ratione
veri. Et sic patet quM non est idem tnovens
et motum secundùm idem.
(1) Hoc exenplo nUtur Fbileaopliiis, lib. Jh mirnihi^ ad ÀlexandrumM ut osteudat qucmodo
Deoft rector omnium universaUs et motor ait; sicut centuriones et alios dux anus imperio au
«rbiurîo suo movet.
3G0
p« II* FAàTis, Qwmm ix, jjmcuL %
ARTICLE n.
La volonté ett^lk mue par t^appitit êensiHff
n parolt que la volonté ne peut pas être mue par Tappétit seiisitit
1« Mouvoir et agir est plus noble que souffrir ou être passif, comme dît
saint Augustin^ Syp. Gènes, ad Utt Or Tappétit sensitif est inférieari
la volonté qui est Tappétit intellectif ^ comme les sens sont inférieurs i
l'intelligence. Donc Tappétit sensitif ne meut pas la volonté.
2<' Aucune vertu particulière ne peut produire un effet universel • Or^ Tap-
pétit sensitif est une vertu particulière^ car il suit Tappréhension particu-
lière des sens.Donc^ il ne peut produire le mouvement de la volonté, leqi^l
est universel^ comme suivant Tappréhension universelle de Tintellect.
9^ Comme Aristote le montre , Physic, Wl, a le moteur ne reçoil pas
le mouvement de Tobjet qu'il meut ^ en sorte que l'impulsion soit réci-
proque. » Or la volonté meut Tappétit sensitif en tant qu'il obéit i la
raison. Donc l'appétit sensitif ne meut pas la volonté.
Mais le contraire résulte de ces paroles de S. Jacques, 1, 14 : a Chacun
est tenté par sa concupiscence qui le séduit et rentr^ne(l). » Or per-
sonne ne seroit attiré par la concupiscence^ si la volonté n*étoit roue par
l'appétit sensitif dans lequel réside la concupiscence. Donc l'appétit sen-
sitif meut la volonté.
bien comprendre les thèses «ctnenes. Tont se snit et s*encbatne dans une wane comeam U
Somme de théologie. Rien ne doit être perdu de vue , si Ton veut en saisir la grandeur et la
pnissance.
(1) Saint Augustin , Conira Aditm,, V, 3 , s'eiprime de la sorte t « ûu*entendoDs-iHMS din
par ces mots de notre prière quotidienne : Et ne nous induises pas en tentation ? Ce i|ue noas
demandons A Dieu , c*est que nous ne soyons pas livrés à nos propres coneupiaeences. Car,
nous le savons, chacun est tenté par sa concupiscence, qui fentretne et le séduit. » Xsptt>
quant un peu plus loin ces paroles de saint Jacques : a La concupiscence enfante le péché
qu'elle a conçu y n le même saint docteur ijoute : « L*auteur sacré distingue clairement id
là eause et Teffet , ragent et r action produite; Tun, c*est la concupiscence, r autre, c*est le
ARTICULUS IL
ViriuH voltnUae movetiur oè appeUtu
eeuêitivo.
Ad secandnm sic proceditur (i). Videtnr qu6d
Toluntas ab appetito sensitivo moveri non pos-
ait. MovcDs eoiai et agens est prestantios pa-
tiente, nt Aognstinas dicit, Super Gen, ad lit.
Bed appetittts sensitiviis est ioferior volantate,
qn» est appetitus intellectiTtts, iâcnt aensus est
inferior intellecto. Ergo appetitos sensitivns non
iDOvet inteilectonu
t. Prcterea, uuIiaTirtos particolaris potest
fitcere effectam nmversalem. Sed appetitos sen-
sitivns est virtus particuiaris, conseqoitur enim
partlcularem sensas apprehensionem. Ergo non
potest caosare motum vohuHatis qai est mi*
versalis, velnt consequensapprebensioneainî-
versalem intellectûs.
8. Prsterea , nt piobator in Vlll. Phytic,
( text. 40 ), « moyens non movetor ab eo quod
movet, ut gît noâo reciproca. » Sed voluntas
movetappetttnm seositivnm, in quantam appe-
titos sensitivus obedit rationi. Ergo appetiias
seositivos non movet volontatem.
Sed contra est, qood dicitor Jacob., m :
« Unnsqoisqne tentator à concnpisoefltia soa
abstnctos et iUéctos. n Non antem abstnhere-
tor qois à concnpisoentia , nisi voluntas ejus
moveretor ab appîetita sensitivo, in que appe-
titn est concnpiscentia. Ergo appetitos wou-
tivos movet voiuntatem.
(1) De bis etiam infrà , qn. 10^ art. 8, et qn. 77, art. 1 1 et qn. 5 , de verit., «rt. 10; el
qv. aa, art. 9, ad 8 et 6.
XfU MOTIF D£ LA TOLOMTA.
361
<C!oNav3i05. — La disposition de Thomme changeant suivant la pas-
sion de l'appétit sensitif ^ on dit avec raison que cet appétit meut la vo-
lonté considérée de la part de Tobjet. )
Gomme nous Favons déjà dit, ce ({ui est saisi comme bon et conve-
ziable meut la volonté par manière d'objet» Or^ qu'une chose paroisse
l)onne et convenable^ cela résulte de deux autres choses : de la condition
de Tobjet qui est proposé, et de la condition de celui à qui il est proposé;
car la convenance désigne un rapport, et dépend par suite des deux
extrêmes de ce rapport. De là vient que le goût, dans des dispositions
différentes, ne reçoit pas une chose de la même manière; tantôt elle
lui convient, et tantôt elle ne lui convient pas. C'est pourquoi le Philo-
sophe dit, Ethic, m : a Une fin est vue par quelqu'un d'une manière
en rapport avec sa disposition présente. » Or il est évident que la passion
de l'appétit sensitif fait varier les dispositions de l'homme. C'est pourquoi
un homme possédé par une passion voit comme convenables des choses
qui ne lui paroissent pas telles hors de cet état ; ainsi une chose paroit
bonne à celui qui est en colère, qui ne lui paroit pas telle lorsqu'il est
apaisé : et de cette manière, l'appétit sensitif meut objectivement la volonté.
Je réponds aux arguments : l"» Rien n'empêche qu'une chose, simple-
ment et en soi plus noble qu'une autre , lui soit inférieure sous quelque
rapport. D'où il suit que la volonté considérée simplement, plus noble
que l'appétit sensitif ^ lui peut être inférieure en tant qu'elle est soumise
à la passion dans celui en qui la passion domine.
S* Les actes et les élections des hommes se portent vers des objets par-
péché. Kais la coDeupiscence De produit ou ii*enfaiite le péché qu'après ravoir conçu , et elle
ne le conçoit que parce qu'elle noua aéduit et nous entraîne , c'est-à-dire , parce qu'elle obtient
fassentiment de notre volonté à un acte coupable. Lntter contre la eoncupiseenee, c'est donc
faire eCTort pour Tempécher de coneeroir d'abord et d'enfanter ensuite le péché. »
On peut rapprocher de ce passage ces remarquables paroles de l'apétre saint Paul ,
CtM., V, IT ; « La chair, par ta concupiscence, s'élève contre r esprit, et l'esprit lutte
contre ta chair. »
(CoNCLusio. — Cùm secundùm pasâoaem
appeUtûs sensitivi immiiketiir homo ad aliqoaoD
disposilioaem , rectè dicitur volontas ex parte
objecti ab appetita sensitivo moveri.
Respondeo diceodum, qnôd sicaisopri dic-
tom est (art. i), id quoi upprebenditur sub
ntiODe boni et convenientis, movet volootatein
per modum objecti. Qu6d antem aliqaid videa-
Vu bonnm et oonvemeoB, ex duobos cooUngii,
iciUcet ex conditione ejos quod proponitor, et
cjittcoi propoDÎtur ; convemeas euim secundùm
Klatiooem dicitur, ande ex utroqne extremorum
dependet. Et iode est quôd gustns divcrsimodè
dispositas, non eodem modo accipit aliquid ut
eoDveniens, et ot non conveniens. Unde Phi-
losopbtts didt in HI. Ethic, (cap. 6 vel 7,
live 10 vel iS) : « Qualis nnnsquiaqne est^ talia
finis videtur d. n llamfestum est antem quôd
secondùm paaeioaem appetitùs aensitivi immo-
Utor hooo ad aliqmun dispoeitionem. Unde se-
eundàm qu6d homo est in passione aliqua, yie-
detur sibi aliquid conveniens, quod non videtur
ei e.xtra passionem existenti : sicot irato vide-
tur bonum quod non videtur quieto. Bt per
hune modum ex parte objecti, appetitus aenai-
tîTus movet voluntatem.
Ad primum ergo dicendum, qu6d nihil prohî-
bet id quod est simpUciter et secundùm se pra-
atantius, quoad aliquid esse debilius. Voluntas
igitur simj^dter preslantior est quàm appetitus
aensilivns; aed quoad iUum in quo passio do*
minatur, in quantum subjacet passioni, pr»»
eminet appetitus sensitivus.
Ad aecundom dicendnm , qnùd actus et eleo*
Sfâ I~ !!• TARTIE, OTOSTION ÏX, iiETTfXE 3.
ticuliers : 3'ôù, par cela qne TappÂtît sensitif est une Terta particoliire^
'9 a tine grande vertu pour Aspa^r Homme à voir les objets particulier»
de telle où telle façon.
S'Gomme le dit le Philosophe^ PoUttc, l, la rsdson meut par son
commandement l'appétit irascible et l'appétit concupisdMe, non dœpo-^
'ti^oemtilDt^ comme le maître comtmande â son esclave^ mais d'une ma-
<nière voysde et politique , comme le chef d'tm état gouverne des hommes
Ifiires y nm lui peuvent cependant résister. C'est ainsi que les appétits
irascible et concupiscible peuvent mouvoir la volonté; et de la sorte rien
n'empêche que la volonté ne sort quelquefois mue par eux.
ARTICLE m.
La volonté sè meut^lle êtle^^mêmef
n parolt que la volonté ne se meui pas elle-même* l"* Tout moteur
considéré comme tel^ est en acte. Or^^e qui est mû est en puissance;
car le mouvement est Tacte donné à un êire existant en puissance et
considéré comme tel. Mais une chose n'est point en acte et en puissance
sous le même rapport. Donc^ rien ne se meut soi-même. Dmc, la vo«
lonté ne se peut mouvoir elle-même.
^ La présence du moteur détermine le mouvement du mobile. Or^ la
volonté est toujours présente à elle-même. Donc^ siellese mouvoit elle-
même, elle seroit toujours en mouvement, ce qui est contra ire àla vérité.
30 La volonté est mue par l'intelligence^ comme on l'a dit. Donc , si la
volonté se meut elle-même, une même chose sera mue immédiatement par
deux moteurs, ce qui répugne. Donc, la volonté ne se meut pas elle-même.
Mais, au contraire, la volonté est maîtresse de stm acte, et il est en
tiones bomioim sunt circa fiiogulam. flnde ex
hoc ipso quôd appetitus sensitivus est virtas
particalaris, babet magnam viriutem ad boc
qu5d per ipsam sic disponatur homo, ot ei ali-
qtiid videatar sic ve\ aliter, circa singtiltria.
Ad tertium dicendum^ qii6d siciit Pbilofiopbus
dkit in Polit, (cap. 8 ) , nUo, in qoa est vo-
hintas, inovet soo imperio inadbilem el cou-
capiscibilem^ non qaidem despotico principata,
âcnt movetur aervns à domino, aed principatu
legali son politico : aient Uberi bomines regnntur
à gnbernante, qui tamen poaennt contra movere.
Unde et iraacibilis et concnpisoibilis poasnntin
eontnurimn movere TOhintatem ; et sic nibil pro-
Inbet volnntatem aHqnando ab eis movori.
ARTIOJLUS m.
Uirkm voiwntoi moveat êeipmtm.
Ad tertium sic proceditnr (1). Videtar qn6d
volMlafi non moveat seipaam. Onne eniai ao-
vens in quantam bojnsmodi, est ioactai. Qaod
autem movetor, estinpotenlia, nam matas nat
« actus existentis in poteotia, in qaantam bu*
jusmodi. » Sed non est idem in potentia et in
actn tes^pecto ejusdem. Ergo nibil movet aeip-
snm; neqne ergo volontas seipsam movere po-
test.
2. Prœterea , mobile movetnr ad proaentiaia
moventis. Sed voluntas semper sibi est prsaêns»
Si ergo seipsam moveret, semper moveratw,
qood patet esse falsum.
8. Prsterea, voluntas movetnr ab intetteda,
ut dictnm est ( art. I ). Si igiUir voluntas movet
seipsam, sequitur qu6d idem simul moveatar i
daobns motoribus immédiate, quod videtar tn-
conveniens. Non ergo volnntas movet seipsam.
Sed contra est , qnia volantaa domina est soi
actus, et in ipsa est veUe et nonvelle: qnod
(1) De bis etiam qu. 22, de vcril., art. 0, tum in corp., tum ad 1| et qu, 3, de màlo»
art. 3, in corp. y et art. 6, tum in corp., tum nd 4 et 10»
Àon fomoir d6 < ^Mfldr tt de' m jm» contour; ce qoi ne seroit pas, si elle
tt'afVdil la ptdssaaoe d& se lâontdr éSe^mème. Donc, elle se meut elle<»
( Conclusion. — La volonté, en voulant la fin et le bien, pent se porter
elle-même à vouloir ce qui con9«it i cette fin. )
Gomme on Ta dit plus haut^ il appartient à la volonté de mouvoir les
autres puissances en vue de la fin, qui est l'objet de la volonté. Mais,
eetnm&on Pa dit Cément, la fin joue paimi les objets des appétitâî le
rôle que joue k principe psrmi les dhjets de rhitelligence. Or il est
évident ^e fint^gence, en coimoissant un principe, passe par elle»
mtaie de ht ptdlssaBce i t'ae^ quanl à la eonnoissanes des conclusions,
et ainsi, elle se meut elle-même : de même la volonté, en voulant la fin>
se porte elle-même à vouloir les choses qui mènent i cette fin (1).
Je réponds aux arguments : l' La volonté ne ment pas et n'est pa»
mue sous le même rapport Par suite, elle n'est pas, sous le même rap-
port, en acte et en pmssance; mais, en voulant -en acte une fin, elle passe
par elle-même 'de la puissance i Tacte relativement aux choses qui
mènent àcette fin : je veux dire , qu'elle se pcnrte à les vouloir, en acte.
*9^ La puissance de la volonté est toujours présetfte 'en acte à elle-
même : mais Tacte par lequel elle veut une certaine fin , n'est pas tou-
jours dans la volonté ; c'est de cette manière cependant qu'elle se meut
tikHOiême. n ne suit donc pas delà qu'elle se meuve toujours.
(1) Pour expliquer une action quelconque, il faut préalablement admettre un être réel» un
être en acte : uo agent n^est Jamais tel en tant qu*il est uniquement en puissance. Pour que
Il voloiNé te meove eQe-BéinA «u se délenniBe à vouloir, eondMoB nécessaire pour oonstltuer
U liberté et la dignité de rétro huniaiB , il Caut donc qii*eUe soit en puiseanee sous un rapport,
mais en acte aussi sous un autre. Saint Thomas nous dit qu'elle est en acte par rapport i la
fin y 0D puissance par rapport an noyens.
Or, ce n*est pas la volonté elle-même qui se met en acte par rapport i la fin ; car alors 11
y avroit un acte non expliqué , un acte sans cause. Voilà pourquoi elle est nécessairement
mée d*abord par un principe extérieur, ce que Tauteur «a démontrer ensuite. Voilà pourquoi
eoeore elle veut nécessairement le bonlieur ou On dernière. £Ue n'est libre que dans les vo-
ulions qui s'appliquent aux moyens.
uon eaiet, tà a<ml baberei in potestate movere
leipsam ad valendum. Ergo ipsa movei seip-
fiam.
( CcncLtsio. — Volontas finem et bonom vo-
lendo, seipsam moteie potest ad voleiulum ea
que ad finem sont.)
Respondeo dicendnm, qn&d sicat soprà dio
iom est ( art. 1 ) , ad voluntatem pertinet mo-
teie aliaa potenUaa ex ratione finis, qui est
volontatiaobjectuin; sed sicat dktumest (art. 2),
hoc modo se babet finis in appetibilibus, sicut
priaoipimQ in inteUlgibililns. Manifeitam est
antem qu6d inteOeeto» per faoe qeftd oogpoBdt
principimn^ redwH seipsnm de potentia in ae-"
tom, quantum ad cognitionem condnsionum, et
bocaodo movet seipsom : et similiter irolanU»
per hoc quèd yult finem, movet seipsam ad vo-
lendom ea qu» sant ad finem.
Ad primum ergo dicendum , qu&d yolontds
non secnndùm idem movet et movelor : unde
nec secundùm idem est in actu et in potentia;
se in quantum actu vuU finem ^ redudt se de
potentia in actnm respectu eomm qux sunt ad
finem, ut scilicet actu ea velit.
Ad secundnm dicendum, quod potentia vo-
luutatis semper actu est sibi pneseus; sed actua
voluntatiB qoo volt finem aliquando, non sem-
per est in ipaa tolantote; per htmc autem mo-
dnm movet aeipeam. Unde non seqaitar quôd
eemper seipsam moreat.
36fc I** II* PARTIE, QUESTION IX, ARTIGUS k.
3f La volonté n'est pas mue de la même manière par Tintelligenee et
par elle-flième : rinlelligence la meut en lui proposant simplem^it soa
objet; elle se meut elle-même dans Texerdee de Tacte, en se portaol
vers la fin.
ARTICLE tV.
La f>olonté est-^îk mus par quelque principe extérieur?
n paroit que la volonté n'est mue par aucun principe extérieur. l*Ls
mouvement de la volonté est volontaire. Or, il est de la natare du vo-
lontaire, comme de celle du naturel, de procéder d'un principe intrin-
sèque. Donc le mouvement de la volonté ne procède pas d'un principe
extérieur.
âo La volonté ne peut souffrir violence , comme on Ta montré plus
Jbaut. Or, la violence est une chose dont le principe est extérieur. Doue
la volonté ne peut être mue par un tel principe.
30 Ce qui reçoit d'un moteur un mouvement sufiisant, n'a pas besoin
d'être mû par un autre. Or, la volonté se meut suffisamment elle-même.
Donc elle n'est pas màe par tm principe extérieur.
Mais, au contraire, on a dit que la volonté est mue par son objet. Or,
l'objet de la volonté peut être une chose extérieure saisie par les sens.
Donc la volonté peut être mue par un principe extérieur.
(Conclusion. — Non-seulement la volonté est mue par l'attrait dn
bien et de la fin, mais il est encore nécessaire que, dans son premier acte,
elle soit mue par un principe extérieur. )
En tant que la volonté est mue par son objet , elle peut évidemment
être mue par un principe extérieur; mais, en ce qui regarde même l'exer*
Ad tertinm dicendum, qu6d non eodem modo
irolantas movetur ab intellecta et à seipsa; sed
ab intellecta quidem movetur secundùm ratio-
nem objecti; à seipsa verô quantam ad ezerci-
iium actûs, secundùm rationem finis.
ARTICULUS IV.
CTMm voluntaa moveatur ab aliqué êxteriori
primcipio.
Ad quartum sic proceditur (1). Videtur quôd
7olnntas non moveatur ab aliquo êxteriori. Mo-
tus enim voluntalis est voluntarius. Sed de ra-
tione voluntarii est qu6d sit à principio iutrin-
seco, sicut et de ratione naturalis. Non ei^go
motus voluntatis est ab aliquo extrinseco.
2. Prsterea , voiuntas violentiam pati non
potest, nt suprà ostensum est ( qu. 6 , art. 4 ).
Sed cr violentum est ct^us principlum est ex*
tra (2). » Ergo voiuntas non potest ab aliquo
êxteriori moveri.
S. Prâeterea, qnod suflicienter movetur ab
uno motore, non indiget moveri ab aUo. Sed
voiuntas sufficienter movet seipsam. Noaeigo
movetur ab aliquo êxteriori.
Sed contra t voiuntas movetur ab objedo,
ut dictum est. Sed objectum voluntatis potest
esse aliqua exterior res sensui proposita. Ergo
voiuntas potest ab aliquo êxteriori moveri.
( ConcLusio. — Non tantttm ex appetito boni
et finis ipsa voiuntas movetur, sed necessarioai
est ut ab êxteriori objecto moveatur in suaci
primum actum. )
Respondeo dicendum, qu5d aecuud&m qoM
voiuntas movetur ab objecto, manifeslom est
(i) De bit etiam lufri, qu. 17, art. 5, ad 8; et qa. 80, art. 1 , in eorp. ; et qa. 105, art. 4
•t qu. 106, art. a ; et qu. 111 , art. S; et Contf G0tU,^ Hb. ni, cap. 88 et 89.
{à) iuxta deÛoitioDem sapri ex Pbilosopbo, Damasceoo et MemesiOi aub nonine prmani^
litio Orefforii Kysseni assignatam : scilicet qa. 7 et art. 8.
ma MOTTF I»S LA VOLONTÉ.' 965
cice de Tacte, il est nécessaire de dire qu'elle reçoit le moayement
d'un principe extérieur. En effets tout être qui est agent tantôt en acte;
et tantôt en puissance^ doit recevoir son mouvement d^m moteur. Or, il
est évident que la volonté commence à vouloir une chose, qu'auparava9t
elle ne vouloit pas. Donc, il faut qu'elle soit poussée par quelque principe
a vouloir. A la vérité, elle se meut elle-même, comme on a dit précé-
demment, en tant que, par cela qu'elle veut la fin, elle se porte i ouloir
ce qui mène à cette fin. Mais cela ne peut se faire sans une résolution ou
délibération intermédiaire. Lorsque, en efi*et, quelqu'un veut guérir d'une
maladie, il cherche d'abord comment il pourra y parvenir, il trouve,
en réfléchissant ainsi, qu'il le pourra en recourant à un médecin, et il le
veut. Mais, parce qu'U n'a pas voulu toujours en acte sa guérison, il a dft
être poussé par quelque moteur à vouloir cette guérison. Et si la volonté
se portoit elle-même à le vouloir, il auroit fallu qu'elle fît cela par lin*
termédiaire d'une résolution découlant d'une volonté antécédente. Or, on
ne peut raisonner ainsi à l'infini. Donc, il faut admettre que, dans son
premier mouvement, la volonté dépend d'un principe extérieur qui la
meut (1), comme le conclut Aristote dans un chapitre de son Ethique à
Eudemius.
Je réponds aux arguments : 4* Il est de la nature du volontaire que
son principe soit intérieur ; mais il ne faut pas que ce principe intérieur
soit un premier principe qui ne reçoit pas le mouvement d'un autre.
C'est pourquoi, quoique le principe prochain du mouvement volontaire
soit intérieur, son premier principe est extérieur comme l'est le premier
principe naturel, c'est-à-dire, celui qui donne le mouvement à la na-
ture.
(1) Un étra conUDgent et limité , ne pouvant pas être lai-mème son principe on sa cause ,
ne peut pas non plus , et par ?oie de conséquence , être le premier moteur de son intelligence
00 de sa volonté. L*iotelligence ne peut pas, pour agir ou raisonner, se passer d*nn premier
qobd moveri potest ab alîquo exteriori ; sed eo
modo que movetnr quantum ad exercitiiim ao
tûs, adbuc ponere Yolantatem ab alîquo princi-
pio exteriori moveri necesse est. Omne eoim
quod quaodoqoe est agens io actn etquandoque
in potentia, indiget moveri ab aliquo movente.
Nanifestam est autem quM volunlas incipît velle
aliquid, cùm boc priùs aoo veltet : necesse est
ergo qu6d ab aliquo moveator ad volendum.
Et quidem, sicut dictum est (art. 3), ipsa mo-
vet seipsam in quantum per boc qu6d vult ftnem,
reducit seipsam ad volendum ea que sunt ad
fioem. Hoc autem non potest ficere nisi oonsilio
mediante; cùm enim aîiquis vult sanari , incipit
oogitare quomodo boc consequi possit, et per
talem cogitationem pervenit ad hoc quèd potest
lanari per medicum, et boc vult. Sed quia non
semper lanitatem acta voliit, necesie est quèd
incœperit velle sanari ab afiqno movente. Et
si quidem ipsa moteret seipsam ad volendam,
ûportuisset quôd mediante consitio boc ageret
ex alîqua voluntate prssupposita; non autem
est procedere in infioitum : unde necesse est
poneie quôd in primum motum voluntatis vo*
luDtas prodeat ex instincta alicojns exteriorir
moventis, ut Aristoteles condadit in qaodan
capitule Bthicœ Eudimicœ*
Ad primnm ergo dicendum, qnM de rafione
voluntarii est quôd principium ejus sit intra ;
sed non oportet quôd boc principium intrinae-
cum sit primum principium non motum ab alki.
Unde motus voluntarius, etsi habeat prindpiuii
proximnm intrinsecum, tamen principium prî»
mnm est ab extra, sicut et primum prindpiuii
motos naturalis est ab extra, qnod scilicet movel
natoram.
366 1** II* PABxn; Qmsmm u, Axnca s;
2p II sfi suffit pas pour la violenoe qvMi ton frincipê' soit ertéHcw^;
mais il f^ttt j de plw^ que h jNÉieiii ne «oit pourriflndaoïs l^pradaelÉoii
de Tacte qui VucoxBfàgoà : oe gui n'a paft tteo j^lon^ la YAônté- art
mue par un principe eKtériettr;.ear'e'esfc elle qui teot, qucnqiie WÊÊÊte far
un autre* Ce mauvement seDoit Tiolent s'il était ,emlraise an raott^emeiil
de la volonté; ce qui ne psotsaprémiter ici^ eer iiaveudreit à la. Ans,
et on ne voudroit pas.
9" Dans certains actes, la loloaté se meut saffisasoment, 9lét Im wom^
nière qui lui convient, isavoîr, comme ousepfoeoanM; mais^ eœ jm
se peut mouvoir ieUesmftniiadaais tous ses- astes, oonuiia «n vient 4e le
montrer. C'est pousqnoi il fiwtqa'eUaflcdtmte|afiima!iln<M^^
un moteur prochain.
Lot vokmtê esP^lU mue par Us cùrgê eit$stêâ? ,
n paroit que la volonté Immaine est mâe psi: Iss^aorpa eâestas. : i* Tous
les mouvements divers et muUifonnes sont ray[ipoctés.j comsse à levr
cause, au mouvement uniforme, c'est-à-dire. au. mouveDomt du câel,
comme le montre Aristote, Physic, VIIL Or, les mouvements^ huioasos
sont divers et multiformes, passant de la non-existence à reriatence.
Donc, ils ont pour cause le mouvement du ciel, le^goel est uttiâtfi&e ds
sa nature.
V D'après saint Augustin , De 2Wn., III : s les coips inISrieura le^
çoivent leurs mouvements des corps supérieurs» j» Or, le mouvement da
principe , ni In volonté d'nno 4enàèm Sn. JjibA «VQii%«nai «iploaiBnrt foi*, v» U Sa coié
la Tolonté- ce que le principe esl A rintelligence.
Ad secandam dicendum, qpbà hoc noa suffi-
di ad rationem violenti, qubd priocipiain ât
extra, sed oportet addere, qnèd « nallam con-
férai vim pÀiens; n qood noû contingit, dam
yoluntaB ab exteriori movelur; nam ipsa est
qùiB vuU, ab alio Umen moia. Essei antem
motus isie viotentus, si esset coBtrariiu motoi
voluntatis; qood in propoeito egse non potest»
quia sic idem vellet et noa tellel.
Âd tertium dicendum, qu^d voluntas, quan-
tum ad aliqoid, sufBdenter se movet in suo or-
dine» sciUcet sicut agensproximumi sed soa
potest seipsam movere quantum ad omniai «t
ostensum est. Unde indiget moveri ab diifi sicut
à proximo movente.
ARUCtlLOS V.
Ulfitm voluntoi movetUur à eorpore cœUsiL
Ad quintnm ne proceditur (1). VidetorquAd
voluntas humana à eorpore coiesti moieatHw
Omnes enim motus varii et nsltitorma^'Nàh
contnr sical ia cansam ia motma unifMnc»»
q/é est motasi»1i, nt probitor yUL.H^
(text. 76).. Sed motos bomam snni nâà et
muttitones» ncçieates postqaam prié» non
fuenint. Ergo redâeuntiir ia ox»tam cudi, oonl
ia cansam, qui est «mfiirmJB secnadàm natuiaa,
a. Prêterai, secnodum Augnstioum |d QL
De TrùL (cap. 4), « «orpora infenora sMTeplar
per corpora snpenora (S). » Sed saotus hnaui
(1) De bis etlam I. part. . qo. 115, art S et ait. i ; et S , 9 , qn. 95, art. 5, 6, 7 ; et n, 5m/«
disi. 15, qu. 1 , art. 9 et 8; et Confra Geni,^ Hb. m, cap. 84, Qsque ad 98; et qa. 5, de
veril., art. 9 et 10; et Opmn., ni, cap. €99, 130, 161 s et Opyte.^ X, art. 9; et Opme.»
XXV , eap. 6; et OlNMC. XXVI. .
(i) Aqirivalente aenaay etti panlè oKia lorbia qm jam aKU vatalaoanli nknlflniqièé
e9rp9Ta erauiora et inf niera p^r wmbiUiora eipatÊtUîer» ^modum eréimê regwUert 1^
forte infirmiora Icgi débet ob antitbesiflu, qiiamvla infarftoia passte tofluntow»
DIT MOTIF DE U. YOLOjni. 90
corps humain > qui est produit par la "volonté^ ne sauioit avoÎT pour
cause le mouvement du del^ si ce mouvement ne se communiquait à la
volonté elle-même. Donc les corps célestes meuvent la volonté humaine*
30 Au moyen de Tobservation des corps célestes , les astrologues pré-
disent certains actes dépendant de la volonté dd lliomme : ce qui ne
seroit pas^ si les corps célestes n'avoient pas la. puissance de mouwr la
Tolonté. Donales corps célestes meuvent la volonté hiunaine.
IfaiSj au contraire^ saint Damascène dit : a Les corps célestes ne sont
pas les causes de nos actes, x> Or, ils le seroient si la volonté, qui est la
principe de nos actes^ rec^evpit d'eux le mouvement» Donc les coi^ ce-,
lestes ne meuvent pas la volonté.
(Conclusion. — l^ volonté étant une puissance tout-à-lait immatérielle
et incorporelle j les corps célestes ne la peuvent mouvoir qu'indirecte-
ment. )
Sans doute ^ de même que la volonté peut être mue par un olget exté-
rieur , elle peut ^ de la même façon , être mue par les corps célestes : à
savoir^ en tant que Tes objets extérieurs qui > saisis par les sens, meuvent
la volonté, et les organes des puissances sensitives eux-mêmes, dépendent
du mouvement des corps célestes. Mais certains ont avancé que les corp^
célestes peuvent agir immédiatement sur la volonté humaine, de la ma--
nière dont un agent extérieur peut agir sur elle, quant à l'exercice de ses
actes. Or cela est impossible. En effet, la volonté réside dans la raison;
et la raison est une puissance indépendante des organes corporels. Par
conséquent, la volonté est une puissance immatérielle et incorporelle.
Or, il est évident que nul corps ne peut agir sur une chose incorporelle,
mais bien plutôt qu'une chose incorporelle et immatérielLe peut agir sur
d, à cause de sa vertu , qui est plus universelle et jAt» formelle que la
corporU qui causator à voluntate , non posset
étiam voluntas à oœlo morveretor. Birgo cœlam
movet volaoiaietn hamanam.
St Pneterea , per obsenrationem cœlestimn
«orponuB astrologi ^yedan vert prmiaiiiiaiii
de hamanis actibas fatoris^ qm sunt à volantate :
(poA non esset si corpora cœlestia voluntatem
bominis movere non possent. Hovetur ergo vo-
luntas hunana à cœlesti corpore.
Sed contra est, qnod Oamascenns didt in
n. Ub., qu6d « corpora cœlestia non sunt caus®
nostroram actaum. i> Essent antem, si voluntas,
qiuB est humanomm actoom principium, à cor-
poribos cœlestibas moTeretur. Non ergo move-
tor voluntas à corporîbus ccelestibus.
(CoRCLusio.— > Cùm voluntas sit potenlia
onudno immaterialis et incorporea, non potest
iiisi indirecte à corpoiibus cœlestibos moverL )
Bespondeo dicendnm, qahà eo modo qjio vo*
Inntas movetor ab exterioriobj^cto, manifestnia
rednci in motum cœli, sicut in causam, nisi est qu5d voluntas potest moveri à corporîbus
cœlestibus : in quantum scilicet corpora exte*
riora, qu» sensui proposita movent voluntatem,
et etiam ipsa organa potentiarum sensitivarum
modo quo voluntas movetur quantum ad exer^
citium actûs ab aliquo exteriori agente, adhuo
quidam posuenmt corpora cœlestia directe im*
primere in voluntatem humanam; sed hoc est
impossibil^ Voluntas enim, ut dlcitur in UL
De anima (text. 49^, est in ratione. Ratio
autem est potentia anim» non aliigata orgaao
corporaU : unda rellnquitur quôd voluntas sit
potentia omnino immaterialis et incorpores*
Blanifestum est autem quôd nullum corpus agere
potest in rem incorpoream, sed potiùs è con*
verso, eo quôd incorpores et immateriales «uni
formsâioris et univeisalioris virtutis qukm qu«-
cunque res corporales : unde impoasibile est
868 r* II* PAETIE, QUESTION IX ^ ARTIGLB 5.
vertu d'un corps quelconque. Donc il est impossible que les corps cé-
lestes agissent directement sur Tintelligence et la volonté (f }. Cest pour-
quoi^ rapportant le sentiment de quelques philosophes^ qui prétendoienC
que la volonté des hommes est telle que la fait chaque jour le père des
hommes et des dieux (2)^ c'est-à-dire^ Jupiter^ qui représente le ciel en-
tier^ Aristote attribue cette opinion à ceux qui faisoient une seule choœ
de rintelligence et des sens. Toutes les forces sensitives n'étant que les
actes des organes corporels^ peuvent^ en effets recevoir, par accident,
leur mouvement des corps célestes, à cause du mouvement imprimé par
ceux-ci aux corps dont ces forces sont les actes. Mais Tappétit intellectif
étant mû, jusqu'à un certain point, par l'appétit sensitif, comme on Ta
dit plus haut, les mouvements des corps célestes se font indirectenieiit
sentir à la volonté, en tant qu'elle est mue par les passions de l'appétit
sensitif lui-même.
Je réponds aux arguments : 1^ Les mouvements de la Tolonfé hu-
maine, qui admettent plusieurs formes, ont pour cause uniforme rin*
telligence et la volonté d'une puissance supérieure. Or, cette puissance
ne peut pas être un corps, mais quelque substance immatérielle. Donc
il n'est pas nécessaire d'assigner pour cause au mouvement de la volonté
le mouvement du ciel.
2* On assigne, pour cause , au mouvement du corps humain , le moo-
vement des corps célestes, en tant que la disposition des organes les rend
susceptibles de recevoir un mouvement quelconque par l'action de ces
(1) L'avleur ayant établi, dans r article précédent, que le premier moteur de la ToloMé est
en dehors et au-dessus de Thomme , il lui restoit A dire ipiel est ce moteur. Les idées de sea
temps et des époques antérieures tendoient A voir le principe de ce mouTement dans rin-
fluence des corps célestes. Pour repousser ce qu*il y avolt de faui et de dangereux dans ces
idées , il eût pu se contenter d*en appeler A la réfuution qu'il avoit déjA faite , dans la pr^
miére partie de la S&mmê, n a mieux aimé renouveler cette démonstration ; et fon ainuui
qu'il ne pouvoit rendre un témoignage plus explicite et plus complet A la vérité fondamentala
attaquée par r astrologie judiciaire.
(S) Ces mots sont la traduction exacte d*un vers d*Homére. Les poêles se font le plu^pou-
vent les interprètes des idées des savants ou des croyances populaires. Bans ropinloa des
ciens , Jupiter étoit la même chose que Tair ou le ciel.
qaôd corpus cœleste imprimai directe in Intel-
lectum aut voluntaiem. Et propter hoc Aristo-
teles in lib. De ani*na (lib. U, text. 50), re-
citans opinionem dicentinm, qnôd « talis est
voltmtas in hominibos, qoalem in dies inducit
pater deoram viroromqoey » sdlicet Jupiter ; per
qaem iotom cœlnm intelligitur, attriboit eis
qui ponebant Intellectum non differre à sensn :
omnes enim vires sensitivs, cùm sint actas or-
ganoram corponlinm, per accidens nwveri pos-
tant A cœlestibus corporibos, motis scilicet cor-
poribus qoomm sant acios. Sed quia dictum est
quôd appetitiis intellectivns qnoidammodo mo-
«*fnp ah «ppetita senaitivo, indiiectè redondant
motus cœlestinm eorponim in TolunUteo; in
quantum scilicet per passiones appetitAs senst;
tivi voluntatem moveri contingit.
Ad primum ergo dicendum, qa6d moltifomes
moins volnniatis human» redncuntar ioaliqaam
cansam nniformem, qoœ est in inteliecta et vo-
Inntaie superiorum ; quod non potest did de
aliquo corpore, sed de aliqua superiori Bobstan-
tia immaieriali : unde non oportei qu&d motos
volnntaiis in motum cœli reducatur âcat in
causam.
Ad secnndom dicendum, qo&d motos corpo-
rales humani reducuntur in motum cœlestis cor»
poris sico^ in causai in qoaniom ipsa dispotftî»
mu XOnF DB LA VOLOliTÉ.
369
corps 9 et en tant que Tappétit senâtif subite en réalité , leur influence :
et aussi ^ en tant que les corps extérieurs reçoivent leur mouvement des
corps célestes, dont le concours fait que la volonté est portée à vouloir ou
à ne pas vouloir une chose; par exemple, le firoid survenant porte un in-
dividu à vouloir allumer du feu; et ce mouvement de la volonté provient
de l'objet qui lui est présenté extérieurement, et non de l'instinct qui
agit aù-dedans.
3"^ Gomme on vient de le dire, Tappétit sensitif est Tacte d'un organe du
corps. C'est pourquoi rien ne s'oppose à ce que l'action des corps célestes
dispose certains hommes à la colère , à la concupiscence ou à toute autre
passion ; da même que le tempérament Mt que la plupart des hommes s'a-
bandonnent i des passions auxquelles les sages seuls résistent. Aussi, voit-
on se vérifier, dans la plupart, les prédictions que suggère, relativement
aux actes humains, la considération des corps célestes. Toutefois , comme
dit Ptolémée, in Centiloquio: « Le Sage est au-dessus des astres; i> c'est-
à-dire qu'en résistant aux passions, sa volonté, libre et indépendante du
mouvement du del , annuUe les effets que produisent ordinairement les
corps célestes. On peut dire aussi, avec saint Augustin, Super Gen. ad
lit, II : a Lorsque les astrologues prédisent la vérité, fls sont soumis i
une puissance secrète qui gouverne, à son insu, l'esprit humain; puis-
sance qui n'est autre que l'esprit du mensonge, lorsqu'on fait cela dans
le but de tromper les hommes. i>
ARTICLE VI.
Dieu est-il le eeul principe extérieur qui meuve la volonté?
n parolt que Dieu n'est pas le seul principe extérieur qui meuve la
volonté, i* n est de la nature de l'inférieur d'être mû par un être immé-
organoram congrua est ad motom aliqaaliter ex
impressione cœlestiom corporam, et in quan-
tnm etiam appetitns sensitivus commovetur ex
impressione cœlestium corporam^ et ulteriùs,
in quantam corpora exteriora moventor secan-
i^ motum cœlestiom oorporum, ex quoram
toncursu voluntas incipit aliquid velle vel non
velle, sicnt adveniente frigore incipit aliquis
relie focere ignem. Sed ista motio Toluntatis
est ex parte objecti exteriùs prssentali , non
a parte interloris instinctûs.
Ad tertium dicendum, qaôd sicut dictum est,
ippetitas sensitivus est actns orgaui corporalis.
Unde nihil proUibet ex impressione corporum
cœlesliam aliquos esse habiles ad irascendum
1^ coacapisceodom^ vel aliquam hajuamodi
paniODem ; sicat ex complexiooe naturali plnres
bominam seqnuntnr passiones, quibas soli sa-
pie&tes resisluDt. Et ideo ot in ploribas verifi-
cantar qus pronuntiantnr de actibus hominnm
secundbm considerationem cœlestiom corporaoi,
Sed tamen, nt Ptolomaus dicit in Centiloquio,
« sapiens dominatur astris, b scilicet, quia r^
sisteos passionibus, impedit per voluntatem
liberam et neqoaqoam motui cœlesti subjectam,
hcuosmodi cœlestiom corporum ellectos. Vel ,
ut Augustinus dicit, n. Su^r Gen. ad lit.
( cap. 27 ), « fatendum est quaodo ab astrologis
vera dicuntur, instinctu quodam occultissimo
did, quem nescientes homanœ mentes pation-
tur; quod, (^m ad decipiendom homines fit,
spiritaum sedoctorum operatio est. »
ARTICULUS VI.
Otrùm voluntas moveatur à Deo «olo, sietti
ab exUrùni prineipio.
Ad sextom sic proceditur (i). Videtur qnôd
yolontas non à solo Deo moveator, sicot ab ex-
il) De bis etiam infrà, qu. SO, art. 1; et i part., qo. 105, art. 4; et qo. 111 , art. i; ol
IV.
24
r ~
370 i'* II* PABTis^ otnssno5 ix^ ARncus 6.
diaiement sapérienr^ conmie il est de la natare des oorps
d'être mus par les corps célestes. Qr^ il 7 a, après Dien, im être
rienr à lliomnie, à savoir^ Tange. Donc^ les anges peuvent aussi,
principes extérieurs, mouvoir la volonté de lliomme.
2û L'acte de la volonté suit l'acte de Tintelligence. Or^ I
lliomme passe i Tacte, non«œulement par Taction de Diea, mais
par les illuminations qu'il reçoit des anges , comme le dit saint
Doncj il en est de même de la volonté.
3* Dieu ne fait que ce qui est bien, d'après cette parole^ Genèat , I :
« Dieu vit toutes les choses qu'il avoit faites , et elles étoient parfaiteovezir
bonnes. » Donc si Dieu seul mouvoit la volonté de lliomme^ jamais eUe
ne scroit portée au mal ; et cependant, c'est par la volonté que l'on pèdie,
comme c'est par elle qu'on fait le bien.
Mais le contraire résulte de ces paroles de l'ApAtre, PMIfpp.^ H^ 1^ :
a C'est Dieu qui nous fait vouloir et accomplir. »
(Conclusion. — La volonté étant une puissance de l'âme raisomiabte,
se rapportant au bien universel^ Dieu est le seul principe extérieur qm
la puisse mouvoir.)
Le mouvement de la volonté vient d'un principe intérieur^ comme 1<?
mouvement naturel. Or, quoiqu'une chose puisse être mue par un ttre
qui n'est pas l'auteur de la nature de cette chose; cependant celui-là seul
peut causer en elle le mouvement naturel, qui est^ d'une certaine façon,
la cause de sa nature. Ainsi, une pierre peut être jetée en l'air par
l'homme^ qui n'est point l'auteur de la nature de ce corps; aussi ce
mouvement ne lui est-il pas naturel. Celui qui lui est naturel ne provient
teriori principio. loferioB enim natnm est mo-
Teri k 8U0 superiori, sicat corpora inferiora à
corporibus cœlestibus. Sed voluntas hominis
habet aliquid superius post Deam, scilicet an-
gelum. Ergo yotnntas potest moveri sicut ab
exteriori principio, etiam ab angelo.
8. Prxterea, actas voluntatis seqnitor actnm
inteUectûs. Sed intellectus bominis redncitur
in sunm actum non aolùm à Deo, sed etiam ab
angelo per illominationes, ut Dionysios diclt (I ).
Ergo eadem ratione et voluntas.
8. Prcterea, Deus non est causa nisi bo-
mmm, secnndîiai illud Geties., I : « Vidit
Dens cuncta qoa fecerat, et erant valde
bona. » Si ergo à solo Deo TOluntas homi-
nis moveretur, nunqoam moTeretnr ad ma-
lom , cùm tamen voluntas sit a qua pecca-
tnr , et racté ^nbtr, » nt Angnstinv didt (3).
Sed contra est , qnod Apo&tolus dicit, od
Philip., II : « Deus est qui operatnr ia noliii
velle et perficere. »
(CoNCLUsio. — Cùm humana voluntas sit
animx rationalis potentia, ad universale boniUD
ordinem habens, non potest nisi à Deo solo, ut
ab exteriori principio moveri. )
Respondeo dicendum, qu6d motus volnntatis
est ab intrinseco, aient et motus natoialis.
Quamvis autem rem naturalem possit aUquid
moTere^ qnod non est causa nature rei mots,
tamen motum naturalem causare non potest,
nisi qnod est aliqualiter causa natnrs. MoTetor
enim lapis snrsum ab homine , qui natoram la-
pidis non causât ^ sed hic motus non est lapidi
naturalis ; natondis autem motus ejus non cao-
CmUra Genl.^ lib. m, c«p. 86, S9, 01 , OS ; et qn, 8 , de maio, art. 3, in CMp.; et qn. 10^
art. 5, tum incorp., ium ad 13,
(1) Golligilur ex lib. De div. Nomin,s cap. 4, panlè post priocipium, ao JDa Miteitf Mi
eap. 4| poftt médium, ot i part. Jam notatum est suc loco.
f2) Scilicet lib. I. Relract.^ cap. 0, cùm explicat nonnulla dicta sna quibus abutebantnr pe>
lagianl.
DU MOTIF DE LÀ YOLONTÉ.
371
que de l'auteur de sa nature : voilà pourquoi le Philosophe dit ,
Physic, VIII : « Celui qui engendre, meut localement les corps pesants
et légers, d II arrive^ de même, à la volonté de Thomme, d'être mâe
par un être qui n'est pas sa cause ; mais que le mouvement volontaire
provienne d'un principe extérieur autre que la cause de la volonté, c'est
une chose impossible. Or, la cause de la volonté ne peut être que Dieu,
et cela pour deux raisons : Premièrement, parce que la volonté est une
puissance appartenant à l'ame raisonnable, que Dieu seul produit par
voie de création, comme il a été dit dans la première partie, quest. 90,
art. 2 et 4. ; secondement, parce que la volonté se rapporte au bien uni-
versel : d'où il ne peut y avoir d'autre cause de la volonté que Dieu, qui
est lui-même le bien universel. Tout autre bien n'est tel que par par-
ticipation, et est un bien particulier; mais une cause particulière ne
peut donner une inclination universelle. Aussi, nul agent particulier ne
peut être la cause de la matière première, qui est susceptible de recevoir
toutes les formes.
Je réponds aux arguments : !• L'ange n'est pas tellement au-dessus de
l'homme qu'il soit la cause de sa volonté, de la manière dont les corps
célestes sont la cause des formes naturelles, dont les mouvements naturels
des corps sont une conséquence.
2° L'intelligence de l'homme est mue par l'ange, quant à l'objet seule-
ment, objet que l'ange, par la \ertu de sa lumière, offre à la connois-
sance de Thomme. La volonté peut aussi être mue de cette façon, par une
créature extérieure, comme on l'a vu plus haut.
3^ Dieu, comme moteur universel , meut la volonté de l'homme vers le
bien, qui est l'objet universel de la volonté; et, sans cette impulsion
universelle, l'homme ne peut rien vouloir. Mais, à l'aide de sa raison,
l'homme se détermine à vouloir telle ou telle chose , laquelle est bonne
satnr niai ab eo qnod causai naturam : nnde
dicitur in VIII. Physic, ( text. 29 ), qa&d c< ge-
nerans movet secundùm locam gravia et le via. »
Sic ergo hominem volantatem habentem con-
tingit moveri ab aliquo qui nou est causa ejus;
sed quèd motus voluntarius ejus sit ab aliquo
principio extrinscco, quod non est causa vôlun-
tatis, est impossibile. Volantatis autem causa
nihil aliud esse potest quàm Deus; et boc pat^t
dupliciter : prim& quidem, ex hoc quod voluutas
est potentia anims ratlooalis, quœ à solo Deo
causatur per creationem ^ ut in I. dictum est
(qu. 90^ art. 2 et 4 ); secundo verô, ex hoc
qu6d voluntas habet ordinem ad universale
bODum. Unde nihil aliud potest esse voluntatis
eausa^ nisi ipse Deus qui est universale bonum.
Omne autem aliud bonnm per participationem
dicitur, et est quoddam particulare bonum;
particttlaris autem causa non^lat inciiuationem
universalem : unde nec materia prima, qm est
in potentia ad omnes formas , potest causari ab
aliquo particulari agente.
Âd primum ergo dicendum, qnôd angélus non
sic est supra hominem, qu5d sit causa volun-
tatis ejus, sicut corpora cœlestia sunt causa for-
marum naturalium, ad quas cr< lequuntur nato-
rales motus corporam naturaiiam.
Ad secundùm dicendum, qnôd intellectos ho-
minis movetur ab angelo ex parte objecti, quod
sibi proponitur virtute angelici luminis ad co-
gnoscendnm; et sic etiam voluntas ab exteriori
creatura potest moveri, ut dictum est.
Àd tertium dicendum, qu6d Deus movet vo-
liyitalem hominis, sicut universalis motor, ad
universale objectum voluntatis quod est bonum,
et sine bac universali motioue homo non poteâ
aliquid velle ; sed homo per rationem détermi-
nât se ad volendum hoc vel illud, qood est lerè
S7S V 11« PARTIE^ QUESTION X, Â&TIGLE 1.
en réalité^ ou seulement en apparence. Quelquefois^ cependant, Dieu
porte l'homme à vouloir tel bien déterminé^ comme il le £ait dans caexn
qu'il meut par sa grâce, ainsi qu'on le dira plus bas, quest. 109 et 112 (i^
QUESTION X.
De la maBlVve AoBt Mi màe la voloBté.
n faut ensuite examiner la manière dont est mue la volonté.
A ce sujet, on demande quatre choses : i"^ La volonté se porle44lle
naturellement vers quelque chose? ^ Son objet la meut-il nécessûre-
ment? 9^ Est-ce nécessairement que la meut Tappétit inférieur? 4* Sun
moteur extérieur, i savoir^ Dieu, la meut-il nécessairement?
ARTlCaLE L
La voUmté se porU-t'Clle naturellement vers quelque chose?
n paroit que la volonté ne se porte naturellement vers aucune chose.
!• L'agent naturel est opposé à l'agent volontaire, comme on le voit au
(1) C« n'est pas encore ici, comme on le Toit, qoe notre saint auteur entreprend de
eilier l'action de Dieu sur la créature raisonnable, et la liberté de la créature dans set
et ses voulions, n restera toujours , sans doute , quelque chose d*ol)scur et de réellement ia-
compréhensible dans ce problème de notre destinée : ce seroit une tentative à la fois abonde
et impie , de vouloir expliquer le mystère de la grâce. Mais les données successÎTement éta-
blies par la métaphysique et la simple observation des faits , quand on sait les coosprendre,
sont inflniment précieuses pour éclairer et corroborer notre foi. Les deux termes à rapprocbc-r
sont aussi clairs que possible aux yeux d'une droite raison. D'une part, Dieu ne pe«i pas,
étant ce qu'il est, ne pas agir dans toute action de ses créatures : voilà le premier terme.
bonum, Tel apparens bonum. Sed tamen inter-
dum specialiter Deas movet aliqaos ad aliquid
determinatè Tolendum quod est bonum, sicut
in his qaos movet per graliam, ut infià dicekor
(qa.l09 etll2}«
QD^STIO X.
J)4 modo quo wlwntoi movelur, in qualmor ariieuloê ditiut.
Deinde conBlderandiim est de modo quo vo-
Inotas movetur.
Et circa hoc qnsrantur quatuor : 1» Utrùm
VOluDtas ad aliquid naturaliter moveatur.
{0 utrùm de necesntate moveator à suo objecto.
%• Uiri^m de necessitate moveatur ab appetitu
inferiori. 4* Utrùm de necessitate moveatnf ab
exteriori motivo, qood est Deus*
ARTICULUS I.
Uiiium voluntas ad aliquid natmraiUer
moveatur.
Ad primnm sic proceditur (i). Videtor qu&d
Toluntas non moveatur ad aUquid uaturaliter.
Agens enim natorale dividitor contra agens
voluntarium, ut patet in principio II. Pt^sk,
(i) De his etiam 1 part. , queest. il , art. S, in corp.; et qu. SS , de verit., art. 5 cl art. 9 ; et
' da malO| art. i, ad a.
DE LA MÀNliRE SONT EST HUE LA TOLONTÉ. 373
commencement du second livre de la Physiqm d'Aiistote. Donc ^ la vo-
lonté ne se porte pas vers quelque chose naturellement*
9^ Ce qui est naturel à une chose est toujours dans cette chose; ainsi
la chaleur est toujours dans le feu. Or^ nul mouvement n'est toujours
dans la volonté. Donc^ s^ucun n'est naturel à la volonté.
2? La nature est déterminée à une seule chose. Or^ la volonté se porte
vers des choses opposées. Donc, elle ne veut rien naturellement.
Mais, au contraire, le mouvement de la volonté suit l'acte de l'intelli-
gence. Or, l'intelligence connoit certaines choses naturellement. Donc^ la
volonté veut aussi certaines choses naturellement (1).
( Conclusion. — La volonté de l'homme se porte naturellement vers le
bien, vers sa fin dernière^ et vers les choses qui conviennent à la nature
humaine.)
Gomme le disent Boêce, De duab. natur.^ et le Philosophe, Metaph., V,
le mot nature s'emploie en plusieurs sens. Quelquefois il signifie le prin-
cipe intrinsèque des choses susceptibles de mouvement; et cette nature
est alors, ou la matière, ou une forme matérielle, Physic, II. On
appelle encore nature une substance ou un être quelconque; et, dans
ce sens, une chose est naturelle à une autre quand elle convient à sa
substance, c'est-à-dire quand, de soi, elle est dans cette chose. Mais
les choses qui ne sont pas dans un être par elles-mêmes, sont toujours
rapportées à une autre chose qui est dans cet être par elle-même,
D^nne autre part, rhomme est libre dans la direction et lea actiont paticnlières de sa Tie :
Toilà le fécond terme ; et celui-là n'est pas moins constant que le premier. Qu'importe main-
tenant que le point de Jonction noas demeure caché , dans les ténèbres de la vie présente.
(1) Il a été déJA démontré , dans ia théorie des facultés de rame , et plus tard dans le traité
de la béatitude , que la volonté humaine ne peut pas ne pat vouloir le bonheur, qu'en eeli
elle est mue nécessairement , et que sa liberté ne consiste que dans le choix des moyens.
Cest la même vérilé que rauteur nous présente ici sous une autre forme et sous un Jour nou-
veau. Ses hauteurs de la théorie, il descend graduellement vers VappUcatlon et la pratique.
(vel expressiùs text. 49). Non ergo voluntas
ad aliquid oataraliter movetur.
8. Praeterea, id quod estnaturale, inest alicoi
seniper, sicnt igni esse calidum. Sed nulius mo-
tus inest voluntati semper. Ergo nolios est na-
toiaUs voluntati.
8. Prsterea, natura est determinata ad
unum (2). Sed voluntas se habet ad opposita.
Ergovolttotas nihil naturaliter voit.
Sed contra est, qu6d molus voluntatis seqni-
tor actum intelleclûs. Sed intellectos aliqua
intelUgit naturaliter. Ergo et voluntas aliqua
vqU nainraliter.
( CoKausio. — Fertur ipsa bominis voluntas
nataraliter ia bonnm et ultimum finem, et in ea
que conveniunt nature bominis. )
Respondeo dicendam, quèd sicut Boetiug
dicit iû Ub. De duabus naturis, et Philoso-
phas in V. Metaphys, (test. 5), natura dicitor
multipliciter. Quandoque enim dicitur princi-
pium intrinsecum, in rébus mobilibus; et talii
natura est vel materia vel forma materialis, ni
patet in II. Physie. ( teit. 4 ). Alio modo dich
tur natura qnsUbet sabstautia, vel qoodlibel
ens; ot secundùm hoc illad dicitor naturale rei,
quod convenit ei secondtim suam substantiam :
et hoc est qnod per se inest reL In omnibos
aotem ea qu» non per se insunt, reducuntor
(1) Inter axiomata Beda lit. N. ubi ex lib. IX Metaph.^ illnd refert t Sie autem tantum ibi
test. 3, quod potenliœ omnes q%tœ tunt eum raiione^ tunt eœdem eonlrariorum; qwB «ero
eartnt ratione^ tic tunt delerminatœ ut tit uua uuiut; et exemple caloris id probatur quod
calefaciendi tanlummodo causa est, etc.
374 1» U» PARTIE, QUESTION X, ARTICLE I.
• comme à lenr principe : et en donnant cette acception au mot
'il est nécessaire que le principe des choses qui conyiennent à on ètie scit
naturel. On voit cela clairement dans l'intelligence; car les principes d-^
la connoissance intellectuelle sont connus naturellement. De même , 1^
principe des mouvements volontaires doit être une chose voulae na^tu-
rellement. Or, cette chose est le bien en général , vers lequel la Toloote
tend naturellement, comme chaque puissance vers son objet; c'est en-
core la fin dernière qui joue, parmi les objets des appétits, le rôle qrr?
jouent, parmi les objets de Tintelligence, les premiers principes de tùa*^
démonstration; et de plus, en général, toutes les choses qui conviemie^i
à la nature de celui qui veut. Car, par la volonté, nous ne nous portoas
pas seulement vers les choses qui appartiennent à cette puissance , niai>
encore vers les choses qui appartiennent à chacime de nos puissances, ei
i l'homme tout entier. C'est pourquoi l'homme veut naturellem^it ,
non-seulement l'objet propre de la volonté, mais aussi les choses qui
conviennent aux autres puissances , comme la connoissance du vrai, qui
est le bien de l'intelligence, l'être, la vie, et toutes les choses qui regardent
le bien-être de notre nature, choses qui sont comprises dans l'objet de la
volonté, comme autant de biens particuliers.
Je réponds aux arguments : 1<> La volonté est opposée à la nature,
comme une cause l'est à une autre; certains actes, en effet, se font natii-
rellement, certains autres, volontairement. Mais, outre le mode on genre
de cause propre i la nature, qui est déterminée i une seule chose^ il
7 a un autre mode propre à la volonté, qui est maitresse de ses actes.
Cependant, la volonté étant fondée sur la nature, elle doit participer en
quelque chose au mouvement propre i la nature, comme la cause seconde
participe à l'essence de la cause première. En effet, en toute chose ^
l'être, qui est en elle par nature, a la priorité sur l'acte qui s'exerce par
in aliqaid qnod per se inest, mxA in primam :
et ideo necesse est <iii5d (hoc modo accipiendo
natvram), semper prinâpium in his qwB con-
▼eniont rei, sit naturale. ^ hoc manifesté ap-
pvet in inteUectu; nam piincipia intellectualis
co^itioais sunt nataraliuir nota. Similiteretiam
piincipia motaom voLontarionun oportet esse
aliqaid nataraliler volitom. Hoc autem est bonom
in oommuni , in qoo volnntas natoraliter tendit,
neat etiam quaelibel potentia in snom objecUim,
et etiam ipae finis altimos, qui hoc modo se
habet in appetibîlibos, aient prima principia
demottstiatïonam in inteUigibiUbua, et oniver-
saliter oornia iUa qu£ conveniunt volenti se-
cnodùm snam natnnm. Non enim per volun-
tatem appetimns solùm ea qus pertinent ad
potentiam volontatis, sed etiam ea qu» perti-
nent ad singnlas potentias, et ad totum homi-
>4e naturaliter bomo volt non solum
objectnm Tolnntatis, sed etiam alia qna con-
reniant aliis poteatiis, nt cognitionem veri»
qus coDvenit iateilectui, et esse et vivert y et
hajosmodi alia qua respiciunt coaâstentiam
natoralem : qux omnia comprehendnntnr snb
objeclo voluntatis, sicnt qnadam partimlaria
bona.
Âd primam ergo dicendam» qn5d Toluntasdi-
Tidilor contra naturam, sicot ona caosa contia
aliam; quadam enim fiant natoraliter, et^nadam
ûnnt volnntariè. Est autem alius modos caosandi
proprius voluntati, qua est domina soi actos,
pneter modum qui convenit natura , qua est
determinata ad unnm» Sed quia volantas in
aliqua natura fundatur, necesse est qu5d motus
proprias natore quantum ad aliqaid participe*
tur à voluntate , aient qnod est prions canaa
participatnr k posteriori. Est enim prius in
unaqoaque le ipsum esse qnod est per naturaou
DE LA. VAinÈRB DONT EST MUE LA VOLONTÉ. 375
la volonté : et dé là vient que la volonté veut certaines choses naturelle-
ment.
St* Ce qui^ dans les choses naturelles^ leur est naturel comme résultant
seulement de la forme de ces choses ^ est toujours en acte dans ces
choses^ comme la chaleur est toujours dans le feu. Mais ce qu'il y a de
natiirel résultant de la matière^ n'est pas toujours en acte dans ces
choses ; cela ne s'y trouve quelquefois qu'en puissance : car la forme est
l'acte^ et la matière la puissance. Or^ le mouvement est l'acte d'un être
en puissance : ainsi ^ les choses qui appartiennent au mouvement , ou qui
le suivent dans les choses naturelles^ ne sont pas toujours en elles : par
exemple, le feu ne s'élève pas toujours en l'air, il sort quelquefois de son
lieu. Il ne faut pas, de même, que ]a volonté, qui, en voulant, passe de
la puissance à l'acte, veuille toujours en acte; mais seulement lorsqu'elle
se trouve dans une disposition déterminée. La volonté de Dieu, laquelle
est un acte pur, est seule toujours en acte.
S^" À la nature correspond toujours un objet qui lui est proportionné.
A la nature, considérée dans le genre, correspond un objet qui est un en
général; à la nature, prise dans l'espèce, correspond un objet spécifique-
ment un ; à la nature individualisée, correspond un objet individuelle-
ment un. La vobnté étant, comme TintelÛgence, une force immaté*
rielle, l'objet qui lui correspond doit être naturellement un en général,
à savoir, le bien; de même qu'à l'intelligence correspond un objet un en
général , à savoir, le vrai , l'être ou toute autre chose de ce genre. Mais
le bien, en général, renferme une foule de biens particuliers; et la vo-
lonté n'est déterminée pour aucun (1).
(1) La Tolonté est libre par rapport i chaeim de ees biens particidierS| paisqu*elie peut les
regarder comme n*étant pas des biens.
qoàm velie quod est per Tolaniatem : et Inde
est qu6d Yoltmtas naturaliter aliqoid vult.
Ad secondum dicendum, qu5d in rébus ua-
turalibus id quod est naturale quasi consequeos
formam tantùm, semper actu ioest, sicut ca^
Udam igni. Quod autem est naturale sicut con-
Bequens materiam, non semper actu inest, sed
quandoque secundùm potentiam tantùm. Nam
fbrma est actus, materia verô potentia. Motus
aatem est « actus existentis in potentia,» ut
dicitur UI. Physic. <text. ); et ideo illa qua
pertinent ad molum, vel qus sequuntur motum
in rébus naturalibus, uon semper insunt : sicut
ignis non semper movetur susum, sed aliquando
est extra locum suum. Et similiter non oportet
qoM voluntas (qus de potentia in actum re-
dwilor dum ali^uid voit )^ semper actu veUt,
sed solùm quando est in aliqua dispositioae de-
terrainata. Voluntas autem Dei^ quae est actus
purus, semper est in actu volendi.
Ad tertium dicendom, qnèd semper nators
respondet unum proportionatum nature; na-
turae enim in génère respondet abquid unum
in génère, etnatuFse in specie acoeptae respon-
det unum in specie; naturs enim individnat»
respondet aliqmd unum individuale, Cùm
Igitur Toluntas ait qutedam vis immaterialis,
sicut et inteUectus, respondet sibi naturaliter
aiiquod unum commune, scilicet bonum ; sicut
etiam intellectui aiiquod unum commune , sci-
licet verum vel eus, vei quicquid est hujuamodi.
Sub bono autem communi multa particuburîa
bona Gontiaentur, ad quorum nuUiui voluntas
deteiminatar.
376 l'^ II* PARTIS, QUESTION X, ARTICiB S.
ARTICLE n.
La voUmtê est-^lU mue néceuairmnent par son cl^ei?
n parolt qae la Yolonté est mue nécessairement par son objet
l^ L'objet de la volonté est^ par rapport à elle^ ce que le moteur est an
mobile^ De anima, IIL Or le moteur, lorsqu'il est suffisant, meut néces-
sairement le mobile. Donc la volonté peut être mue nécessaireineiit par
son objet.
^ La volonté et Tintelligence sont des forces immatérielles, et se rap-
portent, comme on Ta dit, à un objet universel. Or, rintelligenoe est
mue nécessairement par son^objet. Donc la volonté Test aussi»
3<» Tout ce que veut un être, est ou la fin, ou ce qui est ordonné à cette
fin. Or on veut nécessairement une an, puisqu'elle est ce qu'est, dans ks
choses de spéculation, le principe auquel nous donnons nécessairemait
notre assentiment; et la fin est la raison de l'aq^ par lequel la volonté
embrasse les choses qui mènent à cette fin. Donc, nous devons vouloir
nécessairement les choses qui mènent i la fin. Donc, la volonté est mût
nécessairement par son objet.
Mais le contraire résulte de ce que, d'après le Philosophe, a les puis-
sances rationnelles peuvent se porter vers des objets opposés. » Or, la vo-
lonté est une puissance rationnelle, puisqu'elle est dans la raison. De
anima, III. Donc elle ne se porte pas nécessairement vers l'un des deux
objets opposés.
(Conclusion. --* La volonté est mue nécessairement par le bien uni-
versel, qui n'est autre que la béatitude elle-même; mais non par un hien
particulier, qu'elle peut ne pas vouloir.)
ARTICULUS U.
VMm voluniat moveatur de neeeiHiaU à iuo
objeeto.
Ad secandam sic proceditar (1). Videtur qn6d
volantas de necessiUte moveatur à sao objecto.
Objectam eoim voluntatU compantur ad ipsam,
ûcut motivum ad mobile^ ut patet in III. De
anima ( text. 54 ). Sed motivmn, si sit suffi-
ciens^ex necessitate movet mobile. Ergo Tolun-
tas ex necessitate potest moTeri à sao objecto.
2. Prsterea , sicut volantas est vis immate-
rialis, ita et intelleclos, et utraque potentia ad
objectam universale ordinatar, ut dictam est
(art 1). Sed iotellectus ex necessitate mofetar
à 800 objecto* Ergo et voluntas à sao.
8. Pneterea, omne qaod quis voit, aot est
finis, aut aliqaid ordinatum ad finem. Sed flnem
aliquis ex necessitate vult , nt Tidetor, quia est
sicat principinm in speculativis, coi ex neces-
sitate assentimus; finis antem est ratio ToJMdi
ea qn» sont ad flnem : et sic videtar etiam
qaèd ea qus sunt ad flnem, ex necessitate Te*
limas. Voiuntas ergo ex necessitate rootekiir à
suo objecto.
Sed contra est, quôd « potentia rationa]^ »
secundùm Philosophum (.IX. Metaj^tysic,
text. 8), « sont ad opposita. » Sed volontai
est potentia rationalis, est enim in ratione, nt
dicitar in III. De anima (text. 42). Ergo vo-
lantas se habet ad opposita; non ergo ex ne-
cessitate moTotnr ad alterum oppositonim.
(CoHausic— Volantas de necessitate no-
vetur ab objecto illo quod est universale bonam,
ab ipsa scilicet bealitudine; non autem k par-
tkulari bono, qaod Tolontas potest noaveUe.)
(1) De bis etiam inOra qucst. 80, art. 1 ; et 1 part. , qu. 88, art. 1 et S; et quart. 8, 2, de tarit,
art 5 «t6 1 et qa«st. 6, de malO| articulo unico, lum ia corp., tum etiam ad 9 et 10.
SE XJL MANfiSHE SONT EST MUE LA. TOLONTi. STI
lA ToloQté est mue de deux manières : d'abord quant à Texercice de
l'acte ; en second lieu, quant i la détermination de Tacte, détermination
qui dépend de Fobjet. De la première manière, la volonté n'est mue néces-
sairement par aucun objet; car il est toujours au pouvoir de quelqu'un
de ne pas penser à un certain objets et, par suite, de ne le pas vouloir
en acte. Mais quant à la seconde manière, oertaios objets meuvent né-
cessairement la volonté, certains autres ne la meuvent pas. Dans le mou-
vement qu'imprime à chaque puissance son objet, il faut considérer sous
qnel rapport cet objet le lui imprime. Un objet visible meut la vue par la
couleur visible elle-même en acte. D'où, si un objet frappe la vue, il la
meut nécessairement, à moins qu'on ne la détourne, ce qui regarde
l'exercice de l'acte. Mais si Ton présentoit i la vue un objet dont la cou-
leur ne seroit pas en acte sous tous ses rapports, mais le seroit sous tel
rapport , et sous tel autre ne le seroit pas, elle ne l'apercevroit pas néces*
sairement; car elle pourroit envisager la partie qui ne seroit point colorée
en acte, et, par suite , elle ne verroit pas l'objet lui-même. Or, de même
que la couleur en acte est l'objet de la vue, le bien est l'objet de la vo-
lonté. Par conséquent, si on présente à la volonté un objet bon univers
Bellement et sous tous les rapports, nécessairement la volonté, si elle veut
quelque chose, se portera vers lui; car elle ne pourra vouloir ce qui lui
est opposé. Si, au contraire, on lui présente un objet qui , sous quelque
rapport, ne soit pas bon, elle ne se portera pas vers lui nécessairement.
Et comme tout défisiut, dans un objet bon, n'est que l'absence d*un bien,
le bien seul^ qui est parfait, et auquel rien ne manque, à savoir la béa-
titude, est celui que la volonté ne i^eut s'empêcher de vouloir (i). Pour
les biens particuliers, en tant qu'ils manquent de quelque bien, ils
(I) Od ne détroit pat se bâter de voir une eontradicUon entre cette proposition, en «ppa-
rence absolve, et ce qui a été dit dans farticie précédent, où rauteur reconnott qu^il est
Respondeo dicendam, qii6d Tolontas movetor
inpliciter : nno modo quantnm ad êxercitium
aetus; alio modo quantum ad specifieationetn
octus, qns est ex objecto. Primo ergo modo
Tolontas à auUo objecto ex necessitate movetur;
potest emm aliqnis de quocunque objecto non
cogiUre, et per conseqnens neqne actuyelie
illiid. S«l quantum id secondum motionis mo-
dom, Toluntas ab aliquo objecto ex necessitate
motetor, ab aliquo antem uun. In motu euim
cnjulibet polentis k suo objecto consideranda
Mt latio per qoam objectam moTet potentiam ;
râibile enim movet visum aub ratione coloris
Kta iFisibilis; onde si oolor proponatur y\mi,
et necessitate motet ipsom, nist aliqois visnm
iTertat; quod pertioet ad êxercitium actus.
Siaatem proponeretur aliquid tisui^ quod non
onuùbQs modis esset color in actu, sed secun-
te aliaaid esset taU, secuodùm autem aliquid
wm taie, non ex necessitate visas taie objec-
tum videret ; posset enim intendere in ipsum ex
parte qua non est coloratum in actu , et sic
ipsum non videret. Sicut autem coloratum in
actu est objectum visus, ita bonum est objec>
tum voluntatis. Unde si proponatur aliquodolh
jectnm Toluntati , quod sit universaliler bonnm,
et secundùm omnem consideratiouem, ex neces-
sitate voluutas in iilud tendit si aliquid velit;
non enim poterit telle oppositum. Si autem pmpo*
natnr sibi tUqnod oljectum, quod non secundùm
quamlibet considerationem sit bonum » non ex
necessitate toluntas fértur in illad. Et quia de-
fectus cujuscnnqoe boni babet rationem non
boni, ideo iilud solum bonum quod est perfeo-
tnm, et cni nibil déficit, est Uie bonum quod
Toiuntas non potest non telle, quod est beati-
tudo; alia autem qaœlibet particularia bona, ia
quantum deflciunt ab aliquo bono, possunt ao«
378 I'* II* PABTDS, QTJBSnON X, ARTIGIS 3.
peuvent n'être pas considérés oomme biens : on peut donc^ sous ce rap-
port^ les rejeter^ ou bien les embrasser ; car la volonté peut se porter ven
une chose pour des considérations différentes.
Je réponds aux arguments : 1"* Le moteur suflBsant d'une puissaiice
n'est autre que Tobjet qui est tel sous tous ses rapports. S'il manqae de
cette qualité sous quelque rapport^ il n'imprimera pas un mouvamenl
nécessaire , comme nous venons de le dire.
3» Un objet meut nécessairement la volonté quand il est toujams et
nécessairement vrai ; mais non un objet qui peut être vrai ou faux, pa
exemple , un objet contingent : il en est du vrai comme du Uen.
9> La fin dernière meut nécessairement la volonté^ parce qu'elle est k
bien parfait; il en est de même des choses qui se ra)[q[)ortent à cette fia,
et sans lesquelles on ne pourroit l'atteindre, comme Fètre, la vie, et autra
choees semblables. Mais les choses sans lesquelles cette fin peut être ob-
tenue f ne sont pas voulues nécessairement : tout comme les conclosioDs
qui ne font rien à la vérité des principes ne sont pas admises néoessai*
rement par celui qui admet les principes.
ARTICLE m.
La volonté est^lle mée nècesBairenwnt par ^appètà inférieur?
n paroît que la volonté est mue nécessairement par l'appétit inférieur.
f • L'Apôtre dit, Rom., VII, 19 : « Le bien que je veux, je ne le fais pa^
et le mal que je hais, je le fais. » Or, cela n'arrive qu'à cause de la con-
cupiscence qui est une passion. Donc la volonté est mue nécessairement
par la passion.
d*autres cfaoRes que nous voulons naturellement ou nécessairement. Il sVxpliquera loi-oéiBe
dans la réponse à la troisième objection. Et, de pins, on peut dire que les dioses qu'il admet
comme nécessairement voulues , rentrent dans l'essence même de la béatitude, et sont impli-
citement voulues avec elle.
cipi ut non bona : et secandùm hanc conside-
rationem {Kwsunt repudiari vel approbari à vo-
lantate , qns potest in idem ferri secondùm di*
versas considerationes.
Ad primatn ergo dicendum , qo6d sofficiens
motivaiD alicajas potentia non est nisi objeotam
qnod totaiiter habet rationem moiivi* Si autem
in aliquo deficiat, non ex neceasitate movebit,
nt dictum est.
Ad secnadum dicendum, qood inteliectua ex
necenttate movetnr à tali objecto qnod est
aemper et ex neœasitate veram, non antem ab
eo quod potest esse vemm et ftlsam, scilicei à
eontingenti , sicat et de bono dictum est
Ad tertium dicendum, qu6d finis uttimus ex
necessitate movet voluntatem , quia est bomim
perfectum, et similiter illa qus ordinantur ad
hanc finem, aine quibus finis baberi non potest.
sicut esse et mvere, et Irajusniodi; alia varfr
sine quibus finis baberi potest, non ex neen»
sitate vuH qui vult flnem : sieut eonelBaimies,
nne quibus principia possunt esse ven, non
ex necessitate eredit qui principia ciedik
ARUCULUS m.
Ulrùm volunUu moveatur de necetntaU ab
inferiori appetitu.
Ad tertium sio prooeditar. Videtor qnôd vo-
luntas ex necessitate moveatur à passioae appe-
titûs inferioris. Oicit enîm Apostolos, Hont.»
VII : <f ^km enim quod toIo bonum» hoc a(o;
sed quod' odi malum, iUud flMsio; » quod dicitor
propter oououpiecentlam , qia est passio qoa»*
dam. Eiigo voinntas eoc neeessitale movetarà
passione.
DE LA VAmÊRE BONT EST MUE Là TOLONTÉ. 379
2* Comme il est dit par le Philosophe^ IIL Ethic. : « Tel vous êtes,
telle la fin vous apparolt. o Or, il n'est pas au pouvoir de la volonté de
rejeter instantanément une passion. Donc il n'est pas en son pouvoir de
ne pas vouloir ce à quoi la passion Tincline.
3« Une cause universelle ne s'applique à un effet particulier que par
rintermédiaire d'une cause particulière; tout comme la raison univer-
selle ne meut que par l'intermédiaire d'un jugement particulier, suivant
la i)ensée d'Aristote , De anima, IIL Or, ce qu'est la raison universelle
par rapport à un jugement particulier, la volonté l'est par rapport à
l'appétit sensitif. Donc , la volonté ne se porte à vouloir un objet parti-
culier que par l'intenflédiaire de l'appétit sensitif. Donc, si quelque pas-
sion met l'appétit sensitif dans une disposition déterminée, la volonté ne
pourra suivre une direction opposée.
Mais le contraire résulte de ces paroles , Genèse , ÏV , 7 : <c Au-dessous
de toi sera ton appéti^t, et tu exerceras sur lui ta domination, d Donc la
volonté humaine n'est pas mue nécessairement par l'appétit inférieur.
(Conclusion. — La volonté étant dans l'homme une puissance spiri-
tuelle n'est pas mâe nécessairement et universellement par l'appétit
inférieur, )
Comme on l'a dit plus haut, la passion de l'appétit sensitif meut la
volonté de la manière dont la meut son objet , à savoir, en tant que
l'homme soumis à l'influence de la passion juge convenable et bonne une
chose qu'il jugeroit autrement, affranchi de cette influence. Or, cette
modification de l'homme par la passion, arrive de deux façons. Dans le
premier cas, la raison est entièrement liée, en sorte que l'homme n'en
conserve pas l'usage, comme il arrive i ceux qui, dans la violence de la
1. Prsterea, sicat didtor in 01. EtMc, :
« Quaiis uQusquisqoe est, talis finis videtor ei. »
Sed non est in potestate voluntatis qnod statim
passionem abjidat. Ergô non est in potestate
Yolustatis, qnôd non velit iUud ad qnod passio
se inclinât.
8. Pneterea, causa lUiiYersatis non applicatnr
Id effectom particularem nisi mediante causa
pirticulari : unde ratio uniTenalis non movet
msi mediante sstimatione particulan^ ut dicitur
in III. De anima (text. 58). Sed sicut se habet
nlio univeisalis ad sstimationem partkulaiem,
ita se habet voUintas ad appetitum sensitivum.
Ergo, ad aliquod particulare volendnm non mo-
Tetnr voluntas nisi mediante appetitu aensitiTo.
Ergo si appetitus sensitiTus ait peraUqoam pas-
lûmem ad aliquid dispositus, voluntaa non poterit
Sed contra est, qnod dicitur Gènes,, Vf :
c Subter te erit appetitus tuus (i), et tu domi-
naberis illius. o Non ergo voluotas hominis
movetur ab appetitu inferiori.
(CoNCLusio. — Voluntaa cùm sit spiritnalis
in homine potestas^ non necessariô et univer-
saliter ab inferiori appetitu movetur.)
Respondeo dicendum , qu&d sicut suprk die-
tuffl est, passio appetitus sensitiTi movet volun-
tatern ex ea parte qua voluntaa movetur ab ob-
jecto, in quantum scilicet bomo aliqualiter di»-
positus per passionem, Judicat aliquid esse
conveniens et bonom , quod extra passionem
existens non judicaret. Hujusmodi autem im-
mutatio hominis per passionem duobus modis
contingit. Uno modo, sic qu6d totaliter ratio
ligatur, ita qu5d homo usum rationis non habet ,
ia ooDtrarium moveri. I sicut oontin^^t in bis qui propter vehementem
(1) UtveteraBiblia legnnt. acex illisdesumpiit S. Thomas juxiatui temporis usum; sed emen-
diu modo babent, ut legendum est , appetitui ^ut boc est peccati de quo immédiate prcces»
lerat : Ifanme ti bene egerii « rteipiei ; «ti» autem male^ tUUim in foribus peecaium îuum
9krU?
380 1" II* PARTIS > QTTESnOH t^ ARTICLB 3.
colère, de la concupisœnce, oa par suite de toute autre pertarbatiaii
corporelle, deviennent fous ou fiirieux. Ces sortes de passions n'arriTent
pas sans quelcpie changement corporel, et il en est abrs de Hxomn»
comme de la brute qui suit aveuglément l'impétuosité de sa passion , ^
dans laquelle, la raison faisant défaut, il ne sauroit plus y avoir de vo-
lonté. D'autres fois la raison n'est pas tellement absorbée par la passion,
que son jugement ne jouisse d'une certaine liberté ; et sous ce rapport il
reste quelque chose du mouvement volontaire. En tant donc qne la
raison demeure libre, et non soumise à la passion, le mouvement de la
volonté ne tend pas nécessairement vers la chose i laquelle incline la
passion. Ainsi, ou bien il n'y a pas le mouvemett de la volonté dans
l'homme, et la passion seule domine; ou bien, il y a mouvement delà
volonté, et il ne suit pas alors nécessairement la passion (i).
Je réponds aux arguments, i^ Sans doute, la volonté ne peut faire que
la concupiscence ne se soulève ; et c'est ce que dit l'Apôtre, car ces pa-
roles : a Je fais le mal que je haïs , » signifient « je suis porté au mai que
je haïs ; d néanmoins, la volonté peut ne pas vouloir, ou ne pas consentir
i la concupiscence; et ainsi, elle ne suit pas nécessairement le moove*
ment de la concupiscence.
S» Quoique il y ait dans l'homme deux natures, la nature intellectuelle
et la nature sensitive, quelquefois l'uniformité règne dans Tame hu-
maine; car, ou bien la partie sensitive est complètement somnise à la
raison, dans les hommes vertueux, par exemple; ou bien la raison est
complètement absorbée par la passion, comme il arrive à ceux qui mit
perdu la raison. D'autres fois aussi, quoique la raison soit obscurcie par
la passion, il lui reste pourtant une certaine liberté en vertu de laquelle
(1) Les principes posés dans cette thèse méritent li pins sérieuse tttentioB. Ce B*est
ici que de le tliéorie , lens donte; aab cette théorie est la base sor laquelle viendieoftie-
iram Tel concnpiscentiiiDy foriosi vél amentes
fiimt, sicat et propter aliqaam iliam pertiirtM-
tioaem oorponlem. Hignsmodi aatem passiones
non sine oorporalt traosmatatioDe accidoni, et
de talibos eadem est ratio, sicnt et de aniasa-
tibns bratia, qoa ex necessitate seqaantor iot-
p^m passioois; in his enim non est aliqnis
ntionis motos, et per oonseqoens née Tohinta-
lis. Aliqoando aotein ratio non totaliter absor-
betor à passione» sed remanet, quantom ad
aliqoid, jodicinm ntionis liberam ; et aecnndùm
boc remanet aliquid de mota Tolontatis. In
qnanlnm ergo ittio maoet libéra, et passioni
noa nd^ecta, ia tantum Toluntatis nwtos qui
manet, non ex necessiute tendit ad boc ad
qood passb indinat : et sic aul motus Tofau-
tatis non est in bomine, sed aola passb domi-
natnr; aut si motus Tohwtatts ail, noa ex m-
É^mtiÎMlÉk snOUitur «acnA»>i>Hi-
Ad prifflom ergo dieeadum, qnod etâ voluo-
tas noQ possit fkœreqoin motos coocapisoeatiA
insuigat» de quo Apostolos didt, Roau, Vn :
« Qood odi OMlom, illnd &do, » id est, con-
cypisco ; tamen potest tolontas noa Telle ooa-
copisoere, aut concapiscentis noa cooseotifey
et sic non ex necessitate seqoitur coacnpisceatia
BiotonL
Ad secnndom dkendnm, qu5d càm ia hooiae
do» siat natans, iateUectoatis aciticet et sea*
sitiTa, quaadoque quidem est boaio aliqoilis
anifonaiter aecandàm tolam animam ; qoii sà-
licet Tel panaensitiTa totaliter snbjicîUirntiaBi,
sicut oontiagit in TirtaosiSy Td è cooTeno ntio
totaliter abstabetar à passioac» sîcataaàdit ia
ameatibas. Sed aliquaado, eisi ratio obonbiletar
à passioBe, remaaet tamea aliqaid latîMiBE-
bmimy et aecaadbm hoc potest aliquis fd t^
SK LA ICAiniRK DONT EST MITE lA YOLONTÉ. 381
on peut repousser entièrement la passion, ou du moins se contenir assez
pour ne pas lui céder : dans une telle disposition , l'homme étant soumis
aux influences diverses des diverses parties de son ame , la raison lui
montre une chose et la passion lui en montre une autre.
3« La volonté est mue, non -seulement par le hien universel saisi par
la raison, mais encore par le bien particulier saisi par les sens : c'est
pourquoi, elle peut se porter vers un bien particulier sans aucune pas-
sion de la part de Tappétit sensitif. Effectivement , nous voulons et nous
faisons beaucoup de choses sans passion , d'après le seul choix de Tap-
petit, les choses par exemple, dans lesquelles la raison siurmonte la
passion» ^
ARTICLE IV.
Le moteur extérieur de la volonté, à savoir Dieu, la meut-il nécessairement?
n paroit que Dieu meut nécessairement la volonté. 1<> Tout agent au-
quel on ne peut résister, meut nécessairement. Or, on ne peut résister à
Dieu qui possède une puissance infinie : d'où il est dit, Bom., IX, 19 :
a Qui résiste à sa volonté? » Donc, c'est nécessairement que Dieu meut
la volonté.
^ La volonté est mue nécessairement dans les choses qu'elle veut na-
turellement, comme on l'a dit plus haut. Mais on appelle chose naturelle
à un être, celle que Dieu opère en cet être , comme l'enseigne saint Au-
gustin, Cont. Fausiin. Donc, la vobnté veut nécessairement ce vers
quoi la porte l'action de Dieu.
3oLe possible est tel que sa supposition n'entraîne aucune impossibilité.
Or, si l'on suppose que la volonté ne veut pas ce vers quoi Dieu la meut,
il en résulte une impossibilité, puisqu'alors l'action divine seroit ineffi-
poser les préceptes qui s^appliquent à la partie la pins délicate et la plus ardue de toute la
morale chrétienne. Bien de plus précis, ni de plus profond, n*a été dit par aucun moraliste.
ne passionem sequator; iu tali enim disposi-
tione, quia homo secundùm diversas partes
anims diversimodë disponitur, aliud ei videtur
secundùffl ntiooemy et aliud secandùm pas-
liottem.
Ad tertinm dicendnm, qabà volontas non
soHm movetor à bono nniversali appreheoso
per ratiouem, sed etiam à bono apprehenso per
sensam : et ideo poteat moveri ad aliquod par-
ticnlare bonum abaque passione appetitûs sen-
ntivi; mulla enim volumns et operanmr absque
passione, per solam appetitûs electionem, ut
patet in bis in quibus ratio lenititar paaaionL
ARTICULUS IV.
Uiritm volunUiê moveatur de neeeuUate ab
exteriori motivo quod ett Deuê,
ÈAfffiU\nm aie pioceditar. Videtur qnôd vo-
luntas ex necessttate moveatup à Deo. Omnc
enim ageos coi resistinon potest, ex necessi-
tate movet. Sed Deo cùm sit inQnitsvirtutis,
resisti non potest; unde dicitur Rom,, IX :
ff Volnntati ejus quis resistit? » Ergo Deus ex
necessitate movet voluntatero.
2. Prsterea, Toluntas ex necessitate movetur
in illa qus naturaliter vult^ ut dictum est
(art. 1 ). Sed hoc est nnicuique rei naturale,
quod Deus in eo operatur, ut Àuguslioos dicit,
XXVI. Contra Faïutin. { cap. 8 ). Ergo vo-
iuntas ex necessitate vult omne illad ad quod
à Deo movetur.
8. Praeterea, possibile est quo posito non
seqnitur impossibile. Sequitur autem impossi*
bile, si ponatur qu5d voluntas non velit hoc ad
quod Deus eam movet; quia secundùm hoc ope-
ratio Dei esset inefUcax. Non ergo est possibile
382 r* n* ïaetib, ouestiou x, abtigls 4.
cace. DoDCy il n'est pas possible que la volonté ne venille pas oe ^rers qnm
Dieu la meut. Donc elle le veut nécessairement.
Mais le contraire suit de ces paroles de VEcidture, £ccH*, XV , i4 :
a Dieu a fait l'homme dès le commencement^ et Ta laissé dans la mais
de son conseil. i> Ce n'est donc pas nécessairement qu'il meut sa volonté.
(Conclusion. — La volonté étant un principe actiif lequel n'est -pas dé-
terminé à une chose, mais peut se porter indifféremment vers plosîeais
choses, elle n'est pas mue nécessairement par Dieu, qui meut les êtres
d'après la disposition de leur nature particulière. )
Comme le dit saint Denys , De Div. Nomin., IV, la Providence divuie
doit maintenir intacte la nature des êtres, et non l'altérer : c'est poor-
quoi, elle les meut tous d'après leur condition, de telle sorte que des
causes nécessaires l'action divine tire des effets nécessaires, et des casses
contingentes, des effets contingents. La volonté étant un principe actif
lequel n'est pas déterminé à une chose ^ mais peut se porter indifférem-
ment vers plusieurs , Dieu la meut de telle façon qu'il ne la détermine
pas à un ohjet, mais que son acte demeure contingent et exempt de né-
cessité, excepté dans les actes qu'elle fait naturellement (1).
Je réponds aux arguments : 1<» La volonté divine ne va pas setiïement
jusqu'à obtenir un effet de la chose qu'elle meut, mais aussi jusqu'à
l'obtenir de la manière qui convient à la nature- de cette chose. C'est
pourquoi, il répugneroit beaucoup plus à l'action divine de mouvoir né-
cessairement la volonté, ce qui est en opposition avec la nature de
celle-ci , que de la mouvoir librement , selon ce que demande sa na-
ture.
^ On dit qu'une chose est naturelle à un être, lorsque Dieu l'opère en
(1) Ainsi donc , Dieu ne nécessite la volonté humaine que dans un seul cas , et par rapport
è un seul objet; il ne la violente Jamais. On devra se souvenir de ces thèses, si claûres et
si formelles I en faveur de notre liberté, quand ensuite ou verra rautenr étudier Taetion de
Dieu en nous par le moyen de la grâce.
voluntatem non velle hoc ad quod Deus eam
movet; ergo necesse est eam hoc velle.
Sed contra est, quod dicitar Eccli,, XV :
« Deus ab inilio constituit hominem, et reliquit
eum in manu consilii sai. » Non ergo ex neees-
sitate movet voluntatem ejus.
( Conclus] 0. » Ciim voluntas sit activum
principium nou determinatum ad uoum, sedin-
difîerenter ad malta se habens, uon necessariô
à Deo movetur, qui cuncta movet secuadùm
propri» naturae dispositionem. )
Bespondeo dicendum , quod sicut Diooysius
didt, IV. cap. De div, Nomin,, ad providen-
tiam divioam non peitinet natnram rerum cor>
rumpere^ sed servare : unde omnia movet se-
cundùm eorum conditionem, ita qu5d ex causis
necessaiiis per motiooem divioam seqaoator
effecins ex necéssitate^ ex cansis antemcootiQ-
genlibus sequantur effectus contingentes. Quii
igitar voluntas est activum principium non de-
terminatum ad unum, sed indifferenter se habens
ad multa, sic Deus ipaam movet, quod ooa a
oecessitate ad unum déterminât; sedremmet
motus ejus contingens et non necessnios, nâi
in bis ad qus naturaliter movetor.
Âd primum ergo dicendum , quôd vohmte
divina non solùm se cxtendit ut aliquid fiât
per rem quam movet, sed ut etiam eo modo
fidt quo congruit natur» ipsius : et ideo mtgis
repugnaret divin» motioni , si voluntas ex ne-
cessitate moveretur (quod suœ nature non oodh
petit), quàm si moveretur libéré, prout competit
su» nature.
Ad aecQOdiuD dicendum, quM utarale est
BB l'acte de IA YOI.ONTÉ ffCHOSÈ JOUISSANCE. 883
cet être de manière à ce qu'elle M soit naturelle : ainsi , use chose
convient à un être en tant que Dieu veut qu'elle lui convienne. Mais , il
ne veut pas que tout ce qu'il opère dans les êtres leur soit naturel ,
comme par exemple^ la résurrection des morts. Ce qu'il veut de naturel
en chaque ètre^ c'est qu'il soit soumis à sa puissance.
3"* Si Dieu meut la volonté vers un objet, il devient impossible de sup-
poser que la volonté ne se meuve pas vers cet objet; pourtant ce n'est
I)as impossible en soi : aussi ne résulte-t-il pas de là que la volonté soit
mue nécessairement par Dieu.
QUESTION XI.
Se VMte Ae la volonté nommé loulutaee»
n faut ensuite considérer ce qui a rapport à la jouissance.
Sur quoi, quatre questions se présentent, l*" Jouir, est-ce un acte de
la puissance appétitive? 2° Convient-il à la seule créature raisonnable,
ou bien convient-il encore aux animaux ? S"" La jouissance n'a-t-elle que
la fin dernière pour objet? 4'' À-t-elle pour objet la fin en tant que pos-
sédée?
ARTICLE I.
Jouir, est-ce un acte de la puisumce appàitive ?
n parolt que la jouissance n'appartient pas seulement à la puissance
appétitive. !• Jouir ne paroît signifier autre chose que cueillir un fruit
unicoiqne qnM Deus operatur in ipso nt sit ei
Datorale : ne enim unicnique convenit aliquid^
secondùm qnod Deos vult quôd ei conveniat ;
non aatem vult qaèd quicquid operatur ia rébus
fih fm naturale, putà qnôd mortui resurgant;
sed hoc tiilt uniciiiq[!ie esse uatorale, quôd po-
testati divins subdator.
Ad tertium dicendnm, qu&d si Oeus movet
volantatem ad aliquid, incompossibile est huic
posilioni, qu6d voluatas ad illud non moveatur;
non tamen est impossibile simplicité^ : onde
non sequitnr qnôd volontas à Deo ex necessitate
moveatur.
QD^STIO XL
Dé fruU{<me, q^tm eit aeUu volttntati*^ <» quulMor arHeuloi divita.
Detnde considerandaBi est de fmitione.
Et circa hoc qusmntor quatuor : !<> Utrùm
{ni sit actus appetitits potenti«. V Utrùm
8oli rationali creaturae conveniat, an etiam
«nimalibus brutis. 3« Utrùm frai sit tantùm
Qltiui finis. 4« Utrùm ait sdùrn fiais habiii.
ARTICULUS L
Otriim J)nd ni actus appeUtivœ patenUm,
Ad primnm sic proceditur (1). Videtur quôd
frui non sit solùm appetitivae potentia^. Frai
enim nihil alind esse videUir qnàm froctom
Ij) Se bis etiam I, SnU^ diatinet. i, qu, 1, art. L
384 i^ II* PABTis, Qxnssrms n, aatiglb i.
(du mot latin, fnH. } Or, Tintelligence cueille le fhiit de la vie Immaisê,
à savoir la béatitude; car on a montré plus haut qjie la béatitude cxst
siste dans Tacte de Tintelligence. Donc la jouissance n'apiMirtient pas i
la puissance appétitive, mais à Tintelligence.
2» Chaque puissance a une fin propre dans laquelle consiste
tion : ainsi la fin de la vue est de connoitre ce qui est visible , celle à
Touîe, de percevoir les sons, et ainsi des autres. Or, la fin d'une chi^
est le fruit de cette chose. Donc la jouissance peut se trouver dans use
puissance quelconque, et non pas seulement dans la puissance zppé-
titive.
30 La jouissance emporte une certaine délectation. Or, la délectation
sensible appartient aux sens, qui se délectent dans leur objets et pour h
même raison la délectation intellectuelle , à Tintelligenoe. Donc la jouis-
sance appartient à la puissance appréhensive , et non à la puissance
appétitive.
Mais ces paroles de saint Augustin, De Doctr. christ , I, et De TriniL,
X, prouvent le contraire : a Jouir, dit ce Père, c'est adhérer i une chose
pour elle-même, d Or, Tamour appartient à la puissance appétitive. Dodc;,
la jouissance est un acte de cette puissance.
(CoNGLusTON. — La jouissance regardant la dilection ou Tamour, eUe
est un acte de la puissance appétitive. )
La jouissance et le fruit paroissent avoir la même origine; ces deax
mots dérivent Tun de l'autre. Il nous importe peu de savoir laquelle de
ces deux choses a la priorité sur l'autre ; seulement, ce qui semble pro-
bable , c'est que celle qui frappe davantage a été nommée la première.
Or, ces choses frappent davantage , qui sont plus sensibles. Conséquem-
ment, il semble que les fruits sensibles ont dû servir à nommer la joois-
capere. Sed fractam humans vite, qose est
beatitudo (i), accipit ioteilectus, in cujas acla
beatitado consistit, ut suprà ostensum est
(qu. 3, art 8). Ergo Aral non est appetitiva
potentis, sed intellectâs.
2. Prsterea, qoslibet potentia habet pro-
priam finem qui est ejus perfectio : sicut visus
finis est cognoscere visibUe, auditus perdpere
sonos, et sic de aliis. Sed finis rel est fructus
ejus. Ergo Irai est poteatiœ cujuslibet, et non
Bolùm appetitivœ.
8. Prœterea, fruitio delectationem quatudam
importât. Sed delectatio seosibilis pertinet ad
sensum qui delectatur in suo objecto, et eadem
ratione delectatio intellectualis ad intellectuai.
Ergo fruitio pertinet ad apprehensivam poten-
tiam, et non ad appetitivam.
Sed contra est, qnod Augnstioas dicit ia
I. De doctrina christ (cap. 4), et in X. Af
Trin, ( cap. 19 ) : « Frui est amore inhciere
alicui rei propter seipsam. » Sed amor peitinet
ad appetitivam potentiam. Ergo etfroiesi actns
appetitivs potentis.
( CoMCLUsio. — Cùm fruitio ad deledationeBi
vel amorem spectet, appetitivae potentia actos
est.)
Respondeo diceudum, qu&d fruitio etfmcfais
ad idem pertiuere videntur, et unom ex aitero
derivari. Quid autem à quo, nibil ad propositom
refert, nisi quod hoc probabile videtur, qoôd
id quod magis est manifestum , priùs etiao
fuerit nominatum. Sunt autem nobis primo
manifesta, qus sunt sensibilia magis. Inde à
sensibilibuB fructibus nomen fruitionis deriva-
(1) Hoc eotm sensu Grcgorias eiplicat Hlud Joan . , XY : Potuit tôt «I eatit^ Btfructum affenUt,
et ftuetuê vetter maneat ; homil. 27 in Evangelia , cam sic ait : QwUem fruetum affem éê-
hêitU iignifieat , eum addiî : Et fraetus Tester maneat. Omne emm quodê9oundUmfr9HMi
DE l'acte de la volonté NOMMÉ lOUISSANGE. 383
sance {fruitio). Mais le fruit sensible est la dernière chose que Ton attend
d'un arbre et que Ton cueille avec plaisir. D'où il suit que la jouissance
se rapporte à Tamour ou à la délectation que fait éprouver la dernière
cliose que Ton attend^ c'est-à-dire^ la fin. Or^ la fin et le bien sont l'objet
de la puissance appétitive. La jouissance est donc évidemment un acte
de cette puissance.
Je réponds aux arguments : 1® Rien n'empêche qu'ime seule et même
chose n'appartienne^ pour des raisons diverses^ à diverses puissances. Par
^uite^ la vision de Dieu^ comme vision , est un acte de l'intelligence ;
icomme bien et comme fin^ elle est l'objet de la volonté : et c'est ce qu'il
faut dire aussi de la jouissance. L'intelligence atteint cette fin^ comme
j>iiissance agissante; et la volonté l'atteint^ comme puissance se portant
vers la fin et jouissant de cette fin dès qu'elle l'a obtenue.
^ La perfection et la fin de toute autre puissance est renfermée dans
l'objet de la puissance appétitive > comme le particulier dans le général.
C'est pourquoi la fin et la perfection d'une puissance appartiennent à la
puissance appétitive^ en tant qu'elles sont un certain bien; car la puis-
isance appétitive meut les autres puissances vers leurs fins respectives, et
elle atteint elle-même la sienne^ lorsque les autres atteignent la leur.
30 II y a deux choses dans la délectation, la perception de la chose
qui nous convient, perception qui appartient a la puissance appréhen-
sive; et la complaisance que l'on prend dans la chose qui est offerte
lïomme convenable, et cette complaisance appartient à la puissance appé-
titive , dans laquelle se complètent ainsi les éléments nécessaires à la
délectation.
inm fidetur. FrnctnSvantem seosibilis est id
qood ultîmum ex aibore expectatar, et cam
qQtdam sanitate percipitor : unde froitio per-
'tioere videtur ad amoreoi Tel delectationem
quam aliquis babet de altimo expectato^ quod
est finis. Finis aaiem et ()imum est olyectum
appétitive potentie. Uode manifestum est qa6d
fraitio est actas appétitive potentie.
Ad primum ergo dicendnm, quôd nibil pro-
Mbet nnniD et idem secandùm diversas ratlones
Id diversas poteulias pertinere. Ipsa igitur visio
|)ei, in quantum est visio, est actus intellectûs;
in qaantom antem est bouam et flnis^ est vo-
lontatis objechun. Et hoc modo est cjas fraitio :
It fioem honc inteUectus oooseqaitar tanquam
potentia agens ; Toluntas aotem tanquam poten-
tia movens ad finem, et fraens fine jam adepto.
Ad secandam dicendum^ qa5d perfectio et
finis cujaslibet alterius potenti» continetnr sub
objecto appétitive, sicat proprinm sab communi,
ut dictam est sop ( qa. 9, art. 1 ) : ande per-
fectio et finis cujuslibet potentie, in qoantum
est qaoddam bonum, pertiuet ad appetitivam,
propter qu6d appetitiva potentia movet aliat
ad suos fines, et ipsa conseqaitur finem, quando
qaelibet aliarum pettingit ad finem.
Ad tertiom dicendum, qaôd in delectatione
duo sunt, scilicet perceptio convenientis , que
pertinet ad apprehensivam potentiam, et corn-
placentia ejus quod oflertur ut conveniens ; et
hoc pertinet ad appetitivam potentiam, in qua
ratio delectationis completnr.
jeeWif jh laboTûfMki^ nix «Mfn* ad mwrttim tugUii; mon namque inUrveniem frucîum mottri
Jtiborii ûbêcindit; (ihnI 99ropro wt$ma vita ugitmrs tiiom poit Mortom «nrolnr^ «le.
tv«
a86
i>* II* vÂxm, Qownon xt, âbtigis 8.
ARTICLE n.
la jauiBmnoe ne 0$m>iem^Ue qvfà la crèalun TÊitmmdbl»,
camoimt^lle aumi amx ontmoicx?
Oparett que la jouissance convient seulement auxbommes. 1
Aug:ustin dit^ De doct. christ, I : a Nous ^ en notre qualité dlio
nous jouissons et usons des choses. » Donc les autres animaux ne pea^i^i:
pas éprouver de jouissance.
S* La jouissance a pour objet la fin dernière. Or^ les animaux ne peuvent
atteindre la fin dernière. Donc ils ne peuvent éprouver de jouissance.
9» De même que l'appétit sensitif est au-dessous de rintellectjf , an-
dessous du sensitif est Tappétit naturel. Donc si la jouissance apparlkni
à Tappétit sensitif, il semble que^ pour la même raison^ elle devra appar-
tenir i Tappétit naturel^ ce qui est évidemment faux, puisque la déleo-
tfttion n'appartient pas i ce dernier. Donc la jouissance ne convient pa^
i Tappétit senritif; et^ par suite, il ne convient pas aux animanx.
Hais le contraire résulte de ces paroles de saint Augustin , LXXXIIL
Qwjestion. : « 11 n'est pas absurde de croire que les bètes éprouvent une
jouisBanee résultant de la nourriture ou de toute autre volupté eorpo*
relie (1). »
(OmsLVSicftf. — > La jouissance convient à la créature raisonnable, dans
sa nature parfaite ; aux brutes, dans sa nature imparfaite; elle ne con-
vient aucunement aux autres êtres. )
D'après ce que l'on a dit, la jouissance n'est pas l'acte d'une puis-
(1) G*est parée qoe la joaissanee , entendue dans sa signification la plus générale, appaitfCBk
ans adnranx prtrés de raison , que rhomme , en mettant sa Jouissance dans des objets in»
dignes de sa nature, renverse Tordre du Giéatour et deseend an rang des fanil«», mkm b
pensée du prophète royal et celle de saint Paul. Il est aisé, par U, d'eatrevoir rinportaHe
de cette question , dont le simple énoncé peut , au pwmier abord , étomer Feiprit du
Cette importance ressortira, d*one manière plus évidente , des pointe de vue signalés dmm
articles suivants , et de tout rensemble de la question oUÔ-méme.
ABTICULUS n.
ViHm^miconvemat tantum raHtmoR erea-
Ad secondum sic ptoceditur (1). Videtor quôd
frai non solommodo ât hominom. Dicit eûm
Angustinus in I. De doctrina christ, (cap. 3
et 22 ), qaèd « nos liomines sumtis, qui fruimur
et ntinmr. n Non etgo alia animalia frai poA-
sont.
a. PvBteftt, frm est nitimi finis. Sed ad
tthiana flnes non poisuit perliiigere bnili
animalia. Ergo eoram non est frui.
8, Preterea , sicot appetitns sensitiyus est
nb întellectiTO, ita appetitos natnralis est si^
sensitivo. Si igitnr iinii pertinet ad a^pèâtui
sensitîvnm, videtor qnbd paii ratione posût ad
naturalem periinere ; qood patet esse folam»
quia ejus non est deledari. Ergo appetitàs soi»
sitivi non est frai; et ita non oonvaait bralis
ammalilms.
Sed contra est» qoôd AngnsUons dicit ia
lib. LXXXUL QwBstûm. (qa. 30) : c ?m
qoidem cibo et qnalibet càrpecali vohiplate,
non absurde existimantar et bestie. »
( Omsufjmo. — Gonveoit rationali oatnr»
firaitiD secnodtai ratkNiem perfectao; hraâs
autem secandùm imperfectami c«teris anlen
nuUo modo convenit. )
Respondeo dicendum, qu6d sicat ex prftdio-
n\ Tia big eticm infrà, qniBSt. 13, art. 5, ad 9; ut et I, Sent.^ distinct. 1, qa. 4, art. 1.
DS h'àCn SE &Â TOtOUT* ITOMMÉ JOUISSANCE. 387
sanee airrantàsa fin, en tant qu'elle atteint elle-même cette fin^ mais
en tant qu'elle commande de l'atteindre : en a dit, en effet, qu'elle appar-
tenait i la puissance appétttife. Dans les èties dépennrus de connois*
sance , on trouve une puissance qui arriTe à sa fin en exécutant elle-
mèflie ce qui est nécessaire pour y arriver; ainsi ce qui est pesant tend
à descendre, et ce qui est léger, à monter. Msds on ne trouve pas en eux
de puissance qui commande l'exécution de ce qui mène à la fin; on la
trouve dans un être supérieur, dont le commandement imprime le mou->
vement à la nature entière; ainsi, dans les êtres capables de connoissance,
l'appétit fait agir toutes les autres puissances. Il résulte de là qu'on ne
trouve pas dans les êtres dépourvus de connoissance, quoiqu'ils atteignent
leur fin, la jouissance de cette fin, mais dans ceux-là seulement qui sont
doués de connoissance. La connoissance de la fin, cependant, est de deux
sortes, parfaite ou imparfaite. La connoissance parfaite est celle par la-
quelle on connoit, non-seulement une fin et un bien particuliers, mais
encore la fin et le bien universel : elle n'appartient qu'à la créature rai-
sonnable. La connoissance imparfaite est celle par laquelle on connoit un
bien et une fin en particulier : elle se remarque dans les animaux dont
les appétits ne commandent pas librement, mais se portent vers les
choses qu'ils saisissent, en vertu d'un instinct naturel. Ainsi, à la créa-
ture raisonnable, la jouissance convient dans la perfection de sa nature;
aux animaux, elle ne convient qu'imparfaitement; elle ne èonvient nul-
lement aux autres créatures.
Je réponds aux arguments : !<> Saint Augustin parle, dans le passage
dté, de la jouissance parfaite.
2» n n'est pas nécessaire que la jouissance ait pour objet la fin der-
nière en soi, mais ce qui est pris par chacun pour fin dernière.
tii Ulictiir (trt. 1, cd 9) y lirai flon est utos
pofeoHs perveniefttis td floein^ sicat eiequcn-'
tis, sed potentia imperanlis executionem ;
diGtaa4tt6iMii(art.ii«d &),qiièd€9tapp6-
tiftitA potentûe. lareto antem cognitioneca-
tentiLiis invemtar ^em potentia pertiogeos
ad fioem per modam exeqnentis, âcnt grave
tendit deoraum, et lefe BUBom. Sed potentia
ad qoain pertinet finis per modam imperantis ,
non invenitiur in eis, sed in aliqua saperiori
natora^ qo» tàe mofet totam naturam (1) per
imperium : sicnt in habentibos cognitionem
appetitus movet alias potentias ad snos actus.
Unde manifestom est quôd in Uis qus oognitione
careotj qaamvis pertingant ad finem, non inve-
nitor fruitio finis, sed solùm in tais qos cognitio-
solùm cognosdtQT id qnod est finis et bonnm, sed
ratio nniversatis finis et boni ; et talis cogoitio est
solins rationalis naturae. Imperfecta aatem co-
gnttio est qva cogooscttor ptriicuiariler finis et
bonum ; et talis cognitio est in brûlis animaUbas,
qaoram et virtntes appetitivs non sont impe-
rantes libéré, sed secnndùm natoralem instino*
tam, ad ea qu» appVebendant, moventur. Unde
rationali natnr» conveuit fruitio secundùm ra-
tionem perfectam; iMratia aniem animalibos
secundùm rationem imperfectam; aliis aniem
creatttiis nullo modo.
Ad pcimom ergo dicendom, qoàd Augustinus
loquitar de fruitione perfecta.
Ad secundùm dicendom, quèd non opor-
tet quM frniUosit ultimi finis simpliciter, sed
nem habent. Sed cognitio finis est dupiez, per- ejns quod babetor ab anoquoqne pro ultimo
lèeta et imperfeda. Perfecta quîdem , qua non ) fine*.
(f ) Intelligeiido per ntfhinmi fiywîtfffim divtoam lanturn, ad qsam séitm petUnet , al UN-
388 r* II' PARTIE, ouBsnoN zr, aeticls 3,
30 L'appétit sensitif suppose une connoissance , mais non l'appétit
turel, surtout dans les êtres dépourvus de connoissance.
40 Saint Augustin, dans ce passage, parle de la jouissance imparCsite
<^1a résulte de sa manière de s'exprimer : il dit, en effet, e qu'il n'est
si absurde d'attribuer la jouissance aux bëtes , » comme il le seioit ds
leur attribuer l'usage des créatures (i).
ARTiaE m.
La jouissance n'a^t-elle que la fin dernière pour cbjei?
n parolt que la jouissance n'a pas seulement la fin dernière pour objet.
1<» L'Apôtre dit, Philem., 20 : a C'est pourquoi, mon frère^ je jodiai
de vous daus le Seigneur. » Or, évidemment, saint Paul n'avoit pas xois
dans un homme sa fin dernière. Donc elle n'est pas le seul objet de la
jouissance.
2<» On appelle fruit ce dont quelqu'un jouit. Or l'Apôtre dit , Galat,
V, 22 : a Le fruits de l'esprit sont la charité, la paix, la joie, » et autres
choses semblables, qui ne sont pas la fin dernière. Donc la jouissance
n'a pas seulement la fin dernière pour objet.
30 Les actes de la volonté se replient sur eux-mêmes; ainsi , je veux
ma volonté, j'aime mon amour. Or, la jouissance est un acte de la vo-
lonté; car, d'après saint Augustin, De Trtnit, XX, c'esl par la volonté
que nous jouissons. Donc chacun jouit de sa jouissance; mais la jouis-
sance n'est pas la dernière fin de l'homme , laquelle est le bien incréé.
Dieu. Donc la fin dernière n'est pas le seul objet de la jouissance.
Mais saint Augustin prouve le contraire en disant. De Triait., X :
(1) Jouir d*une chose, ou s^en servir, sont deux actes profondément distincts» ob
parfois contraires , comme nous aurons à le reeonnottre bienlAt atee saint Augustin. Le
oier, comme nous Tavons dit, est commun ans liommes et ans animaux; le second ne pent
eonvenir qu*A l*étre raisonnable. G*est ce que saint Thomas démontrera pins tard ,
de r usage , question 16 , article S. n faut souvent rapprocher deux thèses pour les coi
l'une etrautre, Tune par r autre.
Ad tertiam dicendnm , qabd appetitus sensi-
tiTUs consequitur alîqnam cognitionem , non
tutem appetitus natoralis, pracipuè proot est
in his que co^ttone carent.
Ad quartum dicendum, qoM Attgustinus ibi
loquitair de fmitione imperfecta, qood ex ipso
modo loqaeodi apparet; dicit enim qa6d « frai
aon adeo absurde eiistimantur et bestis , »
KtUcet sicat ati absordissimè dicerentur.
ARTiCULUS in.
Vifimfiaith 9it Umtum %aH9dJM$,
Ad tertiam sic ptoceditar. Videtur quôd froi-
tio non ai tantùm ultimi finis. Dicit enim Apo-
MmadPhilemoH,: « Itaque , firaterj ego te
lirnir in Domino. » Sed manifestom est qaèd
Paulas non posaerat nltimnm eoiim flnem in
bomine. Ergo frai non tantùm est nltimi finis.
S. Prsterea , frnctas est qao aliqais fhntnr.
Sed Apostolus dicit ad Galat, V : « Fhidai
spiritus est cbaritas, gaadium^ paz, n et hflja»-
modi , qo» non babent rationem olUmi fiinis.
Non ergo fraitio est tantùm oltimi finis.
S. Prsterea^ actus volontatis snpra iripsos
reflectuntur, toIo enim me irelle» et amo me
amare. Sed fhii est actns voluntatis, vobmUi
enim est per quam fruimnr^ nt Angustiaos dicit
X. De Trin. (cip. 10). Ergo aliqois fhiitar
saa (raitione. Sed frnitio non est nltimns finis
hominis, sed solùm bonam increatnm, quod esL
Deos. Non ergo fraitio est solùm nltimi finis.
Sed contra est ^ dkil«lii
DE l'agtx BB IA TOLONTÉ 1?01CHÉ jouissangb. 889*
« li'on ne jouit pas si la volonté se pofte vers un objet en vue d'un objet
différent. » Or^ la fin dernière est la seule que Ton ne désire pas en vue
d'une chose différente. Donc elle est le seul objet de la jouissance..
(Conclusion. ~ La jouissance n'a pour objet que la fin dernière , la-
quelle est cherchée, non en vue d'une autre chose, mais pour elle-même^
en sorte qu'en elle la volonté se délecte et se repose. )
D'après ce qu'on a dit plus haut, pour qu'une chose ait la qualité de
fruits ou puisse être l'objet de la jouissance, deux conditions sont re-
quises; il faut qu'elle soit un terme véritable, et que l'appétit goûte en
elle une douceur et un plaisir qui l'apaisent. Or un terme peut être ab-
solu ou relatif; il est absolu, s'il n'est pas rapporté à un autre; il est
relatif, s'il n'est le terme que de certaines choses particulières. Ce qui a
la qualité de terme absolu, dans lequel on se délecte comme dans la fin
dernière , est proprement appelé fruit, et sa possession constitue propre-
ment la jouissance. Mais ce qui n'est pas délectable en soi, et que l'on ne
désire que par rapport à une autre chose, comme une boisson amère par
rapport à la guéiison, ne peut recevoir le nom de fruit. Ce qui renferma
en soi une certaine délectation à laquelle se rapportent d'autres choses^
peut, jusqu'à un certain point, recevoir le nom de fruit; mais on ne
trouve pas en cela la nature propre et complète de la jouissance. De là
saint Augustin dit. De TriniU, X : « Nous jouissons des choses d»rp.
lesquelles la volonté se repose avec délectation. » Or elle ne goûte de repoi^
absolu que dans sa dernière fin (1); car, tant que la volonté attend une
(1) La fin dernière de rbomme , robjet de m perfaite béatitude, c'est , eomme ranteur Pa-
démontré, la Tislon et la Jonissance de Dieu. Voici un passage de saint Augustin, qui, à la
lumière de ce principe , nous parott singulièrement propre à déterminer le sens et la portée
de tout ce qui est dit ici concernant la Jouissance. Ce passage est du chapitre troisième de là*
Hoctrifkê chréUtmmê.
a n y a des choses dont il faut Jouir , d'autres dont il faut user, et il y a enfin les étret
qui usent et Jouissent. Les premières nous rendent heureux ; le secondes nous excitent et nour
aident à conquérir la béatitude. Et nous , qui atons le droit de Jouir et d*user, si , renversant
Tordre des choses , nous Toulons Jouir de celles qui doivent uniquement nous servir , non»
Jk Trm, ( cap. Il ), qoM « non fmitur si qnis
id qood in facoltatem volnntatis aflBumit, prop-
teralittd appétit. » Sed aolùm oltimus finis est
qui non propter aliiid appetitnr. Ergo solhis
nltimi finis est frnitio.
(CoMCLDsio.— Finiliû tantàm nltimi finis
est, qui non propter alind qosritar^ aed propter
leipsôm, ut in eo vohmftas qoiescat et deiec-
tetur.)
Respottdeo dioendnm, qudd tient dictnm est
(ait 1 ), ad ratîonem froctos dno pertinent :
Kilicet qndd ail tUHmum, etqnôd appetitom
quietet qnadam dnlcedine vel detectatione.
\M\mum antem est aimpliciter, et secondùm
qoidt simpliciter qnidem, qnM ad alind non
nftttni; sedsecundùmqnid» qoèd est aliqoo-
nnn nltimnm. Qood ergo est simpliciter ultimom,
in quo aliqnis delectator sicnt in nltimo fine ^
hoc propriè dicitor fructus, et eo propriè di-
citar aliqnis frni ; quod antem in seipso non est
delectabilBy sed tantbm appetitnr in ordine ad
aliud, sicut polio amara ad sanitatem, nnUo.
modo fruetus dici potest. Qnod aatem in se
habet qoamdam delectationem , ad quam qna-
dam prsoedentia referantur, potest quidem.
aliqno modo dici frnctua, sed non propriè, et
secondùm completam ratîonem fruetus, eo dici>
mur fnii. Unde Angustinns in JL i>e Trin.,
dicit (cap. it), qu6d a froimur cognitis in
qoibus Tolnntaa delectata conqniescit. » Non
autem qniescit simpliciter nisi in nltimo, quia
qnamdin aiiqnid ezpectatur, motus foiuntaUft.
390 i^ n* TàRra, ocmrvm n, Axaaa 3»
chose, son monvement demeiue oomme en snspenB, quoiqaféDe en ait d^
atteint d'antres. Ainsi, dans le monvenimt loeal, Men qne chaque peint
intermédiaire puisse être considéré comme point àt départ et ooamis
terme, un point ne sauioit être pris pour fia téritable que locs^ie Volget
mA y treure définitii/emeni le repos.
Je réponds aux arguments : 1* Si TApAlre, comme le remarque sainl
Augustin, De doc^r. cknM., I,eûtdit: a Je jouirai de ions,» sans ajonler,
c dans le Seigneur, d il anroit semblé mettre dans son frère la fin de si
délectation; mais, en ajoutant ces mots, «rdans le Seigneur, b S ttk
connoltre qn'il a placé sa fin dans le Seigneur, et quil est l'objet de sa
jouissance; c'est comme s'il eût dit que son frère étoit,nonle tenneyi
le moyen de sa jouissance.
^ Autre chose est le fruit comparé à Tarbre qui le produift, et
chose le fruit comparé à Fhomme en qui il produit h jouissance. H est,
comparé à l'arbre , ce que l'efifet est à la cause ; comparé à llK»Dflie,fl
est l'objet dans lequd lliomme trouyera sou repos et sa déleetatûm. Les
choses que l'Apôtre énjumère dans le texte objecté , reçoivent le nom de
fruits , parce qu'elles sont les efifets de l'Esprit saint, qui les prodoit en
nous : c'est pourquoi elles sont appelées les fruits de l'Eq^rit; nuis elles
ne reçoivent pas ce nom de fruit, en ce sens que nous jouissions d'eUes
comme de la fin dernière. On peut dn*e encore, avec saint Ambroiae, qoe
ces choses sont appelées fruits, parce qu'on les doit demander pour
elles-mêmes; non, en ce sens qu'elles ne se rapportent pas à la béatitude
mais en ce sens qu'elles sont de nature à devoir nous plaire.
3"* €k)mme on l'a déjà dit, le mot fin a deux significations : d'abord^
sonnies «nétés daoa notre course ters le bien «ipréme , on même entièrement détoomés de
ce but.
» Supposons que nous sommes desT4>yageurs et desétrangers, ne pouvant espérer de bonkeiir
qn*au sein de la patrie; si nous nous laissions séduire par les a^^ments du voyage, par les
objets que nous rencontrons sur notre chemin , par Fimpression même du mouvement qui nos»
entraîne , ce serolt là jouir des objets dont nous devions seulement user; et, par conséquent,
nous renoncerions au vrai bonheur de la patrie , pour le bonheur apparent et trompeur de
eelte terre étrangère. »
remanet in stispenso , licèt jam ad alîqnid per-
venerit. Sicut in mota locali , licèt illud quod
est médium in magnitadine, sit prineipiam et
finis, non tamen accipitur ut Unis in acta, niai
qmmdo in eo quiescitnr.
Ad primum ergo dicendam , quM ncnt An-
gostinns dieit in I. De docir. chrifi. (cap. 3S) :
si dixi^t : Te fruar, et non addidisset, m
Domino, videretur finem delectationis in eo
poBuisse; sedquia addidit m Domino, in Do-
mino se posuisse finem, atqae eo st frai signi-
fieavit : nt sic fratre se frai disissety non tan-
qutm terfflinoy aed tanqoem medio.
Ad secnndum dicendam, qnÔd frnctns aliter
eomnantor ad arborem produceote»^ et aliter
ad hmninem fraentem. Ad arborem qnden
producentem compaialoe, ni eSectosad caanm,
ad fraentem aatcm âent oitimam eipeetaiom
et delectans. Dicuntur igitur ea q«B emmejt
an ApostohiB fhtetvs, qnia snnt effectos qn-
dam Spiriftns saoeti in nobis : onde et fruelm
Spiritut diemitw; non aotem ita qoM m
ihiamar tanqnam ultime fine. Vel aliter éem^
dum, qnèé dicnntnr firudus aecundàm Am-
brosiom, qnia a praptcr se peleada sani, » m»
quidem it» quàd ad beatilndtiiem noo refiacuh
tar, aed qnia in aeipaif Inbent nade Mbis pia«-
cere debeant.
Ad tertium dicendam, qa6d sicut siqirà djo*
tQnest(qibly art.St etqtt.2, art.7)» âsie
DE L'AGTS SS la YOUHITÉ VQUOtÉ lOlTIBfiAHGE. 3M
H désigne la chose elleHoaftme; ai aeeond Im^ la possession de celte
chose; ce qui cependant ne constitue pas deux fins» Buds nue seule tai
considérée soiten soi^ soit dans sa possession par un 6tre déterminé. Or^
Dieu est la fin dernière comiae étant Tobjet même de toutes nos rb^
cherches^ et la jouissance Test comme étant la possession de cette même
fin. De même donc que Dien^ considéré comme fin * n'est pas distinct de
la jouissance de Dieu considérée aussi comme fin; de même la jovîssanee
que nous donne la possession de Dieu, n'est pas distincte de la jouissance
que nous fait éprouver la jouissance de Dieu* H en est de même de la
l)éatitude créée, qui consiste aussi dans la jouissance*
ARTiaE IV.
La jouistoMB v^c^t-elle pour objet que la fin po9$idéêf
n paroit que la jouissance n'a pour objet que la fin possédée* i* Saint
Augustin dit. De Trinit,, X : a Jouir, c'est posséder la joie, non de l'es^
pérance, mais de la réalité, b Or, tant qu'une cUôse n'est pas possédée,
on ne peut avoir que la joie de l'espérance. Donc la jouissance n'a pour
objet que la fin possédée.
2<* Diaprés ce que l'on vient de dire, la jouissance n'a proprement pour
objet que la fin dernière , qui seule apaise entièrement l'appétit. Or^
l'appétit n'est apaisé que par la possession de la fin. Donc la jouissance, â
proprement parler, n'a pour objet que la fin possédée.
30 Jouir, c'est goûter un fruit. Or, on ne goûte un fruit que lorsqu'on
possède la fin. Donc la jouissance n'a pour objet que la fin possédée.
Mais, au contraire, a jouir, d'après saint Augustin, c'est adhérer avec
amour à une chose pour elle-même, d Or, cela peut avoir lieu sans que
la chose soit possédée. Donc on peut jouir d'une fin qu'on ne possède pas»
( Conclusion. — La jouissance parfaite a pour objet la fin dernière réel-
^itor dopliciter : ono modo ipsa les; alio modo
adeptio rei. Qoa qniden» imi wasA duo fines,
sed uaus finis in n oooaidentus et aUteri ap*
plicatiis. Deufl igiliir est oUimus finis âcoft rea
fus nltimô queisUv, finiitio auieni sicni adep-
tio bo\ju8 ultimi fiais. Sieat tgiluc non est alias
finis Dans et.fruitio Dei, ita eadem ratia truir
tÂonis est qoa frnimar di^ôM fhùtiooe; et ea-
dem ratio est de beatitodine creaia, qm in
ftaitiflnft f^ffs^s^t.
ARTICULt3S IV,
Vtritm fruUio ût êolumJUti» babiêi.
Ad qoartum sic proceditor. Videtur quôd
llraitio non sit nisi finis habiti. Dicit exiim Au-
giutinu^ X. Z)a Trin, (cap. 11 ), quÙd « bvl
kL » Sfld qaamdiii Donhdietur, nofttflt gai*
dilim rei, sad speL Erga ÉRâtio non eife Bié
finis babitL
3. Pnetevea, mcai dictanaaai ( art. 8 )y fnii-
tio noneat propciè nisi oltimi finis, ifm aolas
otiimns Unis qnietat appetituaii. Sed appetitoi
non qoietatar nisi in fiaa.jam habite. Ëngo
f roitio, propriè loqMBdo, non est nisi finis lia*
bitL
8. Prsterea, find est capena fruetam. flad
non capitar fructos, nisi qmmdo jam finis faa-
betur. Ergo fhiitio non est nisi finis babiti.
Sed contra : 0 frui est amore inbxrere alicni
rei propter seipsam,» at Augostians dicit (ubi
suprà). Sed hoc potest fieii etiam de ra non
haiûU. Eigo frui potest esaa aliam finia mb
habiU.
4&i com gandio uti, aon adhœ spel^ sad jam ( Cûhclssio* «— Est perfieeta froitio oUimi
lement possédée; la jouissance imparfaite a pour objet cette fin possédée;
mm en réalité, mais dans l'intention. }
La jouissance einporte un rapport de la volonté avec la fin deniiiR;
en tant que la volonté met sa fin dernière en quelque chose. Or It
fin dernière peut être possédée de deux manières ^ parfaitement etio-
parfaitement : parfaitement, quand on la possède non-seulement im
Tintention, mais en réalité; imparfaitement, quand on ne la possèd»
que dans Tintention. Par conséquent , la jouissance parfaite a pour objet
la fin dernière réellement possédée, et Timparfaite^ la fin dernière jcs^
sédée dans l'intention , et non dans la réalité.
Je réponds aux arguments : l^" Dans ce passage, saint Augustin ffffe
de la jouissance parfsdte.
V Le repos de la volonté rencontre deux sortes d'obstacles : d'àxâ,
du côté de l'objet, lorsqu'il n'est pas la fin dernière et qu'il se rapporte
i im autre; en second lieu, de la part du sujet qui désire la fin^ IcfrsxpH
ne l'atteint pas encore. Or, l'objet est ce qui spécifie l'acte ;.et le mode
d'action dépend de l'agent, en sorte que l'acte est parfait ou impBrlsS \
selon la condition de l'agent. C'est pour cela que la jouissance qui a pour 1
objet ce qui n'est pas la fin dernière, ne peut être ainsi nommée (p^
d'une manière impropre, et ne possède pas tout ce qui constitue lajOQisr
aance véritable; tandis que la jouissance de la fin dernière non possédé t !
est une jouissance proprement dite, quoique imparfaite^ à cause del'iiO'
perfection du mode de possession.
3» La possession ou l'obtention d'une fin s'applique, non-seulement i
la chose , mais aussi à l'intention , comme nous venons de le dire.
finis habili realiter, imperfecta Ter6 finis non
babiti realiter, sed in intentione tanlùm.)
RespoBdeo dicendnm, quôd frai importât
comparationem qaamdam voluntatiB ad ultimum
finem, secundùm qnôd volnntas habet aliquid
pro altimo fine. Habetnr autem nltimiu finis
dupliciter : nno modo perfectè » et alio modo
Imperfectè. Pefectè qaidem, qoando habetnr
non soli^m in intentione, sed etiam in re; im-
perfectè antem, quando habetnr in intentione
tantùm. Est ergo perfecta fraitio jam habiti
finis realiter; sed imperfecta est etiam finis non
babiti realiter^ sed in intentione tantùm.
Ad primum ergo dicendum, qnôd Augustinus
loqttitnr de fniittone perfecta (1).
Ad secundùm dioendum, qnôd quies volun-
tatis dupliciter impeditur : mio modo ex ptfj
objecti, quia scilicet non est ultimns finis, ^
ad aliud ordinatnr; afio modo ex parte m^
tentis finem , qui nondum adipiscitar ^•
Objectnm autem est quod dat speciem aw
sed ab agente dependet modus agea<&'> ^ ^
perfectuB vel imperfectus secnnd&m conâitioA^
agentis : et ideo ejos quod non est <il^i^''|^
frnitio est impropria quasi deficiens i >P^
frnitionis. Finis autem ultimi non hdHV|^
fraitio, propiia quidem, sed imperfecta p^
imperfectum modxm habendi ultimoffi fio^
Ad tertium dicendum^ quôd finem acapf|
Tel habere didtur aliqute, non solôo ^^^^
rem, sed etiam secundùm intentionem* ^^'
tumest.
fi) Si fraitto ullimi finit intelligatur , ut bic supponit 8. Thomas ab AugusUno intelligi , (F^
uUlmo fine , qui Deus est , nonnisi modo imperfecto fraimur in hae Tiu quamdia son»* r
Apostolns aitod Jloin.^ XII, ▼. 12) tpe gaudeniu; perfectè «ntem tune f raemar cwn i<<° ^
Ipsa in Domini gaadiom intrabimus, ut Chrislus ipae pollieetur, JfoMA.^ZXV, v. SI, acdeinceps*
Née tamen Augustinus précise de ultime fioe ibi loquitnr ut perfectam IhiiUonem m^^ fJ'T
dium rei ab imperfecta quasi à gtmdio êpwi distinguât , sed absolnte qualemcumqoe '^*'^
nem à non fruitione quoad finem quemlibet non babitum, ut ex a^Junotis ibi patet.
SE L IRTERTIOir.
SOI
QUESTION XII.
De VtntenUon*
n faut ensuite examiner Tintention.
A ce sujets cinq questions se présentent, l^" L'intention est-elle un acte
de l'intelligence ou de la volonté ? 2» A-t-elle seulement la fin dernière
X>our objet? 3<» Peut-on avoir deux intentions en même temps? 4® L'inten-
tion de la fin est-elle un même acte que celui par lequel on veut ce qui
mène à la fin. S^" L'intention convient-elle aux animaux?
ARTICaLE h
LUntention est-elU un acte de ^intelligence ou de la volonté?
n paroit que l'intention est un acte de l'intelligence^ et non de la vo-
lonté. 1* U est dit; MaUh., VI, 22 : à Si votre œil est simple, tout votra
corps sera éclairé, n L'œil, ici^ signifie l'intention d'après saint Augustin,.
De Serm. Bom. inmonte» Or l'œil, étant l'instrument de la vue, repré-
sente la puissance appréhensive. Donc l'intention est un acte de cette
puissance, et non de la puissance appétitive.
^ Dans le même endroit, saint Augustin dit que l'intention est appe^
lée lumière par le Seigneur , lorsqu'il dit : a Si la lumière qui est en
vous, n'est que ténèbres, etc. » Or, la lumière regarde la connoissance^
Donc l'intention aussi.
S*" L'intention désigne un rapport avec une fin. Or, c'est i la raison i
établir ce rapport. Donc l'intention appartient à la raison, et non à la
volonté.
. QUJESTio xn.
D0 inUiUion§, in qu%nqu9 artieuioi ditita.
Oeinde considenndum est de intentione.
Et circa hoc qiuerontar qninqoe. i* Utrùm
intentio ait ados inteUectûs vel volontatis.
t» Utrùm sit tantùm finis alUmi. 8« Utràin a)i-
qois possit ainiiil dao tnteDdere. 4» Utrùm in-
tentio finis sit idem actos corn volontate ejus
qood est ad ftnem. 5» Utrùm intentio conTeniat
brolis animalibus.
ARTIOJLUS I.
Uirian inUtUio nt aetuê inUtleetuê, vel
voluntalis.
Ad primum sic proceditor (1). Videtur quôd
Intentio sit actus intaUectâs et non voluntatis.
Didturenim Maith., VI : « Si oculns tuus foe«
rit simplex^ totom corpus tmm Incîdam erit ; »
obi per octdum significator intentio, ut dicit
Augttstinos in lib. I>« sermone Domini in
monte, Sed ocnlos cùm sit instramentum visûs»
«goiûcal apprebensivam potentiam. Ergo in*
lentio non est actos appetitiva poteotts, sed
appréhensive.
S. Pneterea, ibidem Angnstinns dicit, qn&d
intentio lumen vocator à Domino, ubi dicit : « Si
lomea quod in te est, tenebne sunt, etc. » Sed
lumen ad cognitionem pertinet. Ergo et intentio.
8. Pneterea, intentio désignât ordinationem
quamdam in ûoem. Sed ordinare est rationis.
Ergo intentio non pertinet ad volantatemy sed
ad rationem.
(t) De bis etiam in 9. S, qn. 168, art. 1 ; et II , SMi/.«di8t. 88, qu. 1, art. 8; et qu. 83, d«
Tcrit., art. 18; et qu. 16 , de malo, art. 11, ad 8.
3M 1** n* PARTIE^ ûsxsTioK xn^ abtiglb 1.
k"" L'acte de la volonté n'a pour objet qne la fin ou les clioses qui s'y
rapportent. Or cet acte^ par rapport à la fin^ prend le nom de volonté ou
jouissance; par rapport aux choses qui mènent i cette fin» il s'appelle
élection. Mais Tintention est difféteate de ces deux choses. Donc eSk
n'est pas un acte de la volonté.
Mais le contraire résulte de Gespal*oles de saint Augustin^ De 7Ytnit.y1:
< L'intention de la volonté forme le lien qui unit le corps aperçu à ro^
gane qui l'aperçoit , Tespèce existant dans la mémoire^ à la pensée qui b
«aisit. 0 Donc l'intention est un acte de la volbnté.
(Conclusion. — La volonté ^ mouvant toutes les forces de Tame ras
leur fin, l'intention est proprement un de ses actes. )
Le mot intention, comme il est aisé de le voir, signifie^ tendre fos
une chose. Or, c'est l'action du moteur et le mouvement du mobile qû
tendent ainsi vers une chose, avec cette différence que le mouvemeiit
par lequel le mobile tend vers cette chose, provient de l'action éa au-
teur. D'où il suit que l'intention appartient principalement à cdui qâ
meut vers la fin : de là, nous disons que Farchitecte et tout indKrîdQ qui
commande, portent, par leur commandement, les autres à exécuter e»
vers quoi ils tendent eux-mêmes. Mais on a vu plus haut que la vohnté
meut toutes les autres forces de l'ame vers leur fin. n est donc éfîdent
que l'intention est proprement un acte de la volonté.
Je réponds aux arguments : i^Dans ce texte, l'intention n'est ééagnée
par le mot œil , que métaphoriquemenf ; non qu'elle se rattaehe i la a»-
noissance, mais parce qu'elle suppose un acte de l'intellect, leqcfêl pro-
pose à la volonté la fin vers laquelle elle se porte; de même que notre
<Bil voit d'avance l'endroit où noire corps se doit transporter.
S*" L'intention est appelée lumière, parce qu'elle est vue claifemeot
par celui qui l'a formée ; et les œuvres sont appelées ténèbres , parce que
l'homme, quoiqu'il sache ce qu'il s'est proposé, ignore ce qui résultera
4. Prsterea, actus voluntatis non est nisi
tnis, Tel eoram ffim sant ad fUiem. Sed actas
voluntatis respecta an» voMtor voluntm aen
flruitio ; respecta avtem eomm qo» smii ad
ilnem, est etecti&, à qmàm dMfert mtmti»,
Ergo inienik» non est acti» TOfenital».
Sed eontnt est^ ^Md Augtnttnw dkit îb X.
De Trin,, quôd ce voluntatis intentio oopvlat
corpus visura visai , et sûaiTiter speciefl» in «e-
moria ezistienteni ad acâe» anîmi itieriès oog»-
tantis. » Est igttor intentio acttsvolMÉatis.
(CoHCiosio. — Cira veluntas rooveal oomb
ttioue vires in fine», ^«s propriè tateatio
ictosest.)
Respondeo dicendam» qabè intenti», sicnt
ipsum nomen sonat, signiûcat in aliwt tendeie.
In aliqaid autem tendit et actio moveniis et
JDotoB mobilis. Sed hoc quôd motus mobiUs
in aliqaid tendit, ab actione moventis procedit.
Unde inlsiili» primé et piîMiptyierpcsIiMtid
id qood aiovet «A fineM: jmàB ékimm uebi-
tecton» et onnea peaeipieitea mmn mê
imper» ^o»adfid ad fsod ipee teadit. Yeln«
tas aotem movet omiics idias vires aôNs ad
finem, it sapiè halNtm» est (qn, 9» art i )l
Uflde naaifestMi ert foM intentio pr^pRèeri
actos volnntatis.
Ad primum ei^go dicendom, qa6d intentis
nominatur oculus metaplkoricè , non qoia ad
cognitienem peithiel^ sed qtna cognitiOBeni
prffisupponit , per qoam proponitor volantati
finis ad çiem movet, sicat oenlo fntvidenas
qaè tendàra oorpendiler debeamoi.
Ad secQBdnttdieendaai, qM inteatie didt«
lumen, qaia manifesta est intendeuti : unde et
opéra dicuntor tenebrœ, quia bomo adt qoid
DB l'imtsntk»; dM
de son ceuvre : ainsi Fexposa saint Augustin dans le mèma pasMige.
3* La -volonté ne coordonne pas^ mais tend veis une çliose en suivant
Tordre que lui indiftte la laison. C'est pourquoi le mot, intention, 46-
signe un acte delà volonté, ea présvpposaao^ toutefois, Fordie ainyaat le-
quel la raisoD rapporte ceTtaine& choses i une fia.
h^ L'intention est un acte de la volonté ^ xegaide la fin. Or, la vo»
lonté considère la fin de trda maniteta : d'abord,, alâolument ;. et daas^
ce sens, la volonté signifie que n€us voulons une chose ^bselum^Eit^ pav
exemple, la santé, ou toute autre chose semblable. En secopd Ueu, êllfl
considère la fin comme le terme où elle doit ae reposer ; et saos ce nqppert,
elle prend le nom de jouissance. En troisième Ueu, eUe cMsidèie la fin
en tant qu'elle est le terme d'une lâiose qui est mise enrapport avec:
elle; et c'est l'intention qui considère ainsi la fin ; car on ne dit paafM-
nous voulons la santé, seulement parce que nous la voulons, mais perce
que nous voulons lV)bteBîs par
ARTICLE IL
UinterUûm fi^a-t'^lU que 4a fuè dêrmère pour 6bjH?
Il parolt que l'intention n'a que la fin dernière pour objet, i» Il est dit
au livre des Sentences de saint Prosper : a Le cri vers Dieu , voilà l'in-
tention du cœur. » Or, Dieu est la fin dernière du cœur de Thomme.
Donc Tintention r^rde toujours la fin dernière.
â* L'intention regarde la fin considérée comme terme , ainsi qu'on Ta
(1) Et c^est là , à proprement parler, ce qui caractérise Tintention , puisqu'elle a été définie
par les théologiens , et en particulier par les commentateurs de saint Thomas : un désir effi-
cace d'atteindre la fin par les noyeoe psopre» à y ciHidaire. CTesl U ausil ce qui dirtinfa
îBteadit , sed nesdt qotd ex (^re seqaatur,
sicat Àugustinns ibidem exponit (1).
Ad tertiura dicendam, qsèd toIiiii^u qmdem
non ordinal^ sed tamea in aliquid tendit sem»»
dàm oïdinem ntioais : onde boe ikmmb , tM'
tentio, nominal actoa vobiautis pnesoi^voaiU
ordinaiione ationis oïdinantia aliqaûi in û-
nem.
Ad qoartom diœadom, qnod inteitia est
«fihv voluntatis respecta finis. Sed whmUu
mpicitfinem triplidter. Uno modo alwoàutè;
et flk diâtor voluntag piout absolotè TOkunna,
Yel sanitatem , val si quid alîud est hujasmodL
Alio modo conéidentu finis ^mf^Twl^ quod in
eo quiescitar; et hoc modo fruitio reaficit
fineiâi Tertio modo consideraUtf fiuis secandùm
qnod est terminas alicnjus qnod in ipsnm or-
dinatur; et sic intentio respicit finem : non
entm sc^m ex hoc intendere dicinnir sanitsteniy
quia vokmiiw esm^ aed qna votuana ad eau
per aliquié aliud penaniie»
ARTIOILUS n.
Ulrùm intentio sit tantum uUimiJbm,
Ad seandnm ticiKOceditor (S). Videtnr qu6d
intentio sit tantùm nltimi finis. Dicitar eaiai
in lih. Sentent. Pjrospen (?el Angaatini) :
« Clamer eà Dean est intentio coidis. a Sed
Deus est uUimaa inia humani eordis. Ergo ûa-
tetttio semper leepieit nltimam finent.
9. Pratwea» intentio respicit finem secundftn
quôd est terminus, ut dictum est (art. 1, ad 4
(1) Hoe nt lumen in nobis (inquH), quia hoe nobit manifestum ett bono animo nos faeen
fnod feeiwMê; omne enim quod maiM/eftoliir lumen ett (ex Joan., 111 j. Nom ipta faela qu(»
ed komimum tœietmiem à nobiepeeeedunt^ ineerium keèent êxitum , et idée lenehrei en vo>
eeoU.
(2) De hia etiam ia 3, S, qo. 180, art. 1 ; et U, SeiU^dist. 38, arU 3; et qu. 22, de veiit.4
art. 13.
896 V !!• PAETIB, OraSTIOU XU, ARTICLS î.
dit. Or la qualité de ferme emporte celle de fia demièrer Donc l'inten-
tion regarde la fin dernière;
9" La jouissance , comme rintention* regarde la fin. Or, la jouissance
a toujours pour objet la fin dernière. Donc l'intention aussi.
Mais^ au contraire, il n'y a qu'une seule fin des volontés homaines, ï
savoir, la béatitude , comme nous Tavons souvent rappelé. Donc, si I In-
tenti(m avoit seulement la fin dernière pour objet, il n'y auroit pas dans
l'honmie diverses intentions, ce qui est faux.
(CoNGLuâiON. — Quoique Tintention ait toujours la fin pour objet, cette
fin n'est pas toujours la fin dernière. )
Comme on vient de le dire, l'intention considère la fin comme tome
du mouvement de la volonté. Or , il y a deux sortes de termes dans le
mouvement : il y a d'abord le terme extrême dans lequel on se repose
et auquel aboutit tout le mouvement; on entend ensuite par terme, ua
point intermédiaire, lequel est principe d'une partie du mouvement , et
fin ou terme de l'autre. Ainsi, dans le mouvement par lequel on va de A
en G, en passant par B, G est le terme extrême, et B est le terme intermé-
diaire; et l'intention peut s'appliquer i l'un et à l'autre. Voilà ponrqnd^
quoiqu'elle ait toujours la fin pour objet, cette fin n'est pas toujours h
fin dernière.
Je réponds aux arguments : i® L'intention du cœur est nommée, un
cri vers Dieu, non parce que Dieu est toujours l'objet de l'intention,
mais parce qu'elle lui est connue ; ou bien parce que, en priant , nous
dirigeons vers lui notre intention, dont la puissance est représentée par
ce cri de l'ame.
rintentlon de la simple voHUon; cer celle-ei n'est qae raequieseement au bien considété eo
lui*]Déne, et sans aueon rapport areo les moyens. Voilà ponrqnoi enfin rintentlon ^ toat en
demeurant un acte de la Tolonté, présuppose une opération de rintelligence , ordonnant ks
moyens vers la fin.
Sed terminus babet ntionem nltimi finis. Ergo
intentio semper respidt altimum finem.
8. Prsterea^ sicat iutentio. respicH finem,
ita et fniitto. Sed froltio semper est nltimi finis.
Ergo et Intentio.
Sed contra : nltimas finis hnmanspimYolnn-
tâtnm est nous, scilicet beatitado, nt suprà
dictam est (qn. 1, art. 7). Si igitur intentio
esset tantùm ultimi finis , non essent diverse
bominnm intentiones, qnod patetesse falsnm.
(CoMCLUsio.— Tametsi intentio sit semper
ipsius finis, non tamen semper est nltimi
finis.)
Respondeo dicendnmy qoôd sicnt dictnm est
(arL 1), intentio respidt finem, secondùm qubd
est teraiinus moins volontaUs. In motn autem
potest accipi terminus dopHciter : nno modù
ipse terminus ultimus in quo quiescituo qnî est
terminus totius motus; alio modo aliqôod mé-
dium quod est prindpinm unius partis moins,
et finis vel terminus alterius, sicut in motn qna
itur de A in C per B, C est terminus ultimus,
B autem terminus, sed non ultimus ; et ntrins-
que potest esse intentio. Unde etâ semper su
finis, non tamen oportet qubd semper sit ultimi
finis.
Ad primum ergo dieendom , qnôd inte»ti9
cordis didtur clamor ad Deum, non qnôd
Deus sit objectum intentionis semper, sed qnia
est intentionis cognitor, vel qnia cùm oramns,
intentionem uostram ad Deum dirigimus; qn»
quidem intentio vim clamoris babet (1}.
(1) Sic enfm ipse Frosper indicat cum sic plenins ait : Clamor ad Dmm» a»l intentio cordig
etflagranlia dileetionit; quia temptr petitur quod iemper oplaiur» Hoe autem Iho abttot^
^t « {«ontaiii ad ipium redit quod ab ipio procettit.
DE L'iJfTENTIOir* ?97
2** La qualité de tenue emporte celle de fin dernière ; mais non par
rapport à un tout; ce n'est souvent que par rapport à une partie.
3** La jouissance implique Vidée du repos que Ton prend dans la fin p
et cela n'appartient qu'à la fin dernière. Mais l'intention emporte un
mouvement vers la fin et non vers le repos; par suite, il n'y a pas
parité*
ARTICLE m.
L'intention peut-^lk embrasser deux objets en même temps?
Il paroit qu'on ne peut pas avoir plusieurs intentions en même temps.
lo Saint Augustin dit, Serm. Dont, in mont. : « L'homme ne peut pas
se proposer comme objet de son intention. Dieu et son avantage cor-
porel en même temps. » Donc il ne peut également se proposer deux
autres fins.
^ L'intention désigne le mouvement de la volonté vers un terme.
Or, un seul mouvement ne peut pas avoir plusieurs termes d'un seul et
même côté. Donc la volonté ne peut avoir en même temps plusieurs in-
tentions.
2^ L'intention présuppose un acte de la raison ou de l'intelligence. Or,
d'après le Philo^phe, on ne comprend pas plusieurs choses à la fois.
Donc on ne peut aussi avoir plusieurs intentions à la fois.
Mais, au contraire, l'art imite la nature. Or, la nature tire deux uti-
lités d'un seul instrument : ainsi la fin de la langue est aussi bien de
goûter les choses que de parler. De anima, lil. Donc, pour la même
raison, l'art ou la raison peut rapporter une même chose à deux fins
difi'érentes. Donc l'on peut avoir plusieurs intentions en même temps.
( Conclusion. — L'intention de la volonté peut se porter simultané-
Ad secnndam dicendam, qoôd terminas habet 1 S. Preterea, inlentio nomioat moium Tolon*
rationem ultimi finis; sed non semper uttimi, I taiis ad terminum. Sed anius motus non pos*
respecta totios, led qoandoqae respecta alicajas
partis.
Ad tertiam dicendom » qn&d fraitio importât
qoidem qoietem qjm est in fine , quod pertinet
solùm ad altimom finem; sed intentio importât
motnm in finem, non aotem in qaietem : onde
non est similis ratio.
ARTICULUS m.
VtriM (iligitM pottjt jtmta duo iutendêre.
Ad tertinm sic procedltar (1). Videbtr qnèd
non posait aliquis âmal inteodere plara. Didt
enim Augostinos in lib. De serm. Domini in
monte, qoôd « non potest homo aimul intendere
Deam et commodom oorpoiale. » Ergo pari ra-
lione neqiie aliqoa alia dno.
(i) De bis etiam, qo. SS, 4« veriu, ari. 13.
sani esse plares termini ex nna parte. Ergo
Yolantas non potest simol mulla intendere.
8. Preterea, intentio prssapponit acton
rationis sive intellectAs. Sied « non contingit
simalplurainteUigere,» secondàm Philosophum
(lib. n. Topie,, cap. 4). Ergo etiam neqoA
contingit simol plan intendere.
Sed contra : ars imitator nataram. Sed natora
ex instramento intendit duas utiiitates, sicat
lingua ordinatar ad gostum et ad locntionem^
nidicitur in UI. Deanivut (prope finem , ut
et lib. II , text. 88 ). Ergo pari ratione ars vel
ratio potest simul atiqaid anam ad daos fioet
ordinare; et ita potest aliquis simol plora in-
tendere.
(CoHGLUiio. — Potest tolontatis intentio
308 1" II* PARTIE, OÛBSTION XII, ARTICUB 3.
meot BUT plusieurs objets , comme vers la fin dernière et la fin prodiainn,
ou bien en mettant Tun de oes objets au-dessus de Tautre. )
On peut considérer deux objets de deux manières : ou ils sont coœ^
donnés entre eux , ou ils ne le sont pas. S'ils le sont^ il résnlte évi-
demment de ce qui a été dit , que lliomme peut donner en même temps
plusieurs objets à son intention; car, non-seulement la fin dernière est
Tobjet de l'intention, mais encore la fia intermédiaire. Or, on se pro-
pose souvent comme objet de son intention, une fin dernière, et une fin
prochaine ; par exemple, la préparation d'un remède , et la santé. Si Ton
prend deux objets qui ne soient pas ooordfmnés entre eux, on pooira
«icore donner plusieurs objets à son intention. Gela résulte de ce qu'on
choisit une cluwe de préférence i nne autre , parce qu'elle est meilleure
que celle-ci. Or, une des conditions qui rendent une diose meilleoie
qu'une autre, provient de ce qu'elle peut servir à un plus grand nombre
d'usages. Par suite, une chose peut êtve tàoisie de préférence i une
autre, paroe qu'elle peut servir à un plus grand nombre d^isages; et
ainsi l'intention a évidemment pluëeurs objets à la fois.
Je réponds aux arguments : i» Saint Augustin veut dire ici que Ton
ne peut pas à la fois se proposer Dieu et son avantage corporel , comme
fin dernière; parce que, ainsi qu'on 1^ montré, il ne peut y avoir pour
l'homme plusians fiÎEis dernières.
^ Un mouvement peut avoir â\m même cAté plusieurs termes (1), si
oes termes sont coordonnés entre eux; mais cela ne peut se faire sils
ne sont pas coordonnés entre eux. n faut cependant considérer que ce
qai n'est pas un en réalité, peut Tètre aux yeux de la rais<Hi. Or, l'in-
tention est un mouvement par lequel la volonté se porte vers un objet
(1) Four bien comprendre le sens de Tobjection et celui de la réponse , il faut avoir pté»
«ente A Fespilt ridée du isoaveiiieBt local. Dans tout mouToment ^ oe genre , il y a , d*nB
c6té f le point de départ , et , de l*autre , le terme ; mais il peut y avoir plusieurs termes sae-
aetilfs, Jutqu^au dernier, tont comme il peut y avoir plusieurs points de départs, après le
fuemier.
I
1
itanl kt milta fnri » nt finem nUiBUi et proxi>
■mniy et «Bon alteri proeligendo.)
Retponde» dicendiioi, q«6d aliqot dw pos-
stat aodpi duplidter : vel ordinata ad invioeiDy
vel ad invicem non ovdiaata. Et ai qnidem ad
ivvicem fuerint orâiiala, oiniféstam est ex
promiflâs (art. t), qa6d boBO poteet simul
nMilU intender& Bst enim intendeTe non solùm
finie aitian, nt dkUimest (artft), eed etiam
finis flwdii, simnl antem inteodit alkfiiis et
fiaem praxiaiiai et nlfi—m, liait «oofeciioDem
nedicifie et saniiatem. Si aiitera acapiantiir
duo ad iovicem non ordinata, sic etiam liniul
boa» poteai pinra intendere : qaod patet ex
hoc quôd bomo unum alteri prseligit, quia
nelitts est altero; inter alias autem condiUones
qni^m ali<iiiid est méfins iMero , ma tA qnôd
ad plura -vaiet; eA sic nanifestè boa» smiil
plura intendit.
Ad pfiniiun ergo ^leendoio, qnèd AugusUuus
intelligit hominem non posse sinul Deam et
commodum temporale intendere, âcat oltimoe
&nes ; quia ut suprà ostensnm est (qu. i, art. 5),
non p(ssnnt esse plnres fines ultimi nnios ho»
lainie.
Ad seeundam dioendnm, quM nains notun
possant ex nna parte esse plnree temûni, lî
nnnt ad aliam ordinetar; sed dno tennini ad
invkem non oïdinati ex nna parte nnfns motos
esse non possunt. 8ed tamen oonstdârandam
est^ quod id quod non est unum secundùm ttOf
potest «edpi fit annm secondùm lationein* In^
^qae la raison^ camiM oa Ta dît, a eoordmmé (TaTanee ayec un antie.
C'est pourquoi j plusieurs ^j»ts réels peuiieiil être considérés par la sai-
xsa, OHXkme wà seul terme vers lequel se poîie ri&teùtion; sdt parce
qu'ils conooureat à IbiBier un seul et même ok^et; dsas ce sens, la cha-
leur et le ireid tenqpévés à on eartain degré, concenxr^u^
soit parce qu'ils sont renfermés dans im autre plus général, que Tinten-»
Hou peut se proposer; ainsi , raoquisitîon d'une ^aaslité de vim el de
oectains vèlemants est renfermée àxos Tidée de gain, comme dans une
idée générale j et rien n'empèobe fvfe&se proposant tnt gain, on ne se
pvopose l'acquisîtien de «ces deux ek^ts.
S"" Comme on Ta dît dans la piemiève partie, qoest. 9&, arL i, on
pevX en même lemfs comprendre pluBîeiirs dmaes, en tant qu'elles sont
ramenées à ae ceriaiBe uouité (1).
ARTICLE IV.
UintmtiBm jroftragMloife dans m» même acte ia fin tH ee qui mèM à la fin?
n parott qne nnteniion n'embrasse pas dans un même acte la fin et ce
qui mène à la fin. l"» Saint Augustin, De Trin., X, 2, dit : a la volonté
de Toir one fenêtre a pour fin la vue de cette fenêtre ; et la volonté de
voir les passants, de cette fenêtre, est un acte différent. » Or, l'objet de
finlenticm, dans ce cas-ci, est de voir, de la fenêtre,les passants; et l'objet
de l'acte par lequel en veut ce qm mène à la fin, est de voir la fenêtre elle-
même. Donc l'intenliQSi de la fin est un acte différent de celui par lequel
on veut ce qui mène à la fin.
if Les actes se distinguent par leurs objets* Or, la fin et ce qui mène
(1) Ce que Tauteur a dit , en eCTet , de la connoissance ou de la pensée , l'applique , d*uDe
maiflève fkappaste, à rinlêiilion. Lef liées éniae» aifleon par saint Thomas abrègent iei le
nbonnement et le Icavatt.
tentio autem est motus voluntatis in aliquid
preardinatam in ratioBe, sent dictomest (art. 1/
id S) : et ideOy et qu» sontplvres secundùm
rem possunt accipi vt unns terminus inten-
tionis, prout sont uimm secundùm rationem;
Jt\ quia aliqua dno concnrrunt ad integran-
èm aUqmd unum, sîeit ad sanitatem con-
cnmoit calor et Mgus eommensunta ; Tel
qoia afiqna duo sub une oommnm oontinentur,
qnod potest eœe iotentum, pnA acqoisitio
yisi et testis contteentur snb lucre, sicut sub
quodam communi : vide nihil pnrtiSwt qnin
àe qui intendit Incrum, sinul b»c dno întendat.
Ad lertium dicendum, quôd sicut in primo
édam est (I. part.^ qu. S5, art. 4)^ conting;it
liimil phm intettigere, in quantum sunt aliquo
modo unum.
ARTICIILUS IV.
OMÊm imUmUo finie tU idem œhm ew»
«olMitefe ejw quod eit ad^Uiêm,
Ad qoartum sic proceditur (1). Videtur qu6d
non sit nnus et idem motus intentio finis, et
▼oluntas ejns qood est ad flnem. Dicit enia
Augnstinus in X. De Triru (cap. 6), qu&d
«volnntas ^idendi fenestram^ finem baîbet fo-
nesti» Tisionem^ et altéra est voluntas per fe-
nestram videndi transeuntes. » Sed hoc pertinet
ad intentionem qu6d velim videre transeuntes,
per fenestram; hoc autem ad voluntatem ejus
quod est ad flinem, quôd velim videre fenes-
tram. Ërgo alius est motos volnntatis intentio
finis, et alias voluntas ejus quod est ad flnem.
% Prmterea, actus distinguuntur secundùm
(t) fie bis eUan sspri, qa. S, art. 8 s et H , SetU., dist. 88, qu. 1, art. 4 ; utei m i Jm^
disi. Hj qwst. i, art. 1, ^ssliuac« 4 » et qu. SS, de vexit.} art. i.
100 I** II* FABTIS^ QUESTION ZH^ AETIGLK 4.
à la fin, sont deux objets différents. Donc Fintantion de la fin est un ads
différent de celui par lequel on veut ce qui mène i la fin.
3^ L'acte par lequel on veut ce qui mène i la fin, s'appelle élection. Or,
réiection et l'intention ne sont pas une même chose. Donc rintention àe
la fin n'est pas le même acte que celui par lequel on veut ce qui mènei
la fin.
Hais, au contraire, ce qui mène à la fin, est i la fin ce que l'e^iatt
intermédiaire est au terme. Or, dans les choses naturelles, c'est le mèn»
mouvement qui franchit l'espace intermédiaire et arrive au terme. Donc
l'intention de la fin est, dans les êtres doués de volonté, un même acte
nvec celui par lequel on veut ce qui mène i la fin.
(Conclusion. — Le mouvement par lequel la volonté tend vers la fin
est subjectivement un et identique avec celui par lequel elle tend vers ce
qui mène à la fin. )
Le mouvement par lequel la volonté se porte vers la fin et vers ce qui
mène à la fin , peut être considéré de deux manières : d'abord , selon que
la volonté se porte vers ces deux objets pris absolument en eux-mêmes;
dans ce cas, il y a deux actes de la volonté. On peut , en second lieu, omsî-
dérer ce mouvement, en tant que la volonté se porte vers ce qui mène i
la fin, en vue de la fin elle-même; alors, la volonté tend, par un seul
et même mouvement subjectif, vers la fin et vers ce qui mène à la fin.
Ainsi , lorsque je dis : a Je veux prendre ce remède pour recouvrer k
santé, » je n'indique qu'un seul acte de la volonté. La^ raison en est que la
fin est le motif pour lequel nous voulons ce qui mène à la fin. Or^ k
même acte tombe sur l'objet et sur la raison de cet objet; de même que,
par un seul acte , on voit la couleur et la lumière. 11 en est de l'intelli-
.gence comme de la volonté; si l'intelligence considère le principe et la
conclusion en eux-mêmes, il y aura deux actes distincts. Hais si elle
objecta. Sed Unis et id quod est ad flnem, sant
diversa objecta. Ergo alias motos volantatia est
inteatio finis, et voluntas ejos quod est ad
flnem.
8. Prsterea, voluntas ejos quod est ad
Unem, dicitur electio. Sed non est idem elec-
tio et intentio. Ergo non est idem motos in-
feutio finis com volontate ejos qood est ad
Anem.
Sed contra est, qoôd id qood est ad finem,
se babet ad finem ut médium ad terminum.
'8ed idem motos est qui per mediom transit ad
terminum in rebos natoralibos. Ergo et in rebos
tolontariis idem motos est intentio finis, et vo-
lontas ejos qood est ad finem.
( CoHCLUsio. — Unos et idem sobiecto motos
est Tolantatis in finem tendens, et in id qood
.fsttd finem.)
Reipondeo dicendom, qoôd motos tohmtatîs
in finem, et in id qood est ad finem, potest
considerari dopUciter. Uno modo secondum
quod Tolontas in otromqoe fertnr absoloVè el
secondùm se ; et sic sont simpliciter doo motos
voluntatis in otromque. Alio modo potest con-
siderari secondùm qa6d volontas fertor in id
qood est ad finem propter finem ; et sic onus et
idem solqecto motos volontatis est tendeie ad
finem et in id qood est ad finem. Com enim
dico : « Volo medicinam propter sanitatem , m
non designo nisî onom motom volontatis, ayos
ratio est , qoia finis ratio est voleadi ea qas
sont ad finem; idem aotem actos cadil super
objectom et soper rationem objecti, sicot eaitem
Visio est coloris et lominis , ut soprà dicton est
(qo. 8, art., S, ad S). Et est simile da iatei*
lecto , qoia si absolotè nn»<^ininm ^i ooocio*
sionem considérât r identio
otfiosqoe; in lio '«siont
SE l'ihtention. &0I
accepte la conclusion i causé du principe^ il n'y aura qu'un seul acte (!)•
Je réponds aux arguments : i^ Saint Augustin considère la Yue de la
fenêtre et la vue des passants comme deux objefts que la volonté se propose
absolument^ sans les rapporter Tun à Tautre.
2« La fin considérée comme une chose déterminée^ est un objet de la
volonté différent de ce qui mène i h fin. Considérée comme raison de
vouloir ce qui mène i la fin ^ elle ne s'en distingue pas, elle est un seul
et même objet.
3*" Tel mouvement qui est un subjectivement^ peut rationnellement
se présenter sous des aspecte difi^érents; ainsi quand on le considère dans
son principe et dans sa fin, par exemple le mouvement de monter et de
descendre , Physic, III. Ainsi donc, en tant que le mouvemrat de la vo-
lonté se porte vers ce qui mène ila fin, en vue de la fin^ il prend le nom
d'élection; en tant qu'il se porte vers la fin considérée comme effet de ce
qui mène à la fin, il prend le nom d'intention. Une des raisons de cette
distinction se tire de ce que l'intention de la fin peut exister avant
qu'existe la détermination ou l'élection de ce qui mènera à cette fin*
ARTICLE V.
LUtUentùm ccnvient^lle aux animaïux?
m
n parolt que l'intention de la fin convient aux animaux, i'' La nature
des êtres insensibles difière davantage de la nature des êtres raisonnables,
que la nature sensitfve, ou celle des animaux. Or, la nature tend vers une
(1) NottTelle application des principes posés dans le traité des facultés de I*ame. Ce qui
proQTe un fois de plus la nécessité oA Ton est de connoltre la partie philosophique de la
Samm»^ pour en bien sais^ la partie tliéologique et morale. On ne doit pas s*étonoer de voir
que la volonté on appétit intellectif, comme saint Thomas la nomme, est assimilée dans ses
procédés à riDtelligence, puisque cette faculté réside, selon notre saint auteur, dans la partie
raisoonable de Famé.
propter principia assentit, est nnus actos in-
tellectas tantum.
Ad primum ergo diceudum , quôd Augustiniu
loquitur de visione fenestrie et visione tran»-
eonliam per fenestram, secundum quod vo«
luntas in tstminqiie absolote fertar.
Ad BecQDdam dicendmn , quôd finis in quan-
tmn est res quedam , est alind voluntatis ob-
jectam , qoam id quod est ad finem; sed in
quantum est ratio volendi id quod est ad finem^
est anam et idem objectnm.
Ad tertium dicendum, quèd motus qui est
unus subjecto, potest raUone differre secun-
dum principiam et finem, ut ascensio et des-
c^nsio, sicut dicitur in III. Phy». (text. 21).
Sic igitur in quantum motns voluntatis iërtur in
(t) De bis ctiam in fi , 2 , qnaiO, art. 1 ; et II, 5miI.> dist. 88, qu. 1 , art. 3, tnm incoip.,
tDiii. ad 2.
n*. 20
id qnod est ad finem^ pront ordtnatnr ad finem,
est electio ; motus antem voluntatis qui fertar
in finem secundàm qnod acquiritnr per ea qua
sunt ad finem, vocatnr intentio : cujus signnm
est qo6d intentio finis esse potest , etiam non-
dum determinatis bis que sont ad finem, quo-
rum est electio»
ARTICULUS V;
Utrùm intemtio conveniat brutis animaUbMêé '
Ad quintum sic proceditar (1). Videtur qoèd
brnta animalia intendant finem. Natura enim
in bis que cognitione carent, magis distat à ra-
tionali uatura quam natura sensiiiva , qu» est
in animalibus brutis. Sed natura intendit finem
etiam in bis que cognitione carent, nt pfo-
I
4W I" IV FARTIB, QUBSTKHT XH, ABTIGLB 5.
fin^ mène dans les êtres insensibles) smTant le PhUosapiie^ Pitj/tic., i
i pins finrte raisoD les animaux tendent-ils vers vme fin.
2? La jonissanoe coname Hntentûm a pow ebjet la fin. Or, on a tb
la jouissance convenoit aux animaux, tkmc Vmt^Mon amssiv '
3^ L'intention convient à im être qui agit en Tise de- la ûn,pmp >
lintcntioa s'est que l'acte par lequel on tend vers un olbjet. Or, les am- J
maux agissent en vue d^une fin^ qui est la noumtore, ou aatie dis» i
semblable. Donc ils ont l'intention de la fin.
Mais, au contraire, l'intention de la fia enapoite avrec cile ime o&ttm i
di^sition dont la raison seule est capable. Donc l'intootioii de b fia sa
peut convenir aux animaux qui sont dépourvus de raison*
( GoNCLusiois. — Quoique l'intention ne convienne pas asx animaS/
dans son sens propre et principal, elle leur convient en taat qu'oa iostisA
naturel les porte vers quelque chose.)
Comme on l'a dit plus haut, lintentkxt n%st qot Tacte par lequel a
tend vers un objet. Or, cet acte peut appartenir à celui qui meut eU
celui qui est mû. Si l'on attribue l'inlention de la fin à un être qui est
mû par un autre vers une fin, on pourra l'appliqaer à la nature, gne
Dieu meut vers sa fin, comme l'archer meut la flèche; et, dans ce sens,
les animaux ont l'intention de la fin , en tant qu'un iastinct natmâ les
porte vers quelque chose. L'intention de la fin s'appli(|ue en un autre
sens au moteur; à savoir, en tant qu'il dirige un mouvement, soit lesiea
propre, soit celui d'un autre être, vers une fin; et ce^ n'appartient qui
la raison. Dans ce sens, qui est le propre et le principal, l'intention de la
fi!n ne peut convenir aux animaux (i).
(1) Puisque rinteotioii prëmippoM une certaine «pératiOB iatellectoelle , i nfest 9^f^ l
Bible d^admeltre (pi^elle pentsetrmivev dam les animaux. Uioteiilwn d*aillcii», ajfB^P""'!'
palenram l« fin pour objeb , et la fin perfue coonme tettb , RimenUon bo ponrroU cao^tf
baiuriii II. pfiys. (1). Ergo multo magîs bruia
anàmalia intenduni Ûaenib
d. Prœterea, sicut iatentio est Oxàs, Ua et
fmdo, Sed fmiHio coavenii bratis animaUboBy
ittdictum est (qu. il» art. d). Ergo et intenUo.
8. Prsterea, ejus est intendere dnem» cujas
est agena pn>]^v fineniV com intendere nihil
ait nisi in aliud tendere. Sed hrata animalia
agunt propter Anem, movetor enim animal vel
ad cibum quaerendnm^ vel ad aliquid hnjnsmodi.
Ergo brata animalia intendant finem.
Sed contra, intenlio finis importai ordinatio-
nam alicajos in finem, qnod est rationis; cnni
igitur brûla animalia non habeant lationem,
videtor qii5d non intendant finem.
(CoHCLusio. — Qoamvis proprie et princir
paHter brutis animaUbus non conveniat inteatiov
convenu tamen quatenns instincta natorafi lA
aliquod moventur.)
Respondeo dicendum , qnôd sicnt sopi ^
tnm est (art. 1), intendere est in aliud td^'
quod quidem est moventis et moti. Sef^^^
igitur quod dicitur intendere finem idqop^ ^
vetur ad finem ab alio , sicot natuia dicitivifl'
tendere finem, quasi mota ad suum ^^j^
Deo, sicttt sa^ritta à sagittante, et itoc modo
etiam bruia antmalia intendunt ùtaïïkVi^
tum moventur instinctn natucaii ad alùp*
Alio modo intendere finem est moveati8,pi^^
scilicei ordinai motum aliciyus, vel sui» ^^
alteriufl in finem ; qaod est rationis t^^;
Unde per hune modum bruia non in)
finem, qnod est pioprie et piindpaliter
dere, ut dictum est (arL 1).
I
''minim text. 77 ae deiaceps , ubi ait in primia qaèd quia quae aecundùm nalurio'^^
V vel fréquenter sic fiant, non posaunt fortuite fleri vel A casu. necesae odoIaoc*
DE L'iXECII(»V DES CHOSES QUI* MÂNBRT A lA FIN. 403
Je réponds aux asgumeots i 1* Cette première objection eonsîdère rin*
tention dans le sens salTant lequel oia rapplique aux fitres qui sont mus
ven une fin.
S" La jouissance n'emporte pas aveo elle une certaine coordination^
comme le fait l'intention; elle marque seulement un r^s absolu dans
la fin.
8"* Les animaux se portent vers la fin , non en considérant que par
cette action ils atteindront cette fin^ ce qui fait proprement l'intention;
mais^ désirant cette fin en vertu d'un instinct naturel^ ils se portent vers
elle sous l'impulsion d'une volonté supérieure^ comme les autres êtres
dont le mouvement a pour principe la nature.
QUESTION XIII.
Be rdcetum des elàoses tiiit mcneAt k la ftv.
n faut ensuite oonsidérer les actes de la volonté qui sont en rapport
avec les choses qui mènent à la fin. Os sont au nombre de trois, et con-
sidteol i choisir, à consentir et à user. Le conseil précédant l'élection (f),
nous examinerons suceasivement l'élection , le conseil , le oonsentement,
l'usage.
à l'éleolîon , six questions se présentent, l"" Est-elle im
am anfanmx infantant qtt*fls «araient la même fin que Phomme; et r auteur a déjà démontré
qu*U n*en étoit paa ainsi.
(1) L'élection ne venant qa* après le conseil , plusieurs penseront peut-être que saint Thomas
a tort , d'après lui-même , de la faire passer avant, dans Tordre des sujets A traiter. Mais ici
Ad primom ergo dioendom , qnèd ratb illa I moventor ad finem , «m qnaâ cmisiderantia
procedit secimdam qaod inûnden est cjas quèd per motnm sonm poisiat eomequi flnem.
qood movetur ad flnem.
Ad secandum dicendum , quèd froitio non
importât ordinationem alici^us in aliquid ûcul
iutentio^ sed abBolntam quietem iafina.
Ad tertium dkeBdiuD, q^M kcata animilia
quod est propriè inteodeotis; sed qoasi conco*
piscentift linem naturali instinctOy moventur ad
flnem quasi ab alio mola , aient et otttett qjam
mofentor nalunditer.
QUiBBTlO XIII
De slaefiofie eomm gum tunt- ad finem^ in tex artieuloi ditita.
Cooaeqaenter ^oâderandam est de adibas
vokwtâtis» qui sont in oûouparatione ad ea qus
Buniad finem; et sont tna» eligere, eonsentire
et oti. Electionem avlem pnèéedit conailiQm.
Primo ergo conaideraadam est de eleeiione ;
seciiado» de oonsilio; tertio, de eoBseiiBu;
qnarto, denau.
. Circa electionem qnaermitiir ses : 1« Ccjos
ut fiant propter finem, slve propter allquid quod ait causa eorum factionls; deinde quèd qu»*
eunqne aliquem finem babent, dieiaïur oata eaaè ut propter iHum fiant, et slofieri semper, niai
aliquid intenrenleB» Impediat.
404 V ii« PARTIE^ oussnoN xm^ aeticxe !•
acte de la volonté ou de la raison? 2> Convient-elle anssi aux animaux?
9» A^lrelle pour objet les choses qui mènent à la fin, ou bien encore k
fin elle-même ? 4<^ A-t^lle seulement pour objet ce que nous exécuton
nous-mêmes? 6^ A-t-elle seulement pour objet les choses possibles? 6* Est-
elle nécessitée ou libre?
ARTICLE I.
UélecHon est^elU un acte de la volonté ou de la raison?
n parolt que Télection n'est pas un acte de la Tolonté, mais de la
raison. 1^ L'élection emporte avec elle une comparaison, en vertu de
laquelle on préfère une chose à une autre. Or, comparer est un acte de la
raison. Donc l'élection aussi.
2* C'est la même puissance qui raisonne et qui conclut. Or, le raison-
nement qui a pour objet ce qu'il faut faire, est du ressort de la raison
Donc l'élection étant parmi les choses qui regardent l'action comme une
conclusion véritable , est un acte de la raison.
3"^ L'ignorance n'est pas attribuée à la volonté, mais i la puissance qui
connoit. Or, il y a une ignorance, d'après ce qui est dit, Ethic, m, qui
tombe sur l'élection. Donc l'élection n'appartient pas à la volonté, mais i
la raison.
Mais le contraire suit de ce que dit le Philosophe, EtMc, HI : c L'é-
lection n'est que le désir des choses qui sont en nous. » Or, le désir est
un acte de la volonté. Donc l'élection aussi.
(Conclusion. — Comme l'élection consiste dans un mouvement de
l'ame vers le bien qu'elle choisit, elle n'est pas suhstanUellement un
acte de la raison, mais bien de la volonté. )
il remontera de Teffet à la cause , du plus connu, par conséquent, au moins connu; c'est
donc parce que le conseil précède naturellement rélection , que le théologien aborde ceDe-cî
M première»
potentis sit actos , atnim volantatis vel ratio-
ois. 99 Utr&m électio con^eniat brotis anima-
lilras. 8» Utrùm electia sit solam eomm qu»
sont ad floem , vel etSam quandoque finis.
4« Utrùm electio sit tantum eoram quœ per nos
aguntur. 5** Utrùm eledio sit solam possibi-
linm. 6« Utrùm homo ex neceasitate eligatvel
libéré.
ARTICULUS I.
UîTùm éUcUo Ht aeitu voluntaiiê, vel
rotionif.
d primnm sic procedltar (1). Videtor qii6d
elecUo non sit actos voluntatis, sed rationis.
Electio enim coUationem qnamdam importât ,
qoa uram alteri prsfertQr. Sed conferre est
rationis. Ergo electio est rationis.
S. Prsterea , ejosdem est syliogizare et con-
clodere. Syllogizire autem in openhifibos est
rationis. Cum igitar electio sit quasi ooadusio
in operabilibtts, ni dicitur in VU. Ethic** vide-
tor qoôd sit actos rationis.
3. Preterei, ignoranlia non perUnei ad vo-
lontatem , sed ad vim oognitivam. Est autem
qusdam ignorantia electionis , at diciknr in
IH. Ethic, Ergo videtor qoôd electio mm pei^
tineat ad volontatem , sed ad rationem.
Sed contra est qo6d Philosophas didt îa
m. Ethic, , qoôd a electio est desiderium eo-
rum qoœ sont in nobis. » Desiderinm antem
est actos volontatis ; ergo et electio.
( GoRCLUsio» — Corn electio perficiatiir in
motn qnodaun anime ad boaom qnod aUgttor,
non est sobslantialiter actos mtloniSj sed >ro-
luulatis. )
"^e bis etiam I. part., qu. S3 , art. 8; et H, ShU., dist. 84, qu. 1 , art. 9; et qn. tti
art. 15 i et in UI. Ethie,, lect. 6, col. S; et lib. VI, lect. S, drca fineio» .
DE L'ilSCnOlf BBS GtfOSSS QUI UilOSNT A LA FtlT. 405
L'idée d'élection renferme deux éléments dont l'un appartient à la
raison ou intelligence, et l'autre à la volonté. En effet , le Philosophe ,
Ethic, W, dit: « L'élection est un appétit inteUectif, ou une intelligenoe
appétitive (1). i» Or, lorsque deux choses concourent à en constituer une
autre, l'une de ces deux choses est, pour ainsi dire, la forme par rapport
à Tautre. Cest pourquoi saint Grégoire de Nysse dit : a L'élection ne
consiste ni dans l'appétit, ni dans le conseil isolé, mais elle se compose
de tous les deux. » Ainsi, nous disons de l'animal qu'il est composé d'une
ame et d'un corps, et qu'il n'est ni le corps seul, ni l'ame seule, mais l'un
et Tautre réunis : et cela peut s'appliquer, en un certain sens, à l'élection J
Mais il faut considérer que dans les actes de l'ame , l'acte qui appartient
essentiellement à une puissance ou i une habitude déterminée , reçoit sa
forme et son espèce de la puissance ou de l'habitude supérieure , en tant
que l'inférieur reçoit sa disposition du supérieur : car si quelqu'un fait
un acte de courage pour l'amour de Dieu, cet acte appartiendra, ma-
tériellement, au courage, et, formellement, i l'amour divin. Or, il est
évident que la raison précède en quelque façon la volonté et dispose son
acte, en tant que la volonté , en se portant vers son objet, suit l'ordre tracé
par la raison , parce que la force appréhensive présente à la force appétitive
son objet. De cette manière , l'acte par lequel la volonté tend vers un objet
qui lui est proposé connue bon, par cela que la raison le rapporte à une
fin, appartient matériellement i la volonté, et formellement à la raison :
considéré dans sa substance, l'acte se conforme matériellement i l'ordre
que lui impose une puissance supérieure. Cest pourquoi l'élection n'est
pas substantiellement un acte de la raison, mais de la volonté, puis-
qu'elle se complète, par un mouvement de l'ame, vers le bien qui est
(1) Aristote , â«nt le livre troMéme du même traité , tvolt déj& dé&Di rëlectlon , « Paceep-
tation d*une chose préaUblement délibérée. » Cest la pensée que développe ici saint Thomas.
Respondeo dicendam, qoAd in nomioe eleo*
tionis importatur aliqaid p^rtinens ad ratio-
nem sive ad intellectom , et aliquid pertinens
ad voloutatem. Dicit enim Philosophus in
VI. Ethic, quôd a electio est appelitivns in-
tellectos, vel appetitna intellectivos. » Quan-
docnmque aoteni dao coocomint «d aliqnid
onum coDstitaendaiD , nnum eomm est ut for-
male respecta alterioa. Unde Gregorius Nys-
senus dicit qnôd « electio neqoe est appetitas
lecundùm seipsam, neqae cODsilium soIiud,
led ex bis aliquod composUam. b Sicat enim
dicioDus animal ex anima et corpore composi-
tom esse , neqae ver6 corpus esse secundùm
8ei(.sam, neqoe anhnam solam, sed utrumque;
ita et electionem. Est antem considerandam
in aclibus anime, quôd actos, qui est essen-
tialiter unins potentia vel habitas, recipit
tumua et speciem à soperion potenUa vel ha*
bitu, secundùm quod ordinatur inferiua à m-
periori : si enim aliquis actum fortiludinis
exerceat propter Dei amorem, actas qoidem
ille materialiter est fortiludinis, formaliter
ver6 cbaritatis. Manifestum est aulem, qu6d
ratio quodammodo voluntatem prscedit, et or-
dinat actum ejus, in quantam scilicet volontas
in saum objectnm tendit secundùm ordinem
ralionis , eo quôd vis apprebensiva appetitiva
suum objectnm repnesentat. Sic igilur ille actus
quo Yoluntas tendit in aliqnid quod proponitur
ut bonom , ex eo quôd per rationem est ordi-
natnm ad finem, materialiter quidem est yo-
luntatis, formaliter autem rationis. In hujus-
modi autem sobstantia, actus materialiter se
habet ad ordinem qui impooitur k saperioii po-
teniia : et ideo elecUo substantiaiiier non eii
actus rationis sed voluntatis, pertlritur enim
electio in moUi quodam anima ad bonum quod
(
406 F* u^" PARTIE^ ocEsnoN zm, AxmiM s.
choisi. Par suite^ elle est éviâesunent un aete ôb la puissance appAlitiTe.
Je réponds aux arguments : 1* L'élection emporte une oompazaisaQ
préalable , mais elle n'est pas essentiellement cette comparaison.
2o La conclusion d'un syUogisme qui a pour objet les choses i Cure, ap-
partient à la raison et est appelé sentence ou jugement. Mais^ féledioa !
venant après, la conclusion paroit appartenir è réledion comiae a uag |
chose qui en résuite.
3* 11 y a une ignorance de Télection , non que Télection oonstâtne h
science , mais parce qu'on ignore ce qu'il faut dhaisîr; |
ARTICLE IL
L'éUctùm conMent^eik aium animoêUD?
n paroit que l'élection convient aux animaux. !<> L'élection, EtMe., W,
'€ est le désir de certaines choses en vue d'mie' fin. » Or , les animaux dé-
sirent certaines choses en vue d'une fin; car leurs actions ont une fin
comme elles ont un principe , qui est le désir. Donc l'élection se terare
dans les animaux.
S^ Le nom mÂme de l'élection indique une chose que Ton prend de
préférence à une autre. Or, les animaux prennent certaines choses de
préférence à d^utres ; ainsi l'on voit les brebis manger d'une herbe et
en refuser une autre. Donc l'élection se trouve dans les animaux.
3*> n est de la prudence de bien choisir les choses qui mènent à la fin.
Mais ht prudence convient aux animaux; d'où il est dit, in prineip.
Metaph. : <r Certains animaux possèdent la prudence sans instruction ,
sans être même en état d'entendre, comme les abeilles (1).» L'évidence de
Et e*ett de là que les théologiens ont tiré cette autre définition : « L*électIon est rceeeptatfoi
réfléchie d'un moyen par préférence A un autre , en vue de la fin A obtenir. »
(t) Pans ia pensée dn Stagjrite , si les animaux sont inrapaMm d*élection, c*est qu'ils sont
eligitur. Unde manifesté actus est appetitivs
poteati».
Ad primum ergo dicendum^ qii5â electio
importât collationem qnaindam pneoedentem,
non qnod essentialiter sit ipsa oollatio.
Ad secnndam dicendom, quod conclnsio syl-
togismi, qui sit in operabilibus , ad rallonem
pertinet , et dicitur senieniia Tel judicium,
quam sequitnr dectio; et ob'hoc ipsa conclasio
pertinere -videtur ad electiODem tanqnam ad
coDsequens.
Ad tertram dicendmn, qaod ignorantia didtor
tsse électioois, nonqu6d ipsa electio sit «eientia,
led quia ignoratar qnid sit «ligendom.
ABTICULUS U.
Utrim éiecUo eaimemiat trmiiê ^mêmaiitiu.
Ad secondom sic proceditar (1). Videtur
Us etiam in n,S«i»l*«dist. as, qn.l,arul y ad6ot7; et in V. JIW0j>*f«^ iset 15.
quôd electio brutis animalibos cooreaiat.
Electio enim est <r appetitas aliqnonim propter
flnem, d nt dicitor in Ht. Ethic. Sed bnita ani-
malia appetant aliqmd propter finem , agunt
enim propter fiuem et ex appétits. &so in
bmtis animalibas est «Aectio.
8. Praeterea , ipsnm nomen electûmis sgm-
flcare videtur qu6d aliqnid pr» aliis accipiator.
Sed bmta animalia acdpiunt aliquid prc aliis;
sicut manifesté apparet qnôd otts unam hertiam
oomedit et aliam réfutât. Ergo in bratis anima-
iibos est electio.
8. Praeterea, ut dicitur in VI. Sthic. : c Ad
pmdentiam pertinet quôd aliquis bene eligat ea
qu» sunt ad flnem. » Sed prudentia convenit
bmtis animalibas^ unde dicitur ioprincipio
Metaph., qu6d «prudentia sunt sine disciplina,
quscumque sonos audire non potentia sunt, ut
DE l'&BGTION des CHOSES QUI MENENT A LA FIN. UB
-cetia vérité est en quelque sorte sensible. On remarque, en effet, daas
les actes des animaux, tels que les abeilles, les araignées, les chiens, une
admirable sagadté. Ainsi, lof$qu'«ii chien, i la poursuite d'un cerf,
rencontre une triple voie , il flaire les divers chemins afin de découvrir
celui dans lequel le cerf s'est engagé. S'il trouve qu'il n'a suivi ni le pre-
mier ni le second, il s'engage en toute sûreté dans le troisième et va à la
découverte , faisant, pour ainsi dire, un syllogisme divisé, par lequel il
conclut que le cerf a dû suivre ce chemin-ci, de ce qu'il n'a pas suivi les
deux autres, et de ce qu'il n'y a que ces trois chemins. Donc l'élection
convient aux animaux.
Mais saint Grégoire de Nysse dit le contraire : « Les enfants et les ani-
maux dépouvus de raison agissent volontairement, mais ne choiaisseni
pas. s> Donc l'élection ne se trouve pas dans les animaux.
( Conclusion. — L'élection ne pouvant convenir aux êtres dont les actes
particuliers sont déterminés, et l'appétit sensitif,chez les animaux, ayant
son objet particulier déterminé > il est manifeste que l'élection, en vertu
de laquelle on peut choisir entre plusieurs objets, ne leur convient
pas.)
L'élection consistant à prendre une chose de préfénanoe à une autre , il
est nécessaire qu'elle tombe sur plusieurs objets qui peuvent être choisis»
C'est pourquoi on ne trouve pas l'élection dans les êtres qui ont leur ot^A
déterminé complètement. Or, l'appétit sensitif diffère de la volonté, en te
que la nature donne pour objet à l'appétit sensitif im objet particuliar dé*
tenuiné, tandis que, par sa nature, la volonté a pour objet un ol^
incaptblef de comparer et de délibérer. Voilà ressentie! qa«nt à la <|uestioB aetaelle. Ce
même phileeophe netloU en donte si les abeilles ont le sens de Tonle, eomme on le itqII
in Tracé, De générât, anim, CTest ce qui détermine le sens de la pbrase citée.
apes; » et boc etiam sensoi manifestom vi-
detur. Apparent enim mirabiles sagacitates in
operibas animalium , ut apom , et aranearum,
etcanom; canis enim insequens cervum, si ad
triviom venerit, odoratu qoidem eiplctat an
cervos per primam vel secundam viam trans-
iverit; qu5d si invenerit non transisse, jam ae-
cnnu per tertiam viam iucedit, non explorando,
quasi utens syllogisme qao concladi posset
cervum per istam viam incedere, ex quo non
incedit per alias duas , cum non sint plures.
Ergo videtur qu5d electio brutis animalibus con-
veniat.
Sed contra est qnod Gregorios Nyssenus di-
cit (1) quod « puer et irrationalia voluntarie
quidem faciunt, non tamen eligentia. » £rgo in
brutis animalibus non est electio.
(CoNCLVsio. — Cum electio in bis qu» sunt
penitns ad unum aliqnod particnlare determi*
nata , aullum locum habeat » bujusmodi autem
sint bruta animalia ex appetilu sensitivo ad
unum particulare determinata , manifestum est
ipsis eleclionem, secundùm quam plura eligi
possunt, non convenire.)
Respondeo dicendum, quôd cum electio sit
prasacceptio unius respectu alterius, necesse est
qu6d electio sH respeclu plurium , qus eligi
possunt ; et ideo in bis qu» sunt penilus de-
terminata ad unum , electio lociun non babet.
Est autem differentia inter a^ppetitum sensi*
tivum et voluntatem ; quia , ut ex prxdictis
palet (qu. 1, art. 2, et qu. 6, art. 2), appelitus
sensitivus est determinatns ad unum particu-
lare secundùm ordiuem naturs, voluntas aa«
(1) Seu Nemeshis , «t Jam supvi , 4|«i olim GregorH» Nytaenas putabatvr. Sic autem loee
illoqttem notavimua, potà cap. 33, statim ab initie, kabet, vt otlendat qudd emmit quidem
iUeUo eêt spoHtemeek (sive iH4imtor»a}« sed non ommie «fifMtiite tôlumêmria vêleponlamm
coJtlto ail eUctiOm
106 !■* II* PAKTIX^ QUESTION TOI, AKTIGLB 9.
général, i savoir le bien, et est indétenninée par rapport ani biens
parficoliers. Ainsi il appartient i b volonté de choisir, et non i l'appétit
eentitif , qni senl appartient anz animaux. Cest ponr cela que Télectioa
ne convient pas i ces derniers.
Je réponds anz arguments : 4* Le désir d'un objet en vue d'une fin ne
s'appelle pas toujours élection. Il faut, de plus , qu'on discerne une chose
d'une autre ; ce /qui ne peut avoir lieu sans que l'appétit se porte vers
plusieurs objets.
2^ Un animal prend une chose de préférence i une autre, parce qae
son appétit est naturellement déterminé à cette chose. Aussi , dès que ses
sens ou son imagination lui représentent un objet vers lequel son appétit
le porte naturellement, il se porte vers cet objet sans élection, comme le
feu qui, sans élection, se meut de bas en haut et non de haut en bas.
3" Comme il est dit, Physic., III : « le mouvement n'est que le mobile
mis en acte par le moteur. » Par suite, la puissance du moteur se mani*
festedans le mouvement du mobile; et dans tous les mouvements dépen-
dant de la raison se montre l'ordre qui les dirige, quoique les objets
qu'elle meut soient dépourvus de raison : ainsi la flèche va droit au but
vers lequel la pousse l'action de l'archer, comme si elle possédoit une
raison directrice; le même phénomène se montre dans les mouvements
des horloges et dans toutes les machines que l'art de l'homme exécute.
Or, ce que sont les œuvres artificielles par rapport à l'art de l'homme ,
les choses naturelles le sont par rapport à Fart divin. Cest pourquoi
l'ordre se montre dans les mouvements qui ne dépendent que de la nature,
comme dans ceux qui dépendent de l'art, PhyHc. , II. De là vient la sa-
gacité qu'on remarque dans les actions des animaux, sagacité qui résulte
d'une inclination naturelle qui les porte vers des efi'ets conformes à
tem est qnidem BecDndiun nator» ordinem de-
terminata ad unam commune, qnod est bonom,
sed indetermioate se habet respecta partica-
larium bononim. Et ideo proprie voluntatis
est eligere, non autem appetitus sensitivi^ qui
iolus est in brutis animalibas. Et propter hoc
brotis animalibns electto non conveoit.
Ad primum ergo dicendum, qa6d non omnis
appetitus aUcujus propter flnem vocatur electio,
sed cam quadam discretione anias ab altero :
qan locnm habere non potest , nisi ubi appe-
titus potest ferri ad plnra.
Ad secundum dicendum^ qa5d brutam animal
aocipit unum prs alio ; quia appetitus ejus est
naturaliler determinatus ad ipsum : nnde sta-
tim quando per sensom vel per imagioationem
leprssentatur sibi aliqoid, ad quod naturaliter
iadinatur ejas appetitus, absque electione mo-
vetur ad ipsum , sicut etiam abaque electione
ignia moyetur sursum et non deoraom.
Ad tertium dicendum, qu5d, sicut dîcilur in
in. Phys, (text. 16) : « Motus est actus mo-
bilis à movente ; » et ideo virlos moventis ap-
paret in mota mobilis ; et propter hoc in omni-
bus qua moventur à ratione, apparet ordo
rationis moventis, iicet ipsa qus à ratione mo-
Tentur> rationem non habeant ; sic enim sagitta
directe tendit ad signum ex rootione sagittantis,
ac si ipsa rationem baberet dirigeatem, et idem
apparet in motibus horologiorom et omnium
ingeniorom hnmanornm^ quœ arte fiant. Sicut
autem comparantur artiûcialia ad artem hu-
manam, ita comparantur omoia naturalia ad
artem divinam : et ideo ordo apparet in bis,
quA moventur secundum naturam^ sicut et in
his que moventur secundum artem, ut didtur
io U. Phys, Et hoc contingit quod in operibus
brotorum animalium apparent qusdam sagaci-
tates , in quantum habent inclinationem nato-
ralem ad quosdam ordinatisaimoa prooetsus.
DE L'iLEGTION DES CHOSES QUI MÈNENT A Lk FIN. 409
Fordre le plus admirable , parce qu'ils sont disposés avec Tart le plus
parfait. C'est aussi pour cela qu'on attribue la sagacité ou la prudence à
certains animaux , et non parce qu'ils sont capables de raison et d'élec-
tion^ ce qui suit de ce que tous ceux qui appartiennent à une même
espèce opèrent toujours de la même manière (1).
ARTICLE IIL
L^éhciion û^UelU pour objet Us choses qui mènent à la fin, ou bien encore
la fin elle-même?
Il paroit que l'élection n'a pas seulement pour objet les cboses qui
mènent à la fin. 1» Le Philosophe dit, Ethic, Vï : «La vertu rend l'élec-
tion droite. » Mais tout ce qui se fait en vue de l'élection ne provient pas
de la vertu; cela peut provenir d'une autre puissance. Or, ce en vue de
quoi une chose est faite, est la fin elle-même. Donc la fin est l'objet
de l'élection.
S» L'élection implique l'acceptation d'une chose par préférence à une
autre. Or, de même qu'on peut choisir parmi les diverses choses qui
mènent à une fin , on le peut également parmi des fins difi'érentes. Donc
l'élection peut avoir la fin pour objet, aussi bien que les choses qui mènent
à la fin.
Mais le contraire résulte de ce que dit le Philosophe , Ethic, III : a La
volonté a pour objet la fin; et l'élection, les choses qui mènent à la fin.»
(Conclusion. — L'élection n'a pour objet que les choses qui mènent à
la fin; et si quelquefois ella a la fin pour objet, ce n'est pas la fin der-
nière, mais une fin qui peut être coordonnée à une autre.)
Comme on l'a déjà dit, l'élection suit la sentence ou le jugement; elle
(1) Lei ancien! reconnoissoient dans lei însUncts des animaux quelque chose de supérieur
« et de divin ; et ce qui prouve qu'il n*j a pas en eux d'intelligence personnelle , c'est le défau(
absolu de perfectibilité.
utpotè à somma arte ordinatos , et propter hoc
etiam qnsdam anîmalia dicnotar prudentia vel
sagacia ; non qnod in eis ât aliqua ratio vel
electio , quod ex hoc apparet , qood omuia qn»
sont unius natorae, similiter operanUur.
ARTICULUS m.
Vtriim eleetio tit tolum eorum, qtia sunt ad
finem, an eiiath quandoque ipiiusjlnit.
Ad tertium sic procedUor (1). Videtar qnbé
electio non sit tantum eomm quae sunt ad 11-
nem. Dicit enim Pbilosophns in VL Ethic,
qnM « electionem rectam fadt virtus; que-
camqne aotem illius gratia nata snnt fleii, non
sunt \irtuti8, sed alterios potentiœ. » lUud aa-
tem CQjos gratia fit aliquid, est Unis. Ergo
electio est finis.
2. Prsterea, electio importât prsacceptio-
nem unios respecta alterius. Sed sicut eorum
qua sunt ad finem , unum potesl prcaccipi al«
teri ; ita etiam diversoram finium. £rgo electis
potest esse finis , sicnt et iUoram qoae sant ad
finem.
Sed contra est, qnod Pbilosophns dicit in
UI. Ethic, quftd a voluntas est Unis, electio
aatem eorum qn» sunt ad finem. n
( CoNCLUsio. — Eiectio eorum tantum est,
qus snnt ad finem , et si quandoque finis est»
non ultimi , sed ejus qui ad ulteriorem finem
wdinari potest.)
Respondeo dicendom, qu6d, sicut jam dictma
(1) De bis etiam infri, art. i et C; ut et m. part., qu. 18, ait. i ; et Contra Gent)^ lib. IT,
cap. 9ft; et Opntc,ïlf cap. 117; et in IH. Ethic. s Icct. 1; et in 1. Periherm., lect.
410 r* IV PARTIE ; QUESTION XOl, IBTIGLB 3.
est comme la conclusion d'un syllogisme pratique. Par suite, une du»
tombe sous l'élection quand elle joue^ dans cette espèce de syUogisme , le
rôle de conclusion. Or^ la fin ^ dans les choses pratiques, joue le rôle df
principe, et non de conclusion, Physic, IL C'est pourquoi la un, comme
telle , n'est pas l'objet de l'électioiL Mais, de même que dans les choaes
de spéculation , rien n'empêche que le principe d'une démonstration m
d'une science particulière ne soit la conclusion d'une autre démonstra-
tion ou d'une autre science, bien que le premier principe, n'étant pas
susceptible de démonstration , ne puisse èdre la conclusion d'une autre
démonstration ou d'une autre science : de même, il arrive que ce qui
joue le rôle de fin dans une action, soit coordonné à une autre fin ; et, de
cette manière, la fin est l'objet de l'élection. Dans l'action du nié<kdn,
par exemple , la santé est la fin qu'il se propose. C'est pourquoi elle n'eâ
pas l'objet de son choix ; elle est présuj^osée comme un principe. Haïs
la santé du corps étant coordonnée au bien de l'ame , celui qui a le soio
du salut de l'ame peut prendre pour objet de son choix , la santé ou Tin-
firmité; car l'Apôtre dit , IL ad Cor., XII, 10 : a Quand je suis infirma,
alors je suis puissauit. » Quant à la fin dernière, elle ne peut d'aucune
manière être l'objet de l'élection (1).
Je réponds aux arguments : !<" Les fins particulières des vertus soot
rapportées à la béatitude comme à leur dernière fin; et, datas ce sens,
elles peuvent être l'objet de l'élection.
^ Comme on l'a vu plus haut, la fin derni^ est une. Par conséquent^
dès qu'il y a plusieurs fins, on peut choisir parmi eUes; vu qu'elles se
rapportent à la fin dernière.
(1) ITonblioM pas ce <iat a él4 déjà dénonUé, que rboimne veat néoMuinmnA « &
dernière ou sa béatitude. Donc , à cet égard , pas d* élection ou de choix possible.
«
€St^ electio consequitur senteDliamYeljudiciam,
quod est sicut condusio syllogieini operativi :
unde illud cadit sub electione , quôd se habei
ut conclusio in syllogismo operabilium. Finis
autfim in operabilibus se habet ut principiom^
et Aon ut conclusio , st Pbilosophus dicit in
II. Phys, (teit 89) : unde finis , in quantum
est bujusmodi, aon cadit sub elecUunc. Sed
sicut in speculativis nihil probibet id quod est
unius demonstrationis vel scientiœ principium,
esse oondusionem altenus demonstrationis vel
scientise , primum tamen principium indemons-
trabile non potest esse conclusio alicujus de-
monstrationis vel scienti» ; ita etiam conliiigit
id quod est in una operatione ut finis, ordinari
ad aliquid ut ad finem; et boc modo sub elec-
tione cadit , sicut in operatione medici sanitas
•e babet nt finis : unde hoc non padit sub elec-
tione medici , sed hoc-mppoRît tanqntm
cipkim. Sed sanitas oorpKHis ^ivâinatir ad bo-
num aniffls : unde apud eum qui babet ctinun
de anims sabite, potest sub electione caiere
essesanum, vel esse infirmum; natn Aposto-
bis dicit, n. ad Cor., XII : « Cum enim inilr-
mor, tune potens som ; » sed ultioius finis bdUo
modo sub electione cadit.
Ad primum ergo dicendum , qn6d fines pro-
prii virtutuffl ordinantur ad bealitadinem sicut
ad uKimum finem; et boc BM)do potest esse
eorum electio.
Ad secundum dicendum, ^ôd «eut snpri
babitum est (qu. 1, art. 5 et 7), oltimos &us
est anus tantum : unde id)icumqae occairunt
plures fines, inter eos potest esse electio, st*
cundum quod ordinantur ad «Uimum fineôi.
VÊ L'iLICnOR BKS CH0SB8 OUI KÈNBIIT A LA FIN.* Mt
ÀRTIOEIV.
JUékoiion a-t^le ie^Uemenê pour obj^ ies aoUs quê now faêsons
n paroît que Pélection n'a pas seulement poar olqet les actes humains.
1 • L'élection a pour objet les choses qui mènent à la fin. Or, ces choses
<c consistent non-seulement dans les actes^ mais encore dans les organes, »
Physic, II, 89. Donc les actes humains ne sont pas le seul objet de
l'élection.
2» L'action est distincte de la contemplation (1). Or/Pélection a lieu
aussi dans la contemplation , en tant qu'on préfère une opinion à une
autre. Donc l'élection n'a pas seulement pour objet les actes humains.
3"* Certains hommes sont choisis pour remplir quelque dignité sécu-
lière ou ecclésiastique, par d'autres hommes qui n'exercent aucune action
sur eux. Donc l'élection n'a pas seulement pour objet les actes humains.
Mais, au'contraire, le Philosophe dit, Ethic, II! : « Personne ne
choisit des choses différentes de celles qu'il pense pouToir exécuter lui*
même. »
(Conclusion. — L'élection, ayant pour objet les choses qui mènent i la
fin , il est nécessaire qu'elle ait toujours les actes humains pour objet. )
De même que l'intention a la fin pour objet , l'élection a pour objet les
choses qui mènent à la fin. La fin peut être ou une action ou une chose.
Dans ce dernier cas, il est nécessaire que quelque acte humain inter-
vienne, soit que l'homme exécute lui-même la chose qui constitue la fin,
(1) On doit entendre ici, par contemplation , Tacte ou i*exercice de IMntelligeaee , par op-
positioB & celui de la volonlé* U faut dire , néanmoins , que cette opposition n*e8t presque
lamais complète et absolue ; car, comme Tauteur le dira plus tard , ni la volonté n*est étran-
gère, le plus sontent, an déterminalioiif de rintèlllgeDce , ni riatelllgenee à celles de la
volonté. On peut , on doit même distinguer entre les opérations de ces deux puissances ; mais
on ne saurait vouloir toujours les séparer, sans porter atteinte à runité de Tôtre humain.
ARTICULUS IV.
€7/i*èm eleeUo Ht UnUvm eorms quœ per
moÊaguiUur»
Ad qnartum sic proceditnr. Videtnr qu5d
electio non Bit solum respecta humanoram ao
toom. Electio enim est eonim qus sant ad
finem. Sed a ea qus sont ad ûnem, non solum
sont actus, sed eUam organa, » ut dicilur
n. Phys. (text. S9). ïrgo electiones non suot
tantom hnmanomm actaum.
S. Prsterea^ aciio à contemptotione distin-
gaitur. Sed electio etiam in contemplatioBe lo-
cum habet, prout sdlicei nna opinio alteri
prxeligitor. Ergo electio non est solum hama-
iioram actuum.
8. Praterea, eliguntor homines ad aliqua
officia, vel seodariavel ecdesiastica, ab bis qui
nihil erga eos aguat. Ergo electio Aon solam
est hamanonmi actuum.
Sed contra est, qpiod Philosophna diôt in
III. Ethic qa6d « nuUos eligit niai ea qn»
exislimat fieri per ipsum. n
(GoNCLusio. — Cnm electio sit semper eo-
rum qu£ sunt ad finem, necesse est ipsam
semper bumanorom actaum esse. )
Respondeo dicendum, qiij6d sicut intcntio est
finis , ita electio est eorum que sunt ad finem.
Finis autem vel est actio» vel res aliqoa; et
cum res aliqia i^rit finis, necesse est qu5d
aliqua bnnana aolio interveniat (1), vel in
quantum homo facit rem iUam qoa est finis
(1) Per quam acilicet atlingatur vel pr^dveatur finis, Ht adljvftcu expliMnt.
412 • I** II' PARTIB, OUESTIOlf ZUT, A&nGI£ 5.
comme le médecin qui opère mie guérison , laquelle , pour cela ^ est dit^
la fin qu'il s'est proposée ; soit que Vhomme se serve ou jouisse de œtfe
chose en quelque manière, comme Tavare, qui se propose pour fin Tir-
gent ou la possession de Targent. Il en est de même de ce qui mène i h
fin; c'est-i-dire qu'il est nécessaire que ce qui mène à la fin soit on um
action, ou une chose, laquelle, en vertu d'un acte qui intervient est, <s
bien exécutée par nous-mème, ou bien mise en notre possession. Deo^
façon, l'élection a toujours pour objet les actes humains.
Je réponds aux arguments : 1^ Les organes sont rapportés à la fia ad
ce que l'homme s'en sert pour atteindre la fin.
2o La contemplation renferme im acte de l'intelligence^ qui embrasse
telle ou telle opinion ; l'action extérieure est le contraire de cet acte io-
tellectuel : ce sont là les deux termes opposés d'une division.
S*" Celui qui choisit un évèque, ou le chef d'une cité, a, pour objet de
son choix^ l'élévation de tel individu à cette dignité; car si son actioo
n'avoit aucune part à la création de cet évèque ou de ce chef ^ rélection
ne lui pourroit être attribuée. De même, lorsque l'on dit qu'on préfère
\me chose à une autre, il y a toujours une opération de la part de celui
qui choisit.
ARTiaE V.
Uéleciicn n^a^UélU pour objet que les choses possibles?
n paroît que l'élection n'a pas seulement pour objet les choses pos-
sibles. 1° On a dit que l'élection étoit un acte de la volonté. Or, la volonté
a pour objet les choses possibles et les choses impossibles, Ethic., 10.
Donc l'élection aussi.
2^ On vient de dire que les choses que nous exécutons nous-méme sont
l'objet de l'élection. Donc il importe peu à l'élection que l'on choisisse ce
(sicut medicQS facit sanitatem qa» est finis
ejus ; unde et facere sanitatem dicitur finis me-
dlci ] ; vel in quantum homo aliquo modo nti-
tur vei fruitur re qus est finis ; sicnt avaro est
finis pecunia, vel possessio pecunias. Et eodem
modo diceadnm est de eo quod est ad flnem ;
quia necesse est ut id quod est ad finem , vel
sit actio, vel rcs aliqua, interveniente aliqua
actiooe, per qnam facit id quod est ad finem
Tel utitur eo. Et per hune modum electio sem-
per est hnmanorum actuum.
Adprimum ergo dicendnm^ quôd « organa or-
dinanlur ad finem , » in quantum bomo utitur
eis propter finem.
Ad secundum dicendum^ qu5d in ipsa con-
templatione est aliquis actus intellectus assen-
tientis huic opiniooi vel illi ; actio ver6 exte-
rior est qus contra contemplationem dividitur.
Ad tertium dicen'Ium , qu5d homo qui eligit
episcopum vel principem ctvttatis, eligit noflii-
nare ipsum in talem dignihtem ; xlioquin si
nulla esset ejus actio ad constitutionemeptscopi
vel principis , non competeret ei electio» B à-
militer dicendum est, quôd qnandocnnqoe di-
citur aliqua res prœeltgi alteri» adliuogitar ibi
aliqua operatio âigentis.
ARTICULUS V.
VMem electio tit soium po$tibUinm,
Ad quintum sic proceditur (1). Videtor qoM
electio non sit solum possibilium. Eleclio enia
est actus voluntatis^ utdictum est (arU 1 ). Sedl
voluntas est possibilium et impossibilium , ni
dicitur in III. Ethic, Ergo et electio.
2. Prsterea , electio est eorum qas per nos
aguntur , sicut dictum est (art. 4}. NUiii ergo
^ his etiam qu. îlà, de veril., an. 18. ad 12; el in lU.Eihic.s lect. 5.
SB L'iLECnON SES CHOSES QITI lliNENT A LÀ FIN. 413
qui est impossible en soi, ou ce qui est impossible à celui qui choisit. Or^
souvent nous ne pouvons accomplir ce que nous nous sommes propose ^
et cela nous devient ainsi impossible. Donc l'élection a pour objet les
choses impossibles.
3^ L'homme n'essaie de faire une chose que pur élection. Or, saint
Benoit dit, que si un prélat ordonne l'impossible, il faut néanmoins
essayer. Donc l'élection peut avoir pour objet des choses impossibles.
Mais ces paroles du Philosophe : a L'élection n'a pas pour objet les
choses impossibles, » indiquent assez le contraire.
(Conclusion. — L'élection, se rapportant toujours aux actes humains,
ne peut avoir pour objet que des choses possibles.)
CSomme on vient de le dire , nos élections se rapportent toujours à nos
propres actions. Or, ce que nous faisons nous-mêmes est possible pour
nous. Donc il est nécessaire de dire que Télection ne porte que sur les
choses possibles. Pareillement, la raison qui nous fait choisir une chose,
c'est de pouvoir, à l'aide de cette chose ^ atteindre une fin, ou ce qui
mène à cette fin. Mais ce qui est impossible ne peut faire atteindre une
fin : la preuve en est, que lorsque les hommes ^ dans leurs délibérations,
arrivent à des choses qui leur sont impossibles, ils retournent en arrière
comme dans l'impuissance d'aUer plus avant. Cela résulte évidemment de
la marche même de la raison. En effet, ce qui mène à la fin ^ et qui fait
Tobjet de l'élection, est à la fin comme la conclusion est au principe. Or^
il est évident qu'une conclusion impossible ne découle pas d'un principe
possible. Par conséquent, la fin ne peut être possible sans que ce qui
mène à cette fin ne le soit également. Or, personne ne se porte vers l'im-
possible. Donc personne ne tend vers une fin qu'autant que ce qui mène
i cette fin lui apparolt comme possible. Par suite , ce qui est impossible
n'est pas l'objet de l'élection.
refert qnantam ad electionem, olrùni eligatur
id qnod est iinpossibile simpliciter, vel id qiiod
est impossibile eligenti. Sed fréquenter ea qax
eliguntur, perficere non possonros, et sicsuot im-
poBsibilia nobis. Ergo electioest impossibilium.
8. Preterea , nihil homo tentât agere nisi
eligendo. Sed beatos Beoedictoa dicit, qu6d si
prcUltts aliqiiid impossibile pneceperit, teotan-
dum est.Esgo electio potest esse impossibiliam.
Sed coDlra est^ quèd Pbilosopbus dicit in III.
Ethie*, qnod a eiedte non est impossibilium. »
(CoMausio. — Electio^ cum ad bumanas
leferatur semper actiones, noa nisi possibilium
esse potest.)
Respondeo dicendom, qu5d sicnt dietum
est (art. 4), electiones noatr» referuntur semper
ad nostras actiones; ea autem qus per nos
sgnotor, Bunt nobis possibilia : unde necesse
est dicere , qoèd electio non ait nisi ponibilittffl.
Similiter etiam ratio eligendi aliquid est , ut ei
boc possimus consequi Bnem ^ vel boc quod
ducit ad finem. Per id autem quod est impos-
sibile , non potest aliquis consequi finem ; cqjus
signum est, quia cum in consiliando penre>
niunt bomines ad id quod est eis impossibile,
discedunt quasi non valentes ulterius procédera.
Appaiet etiam boc manifesté ex procesau ra-
tionis pnecedentis; sic enim se biabet id quod
est ad finem, de quo electio est, ad finem,
sicut coodusio ad principiom. Manifestum est
autem, qu&d condusio impossibilis non aeqni*
iur ex principio possibili : unde non potest eaaa
quôd finis sit possibilia : nisi id quod est ad
finem, fuerit possibile; ad id autem quod est
impossibile nulius movetur. Unde nuUus teiH
deret in finem , nisi per boc quod apparat id
quod est ad finem, esse possibile : unde id
quod est impossibile sub electione non cadit.
416 l^ II* PARTIE, QVBSTIOlf XIII, AETIGLB 6.
acte par lequel on choisit les choses qui mènent à la fin, les bonunes
choisissent librement et non pas nécessairement.)
L'homme ne choisit pas nécessairement, parce qoe ce qui peut ne pas
être n'est pas nécessairement. Que l'homme puisse choisir an ne pe
choisir, cela résulte de la double puissance qu'il possède. Il x>eiit, es
effet, vouloir et ne pas vouloir, agir et ne pas agir, vouloir ceci ou œk
La nature de la raison explique cette puissance. En effet, la volonté pest
tendre vers tout ce que la raison saisit comme bien. Or, la raison pest
saisir comme bien , non-^nlement la volonté et l'action , mais encore
l'absence de volonté et d'action ; elle peut de même considérer^ dans les
biens particuliers , le bien qui est dans un objet; et celui dont il manque,
et par où il devient mauvais : de cette façon, elle peut considérer clâspt
bien comme devant être choisi ou rejeté. Le bien parfait seul ne peut être
saisi par la raison comme mauvais et défectueux sous un rapport qui-
conque. C'est pourquoi l'homme veut nécessairement la béatitude, et ne
peut s'empêcher de vouloir être heureux et n'être pas misérable, ^iâs
l'élection n'ayant pas pour objet la fin, mais, comme on l'a vu, les choœ
qui mènent à la fin , n'a pas pour objet le bien parfait ou la béatitude;
elle se propose uniquement des biens particuliers. Aussi l'homme choi-
sit-il librement et non pas nécessairement (1).
Je réponds aux arguments : i® La conclusion ne découle pas toujouis
(1 Saint Thomas a déjà démontré, dans la première paille, qoMtion 83, que l'bMne
possède le libre arbitre ; il a , de plos , fait voir dans quel sens ee mot devoit être enteadL
n détermine maintenant les opérations sut lesquelles s*exerce , ou par lesquelles se inaBirestp
■otre liberté. Mais , par rimpnision naturelle de sou esprit , il remonte souvent de rap^io-
tion aux principes. De là vient la portée doctrinale de la thèse actuelle , où Texislenee ds
libre arbilre se trouve confirmée dans son exercice propre et direct , appelé élection.
Uauteur s*est posé ici les principales objections imaginées par les fatalistes de toolcs les
époques. La seconde est celle qui a eu le plus de vogue et de succès dans le coun du iix-
huitième siècle. On voit que nos philosophes n*ont rien inventé, sous ce rapport , et qo*ils B*ost
nature et voluntatis actos , qua ea qas snnt
ad finem elîgit^ ea non ex necessitate, sed li-
bère bomiues utuntur )
nespoDdeo dicendum, quôd homo non ex ne-
ccssitate eligit ; et hoc ideo, quia quod possi-
bile est non esse , non necesse est esse. Quod
aiUem possibile rît non eligere vel eligere^
hujus ratio ex duplici hominis polestate accipi
potest. Potest enim bomo velle et non Telle,
agereet nonagere; potest etiam velle hoc aut
illud : cajus ratio ex ipsa virlute rationis acci-
pitor. Quicquid enim ratio potest apprehendere
ut bonum, in hoc volantas tendere potest.
Potest autem ratio apprehendere ut bonum,
non solum hoc quod est velle, aut agere, sed
hoc etiam quod est non velle, et non agere;
ter #st Plato. Nec inde tamen referuntur omnia qos htc recenset S. Thomas, ut ibi, text.75,
videre est; sed ex Anaximandro quœdam sub expresse nomine, text. 90, et exenplom ttê-
«1 famelici, text. 93, Innoroinatè sul^ungilor.
et mrsum in omnibus particularibos bonis pa-
test considerare rationem boni alicujas, etde-
fectum alicnjus boni, quod habet ntioteai
mali ; et secundnm hoc potest unuoqiodqiie
bujasmodi bonoram apprehendere, uteUgîbile
vel fugibUe. Solom autem perfectum bonum,
quod est beatitudo, non potest ratio appre-
hendere sub ratione mali, aut alicujas delisctes ;
et ideo ex necessitate beatitudinem bomo vnlt,
nec potest velle non esse beatas aut esse miser.
Electio autem cum non ait de fine , sed de bis
qus sunt ad Ûnem (ut jam dictum est), non est
perfecti boni, quod est beatitudo , sed aUona
particularinm bonorum; et ideo homo non a
necessitate, sed libéré eligit.
Ad prhnum ergo dicendum, ^M non
j
BU CONSEIL OUI PKÉCiDB L'ÉLECTION. 417
nécessairement des principes , mais seulement lorsque les principes ne
peuvent être vrais, si la conclusion ne Test pas. De même, la fin ne pousse
pas toujours nécessairement à choisir les choses qui mènent à cette fin,
parce que ces choses-li ne sont pas toujours d'une nature telle que sans
elles la fin ne puisse être obtenue; ou^ si elles sont telles^ on ne les con-
sidère pas toujours sous ce rapport.
2» La sentence ou le jugement de la raison^ touchant les choses à faire^
a poor objet des actions contingentes que nous pouvons nous-mêmes exé-
cuter^ et dans lesquelles les conclusions ne découlent pas de principes
nécessaires d'une nécessité absolue, mais d'une nécessité conditionnelle;
ainsi, o il y a le mouvement, si vous supposez que l'on court, d
3» Si Ton propose deux objets égaux sous un même rapport, rien
n'empêche qu'on ne considère dans Ton une condition qui le rend supé-
rieur à l'autre , et que la volonté ne se porte davantage vers celui-là que
Ters celui-ci.
QUESTION XIV.
nu eottseU qui yrccMe Vdeetton.
Après avoir étudié l'élection, il faut remonter à l'étude du conseil (1).'
Six questions se présentent : i« Le conseil est-il une recherche? 2» A-t-il
pour objet la fin, ou seulement les choses qui mènent à la fin? S** A-t-il
fait en cela, comme en beaucoap d'antres choses, <iae ressnseSter des dilBcnltés 4opuI* long-
temps aperçues et réfutées par les docleois catholiques. Si roo Teot avoir de précieux déve-
loppements sur la réponse de saint Thomas, il faut consulter les commentateurs du grand théo-
logien , Suares , Lessius , Billuard et les autres.
(t) Le sens du mot conseil , un peu différent ici de ce qu*il est dans Tusage , sera déter-
per ex principiîs ex necessitate procedit con-
dnsio , sed tuoc solam , qoando principia non
possunt esse vert, si condosio non ât vera:
et siiDiliter non oportet quôd semper ex fine
insit horoioi nécessitas ad etigendam ea qiuB
sunt ad finem ; quia non omne quod est ad
finem taie est quod sine eo finis haberi ni)n
possit, ant si laie sit, non semper sub taii ra-
tione consideratar.
Ad secundam dicendum , qaod sententia sive
jodicium ralionis de rébus agendis est circa
contingentia, qns k nobis fieri possunt, in
quibus conclusiones non ei necessitate se-
qaantur ex prindpiis necessariis absoluta ne-
cessitate y sed necessariis solum ex conditione :
nt , a si cnrrit , movetur. n
Ad tertium dicendam, qaèd nihil prohibet,
si aliqna duo squalia proponantur secundùm
unam considerationemy quin circa alteram con-
siderelur aliqna conditio yer quam emineat, et
magis flectatur voluntas in ipsum qaam in
aliad.
QDJ8TI0 XIV.
De eofUt7{o gtied éUelitmeim ptmetdii, t« ses ÊTHtyLlûê diviêa.
Dtinde considerandum est de consilio. | silinm sit inqnisitio. 8<> Utrùm conalinm ni
Et ciica hoc qusruntor sex : 1^ Uirùm con- 1 de fine, vel solum de his qw sont ad flueou
w. 27
418 I» !!• PAfiTIE^ QUESTION XIV, ABTICLB 1.
seulement pour objet les choses que nous faisons nous-mêmes? (•<> A-t-3
pour objet toutes les choses que nous faisons? 5<* Procède-t-il suivant un
ordre analytique? Q"" Procède-t-il indéfiniment?
ARTECLEL
Le conseil est-il une recherche?
n paroit que le conseil n'est pas une recherche. 1"^ Saint Damasctoedit
que le conseil est un appétit. Or, ce n'est pas Tappétit qui recherche. Donc
le conseil n'est pas une recherche.
2o Rechercher est un acte de l'intellect discursif, et ne convient pas
conséquemment à Dieu, dont la connoissance n'est pas discursive, comme
il a été dit dans la première partie. Or, le conseil est attribué à Dieu ,
puisque, selon l'Apôtre, Ephes,, I, il, a il opère toutes choses suivant
le conseil de sa volonté. » Donc le conseil n'est pas une recherche.
S*" La recherche n'a lieu que dans les choses douteuses. Or, on con-
seille aussi les choses qui sont certainement bonnes, puisque l'Apôtre
dit, I Cor., VII, 25 : a Touchant la virginité, je n'ai pas de précepte à
vous signifier de la part du Seigneur; je vous la conseille seulement. »
Donc le conseil n'est pas une recherche.
Mais le contraire résulte de ces paroles de saint Grégoire de Nysse :
c Tout conseil est une question; mais tonte question n'est pas un
conseil. »
(Conclusion. — Le oonseil est une recherche que fait la raison avant
de porter un jugement sur les choses qu'il faut choisir.)
mioé par les déreloppemeiiU mènes de rauteor , et par les différents aspects sons lesquels il
eonsidére eet «cta de rioteHigenee. Nous eussions pn, comme on le verra, y substituer le
mot délibération , peul^tre plus clair au premier abord ; mais nous avons cru devoir traduire
plus directement resprcMiOD latine, pour mieux rendre, dans toutes ses applications, la
pensée qu*elle exprime.
8» Utrùm consilinm Bit aolum de bis qcuB à
nobis aguntur. &<> Utrùm consilium sit de om-
nS>tts qu® i nobis aguntur. 5<» Utiùm coBsi-
lium procédât ordine resolutorio. 6^ Utrùm
coQsiliom procédât in ioûnitom.
ARTICULUS I.
Vtriun consilium tit inquitiiio.
Ad primum sic pioceditur (1). Videtor quùd
eonsilinm non sit inquisitio. Dicit enim Damas-
cenus (lib. U. De fide orth,, cap. 22), quod
« consilium est appetitus. » Sed ad appetitum
non perlinet inqoirere. Ergo consilium non est
inquisitio.
2. Prsterea, inquirere intellectos discurrentls
est, et sic Deo non oonTOiit, cvijns cognitio
non est discursiva, ut in primo habitum est (2).
Sed consilium Deo attribuitur; dicitur enim ad
Ephês., I , qnôd « operatur omnia secundùm
consilinm voluntatis sus. » Ergo consilium non
est inqniaitîo.
a. Prsterea, inquisitio est de rebns dubib.
Sed consilium datur de bis qus sunt bona certa,
secnndum illud ApostoU I. ad Cer., VII : <r De
virginibus antem pneceptum Domini non babeo,
consilium autem do. » Ergo consilium non est
inquisitio.
Sed contra est , quod Gregorius Nyssenus
dicit : « Omne quidam consilium quaestio est,
non autem omnis qusstio consilium. »
(CoNCLUsio. — Consilium inquisitio rationis
est ante judidnm de eiigendis. )
(i) Se his etiam in 2 , 9 , qu. 49, ait. 5 , et lO, SenU, dfst. 35, qu. 2 , art. 4 , quaBstiunc t.
fK Seu I. part., qii. 14, art. 7 1 es profeMO; sicut et art. 15 ex Incidenti.
AU OOirSEIL QUI VKÈCÈBE L'ÉLECTION. (19
Comme nons Tavons dit^ Félection suit le jugement que la raison porte
sur les actions à faize. Or il y a^ relativement à ces actions^ une grande
incertitude; parce qu'elles portent sur des objets particuliers et contin-
gents qui 5 par cela mème^ sont très-incertains. Mais^ dans les choses
douteuses et incertaines^ la raison ne porte pas de jugement sans une
recherche préalable. C'est pourquoi une recherche doit nécessairement
précéder le jugement que la raison porte touchant les choses qu'il faut
choisir ; et cette recherche prend le nom de conseil. De là vient que le
Philosophe , Ethic, m , appelle l'élection « Tappétit d'une chose qui a
préalablement été Tobjet du conseil, p
Je réponds aux arguments : 1» Lorsque les actes de deux puissances
sont coordonnés entre eux^ chacun de ces actes renferme un élément qui
appartient i Tautre puissance ^ et peut^ de cette façon ^ prendre le nom
de Tune ou de l'autre. Or^ il est évident que les actes par lesquels la
raison indique l'ordre à suivre dans les choses qui mènent à la fin ^ et
les actes de la volonté qui tend vers la fin , en suivant cet ordre^ sont
coordonnés entre eux. Par suite, dans l'acte de la volonté nommé élection,
apparoit un élément de la raison. Tordre; et dans le conseil ^ qui est
un acte de la raison^ on voit un élément de la volonté jouer le r61e de
matière^ parce que le conseil a pour objet les choses que l'homme veut
faire, ou même de motifs parce que^ en voulant la fin, l'homme est porté
à rechercher les choses qui le mèneront à cette fin. C'est pour cela que
le Philosophe, Ethic, VI, appelle l'élection a un intellect appétitif, »
montrant ainsi les divers éléments dont elle se compose. Saint Damascène
dit dans le même sens, que le conseil est a un appétit inquisitif, » afin de
montrer qu'il appartient, de quelque manière, et à la volonté, qui
fournit la matière et le motif du conseil, et à la raison, qui recherche.
2p Tout ce que l'on dit de Dieu doit être entendu en un sens qui exclue
Respondeo dicendnm, qaôd electio , sicut
dictum est (qu. 8, art. 1 et 8)^ oonsequitor Jii-
(licitun ntionis de rebos agendis. In rébus ao-
lem agendis malta incertitudo Intenilur; quia
actiones sunt circa singularia coutingentia,
qus propter sui variaMIitatem incerta sunt. In
rébus autem dnbiis et incertis ratio non profert
judicium absque inquisitione prscedente : et
ideo necessaria est inquisitio rationîs ante ju-
didom de eligendis, et bsc inquisitio ccnsilium
vocatur; propter quod Philosophus dicit in
m. ISthic,, qu6d « electio est appetitus pne-
consiliati. »
Ad primom ergo dicendom, qaôd quando
ftctQsdoarom potentiaram ad iuvioem onlinaB-
Uir, in Qtroqne est aliquod qood est alterins po-
tentiœ ; et ideo uterque actus ab utraque poten-
^ denominari potest. HaBifestnm est aotem,
adui rationis dirigentis in hii qa« sont
ad finem^ et aclus voluntalis secundum regimen
rationis in ea tendentis» ad se invicem ordi-
nantur : unde et in actu voluntatis, qu£ est
electio, apparet aliquid rationis , scilicet ordo ;
et in coDsiUo, quod est actus rationis, apparet
aliquid voluntatis sicut materia (quia consilium
est de bis qus bomo vult facere), et etiam
sicut motivum , quia ex hoc quod boou) vuU
finem, movetur ad consilium de bis que sunt ad
finem. Et ideo Philosopbus dicit in VI. Sthic,^
quod a eleclio est intellectus appetilivus , » ut
ad electionem utrumque concurrere ostendat;
ita Damascenus dicit (ubi suprà), quod « con-
silium est appetitus inquisitivus, » ut consiliam
aliqoo modo pertinere oatondat et ad voluntatem
(cifca qiHUB et ex qua fit ioqufttio) et ad ra-
tionem inquirentem.
Ad secundum dioendnm, qoM ea qu» di-
contor de Dec accipienda sunt absque omoi
420 I'^ n* PARTIE > QUESTION XTV, ABTiCOJR 2. j
les défauts qu'on remarque dans lliomme. Ainsi la science iLumaioe i
connolt les conclusions qu'en descendant des causes i leurs effets; m
la science divine a la certitude de tous les effets possibles dans h c?:-
noissance de la cause première , et sans aucun besoin de discourir. Pi-
reillement , le conseil n'est attribué à Dieu que pour désigner mte eeL-
noissance infaillible^ ou un jugement certain^ jugement qui^ en im.
résulte de la recherche impliquée dans le conseîL Cette recherche i
pouvant pas être en Dieu^ le conseil ne lui est pas attribué sous ce rap-
port; et^ dans ce sens^ saint Damascène dit : a Dieu ne prend pasdt
conseil ; car prendre conseil est toijyours un signe d'ignorance. »
3^ Rien n'empêche qu'au jugement des sages et des spiritoelS) cer-
tains biens ne soient indubitables^ qui ne le sont pas au jugemeatâes
hommes charnels , c'est-à-dire du plus grand nombre : c'est à ces sortes
de biens que s'applique le conseil*
ARTICLE n.
Le conseil a4-t7 pour ùbjet la fin ou seulement les choses qui mènent èh/inf ;
11 paroît que le conseil n'a pas seulement pour objet les càoscs qui
mènent à la fin, et qu'il peut encore avoir la fin pour objet. 1* Tou\ ce
qui est douteux peut être l'objet d'une recherche. Or, il arrive souvent,
îans les actions humaines, que Ton doute de la fin, comme des choses
qui mènent à la fin. Donc le conseil, consistant à rechercher ce qa'il^^^ •
faire, peut avoir la fin pour objet.
2o Les opérations humaines sont la matière du conseil. Or, certaine
defecUi qui invenitur in nobis : sicat in nobis
scientia est concluslonana per discursum à
cansis in effeclos; sed scientia dicta de Deo,
signiûcai certitudinem de omnibos elTecUbos in
prima causa absqae omni discursu. Et simiiiter
coo£ilium attribuiinr Deo quantum ad certitu-
dinem scieniis Tel judicii , qus in nobis pro-
venit ex inquisitione consilii; sed bujusmodi
inquisitio in Deo locum non habet : et ideo
oonsilium secundum hoc Deo non attribuitur ; et
secundum hoc Damascenus dicit(l) quod « Deus
non consiliatur, iguorantis enim est cousi-
liari. B
Ad tertium dicendum, qu6d nihil prohibet
tliqua esse certissima bona secundum scientiam
gapientum et spiritualiûm virorum, qus tameu
ïton sunt certa bona secundum sentenliam plu-
rium vel carnalium hominum : et ideo ^ ^
libus consilia dantur.
ÂRTICULUS L.
Utrùm eonêUium sU de Jlne , an »/»* * ***
quœ iunt adjinevi-
Ad secundum sic proceditur {%- ^^.
qu6d consilium nou solum sit de linp^r^
ad finem , sed eliara de une. QuaîCUDUlûfi ^r^
dubiutionem habent , de bis polcsl n^
Sed circa operabilia humana'contiflgi* ^r!
bitationera de fine , et non solum ^ }^ ^
sunt ad flnem. Cum igitur inquisilio ^^.^
rabilia sit consilium, videtur quod cons»»"
possit esse de fine.
2, Prsterea , materia consilii ropt ^
tiones humans. Sed quœdam operatiooes &
(1) Loco proiimé indicato panlô post suprà dict^Bi : Setmdum (ioquit) gttddoo/vf»^^
M>eo dieimui^ êitcUonwn propriè non dicimut; non entm tontiltatur^ ete. Tum ^^^'jL^
de eo quod eognoêeUur, eomutUU nmno. Si auUm comilium ignoranliam arçuUpii^^"^
'9A De hU eUam in S , 2 , qu. 33, art. 9 , ad 2 ; et qu. i6 , art. etiam i , ad 2; etUI» d^"
qu. 2 , art. i , qucsUnnc. 1 ; et in UI. E(hio,s leci. 8.
W CONSEIL QVl PRÉGÊBE L'ÉLECTION. 431
de ces opérations sont des fins véritables, selon la pensée du Philosophe ,
Ethic, \, 1 . Donc le conseil pent avoir la fin pour objet.
Mais saint Grégoire de Nysse dit, au contraire : a le conseil n'a pas
pour objet la fin , mais les choses qui mènent à la fin. x>
(Conclusion. — Le conseil étant une recherche de la raison touchant
les choses à faire, il n'a pour objet que ce qui mène à la fin, et non la fin
elle-même, à moins que celle-ci ne soit rapportée à une fin ultérieure. )
L.a fin joue^ dans les actions,. le rôle de principe, parce qu'elle fournit
la raison qui fait choisir les choses qui mènent à cette fin. Or le prin-
cipe n'est pas Tobjet d'une question ; dans toute recherche, au contraire,
il doit être présupposé. Le conseil étant une question, il n'a pas, par
suite, la fin pour objet, mais seulement les choses qui mènent à la fin«
Il peut arriver cependant que ce qui est la fin de certaines choses soit
rapporté à une fin ultérieure , conmie ce qui est le principe d'une dé-
monstration est parfois la conclusion d'une autre. Alors ce qui, dans une
recherche, est considéré comme fin, peut, dans une autre, être consi-
déré comme se rapportant à la fin, et devenir ainsi l'objet du conseil.
Je réponds aux arguments : V Ce que l'on considère comme fin, est
déjà déterminé, et n'a pas la qualité de fin tant qu'il reste quelque
doute : c'est pourquoi, s'il est l'objet du conseil, il sera considérer comme
se rapportant à la fin.
2^ Le conseil a pour objet les opérations, en tant qu'elles se rapportent
à une fin. Par suite, si quelque opération humaine est prise pour fin,
comme telle, elle n'est pas l'objet du conseil.
mans sont fines ^ ut dicitur in I. Ethicor.,
(cap. 1). Ergo consilium potest esse de fine.
Sed contra est, qnèd Gregorins Nyssenas
dicit, quèd a non de fine, sed de bis qm sont
ad iinem , est oonsilinm. »
^ (CoNCLUsio. — Consilhim, corn inqnisitio
sît ralionis de rébus agendis, eorum tantum
est , qu» snnt ad finem , non autem ipsius finis ^
nisi eum in uUeriorem finem ordinari con-
tingat.)
Respoodeo dicendnm, qnôd finis in opera-
bilibus habetrationem principii, eoqu6d rationes
eorum qas snnt ad finem , ex fine sumunlur ;
principiam autem non cadit sub qusstione, sed
principia oportet snpponere in omni inqaisi-
tione : unde, cum consilium sit qosstio, de
fine non est consilium , led solum de bis q/am
snnt ad finem. Tamen contingit id quod est finis
respectu quorumdam, ordinari ad alium finem;
sicat etiam id quod est principiam unius de-
monstrationis , est conclusio alterius : et ideo
id quod accipitur ut finis in una inquisitione ,
potest accipi ut ad finem in aiia inquisitione ;
et sic de eo erit consilium.
Ad primnm ergo dicendum , quôd id qued
accipitur ut finis est jam determiuatum : unde
qnamdio babetur dubium, non babetur finis;
et ideo , si de eo consilium babetur , non erit
consilium de fine , sed de eo quod est ad finem.
Ad secundum dicendum , quod de operatio-
nibus est consilium in quantum ordinantur ad
aliqueiâ finem : unde, si aliqua operatio bo-
mana sit finis, de ea, in quantum bigasnuxfi,
non est coniiiiuffl.
422
[ro !*• pAETIE, QUESnOlC tTY, ABTIGLB 3.
ARTICLE m.
Le eonseil a-t-il seulement pour objet le$ eho$es que nùus faisom
nous-mêmes?
n paroît que le conseil n'a pas seulement pour objet les choses qor
nous faisons nous-mêmes. 1"* Le conseil emporte avec lui une compani-
Bon. Or^ la comparaison peut avoir pour objet des choses immuables^ €t
que nous ne faisons pas , par exemple , les natures des choses. Ikm h
conseil n'a pas seulement pour objet les choses que nous faisons noos-
mémes.
2<» Les conseils des hommes ont parfois pour objet les choses qmsKit
réglées par la loi, et ces hommes prennent de là le nom de jurisconsultes.
Cependant ce n'est pas eux qui font les lois. Donc le conseil n'a pas sea-
lement pour objet les choses que nous faisons nous-mêmes.
3* Certains conseils ont aussi pour objet les événements ftrturs qui ne
sont pas en notre puissance. Donc le conseil n'a pas seulement i>oiir objel
les "Choses que nous faisons nous-mêmes.
4^ Si le conseil n'avoil pour objet que les choses que nous faisons nous-
mêmes, personne ne prendroit conseil au sujet des choses que d'autres
devroient faire. Or, cela est faux. Donc le conseil n'a pas seulement pour
objet les choses que nous faisons nous-mêmes.
Mais, au contraire, saint Grégoire de Nysse dit : « Le conseil tombe snr
les choses qui sont en nous et que nous pouvons exécuter (1). o
(Conclusion. — Le conseil indiquant proprement une comparaisim
entre plusieurs choses particulières et contingentes, que nous faisons oa
(1) Toujours saint Grégoire de Nysse, aa lien de Némésios. Cest, en effet, de rouTrage
il a été question dans une note précédente , que sont tirés les textes cités par rautenr
cette série d*articles.
ÂRTICULUS m.
ÛMum eonsilium sit solum de his gum à nohis
aguntur.
Ad tertium sic proceditur (l). Videtor qaôd
eonsilium non sit solnm de his qas agnutar à
Dobis. CoDsilium enim coUationem quamdam
importât. Sed coUatio inter mnltos potest fieri
etiam de rébus immobilibus, que non fiant à
nobiSy pntà de naturis rerum. Ergo eonsi-
lium nt>n solum est de his qn» aguntur à
nobis.
2. Prsterea, homines interdum consilia
qugerunt de his qus sant lege statuts, unde et
juriMonsulti dicuntur; et tamen eoram qui
qumrunt hujusmodi consitinm , non est leges
facere. Ergo eonsilium non sdum est de bis
qusa à nobis aguntur.
3. PraBterea, dicnntur etiam quidam ooBsnl-
tationes facere de futoris eventibus, qm' tamea
non sunt in potestate nostra. Engo coasiliiim
non solam est de his qus à nobis fiant.
4. Prsterea , si eonsilium esset solum de his
qu» à nobis fiunt, nullus consiliaretar de his
qu» sunt per alium agenda. Sed hoc patet esse
falsum. Ergo eonsilium non solum est de his
quœ à nobis fiunt.
Sed contra est, quod Gregorius Nyssems
dicît : a Consiliamur de his que sunt in nobis»
et per nos fieri possunt. »
(CoRCLiTsio. *- Gonsilium cum proprîe col*
lationem inter plures de particularibns contin*
(1) De his etiam in S, 8, qa. 46, ert. 3; et m, Sént.^ disL 35 «m. 9 . art. 4 , qocstioac. 1|
it Id UI. Elhie.^ lect. 7
su aoK SEiL OUI pbég&he ifisjscTïùs. 42S
que nous pouvons faire nous-mêmes^ il a pour objet propre les choses que
nous faisons nous-mêmes en -vue de la fin. )
L.e conseil implique une délibération collective; son nom seul le
désigne ; car le mot conseil donne à entendre la réunion de plusieurs
individus pour conférer ensemble. Or, il faut considérer que dans les
contingents particuliers , on ne peut connoltre rien de certain sans exa-
miner plusieurs circonstances ou conditions, lesquelles ne peuvent être
aisément examinées par un seul, mais s'offrent avec certitude à plusieurs,
dont chacun examine ce dont les autres ne s'occupent pas. Dans les choses
nécessaires et universelles, Texamen est plus absolu et plus aisé, en sorte
qu'un seul peut souvent y suffire. C'est pourquoi la recherche, qui
constitue le conseil^ tombe sur les contingents particuliers. Mais la con-
noissance de ces sortes de vérités n'a, par elle-même , rien de grand qui
la rende attrayante , comme la connoissance de l'universel et du néces-
saire. Elle n'offre de l'attrait que parce qu'elle est utile à l'opération, les
actions ayant pour objet les contingents particuliers : conséquemment,
il faut dire que le conseil a proprement pour objet les choses que nous
faisons nous-mêmes.
Je réponds aux arguments : !<> Le conseil implique, non toute espèce de
comparaison, mais, comme on l'a vu, celle qui a pour objet les choses à faire.
2» Quoique ce qui est établi dans la loi ne soit pas l'œuvre du juris-
consulte, cela le dirige dans ses actions , parce que le commandement de
la loi est la seule raison pour laquelle on doive agir.
S^" Le conseil n'a pas seulement pour objet les actions en elles-mêmes,
mais encore les choses qui s'y rapportent : et si l'on consulte au sujet
des événements futurs , c'est parce que leur connoissance fait exécuter
ou éviter à l'homme certaines actions.
^nfilras, qus fc nobis flnnt, Tel fieri possnnt,
denotet, prôpriè est circa ea qaœ à nobis finis
gratia agnntur. )
Respondeo dicendum, qvM consilium propriè
importai collattonem inter plures habitam;
qood et Ipsum nomen désignât : dicitar euim
consilium qnasi considium, eo quôd multi
consident ad simul conferendum. Est autem
considerandum quod in particularibus conlin-
gentibus, ad boc qnod aliquid certum cognos-
catur, plures conditiones seu circumstantias
coDsiderare oportet , quas ab nno non facile est
considerari , sed è plnribus oertius percipiuntur,
dam qu6d unns conâderat, alii non occurrit.
la necessariis autem et universalibns est abso*
intior et simplîcior coosideratio, ita qnod magis
ad bujusmodi considerationem nnus per se suf-
fieere potest. Et ideo inquisitio consiiii propriè
pertinet ad contiugentia singniaria. Cogniiio
autem veritalis in talibus non -babet aliquid
magnum, ut per se ât appetîbilis, sicut cog*
nitio universalium et necessariorum \ sed appe-
titur secundùm quod est ntilis ad operationem,
quia actiones sunt circa conlingentia siugularia.
Et ideo dicendum est, quod propriè coosiliam
est circa ea qus aguntur à nobis.
Ad primum ergo dicendum , quod consilium
importât coUationem , non quamcumque, sed
collationem de rebos agendis, ntione jam dicta.
Ad secundùm dicendum, quèd id quod est
legepositum,quamvis non sit ex operatione
qusrentis consilium , tamen est directivum ejug
ad operandum ; quia ista est una ratio aliquid
operandi , scilicet mandatum legis.
Ad tertium dicendum , quèd consilium non
solum est de bis qus aguntur, sed de bis qua
ordiuantur ad operationes ; et propter boc con-
sultatio dicitur fieri de futuris evenlibus, in
quantum bomo per futuros eventus cognitos
dirigitur ad aliquid fofiiendtun vel vitandttm.
kSk r« II* PAETIB^ QUESTION XIV; AETIGLS 4.
4* Nous prenons conseil au sujet des choses que les autres doÎTent fûi%
en tant qu'ils sont un avec nous; soit que Taffection les unisse à nois:
ainsi; un ami a autant de sollicitude pour ce qui intéresse son amî qat
pour ce qui l'intéresse lui-même; soit qu'ils soient nos instraments; car
l'agent principal est un avec l'instrument, en tant qu'il agit par sm
moyen : ainsi, le maître s'enquiert de ce que doit &ire son serviteur.
ARTIOE IV.
Lb conseil a-t*ti pour objeê toutes ks choses que nous faisons ?
n parolt que le conseil a pour objet toutes les choses que nous ponveos
faire. i<* On a vu que rélecfion étoit le désir d'un objet sur leqnd na
conseil avoit préalablement porté. Or, l'élection a pour objet toutes les
choses que nous faisons. Donc le conseil aussi.
2o Le conseil implique une recherche faite par la raison. Oc, dans
toutes les choses où la passion ne nous entraine pas , nous procédons par
une recherche de notre raison. Donc le conseil a pour objet toutes les
choses que nous faisons.
S"* Le Philosophe dit, Ethic, lU : a Lorsqu'une chose peut s'eiéotfer
de plusieurs manières, on recherche, à l'aide du conseil, quelle est la
manière la plus facile et la meilleure; si elle ne peut s'exécuter que d'une
manière, on cherche comment on procédera, d Or, rien de ce qui se fait
ne peut se faire que d'une ou de plusieurs manières. Donc le conseil a
pour objet toutes les choses que nous faisons.
Mais, au contraire, saint Grégoire de Nysse dit : a Le conseil n'a pas
pour objet les œuvres qui dépendent de Véducation ou de l'art, o
( Conclusion. — Le conseil n'a pas pour objet les choses que l'art ou
\
Ad qiiartam diceodam^ qa6d de alioram faclis
consilium qaaeriinus, in qaaatum sunt qao-
dunraodo nnum nobiscum ; vel per unionem
affectus, sicut amicus sollicitas est de his qua
ad amicum spectjnt , sicot de suis ; vel per
modum instrument!, nam agens principale et
instrumentale sunt quasi una causa , cum unnm
agat per alterum ; et sic dominus consiliator de
bis quae sont agenda per servum.
ARTICULUS IV.
Vtritm coiwiïttim rit de omnibus quœ à nobit
aguntur.
Ad quartum sic proceditur (1). Videtur quod
coDsiliuin sit de omnibus quœ aunt per nos
agenda. Electio enim est « appetitus prœcon-
aiiiati , » ut dictum est (art.. 10). Sed electio
est de omnibus qua per nos aguntur. Ergo et
consilium.
8. Prsterea, consilium importât inquisilio-
nem rationis. Sed in omnibus qu» non per i»-
petum passionis agimus, procedimus ex iaqoi-
sitione rationis. Ergo de omnibus qus agnaliic
à nobis est consilium.
3. Prsterea, Philosophas dicit in III. iî^Aûr.,
quod « si per plura aliquid fieri potest,€iMisi-
lio inquiritur per quod fociUimè et optiaèfiat;
ai autem per onum , qnaliter per illud fiaU »
Sed omne quod fit, fit per unum vel per moUa.
Ergo de omnibus, qua fiunt à nobis, eat eon»
silium.
Sed contra est, qu5d Gregorius Nysseaus
dicit , quôd a de his, qnas secundùm disdpli-
nam vel artem aunt , operibus , non est con-
silium. »
(CoRCLUSio. » De illis qns aecnndùm aiieiii
Ivèl disciplinam determînata sunt, aat qa»
parvi sunt momenti » consiliom non est; $tA
(1) Be bis etiaro in HI, 5eiil.« dist. 85 , qn. S, art. 4, qiittatiiiae. 1; et In Ptalm, TIX,
col. 3 ( et In m. Elhie,, lect. 7.
BU CONSEIL QUI PRÉCÈDE L'ÉLECTION. 425
réducation a déterminées^ oa bien celles qui sont de peu d'importance ,
mais seulement les choses qui^ sont de peu d'importance^ ou qui sont
incertaines et douteuses.)
Comme on l'a dit^ le conseil est une recherche. Or^ la recherche a pour
objet les choses sur lesquelles nous avons des doutes. C'est pourquoi la
raison inquisitive ou l'argument a pour objet de rendre certaine une
chose douteuse. Ce qu'il y a de certain dans les objets embrassés par
l'action de l'homme, provient de deux sources : d'abord, lorsque par des
procédés déterminés on arrive à des fins déterminées, par exemple , dans
les arts dont les procédés sont fixés : ainsi, l'écrivain ne cherche pas
comment il doit former les lettres ; son art le lui indique. En second
lieu, lorsqu'il importe peu que la chose se fasse d'une manière ou d'une
autre : ce qui s'applique aux choses qui servent peu, soit à atteindre,
soit à ne pas atteindre la fin; car, ces choses-là, la raison les compte
presque pour rien. Ainsi il y a deux sortes de choses qui , quoique se
rapportant à la fin , ne sont pas l'objet du conseil, comme le dit le Phi-
losophe ; à savoir, les choses de peu d'importance et celles dont l'exécution
est déterminée, c'est-à-dire celles qui sont l'objet des arts; exceptons-en
toutefois certains arts qui procèdent par conjecture , comme la méde*
cine, le négoce et autres semblables ^ ainsi que le dit saint Grégoire de
Nysse,
Je réponds aux arguments : 1» L'élection présuppose le conseil à cause
du jugement ou de la sentence d'où nait l'élection. De là vient que lorsque
la sentence est évidente sans le secours d'aucune recherche, le conseil
devient inutile.
2<* La raison, dans les choses évidentes, ne chercha pas, mais juge
de iistantammodo, qaœ cum alicojus sini mo-
menti» incerta sunt, sea in dubiam vocan-
tor.)
Respondeo dicendnm , qaôd consiliom est
iflquisitio qasdam , ut dictiim est (art. 1) ; de
illis antem inquirere solemas, qns in dubium
teoiant : node et ratio inqoisitiva , quae dicitur
argumentutn est rei dubiœ faciens fidem,
Qood aatem aliqoid in operabilibus hamanis
non sit dnbitablle, ex duobus contingit. Uno
modo , quia per determinatas ^ias proceditur ad
determinatos fines : sicot contingit in artibus
qae habent certas vias operandt, sicut scriptor
non consiliatur quomodo débet trabere litteras,
boc enim determinatom est per artem. Alio
nx)do, quia non multnm refert ntrùm sic ?el
•ic flat : et isla snnt minima qus panim ad-
juvant vel impediunt respectu finis conse-
qnendi ; qnod aulem parum est , quasi nibil
accipit ratio. Et ideo de duobus non consllia-
mnr, quamvis ordinentur ad fioeni, ut Phiio-
sopbns dicit, scilicet de rébus parvis , et de
bis qas sunt determinata qualiter fieri debent,
sicut est in operationibos artium. Prster qaas-
dam conjecturales, ut Gregorius Nyssenus (1)
dicit, ut ptttà medicinalis, negotiativa et bu-
jusmodi.
Ad primum ergo dicendum, qoôd electio
prxsupponit consilium ratione judicii vel sen-
tentis : unde quando judicium vel sententia
manifesta est absqne inquisitione , non requi-
ritur consilii inquisitio.
Ad secundum dicendnm , qoôd ratio in rébus
manifcstis non inqoirit, sed statim judicat ; et
(1) Sive idem qui soprà Nemesins loties iodicato Traciatn et capite, nbi circa médium aie :
iVon Ae omnihui igiuB per no$ fittnl, eontultamut^ née de ommbut quœ iwU in noUrapolet»
taie. Si enim te» plana sit el manifesta et eertà eonsianSs non eonsultamus; neqtêe enim de
cf tribus aut de acUonilns ad scientiam vel ad a/rtem pertinenlibus eonsullatio aliqua esti
426 1'^ II* PARTIE^ QUESTION XîT, ARTICLE S.
aussitôt : c'est pourquoi le conseil n'est pas nécessaire dans toutes les
tions dépendant de la raison.
3^ Quand une seule chose peut servir à en exécuter une antre ,
de diverses manières, il peut s'élever des doutes, comme lorsque plasiess
choses peuvent servir à l'exécuter; et alors, il est besoin de conseil. Mss
quand la maniçre aussi bien que la chose sont déterminées , le cons^
est superflu.
ARTIOJE V.
Le conseil procède-t-il suivant un ordre analytique ?
n paroit que le conseil ne procède pas d'une façon analytiqpie. 1« Le
conseil a pour objet nos propres opérations. Or, nos opérations ne pro-
cèdent pas d'une façon analytique , mais plutôt synthétique, c'esl-i-
dire en allant du simple au composé. Donc le conseil ne procède pas tou-
jours d'une façon analytique.
2o Le conseil est une recherche de la raison. Or, la raison commencé
par les premières vérités pour arriver aux dernières, selon l'ordre le plos
convenable. Les choses passées ayant la priorité sur les présenles, et
celles-ci sur les futures, on devra donc, dans le conseil, aller des choses
passées et présentes aux choses futures, ce qui n'est pas selon roardre
analytique. Donc l'ordre analytique ne s'observe pas dans le conseil.
3"^ Le conseil n'a pour objet, selon le Philosophe, que les choses qui
sont possibles par rapport à nous. Mais nous arrivons à savoir si une
chose est ou n'est pas possible pour nous, en examinant ce que noos
pouvons ou ne pouvons pas faire. Donc il faut, dans le conseil, com-
mencer par examiner les choses présentes.
Mais le contraire est exprimé dans cette parole du Philosophe,
ideo non oportet in omnibus , qne ntione
agantor, esiie iQ({ttisilioneni consilii.
Ad tertium dicendum, quèd qoando aliqaid
per nnam potest Qeri, sed dlTersis modis,
potest dobitationem habere^ sicut et qaando
fit per plura, et ideo opas est consiUo; sed
qoando determinatur non solom res, sedmodas,
tune non est opus consiUo.
ARTICULUS V.
Uirùm coHsilium procédât ordine
resolutorio.
Ad qmntum sic proceditor. Videtur quèd
coDsilium nou procédât modo resolutorio. Gon-
silittm enim est de his quse k nobis agontor.
Sed operationes nostrs non procédant modo ro-
solatorio , sed magis modo oompositlvo , scili-
cet de sifflplidbas ad composifa. Ergo consl*
Uam non semper procedit modo resolntoio.
2. Prasterea, consÙium est inquisitio nttoià.
Sed ratio à prioiibus incipit , et ad posleriara
devenit, secondum convenientioremerdinem;
corn igilor prsterita sint priora paBsenlibu ,
et prssentia priora futuris^ in consiUaodo n-
detur esse procedendam à praesentibiis eipr»-
tsritis in futura ; quod non pertinet ad ordinem
resolutorinm. Ergo in consiliis non Mmtor oido
resolotorius.
8. Praeterea , consilium non est nisi de tù
qn» snnt nobis possibilia , nt dicitor in lU. Eik
Sed an sit nobis aliquid possibile, perpeoditir
ex eo quod poesumus Cscere , vel non possonuB
facere, nt perveniamus in ilUid. Ergo in in-
quisitione consilii à presentibos indpere
oportet.
Sed contra est , quM Philoiophus didt in
earum enim rationet defimiUBiwiU^ exteptU paueiê quœ eonjeetwra eotUinenlur; fmtâm^
' ^<nûlis, exereitatoria («^|avoiçucv)) •( g^ematoria» ete, Negoliativam Aristoielei addiu
DU CONSEIt Qtl VKÉCiDE L'iLliGTION. h3ft
Ethicor., lib. m : a Celui qui prend conseil cherche et résout (1). »
( Conclusion. — Le conseil commençant par considérer la fin qui, la
première dans Tintention, dans l'exécution est la dernière, on dit avec
raison qu'il procède suivant un ordre analytique. )
Dans toute recherche il faut partir d'un principe : si ce principe a la
priorité dans l'ordre des réalités , comme dans celui delà conoissance, la
marche est plutôt synthétique qu'analytique, car, descendre des causes
aux effets, c'est suivre un ordre synthétique, les causes étant plus simples
que leurs effets. Mais si un principe n'a pas la priorité dans la réalité ,
quoiqu'il l'ait dans la connoissance , la marche devient analytique ; car
alors , nous ramenons des effets évidents à leurs causes véritables. Or, le
principe dans le conseil , c'est la fin qui , étant la première dans l'inten-
tion, est cependant la dernière dans la réalité. Voilà pourquoi la recherche
du conseil doit être analytique, et commencer par la chose à venir, objet
de l'intention, afin d'arriver à ce que l'on doit faire présentement.
Je réponds aux arguments : i** Le conseil a pour objet les opérations ;
mais la raison des opérations se prend dans la fin : c'est pourquoi l'ordre
que suit le raisonnement qui a pour objet les opérations, est l'inverse de
celui qui est suivi dans leur exécution.
2*" La raison commence par ce qui a la priorité dans l'ordre de la con-
noissance, mais non pas toujours par ce qui a la priorité dans l'ordre du
temps,
3» Nous ne considérerions pas si ce qu'il faut faire pour atteindre la fin
est possible, s'il n'étoit apte à nous faire atteindre la fin. C'est pourquoi,
avant que d'examiner s'il est possible, il faut examiner s'il est apte à
faire atteindre la fin.
(1) Par cette dcnière eipmiiOB, le Phileeophe eatend que la raiaoo procède d*une ma-
niénre résolative ou analytique. La philosophie ne reconnott que deux méthodes, celle d*iu-
doction et celle de déduction , la s|nthèse et ranalyse. La première remonte des effets aux
RL Ethic, quM « ille, qm conâliator^ iridetur
qnserere et resolTere. s
( CoifCLrsio. — Gtam à fine qnt prior est in
intentioDe et posterior in execntiooe , consilioin
incipiat^ rectè dicitor ordise resolutorio pro-
cedere.)
Respondeo dicendam y qnôd in omni iaqoi-
sitiose oportet incipere ab aliqao principio;
qaod qoidem si , sicut est prius in cogoitione ,
ita etiam sit prius in esse, non est processus
raoltitorius, sed magiscompositi^Fiis. Procédera
enim à cansis in effectus , est processus com-
positiTas , nam cause sont simpUciores effeo-
tibos. Si autem id qnod est prius in cogoitione,
Bit posteritis in esse, est processus resoîntorius ;
Qtpote^ cum de effectilMis manifestis jBdicamus,
molveodo in causas simpUces. Prinâpium
autem in inquisitione consiiii est Unis, qui
quidem est prior in intentione , posterior tamen
in esse ; et secundùm hoc oportet qo6d inqni-
sitio oonsilii sit resolnloria , iacipiendo scilicet
ab eo quod in futuro intenditur, quousqae
penreniatur ad id quod statim agendum est.
Ad primum ergo dicendnmi qvM oonsUiom
est de operationibus ; sed ratio operatioaom
accipitur ex Une : et ideo ordo ratiodnandi de
operationibus est contrarius ordini operandL
Ad secundùm dicendum , qnèd ratio incipit
ab eo quod est prius secundùm rationem, non
autem semper ab eo quod est prius tempore.
Ad tertium dicendum, qu6d de eo quod est
agendum propter fioem, non qucreremus adre
an sit possibile, si non essei congruum fini ;
et ideo prias oportet inquirere an conventat ad
ducendum in^iluem, quam consideretnr an sit
possibile.
428
P* II* PABTIEj QUESTION XIT, AETIGLE 6.
ARTia^ VI.
Le ecnseil procide^t'il indéfinimeni?
n paroit que la recherche, dans le conseil, procède indéfiniment. !• Lp
conseil est une recherche qui a pour objet les choses particulières sur
lesquelles s'exerce Topération. Or, les choses particulières sont en nomliie
infini. Donc cette recherche sera aussi infinie.
2o La recherche du conseil doit considérer non-seulement ce qu'il bai
faire , mais aussi la manière de faire disparoi tre les obstacles. Or, chaque
action humaine est soumise à une infinité d'obstacles , dont chacun peut
être levé par la raison. Donc il faudra indéfiniment chercher quels sost
les obstacles à enlever.
30 Les recherches de la science démonstrative ne sont pas indëflnies,
parce qu'on arrive à des principes évidents par eux-mêmes, et qoi pro-
duisent une certitude absolue. Or, cette certitude ne peut être fournie pu
les contingents particuliers qui sont variables et incertains. Donc h
recherche^ dans le conseil, est indéfinie.
Mais, au contraire, nul être ne se meut vers un terme qu'il lui est im-
possible d'atteindre. De cœlo, I. Or , il est impossible d'épuiser infini.
Donc, si la recherche, dans le conseil, étoit infinie, personne ne com-
menceroit à prendre conseil , ce qui est évidemment faux.
( Conclusion. — La recherche, dans le conseil, n'est infinie qu'en puis-
sance ; en acte, elle est limitée, tant du côté de son principe que du côté
de son terme.)
La recherche, dans le conseil, aboutit à un double terme, lequel vient
principes, et la seconde pose, an contraire, un principe général, pour arriver ensuite an
conséquences particulières. On sait que cette dernière étoit la méthode d*Aristiile; on m
pas étonné qu*elle soit adoptée par saint Thomas.
ARTICULUS VI.
Viriim coHiilium procédât in irifinitum.
Ad sextum sic proceditor. Videtor qu6d in-
quisitio coosilii procédât in infinitom. Coosiliam
enîm inquisitio est de particnlaribos la quibas
est operatio. Sed siugularia sont iofiuita. Ergo
inquisitio coosilii est ioQnita.
% Prseterea , sub inqaisitione consilii cadit
eonsiderare non solam qoid agendum dt, sed
€tiain quomodo impedimeota toUantur. Sed
quslibet bumana actio potest itifinitè impediri,
et impedimentum toUi potest per aliquam ta-
tionem haniaaam. Ergo in iottoitam remanet
qnxrcre de impedimentis toUendis.
3. Prsterea, inquisitio scieotia demonstra-
tivœ non procedit in inûnitam, quia est deve-
(1) Et quidam text. 58 , sic expressé : ImposiibiU ett illnc fwri fnd nvlfuin fnoà m^
"*'"«* velferlur^ pervenire polesi; ut videre est circa Onem.
nire in aliqoa principia per se nota, que omni-
modam certitudinem habent. Sed talis cutitmio
non potest inveniri in singularibos ooaliafeQ-
tibus, qn» sunt variabilia et incerta. Eifo in-
quisitio consilii procedit in iafinitum.
Sed contra : nnllus movetur ad id ad quoi
impossibile est qnôd perveniat , nt dicitor in
I. De coUo (1). Sed inttnituin impossibile e.>t
transire. Si igitur inquisitio coosilii sit infinita,
nullus Gonsiliari inciperet; quod patet essa
falsum.
( C0MCLU810. — Non est inquisitio consilii in
infinitom procedens, nisi in potenlia ; actoenim
terminata est tam ex parte principii^ qnàm ler-
mini inquisitionis.)
Respoodeo dicendum, qn5d inquisitio consilii
est finita in actu ex doplici parte , scilicet ex
J>V CONSEIL QUI PRiCÈBE L'ÉLECTION. 429
et dn côte de son principe , et du côté de son objet. Dans le conseil , on
remarque deux sortes de principes : l'un, propre aux choses qui peuvent
être l'objet de Topération ; ce principe est la fin , qui n'est pas l'objet du
conseil ^ c'est un principe que le conseil présuppose (i). L'autre principe
est pris dans un autre genre : ainsi, dans les sciences démonstratives,
roue suppose certaines vérités dont elle ne traite pas, et qui sont établies
dans un eautre. Ces principes, que la recherche du conseil suppose, con-
sistent dans les vérités que nous transmettent les sens, telle que, par
exemple, la réalité de ce pain ou de ce fer ; et toutes les vérités univer-
selles que renferment les sciences , soit spéculatives , soit pratiques ; par
exemple, la défepse que Dieu fait de se livrer à l'impureté, ou bien l'im-
possibilité dans laquelle est l'homme de vivre , s'il ne prend une nourri-
ture convenable. Le conseil ne s'occupe pas de ces choses. Le terme de la
recberche consiste dans ce que nous avons le pouvoir de faire immédiate-
ment. Or, de même que la fin joue le rôle de principe, ce qui est fait en
vue de la fin joue le rôle de conclusion. Par suite , la chose qui se pré-
sente actuellement à faire, joue le rôle de la conclusion dernière à laquelle
la recherche vient à aboutir. Du reste , rien n'empêche que le conseil ne
soit infini en puissance, en tant qu'il peut faire porter ses recherches sur
une Infinité d'objets.
Je réponds aux arguments : 1<* Les objets particuliers sont infinis en
puissance , et non pas en acte (2).
^ Quoique l'action de l'homme puisse toujours rencontrer des obstacles,
(1) ToHà une penfée qui reparoU coosUmment dans ces thèses , sur les divers actes de la
iroloDté. Ce que les premiers principes, les azitoes fondamentaux, dans les sciences spécu*
latives, sont aux Térités particulières, Fldée de la dernière fin Vest aux actes que Thomme
peut accomplir. Cette idée de la fin dernière est donc comme le flambeau qui préside A toutes
les délibérations et à tontes les actions humaines. Dans Tordre du raisonnement , o*est le
point de départ unique et immuable ; dans Tordre des faits , c*e.st le terme où tout doit abou-
tir. Voulons-nous Juger sainement un acte quelconque , rapprochons-le de ce flambeau. En
morale, rien de plus simple ni de plus lumineux qu*un semblable principe.
(S) Car la puissance dont on entend parier ici , ne peut Jamais être réduite en acte , con-
crairemeot au sens que Ton donne le plus souvent à ce premier mot. Il en est des objets
parte principii et ex parte termini. Acdpitur
enim io inquisitione coasiiii duplex principiam :
aDum proprium ex ipso génère operabilium; et
hoc est iinis de qoo non est coosiUam, sed sup-
ponitor in consilio ni principiam, ut dictam est.
Alittd, quasi exalio génère assumptum, sicut et
in sententiis demonstrativis una scieotia snpponit
aliqua ab alla, de quibus non inquirit. Hajas-
nodi aatem principia, qus in inquisitione con-
jilii supponuntor, sunt qnscunqoe sunt per
isnsnm accepta, ntpote qu6d hoc sit panis vel
Jerram; et quaiicanque suot per alîquam scieu-
tiaiD speculativam vel practium ia uoiversaii
(ognita : sicat qa6d mœchari est à Deo probi-
bitum, et qa5d homo non pot68fc viyere niai
nutriatnr nutrimento convenienti ; et de istis
non inquirit coosiliator. Terminus autem inqui-
sitionis est id qnod statim est in potestate nos-
tra, nt faciamus; sicnt enim finis habel rationem
principii, ita id quod agilur propter finem,
babet rationem conclusionis. Unde id quod
prim6 agendom occurrit, habet rationem ultims
conclusionis^ ad quam ioqaisitio terminatur.
Nihil autem prohibiet consilium potentia infl-*
nitum esse, secundiim qoèd in intinitum possont
aliqua occunrere consilio inquirenda.
Ad primum ergo dicendnm , qu6d siogulaiia
non sont inflnita actu , sed in potentia.
Ad secnndum dicendum , quèd iicèt bumana
actio possit impediii, noa tamen semper haliet
430 I** II* PARTIB^ OOXSnON XV, ÂBTICLB i.
elle n'en rencontre pas toujours : par saite^ il n'est pas nécessaire de
cher toujours à les faire disparoUre.
S"" Les contingents particuliers peuvent fbnmir trne eertitade ,
abnlue, au moins momentanée^ en tant qu'ils sont Tobjet de l'opérât»
Ainsi, il n'est pas nécessaire que Socrate soit assis, mais cela posé, il
nécessaire qu'il le soit; et cela peut être ccHinn d'une
QUESTION XV.
ne VactB Ae la ^YOliNKlé «o«»€ ciMMemtMMAi*
n faut ensuite examiner le consentement.
Quatre questions se présentent. 1^ Le consentement ai4>partient-il i k
puissance appétitive ou à l'appréhensive? ^ Convient-il aux animaux?
S"" A-t-il pour objet la fin, ou les choses qui mènent à la fin? k"" Le consen-
tement à unacte appartient^il seulement à la partie supérieure de l'ame?
ARTICLE [.
Le consetfUemefU est'il un acte de la puissance appéUtive eu de
Pappréhensive?
H paroit que le consentement n'appartient qu'à la puissance appréhen-
sive. i*" Saint Augustin, De Trinit., XII, 12, attribue le consentement
pailieuliera comme des nombres , qui sont infinis en puissance , et ne le sont Jeiniis en
parce qu*on peut toujours ajouter à un nombre quelconque.
impedimentiim paratum : et ideo non semper
oportet consiliari de impedimento toUendo.
Ad tertium dicendum , qu6d in singolaribus
contiogeDiibus potest aliquid accipi certam,
etii non simpUciter, tamen ut nonc, prout as-
somitor in opeitticme. Socratem enim sedm
non est neoessaiinm; aed eum ledtra dm& se-
det, est necessarinni : et boc per oertiiodiBeni
accipi potest.
QU^STIO XV.
De consêniu, qui est actut oofuiOaiM « retpectu eorum qwB muU ûd flmem, im qmaimor
ofiicuUn divisa*
Deiode considerandmn est de consenso.
El eirca hoc qnsnmtor quatuor : !• Utrùm
coménras lit actos appétitive vel apprehensivs
virtatis. f» Utrùm conveniat bratis animalibos.
8* Utrùm sit de fine, vel de bis qns sont ad
flneni. 4« Utrùm consensna in actnm pertineat
loUim ad ioperiorem anime paitem.
ARTICULUSL
Vtrùm eotuennu rit eetma mppebUvmp «rf
ofprekmêivm mrtmtii.
Ad primnm sic proceditnr (1). Videtnr qo&d
consentire pertineat solùm ad partem aninua
apprebensivam. Augostinus enim^ VI, De Triiu
(I) Se biaeliam infrà, qo. 74. art. T, ad 1; ut et IV, 5e»#.,dM. È9, ait. 1.
m l'acte bb la yowsstè nommé gonsbiitement. 43t
à la raison supérieure. Or , la raison désigne la puissance appréhensive.
Donc le consentement appartient à cette puissance.
S?" Le mot consentir signifie sentir avec (1). Or, l'action de sentir ap*
partient à la puissance appréhensiye. Donc celle de consentir aussi.
3p Le Gonsentanent ; comme rassentiment , indique l'application de
Vintelligence à un objet. Or^ Tassentiment appartient & Tintelligence ,
qui est une puissance appréhensive. Donc le consentement aussi.
Mais saint Damascàne dit, au contraire^ « Si quelqu'un juge et n'aime
fSSy on ne peut pas dire qu'il sent ou consent, s Or, aimer est un acte
de la puissance appétitive. Donc le consentement aussi.
(GoNGLïïsiON.— Le mot consentir signifiant sentir en même temps, et em-
portant ainsi dans son idée celle d'une certaine union avec l'objet auquel
on consent, le consentement appartient moins proprement i la puissance
apprébensive qu'à Tappétitive, dont le propre est tendre Ters un objet.)
Le consentement d^gne l'application du sens à un objet. Or, le propre
du sens, c'est de connoitre les objets présents ; l'imagination saisit les
images corporelles, même en l'absence des corps qu'elles représentent ;
et l'intelligence saisit les idées universelles, que les êtres particuliers lui
soient présents ou non. L'acte de la puissance appétitive consistant dans
une inclination vers une chose en vertu d'une certaine r^mblance ,
Tapplication de cette puissance à une chose reçoit le nom de sentiment,
(1) Le mot latin imUiré exprime on acte de rintetligeDce. On ne peut pas dire quMI ait
entièrement perda sa signification en passant dans notre langue; mais on peut dire que cette
signification a été singulièrement modifiée, n y a encore quelque chose d*intellectoel dans le
Terbe françois êentir; ainsi dans cette phrase : Je sens que vous aves raison. Le plus sou-
Tent , toutefois , il exprime un sentiment on même une sensation , plutôt qu'une idée. De là
vient me des plus grandes dlfficnllés dans la traduction d'un auteur aussi rigoureux et aussi
préeis que saint Thomas.
(cap. 12), oonsensnm attribuit soperiori rationi.
Sed ratio nominat apprehensivam Tirtntem.
Ei'go consentire pertinet ad appieheiisiyam vir-
tutem.
2. Praeterea, consentire est simnl sentira.
Sed sentire est apprébensive potentis. Ergo et
consentira.
8. Prseterea, sicut astentire didt applicatio-
nem intellectûs ad aUqoid^ ita et consentire,
Sedassentire pertinet ad intellectom, qui est
vis apprehensiva. Ergo et consentire ad vim
apprehensivam pertineU
Sed contra est , q«od Damasoenns dicit in
n. lib: (cap. 23, obi saprà ), qnôd < si aliquis
jodicet et non diligat, non est sententia (1), »
id est consensus. Sed diligere ad appetitivam
virtotem pertinet Ergo et consensus.
( CoHCLUsio. — Cùm consentire sit sîmol
sentire, atque ita qnamdam conjunctionem im-
portet ad id cui consentitnr, magis propriè actus
dici débet appetitiv» virtutis, cujns est in aliud
tendere, qiJim apprehensivs. )
Respondeo dicendum , quôd consentire im»
portât applicationem sensus ad aliquid. Est ao-
tem proprinm sensus qudd cognoscitivus est
remm prssentium ; vis enim imaginativa est
apprehensiva siinUitudinum corporalium etiam
rébus absentibus, qoarum sunt similitadines ;
intellectûs autem apprehensivus est universalium
rationum quas potest apprehendere indifTeren-
ter, et prœsentibus et absentibus singularibus.
Et quia actus appelitivs virtutis est qusdam
indinatio ad rem ipsam secundiim quamdam
similitudinem ; bine est qu5d ipsa applicatio
appetitivs virtutis ad rem , secundùm quam ei
inbifiret, accipit nomen sensus; quasi ezperien»
(i) Ex graeo yn»^ , quod non iolftm speculativam sententiam y^\ mentis enuntiationem
dreadegmata qwedam significat, sed et practicam qutt refertur ad aetum producendum; et
lUBo non dlstinguitur 4 c«BS«if«| M per «onmsam nddi potesi.
432 I'* Il<* PAJITIB, QUESTION XV ^ AETIGLE 2.
en tant qu'elle adhère i cette chose et qu'elle Texpérimente^ en qnelque
sorte ^ par la complaisance qu'elle y prend. De là cette parole du S^,
Sap., I^ 1 : a Ayez du Seigneur des sentiments dignes de sa bonté. 9 Ob
voit donc par là que le consentement est un acte de la puissance appélitire.
Je réponds aux arguments : l"" La yolonté, comme nous l'avons dit sno-
vent, réside dans la raison. Saint Augustin ^ attribuant donc le Gonsee-
ment à la raison , considère celle-ci comme renfermant la volonté*
^ Sentir, dans son sens progre, est un acte de la puissance appréten-
sive ; mais l'expérienoB qui l'accompagne, le soumet, ainsi qu'on l'adil,
à la puissance appétitive.
3* L'assentiment, désignant un acte par lequel le sentiment se poote
vers un objet, implique une certaine distance qui le sépare de cet dkjeL
Mais le consentement, par la force même de l'expression, implique m»
certaine union avec son objet. C'est pourquoi le consentement appartieni
plus proprement à la volonté , qui a pour acte propre de tendre vers im
objet. Mais l'assentiment est plus proprement un acte de l'intelligence,
qui, au lieu de se porter vers les objets, subit plutôt leur action, comme
on Ta dit dans la première partie. Quelquefois, cependant, le consente-
ment et l'assentiment se prennent Tun pour l'autre. On peut encore
dire que l'intelligence donne l'assentiment, en tant qu'elle est mue par
la volonté.
ARTICLE II.
Le conserUement convient-il aux animaux?
n parolt que le consentement convient aux animaux, l"" Le consente-
ment emporte l'idée d'une détermination de l'appétit à un objet. Or, les
appétits des animaux sont déterminés à un objet. Donc ils sont cai)ables
de consentir.
tiam quamdam sutnens de re coi intasret, in
quantum complacet sibi in ea. Unde Sap., I ,
dicilur : « Sentite de Domino in bonitate. »
Et secundùm boc consentire est actus appeti-
tivs virtatis.
Ad primum ergo dicendum, qn&d sicut dicitur
in III. De anima, TOluntas in ratioue consistit.
Cnde cùm Augnstinus attribuit consensum ra-
lioni, accipit rationem secundùm qu6d in ea
eoncluditar yoluntas.
Ad secundùm dicendum, quôd seniire propriè
^dictum ad apprebensivam potentiam pertinet;
ilsed secundùm similitndinem cujusdam expe-
rienti» pertinet ad appetitivam^ ut dictum est.
Ad tertium dicendum, quôd assentire est
quasi ad aliud tentire, et sic importât qnam-
dam distantiam ad id cui assentitur; sed con»
êentire est simul sentire, et sic importât
'nadam conjunctionem ad id coi coosentitur.
Et ideo voluntas, cujus est tendere ad ipsam
rem , magis propriè dicitur consentire ; intel-
lectus autem, cujus operatio non est secundùm
motum ad rem, sed potiùs è conyerso, ut in
primo dictum est ( seu I. part., qn. 27, art 4,
et qu. 59, art. %), magis propriè dicitor assen-
tire , quamvis unum pro alio poni «oleat. Pc-
test etiam dici, quôd intellectus assenUt, in
quantum à voluntate movetur.-
ARTICULUS U.
Utrism eoMeruuê cowvenitU brutis'
animalibus.
Ad secundùm sic proceditur. Videtor qoôd
consensus conyeniat brutis animalibus. Coa-
sensas enim importât determinationem appeti-
tôs ad unum. Sed appetitus brutorum animaliam
sunt detenninati ad unum. Ergo consensus in
brutis animaliboB inTenitur.
DE L'ÂGTS BB la volonté NOMMÉ CONSENTEMENT. 433
S^> Eq écartant une chose qui a la priorité (1) sur d'autres , on écarte
Gelles-d. Or^ le consentement précède Texécution de l'acte. Donc, si le
consentement ne convenoit pas aux animaux, ils n'eiécuteroient aucun
acte; ce qui est évidemment faux.
3^ Les hommes consentent quelquefois à une action, parce que la pas-
sion les pousse; par exemple, la concupiscence, ou la colère. Or, les
animaux agissent aussi par passion. Donc ils sont capables de consente-
ment.
Mais , au contraire, saint Damascène dit : « Après avoir jugé , l'homme
dispose et aime ce dont il a jugé par le conseil; et cela s'appelle sentiment
ou consentement, d Qr, le conseil ne convient pas aux animaux. Donc
le consentement ne leur convient pas non plus.
( Conclusion. — - La puissance appétitive, dans les animaux, ne s'ap-
pliquant nullement elle-même à l'action, le consentement ne peut leur
convenir en aucune manière. )
Le consentement, à proprement parler, n'est pas dans les animaux. La
raison en est qu'il emporte avec lui une application active du mouvement
appétitif à une action à faire. Or, à celui-là seul , il appartient d'appli-
quer le mouvement appétitif à une action, i qui ce mouvement est
soumis : ainsi, un bâton peut bien toucher une pierre; mais celui-là
seul peut mettre le bâton en contact avec la pierre , qui a le pouvoir de
mettre le bâton en mouvement^ Or, les animaux n'ont pas en leur pou-
voir le mouvement appétitif, qui, en eux, dépend d'un instinct naturel.
Par suite, on trouve bien l'appétit dans l'animal; mais on ne voit pas
qu'il l'applique de lui-même à un objet. C'est pourquoi on ne lui attribue
pas le consentement, et l'on ne peut l'attribuer qu'à un être raisonnable;
(1) Priorité comuM cause ^ bien entendu. G*est Punique sens qu*on puisse donner Ici à ee
mot; il n*y «uroit pas autrement d^obJecUon. G*est FasiômetOtez la cause, et vous Atei
reffet.
9. Pmterea, remoto priori removetnr poste-
nus. Sed cofisensos prscedit operis executio-
nem. Si ergo in bratis non esset consensus,
non esset io eis operis execatio, qaod patet
tsse falsum.
8. Prsieres, homines interdum consentire
dicTiDUiT in aliqnid agendum ex aliqua passione,
pntà concopiscentia Tel ira. Sed bruta anima-
lia ex passiooe agnnt. Ergo in eis est con-
sensus.
Sed contra est, qnod Damtscenns didt (tib. II,
nlnsQprà), quôd « post judicium bomo disponit
et amat quod ex consilio jndicatum est, quod
Yocatur sententia, » id est consensus. Sed con-
silimn non est in bratis snimalibai. fifgo nec
consensus.
(CoacLUsio. — Cùm nnlla sit in bratis ui-
maiibtts appetitivi motos appUcatio ad qiûppiam
agendnm, împossibile est illis consensum ali-
quem convenire. )
Respondeo diceudnm , qn6d consensus, pro-
priè loqnendo, non est in bratis animalibus:
cojQS ratio est, quia consensus importât appli>
cationem appetitivi motus ad aliquid agendum.
Ejus autem est applicare appetitiTum motum
ad aliquid agendum, in cujus polestate est ap-
petitivus motus : sicnt tangere lapidem couvenit
qnidem bacnlo , sed applicare baculnm ad tac-
tum lapidis, est ejus qui babet iu potestate mo-
vere baculum. Brûla autem animalia non babent
in sua potestate appetilivum motum, sed talis
motus in eis est ex instinctn naturs. Unde
brutum animal appétit qnidem , sed non appUcat
appetitivum motum ad aliquid ; et propter boc
non propriè dicitur consentire, sed solùm ratio-
nalis natnra, qu» babet in potestate sua appe*
IT. '28
434 T~ II*" PARTIE^ QUESTION XV^ ÂRTIGLS 3.
lequel a en son pouvoir le mouvement aiqpétitif ^ et peut Ta
Bm, i tel ou tel objet.
Je réponds aux arguments : l'' On trouve dans les animant Tappétit
déterminé à un objets mais seulement d'une manière passive. Qr, le cob-
sentement implique une détermination non- seulement passive^ mss
encore et surtout active.
^ En éloignant une chose qui a la priorité sur d'autres, on ékâgne
eelles-ci, sans doute ^ quand elles dépendent uniquement de la premièn.
Mais si plusieurs causes peuvent séparément entraîner une même dbm,
en éloignant une de celles-là on n'éloignera pas celle-ci : si, par exemple,
le chaud et le froid peuvent durcir un objet (les briqses durcissent au fisa,
le froid durcit Teau et la congèle) ; l'absence du feu ne pourra faire <pie
tel objet ne durcisse. Or, l'exécution de l'acte peut découler, non-seide*
ment du consentement, mais encore de l'impétuosité de rappétit, tel
qu'il est chez les animaux.
3^ Les hommes qui sont poussés par la passion peuvent ne pad soivre
le mouvement qu'elle leur imprime , ce que ne peuvent faire les ani-
maux : par suite il n'y a pas parité.
ARTICLE in.
Le consentement porte-t-^l sur la fin ou sur les choses qui mènent à la fmf
Il paroît que le consentement porte sur la fin. V Un acte a pour objet
une chose à laquelle d'autres sont subordonnées, plutôt que ces dernières.
Or, nous consentons aux choses qui mènent à la fin en vue de la fin elle*
même. Donc le consentement porte plutôt sur la fin.
2» L'action de l'homme vertueux, comme l'action de l'homme vicieux,
est sa fin. Or le vicieux consent à l'acte qui lui est propre. Donc le con*
sentement peut porter sur la fin.
titivum motum, et potest ipsam applicare vel
non applicare ad boc vel ad aliad.
Âd primam ergo dicendom^ qnôd in brutis
animalibus inveoitur detenniuaUo appetilûs in
aliquid passive tantùm; consensus verd îok
portât determinationem a^otitûs non aolùm
pasùvam, sed roagis activam.
Ad secundam dicendnm, qM remoto priori,
removetur posterius, qnod propriè ex eo tan-
tùm sefmiUtf . Si aatem aliquid ex pluribus sequi
possity non propter boc posterius reoiovelur,
nao priorum remoto : sicut si induratio possit
fieri et à calido et frigido ( nam lateres indu-
rantor ab igné , et aqua congelata induratur ex
frigore ) , non oportet quôd remoto calore re-
rooveatur induratio* Execntio autem opens non
solùm sequitur ex conseosu, sed etiam ex impe-
tuoso appetitu, quaiis est in bruUs animalibus.
Âd tertium dicendum, quàd bomines ([mi
passione agunt^ possnnt paasionem non wqai,
non autem brata animaba : nnde non eii s-
milis ratio.
ARTICULUS ra.
UtrUm eoiuensu» ait de fins, veldekis fmm
sunt adjlnem.
Ad tertium aie proceditor. Videtv qoAd ooft-
sensus sit de fine. Quia « propter quod qmbh
quodque, et illud magis » (lib. I. P&tter.^
text. 5). Sed bis qua sont ad finem, 00086»*
timns propter finem. Ergo fini oosseatiMni
magis.
2. Preterea, aetio intemperaii est inis ejos
sicut et actio virtuosi est finis ejus. Sed iatêUh
peratuB oonsentit in proprium actonu E19» «ni>
seusoB potest esse de fine*
SE l'acte de ia tolonté noumé consentement. 435
^ Le désir des choses qui mènent à la fin constitue l'élection ^ comme
on Ta vu plus haut. Donc, si le consentement n'avoit pour objet que les
choses qui mènent à la fin , il se confondroit avec Télection y ce qui est
faux, puisque saint Damascène dit que rafi(ection par lui nommée sen-
tence y est suivie de l'élection. Donc le consentement ne porte pas seule*
ment sur les choses qui mènent à la fin.
Mais saint Damascène lui-même dit, au contraire, comme nous Tavons^
"VU , qu'il 7 a a sentiment ou sentence , lorsque l'homme dispose et aime
ce que le conseil a décidé, d Or, le conseil ne porte que sur les choses qui
mènent à la fin. Donc le consentement aussi (1).
(Conclusion.-* Le consentement, à proprement parler, n'étant que
Tapplication du mouvement appétitif à ce que le conseil a décidé , et le
conseil ne portant que sur les choses qui mènent à la fin; le consentement
ne porte lui aussi , proprement , que sur les choses qui mènent à la fin. )
Le consentement désigne l'application du mouvement appétitif à uni.
objet qui, par avance, est au pouvoir du sujet. Mais dans l'ordre desr
choses pratiques , il faut d'abord avoir égard à l'appréhension de la fin ,
puis à l'appétit des choses qui mènent à la fin. Or, l'appétit tend naturel-
lement vers la dernière fin : par suite, l'application du mouvement appé-
titif à la fin est moins un consentement , qu'une simple volonté. Les
choses subordonnées à la dernière fin , par cela qu'elles se rapportent i
cette fin, sont l'objet du conseil ^ et le consentement peut porter sur
elles, en tant qu'on applique le mouvement appétitif à ce que le conseil
a décidé. Le mouvement appétitif vers la fin ne s'applique pas au con-
seil, c'est celui-ci qui s'applique au mouvement; car le conseil présup-
(1) Le consentement est an acte préalaMeiiient déK1»éré et par là même libre , tout comme
rélection. On verra même tout k Theure qu*il ne se distingue souvent de rélection que par une
abstraction de fesprit. Il est donc évident que te consentement ainsi compris ne «auroit Rap-
pliquer A la fin deniière , puisque oelle-ci s*impose à nous d*une manière naturelle et néoaa*
aaire.
S. Prsterea , appetitns eoram qns sont ad | constat coosensam etiam propriè non esse nlsi
finem^ est electio, ut suprà dictam est (qu. 18 J de his qu» sant ad finem. )
art. 3). Si igitur consensus esset solùm de bis
qus sunt ad finem, in nullo ab electione differre
videretur; quod patet esse falsum per Damas*
cenum ( ubi suprà ) , qui dicit qu6d post affec-
tionem^ qnam vocaverat sententiam, lit electio.
Non ergo consensus est solùm de bis qua sunt
ad finem.
Sed contra est, qood Damaseenus ibidem
dicit, qu6d « sensus (site sententia) est quando
bomo dispODit et amat, qood ex oonsilio judi-
catam est » Sed cousilium non est nisi de bis
qoa sunt ad finem. Ergo nec consensus.
(CoNCLUSic — Gùm consensus propri^ lo-
quendo non sit nisi applicatio motos appetitivi
ad id qnod ex consilio judicatnm est, et consi-
liam noa ait nisi de bis qus sunt ad finem ,
Respoodeo dicendum , qnôd c<maentu$ no*
minât applicationem appetitivi motus ad aliquid
prsexistens in potestate appHcantis. In ordine
autem agibilium^ primo quidem oportet sumew
apprebensionem finis, deinde appetitnm eoram
qus sntit ad finem ; appetitus autem in ulUmia
finem tendit naturaliler. Unde et applicatii
motus appetitivi in finem apprehensum, doi
babet rationem consensus, sed simplicis volon-
tatis. Que autem sunt post ultimuro finem, in
quantum sunt ad finem, sub consilio cadanti
et sic potestessede eis consensus^ in quantum
motus «ppeiitivus applicatar ad id quod ex oon^
silio judicatnm est. Motus ver6 appetitivns in
finem 9 non applicatur consilio, sed' magis ooih
siiium ipsi; quia oonsttiam ^soppooit appe-
436 l" II* PARTIE, QUESTION XV, ARTICLE h.
pose Tappétit de la fin , tandis que Tappétit des choses qui mènent à la
fin présuppose la décision du conseil. C'est pourquoi Tapplication du
mouvement appétitif à la décision du conseil forme proprement le ood-
sentement. Et comme le conseil ne porte que sur les choses qui menait
à la fin, sur ces choses seules doit également porter le consentement.
Je réponds aux arguments : l*" De même que les conclusions nous
sont connues à Taide des principes dont nous avons, non pas la science,
mais rintelligence, ce qui est bien supérieur; de même nous consentons
aux choses qui mènent à la fin , à cause de la fin qui est Tobjet, non da
lonsentement, mais d'un acte bien supérieur, à savoir, la volonté même*
9f> Le vicieux se propose pour fin de son acte la délectation qnll j
éprouvera; et c'est ce qu'il se propose, plutôt que l'acte auquel il consent.
S"" L'élection ajoute au consentement une relation vis-à-vis de Tobjel
auquel on en préfère un autre. C'est pourquoi , l'élection a encore heu
après le consentement; car, il peut arriver qu'on trouve , dans le conseil,
plusieurs choses qui mènent également à une fin, et qui plaisant cbacane
à l'intelligence, sont chacune l'objet du consentement; mais parmi ces
choses nous en prenons une au moyen de l'élection. S'il arrive qu'on ne
trouve qu'une seule chose pour atteindre la fin, le consentement et l'élec-
tion ne difièrent entre eux que d'une distinction de raison : le consente-
ment considérant l'acte en tant qu'il convient à l'intelligence ; l'élection
le considérant en tant qu'il est préféré à d'autres qui ne conviennent ps.
ARTICLE IV.
Le consentement donné à un acte appartien^il seulement à la partie
supérieure de l'ame?
n paroit que le consentement donné à l'acte n'appartient pas toujours
à la raison supérieure, l^ La délectation suit et complète l'opération.
titam finis*, sed appetitus eoram qu£ sont ad
finem^ prasuppooit detenninatioDem coosilii.
Et ideo appUcatio appetitivi motiu ad determi-
nationem oonsilii propriè est conseosus. Unde
oùm coDsilium non sit niai de bis qu» sunt ad
flnem, consensus, propriè loquendo, non est
nisi de bis que sunt ad finem.
Ad primum ergo dicendnm, qoM ncnt con*
clnsiones scimos per principia, borum tamen
non est scientia, sed qood majusest^ sdlicet
inteUectos ; ita conseotimas bis quœ sunt ad
finem propter finem ; cujua tamen non est con-
sensus, sed quod majus est, scilicet voluntas.
Ad secundum dicendum^ quèd intempentus
babet pro fine delectationem operis, propter
quam conseottt in opos, magis qukm in ipsam
operationem.
M iertiam dicendum^ qo6d electio addit
supra conseosum quamdam relationem respecta
ejus oui aliquid preeligitur : et ideo posS con-
sensum adbuc remanet electio, potest enim
contingere quèd perconsilium inveniaotar plura
ducentia ad finem, quorum dnm quodiibet pUcet,
in quolibet eorum consentitur; sed ex mollis
qus placent, prsaccipimus unum digendo.
Sed si inveniatur unum solum quod placet,
non différant re consensus et electio, sed ri*
tione tantùm : ut consensus dicatur secundum
quod placet ad ageodum, electio autem, secuo-
dùm quod pneferor bis qu» non placent.
ARTICULUS iV,
VtrUm consensuê in aetum perlineat solum êi
superiarem anima partem.
Ad quartum sic proceditur. Videtur qaM
consensus ad agendum non semper pertineat
LE l'acte de la YOLOMTi 50MlfÉ CONSENTEMENT. 437
a comme la beauté le fait à Tégard de la jeunesse^ d Ethic, X ; or, d'après
saint Augustin, De Trinit, XII, le consentement que Ton donne à la
délectation appartient à la raison inférieure. Donc le consentement i
l'acte n'appartient pas seulement i la raison supérieure.
2** L'action i laquelle nous consentons est dite volontaire. Or, plu«
sieurs puissances peuvent produire des actions volontaires. Donc le con-
ji$entement à un acte n'appartient pas seulement à la raison supérieure.
3<^ La raison supérieure dirige ses vues et ses soins vers les choses
étemelles , comme dit saint Augustin, De Trinit, XII. Or, souvent
l'hoinme donne le consentement à un acte pour des raisons temporelles,
quelquefois même poussé par quelque passion de l'âme. Donc le consen*
tement donné à l'acte n'appartient pas seulement i la raison supérieure.
Mais le même saint Augustin dit au contraire, De Trinit., XII : « L'âme
ne peut décréter efficacement l'accomplissement d'un péché, si l'intent^jon
au pouvoir de laquelle il est de mouvoir à son gré les membres, ou
d'empêcher leur action, ne cède et ne consent i la mauvaise action. »
( Conclusion. — Le consentement i l'acte étant la sentence définitive
touchant les choses à faire, il n'appartient qu'à la partie supérieure de
l'ame , c'est-à-dire à la raison considérée comme renfermant la volonté.)
La sentence définitive doit toujours être portée par l'être supérieur qui
a le pouvoir déjuger les autres; et tant que la question proposée n'est
pas encore jugée, la sentence définitive n'est pas portée. Or, il est évident
que la raison est la puissance supérieure à laquelle il appartient de juger
toutes les autres ; car c'est la raison qui juge même des choses sensibles.
Pour les choses qui regardent les raisons humaines , nous les jugeons i
l'aide des raisons divines qui sont du ressort de la raison supérieure (1).
(1) Saint Thomas , dans la partie spéca1ati?e de son onvrage , question 70 , article 9, tout
€n établissant que la raison sopérieare et la raison inrérieore ne forment pas deux puissances
ad saperiorem rationem. DelecUtio enim con-
seqaitar operationem, et « perfic.it eam» sicut
décor juirentotem , » sicut dicitur X. Ethic,
( cap. 4 vel 6 ) . Sed consensus in delecUtionem
pertinet ad inferiorem ratiouem , ut dicit Au-
gastinns in XII. De Trin. (cap. 12). Ergo
consensus in actum noa pertinet ad solam sa-
periorem rationem.
S. Praterea , actîo in quam consentimus ,
dicitnr esse voluntaria. Sed muUarum poten-
tiarom est producere actiones Yoluntarias. Ergo
non sola superior ratio coosenlit in actum.
3. Prxterea, superior ratio intendit «ternis
inspiciendis et consulendis, ut Augustinus dicit
in XII. De Trin, (cap. 7). Sed multoties homo
consentit in actum, non propter raiiones «ter-
IU8, sed propter aliquas rationes temporales^
irel etiam propter allqaas anima passiones.
lion ergo conseiUire in actum pertinet td at^
lam superiorem rationem.
SeJ coulra est, quod Augustinus dicit, XO.
De Trin, (cap. 12) : a Non potest peceatum
efficaciter perpetrandum mente decemi, niai
illa mentis intentio, pênes qoam summa potet-
tas est membra in opus moTendi , véi ab opère
cobibendi, mais actioni cedat et senriat. »
(CoNCLUsic — Consensus in actum cùm ail
flnalis sententia de agendis, solùm ad superiorem
anime partem, rationem scilicet, secundùm
quôd in ea voluntas includitur, pertinet. )
Respondeo dicendum, quôd Ûnalis sententia
semper pertinet ad eum qui snperior est, ad
quem pertinet de aliis jadicare; quamdiu enim
judicandum restât quod proponitur, nondum
datur Ûnalis sententia. Manifestum est aotem
qudd snperior ratio est, qua babetde omnibus
judicare, quia de sensibilibus per rationefli
jttdicamus. De bis ver6 qua ad rationes huma-
nas pertinent^ judicamus secundùm rationes
divinas, qua pertinent ad raftionein superiorem.
1
438 i** II* VASctm, ouEsnoN xv, article 4.
C'est pourquoi tant qu'on ignore si Ton résiste ou non^ d'âpre les raisons
âivines , aucun jugement de la raison ne peut être considéré comme m
sentence définitive. Or^ la sentence définitive portée sur les choses qiiL
faut faire, n'est autre que le consentement à un acte. Par suite, Is
consentement appartient à la raison supérieure considérée comme m-
fermant la volonté, ainsi que nous Tavons d^à dit.
Je réponds aux arguments : V^ Le consentement donné i la déledéB
que procure une action , appartient à la raison supérieure , dxm bin
que le consentement donné à cette action elle-même. Mais le coimU-
ment donné à la délectation que procure une pensée appartient à lanison
inférieure , à laquelle il appartient aussi de penser. Cependant VxHm
de penser ou de ne pas penser, considérée comme action, est jagéepar
la raison supérieure. Il en est de même de la délectation gui la suit. .#
considérée comme action «e rapportant à une autre ^ elle appartient i h
raison inférieure; car, une chose qui est rapportée à tme autre apparti^^
i un art ou à une puissance inférieure, puissance de laquelle dépend
aussi la fin. C'est pourquoi Tart, qui a pour objet la fin^ est édt Bidntsc-
tonique ou principal.
2^" De ce que les actions sont appelées volontaires à cause da coossïtB'
ment que nous leur donnons» il ne s'ensuit pas que ce consentement pô^
être donné par chaque puissance; il est donné par la valonté seule. d'oi
elles prennent le nom de volontaires, et cette volonté est renfermée dans
la raison, comme nous l'avons dit souvent d'après le Philosophe.
8» Le consentement est attribué à la raison supérieure, non-seulement
différentes , aroit déjà distingué ces deux exercices de la raison , par les rapports de celle^
affc les cboses étemelles et avec les eheses temporelles, n a*étoH inspiré en cda ow^
pensée de saint Augustin; et le commentaire qu^il en donne en cet endroit est asfi''^'^
qoable quUnstruetif.
ut actio ocuedam, habet judicium sopenof «j^'
et similiter de deleclatione conaequcnl*. ^
quantum accipitur ut ad icimeta i^ ^'
natum, sic pertinet ad infeFioreaifl»^"'
Quod enim ad aUud ordioatur. ^^'^^^a
artem vel potentiam perUoet, toiq'»^ rL.
quem ordioatur : unde ars, qus
Et Ideo quamdiu incertum est an secundùm
lationes divines resistatur, vel non, nuUum
liididum rationis habet rationem flnalis senten-
ti«. Pinalis antem sententia de agendis est
eonsensus in actum : et ideo consensus in ac-
tam pertinet ad rationem superiorem, secundùm
(amen qu6d in ratione voluntas includitur, sicnt
niprà dictum est ( art. 1 , ad 1 ).
Ad primum ergo dicendnm , qtfôd consensus
In delectationem operis pertinet ad superiorem
rationem, sicut et consensus in opus; sed con-
lensus in delectationem cogitationis pertinet ad
ffttionem inferiorem, sicut ad ipsam pertinet
eogitare. Et tamen de hoc ipso, quod est cogi-
iare vel non cogitare, in quantum consideratur
(1) Vel4n|wrl«f^<oiiaMaenraltoetnolto(l«JostagnBeiHn iv X071ÇIX&, "'.'ï'^.^sei
myima, text. 49. Dioilur antem talis non quolibet voluntas absoluté ac simpUciter °' ^q|.
volunus dumtaxat deliberans (^Xvioiç), vel deliberationem conseqnens, quia ^* ^.^^^
ttone sive unius eum alio collatione consequitur. Voluntas enim simplex (GsXfiat;) '*
Uonem non.priisivponity licét quamdam cognitionem vel intellectûs actum prssopP^^
architectonica seu principalis ^^^\-.^
Ad secundùm dicendum, quôd <i^^
dicunlur voluntariae, ex hoc quod eis con«
mus, non oportet quôd consensus sil ^^ j^
potentiœ, sed voluntatis àqua dicilw»<^»^'^
rium, qu© est in ralione (1), sicut dictom^»
(qu.6, art. 1 et 2). . ^^^^
Ad terlium dicendum, quôd wtio W"
(
DE l'ACSTE de TOLONTÉ NOMMÉ USAGE. 439
parce que c'est d'après les raisons étemelles qu'elle se porte à agir, mais
aus^i parce que ses actions sont conformes i ces raisons.
OUESTIONXVI.
Be raeie de la Tolouté nommé usage, par lappori aux elif^MB qui
mîëiMmt k la Am.
U fdut ensuite examiner Tusage.
Quatre questions se présentent : !<" L'usage est-il un acte de la vo-
lonté? 2<' GÔnrien^-il aux animaux? 3"* A-il pour objet la fin ou seulement
les choses qui mènent à la fin ? A^» Qu'est l'usage par rapport à l'élection.
ARTICLE I.
Vusage est-il un acte de la voloiUé?
n paroit que l'usage n'est pas un acte de la volonté, l*" Saint Augustin
dit^ 1. De doctr. Christian,, Vf, a l'usage consiste à employer une chose
qui se présente pour en obtenir une autre. » Mais rapporter une chose à
ime autre appartieût à la raison^ qui seule compare et coordonne. Donc
l'usage est un acte de la raison et non de la volonté.
3^ Saint Damascène dit : a d'abord l'homme se précipite vers l'opéra-
tion^ et de là l'impétuosité; puis il use^ et de là l'usage, d Or l'opération
appat^tient à la puissance qui exécute ; et l'acte de la volonté ne suit pas
didtor consentire, aon solùm qoia secundùm | sed etiam qoia secundùm ratiooes steroas aon
rationes steroas semper moTetar ad ageadum, I dissentiL
QUJ;STI0 XVL
De Mtu^ fvki ui octet 9ùlwiiMù, in eompartUione eorum quœ «HfH ad finem^
in fiMrfifor artievioê dtot'M.
Deinde coanderandum est de usu.
Et circa hoc qasnmtur quatoor : 1^ Utriim
Qti Bit actus Yoiantatis. 2** Utrùm coaveuiat
brotis aoimalibtts. 3« Utrùm sit tantùm eorum
qas simt ad finem, ^vel etiam finîB. 4» De o>
dioe usas ad electiouem.
ARTICULDS I.
Vtriun uti sit actus voluntaUs.
Ad primum ûc procediUur (1). Videtor qu5d
uti non sit actus volnntatis. Dicii euim Augus-
tiims, I. De doctr. christ, (cap. 4), qu5d
« uti est id quod in usum venit, ad aliud obti«
neudum referre. » Sed referre aU^uid ad aliud,
est rationis, cujus est conferre et ordioare.
Ergo uti est actus rationis ; nou ergo voluntatis.
2. Praeterea , Damascenus dicit ( lib. 0 ,
cap. 22, ut jamsuprà), qu6d « bo.DO iropetum
facit ad operationem, et dicitur impetus;
deinde utitur, et dicitur usus. » Sed operatio
pertinet ad potentiam executivam^ actus antem
vobintatis jumsequitnr actum executivA poten-
(1) De fais etiam I, 5enf«> disU 1 , qu. 1 , art. 2«
UO 1** n* TAXm, OtTCSnON XYI^ ARTICtS 4.
Tacte de cette puissance^ puisque rexécution ne vient qu'en dernier
Donc Tusage n'est pas un acte de la volonté.
3* Saint Augustin dit, Quœst., LXXXni : « Tout ce qui a été fut, i
été fait pour Tusage de lliorome, parce que la raison se sert de toaE ceb
en jugeant des choses qui ont été données à Fhomme. » Or^ juger de?
choses que Dieu a créées appartient à la raison spéculative , qni sembk
tout-à*fait distincte de la volonté y laquelle est le principe des actes hu-
mains. Donc Tusage n'est pas un acte de la volonté.
Mais saint Augustin dit, au contraire. De Trinité X : « L'usage con-
siste à mettre quelque chose au service de la volonté (1). »
(Ck)NCLusioN.— Comme il appartient à la volonté d'appliquer tantes ks
forces, les habitudes de l'âme, ainsi que les organes, à leurs actes spé-
ciaux, l'usage doit lui être principalement et tout d'abord rapport^
comme au premier moteur ; puis à la raison en tant qu'elle dirige la to-
Ion lé ; et aux autres puissances , en dernier Ueu, en tant qu'elles ezéeo-
tent ses ordres. )
L'usage d'une chose emporte l'application de cette chose i une opé-
ration. De là, nous appelons usage d'une chose, l'opération à laquelle
nous appliquons cette chose : ainsi faire usage du cheval désigne l'action
de monter à cheval , et faire usage du bâton désigne l'action de frapper.
Or nous appliquons à une opération , et les principes intérieurs, à savoir
les puissances de l'âme, et les membres du corps; par exemple noos
appliquons l'intelligence à comprendre, l'œil à voir : puis les choses
extérieures ; ainsi nous employons le bâton pour frapper. Mais il est éfi-
(1) Od se souvient des remarquables paroles que nous avons déjà citées de saint Angasliat
eoncernant la Jouissance et l*usage. Il est inutile d*insister ici sur Taccord parfait qui exitfe
entre le grand évéque d'Hippone et le docteur angélfque. Des notions et des théories qui ont
attiré Tattention de ces deux profonds génies, doivent bien cependant avoir quelque impor-
tance. Nous ne comprenons plus , dès-lors , que ces principes fondamentaux sur les actes In-
mains aient été mis de cété par la plupart des théologies élémentaires, n est un mot dont oo
io paie trop aisément de nos Jours t subtilités scolastiques. Nous craignons bien que ce
■e serve trop souvent de passe*port ou de prétexte à Tignoranee.
tis, 80d eieciUio est uitimum, Ergo osus non
«Si actns voluntatis.
8. Prsterea, Augustinus dicit in lib. LXXXIII
Quœstion. ( qa. 80 ) : « Omnia qa» facta sunt,
in usum hominis facta sunt, quia omnibus ntitur
ratio jmUcando ea qus hornioibus data sont. »
Sed judicare de rébus à Deo creatis, pertinet
ad ralionem speculalivam, qus omnino separata
tidetur à Toluntate, quœ est principiom huma-
noram actuam. Ergo uti non est actas volon*
Utis,
Sed contra est, quèd AugosUnus dicit in X.
De TriVi. (cap. il ) : « Uti est assumere ali-
qmd in fkcultateo tduntatis. »
( CoMCLQsio. — Cùm Toluntatis sit omnes
iniiBS tiret, el habitas, tel organa, ad saoa
proprios actus applicare, illius primo et priod-
pailler nt primi moventis osus est; nttonis
autem ut dirigentis; cateramm yeid potentia-
mm ut exequentium. )
Respondeo dicendum, qaôd nsus rn aïîCDjos
importât 'appiicationem rei illius ad aliqnam
operationem : onde et operatio ad qaam appli-
camas rem aliqoam, dicitor osus ejos, sicot
eqoitare est osos equi^ et percotere est vsas
baculi. Ad operationem antem applicamos, et
priocipia interiort agendi , scîUcet ipsas poten-
tiu anima, tel membra corporis, nt ioteUectam
ad intelligendom , et ocolom ad tidendam; et
res exteriores, sicot hacolom ad percutieiHlmn.
Sed manifestnm est qoM res exteriores non
appUcamos ad «UqoaBk opertUooeffl niii per
DE L'AGTB de TOLONTi NOlOfÉ USAGE. 4V1
dent que nous n'appliquons les choses extérieures à une opération qu'à
Vaide des principes intérieurs qui sont ou les puissances de Tâme, ou les
habitudes de ces puissances^ ou les organes^ c'est-à-dire les membres du
€OTx>s. Or, on a montré précédemment que la volonté meut toutes les
puissances de Tâme vers leurs actes , ce qui est les appliquer à une opé-
ration. D'où il suit évidemment que l'usage appartient d'abord et princi-
palement à la volonté ^ en tant que premier moteur^ puis à la raison y en
tant que directrice de la volonté; puis aux autres puissances, en tant
qu'elles exécutent les ordres de l'agent principal , à savoir de la volonté y
qui les applique à l'action comme de simples instruments , et à laquelle,
par suite, on attribue l'action, comme on attribue la construction d'une
maison à l'ouvrier qui l'a élevée, et non aux instruments dont il s'est
servi. Donc l'usage est évidemment un acte de la volonté.
Je réponds aux arguments : 1<^ La raison rapporte , à la vérité , une
chose à une autre ; mais la volonté tend vers ce que la raison a ainsi
coordonné : et en ce sens on dit que l' usage consiste à rapporter une
chose à une autre.
2" Saint Damascène parle ici de l'usage en tant qu'il est attribué aux
puissances executives.
^ La raison spéculative est elle-même appliquée par la volonté à l'ac-
tion de comprendre ou de juger : c'est pourquoi on attribue l'usage à
l'intelligence mue par la volonté, comme on attribue, sous d'autres rap-
ports, aux autres puissances executives.
ARTICLE n.
L'uioge coiment-il aux animavm?
n parolt que l'usage convient aux animaux. 1» La jouissance est plus
noble que l'usage, selon cette parole de saint Augustin, De Trinit, X :
principia intrinsedl, qus Buntpotentis anim»,
ut babitus potentiarom , aut organa , qus sunt
corporis membra. Ostensum est aotem suprà
(qo. 9, art. 1 ) , qa6â voluntas est qu« movet
potenlias anime ad suos actes, et boc est apli-
care eas ad operationem. Unde manifestum est
quèd uti prim6 et principaliter est volantatis
tanquam primi moyeolis, rationis autem tan-
qaam dirigentis-, sed aliarum poteotiaram tan-
qnam exequentium, qus comparantur ad vo-
lantatem, k qaa applicantur ad agendam^ sicut
iosirumenta ad piincipale agens. Actio autem
propriè non attribuitur instrumento, sed princi-
pali agent!, sicut edificatio aediflcatori, non
autem instrumentis. Uode manifestum est qu6d
«il propriè est ictus voluntatis.
Ad primum ergo dicendum, «juôd ratio qui-
{1) De bis •liAiD snpri, qa. 11 /art. 10, ad 4.
dem in aliud refert, n^ voluntas tendit in id
qnod est in aliud relatnm per rationem : et se-
cundùm boc dicitur qu6d uti est referre aliquid
in alterum.
Ad secundum diceitdum , qu6d Damascenas
loquitur de usu secundum quôd pertinet ad
executivas potentias.
Ad tertium dicendum , quôd etiam ipsa ratio
applicatur ad opus inteUigeudi vel judicandi, à
voiuntate : et ideo intellectus specuiativus uti
dicitur tanquam k voiuntate motus, sicut alia
executive potentis.
ARTICULUS n.
VttUm uti convet^t trutiê animalibmM,
Ad secundum sic proceditur(l). Videtur qn6d
uti coQveniat brutis animalibus. Frui enim mI
442 r« II« PARTIE, OOBSnON XTI^ ARnCLE 2.
a Nous usons des choses rapportées à une autre dont nous yobIoiis joozr . »
Or^ on a dit plus bant que la jouissance convenait aux animaux. Dcss-
l'usage leur conirient , à plus forte raison»
2° User des membres^ c'est les appliquer à Tactionu Or, les nnîmsfTfr
appliquent leurs membres à certaines actions, car ils se servent des
pour marcber, des cornes pour frapper* Donc Tusage confient
animaux.
Mais saint Augustin dit au contraire, a Tanimal qui particape à la
son peut seul user d'une chose. 0 Quœsty LXXXm.
(Ck)NGLU8ioiï«— L'usage ne peut convenir d'aucune manière aux
maux, puisqu'ils scoit dépourvus de raison , et ne peuvent xapporter
chose à l'autre. )
Comme on vient de le dire , l'usage consiste dans l'appUcatHm fia
principe actif à l'action, comme le consentement consiste dans Tappii-
cation du mouvement appétitif au désir d'un objet* Mais appliquer une
chose i une autre n'appartient qu'à celui qui a pouvoir sur cette
et, par suite , n'appartient qu'à celui qui sait rapporter une chose â
autre (i) , c'est-à'^re, à celui qui est doué de raison. C'est pooiqinî le
consentement et l'usage sont propres aux animaux raisonnables.
Je réponds aux arguments : 1*" La jouissance emporte un mouvement
absolu de l'appétit vers son objet ; tandis que l'usage emporte le mouve-
ment de l'appétit vers un objet qui est rapporté à un autre. Si donc on
compare la jouissance et l'usage dans leurs objets, celle-là sera jivs
noble que celui-ci; parce que ce qui est désirable en soi est meilleur que
ce qui n'est désirable que par rapport à une autre chose. Mais si on les
compare dans la force appréhensive qu'ils exigent antécédemment, l'usage
(1) G*e8t cette reUtioD perçue entn U fin et les nojent , qui fait la topértorilé de ftee (
raisonnable et la moralilé de ses actions. Ost là ce qui fait aussi , comme on Va m réf»-
Uérement A chaque thèse y qu*à lui seul appartiennent Télection , le consentement «t fssage.
nohilius quàm uti , quia ut Augustinus dicit in
X. De Trin. ( cap. 10 ), « utimur eis quœ ad
aliad referimus, quo fruendum est. » Sed frui
convenit brûlis animalibus, ut suprà dictum
est (qu. 11 , art. 2). Ergo multo magis convenit
eis uti.
2. Prsterea, applicare membra ad agendum
est uti membris. Sed bruta animalla applicant
membra ad aliquid agendum, sicut pedes ad
ambulandum, cornua ad percutiendum. Ergo
brutis animalibus convenit uti,
Sed contra estj, quod Augustinus dicit in lib.
LXXXIII. Quœition. (qu. SO, art.^ ut suprà) :
« Uti aiiquA re non potest nisi animal quod ra-
tionis est particeps. »
( CoRCLUSto. — Nallus usus brutis anima-
libus^ cum ratione careant^ et unum ad alterum
referre nesdant, competere potest. )
Respondeo dicendum , qn&d sicot dictoiD esl
(art. 1), uti est applicare aliquod priocipiain
actionis ad actionem , sicut consentirt est ap-
plicare motnm appetitivam ad aliinid appe-
lendum , ut dictum est (qu. 15, art. t, 2 et 3).
Applicare autem aliquid ad alteram non estnisi
ejus quod habet super Ulad arbitrium , quod
non est nisi ejus qui scit referre aliquid in al-
terum , quod ad ralionem pertinet : et làeo
solum animal rationale et consentit et utitv
Ad primum ergo dicendum , qu5d frui iin-
portat absolutom motum appetilus in appetibile,
sed uti importât motum appetitus ad aiiqoid
in ordine ad alterum. Si ergo comparentur uti
et frui quantum ad objecta^ sic frui est nobi-
lius quam uti; quia id quod est absolutè appd>
tibile^ est melius quam id, quod est appeti-
bile solum in ordine ad alind. Sed ai oompa*
DE L'AGT£ 1KB TOLONTS N0HM£ USAOE. H9
est plus noble ^ parce que la raison seule peat rapporter une chose à une
autre ^ tandis que les sens même peuvent saisir un objet considéré
absolument.
S"" Les actions qu'exécutent les animaux à Paide de leurs membres , il
les font en vertu d'un instinct naturel^ et non avec la connoissance du
rapxK)rt que ces membres ont avec ces opérations. C'est pourquoi on ne
peut pas dire qu'ils appliquent leurs membres à raction» ni qu'ils uaenl
de ces mêmes membres.
ARTICLE m.
L'usage peut-il avoir pour objet la dernière fin?
n paroit que Tusage ;peut avoir pour objet la dernière fin. l"* Saint Au-
gustin dit^ De Trin., XI : a Celui qui jouit^ use. d Or^ on jouit de la
dernière iin« Donc on en use aussi.
2oLe même Père dit encore : aUéer est mettre quelque cbose au service
de la volonté. » Or« la volonté ne se porte vers aucun objet avec autant
de force que vers la dernière fin. Donc Fusagepeut avoir pour objet la
dernière fin.
S*" Saint Hilaire dit^ De Trin., Il : a L'éternité est dans le Père^ l'es-
pèce dans l'image ^D c'est-à-dire le Fils, « l'usage dans le dom^ o c'est-à-
dire le Saint-Esprit. Or le Saint-Esprit^ en tant que Dieu^ est la dernière
fin. Donc la dernière fin peut être l'objet de l'usage.
Mais le contraire est établi par cette parole de saint Augiistin ,
QwBSt., LXXXIU : a Personne n'use bien de Dieu, mais on jouit de luiji»
Or, Dieu seul est la dernière fin. Donc la dernière fin n'est pas l'objet de
l'usage.
(Conclusion.— L'usage indiquant l'application d'une cbose à un autre.
rentur quantum ad tim apprehensivam
pnecedentem , major nobiliias reqoiritur ex
parle qsus ; quia ordinare aliquid in alterum,
est rationis, absolutè autem aliquid appreben-
dere potest eliam sensus.
Ad secundnm diœndum , qu5d animalia par
ma membra aliquid agunt instinctu natnr® ,
OOQ per boc quod cognoscant ordinem mem-
brorom ad illas operationes. Unde non dicuutur
proprie appUcare membra ad agendum , nec
utimembris.
fruitur, utiiur, Sedultimo fine fruitur aliquis.
Ergo ultime fine aliquis ntitur.
2. Prsterea, a uti est assumere aliquid in
facuitatem voluntatis, » nt ibidem dicitur. Sed
nihil magis assumitor à voluntate quam ultimus
finis. Ergo usus potest esse ultimi fiais.
3. Praeterea, Hilarius dicit in H. De Triru,
quôd a seternitas est in Pâtre , species in ima-
gine > id est in Filio, usus in munere , id est
in Spiritu sancto. » Sed Spiritus sanctus,
corn sit Deus, est ultimus finis.
Sed contra est , quod dicit Âugustinus in lib.
LXXUn. Quœst, : a Oeo nullus rectè utitur,
sed fruitur (1). » Sed soins Deus est ultimus
finis. Ergo ullimo fine non est utendum.
(CoRCLUsio. — Quoniam usus applicationem
alicujUB ad aliud dénotât, ipse tantummodo
ARTICULUS iU.
Vtriim unu potsii esse etiam viUmi/ttUs.
Ad tertium sic proceditor. Videtur quod
Qsns possit esse etiam ultimi finis. Dicit enim
Angostinus in XI. de Trin. (ctp. il) , oooiis qui
(1) Sive aliter et pleniùs : Perfecta hçminis ratio qwB virtus voeatur^ utitur primo seipsd
td intelligendum Veum, ut eo fruatwr d quo etiam faeta est. Utitur autem eœteris ratio-
wUilmt auimantibut ad soeietatem, irrationalibus ad emineutiam, Yitam etiam «tMm ad id
444 I" II* PABTIE, QUBSTIOir XTÎ, ABTIGLB 3.
n'a pour objet qoe les choses qoi mènent i la fin^ et non la dernière
elle-même. )
L'usage^ comme on Ta dit^ emporte l'application d'un objet à un antie.
Mais un objet qui est appliqué à un autre n'a que la qualité d'une ûxat
qui mène à la fin. On n'use donc que des choses qui mènent à la fin.
C'est pourquoi les choses propres i obtenir la fin sont appelées utiles , et
l'utilité elle-même reçoit quelquefois le nom d'usage. Mais il faut coisi-
dérer que la dernière fin peut s'entendre en deux sens^ en un sens rehtif
et en un sens absolu. La fin désigne , comme nous l'ayons dit pins hant^
tantôt la chose elle-même, tantôt la possession de cette chose; aindla
fin de l'avare est , ou l'argent lui-même, ou la possession de cet ai^t. Q
est évident, qu'absolument parlant, la dernière fin est la chose éUe-
même; car la possession de l'argent n'est bonne que parce que l'argent eât
un bien. Mais par rapport à l'avare, la dernière fin est la possession de
l'argent, car il ne le recherche que pour le posséder. Donc, i prope-
ment et absolument parler , Thomme jouit de l'argent en tant qu'il met
en lui sa dernière fin , et il en use en tant qu'il n'a égard qu'à l'utilité
de cette possession.
Je réponds aux arguments : i^ Saint Augustin prend l'usage dans un
sens général, en tant qu'il emporte un rapport de la fin avec la jooîssance
que l'on attend toujours de la fin acquise.
2" L'on met une chose au service de la volonté, afin que la volonté se
repose en elle : en ce sens, le repos que l'on prend dans la fin et qui con-
stitue la jouissance, peut être regardé comme l'usage de la fin. Ce qui
est rapporté à la fin n'est pas seulement mis au service de la volonté i cause
coixim est qae sunt ad finem, et noa ullimi
Suis.)
Regpondeo diceadum , quod uti , sicnt
dictoin est (art. 1), importât applicationem ali-
cujus ad aliquid. Qaod autem applicatur ad
aliud se habet in ratione ejos quod est ad fioem.
Et ideo uti semper est ejus quod est ad finem,
propter quod et ea qua sunt ad flnem accom-
modata , ulilia dicuntur, et ipsa utilitas inter-
dum usus nominatur. Sed considerandum est
qu6d ullimus fiais dicitur dupliciter : uno
modo simpliciter; et alio modo quoad aliquem.
Cnm enim liais ^ ut suprà dictum est (qu. 8,
art. i), dicatur quandoque quidem res , quan-
doque autem adeptio rei vel possessioejus, sicut
ivaro finis est vel pecunia , vel possessio pe-
cunia , manifestum est qo5d , simpliciter lo-
quendo, ultimus fiais est ipsa res; non enim
possessio pecunis est bona , nisi propter
pecuniiB. Sed quoad hune adeptio pecauic est
fiais ultimus; non enim quareret pecimîam
avarus nisi ut haberet eam. Ergo simplîdter k>-
quendo et propriè pecunia homo aliqnîs frmtor,
quia io ea nltimum finem constitoit, sed ia
quantum refert eam ad possessionem , dicttor
utiea.
Ad primum ergo dicendum^ quôd Augnstions
loquitur de usu communiter^ secuodam qiiod
importât ordinem finis ad ipsam fndUonefli
quam aliquis qucrit de fine.
Ad secnndom dicendnm^ qndd finis tsstt*
mitur in facoltatem voluntatis» ut volontis il
Ulo quiescat : unde ipsa requies in fine, qoa
fhiitto est, dicitur hoc modo usus finis ; s^ îd
quod est ad flnem, assumitur in facultatem r(h
luntatis, non solum in ordine ad usum ejoi
rtfêrt «I fruatur Deo^ ita enim heata est, Ergo et ipêd (nimiram vitA sui) uliiur, «fe. £1
paulô pOBt: Judieat autem de owmihuê quibuê utitur [et êeneit, idest seosibilibus; et uem
ientii^ Id est intetligibilibus vel spiriloallbus). De §o(o Deo «<m judieat, quia eeeundèm
JDeum de cœterit judieat s née eo utitur, sed fruilmr; neque enim ad atiquid aiiud Dem
referenduê est, etc.
M'
DE VOLONTÉ NOMMÉ USAGE. i45
;c Tusage qae la volonté en peut faire^ mais A
an autre objet dans lequel la volonté se repose.
rôles de saint Hilaire , signifie le repos que l^n
fin^ de la même manière que^ dans le langage
iO la fin pour obtenir cette même fin^ ainsi qu'on
Augustin, 'ùt Trin., VI, dit que « ce Père appelle
jf n , félicité ou béatitude qui se trouve dans la der-
arucle IV.
Uusage précède-t-il Sélection ?
.âge précède l'élection. 4 «L'élection n'est suivie d'aucun
l'exécution. Or, l'usage appartenant à la volonté même,
.on. Donc il précède l'élection.
irécède le relatif : d'où ce qui est moins relatif précède ce
tage. Or l'élection emporte deux relations : l'une , de Tobjet
.fin ; l'autre^ de cet objet avec celui auquel on l'a préféré ;
- emporte qu'une seule relation, avec la fin. Donc il précède
ionté use des autres puissances en tant qu'elle les meut. Or, la
meut elle-même , comme on l'a dit. Donc.elle use d'elle-même
voyons en cet endroit que le traité de saint Hilaire, sur la Trinité, étoit connu de
^ustin. Nous y voyons aussi Fautorité dont les écrits du saint évéque de Poitiers
.u déjà dans TEglise. Autorité qui ne s'explique pas seulement par le mérite intrin-
e ses ouvrages , mais qui tenoit encore au zèle qu*il avoit déployé , aux travaux quUI
ccoroplis, aux persécutions qu'il avoit souffertes pour l'intégrité de la foi.
. es avoir rendu hommage à son crédit dans l'Eglise , saint Augustin explique et corn-
e ses expressions sur la distinction des personnes divines. Et quand il en vient à ce mot
je, appliqué à l'Esprit saint, l'illustre docteur s'exprime de la sorte : « Cette union mysté-
ase entre le Père et le Fils, entre la substance infinie et sa parfaite image, est la source
• Joies inénarrables et de l'éternelle charité. Or, c'est cette délectation réciproque , cette joie
ette suprême béatitude , que le saint auteur a voulu exprinier par le mot utage. Mais notre
langue humaine est impuissante i rendre les choses de Dieu. Ce qu'il y a de vrai, c'est que,
dans la Trinité , TEsprit saint est l'amour même et la suavité du Père et du Fils ; c'est que
ce même Esprit, dans son amour immense, fait participer toutes les créatures, chacune en
proportion de sa capacité , à ses inépuisables trésors de vie et de bonheur. »
qaod est ad fiaem , sed la ordine ad aliam rem
in qaa voluntas quiescit.
Ad tertiom dicendum, qnid usu» acdpitor
in verbis Btlarii pro quiète io ultimo fine, eo
modo qoo aliquis commuoiter loquendo, dicitor
uti fioe ad obtineodum ipsom , sicat dictum est.
Uade Aagustinos in VI. De Triru, àidi, qn6d
« illa delecUtio, félicitas, Tel beatitudo^ usus
ab eo appellatur. »
ARTICULUS IV.
Oirùm usua procédai eiteiionem.
Ad quartom sic proceditor. Videtur quod
usus précédât electiooem. Post electiooem
eoim nihil sequitar , nisi executio. Sed usus
cum pertineat ad volantatem, prccedit execa-
tionem. Ergo praecedit etiaoi electionem.
S. Prxterea , absolutam est ante relatum :
ergo mîotts relatum est ante magis reiatum. Sed
electio importât daas relatioues^ ooam ejus
quod eligitor ad fioem , aliam vero ad id cui
pneeligitor; usas autem importât solam ratio-
nem ad floem. Ergo usas est prior electiooe.
3. Pneterea, Tolantas utitor aliis potentiîs
io quantum movet eus. Sed voluotas movet
etiam seipsam» ut dictam est (qu. 9, art. a) :
446 i** n' PARTIE, QTJESTfoir xn, abticuï 4
en s'appUcpiant à l'action. Mais elle fait cela par le consentement. Doot
le consentement renferme Tusage. De plns^ le consentement , comme <b
If a également vu, précède l'élection. Donc Vusage aussi.
Mais saint Damascène dit , au contraire. De ortk. fid*, n, 22 : a La vo-
lonté, après l'élection, se précipite vers l'opération, et l'usage Tient
ensuite. » Donc il suit l'élection.
( Conclusion. — L'usage suit l'élection si on le considère dans la yù-
lonté, en tant qu'elle use des puissances executives; il précède râeetkn;
si on le rapporte à la raison.)
La volonté a un double rapport avec l'objet qu'elle veut Le premi»
consiste en ce que cet objet est d'une certaine manière dans le sujet foa-
lant, par la proportion ou l'ordre qui les unit l'un à l'autre. De là HoA
que les choses qui ont une proportion naturelle avec une fin, sont dites la
désirer naturellement. Mais cette possession de la fin est imparfaite. Tool
être imparfait tendant à sa perfection, l'appétit naturel, comme le voba-
taire, tend à posséder cette fin réellement, ce qui constitue la possession
parfaite : et en cela consiste le second rapport de la volonté avec l'obj^
voulu , lequel est non-seulement la fin , mais encore ce qui mène â la fin.
Or, la dernière chose qui appartienne au premier rapport que la volonté a
avec les objets qui mènent à la fin, est l'élection ; car la proportion delà
volonté se complète par cela qu'elle veut complètement ce qui mène à la
fin. L'usage, au contraire, appartient au deuxième rapport de la volonté,
par lequel elle tend à se mettre en possession de l'objet voulu. D'où l'osa^
suit évidemment l'élection , si l'on entend par usage l'acte par lequel la
volonté se sert des puissances executives en leur imprimant le moave>
ment. Mais la volonté, mouvant d'une certaine façon la raison elle-même
et se servant d'elle^ l'usage appliqué aux choses qui mènent à la fia, peut
ergo etîam utitar seipsa, applicando se ad
agendum. Sed hoc facit, cum consentit : ergo in
consensQ est usus. Sed consensus przecedit
electionem , ut dictumest (qu. 15, art. 3 ad 3).
Ergo et usus.
Sed contra est, qab& Damascenns dicit
(lib. 2, cap. 22 , ut supra ) , quod « voluntas
post electionem impetum facit ad operationem ,
et postea utitur. » Ergo usus sequitur elec-
tionem.
( CoNCLusio. — Usus electionem sequitur ,
si consideretur voluntas ut utitur executivis po-
tenkiis; tamen, si ad rationem conferatur, usus
electionem pnocedit.)
Respondeo dicendnm, quèd voluntas du«
plicem habitudinem habet ad volitum. Unam
quidem secundum quod est quodammodo in
volente per quamdam proportionem vel ordinem
ad volitQm. Uode et res qus naturaliter sunt
nronortinnsitaî ad aliquem finem , dicontor ap*
petere illum naturaliter. Sed sic habere fiooD
est imperfectè babere ipsum ; omne auteoi im-
perfectum tendit in perfeetiouem : et ideo tam
appetitus naturalis , quam voluntarius, teodit
«tbabeat ipsum finem realiter ^ quod est per-
fectè habere ipsum. Et h£c est secusda babi-
tudo voluntatis ad volitum. Volitum autem non
solum est finis, sed id quod est ad finem. Ultir
mum autem quod pertinet ad primam babitndi^
nem voluntatis reqiectu ejns quod est ad fioeaiy
est electio ; ibi emm completur proportio Kh
luntatis« ut complété velit id quod est ad fioaiL
Sed usus jam pertinet ad secundam babitndiiiem
voluntdtis, qua tendit ad conseipiendum lea
volitam. Unde manifestom est, quod usus se-
quitur electionem, si tamen accipiator ai»
secundum quod voluntas utitur executiva po-
tentia , movendo ipsam. Sed quia voluntas etiam
quodammodo rattonem movet, et utitur eaj
potest iutdlii^ uBOft ^ua quod est ad fiaesi
DE l'a€T£ ra Youani noxmA .ubà6s. &«7
être entendu en tant que ces choses dépandent de la raison qui les rap-
porte à la fin ; et^ dans ce sens , Tusage précède l'élection (1).
Je réponds aux arguments : V L'exécution d'un acte est précédée de
rimpulsion par laquelle la volonté fait exécuter cet acte. Or cette im-
pulsion suit l'élection. Par suite ^ l'usage appartenant à cette impulsion,
il est intermédiaire entre l'élection et l'exécution,
9^ Ce qui est essentiellement relatif est postérieur à l'absolu ; mais ce
à quoi on attribue plusieurs relations ne doit pas pour cela être posté-
rieur à l'absolu. Au contraire, plus est grande la priorité d'une cause,
plus nombreuses sont les relations qui résultent de ses effets.
3** L'élection précède l'usage si on les rapporte au même objet; mais
rien n'empêche que Tusage d'un objet ne précède l'élection d'un autre.
Et comme les actes de la volonté se replient sur eux-mêmes, on peut
trouver dans chaque acte volontaire le consentement, l'élection et Tu-
sage. Gomme si l'on disoit que la volonté consent à choisir et à consentir;
qu'elle se sert d'elle-même pour cette élection et ce consentement. Tou-
jours ces actes ont la priorité, en tant qu'ils portent sur un objet anté-
rieur lui-même.
(1) Toici Gomment un Ihéologien , diseiple de saint Thomas , reproduit et commente It
pensée du maître : « La folonté a deux sortes de relations avec Tobjet voulu : Tuoe , par la-
quelle cet objet exista , en quelque sorte , dans la volonté qui l'embrasse en s*y conformant ,
relation imparfaite , purement dMntention et d'affection ; Tautre, par laquelle la volonté se
porte effectivement vers cet objet et le saisit, relation parfaite, puisqu'elle repose sur la réa-
lité. A la première appartient l'élection , à la seconde , l'usage. Il y a donc , entre ces deux
actes de la volonté, la même différence qui existe entre Fintention et l'exécution; l'un se
borne à la pensée, l'autre va droit au fait; l'un se rapporte à l'avenir, l'antre embrasse le pré-
sent. » Ajoutons cette simple réflexion : des idées vaguement aperçues se ressemblent aisé-
meni et se confondent; vues de prés, elles apparoissent avec leurs traits distinctifs et leurs
différences caractérisUques. Ce n'est cependant que lorsqu'on les voit ainsi , qu'on est dans la
vérité. Les généralités tuent la science ; elle vit de précision et de détails. Qne penser alors
de la science contemporaine....?
gecandam qnod est in consideratione rationis
referentis ipsnm in flnem s et hoc modo usus
piocedit electionem.
Ad prifliom ergo dicendom^ qaod ipsam
ettcvtioBem operis praaeedit motio, qua to-
kntas movet ad eiequesdnin ; sequitnr autem
etectiooem ; et aie cam naos pertineat ad pne-
dictam motionem ▼olnntatis, mediamest ioter
eUclioDem et executionem.
Ad secondum dicendam , qadd id qnod est
per essentiam snani reUtam , posterras est ab- „
selato; sed id eni attribanntor lelationes, non 1 quod est prius , sunt priores.
opoitet quM ait posterias; imo qnanto causa |
est prior, tanto babet lelationes ad pltirei af-
fectas.
Ad tertinm dicendam , qaM eleclio prasoedit
usom, si referantur ad idem. Nihil aotem pro-
hibât qnod usus unius prscedat electionem al-
terius. Et quia actus volautatis reflectuntur
supra seipsos, in quolibet actu voluntatis potest
accipi consensus, et electio, et usus; ut ai
dicatnr qubd voluotas consentit se eligere et
consentire, et utitur se ad coosentiendum et
eligendum ; et semper isti actus ordinati ad id
MB l^ U* PAaTIE> QUESTIOH XVn; ARTICLE !•
QUESTION XVII.
net 'MitM CMAmmmA^ ^tx im ir«Mmt6.
Il faut examiner les actes commandés par la volonté.
A ce sujets neuf questions se présentent : i^ Le commandement est-il ta
acte de la volonté ou de la raison ? 2* Le commandement conyient^ a^s
animaux? 3« Quel rapport existe-t-il entre le commandement et Yusage^
h^ Le commandement et Tacte commandé sont-ils un même acte oq deux
actes distincts? H^ Les actes de la volonté sont-ils commandés? 6^ Le?
actes de la raison le sont-ils? 7» Les actes de Tappétit sensitif ? 8» Les
actes de Tame végétative ? 9» Les actes des membres extérieurs î
ARTICLE L
Le commandement est-il un acte de la raison ou de la ixylontê?
n parolt que le commandement n'est pas un acte de la raison^ mais de
la volonté. 1<» Commander c'est mouvoir un objet; car Avicenne dit que
le moteur est de quatre espèces^ a il perfectionne^ dispose^ comnuode on
conseille, d Or^ c'est la volonté qui meut toutes les autres puissances de
rame. Donc le commandement est un acte de la volonté.
2"* Si être commandé est le propre de la sujétion, commander semble
être le propre de la parfaite liberté. Or, la racine de la liberté est dans h
volonté. Donc c'est la volonté qui commande.
3"^ L'acte suit immédiatement le commandement. Or, l'acte commandé
ne suit pas immédiatement l'acte de la raison; car celui qui juge conve-
QUiESTIO XVIL
De aetihuê imperatii d voluntaUs in nwem artieuioi âiviiû.
Deiûde considerandum est de actibus impe-
raiis à voluntale.
Et circa hoc qosnmtar novem : !• Uirinn
imperare sit actas Tolontatis vel rationis.
So (Jtrùm imperare pertineat ad bnita animalia.
SoDeordine imperii ad usam. i» Utrùm impe-
rinm et actus imperatas sint unas actus vel
diversi. S» Utrùai actas volaotatis imperetur.
6« Utr&m actas rationis. 7* Utrùm actas appe-
titas sensitivL 8^ Utrùai actts anime végéta-
bilis. 0« Utrùm actas eiterioram membrorom.
imperare non sit actus rationis, teà vohnitalis.
Imperare enim est movere quoiidun; didt eniin
Avicenna qaèd quadruplex est moteos» scilioet
« perûciens^ disponena , imperans , el oooâ-
lians. » Sed ad volantatem pertinet morere
omnes alias vires anim» , ut dictum est (({a. 9,
art. 1 supra). E^o imperare est actus yoLiib-
tatis.
2. Pneterea , sicut imperari pertinet ad id
qaod est subjectum , ita imperare pertioere n-
detur ad id qaod est maxime liberam. Sed n-
dix libertatis est maxime in Tolantate. Eiy»
volantatis est imperare.
8. Prsterea , ad imperium statim seqnitor
actus. Sed ad actum rationis non slalim sequitor
Ad primum sic proceditnr (1). Videtnr qnod l actus; non enim qui judicat aliquid esse hr
(1) De bis etiam infrà, qu. 60, art. 1; et 8, 2, qu. 83, art. 1 et 10; et qo. 82» de raiL,
c:i. 18 j ad i; et Quodiib,^ IZ, aru 18.
ARTICULUS I.
Olritm imperare sit actus rationis, vel
voluntatis.
DBS ACTES COMMAIVBÉS FAB UL TOLONTi. 449
nable de faire une action, ne Texécute pas anssitôt. Donc le commande-
ment n'est pas un acte de la raison, mais de la volonté.
Mais, au contraire, saint Grégoire de Nysse et le Philosophe disent
que « Tappétit obéit à la raison, d Donc c'est à la raison de commander.
(Conclusion. — Le commandement est essentiellement un acte de la
raison, présupposant toutefois un acte de la volonté, à l'aide de laquelle
la raison, par le commandement, imprime le mouvement quant à l'exer-
cice de l'acte. )
Commander est un acte de la raison, lequel toutefois présuppose un
acte de la volonté. Pour mettre cela dans tout son jour, il faut considérer
que les actes de la volonté et de la raison pouvant être l'objet Tun de
l'autre, en tant que la raison raisonne touchant un acte volontaire, et
que la volonté veut raisonner, 11 arrive que ces actes peuvent se prévenir
réciproquement. Et comme la vertu du premier acte se manifeste encore
dans l'acte suivant, il arrive quelquefois que dans un acte de la volonté,
il demeure quelque chose de la vertu d'un acte de la raison ; et récipro-
quement, que dans un acte appartenant à la raison il demeure aussi
quelque chose de la vertu d'un acte de la volonté. Or, commander est
essentiellement un acte de la raison ; car celui qui commande en inti-
mant ou en faisant connoitre un ordre au sujet commandé , établit un
rapport entre l'action de celui-ci et un objet déterminé ; et c'est à la
raison d'établir un tel rapport. Mais la raison peut intimer ou faire con-
noitre un ordre de deux manières : d'abord absolument, et alors l'indi-
catif exprime l'intimation; lorsque, par exemple, on dit à quelqu'un :
Vous devez faire cela. Quelquefois aussi la raison intime un ordre à quel-
qu'un en le portant vers l'action à faire ; et dans ce cas l'intimation est
exprimée par l'impératif; comme lorsqu'on dit à quelqu'un : Faites cela.
Or, parmi les puissances de l'ame, celle qui a la qualité de premier mo-
dendam, stalim illud operator. Ergo imperare
non est actus rationis, sed folaniaiis.
Sed contra est , qnèd Gregorins Nyssenns
dicit, et etiam Philosophas, qii5d a appetitas
obedit rationi. p Ergo rationis est imperare.
( CoNGLUsio. — Imperare est actus rationis
essentialiter , prssupposito tamen acta voiun-
tatis, cujns virtnte ipsa ratio per imperinm
movet , quoad exerdtium actus. )
Respondeo dicendum, qu6d imperare est actus
rationis, praesupposito tamen actu toluntatis.
Âd cujns eviJentiam considerandum est , quod
qoia actus tolnntatis et rationis supra se in-
ticem possnnt ferri, prout scilicet ratio ratioci-
nator de volendo, et voluntas tult ratiocinari,
conttngit actam Tolantatis preveniri ab actu
rationis, et è converso. Et quia virtns prions
ictos remanet in actu sequenti, conlingit
qoandoque quod est aliquis actus iroiuntaUSi
IV.
secnndnm quod manet virtute in ipso aliquid
de actu rationis, ut dictum est de usu et eleo-
tione ; et è conterso, aliquis est actus rationis,
secundum quod virtnte manet in ipso aliquid
de actu voluntatis. Imperare autem est quidem
essentialiter actus rationis*, imperans enim
ordinat eum cui imperat ad aliquid agendnm,
intimando vel denuntiando : sic autem ordinare
per modum cnjusdam intimationis est rationis.
Sed ratio potest aliquid intimare vel dennntiare
dupliciter : nno modo absoktë ; que quidem
intimatio exprimitur per verbum indicativi
modi , sicnt si aliquis alicni dicat : Hoc est
tibi faciendum, Aliquando autem ratio in-
timât aliquid alicni movendo ipsnm ad hoc ;
et talis intimatio exprimitur per verbum im-
perativi modi, pntà cum alicni dicitur : Fac
hoc, Primum autem movens in viribns tJiinie
ad exercitium actus» est voluntas, nt nqm
29
*50 1" ir PARTIE, QUESTION XVII, ABTICLE 2,
teup, ainsi qu'on Ta vu, c'est la volonté. Mais le second moteur ne mo
vaut qu'en vertu du premier^ il suit de là que si la raison meut dans .
commandement, c'est par la vertu de la volonté. D'où il résulte que ..
commandement est un acte de la raison, mais qui présuppose touféf
un acte de la volonté, à l'aide de laquelle la raison, qui commande^ uk
quant à l'exercice de l'acte (I).
Je réponds aux argmnents : V" Commander n'est pas mouvoir (Te:
façon quelconque, mais avec une intimation qui détermine l'objet J
l'acte , ce qui appartient à la raison.
^ La racine de la liberté, c'est la volonté comme sujet; comme caus^.
c'est la raison; car la volonté ne peut se porter librement vers divt:^
objets, que parce que la raison peut concevoir le bien de diverses mi-
nières. C'est pourquoi les philosophes définissent le libre arbitre, c:
jugement libre de la raison ; donnant ainsi la raison pour cause de b
liberté.
3^ Cette objection prouve que le commandement n'appartient pas ex-
clusivement à la raison, mais qu'il y faut joindre une impulsion de h
volonté.
ARTICLE IL
£« commandement appartient-il aux animauaot
n paroit que le commandement appartient aux animaux. 1* D'apis
Aviconne, la force appétitive est celle qui commande le mouvement, ^
(1) Tlusieura théologiens , en particulier Siuref et Tasqaez , ont prétendu que saint Tbom^i
afoit à tort distingué le eommandement do jugement ou cOBfleil..Mais le plus grand nonbR
ont suivi la doctrine du maUre. Ceux-ci définissent le commandement : un acte qui met m
agent en rapport avec une action, par une sorte de motion impérative. lis ajoutent que le r -4-
mandement se dislingue dn conseil on jugement , comme Tusage se distingue de réfection - k
commandement a trait A rexécution , tandis que le conseil se borne à la pensée. B ne snflt
pas, en cCTet , disent-ils, de bien juger; il faut encore que Vacte corresponde, dans toutes
les phases de rexécntion , à la rectitude du jugement.
dictum est (qu. 10, art. 1). Cum ergu secun-f
dum movens non moveat nisi in virtute primi
movenlis^ sequitur quod hoc ipsum quod ratio
movet imperando, sit ei ex virtute volunlatis.
Unde relinquitor quod imperare sit actus ra-
tioDÎs, prxsuppOsiU) actu voluntatis, in cujos
virtute ratio movet par imperium ad exercitium
actofl (1).
Ad primam ergo dicendom , qu6d imperare
non est movere quocnmque modo, sed cum
quadam intimatione denontiativa ad allerum,
quod est ralioois.
Ad secundum dicendam, quôd radix liber-
tâlis est voluntas, sicut subjectum ; sed sicut
causa , est ratio \ ex hoc enim voluotas libéré
potest ad diversa ferri , qnia ratio potest faabere
di versas Gooceptiones boni ; et ideo philosopbi
difîiaiuQt liberum arbilrinm quod est «libenir
de ratione judiciom, » quasi ratio lit cmsa li-
bertatis.
Ad tertium dieendum, qii6d ratio illa c»-
cludit quod imperium non ait actas ittioois
absolutè, sed cum qoadtm motione, al dicton
est
ARTÎCULUS n.
Vtrûm imperare periineat td ontMotia
bruta.
Ad secandwB sic proeeditiir. Videlar qtùi
imperaie conveniat brutis toinalibus. Qaii,
(1) Hinc ab Anselmo, Dialogo De catu diaboti^ cap. 1 , appellatur voluntas motor omnium
m animm ( id eal polenitarum vel facultstam ) , if quaéi regiM tu ngno ••(»«»
DES ACTES OOlfMANDÉS PAR LA VOLONTÉ. 461
la force qui Faccomplit réside dans les muscles et les nerfs. Or^ ces deux
forces sont dans les animaux. Donc le commandement aussi.
2? Il est de la nature de l'esclave d'être commandé. Or, le corps est
par rapport à Tame ce que Tesclave est par rapport à son maître. Polit, I.
Donc Tame commande au corps, même dans lesr animaux, puisqu'ils sont
composés d'une ame et d'un corps.
3® Par le commandement l'homme se précipite vers une œuvre. Or
cette impétuosité, d'après saint Damascène, se trouve dans les animaux.
Donc le commandement aussi.
Mais au contraire, le commandement est un acte de la raison. Or la
raison n'est pas dans les animaux. Donc le commandement ne leur con-
vient pas.
(Conclusion. — Le commandement étant un acte de la raison, ne peut
convenir aux animaux.)
Commander n'est autre chose que rapporter un agent à une action en
lui donnant une certaine impulsion. Or, c'est la raison seule qui établit
des rapports. Donc il est impossible que les animaux, qui sont dépourvus
de raison, jouissent du commandement.
Je réponds aux arguments : i» La force appétitive est dite commander, en
tant qu'elle meut la raison qui conmiande : mais cela est particulier aux
hommes. Dans les animaux, cette force n'est pas proprement impérative,
a moins qu'on ne donne à l'impératif le sens de motif ou moteur.
2? Le corps, dans les animaux, est bien, de sa nature, apte à obéir;
mais l'ame n'est pas apte à commander, étant incapable d'établir un seul
rapport. C'est pourquoi il n'y a pas en eux de commandant ni de com-
mandé, mais un moteur et un objet mû.
3o La précipitation des animaux est différente de celle des hommes. Les
secQndum Avicennam, virtns imi»eraDs motum
est appetitiva*, et virtus exequens motum est
iu musculis et in nervis. Sed utraque Tirtns est
in brutis anim^Ubus. Ergo impeiium iuveuitur
in brutis animalibus.
2. Prxterea, de ratione servi est qaod ei
imperetur. Sed corpus comparatur ad aDimain,
sicut servus ad douioum , sicut dicit Philoso-
phus in L Polit, (cap. !)■ Ergocorpori impe-
?aiur ab anima eliam in brutis , que sunt com-
^sita ex anima et corpore.
tionis , impossibile est animalibus brutis con-
venire. )
Respondeo dicendum, qu5d imperare nihil
aliad est quam ordlnare aliquem ad aliquid
agendom corn quadam intimativa motione.
Ordioare autem est proprius actus rationis. Unde
impossibile est quod iu brutis animalibus , in
quibus non est ratio, sit aliquo modo imperinm.
Ad primum ergo dicendum, qu6d vis appe-
titiva dicitur imperare motum, in quantum
movet rationem imperantem. Sed hoc est solom
3. Praeterea, per imperium bomo facitliDhominibus; in brutis autem animalibus virtus
impetom ad opus. Sed impetus in opus inve-
Dilor in brûlis animalibus, ut Damascenus
dicit (ttbi supra). Ergo in brutis animalibus inve-
nitur impehum.
Sed contra, ômperium est actus rationis, ut
âctam est (art. 1). Sed in brutis non est ratio.
Ergo neque imperium.
(Coffwsio. — Cùm imperare sIt actua ra-
appetitiva non est proprie imperativa, aisi
imperaiivum sumatur large pro moiivo.
Ad secundnm dicendum , quod in brutis ani-
malibus corpus quidem habet unde obediat; sed
anima non babet unde imperet, quia nontiabet
unde ordinet : et ideo non est ibi ratio imperan-
tis et imperati, sed solum moventis et moti.
Àd tertium diceudum, quôd aliter invenitur
452 V !!• PARTIE, QUESTION XVII, ARTICLE 3.
hommes se précipitent vers une œuvre par suite de ce cpie la raison i
ordonné, et cette impétuosité en eux se confond avec le conunandeiiienî:
la précipitation des brutes vient de Finstinct naturel , en vertu dv^'
leur appétit, dès qu'il a saisi un objet qui lui convient ou non, se ps^
aussitôt vers lui ou le fuit ; en sorte qu'un autre , et non elles-m^ies.
les met en rapport avec une action déterminée. C'est pourquoi, bien qnî
7 ait en elles ce que nous nommons précipitation, fl n'y a pas de a>i> ,
mandement.
ARTiaE m.
L'usage précède- t^il le commandement?
n paroit que l'usage précède le commandement. 1^ Le commandement
est un acte de la raison , lequel présuppose un acte de la volonté. Or, lu-
sage est un acte de la volonté. Donc l'usage précède le commandement.
2° Le commandement est une des choses qui se rapportent à la fin. Or,
l'usage a pour objet les choses qui se rapportent à la fin. Donc l'usage
précède le commandement.
30 Tout acte d'une puissance mue par la volonté s'appelle usage, parce
que la volonté use des autres puissances, ainsi qu'on l'a dit. Hais le com-
mandement est un acte de la raison, en tant qu'elle est mue par la vo-
lonté. Donc le commandement est une espèce d'usage. Or, le général est
avant le particulier. Donc l'usage est avant le commandement.
Mais saint Damascène dit, au contraire, dans le passage cité plus haut:
« La précipitation vers l'opération précède l'usage. » Or, cette précipita-
tion a lieu par le commandement. Donc le commandement prârèdd
l'usage (i).
(1) On a vu Taffinité qui existe entre fusage et le commandenent; il ne faut donc pas s'é-
tonner si notre saint auteur s^applique à fixer avec autant de précision les rapporta et la dis-
tinction qu'on doit maintenir à la fois entre ces deux actes.
impetas ad opug in bmtis animalibug, et aliter
in hominibus. Homines enim faciunt impetam
ad opus per ordinationem rationis , unde ha-
bet in eis impetas ralionem imperii; in brûlis
autem fit impetas ad opas per instinctam na-
tuRB^ quia scilicet appetitas eoram statim ap-
prehenso convenienti vel inconvenienti, natu-
raliter movetor ad prosecutionem , vel fugam ;
unde ordinatur ab alio ad agendam , non aatem
ipea seipsa ordinant ad ^ctionem : et ideo in
618 est impetos, sed non imperium,
ARTICULUS m.
Vtrûm u$Ui preseedat imperivm.
Ad tertium sic proceditar. Videtur qaôd usua
précédât imperinm. Imperiam enim est actus
"^tionis prœsupponens actum tolantatis, ut
^dictum est (art. t)« Sed osas est actus
volontatis, ut suprà dictum est (qn. 16, art. f ).
Ergo ustts prccedit imperium.
2. Preterea, imperium est aliqiîd eoram
que ad finem ordinantar. Eomn aatem que
sunt ad finem , est usus. Ergo TÎdeUr qûôd
usus sit prias ^piam imperiam.
8. Prsierea , omnis actus poteoti» mots k
volunate usus dicitur; quia ydontas utîtar
aliis potentiis, ut supra dictam est (qosst. 16,
art. 11 ). Sed imperium est actos ratiooiâ,
prout mota est à volnntate , sicut dictooi est
(qu. 16, art. 1). Ergo imperiam est qnidjm
usas. Commune autem est prias propiio. Erf»
usus est prias qoam imperiam.
Sed contra est, quod Damascenos dictt (olù
sopra ), quod « impetas ad operationem pne-
cedit usam. » Sed impetas ad operationem 'it
jaer imuarium, Ergo imperiam prscedit uami
DES ACTES GOldfÀNBÉS PAR LA TOtONTÉ. 453
< Conclusion. — Le commandement précède naturellement Tusage de
ce commaDdement même.)
On a vu que Tusage de ce qui mène i la fin , en tant que dépendant de
la raison qui le rapporte à la fin, précède l'élection; à plus forte raison
le commandement. Mais l'usage de ce qui mène à la fin, en tant que dé-
pendant d'une puissance executive, suit le commandement, parce que
l'usage accompagne l'acte de la puissance dont on use : ainsi, ou n'use du
bâton qu'autant qu'on s'en sert pour exécuter quelque chose. Or, le com-
mandement n'accompagne pas l'acte de celui auquel on commande ; mais
le commandement précède naturellement son exécution , même quelque-
fois dans l'ordre du temps. Donc l'usage est évidemment postérieur au
commandement.
Je réponds aux arguments : i« Tout acte de la volonté ne précède pas
l'acte de la raison , nommé commandement. Mais l'un le précède , à sa-
voir, l'élection; un autre le suit, l'usage. Voici pourquoi : après la déter-
mination du conseil , laquelle est un jugement de la raison , la volonté
choisit, et la raison commande ensuite à la puissance qui doit exécuter
ce qui a été choisi; et enfin la volonté commence à user, en accomplissant
ce que la raison a commandé : quelquefois c'est une volonté étrangère ,
lorsqu'un homme commande à un autre ; quelquefois c'est la volonté de
celui même qui commande, lorsqu'il se commande à lui-même.
2» Comme les actes précèdent les puissances, les objets précèdent les
actes (i). Or, l'objet de l'usage est ce qui mène à la fin. Donc par cela que
le commandement a pour objet la fin , il est plutftt antérieur que posté-
rieur à l'usage.
3*" De même que l'acte de la volonté, employant la raison pour com-
(1) Ce qi]« celte proposition ponrroit avoir d*étraoge , tu premier abord , disparoltra
promptement , si Too rappelle ce que Tauteur a dit à cet égard , dans la première partie de son
( CoHCLUsio. — Prius est naluraliter impe-
rium, quam usus impcrîi.)
Respondeo dicendom, qaod usns ejas quod
€8t ad floem , secandum quod est in ratione re-
ferente ipsum in tlnem , pnecedit electionem ,
uisttpn dictom est (qn. 16, art 4) : unde multo
nagis prscedit imperiam. Sed usas ejas qaod
est ad tinem secundam quod subditur poteutis
execulivs , sequitur imperiam , eo quod usus
utentis conjunctos est cum actu ejus quo qots
Qtitur ; non enim ntitur aliquis baculo aote-
)Qam aliquo modo per baculom operetur. Im-
^om autem non est simol cum actu ejus cul
impenlar ; sed naturaliter prius est imperium
qaam imperîo obediatur, et aliqoando etiam
est prias tempore : unde manifestum est quod
unperiam est prius qnam usus.
Ad primum ergo diceodum , quôd non omnis
«stus voluntalis prscedit actum ralionis , qui
est imperium; sed aliquis prscedit, sdlicet
electio; et aliquis sequitur, scilicet usas ; quia
post determinationem consilii, qus est judicium
ralionis, voluntas eligit, et post electionem
ratio imperat ei per quod agendum est quod
eligilur ; et tune demum voluntas alicujus iu-
cipit ati , exequendo imperium rationis, quan-
doqae quidem voluntas alterius, cum aliquis
imperat alteri, quandoqne aulem voluntas ipsius
imperantis, cum aliquis imperat sibi ipsi.
Ad secundam dicendum , quèd sicut actus
Buot prsvii potentiis, ita objecta actibus. Ob-
jectum autem usus est id quod est ad flnem. Ex
boc ergo quod ipsum imperium est ad finem,
magis potest conclodi quod imperium sit priai
usu, qnam quod ait posterias.
Ad tertium dicendum, quod sicut actus yo>
luntatis utenlis ratione ad imperandum, prs-
cedit ipsum imperium t ita etiam potest dici
454 1" !!• PARTIE, QUESTION XVII, ARTICLE *•
mander, précède ce commandement; de même on peut dire qae cet nsasi
de la volonté précède un certain commandement de la raison , iwirce qu?
les actes de ces puissances se replient mutuellement sur eux-mêmes (I.
ARTICLE IV.
£f commandement et Vacte commandé sont-ils un même acte ou des anA»
divers?
n paroît que l'acte commandé n'est pas un môme acte avec le comman-
dement. 1® Les puissances diverses ont des actes divers. Or, l'acte com-
mandé appartient à une puissance et le conmiandement à une autre ;
car autre est la puissance qui commande, et autre celle qui est œm-
mandée. Donc l'acte commandé n'est pas un même acte avec le comman-
dement.
2o Les choses que l'on peut séparer l'une de l'autre sont diverses; cz:
on ne sépare pas une chose d'elle-même. Or quelquefois l'acte conunan ::
est séparé du commandement; quelquefois, en effet, le conmxandemen:
n'est pas suivi de l'acte commandé. Donc le commandement est on acle
différent de l'acte commandé.
3» Deux choses, dont l'une est antérieure à l'autre, sont diverses. Or,
le commandement précède naturellement l'acte commandé. Donc ils sont
divers.
Mais, au contraire, le Philosophe dit, Topic, IIÏ, 2 : a II n'y a qu'uae
seule chose là où un objet dépend d'un autre. » Or, l'acte commandé dé-
pend du commandement. Donc ils ne forment qu'un seul objet (2).
(CtoNausioN. — Le commandement et l'acte commandé sont un seul et
onyrage y quand il a traité des facultés >de Tame. Là il a montré dans quel sens les actes pré-
eédoient les puissances , et les objets les actes.
(1) Ge qui veut dire que ces actes peuvent devenir rèQexes, et réflexes les uns pmt rapprit
aux autres.
(2) Nous ayons tu que les actes de la volonté étoient de deux genres , les actes élicites et
qjM et isiom usam voluntatis praecedit aliqnod
Imperiom rationis ; eo quod actus harum po-
tentîaram supra seipsoa invicem reClectantur.
ARTICULUS IV.
Vtrim itnperium et actus imperatut tint actus
unus, vel diversi.
Ad quartum sic proceditur (1). Videtor quod
ictus imperatus non sit unus actos cum impeho.
Diversamm enim potentiarom diversi suât
aetns. Sed alterius potentis est actus impe-
ratus, et alterius ipsum imperium; quia alia
est potentia qn» imperat, et alia cai imperator.
Ergo non est idem actos imperatus cum im-
peiio.
(1) De bis eliam infrà, qu. 19, art. 3, tum in corp., tnm ad 1 ; ut et UL paît., qo. 19i
ait. 1. ^
2. Pneterea, quiBCumque possant ab innoem
separan , sunt diversa, nihil enim sepaiatar à
se ipso. Sed aliquando actus imperatus sepantor
abimperio, praocedit enim quandogaeimperinni
et non seqnitur actus imperatus. Eitsalioa actus
est imperium ab actu imperato.
8. Prsterea^ quecmnque se babenfc secœi*
dttm prius et posterius, sunt diversa. Sci
imperium natoraliterpraacedtt afitom iaiperdlum.
Ergo snnt diversa.
Sed contra est , qnod Philosophas didl,
qnod « ttbi est uaum pn^ter alterum, ibi e t
onum tantiim. » Sed aetns imperatus non càt
nisi propter imperian. Ergo sont onoa.
( CoMCLUsio. — In^riom et aetns
IffiS AGTBS GOHMAIfBÉS PAE LA TOLONTÉ. &0J
xaème acte sion les considàre oamme un tout; ils sont divers s'fls sont
considérés comme parties.)
Bien n'empêche que certains objets ne soient un sous un rapport , et
multiples soissun autre; bieu plu6> toute multiciplité^ d'après saint Denis^
De div. Nom. , cap. uR.^ est ramenée à une certaine unité. Il y a cepen*
dant cette différence que, parmi les êtres, les uns sont multiples absolu-
ment, et un relativement ; pour d'autres , c'est le contraire. Or, ce qu'on
dit de l'être s'applique également à l'unité. L'être, en soi , est substance;'
l'être , sous quelques rapports, est accident ou bien être de raison. C'est*
pourquoi tous les êtres qui sont un quant à la substance, sont un absolu-
ment, et relativement multiples. Ainsi, dans les genres des substances,
le tout composé de ses parties, soit intégrantes , soit essentielles , est un
en soi ; car le tout est être et substance en soi, tandis que les parties sont
êtres et substancesr dans le tout. Mais les choses qui sont diverses quant à
la substance, et xme seule chose quant à l'accident, sont diverses en elles-
mêmes et n'ont qu'une unité relative. Ainsi plusieurs hommes forment un
seul peuple, plusieurs pierres un seul monceau, et cette unité est une unité
de composition ou d'ordre. Pareillement, plusieurs individus, appartenant
à un seul genre ou à une seule espèce, sont en eux-mêmes multiples, et un
les actes commandés : les premiers procèdent immédiatement de la Yolonté ; les seconds sont
eieroés par IMntermédiaire d*une autre puissance. Or, les actes commandés doivent avoir le
caractèct de ronitè, aussi bies ^e les actes éticites. Celte onilé résnlM de rnnité même- de
l'être humain.
Les deui substances, qui constituent Tbomme, concourent à la plupart de ses actions; à
plus forte raison les diverses puissances de i*ame peuvent-elles y concourir; mais Taction est
toujours une , parce qu*elle est celle d*un seul étre^ qui est rhomnie. La parole, par exemple^
est une action parfaitement une ; et cependant elle ne se conçoit pas sans le concours de Tame
et dn corps ; et , de la part de rame , cette action unique exige le concours do plusieurs fa-
cultés, comme , de la part du corps, le Jeu simultané de plusieurs organes.
Oa peut bitir, par une abotraetion de resprit , distinguer les éléments divers dont cette ac-
tion 80 compose; roeis, dans r individu, dans la réalité concrète, il n'y a qu'une action, il
no peet y en avoir qu^une. Ce raisonnement s*Bpp1tque à un acte commandé quelconque, et
il se trouve d*une rigoureuse vérité. Que notre pensée distingue entre le commandement et
raete Iw^nième, la raison le permet; ce qu'elle ne permet pas, c'est de les séparer, puisque
ce serait porter atteinte à Punilé même de notre nature.
ratas sunt anus et idem actas humanus, sicut
quoddam totom^ multi autem secundum par-
les).
Respondeo dicendum, quod nibil probibct
aliqna esse secundum quid mulla , et secundum
qnid oDum ; quinimo omnia mulla sunt secun-
dam aliquid unum, ut Dionysius dicit, ult.
cap. De div. Nom, Est tamea differeotia at-
tendenda in boc, quod quxdam Bout simpliciter
malta, et secuDdum quid ounm ; quœdam vero
è oOQverso : unum autem boc modo dicilur
sicut et ens. Ens autem simpliciter est sub-
stantia; sed ens secundum quid est accidens,
^el elûim ens ratioais. El ideo qoecumque sont
unum secuodum substaotiam, sunt unum sim-
pliciter, et multa secundum quiJ; sicut toiuni
in génère subslantis compositum ex suis par-
tibus, vel integralibus , vel essentialibuâ, est
unum simpliciter ; nam lotum est ens et sab-
stmlia simpliciter , partes vero sunt entia et
substantiae in toto. Qus vero sunt diversa se-
cundum substantiam et unum secundum acci*
dons, sunt diversa simpliciter et unum secun-
dum quid : sicut multi bomines sunt anus
populus^ et multi lapides sunt unns aceryns,
qux est unitas compositionis aut ordinis.
Siiniliter etiam multa individiia, quae sunt
unum génère vel specie , sunt simpliciter multa,
436 P* II* PABTIE^ OUESTIOlf XYU, AATIGLB km
lelativeroent ; car Tunité de genre on d'espèce est une unité de
Orj de même que^ dans les choses naturelles^ un tout est composé de
tière et de forme^ comme l'homme l'est d'une ame et d'un corps, et
d'une unité naturelle , quoique ses parties soient multiples ; de mèoie ,
dans les actes humains , l'acte d'une puissance inférieure est matîèie par
rapport à l'acte de la puissance supérieure^ en tant qu'elle agit par la
Tertu motrice de celle-ci; et l'acte du premier moteur est forme par
port à l'acte de l'instrument. D'où il suit que le commandement et
commandé sont un seul et même acte humain^ en tant que formasl on
seul tout; mais^ considérés en tant que parties, ils sont distincts etsml-
tiples.
Je réponds aux arguments : 1* Si les puissances diverses n'étoientpas
rapportées l'une à l'autre , leurs actes seroient divers en eux-mêmes. Mais
brsqu'une puissance meut l'autre , leurs actes sont, d'une certaine ma-
nière , un seul et même acte ; car l'acte du moteur et celui du mobile
sont le même. Physic, III.
2^ De ce que le commandement et l'acte commandé peuvent être sé-
parés, il suit qu'ils sont distincts, mais en tant que parties seulement :
ainsi les parties de l'homme peuvent être séparées, quoiqu'elles soient
une seule chose dans le tout.
3" Rien n'empêche que dans les choses distinctes quant aux parties,
mais formant une seule chose quant au tout, une partie soit antérieure a
l'autre : ainsi l'ame est d'une certaine façon antérieure au corps^ et le
cœur est antérieur aux autres membres.
I
et Becundom qnid uouin ; nam esse uoum gé-
nère et specie , est esse tmuai secundum ra-
tionem. Sîcutautem in génère rerum naturaliom
aliquod totam componiUir ex materia et forma ,
ut homo ex anima et corpore , qui est unum
natut'ole, licet habeat multitudinem parlium ;
iia etiam in actibus humanis actus inferioris
potentin materialiter se habet ad acium supe-
rioris, in quantum inferior potenlia agit in vir^
tnte superioris rooventis ipsam , sic enim et
actus moventis primi formaliter se habet ad
actnro instnimenti. Unde patet quod imperium
et actus imperatus sunt anus actus humanus ,
lient qnoddam totam est onam ; sed est secun-
dam partes multa.
Ad primnm ergo dicendom, qaod si essent
potenti» diverse ad invicem non
actus earum essent simpliciter diversi; sei
quando una potentia est movens alteram , tniic
actu9 earum sunt quodam modo unus; ma
idem est actos moventis et moli , at dicte in
m. Phys,
Ad secundum dicendum , qa6d ex koe qaod
imperium et actus imperatus possunt ab iiivi-
cem separari, liabeturquod sunt multa piittlRis ;
nam partes hominis possunt ab invicem se-
parari^ qu» tamen sunt onam toto.
Ad tertium dicendum, quod nitûl protubet
in bis qu» sunt multa partibus et nnnm tolo,
unum esse prins alio : sicut anima quodam
modo est prias corpore, et cor est prias aliis
membris*
DES ACTES COMMANDÉS PAB LA VOLONTÉ* 457
ARTICLE V.
L'acte de la volonté est^l commandé?
n parolt qne Tacte de la volonté n'est pas commandé, l"" Saint Augustin^
Confess,, VIII , dit : « L'esprit commande à l'esprit de vouloir, et l'esprit
n'obéit pas. s Or^ vouloir est l'acte de la volonté. Donc l'acte de la volonté
n'est pas commandé.
2^ Il convient d'être commandé à celui seul qui peut comprendre le
commandement. Or, la volonté ne comprend pas le commandement; car
elle diffère de l'intelligence , à qui il appartient de comprendre. Donc
l'acte de la volonté n'est pas commandé.
3"* Si un acte de la volonté est commandé , pour la même raison tous
les autres le seront. Or, si tous les actes de la volonté sont commandés, il
faudra remonter ainsi infiniment, parce que, d'après ce qu'on a dit, un
acte de la volonté précède l'acte de la raison qui commande : par suite,
si cet acte de la volonté est commandé, il sera précédé d'un acte de la
raison, et ainsi i Tinfini; ce qui ne peut être admis. Donc Tacte de la
volonté n'est pas commandé.
Mais, au contraire, tout ce qui est en notre pouvoir est soumis à notre
commandement. Or, les actes de la volonté, surtout, sont en notre pou-
voir; car tous nos actes sont dits être en notre pouvoir en tant qu'ils sont
volontaires. Donc les actes de la volonté sont commandés.
(Conclusion. — La raison, pouvant coordonner les actes delà volonté,
doit nécessairement leur commander.)
Le commandement, ainsi qu'on l'a vu, n'est qu'un acte de la raison qui
coordonne, acte qu'accompagne une impulsion vers une action déterminée.
articulus V.
Vtrium aetut voluntatiê tnfjwrcfvr.
Ad quintam sic procedltur (1). Videtar quod
ados volantatis uod sH imperatas. Dicit enim
AugustioQS in VUI. Conf, (cap. 9) : « Imperat
iDimas ut \elit animas, nec tamen facit. »
Velle aotem est actos voloniatis. Ergo acUis
tolnntatis mm imperatur.
2. Prsterea , ei convenit imperari , coi con-
Tcnit imperiam intelligere. Sed volantatis non
est intelligere imperium; differt enitn Tolunlas
ïb intellectu , cojas est intelligere. Ergo actos
\olootatis non imperatur.
8. Praterea, si aliquis actns voluntatis im-
peratur, pari ratione omnes imperantur. Sed
El omoes actus volantatis imperantur, necesse
ot ÎD inûnitnm procedere» quia actus voluntatis
prœcedit actum imperantis ralionis^ ut dictum
est (art. i); qui voluntatis actus si iterum
imperatur, illud iterum imperium pnecedet
aliquis ralionis actus , et sic in tnfioitum. Hoc
autem est inconveniens qu6d procedatur in
iufinitum. N<m ergo actus voluntatis impe-
ratur.
Sed contra : omne quod est in potestati
nostra , subjacet imperio nostro. Sed actus vo-
luntatis sunt maxime in potestale nostra ; nan
omues actus nostri in tantum dicunlur iu potefti
tate nostra esse^ in quantum voluntarii sunt (2).
Ergo actus voluntatis imperantur à nobis.
( CoNCLUSio. — Cùm ratio posait de voluntatis
actu ordinare , eidem imperari à ratione neccs*
sariumesL)
Respondeo dicendnm, qnèd sicut dictum est
( art. 1 ), imperium nihil aliud est qukm actus
(i) De bis etiam in U, SenL^ dist. ii, qu. 1 , art. t ; et qu. 9, de malo, art. 3, ad 5.
(2) Sic Auguslinus, De libero arhilr.^ lib. m^ cap. 1 : Uolut quo hue aut illuc voluntoi
<Oftver«(itr« nui euel voluMuriut atquû in nostra poteslate, nequ9 laudandui atet konw
/;53 I« !!• PARTIE, OÏÏBSTION XVII, ARTICLE 5.
Or, il est évident que la raison peut coordonner les actes de la volonîc;
car , de même qu'elle peut juger qu'il est bon de vouloir une chose , eUe
peut disposer, par son commandement, rhomme à la vouloir. D'où il sait
que Tacte de la volonté peut être commandé.
Je réponds aux arguments : V* Saint Augustin dît au même endroit :
of Quand Tesprit se commande parfaitement à lui-même de vouloir, de?-
lors il veut; mais s'il commande et ne veut pas, cela vient de ce que sc^n
commandement est imparfait. » Or, le commandement est' imparÊit
lorsque la raison est poussée par des idées contraires à vouloir et à ne pi?
vouloir; et flottant entre ces deui décisions, elle ne prononce pas an
parfait commandement.
2° Chacun des membres du corps n'opère pas pour lui seul, mais pour
tout le corps; ainsi l'œil voit pour tout le corps. Or, il en est de même
pour les puissances de l'ame : Tintelligence ne comprend pas pour elle
seule, mais pour toutes les autres puissances; et la volonté ne veut pas
pour elle seule, mais aussi pour les autres puissances. C'est poiirquoi
ITiomme se commande à lui-même un acte de la volonté, en tant qa'il est
intelligent et voulant.
2o Le commandement étant un acte de la raison , cet act^ sera com-
mandé qui sera soumis à la raison. Or le premier acte de la volonté ne
provient pas de la raison, mais de Tinstinct naturel ou d'une cause supé-
rieure (1), ainsi qu'on l'a dit plus haut. Donc il n'est pas nécessaire de
remonter à l'infini.
(1) G*est par là que notre action et notre existence tout entières se trouvent renrcnnées
dans des limites fiies, et hors d'état de s'étendre dans Tinfini. ITtine part, rimpnkieii d*BO
cir^eni supérieur, qui n*est antre que rAoleor même de notre nature ; d'autre part, la fin der*
nière à laquelle nous devons aboutir : c*estri-dire , toujours Dieu , qui est ainsi , comme il J»
dit lui-même , le premier et le dernier, Valpba et Toméga de toutes choses.
rationls ordinanlis cnm quadam motione ad
aliqoid agendum. Manlfestum est autem qu6d
ratio potest ordinare de actu volantatis; sicut
emm potest judicare quôd bonum sit aliquid
Yelle, ita potost ordinare imperando quod homo
telit : ex qno patet quôd actus voluntatis potest
6186 imperatus.
Ad primuin ergo dicendam, quôd sicut Au-
gastimiB ibidem dicit, « animus quando perfcclè
imperat sibi ut velit^ tune jam vult; » sed
quôd aliquando imperet et non velit, hoc coa-
tingit ex hoc quôd non perfectè imperat. Im-
peFfectom autem imperium contiogit ex boc
quàd ratio ex diversis partibus movetur ad im-
perandum, vel ad non imperandum : unde flucr
tuât inter duo, et non perfectè imperat.
Ad secundam dicendnm, quôd sicot in mem-
bris corporaiibas quodlibet membruai opèntor
non sibi soli, sed toti corpori» ut ocaiosvitfiît
loti corpori; ita etiam est in potentiis uimae,
nam intellectus inteiligit non solùm sibi, sed
omnibus polentiis, ut voluntas vult aonsolùm
sibi , sed omnibus potentiis. Et ideo homo im-
perat sibi ipsi actum voluntatis, inqaaDUunest
int^lligens et volens.
Ad teriium dicendum , quôd cùm imperiom
sit actus rationis , ille actus imperatur qui n-
tioni subditnr ; primus autem voluntatis actus
ex rationis ordinalione non est^ sed exinstiactu
natur» aut superioris causœ, ut suprà dictum
est (qu. 9, art. 4 }. Et ideo non oportet qaôd
in iaûnitum procedatur.
cùm ad iuperiora, neque eulpandus eUm ad inferiora detorqttet qitoii qu^wtdam eordim»
voluntatii; neque omnino monendut eeeet ut his neglectis œlerno' vellet adipitci^ atque ut
malè noUel civcre^ vellet autem benè. Boc autem non este monendum kominem fuitquù
'^mats de hominum numéro exterminandue eet.
LES MTtEÉ GOmiANBÉS PAR LA TOLONTlft. iS9
ARTiaE VI.
UacU de la raison est-il conmandi?
n paroit que l'acte de la raison ne peut être commandé, i» Il semble
répugner qu'un être se commande à lui-même. Or> c'est la raison qui
commande^ ainsi qu'on l'a dit. Donc Tactede la raison n'est pas commandé.
2* Ce qui est tel par essence diflRère de ce qui est tel par participation.
Or^ la puissance dont l'acte est commandé par la raison ^ est « raison par
participation^» Etfnc, I. Donc on ne commande pas l'acte de la puissance,
qui est « raison par essence. »
3* Cet acte est commandé qui est en notre pouvoir. Or, connoître et
juger le vrai , qui sont des actes de la raison , ne sont pas toujours en
notre pouvoir. Donc l'acte de la raison ne peut être commandé.
Mais, au contraire, ce que nous faisons par notre libre arbitre, nous
pouvons le faire par notre commandement. Or, les actes de la raison sont
exercés par le libre arbitre ; car saint Damascène dit que, par le libre ar-
bitre, l'homme s'enquiert , scrute, juge et dispose. Donc les actes de la
raison peuvent être commandés.
( Conclusion. — Les actes de la raison sont commandés quant à l'exer-
cice , puisqu'ils sont en notre pouvoir ; mais quant à leur spécification ,
ils ne sont pas toujours commandés, particulièrement lorsqu'ils ont pour
objet des vérités contingentes. )
La raison se repliant sur elle-même , comme elle dispose des actes des
autres puissances , elle peut disposer de son acte propre. D'où il suit que
son acte peut aussi être commandé. Mais il faut observer que l'acte de
la raison peut être envisagé de deux manières : d'abord , dans son exer-
cice , et dans ce sens l'acte de la raison peut être toujours commandé ;
tmmmmm^^mmit'mm^^^^^r^' —■<■■> n m ■ i ■■»
ARTICULUS VI.
Utritm aetus rùiiûwia
Ad sextum sic proceditnr. Vldetor quèd actas
ratiodg non posât esse imperatns. lacootenieiis
eiôm ^detnr quèd ahquid imperet sibi ipsi.
Sed ratio est qu» impefat , ut sopià dictom est.
Ejgo rationis actos non imperator.
2. Prsterea, id qood est per essentiam, dip
TenoiD est ab eo qood est perpartiâpationeoi.
Sèd potentia cojm actos impentur à ratione,
eit « raUo per pariidpationeni, » ut dlcîtor in
I. Bthic, (cap. uH.)* Brgo iiliua potenti» actos
Don imperatur , qoft est c ratio per essaie
tiMDrO
3. Praetetea, itte adot inperatar qni est i»
ptttilate ncatia* Sed eognowere et jodicaie
mm, qood estactoarationis, non est sempev
io poteslate nostra. Noa ergo aotoa rationis
poteit eno iaperatos.
Sed contra : id quod libero arbitrio agimus ,
nostro impcrio agi potest. Sed actus rationis
exercentur per liberum arbitrium; dicit enim
Damascenos ( lib. Il , cap., ubl snprà ) , qu6d
libero aibitrio bono èxqdiit, ti scnitator, et
ju^aak , et disponit. Ergo actoa rationis posauot
esse iaperati.
( CoRCLCSio. — Actoa rationis quoad eaotr^
ciïiumsont imperati, cùm in noatra siotpo-
testate; sed quoad speeificationent non sem-
per sont imperati , actos videlicet rationis ciici
ea quorum est contingens veritas.)
RespOQdeo dicendom , quôd qoia ratio sopra
seipsam reflectitor^ sicut ordinat de actibus
aliarom potentiarum, ita etiam potest ordinato
de suo actii : onde etiam actus suus potest esse
imperatoB. Sed atteodendom est qo6d actos
rationis poteat considcfari dopliciter. Uno modo
quantum ad exercitium actue; et sic actua
rationis semper imperari potest : aicut cuo»
de
comme lorsqu'on signifie i qaelqa'on d'être attentif on de œ
sa raison. On pent l'envisager ensuite dans son objet; et, sons ce
il y a dans la raison deux sortes d'actes : les premiers consistent à saisir
une vérité^ et ces actes ne Sùai pas en notre puissance^ ils s^exècaiesi
par la vertu d'une lumière naturelle ou surnaturelle : dans ce seas, les
actes de la raison ne sont pas en notre puissance et ne peuvent être cqib-
mandés. La deuxième sorte d'actes de la raison consiste dans rassentiment
qu'elle donne à la vérité perçue. Gonséquemment^ si les vérités perraes
sont telles que l'intelligence y adhère naturellement , comme sont ks
premiers principes^ l'assentiment ou la désapprobation n'est pas en notre
pouvoir; de tels actes sont réglés par la nature : ils sont soumis au com-
mandement de la nature. Mais il y a des objets saisis qui ne convainquent
pas tellement l'intelligence^ qu'elle ne puisse donner ou refuser son as-
sentiment^ ou du moins le suspendre pour certains motifs; et^dans œs
casj l'assentiment est en notre pouvoir et devient l'objet du comman-
dement de la raison (1).
Je réponds aux arguments : 1* La raison se commande i elle-même
de la même manière dont la volonté se meut elle-même^ comme on Va
dit plus haut; i savoir^ en tant que cette puissance se replie sor elle-
même, et tend d'un objet vers un autre.
^ La diversité des objets qui sont soumis en acte i la raison fait qu'il
ne répugne pas que la raison participe d'elle-même, dans le même sens
que la connoissance des conclusions participe à la connoissance des prin-
cipes (2).
Le troisième argument est clairement résolu par ce qui a été dit.
(1) n faut distingaer rintellect et It ration , maïs aans lea aéparer, comme s'ilt foimoicu
deux paliiances différentei, ce que saint Thomas ne permet pas, première partie , qnest 79,
art. 8. L* intellect perçoit la vérité directement et sans elTort; la raison n*y parvient qu'en
disooorant , c'est-à-dire en allant d*ane chose à rentre , souvent par de longs détoors et de
nombreux circuits. G*est ce qui fait que la raison peut être commandée , soit dans son eici^
cico , soit même quelquefois dans ses conclusions.
(2) Ce que nous venons de dire dans la note précédente , peut aider à comprendra celle
indicitor alical quôd attendat et ratione atatur.
Alio modo quantum ad ottjectum . respectu
cujiis dtto actus rationU attenduntur : primo
qnidem^ ut veritatem circa aliqaid appréhendât ;
et hoc non est in potestate nostra; hoc eoim
conlingit per vi'^tutem alicujus laminis vel na-
turalis, vel supematoralis : et ideo qaantam ad
hoc, actus rationis non est in potestate nostra,
nec imperari potest. Alius aatem actus rationis
est, dnm his que apprehendit, assentit. Si
igitor faerint alia apprehensa, quibos natara-
liter InteUectus assentiat (sicut prima prindpia),
assensus taliam vel dissensus non est in potes-
tate nostra, sed in ordine natora : et ideo
propriè loqoeado natur» imperio sabjacet.
^^tem quadam apprehensa, qua non
adeo eonvincoDt intellectom qain possit
tire vel dissentire, vel sallem asseosm vel
dissensum snspeodere propter aliqnaoïaasaiii;
et in talibos assensus vel dissensus iapolesUte
nostra est, et nib imperio cadit.
Ad primum ergo dicendom , quhà ntio eo
modo imperat sibt ipsi , sicut et voluatasmovet
geipsam, ut soprè dictum est (qu. 9, art S),
in quantum scilicet utraqoe potentia rellectitar
supra sanm actam, et ex uno in aliud tendit
Ad secundum dicendom, qu6d propter div»»
sitatem objectorom qiue aciu rationisubdiiator,
nibii prohibet rationem seipsam participan:
sicut in cognitione condusionaiii participatir
cognitio principiorum.
Ad tertium patet respousio ex didii.
DES ACTES COUHANOÉS PAR LA YOLONTÉ.
461
ARTICLE Vn.
L'acte de Vappéttt sensitif est-il eommandél^
n parolt que l'acte de Tappétit sensitif n'est pas commandé, io L'A-
pôtre^ Rom., VII^ 19; dit : <x Je ne fais pas le bien que je veux; » ce
que la Glose explique en disant que « l'homme veut s'opposer à la con-
cupiscence f et néanmoins n'en peut venir à bout. » Or la concupiscence
appartient à l'appétit sensitif. Donc l'acte de l'appétit sensitif n'est pas
soumis à notre commandement.
S'' On a vu dans la première partie^ quest. 105 et 110, que la matière
n'obéit qu'à Dieu quant au changement formel. Or, l'acte de l'appétit
sensitif renferme une espèce de changement formel du corps , suivant la
chaleur ou le froid qu'il ressent. Donc l'acte de l'appétit sensitif n'est pas
soumis au commandement de l'homme.
3<* Le motif propre de l'appétit sensitif est l'objet saisi par les sens ou
l'imagination. Mais il n'est pas toujours en notre puissance de saisir un
objet par les sens ou l'imagination. Donc l'acte de l'appétit sensitif n'est
pas soumis à notre commandement.
Mais saint Grégoire de Nysse dit, au contraire, a les actes qui obéissent
à la raison sont de deux sortes, le désir et la colère, qui appartiennent à
l'appétit sensitif. » Donc l'acte de l'appétit sensitif est soumis au com-
mandement de la raison •
(Conclusion. — Les actes de l'appétit sensitif sont soumis à la raison
de la même manière qu'il sont au pouvoir de l'ame ; mais en tant qu'ils
réponse. Là raiion et rintellect n^éUat, en effet, qii*ane même chose, et ne différant que
dans rexercice ou la manière de saisir la vérité , la raison peut bien être considérée comme
une participation de rintellect, c'est-à-dire d'elle-même.
ARTICULUS vn.
OMtm actus appetilui unêUivi
impere(ur.
Ad Beptiorom sic proceditnr (1) . Videtor quM
ictns sensitivi appetitûs non sit imperatus.
Dicitenim Apostolos, Aom., VU : « Non enim
qaod volo bonom, boc ago ; » et Glossa exponit,
quM « homo valt non concopiscere , et tameu
concopiscit. » Sed concnpiscere est actas appe-
titûs sensitivi. Ergo actus appetitûs sensitivi
non snbdilor imperio nostro.
S. Prsterea , materia corporalis soli Dec obe-
dit quantum ad traosmutattonem formalem, ut in
primo babitnm est (L part., qu. 105^ art. i, et
qo.UO, art 9). Sed actus appetitûs sensitivi
habet qoamdam formalem transmutatiouem cor-
poris secundùm calorem vel frigus. Ergo actus
appetitûs sensitivi non subditur imperio bumano.
8. Prsterea, proprium motivum appetitûs
sensitivi est apprebensum secundùm sensum
vel imaginationem. Sed non est in potestate
nostra semper, quod aliquid apprehendamus
sensu vel imagiuatione. Ergo actus appetitûs
sensitivi non subjacet imperio nostro.
Sed contra est, quod Gregorius Nyssenns
dicit (vel Nemesius, ubi suprà), qu5â «obe-
diens rationi dividitur in dao; in desiderativnm
et irascitivum^ » qus pertioeut ad appetitum
sendtivum. Ergo actus appetitûs sensitivi sub-
jacet imperio rationis.
( CoMCLUSio. — Actus appetitûs sensitivi qoo
modo ab animi potestate sont , rationis imperio
sulijiciuntur; quo ver6 modo insequuntur cor*
(1) De Us etiam infrèy qn. 50, «rt. 3, et qu. 56, art. 4; et qu. 25 , de verit., crt. 4.
i62 1** II* PABTIE^ QUESTION Xm, ABTIGXf 7.
dépendent de la disposition du corps ^ ils arrivent quelcpielbis mal^ !
raison.)
Comme nous l'avons dit précédemment^ un acte est soumis à. notr^
commandement suivant qu'il est en notre pouvoir. Conséquemmei:
pour voir de quelle manière l'appélit sensitif est soumis à notre cù:l-
mandement^ il faut examiner de quelle manière il est en notre ponroir.
Or, Tappétit sensitif diflTère de l'appétit intellectif , qui est la volonté, n
ce (lue celui-là est une force appartenant à un organe corporel^ fiofi
qu'A n'en est pas ainsi de la volonté. Mais , tout acte d'une force qui s.
sert d'un organe corporel, ne dépend pas seulement de Ip, puissanœ d
l'ame; il dépend aussi de la disposition de l'organe ; ainsi , la vision é^
pend à la fois de la puissance visive et de la qualité de Tœil qui l'^d-
ou lui fait obstacle. Par suite l'acte de l'appétit sensitif dépend non-seu-
lement de l'ame , mais aussi du corps. Ce qui vient du côté de Vame suit
l'appréhension; mais l'appréhension de l'imagination n'ayant pour objtt
que le particulier , est réglée par l'appréhension de la raison qui saisiî
l'universel, comme la vertu active particulière l'est par la vertu act2^l
universelle. C'est pourquoi, quant à cette partie de son acte, l'appé/it
sensitif est soumis à l'empire de la raison, lilais la qualité et la dispo-
sition du corps ne sont point soumises à cet empire; et de là vient que le
mouvement de l'appétit sensitif n'est pas complètement soumis au
commandement de la raison. Il arrive aussi quelquefois que le mou-
vement de l'appétit sensitif est subitement dirigé vers l'appréhension
de l'imagination ou des sens, et ce mouvement est encore indépendant
de la raison , qui auroit pu toutefois l'empêcher si elle l'avoit prévu.
De là le Philosophe dit, Politic., I, 3 : aLa raison commande aoi
puissances irascible et concupiscible , non despotiquement, comme le
maître gouverne son esclave , mais d'une manière politique ou royale ,
poris disposUionem, nonnQnqaam prsler ratio-
nis imperium fiunt.)
RespoQdeo dicendum, qu6d secundùm hoc
a]iquis actus impeiio nostro subjacet, proutett
in polesUte noslra, utsuprà dictum est (art. 6).
Et ideo ad întelligendum qualiter actus appeti-
tûs sensitivi £ub<latur imperio rationis^ oporiet
coQsiderare qualiter Bit in potestate nostra.
Est autem scieadam, qu5d appetitus sensitivus
in hoc ditTert ab appetilu intellectivo , qui di-
dtur voluntas, qu6d appetitus sensititos est
firtus orgaui corporalis, non autem volontas.
Omnis autem actus virlutis utentis or^ano cor-
porali, dependet non solùm ex potentia aaims,
sed etiam ex corporalis orgaui dispositione :
Bcut Visio ex poteulia visiva et qualitate oeuli,
per quain juvatur vel impediUir : unde et actus
appetilûs sensitivi non solùm dependet ex vi
aoDetiliva, àed etiam ex dispositione corporis.
niud autem quod est ex parte potentis anio»
sequitur appretaensionem ; apprebeosio aotein
imagiaalioiiis, cùm sit particuiaris, Rfolator
ab a[iprehensioDe rationis , quae est aaiTOsalis,
sicut virtns activa particuiaris à virtiite activa
universali : et ideo ex ista parte actus appetitus
sensitivi subjacet imperio rationis. Qoalitas au-
tem et disposilio corporis non subjaoel imperio
rationis : et ideo ex hac parte impeditor qoin
motus sensitivi appetitus îolaliter subdator im-
perio rationis. Coutingit autem etiam qaaodoqne
qu6d motus appetitus sensitivi subite coocitator
ad apprehensionem imaginationis vel sensos;
et tune iUe motus est prêter imperium ratioois,
qaamvis potoiaset impediri à rations si prsvi>
ditset. Unde Pbilosopbus dicit in I. Politic,
( cap. 8 ) » qudd a ratio prvesl irascibili el
coQcupiscibili^ non principatu despotico, qui
est dooiini ad («rvom» sed prioeipitu peiitioo
DES ACTES COftilANVÉS PAR UL YOLOITTÉ. 463
comme sont gouvernés des hommes libres et jouissant de quelques
droits (Ij. »
Je réponds aux larguments : l*" si 'homme veut s'opposer à la concupis-
cence^ et n'en vient pas àbout^ cela provient de la disposition du corps qui
empêche Tappétit sensitif de suivre le commandement de la raison. C'est
pourquoi l'Apôtre ajoute : « Je vois dans mes membres une loi opposée à
la loi de mon intelligence ; » ce qui arrive à cause du mouvement spon-
tané de la concupiscence , connue nous venons de le dire.
2° La qualité corporelle a des rapports de deux sortes avec l'acte de l'appétit
sensitif : premièrement, en tant qu'elle le précède, lorsque quelqu'un, par
exemple, vu la disposition présente de son corps , est porté à telle ou telle
passion; secondement, en tant qu'elle le suit, lorsque, par exemple, la
colère enflamme quelqu'un. La qualité qui précède n'est pas soumise à
l'empire de la raison; car elle provient, ou de la nature, ou d'une impul-
sion précédente qui ne peut être de suite annulée. Mais la qualité subsé-
• quente suit le commandement de la raison, parce qu'elle suit le mouve-
ment local du cœur, qui est mû diversement, selon la diversité des actes
de l'appétit sensitif.
3® Un objet sensible extérieur étant requis pour l'appréhension des
sens^ il n'est en notre puissance de saisir parles sens qu'un objet présent,
(1) Saint Tbonia» avoit déjà établi , mais d*une manière seulement spéculative , Terapire de
la raison sur les sens ; ce qui éioit avoir démontré que Tacte de Fappétit sensitif pouvoil être
commandé. Le saint docteur avoit également déterminé le genre d*empire que la raison exerce
sur les sens*
Mais en assignant, avec Aristote, les limites d*un tel pouvoir, en monlrant que les sens
peuvent quelquefois résister à la raison y comme des hommes libres à leur souverain, il a\oit
donné de cela cette raison profonde : f esclave ne peut résfeter, parce quMl n*a rien; Thomme
libre peut résister , parce quMl possède quelque chose. Gelui««i a, pour opposer une résistance,
le point d* appui qui manque à Tautre. Les sens , dans Tbomme , sont une puissance i ajou-
tons, et une puissance révoltée depuis la chute primitive.
aut regali, qui est ad liberos, qai non toialiter
subduntur impeno. »
Ad primum ergo dicendvm, qnôd boc quod
bomo \alt non concnpiaoere , et tamen conçu-
piscit, oofitingit ex dispositione corporis, per
qnam impeditur appetitua senaitivus, ne tpùii-
ter sequatur imperium ratioaia. Uode et Apo-
stoius ibidem subdit : « Video aiiam legem
in membria meis repugnantem legi mentis
mes (1). » Hocetiam contingit propteraubitum
notam coucupificentia, ut dictam est.
Ad secondum dicendom, quèd qnalitas cor-
poralis dupliciter se habet ad actum appetitûs
lenfttin : uno modo utpneoedena, prout aliqnis
est aliqnaliter dispoaitas secundùm corpus ad
banc vel iliam pasaionem; alio modo ut con-
sequena, aient cùm'ex ira atiquis inealesdt.
Qualitaa igilur precedena non aubjacet imperio
rationia, quia vel est ex natara, vel ex aiiqua
praîcedenti motione , que non statim quiescere
potest ; sed qualitas conaequena sequitor im*
periumntUonis, quia aequitar motam locaiem
cordisy quod diversimodè movelor secundùm
diversoB actus sensilivi appetitûs.
Ad tertium dicendam, qoôd quia ad appre-
hensionem sensus requiritur sensibile exténua ,
non est in potestate nostra apprehendere aliquid
aensn, nisi sensibitipraesenle» cnjus pnesentia
(11 Ubi legem in membris menti repugnantem fomiltm S. Thomas interprctatur; qui dicitur
fe«(iDquit) duplici ratione : primé propter similes effeetus, quia sicut lex ad bonum facien-
dum inducit, sic et fomes inducit ad peccandum; secnndé propter posnam pecoati, cqjus una
est causa peccatum ipsvm quod in peccantem dominium accepit, et ei legem imposuit ut victor
vîGto, qus est fomea.
464 1** II* PAETIE, OITESTim Xm; A&TICtB 8.
et cette présence n'est pas toujours en notre pouvoir. Dans ce cas^ llioi&np
peut faire de ses sens Tusage qu'il voudra^ pourvu qu'il n'y ait pas dV^-
stacle du côté de l'organe. Pour l'appréhension de l'imagination^ elle dé-
pend de la raison^ suivant la force ou la fbiblesse de la puissance imap-
native. Car si l'homme ne peut imaginer ce que considère la raison, ce.i
résulte^ ou de ce que ces objets ne peuvent être imaginés, comme fe
objets incorporels^ ou de la foiblesse de l'imagination^ foiblesse provenisl
d'une indisposition des organes.
ARTICLE VIU.
L'aoU de Vams végétative est-il commandé?
n paroit que les actes de l'ame végétative sont soumis au commande'
ment de la raison. 1<> Les forces de l'ame sensitive sont plus nobles qa?
les forces de l'ame végétative. Or, les forces de l'ame sensitive sont sou-
mises à l'empire de la raison. A plus forte raison les forces de l'ame vé-^
gétative.
^ On compare l'homme à un petit monde; car l'ame est dans le corps
ce que Dieu est dans le monde. Mais Dieu est dans le monde d'une
telle manière, que toutes choses obéissent à son commandement. Donc
toutes les choses qui sont dans l'homme obéissent au conunandement
de sa raison, et, par suite, les forces de l'ame végétative lui obéissent
aussi.
3û La louange et le blâme n'ont lieu que pour les actes soumis i l'em-
pire de la raison. Or, les actes de la puissance nutritive et génératlve sont
susceptibles de louange et de blâme , de vertu et de vice ; par exemple
la gourmandise et la luxure, avec les vertus qui leur sont opposées. Donc
les actes de ces puissances sont soumis à l'empire de la raison.
Doo semper est in potestate nOBtra. Tune enim
homo potest nii sensu cùtn voluerit, nisi sit
impedimentum ex parte organi. Apprebensio
antem imaginationis subjacet ordinationi rationis
secundùm modem virtutis lel debilitatis ima-
ginalivs potentis. Qu6d enim homo non possit
imaginari que ratio considérât, contiogit vel
ex boc qu6d non sunt imaginablUa, sicut incor-
poralia^ vel propter debilitatem virtutis imagi-
native, qu» est ex aliqua indispositione organi.
ARTICULUS Vm.
Cirum aetui animœ vegetabilU imperttur.
Ad octavum sic proceditnr (1). Videtor quôd
actus vegetabiiis animn imperio rationis sub-
dantur. Vires enim sensitiva nobiliores sunt vi-
ribus anim» vegetabiiis. Sed vires anime ses-
sitivs sobduntur imperio rationis. Ei^ mtSA
magis vires anims vegetabibs.
2. Preterea , boroo dicitur miner mimdus,
quia sic est anima in corpore, sicut Deus in
mundo. Sed Deus sic est in mnndo, qii6d omnia
que sunt in mundo obedinnt ejos impeiio.
Ergo et omnia qua sunt in homiae, obediont
imperio rationis, etiam vires vegeubiiis ani*
mn.
8. Preterea, laos et vitaperiom non oantingil
nisi in actibus qni snbduntor imperio lationis.
Sed in actibus nqtritiva et generativs potentis
contingit esse laudem et vituperium, et virtuteia
et vitium, sicut patet in gula et luiuria, et w>
tutibus oppositis. Ergo actos baram poteatianua
snbduntur imperio rationis.
(1) De bit etian infrà, qo. 50, art. 3, ad 1 ; et 9 , S, qo. 14S, art. 1 , ad 3; ut et III. part.,
qu. 15, art. S, ad 1 , et qu. 19, art. 9, in cap.; et II, Sent., dist. 90, qa. 1 , art. 9, ad Si
et qu. 13, do verit., art 4; et Qnodlib.s IV, art. 91 ; et super I. £Mie.« loct., col. 1.
DES ACTES COMMANDÉS PAR LA VOLONTE. 465
Mais saint Grégoire de Nysse dit^ au contraire : a Ce qui n'obéit pas à
la raison , se rattache à la nutrition et à la génération. »
(Conclusion. — Ck)mme les actes de Tame végétative suivent Tappétit
naturel^ ils ne sont en aucune manière soumis à Tempire de la raison.)
Parmi nos actes, certains procèdent de la nature , d'autres , de l'appétit
animal ou intellectuel; de plus, tout agent tend d'une certaine manière
vers une fin. Mais l'appétit naturel ne nait pas d'une appréhension, comme
l'appétit animal ou intellectuel ; et la raison ne commande que par ma-
nière de puissance appréhensive. C'est pourquoi elle peut commander les
actes qui procèdent de l'appétif animal ou intellectuel, mais non ceux
qui procèdent de l'appétit naturel : tels sont néanmoins les actes de l'ame
végétative. De là saint Grégoire de Nysse dit qu'on appelle naturel ce qui
se rattache à la génération et à la nutrition. Par suite, les actes de l'ame
végétative ne sont pas soumis à l'empire de la raison.
Je réponds aux arguments : 1» Plus un acte est immatériel, plus il est
noble et soumis à l'empire de la raison. Si donc les forces de l'ame vé-
gétative n'obéissent pas à la raison, c'est qu'elles sont au degré le moins
élevé.
^ La parité qu'on veut établir existe sans doute à certains égards :
ainsi, de même que Dieu meut le monde, l'ame meut le corps; mais elle
n'est pas vraie sous tous les rapports : Tame, en effet, n'a pas tiré le corps
du néant, comme Dieu en a tiré le monde, qui, à cause de cela, est en-
tièrement soumis à son empire.
S^" La vertu et le vice, la louange et le blâme, ne doivent pas être attri-
bués aux actes de la puissance nutritive ou génératrice, qui produisent la
digestion et la formation dif corps humain; mais bien aux actes de la
Sed contra est, qnod Gregorius Nysseons
dicit, V id quod non persuadetur à ratione (1),
€2se nutritiTum et generativam. »
( CoRCLUsio. ^ Actus anims Tegetativ»,
cùni seqnantar appetitam natunlem, nnllopacto
imperio rationis subdunlor. )
Respondeo dicendiim, quèd actaam quidam
procédant ei appetita naturali, quidam autem
exappelita animali vel inteUectnaU. Omne enim
agens aliqno modo appétit iinem; appetitus
antem naturalis non consequitur aliquam ap-
prehensionem^ sicnt sequitur appelitns animalis
et iotellectualis ; ratio autem imperat per mo-
dom apprebensivœ virtatis : et ideo actus iUi,
qui procédant ab appetita iiftellectivo vel ani-
mali, possunt à ratione iœperari, non autem
illi qui procédant ex appetita naturali. Hujus-
modi autem actus sont vegetabilis anims. Uude
Gregorins Nyasenua didt, qa6d « vocatar nata-
raie quod generativam et nutritivum. » Et
propter hoc actus vegetabilis animœ non aub-
dantor imperio rationis.
Ad primum ergo dioendom, qo6d qaant6 ali-
qais actus estinunaterialior, tantft eatnobilior
et magis snbditos imperio rationis : onde ex
ipso quèd vires anime vegetabilis non obedinnft
rationi, apparet bas inQmas esse.
Ad secundum dicendam, qu6d similitndo at-
tenditur quantum ad aliquid, quia scilicet sicot
Deus movet mundum^ita anima movet corpus (
non autem quantum ad omnia^ non enim anima
creavit corpus ex nihilo, sicut Deus mundum,
propter quod totaliter subditur ejus imperio.
Ad tertium dicendum, qu6d virtos et vitinm,
laus et vituperium non debentur ipsis actibos
nutritive vel generativs potentis , que sont
(1) Sirut vêtus interprei reddit, ^y^ <irtiOd{ttvov X^^ quod potiûs et planiori tenga reddi
tt\ixA\ non ohedient raUoni; non enim aolùm signlûcat irttStOou , penuaderi, sed obedire,
quia obedU nemo particeps rationis nlsi persuasus , et persuasionis judicium est cùm obedit.
IV.
30
M6 I~ II* PAKTIE, OTTESTIOy XVII, AJLTIfXS 9.
partie sensitive qui se rapportent aux actes des deux puissances que nrpj
venons de nommer; par exemple lorsqu'on désire les plaisirs de la tabk
ou de la chair, et lorsqu'on en fait un usage lé^time ou illégithne (1).
ARTICLE IX.
Les actes des membres extérieurs sont^ils commandés ?
11 paroit que les membres du corps n'obéissent pas, dans leurs actes^ s
la raison, i** Il est certain que les membres du corps sont, par rapport 3
la raison, placés bien au-dessous des forces de Tame végétative. Or 1^-
forces de Tame végétative n'obéissent pas à la raison, ainsi qu'on l'a dit.
Encore moins les membres du corps lui obéiront-ils.
2o Le cœur est le principe du mouvement animal. Or, le mouvemeiit
du cœur n'est pas soumis à l'empire de la raison; car saint Grégoire de
Nysse dit que a la raison ne peut diriger les pulsations du cœur. » Donc
le mouvement des membres corporels n'est pas soumis à Vempire de la
raison.
3' Saint Augustin dit. De Cîvit. Dei, XIV : a Souvent la chair se révolte
contre la volonté et nous devient importune. D'autres fois, au contraite ,
elle trompe les désirs de la passion, et tandis que la concupiscence met
(1) Nous avons remarqoé , d«ns une autre cireonslance , avec notie saint anteuTy les i»»
pressions sensibles qui accompagnent les principaux phénomènes de la vie. Sans doute, 3
ne faut pas confondre les actes de la sensibilité , ou de Tame sensitive , pour parler le lan^afe
de saint Thomas, avec les actes de la simple vilalilé, ou de Parne végétative; mais m ne
peut pas non plus les séparer. Or, la raison commande aux sens , comme nous venoBs de
le voir, et , par leur intermédiaire , elle a une sorte d^eropire sur la vie matérielle mène.
Cet empire va quelquefois plus loin ; et Ton voit une ame forte , et surtout une ame sainte,
maîtriser presque entièrement le corps. Hsis, par la raison contraire , quand Tame , abdiqMal
sa royauté , se fait Tesclave des sens et le Jouet de leurs impressions grossières , elle tombe
encore au-dessous , et semble se matérialiser avec les organes , réalisant celte profonde parole
des Livres saints : « Us sont devenus méprisables comme les choses qa*ils oui ainéei. s
digestio et formatio corporis bumani , sed ac-
tibas sensitlvie partis ordinalis ad actus genera-
ttvffi vel nutritive, pulà in cooeupiscendo de-
lectationem cibi et venereoruin , et utendo se-
cmidiim quod oportet, vel non secundùm quod
oporVet.
ABTICULUS IX.
Vtriim actus exteriorum membrorum
impereniur.
Ad nonum sic proceditur (1). Videtur qnôd
membra corporis non obediant rationi quaatum
d actus saos. Constat eniin quèd membra cor-
poris oiagis distant à ratione qnàin vires aziiais
vegetabilis. Sed vires aoious vegekbiUs i;oii
obediunt rationi, ut dictum est ( ait. 8). Ergo
multô miuùs membra corporis.
2. PrjBterea , cor est priacipinm motos ani-
malis. Sed inoUis cordis non subditor imperio
rationis; dicit enim Gregorius Nys&euns, quoil
u pulsativum non est persuasibiie ralione {^. »
Ergo motus membrorum corporalium non lulh
jacet imperio ralionis.
8. Prxterea, Âugustinos dicit,XIV. De C/'cr;/.
Dei ( cap. iO ), qu6d a motus membrorum g.«
niiaiiam aliquando importomis est nullo po>
(1) De bis etiam I. part., qu. 81 , art. 3, ad 2 ; et 8, 8, qu. 168, art. 1 , in cap.; et n ,
Sent., dist. 20, qu. 1 , art. 2 , ad 3; et qu. 15, de verit., art. i, ad 5, et art. 5, ad li; et
qu. 7, de malo, art 8, ad 15.
(8) Sive ut paulô ante , obediem «af obt$mperant rationi; quod et ex eodem Indice de-
~*umest, scilicci lïemesii Tract. De natnra hominii, cap. 82, tom. XII. Biblioth.
KES AfiJES COISMAWÈS PAR lA VOLONTÉ. &€7
l'esprit en effervesceaoe^ le coq» demeure glacé, b Donc les mouvements
des membres du corps n'obéissent pas à la raison.
liais saint Augustin dit^ au contraire^ C(mfess.y VHI : c L'ame oom-
inande et les mains se meuvent^ et la communication est û rapide, qu'on
distingue à peine le commandement de son exécution.. »
( Ck>NGLVsioir. — Les membres qui accomplissent les fonctions de la
partie sensitive sont soumis à Tempire de la raison ; ceux qui reçoivent
leur mouvement des forces naturelles n'y sont pas soumis. )
Les membres du corps sont les organes des puissances de Tame ; ils
obéissent donc à la raison de la même manière que ces puissances. Les
forces sensitives étant soumises à l'empire de la raison, taikUs que les
forces naturelles ne le sont pas, il sensuit que les mouvements des mem-
bres que meuvent les puissances aensHives obéissent à la raison , tandis
que les membres dont le mouvement réscQte des forces naturelles , ne
lui obéissent pas (i).
Je réponds aux arguments : 1* Les membres ne se meuvent pas eu*
mêmes, mais sont mus par les puissances de l'ame, dont certaines sont
plus rapprochées de la raison que les forces de Tame végétative.
2<* Dans les choses qui appartiennent à Tintelligenoe et i la volonlé,
celle-là est la première qui est déterminée par la nature, et c'est de celle^
là que les autres découlent : ainsi de la oonnoissance des principes évi-
dents par eux-mêmes découle la oonnoissanoe des conclusions ; et de la
volonté qui a pour objet le bien naturellement désiré, découle l'élection
des moyens qoi y conduiront. De même le principe des mouvements cor-
(1) L'organinne du corps Irainain {irésente deux aspects divers , et poor ainsi dire opposés.
Ce merreilleia Bécanime a deia sottes de aïoiiveiiients, et oemine va dosble Jea : l*iiii s*ae*
complit par tes seules lois de la nature et sans le concours de la 'volonté ; Tantre dépend d0
la volonté humaine , si bien que la philosophie platonicienne a pu ne voir dans Tame <iue le
noiev du corps. La distinction établie par saint Thomas , dans cet article , avoU été signalée ,
comme on le voit, par saint AugnstiD et plusieurs antres.
tente; aUquando antem dertitoit inhiantem,
et cùm in anûBo concapiscentia ferveat, frigel
in corpore. » Efgo Biolus membronna nos obe*
diunt ntioni.
8ed contra est, qsod Angnatiniia dictt, VUL
Confest. (cap. 8) : « Imperal animas, mo-
ventQi manus, et tanta est fauâlitas ai m à
senitio discernator impatiom. •
( CoHCMisio. — Membra illa quibos opeia
Eenalivft partis eierceniv, impçrio laUoniB
subdoniur ; qu» ver6 natoxalioa vinnm molan
msciiiinBt^ minime Babjicittntar laiionia im-
perio.)
Raspondeo dicendon, qiibd membra eoipoiis
Motoriana qucdam potentianim mam : onde,
co modo quo potentite anime se babent ad hoc
fi6d obediant rationi, hoc modo se babent et
coqpttis memtou Quia i|ifeir «irci lenaiUvs
snbdnaiBr imper» ntionis, non auten vires
natuiala, ideo omnea motoa mambrorum , qaa
moventar à poteniiiBaeDSitivis, subduntorim*
perio rationis ; motna aatem membromm qvà
oonaeqauntir vires natorales, non sidiMbrat»
imperio rationis.
Ad primnm ergo dicendnm, qviôd membit
non movent seipsa* sed moventar per.poleitias
anime quanim qucdam suot ratiooi viciniorei
quiim vires anioBe vegetabilit.
Ad secoadom dioendam , quèd in his qna ad
inteUectam et votamAatem pertinent, prlmàm
invenitmrid qnod estsecmdùm naturam, ei qoo
alia deiivantar : nt à oognitione principiorum
naturaliler notonim cognitio conclosionatn'^ et
à volunUte finis nataraUter desiderati, derivs-
ior electio eoram que sunt ad finem. Ita etiam
in corpocalibiia moUbus principinmest secnndiuB
468 I^ II' TAETTE, QUESTION XTIl^ ARTICLE 9.
porels est déterminé par la nature ; et ce principe consiste dans le mon-
vement du cœur : d'où il suit que ee mouTement dépend de la natoif
et non de la volonté. De même que Tacddent suit l'essence , il sait b
Tie résultant de l'union de Tame et du corps : ainsi, par exemple, b
mouTement des corps pesants ou légers suit leur forme substantielle; ce
qui fait dire au Philosophe, PAys., VIII, qu'ils recoiTent leur mourê-
ment de l'être générateur. C'est pourquoi le mouvement du cœnr est éix
mouvement vital. De là cette parole de saint Grégoire de Nysse : « De
même que les fonctions génératives et nutritives n'obéissent pas i la
raison, le mouvement du cœur, qui se manifeste par des pulsaticBs et
qui est le signe de la vie, ne lui obéit pas non plus, b
3o Ck)mme le dit saint Augustin, De Civit. Dei, XIV, si la chair n'o-
béit pas à la raison, c'est une suite du péché ; l'ame portant principale-
ment la peine de sa désobéissance i Dieu, dans la désobéissance de ce
qui transmet la faute originelle. Mais, par la faute du premier hoomie,
la nature, comme nous le dirons plus bas, ayant été abandonnée a elk-
même, et la grâce surnaturelle dont Dieu l'avoit enrichi lui ayant été
retirée, il faut rechercher dans ]a nature même pourquoi les mouve-
ments des membres n'obéissent pas toujours à la raison. Âiistole en
assigne la cause , De cam. mot. animal., en disant que les mouvemoits
du cœur, comme les mouvements de la chair, sont involontaires; car
ils se meuvent à l'occasion d'une certaine appréhension, lorsque, par
exemple, l'intelligence et l'imagination représentent des objets propres
à exciter les passions d'où résultent les mouvements de ces membres.
Cependant ils ne se meuvent pas suivant l'ordre de la raison ou de l'in-
telligence, parce que de tels mouvements ont besoin d'une altération
naturelle, à savoir, de la chaleur ou du refiroidissement, altératiou qui
n'est pas soumise à l'empire de la raison. Or, cela arrive dans deux or-
naturam. Principium autem corporalis motus
•si k mota cordis : uade motus cordis seeondùm
natoram est, et non secundùm voluntatem.
Coasequitur enim, siciit per te cuxidens, vitam
que est ei unione oorporis et anima : sicat
motos gravium et leviom cousequitur formam
substantialem ipsoram; nnde et à générante
moveri dicunlur, secundùm Pbilosophum in
yiH. physic. ( texU 29 ), et propter hoc motus
iste Yitalis dicitnr. Unde Gregorios Nyssenos
dicit quôd « sicut generativom et nutrilivum
non obedit ratiohi, ita nec pnlsativum quod
est vitale ; » palsativum autem appellat molnm
cordis, qui manifestatur per venas polsatiles.
Ad terUum dicendum, quèd sicut Ânguslinus
dicit in XIV. De Civit. Dei (cap. 16), hoc
qu6d motus genitalium membrorum rationi non
'^^^t, est ex pœna peccati : ut scilicet anima
inobedientiai ad Oeum in iUo prccipuè
membro pœnam hobedientis patiator, per quod
peccatum originale ad poeteros Cradodtor. Sed
quia per peccatum primi parentiSy ut iofirà ^
celur (qu. 85), natoraest aibi relicta^nblracto
supematurali dono quod homini divifliios erat i
coUatum ; idea consideranda est nlû aatUiralis,
qoare motus hajusmodi membroiam spwialiter
rationi non obedit. Cujns causam assignat Ans- .
toteles in lib. De cawis tnoius caumaiium, >
dicens involontarios esse motos coidls et mes-
bri pudendi, scilicet quia ex aliqut appreiiea- 1
sione hujusmodi membra commoveotur in
quantum scilicet inteUectos et phantasia »•
prsesentant aliqna, ex quibot consequaatar
passiones anima , ad quas consequitor motoi
borom membrorum. Non tamen moteolor se-
cundùm jnssum rationis aot inteUectùs; qoii
scilicet ad motum horum membrorum reqoiritv
aiiqoa aitecatio natoralia, scilicet caliditatis «t
SE tk BONTÉ ET DE tk KAIIGB DES ACTES HUMAmS EN GÉNiRÂL. 469
ganes, parce que chacun d'eux^ en tant que principe vitale forme comme
un animal i part ; et^ le principe renferme le tout en puissance. Le cceur
est le principe des sens ; et de la chair vient la force séminale qui est en
puissance tout Tanimal; c'est pourquoi ils ont chacun naturellement
leurs mourements propres^ puisque les principes doivent être naturels,
et soumis à la nature ^ ainsi que nous l'avons dû.
QUESTION XVIII..
De la lM«t& «t de U «Mllce Aes «des munalss em s^6rAl«
n faut ensuite traiter de la bonté et de la malice des actes humains. Et
d*abord , de quelle manière une action humaine devient bonne ou mau*
vaise (1). En second lieu^ de ce qui résulte de la bonté ou de' la malice
de ces actions, à savoir, du mérite et du démérite, du péché et de la
coulpe.
La première de ces questions peut être envisagée sous trois points de
(1) BétermiDer U base sor laquelle lepese la moralité des aetes bamains , est une cboM
dont la difficulté égale rimportance. Presque toutes les philosopbies de Fantiquité s*étolent
préoccupées de cette question , sans pouvoir Jamais la résoudre : elles oinrent sur ce point les
plus étonnantes contradictions , et souvent les plus tristes paradoxes. Les théologiens eus»
mêmes sont loin de se montrer d*accord à cet égard ; et s*il régne maintenant quelque unité
dans leur enseignement , e*est grâce aux principes établis par Tange de Técole.
S^inspirant de sa pensée, les théologiens distinguent, dans les actes humains, deux sortes
d*étre, rétre naturel on physique, et Tétre moral. Conformément à cette même pensée, Facto
moral , considéré comme tel , a été défini : un acte procédant d*one volonté délibérée , et mis
en rapport avec les régies des mœurs , régies qui ne sont autres que la loi étemelle el Is
droite raison, n ne faudrait pas , néanmoins , regarder la moralité comme quelque cbose
d*accidentel et d'extérieur à Facte. Un acte est moral en vertu d*une forme qui lui est inhé-
rente; et ici nous prenons ce mot, forme, dans le sens rigoureux que lui donne la philos^
phie thomistique. D*où provient maintenant cette forme? G*est ce que le saint auteur ne vt
pas tarder à nous dire , dans les développements de cette même question.
frigiditatis, qns quidem alteratîo non subjacet
imperio rationis. Specialiter aotem hoc accidit
ÎD his duobus membris, quia otrumqoe istorum
membronim est quasi qaoddam animal sépara-
tam, in quantum est principium vit»; prind-
plom autem est Tirtate totom. Cor enim prin-
cipium est sensnum; et ex membre genitali,
virtQs exit semioalis, quas est virtute totom
animal : et idée babent proprios motos natojrt-
liter, qoia principia oportet esse naturalia, tit
dictam est.
QDiESTIO XVIII.
Ik hùnittih il malHii AmnaiionM» nct^mm in gêntrali^ in uni§cim ariienloi ditiêtu
Post hoc considertndum est de bonitate et
malitia humanorom actuum. Et primo qoomodo
actio humana sit bona vel mala; secundo, de
bit qna sequontur ad bonitatem vel maliliam
hnmanorum actoom, putà meritum vel deme-
ritom, peccatam et culpa.
Circa primom occurrit triplex constderatio:
prima est de bonitate et malitia homanérm
Yoe : on pent traiter d^abord de la bonté et de h malioe des actes lia-
mains en général; secondement^ de la bonté et de la malice des act:?
intérieurs; troisièmement, de la bonté et de la malice des actes es-
Snr le pi:emier point onze questions se présentent : 1* TovCe actio r
est-elle bonne ^ ou y en a-t-il quelqu'une de mauvaise T 2» La boAléav
la malice d'une action humaine vient-elle de son objet ? 3® Vient-eBe
des circonstances ? 4^* Vient-elle de la fin 1 &> Y a-t-il des actions humaines
spécifiquement bonnes ou mauvaises ? 6<» Le bien et le mal des actes smt-
ils spécifiés par la fin ? ?• L'espèce qui est donnée par la fin a-t-elle pwip
genre celle qui résulte de l'objet; ou est-ce le contraire qui a lieu 1 fr Y
a-t-il des actes spécifiquement indifiërents T 9* Y a-t-il des actes indiffé-
rents pris individuellement? 10® Y a-t-il des circonstances qui puissent
rendre un acte moral spécifiquement bon ou mauvais ? i 1® Toute cir-
constance qui augmente la bonté ou la malice d'un acte, rend-elle l'acte
moral spécifiquement bon ou mauvais ?
ARTICLE L
Toute action humaine est-elle bonne, ou y en a-t-il de mauvaiseif
n paroit que toute acticm humaine est bonne et qu'il n'y en a awie
de mauviûse. i^' Saint Denis dit. De div. Nùmin,, IV : a Le mal n'agit
que par la vertu du bien. » Or, le mal n'arrive pas par la vertu du biei..
Donc aucune action n'est mauvaise.
2» Nul être n'agit qu'en tant qu'il est en acte. Or, aucun être n'est
mauvais en tant qu'il est en acte; il est mauvais en tant qu'il n'est
qu'en puissance et privé de l'acte ; et il n'est bon qu'en tant que la puis-
sance est perfectionnée par l'acte, Metaph.^ IX. Donc aucun être n'agit
acttmm in generali ; secunda , de bonitate et
malitia interiorum actaum; terlia, de bonitate
et malitia exterionim acttran.
Circa primum quxruntur undecim : !<> Uirùm
omnis actio sit bona, vel aliqua sit mala.
îfi Utrùm actio bominis babeat qubà sit bona
Tel mala ex objecto. ^^ Utrùm babeat ex cir-
cùmstanlia. 4» Utrùm boc babeat ex fine.
50 Utrùm aliqua actio bominis sit bona vel mala
in sua specie. 6» Utrùm actus babeat speciem
boni vel niali ex fine. 7* Utrùm species qus
est ex fine, contiueatur sub specie qus est ex
objecto., ^icut sub génère*, aut è «)n«rso.
8* Utrùm sit aliquis actus indifferens secundùm
suam speciem. 9* Utrom aliquis ictus sit in-
difTerens secundùm individuum. lO» Utrùm
sdiqua circumstantia constituât actum moralem
in specie boni vel mail. Il* Utrùm omnis cir-
cumstantia augens bonîtatem vel roalitiam, cca-
slituat actum moralem in specie boni vef m^iii.
ARTICULUS I.
UtrUm omnis humana acUo sit bona, vet
aUqua mala.
Ad primum sic proceditur (i). Yidetor ^h\
omnis actio bominis sit bona, et aqIUl sit mala.
Dicit enim Dionysius, IV. c^i. De ditf* Nom.»
qu5d « malum non agit nisi virtute boni. •
Sed virtute boni non fit malum. Ergo nulU
actio est mala.
%. Preterea , nibil agit nisi secuiîdùin qaod
est actu. Non est autem aliquid malum secait
dùm quèd est actu, soiitsecundlim qaèd poleitii
privatnr actu; in quantum autem potentia per*
ficitur per actum, est bonum , ut dicitur II-
Metaphys. Nlhil ergo agit in quantum est
Us etiun infri, qo. Z3, art. 7 , ad 3 1 et qu. a , de maio, ait. 1 , 2, S, 5*
DE AL BONTÉ £T DE LA MALICE DES ACTES HUMAINS EN GÉNÉRAL. &71
en tant que mauvais, mais seulement en tant que bon. Donc toute action
est bonne, et il n'y en a aucune de mauvaise.
3"* Le mal ne peut être causé que par accident, comme le montre saint
Denis, loc. cit. Mais toute action produit par elle-même quelque effet»
Donc il n'y a aucune action mauvaise, toutes les actions sont bonnes.
Mais le contraire résulte de cette parole de Notre-Scigneur, Jean, III,'
20 : d Celui qui fait le mal hait la lumière. » Donc il y a des actions de
rhomme qui sont mauvaises.
( Conclusion. — Le bien n'étant que la plénitude de l'être, on ne peut
dire proprement que toutes les actions de l'homme sont bonnes ; mais
autant il teur manque de la plénitude de l'être qui leur est due, autant
elles s'écartent de la bonté , et sous ce rapport elles sont mauvaises. )
Il en est du bien et du mal dans les actions comme du bien et du mal
dans les choses, parce que tout être produit une action conforme à sa na*
ture. Or, les êtres ont un bien proportionné à leur être, puisque le bien et
l'être sont une même chose (1), comme nous l'avons dit dans la première
])artie, quest. 5, art. 1. Or, en Dieu seul la plénitude de l'être est parfai-
tement une et simple : tout autre être a seulement la plénitude d'être qui
lui convient sous divers rapports. De là vient que certaines choses, quoique
possédant quelques degrés d'être, ne possèdent pas cependant la plénitude
d'être que demande leur nature. Ainsi, la plénitude de l'être humain re-
quiert qu'il soit composé d'une ame et d'un corps, et qu'il possède toutes
les puissances et organes , soit intellectuels, soit moteurs, réclamés par
sa nature; en sorte qu'un homme à qui il manque quelqu'une de ces
(1) Plasienn «atean , pbflosophes ou théologiens , avoient entreYii déjà qao le «lal n*eèi
pas me entité réelle , quMl n*eat que la négation ou privation d*un bien nécessaire. Mais
aucun n*a mis cette vérité profonde dans un aussi grand jour que le fait ici le docteur ange,
lique. Si , comiDe il fa dit plusftenrs fois , Tétre et le bien sont une senle et même cliose , du
moment où une action est , et dans toute retendue de son être , elle est bonne ; elle est mau-
vaise, parce qtfelle n^est pas» parce qu^il lui manque une qualité qu'elle devroàt avoir.
malofli, sed soNkni in quintmu est bomim.
^nis ergo acUo eat bou , et nulla mala.
8. Preterea, malum non potest esse causa
niû per accidens, ut patet per Dionysium, IV.
cap. De div, Nomin. Sed omnis aclionis est
aliqnig per se effectos. Nulla ergo aclio est
mala, sed omnis actio est bona.
Sed contra est, quod Dominas dicit, Joan.,
Ul : « Omnis qui malè agit , oUit lucem. »
Est ergo aliqua actio homiois mala.
( CoKGLOsio. — Quia de ratione boni est ipsa
essendi plenitudo , non omnis bomiois actio
simptiâter bona dici potest; sed quantum deest
ilii de plenitudine essendi qu» debetur aclioni
hamaïUB, Untùrn à bonitate delicit, et sic di-
citarmala.)
Respondeo dicendum, qn5d de bono et malo
ia acliouibas oportet loqiâ aient de bono et malo
in rebns, eo qoM ctmnqnsqne res talem ae^
tionem prodncit qualis est ipsa. » In rébus
autem unumquodque tantum habet de bono
quantum babet de esse; bonom enim et ens
convertantur, ut in primo dictum est (qn. 5,
art. 1 ]. Soltts autem Deus babet totam pleni»
tudinem sui esse secnndùm aliquid unum et
simplex; nnaquxque ver6 res alla babet pleni*
tudinçm essendi sibi convenienlem secundùm
di versa. Unde in aliquibus coùtingit quôd quan-
tum ad aliquid babent esse, et tamen eis aliquid
déficit adplenitudinem essendi eis debitam : sicut
ad plenitudinem esse bnmani requiritur quôd sit
quoddam compositum ex anima et corpore, ba-
bens omnes poteniias et instrumenta cogoitionis
et motus; unde si aliquid borom deQciat alicoi
bomini^ déficit ei aliquid de plenitudine soi
esse. Quantum igitor habet de esse, tantum bft-
Vt2 1" !!• PARTIE, QUESTION XYIII, ARTICLE 1.
choses f ne possède pas la plénitude qui convient à son f tre. ConséqaeTTv
ment, autant il aura d'être, autant il aura de bonté; mais en tant quT.
lui manque quelque chose de ce qu'exige la plénitude 'de son être ,flji
en lui défaut de Lonté , défaut qui prend le nom de mal : ainsi , r:!
aveugle a la bonté que donne la vie , mais il a le mal que cause Vabsecrr
de la vue. Si une chose, au contraire , ne possédoit aucun degré d'être (n
de bonté, on ne pourroit lui attribuer ni bien ni mal. Mais la pléaitcdd
d'être rentrant Bans la nature du bien, un être auquel il manquera quelg]^
chose de la plénitude qui lui convient , ne sera pas simplement appeL^
bon ; il ne Test que dans un sens , à savoir , en tant qu'il est être. Il
pourra néanmoins être appelé simplement être, et non d'une masëse
relative, comme nous l'avons dit ailleurs. En conséquence, toute acûm
aura autant de bonté qu'elle aura d'être : et autant elle s'éloignera delà
plénitude qui lui convient, autant elle s'éloignera de la bonté et devien*
dra mauvaise; ce qui arrive, par exemple, lorsqu'il lui manque quelque
chose de ce qu'exige sa nature , soit pour son intensité, soit pour la or-
constance du lieu, ou pour toute autre chose semblable.
Je réponds aux arguments : l*" Le mal n'agit que par la verta du bien
qui fait défaut (1). Sans bien d'aucune sorte il ne peut y avoir ni être,
ni action ; s'il n'y avoit pas de défauts dans le bien, il n'y auroit pas de
mal : ainsi l'action incomplète n'est qu'un bien défectueux, puisqu'elle
est relativement un bien ; mais absolument elle est un mal.
2* Rien n'empêche qu'une chose ne soit en acte sous un rapport et ne
puisse conséquemment agir; tandis que, sous un autre, elle est privée
de l'acte, et ne produit par suite qu'une action défectueuse : ainsi on
aveugle possède en acte la faculté de se mouvoir, en vertu de laquelle i)
(f) G*est toujours par dérant, d*après ce que nous Tenons de dire, qu'une aeUon est nao-
▼aise. Plus il lui manque de bien , plus elle renferme de mal. Il est donc trai de dire qvVKe
n*e8t mauvaise , qu*elle ne produit un mauvais effet qu'en wetUx du bien qui lui manque, e^
dans la mesure de ce même bien.
bet de booitate; in quantam ver& aliqnid ei
déficit de plenitudine essendi^ in tantam déficit
à bonitate, et dicitur malum : sicat homo cœ-
cas habet de bonitate qu5d vivit^ et malam est
ei qu6d caret visu. Si ^r6 nihli baberet de
entitate vel bonitate, neqne malom neque bonum
dici posset. Sed quia de ratione boni est ipsa
plenitado essendl, siquidem alicni aiiquid de-
fuerit de débita essendi plenitudine, non dice-
tur siropliciter bonum,. sed secundùm quid, in
quantum est ens*, polerit tamen dici simpli-
eiter ens^ et secnnd&m quid non ens, ut in
primo dictum est ( qn. 5 , art. 1 ). Sic igitur
dicendum est, qu6d omnis actio, in quantum
babet aiiquid de esse, in tantam babet de bo-
nitate ; in quantum ver6 déficit ei aiiquid de
plenitudine essendi qao debetar actioni hu-
manœ, in tantam déficit à bonitate , et »c di-
citur mala , putà si defidat ei vel detennioata
quantitas secundùm rationem vel débitas iocos,
vel aiiquid hujusmodi.
Âd primum ergo dicendum, qa{4 malum
agit in virtute boni deficlentis; si enim nibil
esset ibi de bono, neque esset ens, neque agere
posset Si autem non esset deficieos, non essel
malum : unde et actio causata est qnoddaiD
bonum defiriens; quia secundùm quid est bo-
num, simpliciter autem malam.
Ad secundùm diceodam, qubd nibil prohibet
aiiquid esse secundùm quid in acto, uode
agere possit; secundùm aliad privari acta,unde
causet defldentem actionem : sicat homo cae-
cus acta habet virtutem gressîYam per quaiu
ambnlare potest; sed in quantum caret visa
DE LA BONTÉ ET DE LÀ MALICE DES ACTES HUMAINS EN GÉNÉRAL. 473
I>eat marcher; mais n'ayant pas la vue pour diriger ses pas ^ sa marche
est défectueuse , et il ne va qu'à tâtons.
3® Une action mauvaise peut par elle-même produire un effet, àsaVtrtr,
par ce qu'elle a d'être et de bonté : ainsi l'adultère cause la génération,
d'après les lois de la nature ; mais non , en tant qu'il déroge à l'ordre
iroulu par la raison.
ARTiaE n.
La bonté <m la malice d^une action humaine vieni'^lle de son chjet?
n paroit que la bonté ou la malice d'une action humaine ne vient pas
de son objet. 1^ Les choses sont les objets des actions. Or, le mal, d'après
saint Augustin, De doct. christ, III, 12, ne vient pas des choses, mai&
de l'usage qu'en font les pécheurs. Donc la bonté ou la malice des actions
humaines ne vient pas de leur objet.
2» L'objet tient lieu de matière par rapport à l'action. Or, la bonté
d'une chose ne vient pas de la matière , mais plutôt de la forme qui est
l'acte. Donc les actions ne tirent pas leur bonté ou leur malice de leurs
objets.
3^" L'objet d'une puissance active est à l'action ce que l'effet est à la
cause. Or , la bonté de la cause ne dépend pas de l'effet , mais au con-
traire. Donc l'action humaine ne tirepas sa bonté ou sa malice de sor
objet.
Mais le contraire résulte de ces paroles du prophète, Oseœ, IX, 10 : a Ib
sont devenus abominables comme les choses qu'ils ont aimées. » Or,
l'homme devient abominable devant Dieu par la malice de ses actes. Donc
qui dirigit in ambalando, patitur defectum
ambnlando, dum amlmlat cespttando.
Ad tertium dicendnm, qo6d actio mala potest
habere aliqnem effeetom per se seciindùm id
quod babet de bonitate et entitate , ( aicut adal-
terinm est caosa generationis hnman», in
quantum babet commixtionem maris et femi-
ns),aon autem in qnantom caret ordine ra-
UoniSi
ARTICULUS U.
Virùm ttciio hominis haheai boniUUem vel
nuUitiam ex objecta.
Ad secandom sic prooeditor (1). Videtnr
qa6d actio non habeat bonttatem Tel maîitiam
ex objecto. Obtiectnm enim actionis est res. In
lebas autem non est malum, sed in nsn pe&>
cantium, nt AugusUnas dicit in lib. De doct,
christ, (2). Ergo actio bumaoa non habet bo-
nitatem vel maîitiam ex objecto.
2. Prasterea, objectum comparatur ad ac-
tionem nt materia. Bonites autem rei non est
ex materia, sed magis ex forma qus est actus.
Ergo bonnm et malum non est in actibns ex
objecto.
8. Praeterea, objectum potentis activs com-
paratur ad acUonem sicut effectus ad causam.
Sed bonites caoss non dependet ex effectu, sed
magis è converso. Ergo actio humana non luibet
bonitetem vel maîitiam ex objecte.
Sed contra est, qu6d dicitur Osem, IX ;
« Facti sunt abominabiles sicut ea qus dilexe-
rant.fiFUantem bomo Deoabominabilis propter
maîitiam sus operationis. Ergo malitia opéra-
it) De bit etiam infrA, qu. 19, art. 1 et S; et qu. 21 , art. 1 ; et UfSent.s dist. 36 , qn. 1,
lit 5.
(I) Sive sic , verbis paululùm inmutatis : N<m utus rerum, ted lihidv Mtentû in culpa ett,
lib. 111, cap. 12, ubi /t6tdtii€iii utentit Tocat quod S. Thomas wum peecanlium, quasi non
nopliciler usom qui culpabilis non est , sed vUioiw» tàft p§ccaminosum «lum.
<474 1** II* fjlRTIe, QUSSTioii xvni, artigls %
la maliœ de ses actes résulte du mal qui est dans les objets de son amoQi;
et il en est de même de leur bonté (1).
(Conclusion. — De même que la première bonté naturelle d'un Iît?
Tient de la forme qui lui donne Fespèce^ de même la première b^
morale vient de Tobjet qui lui convient^ ce qui doit s'entoiidre aoasi &
la malice morale. }
Ainsi que nous venons de le dire , le bien et le mal d'une action if
sultent^ comme le bien et le mal des autres choses^ de la présence on de
Tabsence de la plénitude d'être qui lui convient. Or, la première eooditioQ
qui semble appartenir à la plénitude d'être d'une chose^ est ce qoilm
donne son espèce. Ce qui spécifie les choses naturelles est la forme, Yéjd
est ce qui spécifie Tact e (2) , et le terme spécifie le mouvement. Par sdu,
de même que la première bonté naturelle d'une chose provient de h
forme qui la spécifie, de même la première bonté morale d'un acte résulte
de l'objet qui lui convient. Et elle^est appelée par quelques auteurs bonté
générique; elle consiste , par exemple, à user légitimement de la chose
que l'on possède. De même aussi que dans les choses naturelles le premier
mal consiste en ce que la chose engendrée n'atteint pas sa forme spéciûque,
lorsque, par exemple, ce n'est pas un homme, mais tout autre cUose
. (t) Les moralistes et les théolosietts, à la si^ do saint Thomas^ rceoonoisseiit trrà cai
de la moralité des actes humains : Tobjet , les circonstances et la fin. L'auteur traite
sirement de chacune de ces trois cflnscs : il nous montre dans quel sens , pour (pielle ra»»,
de quelle manière chacune contribue A donner aux actes cette forme morale dont nous iiinfliif
de parler. Il commence donc naturellement par rohjet.
(2) Voilà donc la raison pour laquelle l'objet est regardé comme la p remièie canne de U
moralité des actes humains. G*est Tobjct qui les spécifie , ou qui les constitue dais leur es-
pèce. Ici le lecteur attentif doit reconnottre ua des principes les plt» étendus et les plvt féeeads
de la philosophie thomistique. C'est par leurs différents objets que saint Thomas a distinfve
les facultés de Pâme. Or, si robjet a la propriété de spécifier la puissance , i plus foite ral»on
peut-il spécifier l'acte : et ce raisonnement est encore du docteur angéliqae.
Une chose dont il faut se souvenir aussi , pour ne pas s'exposer à mal interpréter sa pensée ,
A la trouver même déraisonnable , c'est que l'objet doit être considéré ici , non sons le rap-
port matériel , mais d'une manière formelle , cfest-ànlire , tel que r esprit le e^açoU et Tei^
visage. Matériellement compris, robjet est indifféreat au bien et an mal, il n'a aanm rapport
nvee la moralité de Tacte. C'est dans r intention de ragent qu'il faut le considérer; cfealU
qu'il revêt la forme morale , et c'est ainsi qa'il peut la conunuMquer à l'acUon déni tt eal le
principe extérieur ou la cause objective.
lioais est secondùm objecta malt , qua homo
diiigit; et eadem ratio est de bonitate actionis.
(CoNXLDato. -* Siciit prima rei oaturalis
bonitas est ex forma, que dat speciem rei, ita
prima booitas moralis est ex objecto conve*'
Bienti ; et simili modo de malitia morali eeiH
sendom est. )
Respondeo dicendum, qu&d sicat dictum
est (art. 1 ) , bonum et malam actionis, sicat
et cœterarum rerum, attenditur ex plenitudioe
«ssendi vel defectu ipsias. Primum autem quod
^*tadiaem essendi periinere videtur, est
id quod dat rei speciem. Sicut autem res m-
turalis babet speciem ex forma, ita actîo hahet
speciem ex objecto, sicut et motus ex termino.
Et ideo sicnt prima bonitas ret natuntis atten-
ditur ex soa forma, qtui dat dpeeiem ei , iCa et
prima bonitas aetus moralis attenditur ex ob*
jecto convanienli : unde at à guibodam vo-
catur bonum ex génère, putà uti re sua. Et
sicut in relms nataralibas primum malnm est,
si res generaia non consequitur formam apecK
ficam, putà si non generetur homo, sed aliquid
loGO hominia : ita primum malum in actionibtts
DE LA BONTÉ ET DE LA ICAUGE SES ACTES HUMAINS EN GÉNÉHAL. VfS
à. sa place, qui est engendré; de même le premier mal dans les actions
xuoraïes vient de leur objet; par exemple y prendre le bien d'autrui : et
il est appelé mal générique ; mai§ on donne ici au mot genre le sens du
mot espèce, de la même manière que nous donnons à l'espèce humaine
le nom de genre humain.
Je réponds aux arguments : 1» Quoique les choses extérieures soient
bonnes en elles-mêmes, elles ne sont pas toujours dans une proportion
voulue avec telle ou telle action : aussi, considérées comme objet de oes
acti(His , elles ne sont pas réputées bonnes.
â" L'objet n'est pas la matièlre dont l'action est faite, mais celle sur la-
quelle elle tombe; et cet objet a, d'une certaine fa^oa, la propriété de
forme, puisqu'il détermine l'espèce de l'acte.
3"* L'objet de l'action de l'homme n'est pas toujours l'objet d'une puis-
sance active; car la puissance appétitive est passive en qudque manière,
en tant qu'elle est mue par son (Âjet; et pourtant elle est le principe des
actes humains. De même, les objets des puissances actives ne doivent pas
toujours être considérés comme leurs effets, ce n'est que lorsqu'ils sont
transformés par elles : ainsi Taliment transformé est un effet de la puis-
sance nutritive; non encore transformé, il n'est que la matière sur la-
quelle cette puissance s'exerce. Or, de œ que l'objet est, d'une certaine
manière, l'effet de la puissance active, il suit qu'il est le terme de l'ae*-
tion; et conséqoemment , qu'il lui donne sa forme et son espèce, le
mouvement étant qpécifié par son terme. Et quoique la bonté d'une ac*
tion ne résulte pas de la bonté de son effet, toutefois on l'appelle bonne
par cela qu'elle peut produire un effet bon : et ainjsi la proportion de l'ac-
tion avec son effet est la raison de sa bonté.
moTalibus est quod est ex objecto, sicnt acci-
pere aliéna : et dicitur malum ex genet^e, putà
gcnere pro spede accepto, eo modo loquendi
quodicimus humanum genus totam humanam
speciem.
Ad primiim ergo dicendum, (piôd licet res
exteriores sint ia se ipsis bons , tamen non
semper babent debitam proportionem ad banc
Tel Ulam actionem : et ideo in quantum consi-
derautur ut objecta talium actionum, non ha-
bent ralionem boni.
Ad secundum dicendum, qu6d objectum non
est mateha ex qaa, sed materia circa quam;
et babet quodammodo rationem fonns, in
quantum dat speciem.
Ad tertium dicendum, quod non semper ob-
jectum aclionis bumaos est objectum activas
potenlisj nam apiieliliva potentia est auo«
dammodo passivft, in quantum movetur ex ap-
petibili, et tamen est princiiiium humanoram
actuuin. Neijue etiam potentiarum activarum
objecta semper babent rationem elTectus , sed
quando jam sont transmutata^ sicnt alimentum
transmutatum est effectns nutritive potentis ,
sed sdimentum nondum transmutatum cômpa-
rator ad potentiam nntritivam , sicut materia
circa quam operatur. Ex hoc autem quod ob-
jectum est aiiqno modo effectus potentis ac-
tivas, sequitur quod sit terminus actionis ejos,
et per consequens quod det ei formam et spe -
ciem ; motus enim babet speciem à terminis.
Et quamvis etiam bonitas actionis non causetur
ex boaitate effectus, tamen ex hoc dicitur actio
bona, quod bonum effcctum inducere potest:
et ita ipsa proportio actionis ad elTectam esi
ratio bonitatis ipàius.
476 i** ir PA&Tns^ ouEsnoir irm^ à&tigls 3.
ARTICLE in.
La bonté ou la malice des actions humaines vient-elle des circonsUme^f
n parott que les circonstances ne rendent pas les actions
bonnes ou mauvaises, l"" Ainsi qu'on l'a dit^ les circonstances acooi-
pagnent l'acte , comme existant en dehors de lui. Or^ le bien et le mal
sont dans les choses elles-mêmes , Metaph., VI. Donc l'action ne deiiaù
pas bonne ou mauvaise^ suivant les circonstances.
S" La bonté ou la malice des actes rentre surtout dans la scieaee des
mœurs. Or^ les circonstances étant des accidents par rapport aux actes,
sont en dehors des considérations de la science ; « car aucune scioue ne
considère ce qui n'arrive que par accident, » Metaph., VL Donc la haie
ou la malice des actes ne dépend pas des circonstances.
80 Ce qui convient à une chose considérée dans sa substance ne lui est
pas attribué comme accident. Or , le bien et le mal conviennent i une
action prise dans sa substance, parce que l'action, de sa nataie, peut être
bonne ou mauvaise, comme on l'a dit. Donc il ne dépend pas des ciiooû-
stances que les actions soient bonnes ou mauvaises.
Mais, au contraire, le Philosophe dit, Ethic.y XI, 5 : a Lliomme ver-
tueux fait ce qu'il faut, quand il le faut, et dans les circonstances vou-
lues. D Par contre, l'homme vicieux, dans ses mauvaises actions, agit
quand il ne faut pas, là où il ne faut pas, et dans des circonstances dé-
fendues. Donc les actions humaines peuvent être bonnes on mauvaises
suivant les circonstances.
( Conclusion. — De même que les choses naturelles ne tirent pas
seulement leur perfection des formes substantielles, mais aussi des formes
ARTICULUS m. 1 ,, 8- Praterea Id qnod conveml tlicm «eafl-
I dum suaiD sabstautiam , non aUribuitor e m
Vtritm actio haminis sit bona vel mata ex aiiqu^d accidens. Sed bonuui et tnalum convenil
circulMtantia.
Ad tertiuiD sic proceditor (i). Videtar qii5d
actio non sit bona vel mala ex cicrcumstantia.
Circam^tantis enim circamstant actum, sicat
extra ipsam existeotes, nt dictum est (qu. 7 ,
art. i). Sed bonum et malum sunt in ipsis
rébus, nt dicitur in VI. Metaph. (text. S).
Ergo actio non habet bonitatem vel malitiam
ai circumstantia.
2. Prœterea, bonitaç vel malitia actus,
maxime consideratur in doctrina moram. Sed
circumstantis cùm sint qusdam accidentia ac-
tuum, videntur esse prster considerationem
artis i qnia « nulla ars considérât id quod est per
accidens, » ut dicitur in VI. Metaph, (text. 4).
actioni secundùm snam substantiam, quia adio
ex suo génère potest esse bona Tel mala, ot
dictum esL Ergo non convenit actiom ex ât-
cnmstantia quod sit bona vel mala.
Sed contra est , quod PbUosopbos àidt in
lib. Ethic, quod « virtuosus operator secan-
dùm quod opoiiet, et quando opOftel,et se-
cundùm alias circumstantias. » Ergo ex contra-
rio, viliosus secundùm unumqnodque \itium
operatur quando non oporte) , ubi non oportel.
et sic de aliis circumstantiis. Ergo actinies
humans secundùm circumstantias snnt bons
vel mais.
(CoKCLUsio.—- Sicut res naturales non raod^
ex suis substanlialibus formis perfectiouem
Ergo bonitas vel malitia aclionis non est ex sortiuntur, verùm etiam ex accidentibus super-
circumstantia. venientibus, ita et hnmani actns non «àum
(1] De bis etiam infrè, qn. 4S , art. 6, incorp. ; et qu. S, de malo, art. 5, iacorp.; et qo. 7»
^. incorp.; et Quodlib^lY, art. 16, incorp.; et 11^ Sent,, dist. 36, art. 5, incorp.
DE LA BOITTE ET DE LA MALICE DES ACTES HUMAINS EN GÂNÉRAL. 477
accidentelles qui leur surviennent , de même les actes humains tirent
leur bonté ou leur malice, non-seulement de leurs objets, mais encore
de leurs circonstances.)
La plénitude d'être qui convient aux choses naturelles ne résulte pas
seulement de la forme substantielle qui les spécifie, mais vient aussi des
accidents surajoutés qui concourent à leur perfection : ces accidents sont;
pour lliomme , par exemple, la figure , la couleur et autres choses sem-
blables. Et si quelqu'un de ces accidents requis, pour que son état soit
convenable, vient à faire défaut, il en résulte un mal. Il en est de même
dans l'action ; car la plénitude de bonté qui lui convient ne consiste pas
dans son espèce seule ; elle reçoit beaucoup des accidents qui lui sur^
viennent. Or, telles sont les circonstances requises. D'où, s'il manque
quelqu'une de ces circonstances, l'action devient mauvaise (1).
Je réponds aux arguments : !• Les circonstances sont extérieures à
l'action en tant qu'elles ne lui sont pas essentielles ; mais elles sont en
elle en tant qu'accidents. Il en est d'elles comme des accidents des sub-
stances naturelles , accidents qui sont aussi en dehors de l'essence.
2o Tous les accidents ne sont pas éventuels et comme fortuits par rap-
port i leur sujet ; il y en a d'absolus, et ceux-là sont l'objet des sciences :
c'est ainsi que la moraljB considère les circonstances.
3*" Le bien étant identique à l'être^ et l'être pouvant s'entendre de la
substance et de l'accident, le bien est attribué, dans ces deux sens, aux
choses naturelles comme aux actions morales
(1) L* action est matiTaise quand elle manipie d'une des circonstances qu'elle doit atotr,
puisque tout mal , diaprés ce que Ton vient de dire , est un défaut ou une privation. Bu reste ,
que les circonstances influent sur la moralité de Tacte , c*est ce dont personne ne doute , c*est
ce que tous les moralistes chrétiens', en particulier , ont formellement reconnu. Inutile d*ap*
puyer cette vérité par divers témoignages. Mais qu'on nous permette de citer saint Grégoire
de Nazianse , le théologien de POrient.
« Je n'interdis assurément à personne , dit cet illustre docteur, de parier de Dieu ; seule-
exobjectîs, Ter&m'ex circnmstantiis boni vel
matt esse dicuotur. )
RespODdeo dicendan , qnod in rébus nata-
ralibos non invenitur tota plenitado perfec-
tioDis qns debetar eis ex forma sabstantiali
qus dat speciem; sed muUam saperadditur ex
supenenientiboa aocidentibus : aient in bomine
ex figura, ex colore et sic de aliia; quorum si
atiquod desit ad decentem habitudinem, conse-
qoitor malnm. Ita etiam est in actione , nam
plenilodo bonitatis ejos non tota consislit in
sua specie, aed aliquid additnr ex bis qus ad-
veniunt tanqaam acddentia quaedam; et ha-
jusmodi sont circnmstantis débits : nnde si
aliquid desit quod reqoiratnr ad débitas dr-
camstantiaa, erit actio mala.
Ad primnm ergo dicendnm , qnôd circnm-
iualitt sttDt extra acUonem in quantum non
sont de essentia actionîs, sunt tamen in ipsa
actione velut qasdam accideolia ejos : sicut et
aocidentia qus sont in substantiis nataralibos^
sont extra essentias earum.
Ad secondom dicendam , qu6d non omnia
accidentia per accidens se habent ad sua sob-
jecta; sed quedam sunt per se accidentia qae
in onaqnaqae arte considerantur : et per hune
modum considerantur circumstantiœ actunm in
doctrioa morali.
Ad tertinm dicendnm, quÔd cùm bonom
convertatur cnm ente, dent ens dicitnr secun-
dùm sabstantiam et secundùm accidens, ita et
bonum attribaitor alicoi et secundùm esse
SQum essentiale , et secnndùm esse acddenlalc,
tam in reboa nataralibos , qoam in actionibua
moralibns.
478 i" u* PA&TI2, QozsTioN xvnt, Axaaui A,
. ARTiaE IV.
La fin rend^lle les actions bonnes ou mauvaises?
Il paroit que la fin Be rend pas les actions hnmames bonnes on mt:-
ysises. i« Saint Denis dit. De div. Nom., IV : « Le mal ne samoHétsT
la fin d'une opération. > Donc^ si la fin rendoit les actions bonnes^
mauvaises 9 il n'y en anroit aucune de mauvaise; ce qui est évidemmec!
&UX.
9» La bonté d'un acte lui est intrinsèque. Or la fin est une canseottm-
aèque. Donc elle ne peut rendre une action bonne ou mauvaise.
30 Des actions bonnes en elles-mêmes sont quelquefois rapportées i lœ
fin mauvaise^ lorsque, par exemple, on jeûne par vaine gloire. Récâfio-
quement , des actions mauvaises sont rapportées à une bonne fin^ Vxsiffû^
par exemple, on vole pour faire Taumône. Donc la fin ne rend pas l'ac-
tion bonne ou mauvaise.
Mais Boéce dit, au contraire, a Une action est bonne ^ si la fin en «st
bonne, et mauvaise, si la fin est mauvaise.
(GoNausiON. — Les actions humaines dépendant de la foi^ outre la
bonté absolue qu'elles ont par elles-mêmes , ou que leur dooneat , soit
leur objet, soit leurs circonstamoes, elles reçoivent aussi de la fin koi
bonté ou leur malice.)
Il en est de la bonté des choses comme de leur être. Il 7 en a dont
l'être ne dépend d'aucune autre chose, et qu'il siidlt, par suite, de cou-
OMnt, je ne feux pu qii*OD en parto d*Qiie manière intempettitc. Rien ii*C6i «préaMe el WKn
eonme le miel; mais nVst-il paa vrai que pria avec intempérance, il excite le éèçsoÊH et pn-
voqve le tomlitemeniV II est un iempa déterminé peur chaque ouvre. Lea clioses qoi, par
uliefr>mémea, sont bonœa et légitimée » perdent ce caractère de droiture et de bonté qawi
elles ne font paa rotétuea dea cireonstancea qu'eltei exigent. )> Viennent enanite qedqiiH
exemples que nous ne citons pas , la pensée de rauteor a*exp1tqnant et se justifianl asso ptf
ell^mène.
ARICULUS IV.
Uhium actio humana $it bona vel mata
exfine.
Âd qaartum sic proceditor. Videtar, quod
bonum et malom in aciibus humaDis non siut
ex Iine. DicU enim Dionysius, IV^ cap. De div.
Nom, qu6(l m nlhil respiciens ad malum, ope-
ratur. » Si igitur ex Une derivaretur operatio
bona vel mala , nuUa actio esset mala : quod
patet esse faisum.
2. Prsterea , bonitas actas est aliquid in
ipso existens. Finis autem est causa extrin-
leca. Non ergo secundùm &aem dicitur actio
bona vel mala.
B. Prsterea^ contingit aliqoam bonam ope-
ntioneoi ad malum finem ordinari , sicut cum
riam ; et ë converso , aliquam malam opeaUo-
nem ordinari ad bonum finem, sicul cùid qui»
furatur, «t det pauperi. Non eigo est ex fine
actio bona vel mala.
Sed contra est, qu6d Boetius dkit ia Topic.,
qu6d « cujos finis bonus est, ipsiia qjuoque
bonum est; et oojus finis mains esl, ipsom
quoque malum est. »
( CoNCLUsio. — Actiones hummue sicut ei
fine dépendent , ita praeler absolutam bonitalem,
quam ex se babeat, et eam quam ex obiecto,
vel ex circumstantiis, ei; fine qidque bookateo
vel malitiam susciplunt )
Respondeo dicendum, qu&d eadem est dis-
positioreruminbonitate,et ine^^e. Sunienim
qusdam, quorum esse ex alio non dépende!, tt
in bis sufficit consideiare ipsum eorum esse
'is dat elcemosynam propter inanem glo- 1 absolutè. Quadam ver5 suut, quorum esse dd*
DE LA BONTÉ ET BB LA XAITGE DES ACTES HUITAIITS EN GÉNÉRALE 479
sidérer absoluïaeat. H y en a aussi dont Têtre dépend d'une autre chose
et doit être oûnséqoèmiïient envisagé dans son rapport avec la cause dont
il dépend. Or, de même que Vétte d'une chose dépend de Fagcnt et de la
forme, sa bonté dépend de la fin. C'est pourquoi, dans les personnes di-
vines, dont la bonté est indépendante de toute cause, cette bonté n'est
pas coQodérée sans doute comme provenant de la fin; mais dans les actes
humains et les autres êtres qui dépendent de certaines causes , outre la
bonté absolue qui est en eux, il faut voir encore la bonté qu'ils em-
pruntent à la fin de laquelle ils dépendent. Ainsi la bonté d'une action
humaine peut être considérée sous quatre aspects : d'abord dans son
genre ou en elle-même, c'est-à-dire, en tant que l'action est telle; puis-
que, comme nous l'avons dit, elle a autant de bonté qu'elle a d'être; se-
condement, dans son espèce, qui résulte de l'objet embrassé par l'action;
en troisième lieu, dans ses circonstances, qui en sont comme les acci-
dents; en quatrième lieu, dans sa fin, c'est-à-dire, dans son rapport avec
la cause de la bonté.
Je réponds aux arguments : !• Le bien qu'on se propose pour fin n'est
pas toujours un vrai bien; quelquefois il est réel, quelquefois il n'est
qu'apparent, et^ dans ce dernier cas, la fin peut rendre une action mau-
vaise.
2*> Quoique la fin soit une cause extrinsèque, néanmoins la proportion
voulue et le rapport qu'elle a avec l'action sont intrinsèques à l'action
même.
3° Rien n'empêche qu'une action douée d'une des bontés qae nous avons
enumérées ne manque des autres. En ce sens, il arrive qu'une action
bonne dans son espèce ou dans ses circonstances est rapportée à une fin
mauvaise, ou réciproquement (1). Cependant elle n'a une bonté absolue
(1) G*e8t-è-dire qu^qne action, mauvaise dans son espèce ou dans ses circonstances, p?i:i
quelquefois être rapportée à une bonne fin. La fin ne suffît pas alors à la rendre bonne, diaprés
pendet ab alio ; ande oportet quod eonside-
rentar per oonsiderationem ad causam, à qua
dépendent. Sicut autem esse rei depei\det ab
agente et forma , sic bonitas rei depeodet à
fine. Unde in personis divinis, que non habent
bonitatem dependentem ab alio, non oonside-
rator aliqna ratio bonitatis ex fine. Actiooes
tntem human», et alia qnorom bonitas depen-
det ab alio, babent rationem bonitatis ex fine
I qoo dépendent, pister bonitatem absolutam
qns in eis existit. Sic igitor in aclione bu-
mana, bonitas quadniplex considerari potest.
Uoa quidem secondùm gênas, proat sciticet
est actio ; quia quautnm babet de aotione et
entitate, tantum babet de bonitate, ut dictum
est. Alia Terô secandiim speciem , qus acci-
pitor secundùm objectum conveniens. Tcrtia
aecondùm dicnmstantias, qoasi flecaadbm ac-
cidentia qucdam. Quarta autem secondùm
finem^ quasi secundùm babitudinen ad boni-
tatis causam.
Ad primum ergo dicendum, qu5d bonum , ad
quod aliquis respiciens operatur, non semper
est venim bonum ^ sed quandoque Teram bo-
num , et quandoiue apparens : et secundùm
boe ex fine seqtiitur actio mala.
Ad secundùm dicendum, qu6d quamYis finis
sit causa extrinseca, tamen débita proportio ad
finem et relatio in ipsum inbsret aetioni.
Ad tertium dicendum, qu6d nihil probibet
action! habenti unam prsdictarum bonitatum
déesse aliam : et secundùm boc contingit ae-
tionem qus est bona secundùm speciem suam,
vel secundùm circumstantias, ordinari ad finem
malum , vel è conyerso ; non tamca est a^^Uo
booa simpliciter^ niai omnes bonitates concur-
480 I~ II* PARTIE^ QUESTIOir ZYUI, AATKXS 5.'
que lorsque ces diverses sortes de bonté lui conTieimail, par la ra»
que « tout défaut est un mal ^ et que le bien ne provient que d'une tam
parfaite, » comme dit saint Denis, De div. Nom., IV.
ARTICLE V.
Y a-t'il des actions humaines qui soient bonnes ou mauvaises éan$
leur espèce?
n paroît que les actions bumaines ne sont pas spécifiquement boiffî^
ou mauvaises. 1** Le bien ou le mal des actes est conforme à célmàs
cboses. Or, dans les choses, le bien et le mal ne diversifient pas Te^;
car un homme bon est de la même espèce qu'un bomme mauvais. Dm
le bien et le mal ne diversifient pas l'espèce des actes.
9? Le mal étant une privation est un non-ètre. Mais le non-^^ m
peut constituer une difierence, d'après le Philosophe, Metaph.,ÏBLOti
eomme la différence constitue l'espèce , il semble que de ce qu'on acte
est mauvais, il ne rentre pas pour cela dans une nouvelle espèce. Par
suite, le bien et le mal ne diversifient pas l'espèce des actes humains.
3» A des actes spécifiquement divers correspondent des effets dfrers. Or,
un même efi*et peut résulter de deux actes dont l'un est bon e\ Vaxitte
mauvais : ainsi la génération résulte de l'adultère comme du mariage.
Donc les actes bons et les actes mauvais ne diffèrent pas quant i l'espèce.
4" Le bien et le mal des actes résultent quelquefois des circonstance».
Or, la circonstance étant un accident ne peut donner Tesjpèce à l'acte.
«et «lidme t la fin ne Jaatifle pas les moyens. Mais la fin soffit, quand elle est mnrmse.è
vicier une action. Il faut donc, pour qu*une action soit bonne, qu*elle soit bonne deittf
point, par fobjet, par les circonstances et par la fin. n suffit qu*une seule de ces coadiiio»
manque , pour qu'elle soit mauvaise : et cela , en vertu du principe invoqué par boM ss>*
auteur daos cette même réponse au troisième argument.
nnt, quia <c quilibet singularis defectus causât
mahîm, bonum aotem caosatur ex Integra
causa, » ut Dionysius dicit c. IV. De divinis
Nominibvs»
ARTÏCULUS V.
Vtriun aliqua açtio humana $U bona vel $naîa
in tua specie.
Ad quintum sic proceditar (i). Videtur qu&d
actns morales non différant specie aecundùm
bonum et malum, Bonum enim et malnm in
actibus invenitnr oonformiter rebos, ut dictum
est (qu. i ). Sed in rébus bonum et malum
non diversificant speciem; idem enim specie
est hofflo bonus et malus. Ergo neque etiam
bonum et malum in actibus diversificant spe-
cien.
2. Prsterea, malum cnm ait privatio, eâ
qnoddam non ens, Sed non eus non po(»t esse
differentia^ aecundùm Philosopbom io lU. ^
taph., text. 10. Cùm ergo diflerentia cob^^^
speciem , videtor quod aliquis actns ex boc
quod est mains, non constituator îd alkIaa8p^
cie : et ita bonum et mtdum non divetsi&cb^
speciem bumanorom actaum.
8. Pneterea, dîTersoram actuam seconAte
speciem diversi sunt elTectus. Sed idem spede
effectus potest oonsequi ex actu bono et â^*
sicut bomo generatur ex adolterio et ex iB**
trimoniali conculûtu. Ergo actns bonos etoslis
ttondiffemut specie.
4. Prsterea, bonum et malum ^àter io
actibus quandoqne secundùm circamsta&taoi*
ut diotum est (art. 4). Sed dicnnstaotu csn
i
't) De bis etiam qu. S, de malo, ait. 4 , ad 5| et art. $, in corp.
BS LA BONTÉ ET DE LÀ ITALIGE DES ACTES HUMAINS EN GENERAL. 481
Donc les actes humains ne diffèrent pas spécifiquement par leur bonté et
leur malice.
Hais^ au contraire^ d'après le Philosophe, Ethic, II, a des habitudes
semblables produisent des effets semblables. » Or, les habitudes bonnes
et mauvaises diffèrent spécifiquement, comme la libéralité et la prodi-
galité. Donc les actes bons et mauvais diffèrent aussi par leur espèce.
(Conclusion. — L'acte étant spécifié par Tobjet qui diffère suivant sa
bonté et sa malice, le bien et le mal diffèrent évidemment quant à
Fespèce.)
Tout acte, ainsi que nous l'avons dit, est spécifié par son objet. Il suit
de là qu'une certaine diversité dans les objets peut constituer parmi les
actes une diversité d'espèces. Il faut aussi considérer que la différence de
l'objet fait la différence de l'espèce dans les actes, en tant qu'ils sont
rapportés à un principe actif; et que cette différence ne spécifie nulle-
ment les actes, en tant qu'ils sont rapportés à un autre principe actif;
car l'espèce ne résulte pas d'une chose purement accidentelle, mais de
quelque chose d'essentiel. Or une différence dans les objets peut être
essentielle par rapport à un principe actif, et accidentelle par rapport à
un autre : ainsi la connoissance de la couleur et celle du son prises en
elles-mêmes diffèrent essentiellement par rapport aux sens, et ne dif-
fèrent pas par rapport à l'intellect. Mais dans les actes, le bien et le mal
sont déterminés par la raison; parce que, d'après saint Denis, De div.
Nom., IV, a le bien de l'homme consiste en ce qu'il agit suivant la
raison, et le mal en ce qu'il agit contrairement à la raison, d le bien
d'un être étant ce qui convient à sa forme, et le mal étant ce qui est
en opposition avec elle. Il est donc évident que la différence du bien et
du mal considérée dans l'objet, doit être rapportée à la raison , qui juge
sit accidens^ non dai speciem actui. Ergo actns
haoïani Doa différant specie propter bonitatem
et maliliam.
Sed contra, aecundbm Philosophum in II.
Ethic, « similes habitua, similes actus red-
dnnt. 9 Sed habitua bonus et malus différant
specie y ut liltcralllas et piodlgalitas. Ergo et
actus bonus et malus différant specie.
(CoNCLcsio. — Cùtn actns speciem habeat
ex objecto, cujus bonum et tnalum differentia
sent 9 manirestttm est bonum et malum dif-
fénre specie. )
Respoudeo dicendnm, quôd omnis actus spe-
ckm habet ex sue objecto , sicnt supra dictum
est ( qu. i, art 3 ). Unde oportet quod aliqua
diffeienlia objecti faciat diversilalem speciei in
tctibus. Est autem coDsideraodum quod aliqua
differentia objecti facit differentiam speciei in
actibns secondùm quod refirantur ad unum
piacipium activom, que non iîicit differentiam
lit
in actibus secundùm quod referuntur ad aliud
principium activnm ; quia nibii quod est per
acddens constituit speciem, sed solum quod
est per se. Potest autem aliqua differentia ob-
jecti esse per se in comparatione ad unum
aclivum principium, et per accidens in compa-
ratione ad alind : sicnt cognoscere colorem et
sonum per se différant per comparationem ad
sensum , non autem per comparationem ad in-
telleclum. lu actibus autem bimum et malum
dicitur per comparationem ad rationem ; quia
ut Dionysins dicit IV. De div, Nomin., a bo-
num hominis est secundùm ralionem esse,
malum autem quod est prxter rslionem; v
unicuique enim rei est bonum quod conveoit
ei secundùm suam formam , et malum quod
est ei praeter ordinem sus formae. Patet ergo
quod differentia boni et mali circa objectum
considerata , comparatur per se ad rationem ;
scilicet secundùm quod objectum est ei coB>
31
482 I** II* PARTIE, aUBSTIOX ZVni, AATUXB 5*
si Tobjet lui convient ou non; et les actes sont appelés humains oa
raux, en tant qu'ils sont subordonnés à la raison (1). D'où il résulte daî-
rement que le bien et le mal diversifient les eqpices des actes nuaaaz,
puisque les différences absolues diversifient les espèces.
Je réponds aux arguments : l*" Même dans les dbyoses natiuDdles le
espèces sont diversifiées par le bien et le malj^ c'est4-dii0j.paf ce qui etf
selon ou contre la nature. Un corps mort, en effet, et un corps vivant
ne sont pas de la même espèce. De même le bien qui résulte de la €0^
formité à la raison, et le mal qui résulte de la non-<x)nformité ^ cbzagmi
Tespèce des actes moraux.
2" Le mal emporte une privation, non absolue, mais relative à tdk
ou telle puissance. Un acte, en effet, est mauvais dans son esfèee, usa
parce qu'il n'a aucun objet, mais parce qu'il a un objpt amtraire ik
raison, comme, par exemple, enlever le bien. d'autcuL D'où il soit que
l'objet considéré même comme une cbose poâtive,^ peut rendre os acte
spécifiquement mauvais.
3» L'acte conjugal et l'adultère, par rapport à la raison, diflerenlgé-
cifiquement et produisent aussi sous ce rapport des effets difféies25; car
l'un mérite louange et récompense, l'autre, blâme et châtimenL Mais,
(i) Dans tool acte humain , comme nous Tavons dit d'afy^a la doetrine de
teur, il faut distinguer deux sortes d*étre| Tétre naturel et Télre moral. De plus, fètre
d*ttn acte résulte de son rapport atec la raison , c^est-à-dfre de sa conformité on de son op-
position avec cette lumière intérieure, qui est en nons le pHrieilet de la lei éleraâe. Col
là un double principe qu*on ne doit pas perdre de vue , si Ton veut comprendis la ^IstioeliN
établie dans cet article.
Deux actes peuvent avoir un même être naturel, on appartenir naturelleineiil è la taèm
espèce , tandis que, coosidéi-és moralement, on dans leur être moral, ils appartif ntnH àds
espèces difTérentes et même opposées. Tuer un homme, dans le cas de légitime défense, ék
le tuer sous l'impulsion de la haine , c'est un même acte naturel ; mais , à consâdérer ie>
choses sous le rapport moral, il existe, entre ces deux actes, une différeaoe qai les
dans deux espèces bien distinctes : Tun est un malheur, Tautre est un crime.
veniens, vel non conveniens. Dicuntur autem
aliqui actus humani vel morales, secuadùm
quod sunt à ratione : unde mamfestum est
qu6d bonum et malum diversiûcant speclem
in actibus moralibus (1) ; differenti» enim per
se diversi&çaot speciem.
Ad primum ergo dicendum, qudd etiam in
rébus naturalibus bonum et malum, qood est
« secundùm nataram et contra naturam, » di-
Tersiûcant speciem natone. Corpos enim mor-
taum et corpus vivum non sunt ejosdem spe-
ciei, et similiter bonvm in quantum est se-
cundùm rationem , et malum in quantum est
pneter ralionem , diversificant speciem moris.
Ad secandum dicendum, qa&d mo/irm in-
portat privalionem non absolatua, sed coœe-
quentem talem potentiam. Dicitor enîB nains
actus aecundùm soam speciem, non ex eo fiod
nullam habeat objectiun, aed qnîa faabei ob-
jectum non conveniens ntioni, aeil toUere
aliéna. Unde in qoaatam objecUia est afiqôd
positivé, poteat constitoere spedeattih actai.
Ad tertium dicendum, qnôd actna^o^uga^
et aduUeâum secundùm quod oomparantir ad
rationem f diflérant apecie, et habent effectof
apecie différentes; quia unum eonuB merctc
laudem et pramium, alind viiipertoA et ^
nam. Sed secundùm qood oomipasantor ad po*
(1) Aliter tamen et aliter Jnita diversam otriusque conditionem. Bimwm enim speciea foi^
maliter constituere potesi, quia est posttivom aliqoid et ens; mûlwm autem noDDin oattria*
liter et denominativè , cùm formaliter sit privatio Untèm etfiM» enc^ née speeieM cenftitMie
possit per seipsum, sed ut adjunctum bono; sicut expressé L part., q«. iSi, art. 1, sait
explicat S. Thomas; et expendimus ibi contra cscos deformiUtiS| velnalilia pesiiivs ' —
''*'^res, ac alibi, pleniùs expendemus.
DE LA BONTÉ FT BB LA VALIGE DES ACTES HUMAINS EN GÉNÉRAL. 483
isoiis le rapport; purement naturel^ ils ne diflCèrent pas d'espèce, et ils ont
' par conséquent un même résultat spécifique,
4*' Les circonstances sont prises quelquefbis comme constituant la diffé-
rence essentielle d^n objet ^ en tant qu^n les compare à la raison; et,
^ dans ce sens, elles peuvent spécifier Tacte moral. Cela arrive toutes les
^ fois qu^elles changent un acte bon en un acte mauvais; ce qu'elles
^ ne peuvent jhire que parce qu'elles sont opposées à là raison.
ARTICLE VI.
La fin rmd^le le» aoUt spicifiquenumt bmufou mamottif?'
' n paroît que le bien et le mal qui viennent de la fin, ne diversifient
• pas l'espèce des actes, t" Les actes sont spécifiés par leurs objets. Or la fin
^ diflfère de Tobjet. Donc le bien et le mal qoi viennent de la fin , ne.
' diversifient pas Tèspèce dies actes.
' 2« Ce qui n'est qu'accident ne détermiiie pas Pespèce. Oir, le rapport
d'un acte avec telle fin est souvent accidentel; par exemple, faire
l'aumône par vaine gloire. Donc le bien et le mal'qoi viennent de la fin,
ne diversifient pas l'espèce des actes.
3^^ Des actes spécifiquement divers peuvent être rapportés à une même
fin : ainsi la vaine gloire peut être la fin de plusieurs actes vicieux ou ver-
tueux en eux-mêmes. Donc le bien et le mal qui résultent de la fin ne
diversifient pas l'espèce des actes.
Mais, au contraire, nous avons montré plus haut, quest. i, art. 3, que
les actes étoient aussi spécifiés par la fin (i). Donc ils le sont par le bien
et le mal qui résultent de cette même fin.
(1) En démontraDt, dans U qveBilMi eC l'article indiqués , qoe le» aeiet humains sani
cifiés par la fin , Tauteur s* est appuyé sur un texte de saint Augustin , qui s'applique à la
tentiam generativan , non différant specie : et
sic babent uniini effec&on secundùm speciem.
Ad quartum dicendam, qaèd drcaiostantia
quandoque sumitar ut diffierentia essentialis
objecti, secondàm qaod ad ratiuneffl compara^
toi : et Umc potest dare spedem actni morali.
Et hoc oportet esse quandocumque civcumstan-
tia transmutât actnm de bonitate in malitiam ;
noD eniffl drcomstantia faœret actom maluizi
niù per boc quod rationi répugnât
ARTICULUS VI.
.Crtrùm actu$ habeat speeiem boni vel malt
ex fine.
Ad sextnm sic proceditor (1). VideUur qu6d bo-
naoi et malom quod est ex fine, non diveisi-
flcent speeiem in actibua, Aetna enint babent
ipedem ex objecto. Sed finis est prêter ra-
tiooem objeeti. Ergo bonum et makun quod
est ex fine y non diirersificant speeiem actos.
a. Prsterea, id quod est per accidens, noa
constitoit speeiem^ ut dictum est ( art. 9 ). SeA
acddit alicai aetai, qood oïdiaetnr ad aliquem
finem, aient qood aliquis det eleemosynam
propter inanemgloriam. Ergo seeoodùm ^ouimi
et tnalum qno^ est ex fine , non dîTeisiâcaiitiir
actna secondùm speeiem.
3. Praterea, diveisi aetof seennâàm sp^
ciem ad unum finem oïdiiiari poasont : sicat
ad finem inanis gloria ordinari pcasimt actoB
dirersarom virtatom et divenemm vitiomm.
Non ergo bonmn et malum^ qood aecipiltt
secundiun finem , diversificat speiiiem aotaoBb
Sed contra est» qnôd supra oetensom eil
(qu. i, art. S), quod actos homani babent
spedem à fine. Ergo bonum et malum ^md
accipilur secuidùm finem, diireiiificat ipecîM
actuum.
(i) De his etiam infri qu. 19, art. 1 ; et O, 5en(.« dist. 40, art. etiam 1.
kSi l^ II' PARTIE, QUESTION XYIII, ARTICLE 6.
(Conclusion. — La bonté ou la malice distinguant spécîfiqoement ks
actes humains, une telle distinction résulte aussi de la fin ^ qui e^
l'objet propre des actes intérieurs de la yolonté.)
Gomme nous l'avons dit plus haut , on appelle humains certains acte,
parce qu'ils sont volontaires. Or, l'acte volontaire se compose de dein
actes, l'un intérieur, l'autre extérieur, qui chacun ont lear objet pn^»e.
L'objet propre de l'acte intérieur est la fin ; celui de l'acte extérieur est ce
sur quoi fl tombe directement. De même donc que l'objet sur leqi^i
s'exerce l'acte extérieur le spécifie, l'acte intérieur est sp&^ifié parla fin
comme par son objet propre. Mais ce qui provient de la volonté est comii^ la
lorme de ce qu'opère l'acte extérieur, par la raison que les membres scst
les instruments dont la volonté se sert, et que les actes extérieurs ne s^t
moraux qu'en tant qu'ils sont volontaires. C'est pourquoi l'espèce des acl^3
humains résulte formellement de leur fin, et matériellement de l'objet
de l'acte extérieur. De là cette parole du Philosophe, Elhic, V : « Celui
qui vole pour commettre un adultère, est plutôt adultère que voleor. »
Je réponds aux arguments : 1** La fin, on l'a vu, est prise aussi comme
objet.
2^" Quoique l'acte extérieur soit accidentellement rapporté i telle fin, il
n'en est pas de même de l'acte intérieur , qui est la forme de l'acte exté-
rieur.
3* Lorsque plusieurs actes spécifiquement divers sont rapportés à une
même fin , il y a bien diversité d'espèce dans les actes extérieurs , mais,
du côté de l'acte intérieur, il y a unité spécifique.
thèse actuelle , d'une manière encore plus directe. Voici les paroles du saiot éréqœ d*Hf-
pone : « Suivant que notre fin est bonne ou mauvaise , nos actions sont looables oo blâ-
mables. » G*est , comme on le voit , la réponse à la question posée dans cet article.
( CoiiCLUsio. — Bonitas vel malitia hamanos
actas morales specie distingueus, etiam ex fine,
qui proprium objectom actos interioris volun-
tatis est, sami débet. )
Respondeo dicendum , qu6d aliqui actus di-
cuntor Au mani ia quantum sunt volantarii ,
sicut supra dictum est (qo. 1, art. 1). In acta
aatem volantario invenitur duplex actos, sci-
licet actus interior voluntatis , et actus exte-
nor : et uterqoe horom aclaum habet suum
objectum. Finis autem propriè est objectum
interioris actus voluntatis ; id autem circa qood
est aclio exterior, est objectum ejus. Sicot
îgitur actus exterior acdpit speciem ab objecto
circa qood est, ita actus interior voluntalis
acdpit speciem à fine, sicut à proprio objecto.
Id autem quod est ex parte voluntatis, se habet
ut formale ad id quod est ex parte exterioris
ados; quia voluntas utitur membris ad ageu-
dom, sicut instrumentis; neque actus exte*
riores habent rationem moralîUtîs, nisi ii
quantum sunt vountarii. Et ideo actas humaù
species formaliterconsideraturseciiodùm (/oefl),
materialiter autem secundùm objectom exleiw-
ris actus. Unde Philosophus dicit in V. Ethi€.
quod « ille qui furatur utcommittat adoltenani,
est per se loqoendo magis aduUer qaint for. »
Ad primum ergo dicendum , qoM Snis babet
rationem objectif ut dictum est ^. 1, art. f
et paul6 suprà in corp. )
Ad secundùm dicendum , qu&d ordinarî a4
talem finem, etsi accidat exteriori ac toi, doc
tamen accidit actui inieriori voluntatis, qui
comparatur ad exteriorem, sicut fiM-male id
materiale.
Ad tertium dicendum, qnod quando nalti
actus specie différentes ordinantur ad anam
finem, est quidem diversitas speciei ex paite
exteriornm actuum, sed unilas speciei ex part»
actus interioris.
BE Là. BOHTÉ KT BB LA VÀIICE DES iCTES HlrUAIRS EN GÉNÉRAL. hS^
ARTICLE VIL
. La bonté qui vient de la fin est^elle subordonnée à celle qui vient de Vobjet
comme une espèce à son genre, ou est-ce le contraire qui a lieu?
n paroît que la bonté qui vient de la fin , a pour genre celle qui vient
de l'objet : ainsi, par exemple, quelqu'un veut voler pour faire Taumône.
1"* Tout acte, comme on Ta dit, est spécifié par son objet. Or, il est impos-
sible qu'un objet soit renfermé dans une espèce qui. n'est pas par
elle-même subordonnée à celle de cet objet, une même chose ne pouvant
appartenir à des espèces différentes et indépendantes. Donc l'espèce
qui vient de la fin est renfermée dans celle qui vient de l'objet.
2<> Toujours la différence dernière constitue l'espèce la plus particulière.
Or, la différence qui vient de la fin est postérieure à celle qui vient
de l'objet, car la fin a la qualité de terme. Donc l'espèce qui vient de la fin
est renfermée dans celle qui vient de l'objet , comme étant plus particu-
lière que celle-ci.
3* Plus une différence est formelle, plus elle est particulière, parce que
la différence est au genre ce que la forme est à la matière. Or, dans
l'article précédent , on a vu que l'espèce qui vient de la fin est plus
formelle que celle qui vient de l'objet. Donc l'espèce qui vient de la fin est
renfermée dans celle qui vient de l'objet, comme l'espèce dans son genre.
Mais le contraire résulte de ce que tout genre a des différences
déterminées. Or, les actes appartenant à l'espèce qui vient de l'objet,
peuvent être rapportés à une infinité de fins : ainsi le vol peut avoir pour
fin une foule de biens et de maux. Donc l'espèce qui vient de la fin n'est
pas subordonnée à celle qui vient de l'objet, comme à son genre (1) .
(1) Uaspect métaphysique sous lequel cette thèse se présente , ne devroit pas faire penser
au lecteur qu^elIe est de pure théorie, et qu'elle n*a aucun rapport avec la morale. En mon-
ARTicuLus vn.
Virian tpecieê bimUatU qum est exjtne, ooh-
iineatur sub speeie qua est ex objecte, sicut
tub génère, vel è eonverso.
Ad septimum sic proceditur. Videtor qu5d
species bonitatis que est ex fine, contineatur
-sab Bpecie boeilatis que est ex objecto , sicot
species sub génère : pata, cùm aliquis vult
funri ut det eleemosyDam. Actus enim habet
specieai ex objeclo. ut dictnm est. Sed iai()os-
«ibile est quoîd aiiquid eontineatur in aliqua
spede, quod sub propria specie non continetur;
<iuia idem non potest esse in diversis speciebus
DOD subaiternis. Ergx) speoies qus est ex fine
continetur sub specie que est ex objecto.
S. PratoreSySemper nltima dilTerentia con-
fititttit speciem speciÉissimam. Sed differentia
4nic est ex fine, videtor esse posterior qoam
diffeientia qn« est ex objecto ; quia finis habet
rationem ultimi. Ergo spedes que est ex fine,
continetur sub specie qus est ex objecto, sicut
species specialiâsima.
8. Pneterea, quanto aliqua difTerentia est
magis fonnalis, tantô magis est specialis; quia
difTerentia comparator ad genos ut forma ad
materiam. Sed species qus est ex fine , est
'formalior ea que est ex objecto, ut dictum est
(art. 6 ). Ergo species qus est ex fine, con-
tinetur sub specie que est ex objecto , sicut
species spedalissima sab génère subaiterno.
Sed contra, cujoslibet generis sunt déter-
minât» differentis. Sed actus ejusdem specie!
ex parte objecli potest ad infinitos fines ordi-
nari, putà fnrtum ad infinita bona vel mala.
Ergo spedes que est ex fine , non continetur
sub specie que est ex objecto, sicut sub ge^
nere*
486 i*« II* PA)ms> otnsstioif xvnt) ijmou .7.
(Conclusion. — L'espèce d'un acte moral, pri^e da cAté de la fin , g*:
pas pour genre Tespèce qui lui est assignée par Tobjet, mais elles fonnsc:
das espèces difiérentes.)
L'objet d'on acte extérieur peut «voir deux fortes de rapport avec h ±
déterminée par la volonté, n peut lui être rapporté d'une manièfe
tielle; ainsi, combattre courageusement a, de sa nature, un
avec la victoire. H peut aussi ne lui être rapporté qu'acddenteUerarat;
lorsque, par exemple, on prend le bien d'autrui pour faire raumâne. Or,
d'après le Philosophe , Metaph., VII , 43 , les différences qui diviseot un
genre et forment ses espèces , doivent le diviser de soi ou par tlks-
mêmes; si elles ne le font que par accident, la division n'est pas mtfi-
relle ; si l'on disdt , par exemple , a parmi les animaux , les uns sont
raisonnables, les autres sont privés de raison; et, parmi ces denûers, Vs
uns ont des ailes , les autres en sont dépourvus; » il y auroit la quelque
chose d'irrationnel ; ces dernières qualités ne déterminent pas par elks-
mêmes la nature de l'animal privé de raison. Mais il faudroit ainsi
diviser ces animaux : a les uns ont des pieds, les autres n'en ont pas; et,
parmi les premiers , les uns en ont deux , les autres quatre , d'antres on
plus grand nombre , » et ainsi de suite. Cette classification détermine
tEtot que , daat les actes humains, respéce résultant de la fin n*est pas resreiMe dais cde
qni resuite de Fobjet , comme une espèce est renfermée dans son gcare , saint Thomas éiiiM
•n principe une des vérités les plus importantes , et dont rapplication a le plus «rétesdiie : i
prouve, en effet, par là, que la On d*un acte, telle que rbomme se la propose, ne sasH*
nécessairement la nature de Tobjet de cet acte ; que cet objet , par conséquent , peut éiie ta,
tandis que la fin est mauvaise , ce qui ne sauroit avoir lieu si la nature de rot\jct enUaiKHi
toujours et earactérisoit par là même celle de la fin. Or, comme nous avons vu que la vbBt
de la fin snffisoil A rendre Tacte mauvais , cela prouve ullérieuiiement qtf os «oie feoa ém
son espèce ou par son objet , ne peut pas rendre telle la fin à laquelle cet a.cle est adreoé.
Et, comme enfin ces deux espèces , celle de la fin et celle de Tobjet , sont indépendantes m
de Tautre , il s*enauit que ni la fin ne légitime les mojcns, ni les mojeas ne pemvcst itki-
mUter la fin.
Les raisonnements que saint Thomas développe dans le corps de Tarticle, pour dérnootm
cette vérité , sont basés sur les principes généraux de la philosophie aristotélique toocbant l«
Sanre et retpèee , la matière el la forme, la différence éloignée et la diférence prorkjiae os
dernière : toutes noUons que nous avons plui d*une fois rappelées dans les notes , eo puti-
>ciMer dans oellea du premier et du troMéine volume. Le lecteur peut y recourir au hesm;
et expressions une fois bien comprises, les pensées et leur encbatnement ne préseateot
pnsqne plus aucune dHBculté.
(CoRCLDsio. -* Species œoralis actns ex fine
accepta, non oootinetar sub specie actua ex
objecto speciûcati, aicat aub génère , sed flont
in distinctis speciebus, )
Beapondeo dicendam, quàd objeciom exte-
rioria actoa dupliciter pote8t,ae habere ad fincm
volontatis. Uno modo sicut per ae ordinatom
td ipaam : aicut bene pognare per ae ordioator
id victoriam. Âlio modo per accidena : sicut
accipere rem alienam per accidena oïdinatur ad
dandam eleemosynam. Oportet autem, ut Pfai-
loflophoa dicit in VU. Metaph. (text, 43), qnod
difierentis dividentes aliqaod genus^ et oo»-
stitoentes speciem illias generia^ per se éi\i-
dant iUod; si autem per accidena, md nc\i
procedit divisio, potà ai quia dieat : « aaioi-
iium aiiud ratiooale , aliud irrataoBaie*, et au-
maliam irraticnaliam, aiiud alaiom^ aliod dm
alatam; » alaiam enim et non alatuœ non sqqI
per ae detennioativa ejoa qood eat imtioBJie.
Oportet aotem aie dividere, «aaiinaliafflaii>'
babeos pedee , aliud non habena pedes ; et lor
beutiom pedes aUad habetduoa, aliod quatuor,
aiiod molioa} » tia^ eoim per se déterminait
DB LA BOmi ET ros LA VAIIGS DSS ACTES HUMAmS EÎT GÉNÉRAL. 487
Ae "^Itis en plus la premffire différence établie. Ainsi donc ^ qnand Tabjet
n'est pas par Ini-mAme rapporté à la tn, la différence spécifique qui vient
de l'ohjet, n'est pas propre à déterminer celle qui vient de la fin, et réd-
Xyroq[aement. D'où il suit que ces espèces ne rentrent pas Tune dans
l'autre , et qu'alors l'acte moral est comme renfermé dans deux espèces
disparues. De là nous disons que celui qui vole pour s'abandonner à là
fornication, commet deux péchés par un seul acte. Mais si l'objet est par
ini-méme rapporté à la fin, Vrme des différences détermine l'autre, et, par
saite, l'^e est renfermée dans l'autre. Reste à examiner quelle est celle-
là. Pour le déterminer clairement, il faut d'abord considérer que plus est
particulière la forme de laqueHe résulte la différence , plus celle-ci est
spécifique ; en second lieu , que plus un agent est universel , et plus
sa forme est universelle ; en troisième lieu , qu'à un agent universel cor-
respond , et dans une exacte proportion , une fin extrême ou dernière :
ainsi la victoire , qui est la fin dernière de l'armée , est ce que se propose
le général en chef; mais la disposition de tel ou tel bataillon , est la fin
que se' proposent les ofSciers inférieurs. D'où il suit que la différence qui
vient de la fin est plus générale , et que celle qui vient de l'objet , qui est
par lui-même rapporté à cette fin , est spécifique par rapport à la première.
Car la volonté dont l'objet propre est la fin , est le moteur universel des
autres puissances de l'ame , qui ont pour objet propre les actes par-
ticuliers (1 ).
Je réponds aux arguments : i"" Considéré en lui-même , un objet ne
peut pas appartenir à deux espèces indépendantes ; mais ses accidents
peuvent les ranger dans des espèces différentes : ainsi la couleur d'un
(1) Sons ce rapport donc, Pespice dét^nninée par l*obJ«t m rangeroit bwu celle qui Tient
de la fin, comme une espèce se range sous le genre. Et cela est vrai, mais dans le cas seule-
ment où f comme Tient de te dire saint Thomas , Tobjet conduit par lui-même à la fin ; car
il n*en est plus ainsi dans le cas où Tobjet n*a avec la fin qo*on rapport accidentel , arbitraire,
on même contradictoire et violent.
piiorem diffenatiam. Sic igilar qaando objec-
tum non est per se ordinatum ad ûnem , diffe-
leiitia specifica qiue est ex d^Q^io , non est
per se determinativa ejas que est ex fine j nec
è coQverso : unde ona istanun specierum non
est sub alia , sed tune actus moralis est sub
duabasspeciebos qoasi di^paratia. Unde dicimus
quôd ille qui farator ut mœcbetnr, committit
duas malitias in une actu. Si verô objectum
perse oïdinetur ad finem, una dictarum diffe-
rentiarum est per se determinativa alterius :
unde una istanun specierum continebitur sub
altéra. Considerandum autem restât quœ sub
qoa. Ad cd^us evidentiam primo considerandum
est quod quanto aliqua diilerenUa «imitur à
forma magis parliculari, tante magis est spéci-
fies. Secundo, qiHkl quanto agens est magis
lotierBale, tanto ex eo est forma magis uniTei^
salis. Tertio, quod quanto aliquis finis est pos-
terior , tanto respondet agenli universalioii :
sicttt Victoria qus est ultimus finis ezercitus ,
est finis intentus à sammo duce; ordinatio
autem hujus aciei» vel illius, est finis inientus
ab afiquo inferiorum docum. Et ex istis se-
quitur quod differentia specifica quxB est ex fine,
est magis generalis; et difTerentia quœ est ex
objecto per se ad talem finem ordinato, est spe-
cifica respectu ejus. Voluntas enim, Gu^jua
propriom objectum est finis, est universale
fflotivum respectu omnium potentiarum aniaaa,
quarum propria objecta sont oljecta particu-
larium actuum.
Âd primum ergo dicendum , qu5d secundàm
substantiam suam non potest aliquid esse in
duabns speciebus , quarum una sub altéra non
ordmetur; sed secundum ea qux rei adveniunft»
A88 r* II* PABTIE^ QUESTION XVni^ A&TIGIS 8.
fruit le range dans la classe des objets blancs^ et son parfum daosh d»
des objets odorants. De mèmeiin acte qui, pris en lui-même, appaitk
à telle espèce, pourra, à cause des conditions morales qui lui sont aa&
dentelles , être rangé dans deux classes, comme il a été dit dans ^
même partie , gusst. 1 , art. 3.
2» La fin est la dernière cbose dans l'exécution^ mais la première dsn
l'intention de la raison, qui détermine les espèces des actes moraux.
3o La différence est au genre ce que la forme est à la matière , en \^
qu'elle fait passer le genre à l'acte ; mais le genre est aussi plas f(mi
que l'espèce, comme étant plus absolu et moins restreint. I/rà les peties
d'une définition se résolvent dans le genre de la cause formelle, e^o
le dit le Philosophe, Physic, II; et, sous ce rapport^ le genre est lacsBe
formelle de Pespèce , et il sera d'autant plus formel qu'il sera plos ^
yersel.
ARTICLE Vin.
Y a't'il des actes indifférents dans leur espèce?
n paroît qu'il n'y a pas d'actes spécifiquement indifférents. !• U mal,
d'après saint Augustin , est la privation d'un bien. Or, la /^rffaûiw «^
l'habitude ou possession sont en opposition Immédiate, d'aptes le Plato- j
sophe. Donc il n'y a pas d'acte spécifiquement indifférent, et servaul
comme d'intermédiaire entre le bien et le mal.
2"" Les actes humains, comme on l'a dit, sont spécifiés parlear &0Q
leur objet. Or, tout objet et toute fin sont bons ou mauvais. Donc^o«i
acte humain est spécifiquement Bon ou mauvais. Donc aucun n'est indiP
férent dans son espèce.
potest aliqaid sub diversis speciebos controeri,
sicut hoc pomum secunduin colorem cootinetur
sab hac specie, scilicet albi, et secaDdam
odorem sub specie beue redolentis : et simili -
ter actus, qoi secundùm substantiam suam est
in ona specie natune, secundùm conditiones
morales supervenientes, ad duas species referri
potest, ut supra dictum est (qu. 1, art. 3^ ad 3).
Ad secundùm dicendum , quôd Gnis est pos-
tremum in executiooe , sed est primum in in-
tcntiooe ratLoois , secundùm quam accipiuntur
moralium actuum species.
Ad tertium dicendum, quod differentia com-
paralur ad genus ut forma ad materiam , in
quantum fadt esse genus in actu; sed etiam
genus consideratur ut formalius specie secun-
dùm quod est absolutius et minus c^ntractum.
Unde et parles detinitionis reducuntur ad genus
cause formalis, utdicitur in U. Physic; et,
secundùm hoc, genus est causa formalis spe-
^1) ne his eliam I, Sent,, dist. 1, qu. 3,
eu. i , de malo, art. 4 et art. 5 ; et Quodlib.
dei ; et tanto erit formalius, qoaoto cooi^
nius.
ARTICULUS Vffl.
Ulrùm aliquit aetus nt indiffèrent ttoiMi^
$uam speeiem.
Ad octavum sic proceditur(t). VidctdT<F
non sit aliquis actus indifferens sBCua^J»»
spedem. Malum enim est privalio !»»> *
cundum Augustinum (in Enchir,, ^P* VJ'
Sed privatio et habitua sunt opposiUia^
secundùm Philosophum (cap. de opiiosi»^
Ergo non est aliquis actus qui ^^^^^^
ciem suam sit indifferens, quasi meoi
existens inter bonum et malusn. ^.
a. Prœterea, actus humant babcnl sp^
à fine vel objecto , ut dictum est. Sed oœ»»
objeclum et omnis finis habet rationctn boM ™
mali. Ergo omnis actus homanns ««rfffl»
suam spedem, est bonus vel malas. lHvm^
estindifierens secundùm specieo.
art. 3, ad 8; cl II, Sent», disl. *0, art.5;«*
«IX, art. 15.
DE LA BONTÉ ET DE LA UALIGE DES ACTES HUMAINS EN GÉNÉRAL. 489
3"* Ainsi qu'on Ta vu , Tacte bon est celui qui a la perfection qui loi
convient, et Tacte mauvais celui qui ne l'a pas. Or, nécessairement,
tout acte a ou n'a pas la plénitude de bonté qui lui convient. Donc toul
acte nécessairement est bon ou mauvais, et il n'y en a point d'indif
férent.
Mais le contraire résulte de ces paroles de saint Augustin , De serm.
Lom. in mont .- a II y a des actions qui sont comme intermédiaires, et
qui peuvent être faites avec une bonne ou une mauvaise intention, et
dont il est téméraire de juger. » Donc il y a des actes indifférents dans
leur espèce (1).
( Conclusion. — H y a des actes humains spécifiquement indifférents^
c'est-à-dire , dont l'objet n'a aucun rapport avec la raison; par exemple,
lever une paille de terre. )
Tout acte, comme nous Tavons vu, est spécifié par son objet, et Tacts
humain appelé acte moral est spécifié par l'objet considéré dans son rap-
port avec le principe des actes humains, qui est la raison. Si l'objet d'un
acte renferme quelque chose de conforme à l'ordre voulu par la raison ,
cet acte sera spécifiquement bon : par exemple, faire l'aumône à un in*
digent. S'il renferme, an contraire, quelque chose que la raison ré-
(1) Tçvs les saints docteurs qui se sont occupés de ces matières, tous les théologiens sor-
lout, depuis saint Thomas, reconnolssent qu*U y a des actes indifférents de leur nature on
dans leur espèce. A cet égard , voici comment s*eiprime saint Jérôme , Epist. LXXXIX : « La
continence est un bien , la luxure un mal , et , comme point intermédiaire entre ces deux ex-
trêmes, il y a Tacte indifférent, tel que se promener. » Le concile de Constance a condamné
une proposition de Jean Eus contraire k cette vérité. Sur ce point donc , pas de divergence.
Mais les disciples de saint Thomas se sont demandé si , dans la pensée du mattre , les actes
indifférents formoient une espèce distincte parmi les actes moraux, si c^est là une troisième
espèce dans le genre de la moralité. Uérole de Salamanque répond négativement à cette
question. D*autres thomistes, tels que Oonet, Serra, Billuart, la résolvent d*uue manière
affirmative. Nous ne reproduirons pas ici leurs divers arguments; qu*il nous suffise d^avoir
rappelé le fait tout seul d'une telle controverse , pour montrer Timportanee qu'on a toujoim
Attachée à pénétrer Jusqu'au fond la véritable pensée du docteur angélique.
3. Prscterea, sicut dictom est (art. 1), actos
dicitttr bonus qui habet debitam perfectionem
bonitatis, malus oui aliquid de hoc déficit. Sed
necesse est quod omuis actas val babeat totam
pleoitudtnem sua bonitatis, vel aliqoid ei de-
flciat. Ergo necesse est quod omnis actas se-
condùm speciem soam sit bonus vel malus , et
nnllas indifferens.
Sed contni est, quod Augustinus dicit la
lib. De serm, Dom. in mont,, qaod c sunt
<|Qedam facta média , quas possunt bono vel
malo animo fieri ; de quibus est teroerarium
jodicare (1). » Sunt ergo aliqoi actus secundùm
speciem suam indifférentes.
(COHCLUSio. — Sunt aliqni ex humanis ae-
tibus indifTerentes secandùm suam speciem,
quorum Tidelicet oblectam nibil iocludit ad
rationem pertineas, sicut lente de terra fei-
tucam.)
Respoodeo dicendum, quod sicut dictum est
(art. 5), actus omnis habet speciem ab ob-
jecto -, et actus humanus, qui dicitur moralis,
habet speciem ab objecto relato ad priocipium
acttiom humanoram, quod est ratio. Unde a
objectom actos includit aliquid quod convenif
ordini ralionis , erit actus bonus secundùm suan
speciem : sicut dare eleemosyoam iodigenti. S
autem includat aliquid quod repugnet ordin.
(1) Tel sic paulè pleniùs, lib. Il, cap. 18, in modemis, vel cap. 23 in antiquis, non S8t
SutU f tt«r/am faeia wtedia qum ignoramuê quo animo fiant , quia ei bono el malo fieri
poisuM; de quibui temerarium eei judieare, maximi ut eondemnemues eie.
'(9b I^ II* PABTIB^ QOEFnOfX Tmi, ABTIGLE 8.
proQTe^il sera spécifiquement mauvais : par exemple^ voler, ife^t^r^r^
prendre le bien d^autmi. Mais quelquefois Tobjet d'un acte ne renfer:r*
rien dont puisse juger la raison , par exemple^ lever une i»ine^ alW :
la campagne; et ces actes sont indifférents dans leur espèce.
Je réponds aux arguments : l*» n y a deux sortes de privatiiHi y I^n
consiste dans la privation absolue de Tètre^ laquelle ne laisse rien, mu
enlève tout : telle est la cécité par rapport à la vue, la complète dtecurt
par rapport à la lumière, la mort par rapport à la vie; et entre une prfn-
tion de ce genre et la manière d'être opposée, il ne peut y avoir de mor^n
terme. Il y a une autre privation qui n'est que partielle : ainsi la malMîe
est la privation de la santé, non qu'elle la détruise totalement, mais |€ic^
qu'elle est comme la voie qui conduit à la destruction totale opérée par
la mort. Cette privation là, laissant subsister quelque cbose^ n'est paszi
opposition formelle avec la manière d'être opposée. Cest en ce sens qm
le mal est la privation du bien, comme le dit Simplicius ( in Commmt
gup. Ub. Prœdic. ); car il n'enlève pas tout le bien , mais en laisse tmê
partie. D'où il suit qu'il y a un milieu entre le bien et le mal.
S* Tout objet et toute fin ont une bonté au moins naturelle, maisaon
toujours une bonté ou une malice morale , laquelle résulte de leur rap-
port avec la raison; c'est de celle-là qu'il s'agit maintenant.
3» Tout ce qui est dans un acte n'appartient pas à son espèce. VcA i
suit que, quoique son espèce ne renferme pas tout ce qui convient i h
plénitude de la bonté qui lui est propre, il n'est pas pour cela spédfiqo^
ment bon ou mauvais : ainsi l'homme n'est ni vertueux ni méchant k
son espèce.
ffttâonis» erit maluB actns secundom speeiem :
Bieai forari, qood est toUere aliéna. CooliiigU
antem quod objectoro actas non incladitaliquiâ
pertinens ad ordinem rationis, sicut levare
festucam de terra , ire ad campum , et bujus-
' ffiodt : et taies actus secondam speeiem suam
mut indifférentes.
Ad primam ergo dioendam, quèd daplez
est privatio : qiUBdam, qus consistit in priva'
ium esse , et hsc uihil relinqnit , sed totum
anfert : nt c&dtas totaliter anfert visum , et
tenebras iacem , et mors TÎtam ; et ioter banc
prÎYationem et babitom oppositom non potest
esse aliqnod médium drca proprinm suacepti-
bile. Est autem alla privatio qw consistit in
fmvari: sicut sgritudo est privatio sanitatis,
non qood tota sanitas sit sublata , sed qaod est
qoasi qusdam via ad totalem ablationem sani*
tatis que fit per mortem ; et ideo talis privatio
cbm aliqoid relioqoity non semper est imme-
diata corn opposito babito. Et hoc modo
est privatio boni, ut SimplichisdiGit iACm-
ment, super liL Prœdieament.; que m
totam bonom aufert, sed aliqnid retiniBit:
uode potest esse aliquod médium înter Aorka
et mo/um.
Ad seciudam dioeiidam, qnod oane objso-
tmn vel finis babet aliquam bonitatem *e( ma-
Utiam saltem natoralem; non taoMB «mper
importât bonitatem vel mafitiam maakmy qas
oonslderator per compaiatiMiein ad talieaèi^
nt diotom est ; et de bac mine agitiv.
Ad tertinm dicendom , qnèd non qaioqaid
babet actus pertinet ad speeiem ejns : ande eÊî
in ratione sas speciei non oontineator qoe
qnid pertinet ad plenitadinem booitatis ipsins,
non propter boc est ex spede sna mains, sk
etiam bonus : sicut booM), secundom saas
spedem , neqne virtootua neque vitiosos cA
DB LA BOUTÉ JCrW LA VALICCE lOÊB ACTBB HUMAHW EN aiNÉRÀL. 491
ARTICLE IX.
YaUldmaeimnaividtieh qm iokni Mlifférenisf
Il'perolt qui! y a des actes individuels qui sont indifférents. !<> Il n'y a
ancime espèce qui ne renfenne ou ne puisse renfermer quelque individu.
Or^ il y a des actea indifférents dans leur espèce. Donc un acte individuel
peut être indifférent.
^ «Des actes individuels se forment les habitudes correspondantes. »
Ethic., 11. Or, il y a des habitudes indifférentes ; car le Philosophe dit
de quelques-unes^ Ethic., IV, en particuUer des habitudes de calme et de
prodigalité^ qu'elles ne sont pas mauvaises; et cependant il est certain
^qu'elles ne sont pas bonnes^ puisqu'elles n'appartiennent pas à la vertu :
d'où il suit qu'elles sont indifférentes. Donc il y a des actes individuels
qui sont indifférents.
3* Le bien moral appartient à la vertu et le mal moral au vice. Or, quel-
quefois l'homme ne rapporte pas un acte , de sa nature indifférent, à une
fin vertueuse ou vicieuse. Donc il y a des actes individuels indifférents.
Mais , au contraire , saint Grégoire dit dans une de ses Homélies : « La
parole oiseuse est celle qui n'est ni vertueuse, ni nécessaire, ni utile. »
Or , les paroles oiseuses sont mauvaises , puisque les hommes en doivent
rendre compte au jour du jugement, selon la sentence bien connue de
l'Evangile, JUatOi., XII (1). Mais si elles sont dictées par une juste néces-
sité ou une utilité pieuse, elles sont bonnes. Donc toute parole est bonne
(1) Cette pensée se troure dans la sixième homélie ; elle est encore exprimée , Morale , VU.
Le texte de fETangile , qoe saint Grégoire explique de la sorte , a été commenté par d'autres
Féres de i*Eglise , dans le même sens et presque dans les mêmes termes. Saint Jérôme s* ex-
prime ainsi : « Une parole oiseuse est celle qui n*a aucune utilité ni pour celui qui la pro-
ARTICULUS IX.
Virùm ab'qmt actits tU indiffèrent teeundian
indivîduum.
Ad flODum sic proceditnr (i). Tidetur quod
aliqois actns secundùm indiyidinnn sit iodiffe-
ifDs. NttUa eoim species est, que sub se non
eontineat it\ continere possit aliqood indivi-
doum. Sed aliquis actas est tndiiTereos secun-
dom sutm speciera, ut dictom est. Ergo ^i-
detor qnôd aliquis actas individaalis potest esse
indilTerens.
S. Praeterea, « exindtvidaâlibus actîbos cao-
santor habitas conformes ipsis, » ut dicitar in
U. Ethic. Sed aliquis habitas est indifferens ;
dicit enim Philosophas in IV. Ethic, de qai-
bosdam , sicnt de placidis et prodigis , qood
son sont maii ; tamen constat quod non sont
(i) De bis etiam in D, StiiU.* dist. iO, art. 5; ut et rv, Sent.^ dist. 26 , qu. 1 , art. 4 ; et
iki, demalo« arL5.
boni^ cum recédant à virtute ; et sic su ut in-
différentes secimdam habitum. Ergo aliqui actus
individaales sunt indifférentes.
3. Praterea, bonom morale perlinet ad vir-
tutem, malom autem morale pertinet ad vi-
tiam. Sed contiogit quandoque quod hooio
actum, qui ex spede sua est indifferens, non
ordinat ad aliqaem iinem vitii vei virtutis. Ergo
contingit aliquem actum individualem esse ia-
differentem.
Sed contra est , quod Gregorios dicit in qoa-
dam homilia : « Otiosum verbom est , quod
utililate recliludinis , aut ratione justx ueces-
sitatis , aut pis utilitalis caret. » Sed verbum
otiosum est malum ; quia a de eo reddent ho-
mioes rationem in die judicii , » ut dicitoi
JUatth., Xn ; si autem non caret ratione justa
necessitatis, aut pis utilitatis, est bonum. Ergo
492 l** II* PARTIE, QUESTION X¥in, AATICLB 9.
OU mauvaise , et par la même raison tout acte est bon ou maiiTais.
aucun acte individuel n'est indifférent.
(Conclusion. — Quoique tout acte individuel proyenant d'une délibé-
ration de la raison soit nécessairement bon ou mauvais, s'il provient de
rimagination seule ^ comme, par exemple, porter la main i sa barbe,
rien n'empêche qu'il ne soit indifférent. )
11 arrive quelquefois qu'un acte indifférent dans son espèce devî^me
bon ou mauvais pris individuellement. Gela résulte de ce que l'acte moral^
comme nous l'avons dit, reçoit sa bonté non-seulement de l'objet (pii le
spécifle, mais encore des circonstances qui en sont comme les accideids :
ainsi telle cho^ convient comme accident à un homme en particulier^
qui ne convient pas à l'homme pris génériquement. Il faut , par smVK,
que tout acte individuel ait quelque circonstance tirée au moins de la fia^
objet de l'intention , qui le rende bon ou mauvais. En effet , la raison
ayant pour objet de disposer convenablement les actes, tout acte fait
avec délibération , par cela seul qu'il n'est pas rapporté à la fin Touloe,
répugne à la raison et devient mauvais ; s'il est rapporté à la fin voulue,
il est conforme à la raison, et par conséquent doué de bonté morale. Or,
tout acte est nécessairement rapporté , ou non , à une fin coaTeoable.
Donc tout acte individuel provenant d'une délibération de la raison est
i;iécessairement bon ou mauvais (1). S'il ne provient pas d'une déUbéiatûa
nonee j ni pour celui qui Tenlcnd. » Saint Àmbroise en tire cette réflexion : « Si
rendre compte d*une parole oiseuse , à combien plus forte raison , d'une parole
Si tout ce qui est oiseux n*est pas pour cela criminel , tout ce qui n*est pas utile est
ment périlleux. » Saint Basile Ta plus loin et dit : « Toute parole qui n*est pas utile da»le
Seigneuri est une parole oiseuse ; et le danger qu'elle entraîne est si grand qve , lors mtm
qu'elle seroit bonne de sa nature , si elle n'a pour but l'édification du procfaaÎD , éDe ■■•
rend coupables. »
Ce texte et ces commentaires méritent ici de fixer d'autant plus l'attention du lectevr, qv'fls
sont l'un des fondements les plus solides de la doctrine des théologiens , tonchaBl les actes
Indifférents.
(1) De mémo que les théologiens enseignent , aTM saint Thomas , qn*il y a des
omne verbum aut est bonum aut malum : pari
ergo ratione et qiiilibet alius actus vel est bonus
Tel malus. Nollos ergo individualis actos est
ioditTcrens.
(CoNCLUsio. -- Quamvis humanam actom
in individoo consideratam , qoando ex delibe-
rata ratione procedît, bonum esse vel malum
necesse est , verum si taotummodo ex imagi-
natione proveniat, ut cnm quis fricat barbam ,
talem indifferentem esse nihil retat.)
Re^pondeo dicendum , quod contin^t quan-
doque aliquem aclum esse indiflerentem se-
cnndum specîem, qui tamen est bonus yel
malus in ludividno consideratos. Et boc ideo,
qnia actus moraiis , sicat dictnm est (art. 9),
son solum habet bonitatem ex dijecto à quo
babet ^ed^m^ sed eUain ex circumstantiis
que sont qnasî qnedam aocidenlia : soet ali-
quid convenit individoo homioi secoodùa «e-
cidentia iadiviinalia, quod non eomvnit ho-
mioi secuodum ntionem spedeL El opoctet
quod quilibet individualis actus habsii lïkiaiA
drcumstantîam , per qoam trabatnr id boua
vei malum, ad minus ex parte intentioas fiais-
Cum enim rationb sit ordinare, actas à ratioae
deliberaliva procedeoa , si non sit ad débitas
finem ordinatus, ex hoc ipso répugnât latioai,
et habet rationem mali ; si vero ocdineUir ad
debilum finem , convenil cnm ordine raiioim,
unde babet rationem booL Necesse est aotec
quod vel ordinetor vel non ordinetar ad débita*
finem. Unde nece^-se estoamem actum bomuns
à deliberaliva ratione procadeatem, in individoD
consâ Jeratuffl^ bonum eae vel malimi. Si '>
SE LA BONTÉ ETDE LA MALICE DES ACTES HmCAINS EN GÉNÉRAL. tp93
am^eure , et n'est que Teffét de rimagmation ( par exemple ^ se frotter
la barbe, remuer la main y ou le pied), cet acte n'est pas proprement un
acte moral et humain , puisque c'est la raison qui donne aux actes cette
qualité; il sera indifférent, en tant qu'il ne rentre pas dans la classe des
actes moraux.
Je réponds aux arguments : 1* Qu'un acte soit spécifiquement indiffé-
rent, cela peut arriver de plusieurs manières : d'abord, lorsque l'acte est
indifférent en vertu de son espèce même; ce qui n'est possible qu'aux yeux
de la raison; car, en réalité, aucun acte n'est indifférent de celte manière,
n'y ayant aucun objet des actes humains qui , soit par la fin , soit par les
circonstances , ne puisse être rendu bon ou mauvais. Un acte peut encore
être dit spécifiquement indifférent, lorsque par sa nature il n'est ni bon
ni mauvais, quoiqu'il puisse devenir tel d'une autre manière. Ainsi
l'homme n'est par son espèce ni blanc ni noir, quoiqu'elle ne s'oppose
pas à ce qu'il soit l'un ou l'autre; la blancheur ou la noirceur du teint,
en effet, peuvent résulter d'autres principes que de ceux qui caractérisent
son espèce.
^ Le Philosophe appelle mauvais celui-là seul qui nuit aux autres
hommes; dans ce sens il dit que le prodigue n'est pas mauvais, parce qu'il
ne nuit à nul autre qu'à lui; et il en est de même de tous ceux qui ne
nuisent pas à leur prochain. Mais nous, nous appelons généralement mal
férenU dans leur espèce. Us enseignent aussi qu^un acte individuel, ou pris dans sa réalité
concrète , ne sauroit être indilTérent. Hais Tunanimité sur ce second point n*est peut-être pas
aussi complète : Scot, du temps de saint Ttiomas, et Vasquez , beaucoup plus tard, ont pré-
tendu qu*il y avoit ou quMl poovoit y avoir des actes individuellement indiCTérents. Les argu-
ments dont ces auteurs appuient leur opinion ne peuvent , en aucune manière , contrebalancer
les preuves données par notre saint auteur et par les nombreux théologiens qui se rangent à
sa suite.
Il est bon de remarquer Ici que les actes dont il est question n'appartiennent pas à Tordre
surnaturel , c'est-à-dire , ne sont pas considérés comme ayant un droit à la récompense éter-
nelle. Sous ce rapport, on le sait, et le docteur angClique rétablira dans la suite, il y a des
actes indifférents, des actes naturellement bons, mais qui, manquant du principe de la grâce,
ne peuvent avoir aucun mérite direct pour le salut. C'est même dans ce sens , d'une manière
toute spéciale , que la proposition de Jean Hus , mentionnée plus haut , a été condamnée.
non procedit à ralione deliberativa , sed ex
quadam imagioatione ( sicut cum aliquis rricat
barbam, vel movet manum aut pedem); talis
actus uoo est proprië loquendo moralis vel hu-
manus, cum hoc habeal actus à ratione : et sic
erit indilTerens, quasi extra genus moralium
aetuum exi&tens.
Ad piimum ergo dicendnm, qn^d aliqnem
actam esse indiflerentem secundùm saam spe-
ciem t potest esse mallipliciter. Uno modo sic
fttod ex sua specie debeatur ei quod sit indif-
brens : et sic procedik ratio. Sed taraen isto
liodo nallus actus ex sua spccie est indifTereos;
ion enim est aliqood objectum humani actus,
|uod non possit ordinari vel ad malum, vel ad
bonum per finem vel circumstantiam. Alio modo
potest dici indiffereus ex sua specie , quia non
babet ex sua specie quod sil bonus vel malus;
onde per aliquid aliud potest lieri bonos vel
malus : sicut boœo non babet ex sua specie,
quod sit albus vel niger, nec tamen habet ex sna
specie, quod non sil alhus aut niger; potest
enim albedo vel nigredo supervenire bomini
aliunde quam à principiis speciei.
Ad secundam dicendum, quod Pbilosophns
dicit illum esse malum proprië, qui est aliis ho-
minibus nocivus : et secundùm hoc dicit pro-
digum non esse malum , quia nulli «Iteri nocet
nisi sibi ipsi ; et simililer de omnibus aliia qni
non suot proximis uocivi. Nos aulem bic dici-
494 i** II' PAsns, aoasnoir Tfm, mxtkvb 40.
tout ce qui est contraire à là: droite ranon : et, dans ce sens, tant ade
individuel , comme on Ta Ta, est bon ou mauvais.
30 Toute fin (jpie l'homme se propose en vertu d'une délibératfoir de b
raison,, se ra^^porte à une vertu ou i an vice. Ainsi , lorsqu'un indivis
rapporte im acte au soutien ou au repos de son corps, cet acte appartient 1
la vertu, si cet individu ne fini servir son corps luinoième qtfk la vertu:
et cela s'applique à toutes choses;
ARTICLE X..
Y th^l das ektoMkuwft qui rmudeM «m &ele moftU'spMfIqaemeni btm
au nmum»$9f'
n paioit que les droonstànees ne peuvent rendre un acte spécifiquemot
bon ou mauvais, i^ L'acte est spécifié par Tobjet. Or*, les àrconsianùs
difierent de l'objet. Donc elles ne spécifient par l'acte.
3<* Les circonstances sont des accidents par rapport à Tacte moral. Ot^
les accidents ne constituent pas l'espèce. Donc les circonstances ne tmr
stituent pas les espèces de bien et de mal.
3t Une seule chose ne peut appartenir à plusieurs espèces. Or, on
seul acte renferme plusieurs circonstances. Donc les circonstances ne
rendent pas un acte moral spécifiquement bon ou mauvais.
Mais , au contraire,, le lieu est une circonstance. Or, le lieu spécifie la
malice d'un acte moral : ainsi, voler dans le lieu saint est nn sacril^
Donc les circonstances peuvent rendre un acte moral spécifiquement boa
ou mauvais.
(Conclusion. — Lorsqu'une circonstance est conforme ou contraire
mas malam commnmter omne qaod est rationi
recte repugnans : et secundom hoc omnis indivi-
dnaHs actns est bonus vel inalns^ ut dictum est
Ad tertium dicendum, qnôd omnis finis à
ratione deliberativa intentas pertinet ad bonnm
alicojus virtutis, vel ad malam alicojns vitii ;
nam hoc ipsnm quod aliquis agit ordinatè ad
sastentationem vel quietem sui corporis, ad
booam virtutis ordinatnr in eo qni corpus soum
OTdinat ad bonum virtutis : et idem patet in
ARTICDLUS X.
VtrUm aliqya drctênutanUa eomtUwai acium
moralem m speeù boni vH mttU»
Ad dedmiim sic proceditnr (1). Videtor qn&d
drcumstantia non possit constituere aliquam
apedem boni yel mali actes. Species enim actns
est ex objecto. Sed circomstantiœ différant ab
objecto. Ergo drcnmstantis oûa danii
actus.
2. Praeterea, circumstanti» Gompaïaiitiff ai
actnm moralem , slcut aocidentia ^as^ nt
dictum est (qu. 7, art. 1). Sed acddeas am
constituit speciem. Ergo circnoisUntiâ aoa
constitmt aliquam speciem boni Tel mali.
3. Praeterea, unius rei non amt pkfS
species. Unios autem actus sont plurei cvean-
stantiiB. Ergo circomstantia nonconstitutadiiin
moralem in aliqoa specie boni vel mafi.
Sed contra, locus est drcumstantia i|acdaBu
Sed locos constituit actum moralem in quate
specie mali : fnrari enim aliquid de loeo sacio
est sacrilegium. Ergo drcumstantia consbiut
actum monlem in aliqoa spede boni vd ■>&
(CoNCLDSio. — Quandocumque aliqua or»
cumstantîa respicit spedalem ordinem ratiovi
pro vdcofi/ra, extali ciicaiBstantîa constitaiW
(1) De bit etiam infrà, qn. 78, art. 7, trnn in corp., tum ad i ; et U, Sent.^ dist. 36,
art. 5; ut et IV, Senê,, dist. t6, qn. 8, art. S, quaestlonc. 8; et dist. 41, art. 4, qiuBi-
iinnA 1. et qu. S, de malOi art. 6 et 7; el qs. 7, art. 4.
DE UL BONTift ST nX Là XAUGB 1UC8 ÀCXB8 HOUOrfi X!f «ilrfllAL. US^
L l'ordre de la raison , elle donne à Tacte moral un eaarafitèreapécial de
bonté ou de malice.)
De même que les espèces des choses naturelles sont oonatituées^parlM
formes naturelles^ de m&me les espèces des actes moraux lésulteol
des formes, telles que la raison les conçoit, ainsi que nous Vavonfi
montré plus haut. Mais la nature ayant un objet seul et déterminé, etn£
pouvant procéder à l'infini, il faut nécessairement arriva i une fbnne
dernière , laquelle fournit la différence spécifique , et au-delà de bnpidla
il ne sauroit ; en avoir d'autre. De là vient que les accidents, dans^les
choses naturelles ,. ne peuvent fournir la diflérence conatitutive d'une
espèce. Mais la raison , dans sa marche , n'est pas détarnùnée à un seuL
objet, et peut, après un terme donné, aller toujours aurdeUL Cest pour»-
quoi ce qui, dans un acte, est considéré comme une circonstancou
surajoutée à l'objet qui spécifie cet acte, peut être considéré pan la raiaxni
comme la condition principale de l'objet qui détermine l'espèce dé Tatter'
ainsi l'acte par lequel on prend le bien d'autrui, est spécifié parla qualité
du bien dérobé; et cet acte est pour cela rangé dans l'espèce du vol; si'
l'on considère de plus le lieu et le traips, aa l'envisagera dans ses circon-
stances. Mais comme la raison peut régler le temps , le lieuet les autres,
circonstances , la condition du Ueu , par rapport i Tobjet , peut être con-
traire à l'ordre youlu par la raison , qui ordonne , par exemple , qu'on
n'outrage pas le lieu saint. D'où il suit qu'enlever quelque chose dans la
lieu saint , imprime à l'acte une opposition spéciale avec la raison. La
circonstance du lieu devient alors la condition principale de l'objet. Et de
cette façon, toutes les ibis qu'une circonstance est conforme ou contraire
à une disposition spéciale de la raison, elle donne nécessairement à l'acte
un caractère spécial débouté ou de malice (1).
(1) n faut donc , d'après les principes développés dans cette thèse , reconnottre que les
aliqoa species moralis in boaitate yel malitia.)
Respondeo dicendaiD^ qu6d sicut species
lerum oaUiralinm constiinimlQr ex utuialitNU
fonnis, ila species moralium acinain conati-
tauDtar ex fonnis, proui sunt à ratione «m-
cepUe, sicot ex suprt dicUa palet (art i).
Quia vero Datora detenninata est ad nnmB, nec
loteai esse proceasos natnns in infinitam,
lecesse est penrenire ad aliquam nltimam for-
ftam, ex qna sumator diflérentia apeciflca,
|ost qaim alia differentia speciûca esse non
.iDsni. Kt iode est qnM in relmB natonEbos
il qood est accidens alicni rei non potest accipi
It differentia constitnens speciem. Sed pro-
JessQs rationis non est determinatos ad aliqaîd
Jiam, sed quolibet dato potest ulterius pro-
tedeie. Et ideo quod in acta nno aceipitor ut
fircamstaotia soperaddita objecto qnod deter-
iùiat speciem actos, potest itenim accipi à
ratione ordinante nt prindpaiis conditio objecti
determiuantis speciem actas : sicut toUere
aliennu habet speciem ex ratione alieni, ex boc
eniffl constitoitiir in specie fnrti; et si conside-
retor super hoc ratio lod vel temporis, ae ba-
bebit in ratione circamstanlis. Sed qnia ratio
etlam de loco vel tempore et aliis hn^losmodl
ordinare poteat, contingH conditioBem lod circa
objectun accipi ut contrariam ordini rationis,
pQta qnod ratio ordinat injnriam non ease fa-
ciendam loco sacro: onde toUere aliqoid alienam
de loco sacro addit specialem repngnantiam ad
ordinem rationis. Et ideo locas qui prias consi-
derabatnr ut circumstantia, nnnc consideratur nft
prindpaiis conditio objecti rationi repugnans»
Et per bunc modnm quandocnmqne aliqua cir>
cnmstantia respidt spedalem ordinem rationis
velpro vel contra, oportet qood circomstan-
tia det spedem actoi morali tel booo tel malo.
406 I»* !!• PAHTIE, OtTESTION XVIIT, AMICLE iO.
Je réponds aux arguments : i» La circonstance qui donne V*
à Tacte est considérée comme une condition particulière et une diflRCTftnr^
spécifique de Tobjet.
^ La circonstance^ comme circonstance^ gardant sa nature d'accider.1
ne spécifie pas l'acte ; elle le spécifie^ en tant qu'elle devient la
principale de l'objet.
3* Toute circonstance ne donne pas à l'acte moral un caractère
de bonté ou de malice, parce qu'elle n'emporte pas toujours confonaité oc
répugnance à la raison. Il n'est donc pas vrai qu'un acte qui a plusiei:J5
circonstances, doive appartenir à plusieurs espèces, quoiqu'il ne répugne
pas, comme nous l'avons montré, qu'un acte moral rentre dans plusîeiiz5
espèces même disparates entre elles.
dreoDitances peuvent modifier ov changer Hespèce des actes moraux. Voilà pourquoi les tké»-
logions, conformément à la doctrine de saint Thomas, distinguent trois piiocipes de
dans les actes bamains , Tobjet , la fin et les circonstances. Ces trois prineipes se
de différentes manières pour former , agrandir ou diminuer la bonté ou la SBaliee des
humains. Pour être bon , ainsi que nous Ta? ons déjà remarqué , un acte doit réCre coos ce
triple rapport ; il doit porter sur un objet bon en lui-même , et c'est de là que loi nmc . tm
premier lieu, sa différence spécifique ; il doit avoir une fin bonne, et notre saint Mfesr mams
a montré , dans la première question de cette seconde partie , que la fin a aoan la prspnélé
de spécifier les actes ; il doit enfin s* accomplir dans les circonstances voulues, d &««
de voir que ces circonstances peuvent également lui imprimer sa forme spécifique.
Pour que Pacte soit mauvais , an contraire , il suflit que la bonté de Tan do oi
cipes fasse défaut; car, lorsqu'il s'agit de Tétre moral d'un acte, on ne peut pas raisoi
comme des choses naturelles , où souvent le bien et te mal se trouvent réunis ensemble ; rade
est simplement mauvais, s'il l'est du cété des circonstances , par exemple, alors mèoie go"!
seroit réellement bon du cété de Tobjet et de la fin. Gela n'empêche pas , toutefois , qae la
bonté ou la malice , résultant de chacun de ces trois principes , ne communique parfois à Tade
un phis haut degré de bien ou de mal , de telle sorte que Tacte soit plus ou moins bon , pios
ou moins mauvais, quand il Test sous le triple rapport de l'objet, de la fin et des circonstances*
Un homme qui je6ne pour faire l'auméne , comme saint Jéréme le raconte de saint Exopèie*
évéque de Toulouse, fait un double bien; et, s'il fait Taumôme de manière a ramener iU
vertu celui auquel il la fait, c'est une troisième sorte de bien qui s'ajoute à son acte, n est
aisé de prendre , dans l'espèce des actes mauvais , un exemple analogue à celui-là , un exem|)?
où plusieurs sortes de mal se réunissent et se combinent dans un seul et même acte.
Ad primum ergo diceodum, quM circum-
sUntia secundùm quod dat speciem actui con-
sideratur ut qusdam conditio objecU (sicut
dictum est) , et quasi quaedam specifica diffe-
rentia ejas.
Ad secundom diceadam » quùd circamstantia
manens in ratione circumstantis , cam habeat
rationem accidentis non dat speciem; sed in
quantum mutatur in principalem conditionem
Âyecti, secundùm hoc dat speciem (1).
Ad tertium dicendum , qu5d non omoîs cir-
fumstantia constituit actum moralem ta aUqai
specie boni vel mali , corn non quxiibéi cir-
cumstantia importet aliquam consonanUam vd
dissunantiam ad rationem. Unde non oporiet
(licet sint mults drcumstantias unins actas),
qaod unus actus ait in pluribus speciebus , licet
etiam non sit inconveniens qnod unus actos
motalis sit in pluribus speciebos oioris etiam
dis[)aratis » ut dictam est (qu. i , ad S).
(1) Hlnc Sess. XIY, cap. 5, distinguuntur in Goncilio Tridentino circumsUntias qv» speeitit
Bon mutant et quœ mutant, cùm cas esse in confessione expUcardas decemit, eo qnàd fjtf
WiM feeeoto ipia née â peenitefUibui exponantur inUgrè, née judieibne innoUicanU
DE LA BONTÉ ET DE LA MAUGE PSS ACTES HUMAINS EN GÉNÉRAL. 49T
ARTICLE XL
Toute circonstance qui augmente la bonté ou la malice d^un acte moral le
range-t-elle dans une nouvelle espèce de bien ou de mal?
Il paroit que toute circonstance relative à la bonté ou à la malice d*un
acte moral , spécifie cet acte, l"" Le bien et le mal forment les difierences
spécifiques des actes moraux. Donc ce qui établit une difiërence dans la
bonté ou la malice. d'un acte> lui donne une différence spécifique^ c'est-
à-dire^ le range dans une espèce difilérente. Mais ce qui augmente la bonté
ou la malice d'un acte^ établit évidemment une différence dans sa malice
ou dans sa bonté ^ et le range par là même dans une espèce différente.
Donc toute circonstance qui augmente la bonté ou la malice de l'acte ,
constitue une nouvelle espèce.
2" Ou la circonstance qui survient renferme quelque bonté ou quelque
malice^ ou elle n'en renferme pas. Si elle n'en renferme pas^ elle ne peut
ajouter à la bonté ou à la malice de l'acte^ parce que ce qui n'est pas bien
ne peut rendre un bien plus considérable^ et ce qui n'est pas mal ne peut
accroître un mal. Si elle a quelque bonté ou quelque malice, elle a par
cela seul une espèce de bien ou de mal. Donc toute circonstance qui aug-
mente la bonté ou la malice d'un acte, forme une nouvelle espèce de bien
ou de maU
S*" D'après saint Denis , Be div. Nom., IV^ a le mal résulte de chaque
défaut particulier. » Or^ toute circonstance qui ajoute à la malice d'un
acte^ constitue un défaut particulier. Donc elle introduit une nouvelle
espèce de péché ; et ^ pour la même raison , si elle augmente la bonté de
l'acte , elle introduira une nouvelle espèce de bonté : de même que toute
ARTICULUS XI.
VtrUm omnts eirewmttanUa augenê honitatem
velmalitiam, constituât actum m&raUm in
tpecie boni vel malL
Ad undecioram sic proceditnr (i). Videtur
<inod omois circaiostaQtia pertineos ad bonita-
tem Tel malUiam , det speciem actui. Bonum
enim et malum sunt differentic speciQcs mo-
nlium actaum. Qood ergo facit diflerentiam
iabooitate vel matiUa auNralis actus, facit dif-
ferre secnndùm differentiam spedficam , quod
est diiferre aecundùm spedem. Sed td quod
addil inbonitate vel malitia actos, facit diCTerre
ficcundoio bonitatem et malitiam. Ërgo facit
differre gecondùmspeciem. Ergo omuis circum-
slactia addens in bonilate vel malitia actas,
totttitoik speciem.
2. Prœterea^ aut circamstantia adveniens
babet in se aliquam rationem bonitatis vel ma-
litix, aut non. Si non, non potest addere in
bonilate vel malitia aclus ; quia quod non est
bonum, non potest facere majos bonam, et
quod non est malum , non potest facere majus
malum. Si autem babet in se rationem boni-
tatis vel malilix, ex hoc ipso babet quamdam
speciem boni vol mali. Ergo omnis circumstan-
tia augens bonitatem vel malitiam, coostiluit
novam speciem boni vel mali.
a. Pneterea, secundnm Dionysiumcap. IV. De
div. Nom. : « Malum cansatnr ex singularibus
defectibos. » Qnxlibet autem circumstantia
aggravans malitiam babet spedalem defectum.
Ergo qoselibet novam speciem peccati addit ; et
eadem ralione quailibet augens bonitatem , vi-
detur addere novam speciem boni : sicut qua-
(1) Se bis etiam infrâ, qu. 78, art. 7 1 ul et IVy SriU.« disU 16, qu. 3, art. 1 , qo«fUoiie. 3;
tt qu. 1 , de nalOy art, 7.
n<
32
MB P* iif fABm, ovEsnoir xvm^ ÀXtiax f i;
unité ajoutée à un nombre donné ^ produit une nouvelle espk^ is
nombre; car^ suivant une parole déjà citée^ c le bien résulte du nombfs,
du poîdfl et de la BMSure. »
Mais f au contraire , le plus et le moins ne diversifient pas les espèces.
Or le plus et lo moins sont les circonstances mêmes cpii augmenta
la bonté ou la malice d'un acte. Donc toute circonstance qui augm^ite k
bonté ou la malice d'un acte moral, ne constitue pas une nouvelle esfkt
de bien ou de mal.
(Conclusion. — Toute circonstance qui augmente la bonté ou la ntiiîtt
d'un acte^ n'étant pas bonne ou mauvaise en elle-même, n'introduit passe
nouvelle espèce de bien ou de mal.)
La circonstance, ainsi que nous l'avons dit, ne spécifie le bien ou le nal
d'un acte moral , que par un rapport spécial avec l'ordre voulu pa
la raison. Or, quelquefois la circonstance n'est avec la raison en rapport de
bien ou de mal, qu'à cause d'une autre circonstance présupposée, lagoalle
spécifie déjà la bonté ou la malice de l'acte moral : ainsi la grandeur ou b
petitesse de la quantité enlevée n'est avec l'ordre de la raison en rapport
de bien et de mal , que présupposée une autre condition qai rend
Pacte bon ou mauvais, à savoir, que l'objet appartienne à autrui, auquel
cas l'acte est en opposition avec la raison (i). Par suite, enlever une petite
ou une grande quantité ne constitue pas des espèces difiérentes de pécbé,
quoique le pécbé puisse en être aggravé ou diminué. Il en est de
même des autres biens et des autres pécbés. D'où il résulte que toute àr-
(1) G*cst donc celte dépendance ou subordination d*une circonstance par rapport à mt
autre , qui nous explique comment, parmi les circonstances qui ont une influence réelle sa
Pacte I les mes en augmentent seulement la malice ou la bonté, tandis que «Tautres a
changent Tespèce. La distinction qu*tl faut établir entre ces deux sortes de oirconstancts, est
Tobjet d'une note de Nicolaï , qui accompagne le texte latin. Cette distinction rentre épaisses
dans reDseigMmem, même populain» , de la morale ctarétiemie. H nous suffit icf de sigcaSet
le principe auquel saint Thomas la rattache. Les applications en sont faciles; mais Texeoiple
irâné par saint Thomas lui-même nous dispense d*en citer d'autres. Ajoutons seulement cette
simple réflexion : de tels principes sont comme le cachet distinctif des vrais théologies^, et
généralement , dans une matière quelconque , peuvent êti» regardés comme FempreiaU des
grands talents.
Gbet unitas addita numéro facit novam speciem
numeri ; bonum enim consistit « in numéro^
pondère et mensora. »
Sed contia, magis et minus non diversi-
ficant speciem. Sed magis et minus est cir-
cumatantia addens in bonitate vel malitia, Ergo
non omnia circumstantia addens in bonitate
yû malitia constitoit actionem moralem in specie
tx)ni vèl malL
(Conausio. » Qoia non omnis circumstantia
bonitatem vel malitiam actus adaugens babet
bonitatem vel malitiam secnndum se , ideo non
qusvis dat novam spedem.)
. Regpondeo dicendom, qood gicut dictam
'0), circumstantia dat speciem boni
vel mali actoi morali in quantum re^piot spe-
cialem ordinem rationis. Contingit aaiem
quandoqne, quod ciraunstantia non raçiàt o^
dinem rationis in bono vel malo , niiii pixsop-
posita aiia circaoïBtantia , à qna acta wen^
habet speciem boni vel mali. Sicnt toUere sSr
quid in magna quantitate vel parva, non res-
picit ordinem rationis in bono vei maki, nia
presupposita aliqoa alia oonditione, perqua
actos babeat malitiam vel bonitatem, patà boc,
quod est esse alienum, quod repognat n-
tioni. Unde tollere alicnum magna vel {Mina
quantitate non diversificat speciem peccati;
tamen potestaggravare vel diminuere peccataffli*
et similiter est in aliis malis vel bonis. VvM
n
DE LA BONTi ET DE LA MALICE PES ACTES HUHAINS EN GÉNÉRAL. 499
constance qui augmente la bonté ou la malice d'un acte^ ne diversifie pas
pour cela son espèce.
Je réponds aux arguments : i» Dans les choses susceptibles d'augmen-
tation ou de diminution y la difilérence de cette augmentation ou de cette
diminution né diversifie pas Tespèce : ainsi deux objets qui difiërent par
le degré de blancheur^ n'appartiennent pas pour cela à deux espèces difié-
rentes d'objets colorés. De mëme^ les actes moraux^ qui ne diffèrent entre
eux que par le degré du bien ou du mal^ n'appartiennent pas pour cela à
des espèces différentes.
^ Les circonstances qui augmentent la. malice ou la bonté d'un acte ,
ne sont pas toujours bonnes ou mauvaises en elles-mêmes ; elles peuvent
rëtre uniquement par leur rapport avec une autre condition de l'acte^
conune nous l'avons dit. C'est pourquoi elles n'introduisent pas une nou-
velle espèce de bonté ou de malice , mais augmentent celle qui provient
de cette autre condition.
3/^ Toute circonstance n'entraîne pas par elle-même un défaut particu-
lier; elle n'entraîne souvent un tel défaut , tout conune elle n'ajoute une
nouvelle perfection^ que par son rapport avec une autre chose ; et^ quoi-
qu'elle augmente d'autant la bonté ou la malice de l'acte y elle ne change
pas alors l'espèce du bien ou du mal.
non omnis dicumstantia addens in bonitate
Tel malitia , variât spedem moialîs ados (1).
Ad primtim ergo dicendum , qoèd in bis qus
intenduniur et remittanlar, differentia inten-
sionis et remissionis non diversificat apedem :
ûcnt quod diflert in albedine secandum magis
et minus, non differt secnndnm spedem co-
loris. Et simititer quod fadt diversitatem in
bono vd malo aeoandam intendonem et re-
missionem , non fadt differentiam moralis actus
secundum spedem.
Ad secundum dicendum^ qn6d drcumstantia
aggravans peccatnm, vel tugens bonitatem
adns^ qoandoque non babet bonitatem Tel ma-
litiam aecundikm se , sed per ordinem ad aliam
oonditionem actus, ut dictom est : ideo non dat
novam speciem , sed auget bonitatem vel ma-
litianj , qu» est ex alla conditione actos.
Ad tertium dicendum, qnôd non quslibet
drcumstantia inducit dngularem defectum se-
cundum seipsam^ sed solnm secncdùm ordinem
ad aliquid attnd ; et simîliter non quslibet su-
peraddit noTam perfectionem nisi per compa-
rationem ad aliquid aliud : et pro tanto , licet
augeat bonitatem vel malitiam, non tamen
semper variât speciem boni vel mali.
(1) Bine dicantir ckcmMtaati» qo«dam a^grantmies, quia gravini et nujori proinde p«nA
dignnm peccatnm reddnnt, per oppositum ad alias que non tantùm sont aggravantes, ot iU<C|
led spedem mutantes , ut Jam suprà. Pnster bas antem dues qu« pnecipné soient assigoari ,
et sole bonitatem vel maliliam respicivot , circumstaotias , est aliud veluti ezoticum tertium
genus quod nec speciem variare nec aggravare polest : putA qn6d vel manu dexterA vel 8iniftrA«
qu6d vel mené vel ser6 rem alienam accipiat aliquis.
BOO I'* II* PAJLTIE^ QUESTIOIf XIX ^ ARTICLE U
QUESTION XIX.
De IsL Ironie et de la maliee de Vaete IntérleiiT de la Tolmàté.
n faut ensuite examiner la bonté de Tacte intérieur de la votait ,
Dix questions se présentent : V La bonté de la volonté dt^pend-elle de set
objet? 2° Ne dépend-elle que de cet objet même? 3» Dépend-elle aus^' i
la raison? fc<> Dépend-elle de la loi éternelle? 5» Une raison eirséc
oblige-t-elle? 6» Une volonté qui , suivant une raison erronée , va contp?
la volonté de Dieu, est-elle mauvaise? ?• La bonté de la volonté^ relative-
ment aux moyens, dépend-elle de Tintention de la fin? 8» La w^r
de la bonté et de la malice de la volonté suit-elle la mesure du bien et ci
mal qui est dans l'intention ? 9« La bonté de la volonté dépend-elle de î4
conformité avec la volonté divine? lOo Pour que la volonté humaine sdt
bonne , est-il nécessaire qu'elle soit conforme à la volonté divine dacs
l'objet voulu?
ARTICLE I.
La bonté de la volonté dépend -elle de Vchjei?
11 paroit que la bonté de la volonté ne dépend pas de Tobjet. 1* La^
lonté ne peut se porter que vers le bien ; car, d'après saint Denis, De die.
Nom., IV, <x le mal est en debors de la volonté. » Si donc la bonté dek
volonté dépendoit de celle de l'objet , toute volonté seroit bonne , ei
aucune ne seroit mauvaise.
2<> Le bien se trouve d'abord dans la fin; d'où la bonté de la fin, g(hi9-
dérée comme telle , est Indépendante de toute autre cbose. Or, diaprés le
Philosophe, Ethic, VI , <c la bonne action est la fin, quoique Tex^ntiafi
QUiËSTIO XIX.
D9 front toTo ti malUia aciut tn/«rtort« voluntaiit* in dteem articnioê litetiM.
Deinde coasiderandum est de bonitate actas
iiiterioris volantatis.
Et circa boc qusrantar decem : 1» Utrùm bo-
Ditas volautatis depeodeat exobjecto. 2o Utrùm
ex solo objecto depeodeat. 3» Utrùm depeodeat
ex raiiooe. 4* Utrùm depeodeat ex lege steroa.
5» Utrùm ratio erraos obligeL 6» Utrùm yo-
luotas cootra legem Dei sequeos ratiooem er-
raotem sit mala. 7» Ulrùm booitas voluoUtis,
in bis qus saot ad fioero , depeodeat ex ioteo-
tioue ûois. S» Utrùm quaotitas booitatis vel
maliti» io volaotate seqoatur quaotitatem booi
vel mali io ioteoUoue. 9* An voluotalis booilas
denfsndeat ex conforroitate ad voluutatem di-
IQo utrùm necesse sit voluntatem ba-
manam cooformari divine volnntali io mbto,
Ad hoc qaod sit bona.
âRTICULUS 1.
An bonitaê voluntatU dependeat tx ^jeet».
Ad primnm sic proceditur. Videtor quèd 6»-
nitas voluotatis non depeodet ex objeclo. ^^
luntas eoim non potest esse nist boni; ^
u roaium est prêter voluntatem, » ut Dîodjsbi
dicit IV. cap. De div. Nom, Si igitor bonitas ^
iuntatis jodicaretur ex objecto, sequeretur^flo^
omnis voluotas esset booa, et nalla esset lûb»
S. Prœterea, bonum per prias invenitsr la
fine : oude booitas finis » in quantum hojos-
modi, non dependet ab aliono alio. Sed« ^
DE LÀ BONTÉ Et BB LÀ MALICE DE l'àGTE INTÉR. BE LA. VOLONTÉ. 501
Eie le soit jamais ; » car Texécation est toujours rapporlée à la chose exé-
[^utée comme à sa fin. Donc la bonté de l'acte de la volonté ne dépend
d'aucun objet.
30 ce Tel est un être , tel il rend celui sur lequel il agit. » Or Tobjet de
la volonté est bon d'une bonté naturelle. Donc il ne peut communiquer à
la volonté une bonté morale. Donc la bonté morale de la volonté ne dépend
pas de Tobjet.
Mais le Philosophe dit au contraire^ Ethic, Y : a La justice est ce qui
fait que la volonté se porte vers des choses justes. » Et Ton peut dire éga-
lement que la vertu est « ce par quoi la volonté se porte vers des actions
bonnes. x> Or^ la volonté qui agit suivant ce qu'indique la vertu, est bonne.
Donc la bonté de la volonté résulte de qu'elle ce porte vers le bien.
( Conclusion. — Le bien et le mal distinguant par eux-mêmes les actes
de la volonté , et la différence spécifique des actes résultant de leurs
objets^ la bonté et la malice de la volonté doivent dépendre de son objet.)
Le bien et le mal distinguent par eux-mêmes^ comme nous l'avons dit^
les actes de la volonté. Car le bien et le mal sont essentiellement du res-
sort de la volonté, comme le vrai et le fs^ux appartiennent à l'intelligence,
dont ils distinguent les actes; et c'est ainsi qu'une opinion peut, comme
nous l'avons vu, être vraie on fausse. D'où il suit qu'une volonté bonne et
une volonté mauvaise sont des actes spécifiquement différents. Or , nous
avons vu que la différence spécifique des actes vient de leurs objets (1).
Donc c'est aussi l'objet qoi donne aux actes de la volonté leur bonté ou leur
malice.
(t) Les objets spéelfient sans doute les actes, tout comme Ils spécifient les puissances, et,
d'autant plus que , suif ant la pensée d*Àii8tote et de saint Thomas , il faut , pour spécifier
les puissances, une plus grande énergie de formalité, sMI est permis de le dire ainsi, que
pour spécifier les actes; C'est ce que nous avons plus d'une fois rappelé. Mais on ne doit pos
CQndùni PhiloBOpbom in VL Bthic. (1), « Booa
tdio est finis, lioet factio nanquam ât fihis; »
ordinatur enioi semper sicat ad finem ad ali-
quid factum. Ergo bonitas actns voluntaiis noa
dependet ex aliquo objecte.
t. Prcterea, « unwnqaodqae qnale est, taie
àlteram facit. » Sed objectnm volantatis est
bonum bonitate natarae. Noo ergo potest pra-
itare volontati boDitatem moralem. Moralis ergo
bonitas volantatis non dependet ex objecto.
Sed contia est, qnôd Pbilosopbas dicit in V.
Ethie. ( cap. i ), quod « justilia est secandùm
quam aliqui volant jasta : » et eadem ratione
virtns est secundùm qnam aliqoi volant bona.
Sedbona volantasest que est secandùm vir-
(CoHCLusio. » Cùm bonnm et malnm sint
per se dilTerentic actos volontatis , difl'erentia
autem spedei in actibns sit secandiim objecta,
seqoitor bonitatem et malitiam secundùm ob-
jecta attend! debere. }
Respondeo dicendom , qa5d bonum et rua"
ium sont per se differentie actos rrlantatis.
Nam bonum et malum per se ad volantatem
pertinent, sicut verum et faUum ad ratio-
nem^cujus actoé per se disUngnitur differentia
veri et falsi, prout dicimus opinionem esse
veram vel falsam. Unde volontas bona et mala
sont actns diiferentes secandùm speciem. Dif-
ferentia antem speciei in actibns est secundùm
objecU, ut dictamest (qa. 18, art. 5). Et
tutem. Ergo bonitas volantatis est ex boc quod ideo bonum et maium in actibus volantatis
ifiqois volt bonum. 1 propriè attenditor secandùm objecta.
(1) Ut videre est cap. 5, gr»eo-1at., vel in antiqnis i, et apud S. Tbomam leet. i, nbf
proinde factionis finem à factione ips4 diveitum esse probat, sed fioem actionis non semper.
Htm 1** II* FAKTTS, QCVSTÎOS XIXj AXTICÎX 3.
Je réponds aux aliments : 1* La volonté n'a pas tonjonrs pour cft^
un bien véritable ; quelquefois ce bien n'est qu'apparent, et (pioique b^
sous quelque rapport, il n'est pas absolument ce bien que l'appétit se po
pose : voilà pourquoi Tacte volontaire n'est pas toujours bon, et est qoc-
quefois mauvais.
2* Il est un acte qui peut, d'une certaine façon, être la fin dernière de
Iliomme; mais cet acte n'est pas celui de la volonté, comme on l'a tc
plusbaut
3* Le bien est présenté comme objet à la volonté; et, en tant qu'il a m
rapport avec l'ordre voulu par k raison , il devient moral et produit ^^
bcmté morale dans l'acte de la volonté ; car nous avons d^à dit que lani-
son est le principe des actes bumains et moraux (1).
ARTICLE n.
La bonU de la vokmti ne dêpend-étte que de robjet?
XL paroit que la bonté de la volonté ne dépend pas s^il^aieiit de VcifL
1* La fin est plus du ressort de la volonté que de celui de ttmie «i»
puissance. Or, les actes des autres puissances reçoivent leur bonfe', noi-
seulement de l'objet, mais encore de la fin, comme il a été dit. DqdcYh^
de la volonté ne reçoit pas seulement sa bonté de l'objet, mais eneoR la
la fin.
oublier non plut que l'objet, pour avoir une telle offieMÎIé^doHélm
manière formelle. Or Tobjct de Pacte moral n^est tel, comme nous FaTons
que par son rapport avec la raison. D*où il suit évidemment que la moralité de Pacte drpeii
de la roaniëre dont la raison envisage son ol\Jet, c*esi4Hlin, da «e fyCeit Vébi/tL ans ym
de la raison.
(1) Cette réponse Justifie pleinement la vérité de TobienratieB Mafemée éans la
note. Et cette observation est utile , noB-seulement pour doHier le véritable aeiw ëa
article , mais encore pour préparer IMnterprétation des articles suivants. Elle peut servir
de principe de solution à plusieurs difficultés qui peuvent aisément s*élever sur de fiareilks
matières.
Ad primam ergo dicendmn, qu6d Tvfantas
non semper est veri boni ; sed qnandoqiie est
apparentis boni , quod quidem babet rationem
aliqnam bcmi, non tamen simpliciter conve-
iiientis ad appetendam : et propter boc actus
voluDtatis non est boms «emper, sed aliqnando
malus.
Ad secnndum dicendom, qnôd qnamvis afi-
quis actOB possit esse uKhnos finis hominis se-
cnadbm aliquem modum; non tamen talis actus
est actus volintatis, ut suprè (1) dictum est.
Ad tertinm dieendam, qoôd bomim per ra-
tionem reprcsentator volontati nt objectam^ et
io quantum cadit snb ordine ralionis, pertinet
ad genus moris, et causât bonitstem moralem
in acta voluntatis; raUo enim prîndpÎBJi est
humanomin et moralium actuum^ ut suprj ùo'
tamest
ARnCDLÎJS n.
. Oirûm honiUu voluntatis dependeat ex ao2o
c^jeeto.
Ad secun^um sic proceditiu*. Videtnr qB5d
bonitas volontatis non dependeat aolom a
objecto. Finis enim affinior est volnntati, quàa
alteri potentis. Sed actus aliaram potentianaa
recipiunt bonitatem non sohim ex ol^ecto, ssi
etiam ex fine^ ut ex snprà 4ictis palet (qa. 18,
art. 4 ). Ergo ctiam actus voluntatis recrût
bonitatem, non solum ex objecto, sed etian
ex fine.
/i\ r\..
ff;st. 1 , ait. 1 , ad 3, «bi dicitur imponihile eut quôâ ipu aetut 4 wtuntate t/icKai
\
XE LA BONTÉ ET B£ LA ICALIGE SB l'AGTE INTÉB. DE LA VOLONTÉ. S03
2<» On a vu^ dans la question précédente^ que la bonté de l'acte ne dépend
pas seulement de Tobjet ^ et qu'elle dépend aussi des circonstances. Or^ la
diversité des circonstances introduit une diva^sité de bonté et de malice
dans les actes de la volonté : lorsque^ par exemple^ ces actes ont lieu dans
le temps^ le lieu^ la mesure et la manière convenables. Donc la bonté dû
la volonté ne dépend pas seulement de Tobjet^ mais dépend aussi des cir-
ccmfirtances.
3* On a déjà montré, qnest. 6, art. 8, que llgnorance des circonstances
exclut parfois la malice de la volonté. Or, cela ne seroit point si la bonté
et la malice de la volonté ne dépendoient pas des circonstances. Donc la
iKmté et la malice de la volonté dépendent des circonstances , et non pas
seulement de l'objet.
Mais nous venons de voir, au contraire , que les circonstances , comme
telles , ne donnent pas son espèce à l'acte. Or, le bien et le mal sont des
différences spécifiques de Tacte de la volonté. Donc la bonté et la malice de
la volonté ne dépendentpas des circonstances, mais de l'objet seulement.
(CoNOLusiox. — L'objet rendant par lui-même bon l'acte de la volonté,
^ lui seul, et non des circonstances, dépend la bonté de la volonté.)
Plus grande est, dans chaque genre, la priorité d'une chose, plus par-
faite est sa simplicité , moins elle renferme d'éléments : ainsi les premiers
corps sont simples. De là vient que les choses qui , dans chaque genre ,
ont la priorité sur les autres , sont simi^s et consistent dans l'unité. Or,
ie principe de la bcmté et de la malice des actes humains , est Tacte de la
vobi^. C'est pourquoi la bonté et la maliœ de la volonté elle-même
peuvent être ramenées à l'unité , tandis que celles des autres actes
ne le peuvent pas. Mais cette choâe une qui, dans chaque genre, tient lieu
de principe y n'est pas aocidentelle ; elle est absolue , parce que « ce qui
2, Prsterea, bonitas actus non eolum est ex
objecto, sed etiam ex circnmsttantus ^ ut suprà
dictam est (qa. 18, art. S). Sed secundùm
diversUatem ckcuontanlianun contiogit esse
diveraitatem bonitalis et jnalitie in acta vo*
et ubi débet, quantam 4ebet , et ^uomodo dé-
bet, T6l prottt débet. Eigo bonitai volantalis
Dou sokim dependet ta. ob^ecto, sed etiaa ex
oùtumstantiis.
S. Praeterea, igDorantia cMmnmatantianim
excusât maUliam volantalis , «t sopfà babltom
est(qt. 6, art. 8). Sed hoc non eseet niai
malum sunt speciQcs dilTerentis actus volon-
latis, nt dicttim est (qa. 18, art. 5). Ergo
bonitas et malhia voltmtatis non dépendent ex
drcomstontiis, sed ex solo objecta.
( GoiiGiiiiiio. — Cùn objectom per se actoî
luntatis : pulà qnèd aliquis velit quodo débet, ToKuiitatis booitaitem «ffent, ex ipso solo, et
non ex cticuaMtentua bonitas volantalis d^
pesdet.)
Respondeo dicendnm , qoôd in qnolibet gé-
nère» qaantè atiqMd estimas, tant6 est lii»-
plieiua, et in panciorihDS conaistens^ sicnt
piànaa cospeit swt simfilicia : et ideo meni-
mus quUL ea qam snnt piina in ^putUbet ge-
booitas et nuditia vohutatis b ciraunstaitiis nese , annt altqoo modo simplicia, et in nao
depeoderet. Ergo bonitas et maAitia volentatis
depeadet ex circnmstantiis , et aon à solo nb-
Sed contra, ex circnmstantiis, in quantam
knjusittodi, actus non habet speciem, nt siiprà
diclom est (qu. 18, art. 10 ). Sed bonam et
consistant. Pnncipiiiin antem bonitatis et maï-
\M bofflanonun actwon, est ex aotn volantatia^
et ideo bonitas et malitia volontatis aecnndùa
aliqnid unum attenditar; aliorum verd actaom
bonitas et malitia potest secundùm diversa
attendu lUad autem nnais^ qnod est principium
504 I** II* PARTIE^ QWESTJOV XIX ^ ARTICLE 2«
n'est qu'accidentel est ramené à l'absolu ^ comme à son principe. »
Par suite , la volonté ne déi^end que de la chose qui de soi donne à l'acte
sabonté^ c'est-à-dire^ de l'objet^ et non des circonstances qui ne sont^ par
rapport à l'acte^ que des accidents.
Je réponds aux arguments : i^ La fin est l'objet de la volonté^ mais non
des autres puissances. De là vient que> dans l'acte de la volonté^ la bonté
qui vient de l'objet ne diflfère pas de celle qui vient de la fin^ comme cela
a lieu dans les actes des autres puissances (i) ; à moins que ce ne soit d'une
manière accidentelle , selon qu'une fin dépend d'une autre , ime volonté
d'une autre volonté.
2» Supposé que la volonté se porte vers le bien , aucune circonstanco
ne la peut rendre mauvaise. Quant à cette parole , a on veut quelquefois
un bien lorsqu'il ne convientpas de le vouloir , o elle peut être entendae
de deux manières : d'abord , en tant que cette circonstance de temps se
rapporte à l'objet voulu; et dans ce cas la volonté n'a pas le bien pour
objet, parce que vouloir faire une chose quand on ne doit pas la faire ^
ce n'est pas vouloir le bien ; en second lieu , selon que cette circonstance
se rapporte à l'acte de la volonté ; et dans ce sens il est impossible que
l'homme veuille le bien quand il ne doit pas , puisqu'il doit toujours le
vouloir, si ce n'est peut-être par accident, ce qui arriveroit si, par
exemple , la volonté d'im bien empèchoit d'en vouloir un autre qui seroii
(1) Quand l*auleiir l'ei t poié cette question : la bonté de la volonté ne dépend-elle que de
robjct? Il no Va donc entendu que par excluBion à la fin et aux circouitancess ear noo^
voyons aussitôt qu*ll fait dépendre la bonté de la volonté, non- seulement de la raison hu-
maine , mais encore , à certains égards , de la conformité de cette volonté avec la loi éter-
nelle. Maintenant , comment se fait^il que la volonté tire tonte sa bonté morale de Tobjel
même qu*elle embrasse , tandis que les actes extérieurs la tirent en même temps de Tobjet , de
la fln et des circonstances; c'est ce que le saint auteur nous explique en disant que la volonté
saisit toujours son objet sous le rapport de la fln , indépendamment des circonstances propre-
ment dites ; et quant aux circonstances qui modifient Tobjet , elles sont comprises par la vo-
lonté dans ridée totale de robjet lui-même. Pour ce qui regarde le rapport de Tobjet avec la
fln , on peut dire que Tobjct est une sorte de moyen. Or saint Thomas a déjà démontré que
la volonté se porte , par un seul et même acte , vers la fln et le moyen considéré comme leL
in quolibet génère, non est per acddens , sed
per se; quia « omne qnod est per acddens re-
ducitor ad id quod est per se (1), » sicat ad
principiom : et ideo bonitas toluntatis ex solo
uno illo dependet, quod per se fkdt bonitatem
in actu , sdlicet ex objecto , et non ex cir^
cnrostantiis, que sont qacdam sccidentia actus.
Ad primum ergo diceodam , qa6d finis est
objectum voluQtatis, non autem atianim virium :
unde qoantom ad actum voluntatis non diifert
bonitas que est ex objecêo, à booitate qu» est
ex fine, sicut in acUbus aliamm virium ; nisi
forte per acctdens, prout flnia dependet ex fine,
et voluntas ex voluntate.
Ad secundum dtcendum, qu6d sapposito
quod Tolantas sit boni, nulla circumstantM po-
test eam facere malam. Quod ergo dicitor ,
quôd « aliquis tiiU aliquod bonum, qaando non
débet, » potest intelligi daplidter. Uno modo
ita qoôd ista circumstantia referatur ad voli»
tum : et sic votnntas non est boni ; quia velle
facere aUqold, qaaodo non débet fieri, doq est
telle bODum. AUo modo ita qa6d referatar ad'
actum volendi : et sic impossibile est quod
aliquis velit bonum quando non débet, qda
aeroper bomo débet velle bonum ; nisi forte per
acddens, in quantum aliquis volendo boc be-
I nnm , impeditur ne tune velit aliquod boom
(1) GoUigiUur ex Ub. VL MUaph^i.s text. 4, «quivalentcri et ex li^. II. Phytie.s text.77^
ac deinceps»
BK LA BONTÉ ET DE LÀ VALTGE DE L'AGTE TNTÉR. DE LA VOLONTÉ. 505
ibligatoire; auquel cas, le mal résulteroit non de ce qu'on Voudroit le
premier bien , mais de ce qu'on ne Youdroit pas ce dernier. Il en est de
Enème des autres circonstances.
3« L'ignorance des circonstances exclut la malice de la volonté, lors-
qu'elles appartiennent à Tobjet voulu , en tant que la volonté ignore les
circonstances de Tacte qu'elle veut.
ARTiaE m.
La bùnti de la volonté dépend-elle de la raison?
11 parolt que la bonté de la volonté ne dépend pas de la raison. 1« Une
chose qui a la priorité sur une autre ne peut dépendre de celle-ci. Or , le
bien est plutôt du ressort de la volonté que de la raison , comme on Ta
iDontré* Donc le bien de la volonté ne dépend pas de la raison.
^ D'après le Philosophe, Ethic, YI: a La bonté de Tintellect pratique
c'est le vrai , à cause de sa conformité avec la rectitude de l'appétit. »
Or la rectitude de l'appétit constitue la bonne volonté. Donc la bonté de
la raison pratique dépend de celle de la volonté, plutôt que celle-ci ne
dépend de celle-là.
S"" Le moteur ne dépend pas de l'objet qu'il meut ; c'est le contraire.
Or , on a vu que la volonté meut la raison et les autres puissances. Donc
la bonté de la volonté ne dépend pas de la raison.
Mais le contraire résulte de ces paroles de saint Hilaîre, De Trinit.,
X : a Toute persistance de la volonté dans ses résolullîons est immodérée
dès que la volonté n'est pas soumise à la raison, o Or, la bonté de la vo-
lonté consiste précisément à n'être pas immodérée. Donc la bonté de la
volonté dépend de sa soumission à la raison.
(Conclusion. ^ La bonté de la volonté dépendant de l'objet que lui
debitam; et tonc non incidit malam ex eo qood
aliqois vult illud boDom , sed ex eo quod noo
yvM alittd boDom : et similiter dicendam est de
iliis circnanUDtiiB.
Ad tertiun dicendom, quôd circumstantianiiD
ignoraatia excosat nalitiain Yolontatis secon-
dùm quod circamstantiic se tenent ex parte
Toliti , in qoantaiD scilicet ignorât ciicamstan-
tias aclm qnem vult.
ARTICULUS m.
Vtrkm bonitoâ voluntati» dépendent es
raiUnê*
Ad tertinm sic proœdiUir. Videtor quôd bo-
utas Toluntatis non dependeat à ralione. Prius
enim non de^ieodet à posteriori. Sed bonum
per prios pertinet ad voluntatem, qoam ad
rationem, nt ex auprà dictis patet (qu. 8»
art. 1 ). Ergo bonnffl volnotatis non dependet
à ralione.
2. Prxterea, Pbilosophus dicit in VI. EiM-
eorum, quôd « bonitas intellectus practici est
verum confonnare appetitui recto. » Appetitus
antem rectus est voluntas bona. Ergo bonitas
lalionia practics magis dependet à boaitate
volontatis, quàm e conversô.
3. Pneterea, movens non dependet. ab eo
quod novetur^ sed e conversô. Voluntas autem
movet rationem et alias vires, ut suprà dictum
est ( qu. 9, art. 1 ). Ergo bonitas volunlatis
non dependet à ratione.
Sed contra est, quod Hilarius dicit in X.
De Trin. : « Immoderata est omnis suscepta*
mm voluntatum pertinaéia, ubi non rationi vo-
luntas subjicitur. » Sed bonitas volunlatis con-
sistitin hoc, quod non sit immoderata. Ergo
bonitas volunlatis dependet ex hoc quod sit
subjecta rationi.
( CoifCLVsio. — Cùm bonitas volnntatii
pendeat ex objecio per ntionem sibi oblato»
<^re la raison , elle doit déy^ndiB, par snite^ de la raison elle-mlbK.
Nous avons dit j^ haut fœ la bonié delà volonté Amendait ptofet-
ment de l'objet. Or , l'objet de la volonté lui est pH^osé par la laisa.
car le bien connu est rdijet pcoportionné i la volonté. Mais le iàai ?à^
par les sens ou par Timaginatiûn n^est pas proporticnsé à la vido^
c'est là l'objet de l'appétit sensitif ; et cela, parce que la volonté ps
tendre vers le bien universel que lui propose rintelligence , et que Psi'
petit sensitif ne tend que vers les Mens particuliers que lui offreat y
sens. C'est pourquoi la bonté de la vdonté dépeikl de la raison y è k
même manière qu'elle dépend de l'objet.
Je réponds aux arguments : l"" Le bien considéré comme tel, c'est-à-
dire y comme objet de l'appétit^ appartient plutôt à la volonté qu'à h ni-
son. Mais il appartient plutôt à la raison comme vrai^ qu'à la voloiît^
comme bien^ parce que la volonté ne peut se porter vers le bien, sH n'eâ
saisi par l'intelligence.
2^ Le Philosophe parle ici deTlntellect pratique considéré comme ddi-
bérant et raisonnant au sujet des moyens propres à nous faire afleindre
la fin; et dans ce cas il est perfectionné par la prudence. Pour les mojens
ils sont conformes à la droite raison lorsqu'ils sont proportionnés au désir
de la fin convenable; désir qui présuppose toutefois la connoî^oice vraie
de cette fin, que la raison seule peut avoir.
3^ La volonté meut la raison d'une manière, et la raison meut la ^
lonté d'une autre, «c'est-à-dire, en lui présentant son objet, comme il i
été dit plus baut, question 9 , article 1.
ex ipsa ratione ejusdcm boiiitatcin pendcre
oportet. )
Respondeo dicendam, qjM sicut dkiiim est
(art. 1 et 2 ) , boniias voluntatis proprië ex
objecte dependet. Objectum autem voluntatis
proponitor ei per rattmiem , nam boiuim intel-
lectam est objectum volontslis proporiiosatom
ei ; bonum autem sensibile , ve\ imagiiaiiom ,
Bon est proportienatum Tolnntati, sed appe-
titui eensitivo , quia volontas potest tendere tu
bonum univer^e, qoodfatio apprehenéit; ap-
petitus autem sensitiviis, non tendit nisi in
bonnm particulare , qood spprehendit vis sen-
sitiva : et ideo bomtas voluntatis dependet à
ratione eodem modo qao dependet ab objecte.
Ad primum ergo dicendwn, quèd bonum
nb ratione boni, id est, appetibiHs, per prias
pertinet ad voluntatem, qusm ad rationem;
sed tameo per prias pertinet ad rationem 5^
ratione veri, qukm ad Teiuntateiii snb rftiat
appetibilis , quia appetitus 'voluitaiis obb po-
test esse de bono, uisi priùs k ratione appR-
bendatur.
Ad secondom dioeidmn, qoôd PliiksofÉm
ibi (1) loquitur de intdiecte peactico aéem^
dùm qaod est ooBBÎliaÉivaB et raliociBitiiw
eoram qu» sunt ad finem; sic enna peificitar
per pndentiam. In his aiatem qvs smt ad
fiaem , rectltodo rationîs conaistit in ooB&mi'
tate ad appetitum finis debiti; sed tanen et
ipse appetitus flnis debiti pnesoppoiùL leettf
apprebensionem de fine qam est per ratiûDMk
Ad tertium dicendum» qa6d volnntas qno-
dammodo movet rationem , et ratio alio tooéo
movet Toluntatem, ex parte sciiiQet o)]9e(ti,Qt
suprà dictuni est (qu. 9, arL i. )
(1) Ut cap. 2, tum in grœco-lotims, tum in antiquis videra est, ubi plenifts ail intelleci^^
facultaiem este duplieem : unam qua cognoioit ret ittaa qwiTwn prineipia w alHer htttf*
non postunt, ac proinde svienliftca àicipotttt; iHteram qwB eognêseii rta qmos eotUtÊfi
aiiter u kahere:, m propierea ratiociMOiva nMuoupalmr, oâm eantmltûf^ perinde mt «
ratioeinari^ con$uHatio autem in tjutmoM réinu Caiil«t«i pU, Quapnpter^ eitm ^uœlM
raliteiPêUi^iA sabjimgit, tU tUiqÊêit habiUtB O^twtu, et eleetio tit cûmtiliiitivuM apf»-
■*9û9itH ^sitleûtio rêciaeH^ ei raliù tit vera, et appetitus ipterectut^ aetaiemà
DE LA BONTÉ ET SB LA. JUXICE DE l'aGTE INTÈll. DE LA VOLONTÉ. SOT
ARTICLE IV.
La bonté de h voknU difend^lk de Im loi étenMe?
n paroit qne la bonté de la volonté humaine ne dépend pas de la loi
étemelle, l*» A un seul objet suffit une seule règle ou mesure. Or , la
règle de la volonté humaine^ la mesure de sa bonté, c'est la droite raison.
Donc la bonté de la volonté ne dépend pas de la loi étemelle.
2» « La mesure est de même nature que Tobjet auquel on rapplique. »
Metaph., X. Or, la loi étemelle n'est pas de même nature que la volonté
humaine. Donc la loi éternelle ne peut être la mesure de la volonté hu-
maine , en sorte que d'elle dépende la bonté de celle-ci.
3** Une mesure doit être éminemment certaine. Or la loi éternelle nous
est inconnue. Donc elle ne peut être la mesure de notre volonté , de ma-
nière à en déterminer la bonté.
Mais le contraire résulte de cette parole de saint Augustin, Cont.
Faust., XXII : a Le péché est une parole, une action, un désir contraire
à la loi étemelle. j> Or , la malice de la volonté est la racine du péché.
' Donc , la malice étant Topposé de la bonté , la bonté de la volonté dépend
de la loi étemelle.
( Conclusion. — La raison humaine étant subordonnée à la loi éternelle^
comme la cause seconde Test à la cause première ,^ la bonté de la volonté
doit nécessairement dépendre encore plus de la loi étemelle que de la
raison. )
Dans les causes coordonnées entre elles , tout effet d^[)end de la cause
première encore plus que de la cause seconde , celle-ci n'agissant que par
la vertu de celle-là. Or , si la maison humaine sert de règle et de mesure
test esse Dostne vdontatis mengora^ ut ab «t
booitas vohintatis noetn» dependeat.
Sed coatn «si, qnèd Angaatiniu dicit XXH.
lib. Contra Foustum (cap. 37 ) , qpkA « pec-
catiim est dktoAy factom» je\ coacopitum ali-
quid ooAtra steisam legem. » Sed malitia vo-
limtaito esi radix peccali. Ergo , càm malitia
booitati «ppoDatoi; boiitas voloatatù dependet
àkge atena.
( CoacLuaio, ^^ Cùm ratio hnvasa ad legem
«teraam ^mnpareti», at causa ucanda prima
siiboidioata, nacessarium est volufitatis taumana
bonitatem magis ex lege sterna , (gum ex sa-
tiauAdependere. )
Bespondeo dicendum, qabà m oanibua caïuit
ordinatifi, eifectas plos dependet à causa prima,
quàm à causa secunda ; qaia causa secunda aon
agit nisi in virtute prims causa. Qaod autem
ratio humana sit régula Tolnntatis bnmanc, ex
ARTICULUS IV.
Ctrûm bonitas voluniaiU dépendent ex lege
aiema.
Ad quartnm sic prooeditar. Videtar qu6d
bonitas ^oluntatis liumans non dependeat à
lege «tema. Unius enim una est régula et
measora. Sed régula bumans voluntatis, ex
qoa ejus bonilas dependet^ est ratio recta.
Ergo non dependet bonitas voluntatis à lege
cterna.
i.Preterea, «meonraefthMUgeiieanei-
sorato , » ut dicitor X. Mttaph. ( text. 4 ).
8ed les etema non est bomogenea iroluntati
bornai». Ergo lexctarna non potest esse men-
SOIS vohmtatig honume, ut ab ea bonitas ejus
depeodeat
8. Prsterea, mensnra débet esse certissima.
fied lex xlema est nobis ignota. Ergo non po-
fvtioM mffftKrwUMLt , fiMj ^fo«ef««l«r ^fpeUlm. Cvytialio Uia partes tiw iela VêHÊm
(ioqail) flcitva «il (irpowTuni).
508 l'* II* PARTIE, QUESTION XIX, ARTICXB 5.
i la volonté humaine et détermine sa bonté , cette propriété , elle la tient
de la loi étemelle qui est la raison divine. De là ces paroles do Psmmu
IV, 7 : « Plnsieurs nom disent : Qui nous a montré ces biens? Sur nos.
Seigneur, s'est imprimée la lumière de votre visage ; » comme sH y
avoit : « la lumière de la raison qui nous éclaire ne peut nous montrer k
bien et régler notre volonté , qu'en tant qu'elle est celle de votre visage ^
ou qu'elle découle de votre propre lumière. »D'où il suit manifestranŒt
que la bonté de la volonté humaine dépend de la loi éternelle plus q^
de la raison humaine , et que là où celle-ci fadt défaut, il faut recourir i
celle-là.
Je réponds aux arguments. V Une seule chose ne peut avoir plasteois
mesures prochaines ou immédiates; mais elle en peut avoir plosiems
coordonnées entre elles.
3* C'est la mesure prochaine y et non la mesure éloignée, qui est de
même nature que l'objet mesuré.
3» Quoique la loi éternelle nous soit inconnue , en tant qu'elle est dans
l'intelligence divine , elle nous est connue d'une certaine façon , soit par
la raison naturelle qui en dérive comme sa propre image , soit par une
révélation surajoutée à cette même raison.
ARTICLE V.
La volonté qui n'chéii pas à la raison qui se trompe, est^elle mauvaise (I)?
n paroit que la volonté qui n'obéit pas à la raison qui se trompe, n'est
pas mauvaise. 1^ La raison » comme on vient de le dire , règle la volonté
(1) Cette question , comme Vauteor le remarquera lui-même dans rarticle saiTant , nùed
i celle-ci : la conscience erronée excose-t-elle du mal? Et cette seconde qnestioii peat dl^
qna ejas bonitas mensuretur^ habet ex lege
aterna, que est ratio divina : nnde in Psalm,
IV. dicitttr : « Malti dicunt, qais ostendit nobis
bona? signaturo est snper nos lamen toUus toi,
Domine ; » quasi diceret : lumen rationis qaod
in nobis est, in tantnm potest nobis ostendere
bona, et nostram voluntatem regnlare, in quan-
tum est lumen vultns tm, id est à vuUu tuo
derivatttm. Unde manifestum est qn6d mnito
magis dependet bonitas tolnntatts humans à
lege xterna quàm à ratione bnmana; et nbi
déficit bumana ratio, oportet ad rationem ttteN
nam recurrere.
Ad primam ergo dicendum, qu5d nnios rei
non sunt plures mensurs pruxims; possunt
tamen esse plures mensurs , quamm nna sub
alia ordinetur.
Ad secundum dkendum, qnôd
proxima est homogenea mensurato, non auteia
mensura remola.
Ad tertium dicendam, qnôd Ucei lex ^anu
sit nobis ignota secundum qaod est in meitte
divina, innotesdt tamen nobis aliqualiter, vd
per rationem naturalem que ab ea derivatu-at
propria cjus imago, vel per aliqualea revela-
tionem superadditam.
ARTICULUS V.
Otrium vcHuntoê dàseordam à rtUimu emaU
ntmala.
Ad quintum sic proceditar (1). Vîdetor quM
voluntas discordans à ratione errante non ai
raala. Ratio enim est régula voluntatis buniaïue,
in quantum derivatur à lege «tema, nt dîctmi
(1) De bis etiam in II, Senl.^dist. 39, qu. 8, art. 9 et 3; nt et IV, Stni,^ dist. 9, ari.3|
qnœstiunc. 8 , ad 8; et qu. 17 , de vent., art. 4; et qu. 9, de malo, art. 8; et Quodlib,^ VID,
' '" *• 15; et Quodiih,^ IX, art. 15; et ad Jtom.«XiV, lect. i, col. 9, etiact. S» ciroi
i GaUa.s V, lect.
mm» 4 0
BE LA BONTÉ ET DE LA KALIGE DE l'aGTB INTÉR. DE LA VOLONTÉ. 509
liumaine en tant qu'elle dérive de la loi éternelle. Or, la raison qui se
trompe ne dérive pas de la loi étemelle. Donc la volonté n'est pas mauf^
'vaise lorsqu'elle est en opposition avec la raison qui se trompe.
2* D'après saint Augustin, De Vetb. Lom. Serm. VI : « Le précepte
d*une puissance inférieure n'oblige pas s'il est contraire au précepte d'une
puissance supérieure; lorsque, par exemple, un proconsul ordonne ce
que défend l'empereur. » Or , la raison qui se trompe, c'est l'inférieur
qui propose une action défendue par le précepte d'un supérieur, de Dieu
qui est le Maître suprême. Donc le commandement de la raison n'oblige
pas lorsqu'elle se trompe. Donc la volonté n'est pas mauvaise lorsqu'elle
refuse de suivre la raison, dans cette hypothèse.
3** Toute volonté mauvaise appartient à une espèce de malice. Or, la
volonté qui ne suit pas une raison erronée ne peut être rangée dans une
espèce de malice : si , par exemple, l'erreur de la raison consiste à com-
mander la fornication, la volonté de celui qui refuse de commettre cet
acte ne peut être rangée dans aucune espèce de malice. Donc la volonté
qui n'obéit pas à une raison erronée n'est pas mauvaise.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. La conscience, comme nous l'a-
vons dit ailleurs, première partie , quest. 79, art. 3, n'est que l'appli-
cation de la science aux actes. Or, la science appartient à la raison. Donc
la volonté qui s'écarte de la raison , alors même que celle-ci se trompe,
mâme être ramenée à celle-ci : rignorance cause-i-elle TiavolonUire? Or on «e souvient que
1* auteur a traité cette matière au commencement de cette seconde partie, quest. 6, art. 8.
Saint Thomas a donc posé comme les principes de solution dos principales difflcultés qui
peuvent se présenter dans la thèse actuelle. S*il revient sur ce sujet , e*est pour le déve-
lopper en raison de son importance. Soit que Ton considère la morale proprement dite , en
effet , soit que Ton considère le dogme chrétien par rapport à rétat général de rhumanité , il
importe essentiellement de connottie , autant du moins que la foiblesse bumaioe le permet,
Jttsqtt*à quel point la conscience erronée excuse ou oblige. Que de funestes erreurs, d*une
part, et que de slupides déclamations, de Tautre, auroient été supprimées, si Ton afoit
mieux connu les principes si sages et si lumineux de la théologie!
est. Sed ralU> errans non derivatur à lege
sterna. Ergo ratio errans non est régula Tolan-
latis homans : non est ergo voluntas mala ,
81 dbcoidat ratione errante.
S. Prcterea, secundum Aagnstinam (Sermo
VI. De Verbo Domini ) : a Inférions potes-
tatis prsceptom non obligat, si contrarietor
prxcepto potestatîs saperions, sicot si procon-
sul jobeat aliquid quod Impevator prohitaêt (1) . »
Sed ratio errans qoandoque proponit aliquid
qood est contra prxceptum superioris, scilicet
M , cujos est somma poteslas. Ergo dictameo
ralîonts errantis non obligat : non est ergo
voianias mala si discordet à ratione errante»
3. Pneterea , omnis Tolantas mala redadtor
ad aliqnam speciem malitis. Sed voloutas dis-
cordans k ratione errante, non potest redaci ad
aliquam speciem malitie ; quia si ratio errans
errât in hoc quod dicat esse fornicandiun, vo-
lontas ejos qnifomicari non vult, ad noilam
malitiam ledud potesL Ergo volaotas discor-
dans à ratione errante non est mala.
Sed contra, sicut in primo actam est ( sea
I. part. qa. 79 , art. 8 ) : « Gonscientia nibil
aliad est qoàm applicatio sdentitt ad aliqueia
actom; » scientia aatem in ratione est : fo»
luntas ergo discordans à ratione errante est
I contra conscientiam. Sed omnis talis volnntas
(1) SUi aliis verhis bce enuntiat ibi, ut cap. 8 videre est : Si aliquid junerit euruiot
(ioqoit) ( vel procurator ), «oniia faeiêndum $n f Tamen si contra proeontuiem jubeai^ non
«d'elle contemnii polettatem « tcd eiigit mojcri tervire, Rursum si aliquid ipso proconsul
iubtat, st aliudjuteal iwptrator^ ii«m{«td dubitatur ^islo contetr.plo^ iUi ssêo êoroieudumt
510 I'* II* PABTIE, OUESXION JSX, ABTICLE 5.
va contre la conscience. Mais une volonté de ce genre est xnaix^aise; cr
il est dit^ Rom., XIV, 23 : a Tout ce qui ne vient pas de la foi
c'est-à-dire , ce qui est contre la conscience. Donc la volonté
avec la raison erronée est mauvaise.
( Conclusion. — Toute volonté qui est en oppositiari avec la
que celle-ci se trompe ou ne se trompe pas, est toujours mauvaise. )
La conscience étant en quelque manière le dictaaieny ou jugems:
^atique de la raison, puisqu'on a vu dans la première partie qu'elle o'cf
que Tapplication de la science à Tacte , chercher si la vdonté qui s'éarê
d'une raison erronée est mauvaise , revient à chercher si la coxïscisaœ
ohlige lorsqu'elle se trompe. A ce propos, plusieurs auteurs ont distififi--
trois genres d'actes : les actes bons, les actes indifférents et les actes au:-
vais dans leur genre. Ils disent en conséquence que, lorsque la raiscm c:
la conscience commande de faire une chose bonne de sa nature aa (ù:^
son genre , il n'y a point d'erreur. Il en est de même si elle coumiandf
de ne pas faire une chose mauvaise de sa nature ; car c'est en vertu tfo
même principe que le bien est prescrit et le mal défendu. Mais si la rdson
ou la conscience dit à quelqu'un qu'il est tenu en vertu d'un piéœpfe de
Êdre une chose mauvaise de sa nature, ou de ne pas faire une chose bonne
par elle-même, alors la raison ou la conscience sera erronée. H en sen
de même si elle suggère à quelqu'un qu'il lui est ei^oint ou défendu de
faire un acte indifférent par nature, comme de lever une paille de
terre.
Ceci posé, ces auteurs disent que la raison ou la ooDscience qni se
trompe en ordonnant ou défendant des choses indifférentes, oblige, en
sorte que la volonté qui ne lui obéit pas est mauvaise , et tombe dons k
péché ; mais qu'elle n'oblige pas, si elle se trompe en ordonnant des
choses mauvaises par elles-mêmes, ou en prohibant celles qui sont bonnes
6st natat; dicitnrfnhn Ronutft.yWf : cOnun
qood non obI ex ûde , peccatum est, » id est ,
omne qnod est contra consdentiam. Ergo vo-
luntas discûrdang à ratione errante est mala.
( CoRCLUSio. — Qua?i8 voluntas à ratione
sive recta 8ive errante discordans^ semper est
malt.)
Respondeo dicendum, qnôd cùm consdentia
sit quodammodo dictamen rationis, estenimqua-
dam appUcatio scientis ad actum, ut in primo
dictom est (1. part, nt supri), idem est querere
utrùm voluntas discordans à ratione errante sit
mala, quod qosrere utrùm conscientia errans
obliget. Circa qnod aliqui distinxerunt tria gê-
nera actnum : quidam enim sunt boni ex génère,
quidam sunt indifférentes , quidam sunt mali
ex génère. Dieunt ergo qpbà si ratio vel con-
scientia dicat aliqufd esse fatdendnm quod sit
^ Stto génère, non est ibi error. Simi-
liter si dicst aliqoid non esse fàtMnâvm qnod
est malum ex suo génère ; eadem enim ratimie
piœcipiuntur bona^ qua prohibentnr mala.Sed
si ralio vel consdentia cUcat alicoi , quod iUa
qus sunt secundum se mala , homo t^ntar
facere ex prscepto, vel quod iila qvs sunt
secundum se bona, sint prohibita, eril ntàù
vel consdentia errans : et simiiiler si ntio sd
consdentia dicat alicui, quod id qood est se-
cundum se indifférons, ut levare Xestoamde
terra, sit probibitum vel praeceptum, erit rali»
vel conscientia errans.
Dicont ergo quod ratio vel conscientia enas»
circa indifferentia sive prscipiendo, sive protii-
bendo, obligat, ita quod voluntas discordans i Uli
ratione errante, erit mala et peccatum; sed nlio
vel conscientia errais predpieiido en qm suât
per se mala, vet prolribendo ea qu» sunt per se
bona et necessaria ad salutem, non obligat. Ua<k
DE LÀ BONtÉ ET DE LJL ITALIGE DE l'àCSTE ttrrtSL. DE LA VOLONTÉ. 5tl
par elles-mêmes, et nécessaires an saint : d'eu il suit que, dans ce cas, la
volonté qui est en q^porition avec la raison n^est pas mauvaise. Mais ce
sentiment n'est pas fondé en xasos. En effet, d'ans les choses indiffé-
ventes , la votante qoi refuse d'obéir à la raison qui se trompe devient
mauvaise, à îame de l'objet duquel dépend sa bonté on sa malice , non
de l'objet pris en lui-même, mais tel qu'il est saisi par la raison , qui le
croit bon ou mauvais, prescrit ou défendu. Or l'objet de la volonté étant,
ainsi qu'en l'a vu , tel qu'il est présenté par la raison , dès qu'un objet est
présenté par ceUe-d comme mauvais, la volonté devient elle-même mau-
vaise en se portant vers cet objet. Ged a lieu, non-seulement lorsqu'il
s'agit de choses indifférentes, mais lorsqu'il s'agît de choses bonnes ou
mauvaises par elles-mêmes; car les choses indifférentes ne sont pas les
seules qui peuvei^ devenir bonnes ou mauvaises par accident; les choses
bonnes peuvent devenir mauvaises, et les choses mauvaises bonnes, si
elles sont eonsidéf ées ainsi par la raison. Par exemple', éviter la fornica-
tion, est une chose bonne en elle-même; cependant elle n'est un bien
pour la volonté qu'autant que la raison la lui montre comme telle. Si
, donc la raison la lui représente comme mauvaise, et si elle s'y porte
malgré cela, elle deviendra elle-même mauvaise, parce qu'elle veut le
Bial , non ce qui est mal en soi , mais ce qui est mal par accident , c'est-
à-dire, par suite du jugement de la raison. De même , la foi en Jésus-
Christ est bonne par elle-même, et nécessaire au salut; mais la volonté
ne l'embrasse que sous le rapport sous lequel elle lui est présentée par la
raison ; et, si elle lui est préâsntée comme mauvaise , elle l'embrassera
comme mauvaise; non, certes, qu'elle soit mauvaise en soi; mais elle le
devient par accident, à cause de la manière dont la raison la conçoit. De
là cette parole du Philosophe, Eihic, VU : a A proprement parler,
celui-là est incontinent qui ne suit pas la droite raison; mais, par acci-
ia talibos volontas diseordans k ntioue Tel coo-
gcientia errante, noo est mala. Sed hoc irra-
tionabiUter dicitur. In indifferentibus enim
voluntas disoordans à ntione f el censdentia
eiraate est mala aliqno modo piopter objeetom,
à quo booitas vel malitia Tolnntatis dependet,
ion antem propter ol)|ectimi secnndam soi na-
turam , sed secuodum qnod per accidens à n-
tione apprebenditur ut bonum vel malum , ad
faciendom, vel ad vitandom; et quia objectum
volunUtis est Id quod proponitur à ratione, ut
dictmn est, ex quo afiquid proponitur à ratione
Qt malain, voluntas dum in illud fertnr, accipit
ratioaem mali. Hoc autem contingit non solùm
in indifferentiboSy aed etiam in per se bonis,
vel malis; non solom enim id qnod est indiflè-
rens^potest accipere rationem boni vel mali
est malnm, rationem boni, propter apprehen-
sionem rationis : pntà abstinere à fornicatione,
bonum quoddam est , tamen in hoc bonum non
fertor volmitas, nisi secundum qnod à ratione
proponitmr. Si ergo proponatnr ut malum k
ratione errante, fertur in hoc suh ratione mali :
nnde volnntas erit mala, quia volt malum, non
quidem id quod est malum per se , sed id quod
est malum per acddens propter apprehensionem
rationis. Et similiter credere in Cbristum est
per se bonum et necessarium id salutem ; sed
voluntas non fertur in hoc nisi secundum quod
k ratione proponitur : unde, si k ratione propo-
natnr nt mahim , volantas feretur in hoc ut
malnm; non quia illud ait malum secundum
te, sed quia est malom per accidens ex appre-
hensione rationis : et ideo I^ilosophns dicit
per accidens, sed etiam id quod est bonum 1 in VII. Sthic,, quod a per se loquendo, incon-
poUst accipere rationem mail, vel illud qnod | tinens est qui non sequitur ralio&âtu r^rlam;
S13 l'* II* PARTIE^ QUESTION XIX, ARTICLE 6.
dent, celui-là Test aussi, qui ne suU pas une raison erronée. » H résù
donc de tout ceci qu'en thèse générale , toute volonté qui n'obât ps
la raison, que celle-ci se trompe ou non, est toujours maavaise*
Je réponds aux arguments : 1<* Quoique , lorsque la raison se tmic?
son jugement ne dérive pas de Dieu, elle le propose néanmoins eamt
vrai, et, par suite, comme dérivé de Dieu, source de tonte Térifë.
2* La parole de saint Augustin n'est vraie que lorsqu'il est notoire ^
le pouvoir inférieur ordonne une chose défendue par an pouvoir ^i^
rieur. Mais si quelqu'un croyoit que le commandement du procGœri s;
celui de l'empereur , en méprisant ce commandement^ il mépisROft
celui de Tempereur lui-même. Pareillement, si un homme crojcâi ^
la raison humaine enjoint quelque chose de contraire à Tordre de Vm.
il ne devroit pas suivre sa raison; dans ce cas, la raison ne œroitp
complètement dans Terreur. Mais lorsque , par erreur, elle donne m
chose comme un ordre de Dieu, la mépriser seroit mépriser Dieu lui-
même.
9* Lorsque la raison saisit une chose comme mauvaise , elle vdt tùù-
jours en elle un côté mauvais , soit parce qu'elle la croit opposée à on
ordre de Dieu, soit par crainte du scandale, ou pour tout autre motif sem-
blable. Et alors la malice de la volonté rentre dans l'espèce àumaEVqae
la raison aperçoit et signale,
ARTICLE VL
La volonté qui obéit d la raiêon qui se trompe, est^elle bomw?
Il paroit que la volonté qui obéit à la raison qui se trompe , est ioum.
i» De même que la volonté qui n'obéit pas à la raison se porte vers un objtî
qu'elle juge mauvais, la volonté qui lui obéit se porte vers un objet
per accidens antem, qui non sequitur rationem
falsam. » Unde dicendum qu&d simpUdler
omnis volantas discordans à ratione sive recta,
sive errante, setnper eat mala.
Ad primum ergo dicendum, quôd judicium
rationis errantis , licet non derivetur à Deo ,
tameu ratio eiTans judicium suum proponit nt
\erum , et per consequens ut à Deo derivatum,
à quo est omnis veritas.
Ad sccundum dicendum ; quùd verbum An-
guslini habet locum quando cognoscitur quod
inrerior polestas pnccijiit aliquid contra pno-
ceptum superioris potestatis ; sed si aliquis cre-
deret quod pnccepiuni Proconsulis esset pras-
ccptum Impeiatoris, cootemnendo pneceptum
Prticonsulis, contemneret prsceptum Impera-
toiis : et ùmiliter si aliquis homo cognosceret
qu6d ralio humana dictaret aliquid contra pre-
ceptum Dci , non tcnetnr rationem sequi ; sed
*—'^\ ratio non totaliter esset errans. Sed quando
ratio errans proponit aliquid nt pnect^
Dei, tune idem est contemnere dicUfoeii is-
tionis, et Dei praeceptum.
Ad tertium dicendum , qaftd ratio quaods
apprebendit aliquid ut malam , semper «ppre-
henditillud snb aliqua ratione maK, p^<^
contrariatur divino praecepto , vel quia est scan-
dalum, Tel propter aliqnod bujusâodi : ci tase
ad talem speciem malitias redadtat tdis nub
Yoluntas.
ARTICIJLUS VL
Vlrum volunUu eoncordauê ratiom errsn6
sil ItoHa,
Ad sGxtnm sic proceditur. Videtar qu6d to-
luntas concordans rationi erraoti sit bona. S:cet
enim voluutas discordans à ratione, tendit i&
id quod ratio judicat malum, ita voHintas e>s-
cordans rationi tendit in id quod ratio jadiai
bonum. Sed voluntas discorJaci à ralione,
DE LÀ BONTÉ XT DE LA MALICE DE L'AGTE INTÉR. DE LA VOLONTÉ. 518
jumelle juge bon. Or, la volonté qui n'obéit pas à la raison , même lors-
çpi'elle se trompe, est mauvaise. Donc celle qui lui obéit, même lorsqu'elle
se trompe , est bonne.
â<* La volonté qui est conforme à Tordre de Dieu et à la loi éternelle ,
est toujours bonne. Or la loi étemelle et les ordres de Dieu nous sont
proi>08és par la raison, même quand elle se trompe. Donc la volonté qut
suit la raison quand elle se trompe , est bonne.
3® La volonté qui n'obéit pas à la raison lorsqu'elle se trompe, est
mauvaise. Donc si la volonté qui lui obéit est mauvaise aussi , toute vo-
lonté qui viendra après une raison erronée sera mauvaise, et l'homme
placé en de telles perplexités péchera nécessairement; ce qui répugne.
Donc la volonté qui suit la raison lorsqu'elle se trompe, est bonne.
Mais, au contraire, la volonté de ceux qui tuoient les apôtres étoif
mauvaise. Néanmoins, elle suivoit leur raison erronée, suivant cette pri-
rôle de Jésus-Christ , Joan., XVI : a L'heure est venue où quiconque vous
mettra à mort, croira obéir à Dieu. » Donc la volonté qui suit la raison
lorsqu'elle se trompe, peut être mauvaise.
(Conclusion. — La volonté qui suit la raison lorsqu'elle se trompe sur
ce que chacun est tenu dé savoir, est toujours mauvaise. )
La question que nous venons de résoudre se confondoit avec cette
autre : a la conscience erronée obUge-t-elle? » de même celle qui se pré-
sente à résoudre se confond avec celle-ci : « la conscience erronée excuse-
t-elle du mal? » Cette question-ci dépend de ce que nous avons dit de
l'ignorance. Or, nous avons vu que l'ignorance rendoit une chose tantôt
volontaire, et tantôt involontaire. De plus, le bien et le mal moral, dépen-
etiam errante» est mala. Ergo Tolhntas ooncor-
dans ratiom, etiam entnti^ eatbona.
2. Prsterea , ? olantas concordans precepto
Dei et legi «terne aemper est bona. Sed lez
cterna et prsceptom Dei proponitor nobis per
appreheusionem rationis, etiam errantis. Ergo
Toluntas concordans etiam rationi errant! est
bona.
3. Prsterea, Tolantas discordans à ratione er-
rante est mala. Si ergo volontas concordans
rationi erranU sit etiam mala , videtar quod
omnis Tolunlas babentis rationem errantem, sit
mala : et sic tatis homo erit perplexos, et ex
necessiUte peccabit; qnod est inconveniens.
Ergo voluntas concordans rationi erranti est
bona.
Sed contra, volontas occidentîum apostolos
erat mala. Sed tamen concordabat rationi er-
rant! ipsomm, secandam illud /oan., XVI :
c Venit hora, nt omnis qni interflcit vos, arbi-
tretnr obseqoiam se prsstare Deo (t). » Ergo
volontas concordans rationi erranti potest esse
mala.
(CoKCLUSio. — Volontas concordans rationi
erranti circa ea qoa qois sdre tenetor, semper
est mala. )
Respondeo dicendnm, qnèd sicot premissa
qacstio eadem est corn qasstione qoa quni-
tur, « ntmm conactentia erronea liget ; » ita
ista qusstio eadem est cum illa qoa qnaaritur,
a ntrum consdentia erronea ezcoset. » Esc
aotem qusstio dependet ab eo qood supri de
Ignoranlia dictum est (qu. 6, art. 8). Dlc-
tnm est enim soprà, quôd ignorantia qoando-
que causât itwoluniarium , quandoque auteni
non* Et quia bonum et nuUum morale con-
(1) De Judftis inlelligeiidan notât lugustinas, Tract. XCm. in Joan.» quippe qui non tan-
tÙD de lyuffogifl opostolot peUennt , ted ncc vivero paterentor , quasi veriti nempe ne omnc*
•i ftomm Chriiti ««4 prwdieaHonê eonverUnnt^ el ab obiervaiione Judaismi tanquam
dtttiia ferOcff i a/vertereni; «icrlyret MiiVn Chriili eêiûmii •eefft nmi d gentilibut^ non
tometi un wbUrtUi iunl Iho^ ud diit mit fahis obêeqmium têprmiiarês eUm hmc faemronl.
IT. 33
fil 4 I^ U« PARTIE^ QUESTION mc, ARTICLE 6.
âaat de l'acte volontaire comma noua Savons égaleoieBt dit^ il est ût
que l'ignorance <iui reni un acte kttolontadie, ha enlève sa mor
mais non celle qui ne le rend pas involontaire. Or^ il a été dît eneop
rignorance> voulue d'una certaiœ façon, soit direetenent, soif im
tement^ ne rend pas un acte involonlaire. J^ppeHè ignorance di
ment volontaire, ceUasur laqudle porto l'acte de la voloolé ; et igno
indirectement volontaire , celle qui vésnlte« de la n^Iigenoe par lac
on ne veut point apprendre ce qu'on est ton de savoir; Donc toute e
de la miâon ou de la coasdeBce, soit dirette, soit indirecte, poiiar
ce qu'on est tenu de savoir, n^excme pas du med la volonté qni a^l
séqucmment à cette erreur. Mais sil 'erreur qui cause Tinvofontaîr^
vient de l'ignorance de quelque einumstance, sans qu'il j ait néçlis^
cette erreur excuse du mal. Si*, pav exemple, l'erreur de la r
consiste à dire que l'Iumime estrtena de s'approcher de la femme é
prochain, 1^ volonté qui suit cette piescnjptisn est mauvaise, parce
l'erreur provient de l'ignorance, de* la loi de Dieu, que Ton est tes
connoltre. Mais si l'erreur consiste en. ce que cet homme' prend, pour
épouse, une femme qui ne l'estrpaav et veuts'appfoehep d'elfe lors^n
demande le devoir, sa volDnié est eseusée du mal', parce qne Ven
provient de l'ignorance d'une ciroonstance , ignorance qui est excusai
et cause, par suite, rinvolontaise^
Je réponds aux arguments. : 1"^ Gommv le dit saint Dems, De (fi
Nom., IV : a La cause du biai.dbit ôtce pat&ite, tandis que le n»V
suite d'un défaut quelconque^.. » Par suite , peur que la vcdonté se p
vers le mal, il suiEt que.souiohjat sait.mauvii6> ou en lui-même, ou i
le jugement de la raison. Mais,, pour qu'elle se perte v^^le-bien , it
que son objet soit boR sous double rapport*.
sistH io acttt in qaantam est yoluntariuS) ut* ex
proniasis paket (art. 2), manifestum est,
quodillaignorantia qns causât involuntarium
toUife ratiûoemboai et maU inorati9> non autem
iUa qam mooiimtarium non causât Dictum
est etiam suprà, (qa. 6, art. 8)^qaod igne-
rantta qns est aliquo modo volita sive directe,
aive indirecte, non causât involuntarium. Et'
dico ignoraattam directe folontariam, in qaam-
actos Tolontatis fertur; indirecte antem, propter
negligentiam, ex eo qiedaliquis non Tult illod
adre qiiod scire teoetor, ut snprà dicUim est*
(qn. êf arti a ). Si jgitor ratio vel conscientia
erret errore Tolontario, veï directe ve) propter
negligentiam, quia est errorcirca id quod quis
adre teneior, tune talis error rationis Tel crni*
sdentis non excusât quia voluntas concordans
rationi vel couscientis sic crrantisii mala..Si.
^m sit error qui causât involuntarium,
niens ex igaoranlia alici^usxârcnmstaoti»
ornai negUgeatia, tune talis erior m-
tioms vel coiscientle excusât; ut volant^
oordtas rattoai' erranti non sit maia -. i
ration eirans dieebat quod homo tenei
uxorem alterios aocedere , voluntas codc|
liuio ration) erranti, estmsdâ, eo qnbâ en
provenit ex ignorantia legis Dei , qoam ai
netnr. 9i autem ratio erret in hoc qiio<l|
aliquam nrallerem submissam esse suatf
rem» et ea petente debitum velit eam j
cere, excusatur volnntas ejus, ut non si^
quia error iste exignorantia circamstantl
veoit, qus excusât et invoiuntarium i
Ad primam ergo dicendum , quod sic^
nysius dicit io cap. II. De div. Nom,!
num causatnr ex intégra causa, rnaluoi]
ex singttlaribns defectibos : » et idco ^
q\iod dicatur ruoLum id in qood ferlor v^
sufficit , sive q}iod secundam suam iialul
maliiiay.8iv(y.qttàd.ap|Mwbendaturat loalia
tad hoc qaod mi àotmm, .requiritur quod «
modo ait boatun. I
DE LA BONTÉ ET VB tA. MAIICE DB L^ACTE IKTÉR. BE LA VOLONTÉ. 515
3* lia loi éternelle ne peot se tromper, mais la raison humaine le
peut : o'eBt poaiquoi la volovité qui soit la raison humaine^ n'est pas
toujours droite et conforme à la loi étemelle.
3«> De même que dans un raisonnement , une proposition fausse étant
: donnée, des conclusions fausses en résultent nécessairement ; de même,
un acte mauvais étant posé, d^autres actes de même nature suivent né-
1 cessairement : ainsi, lorsque quelqu'un cherche la vaine gloire, soit qu'il
• exécute par ce motif ce qu'il est tenu de faire, soit quiil l'omette, il pé-
» chera toujours; il n'est pas toutefois nécessité, car il peut renoncer à sa
^< mauvaise intention. De même encore, posée une erreur de la raison pro^
r/ cédant d'ime ignorance coupable , il doit s^ensuivre nécessairement un
f mal pour la volonté; néanmoins l'homme n'est pas nécessité y puisqu'il
^j peut se soustraire à l'ignorance, qui est alors vincible et volontaire.
^ ARTICLE ra.
M La honte de la volonté relativement aux moyens dépend-elle de l^iniention
^ de la fin?
m
n paroit que la bonté de la volonté ne dépoid pas de l'intention de la
fin. i*^ On a vu phis haut que cette bonté ne dépend que de l'objet. Or,
dans les moy^s, autre est l'objet de la volonté, autre la fin quelle se
propose. Donc la bonté de la volonté, dans ce cas, ne dépend pas de l'in-
^ tention de la fia.
f 2^ C'est le proi^e de la bonne volonlé , de vouloir garder les comman-
^^ déments de Dieu. Or, cette volonté peut avoir une fin mauvaise, par
^' exemple, la vaine ^ire ou la oupiéîté , n'obéissant à Dieu qu'en vue de
certains avantages temporela. Donc la bonté de la volonté ne dépend pas
de rintBnti(»i de la fin.
■•«•MVi
•lU'
Ad gecQUdam dkendnm^ qood lex aeterm
i'"^ emre non poteat ; sed ntio bumana potest ep-
u '^ rare : et ideo Yoloutas ooncordti» rationt hu-
li'^ mans von semper est recta, née seniper est
k>? coDcordaos legi aïtcrn».
'jl ''■ Ad tertinm dicendam, qnod sieni in sjllo-
m ev^^ gistids , «r wio inconvmiienti dalo , aeeesse est
rei- ^' alla sequi,» ita in moralilms, lao iaconveoienti
ç,£f'^'> posito, ex necêssitate aUa aequimtar : sicitt,
^0^ nipposito quod aliqnis qucrat inanem gloriam,
iive propter inanem gtoriam fadat quod facere
Jr't?.'
,çi^;^ tenetar sive dimittet, semper peccabit; net
:V .V» (amea est perplexus, qoia potest ûtentionem
^. t^^ maiam dimîttere. Et nmiliter, suppoaito errore
\i\ 1- ' latio&iB vel oonscienti» , qui procedii ex igno-
iW^ rantia non excu-sante, neoesae est qnod aequaiur
i0^ malum in voinntate ; nec tamen est hooio
ijrul^l^ perplexus, quia potcst ab errore reoedere,
'^c^^ coiDigBoraBtiasit vioeil>9iset¥0kait«Ht.
ARTICULUS vu.
UiHmmitmiAtiêkmUaMinhi§qiimêuntad *
Jtmtmt dépendent £9 itUentùmêJttUs.
Ad septimnm sic proceditur. Videtar quôil .
bonitas voluntatis non dependeat ex iutentione '
finis. Dictnm est enim suprà (art. 2), quod bo-
nitas Yolontatis dependet ex solo objecto. Sed ',
in bis qa« sunt ad ftnem, aliud est objectum
^lontatis et alind Unis intentas. Ergo in ta
libus bonitas voluntatis non dependet ab inten
tione finis.
i. Praeterea, vette servare mandatom Dei
periinet ad toluntatem bonam. Sed boc potegt
lefem td malum finem^ scilicet ad finem inanis
gleris vel cnpiditatis, dum aliquiç vult obedire
Oeo propter temporalla consequenda. Ergo bo-
nitas voluntato non dependet ab intenlione
M6 r* II* PAKTos, QinBSTioir xix, àxticle 7.
3p Le bien et le mal diveiâfient la fin^ comme ils direnifient la i^
lonté. Or^ la malice de la Yolonté ne dépend pas delà malice delà fin pro-
posée^ puisque la volonté de celui qui ?ole pour faire Taumône , est mao-
Taise, quoique sa fin soit bonne. Donc la bonté de la Tolonté ne ôé^aii
pas de l'intention de la fin.
Mais saint Augustin dit, au contraire, Confes., IX : < Dien récomp»»
l'intention, d Or, le bien seul est récompensé de Dieu. Donc la bonté &
la yolonté dépend de Tintention de la fin.
(Conclusion. — La bonté de la volonté, relativement aux moyeBs.
dépend de l'intention de la fin.)
L'intention peut se rapporter de deux manières i la volonté z die b
précède où elle la suit. Elle la précède comme cause , lorsque naos vos-
lons une cbose en vertu d'une intention antérieure ; et alors le rapport
avec la fin constitue la bonté de l'objet voulu (1); si qudqa'nn, par
exemple, veut jeûner en l'honneur de Dieu, son jeûne devient bon, pir
cela qu'il est fait pour Dieu. Donc la bonté de la volonté dépendant de
celle de l'objet, comme on l'a vu, elle doit conséquemment dépeadie
aussi de l'intention de la fin. L'intention suit la volonté, lorsqu'elle sdp*
vient quand la volonté existe déjà; lorsque quelqu'un, par exemple,
veut d'abord faire une cbose, et la rapporte ensuite à Dieu. Dans ce cas,
la bonté de la première volonté ne dépend pas de l'intention qui la soit,
à moins qu'avec celle-ci la volonté ne soit réitérée.
Je réponds aux arguments : 1* Quand l'intention est cause de la vdonté,
le rapport qu'elle a avec la fin communique sa bonté à l'idqet, oomme ]
nous l'avons dit.
So La volonté'ne peut être dite bonne si elle a pour cause une intention
(1) SI r objet TouIa agit UBmédittemoiit fur Faete extérieur , U fin qtt*on m pnpom a U
même ioflaence sur Tacte intérieur de la volonté. Au fond, il est même imposaible de aéparcr la
8. Prcterea, bonum et nudum ncat dîver-
nûcant Yolaotatem, ita divenificant finem. Sed
mililia voluntatis non dependet à malitia finis
intenti : qui eaim vnlt forari ut det eleemosy-
nam, voluntatem malam habet, lioet intendat
finem bonum. Ergo etiam bonitas voluntatis
non dependet à bonitate finis intenti.
Sed contra est, quod Augustinns dicit IX. Con-
fkêaionum, qnod « intentio remuneratar k
Deo. » Sed ex eo aliquid remnneratur à Deo,
qnia est bonum. Ergo bonitas voluntatis ex in-
tentione finis dependet.
(GoNCLUSio. — Bonitas voluntatis in bis
mus ad finem sunt» ex ipsa inteatione finis
dependet.)
Respondeo dicendnm , qnôd intentio dupli-
dter se potest babere ad volnntatem : ono
modo Qt prBBcedens; alio modo ut oonsequens.
qaidem causaliter intentio volunlatem
^iuid volomns pcoplor iateatiooeai
alici^us finis; et tune ordo ad finem
ratur nt ratio quadam bonitatis ifsvu voiîti :
ptttà cum aliqnis vnlt jejanare propterDeom,
habet enim jejunium rationem boni ex boe ipso
quod fit propter Deum. Unde cum boutas vo-
luntatis dependeat à bonitate votiti^ af si^ia
dictum est (art. 1 et l), necesse est fièd d^
pendeat ex intentione finis. Gonseqnter snkem
intentio voluntatem , qnando acoedit veluitati
prsexistenU , putà si aliquis velit aliquid Ikere
et posiea référât iUnd in Deum ; et tune primas
voluntatis bonitas non dependet ex intentione
sequenti, nisi quatenus reiterator actos velsa-
tatis cum sequenti intentione.
Ad primnm ergo dicendom , quod qoasdo in*
tentio est causa volendi , ordo ad finem aocipi-
tnr nt quttdam latio bonitatis in olqectOj al
dictum est.
Ad secondnm dicendum^ quod volantu noa
potest d' Ae&tio mala om n^
DB LA BONTÉ ET DE LA MALICE DE L'AGTE INTÉR. DE LA TOLOITTÉ. 517
matrvaise; car celui qai veut faire raumône par vaine gloire^ rend mau-
vaise une chose bonne par elle-même; et Tobjet voulu de celte manière
devient aussi mauvais et rend mauvaise la volonté elle-même. Mais si la
volonté a précédé Tintention , elle a pu être bonne , et Tintention ne cor-
rompt que l'acte qui est réitéré.
30 Comme nous l'avons dit, le mal résulte d'un défaut quelconque tandis
que le bien exige une cause parfaite et entière. Ainsi, soit que la volonté
ait pour objet une chose mauvaise qu'elle veut pour un bien, ou une
chose bonne qu'elle veut pour un mal, la volonté sera toujours elle-même
mauvaise; pour être bonne, elle doit vouloir un bien et pour un bien.
ARTiaE VIII.
La mesure de la btmtê et de la malice de la volonté suit^elle la mesure de la
bonté et de la malice qui sont dans Vintention ?
11 parolt que le degré de bien qui est dans la volonté, dépend du degré
de bien qui est dans l'intention, l*' Sur ces paroles de l'Evaqgile^
Matth., XII : a L'homme de bien ne tire que le bien du trésor qu'il a
dans son cœur ; » la Glose s'exprime ainsi : a On fait tout le bien qu'on se
propose de faire. » Or , l'intention rend bon , non r seulement l'acte exté-
rieur, mais aussi l'acte intérieiur. Donc la bonté de la volonté est propoiv
tionnée à celle de l'Intention.
2<* « Quand la cause augmente , l'effet augmente aussi, b Or, la bonté
de l'intention est la cause de la bonté de la volonté. Donc la bonté de la
volonté est proportionnée à celle de l'intention.
3* Dans les choses mauvaises, le péché est proportionné à l'intention ;
moralité de ce denier acte et la aatnre de la fin wn laqaeUe il est dirigé. Gomment se repré-
senter une folonté comme bonne, quand la fin qu'elle veut eat mauvaiseï ou réciproquement?
lendi : qui enim Yult dare eleemosynam propier
ioanem gloriam conseqoendam , ^alt id quod
de se est bomim sob ratione mali-, et ideo,
proatest volitnm ab ipso, est malom; unde
volimtas ejns est mala. Sed si intentio sit coo-
seqneos, tune folantas potoit esse bona, et
per intentîonem sequentem non depravator ille
actos tolnotatis qui pracessit , sed actos lo-
lontatis qui iteratur.
Ad tertium dioendam , qnod sicnt jam dic-
tam est (art. i, ad 3), « malum contingit ex
sbgularibos defectibns, bonom antem ex tota
' et intégra causa.» Unde me volnatas sit ejus
' qood est secundum se malnm, et sob ratione
boni , sif e ait bons, rab ratbne mali , semper
tolontas erit mala. Sed ad hoc quôd sit volon-
tiB bona , requnritnr qnod sit boni sub ratione
boni , id est, quod velit bonom et propter bo-
ion.
aruculus vm.
Vtrûm qnantUai boniitUU vel malitia in «0-
tuntate, ttquatur quantitutem boni vel maU
intnlefiitojif.
Ad octavnm sic proceditur. Videtur qnod
qoantitas bonitatis in voluntate dependeat ex
qnantitate bonitatis in intentione. Quia super
illad Matth.f XU : « Bonus homo de thesauro
bono cordis sui profert bona , » dicil Glossa :
« Tantum boni quis facit, quantum intendit. »
Sed intentio non solum dat bonitatem actui ex-
teriori, sed eUam volnntati, ut dictom ea^
(art. 7). Ergo tantnm aliquis babet bouam vOi
lontatem, qoantnm intendit.
2. Prcterea, a angmentata causa augmen-
tatnr effectus. » Sed intentionis bonitas est
causa bon» volnntatis. Ergo quantum quis in-
tendit de bono, tantum Toluntas est bona.
9. Prvterea, ir malis quantum aliquis ioteiH
618 I'" II* PARTIS, OUSSnON XIXj AETICLE 6.
car si quelqu'un se proposoit, en jetant une pierre^ de faire un
il seroit coupable de ce crime. Donc, pour la même raison, la bonté de 2i
volonté^ dans les choses bonnes^ est proportionnée à la bonté de
tention.
Mais^ au contraire, l'intention peut être bonne et la volonté
Donc, également^ la bonté de Tintention peut être plus grande queccLt
de la Tolonté (1).
(Ck)NCLusioN. — Le degré de bonté de la volonté ne suit pas tonjoors l*
degré de bonté de l'intention; mais le degré de malice de ceBe-Li
suit toujours le degré de malice de celle*<;i.)
Le degré de bonté qui est dans l'acte et dans l'intention de la fin, pc3
être considéré de deux manières : d'abord, du côté de l'objet, en tant (pj
la volonté embrasse ou exécute un plus grand bien ; secondement, di
côté de l'intensité de l'acte , selon que la volonté l'embrasse ou l'exécute
avec plus d'énergie , ce qui suppose un plus grand effort dans l'agent. Si
Ton considère , par rapport à l'objet , le degré qui est dans l'intention et
dans l'acte, il est évident que le degré de celui-ci n'est pas proportionné an
degré de celle-là. Dans l'acte extérieur, cela peut avoir lieu de deux
façons. Premièrement , lorsque l'objet , rapporté à la fin proposée , n'est
pas proportionné à cette fin ; si quelqu'un, par exemple, vouloît, avec fix
livres, acheter un objet de la valeur de cent livres, il ne pourroit réaliser
son intention. En second lieu, lorsqu'il survient à l'acte axtérieur des
obstacles que nous ne pouvons éloigner; ainsi, quelqu'un voulant aller i
Rome , rencontre des embarras qui l'empêchent d'exécuter son desseîo.
Mais dans l'acte intérieur de la volonté, cela n'arrive que d'une seule ma-
(i) n Mmbleroft au premier abord qoe , sons le rapport de la conscience , tout dépend de
r intention. Certaines idées , eoaMBMuément tépstdoes , reposeni ménd mr eetle donnée. Sa»
doute, ces idées ne sont pas entiéromoiit fausses, elles sont puisée» dans le sens comoMi,
et renferment un fond de vérité ; elles manquent néanmoins die précision et de jusleew* Qtm-
ment cela ? c^est ce que notre saint auteur détermine dans le présent article. Les notioBS et
les principes qu*il établit^ tous une apparence de subtilHé teoïastique , servent éminemment
i détruire ou prévenir des erreurs et des obscurités toujours dangereuses.
dit, tantum peccat ; si eoim aliquisprolidens la-
pidem intenderet facere homicidiamy reus esset
bomicidii. Ergo pari ratione ia bonis tajUum est
bona volantas, quantum aliquisbooum iuteadit.
Sed contra^ potest esse intentio booa et vo-
lantn mala. Ergo pari ratioDe potest esse in-,
tentiô magis bona , et voluntas minus iMaa.
( CoRCLUsio. — Quantiias bonitatis voluutalis
non semper sequitur quantitatem bonitatis in-
tentionis , sed malitis quantUas est secandiiin
quantitatem maliUœ intentionis.)
Respondeo dicendum , quod circa actum A teriorem acium, que Oûa est ia {loiest^ aosia
tetentionem unis , duplex quanlitas potest con»
iiderari. Una, ex parte objecii, quia vult magus
bonum, \el agit. Alia ex iatensione actus,
'^nsè vult vel agit, quod est majns ex
parte ageatis. Si igiiur loquamur de qoailiÉto
utriusque quastum ad<)|]iiectuaiy "i**!*****»
est quod quantiias aotus non ssqmtm qmsii-
tatem inteaiionis; quod quidem ex parts Actus
exterioris contingere potest dopiioler. Uno
jiiodo« qittt objectum quod ordinatir ad iinem
intentuiB noaest paopoiiioaatim fiai ili : écoi
si quis daret deoem libras » non poatet cooaefttî
suam iatealioneai, ai iatenduoet emaye itoi
valeatem oentua Ubias. AUo aiado propter
impedimenta qua snperveaire possa^tciaotex-
removere : putà, aliquis ialeadit ire usfif
Romam, etoccurrunteiimpedimenla qu&dnua
potest hoc facere. Sed ex parte interioris actus-
voluntalis non est nisi uno modo; quia inU*
DE LA BON.TÉ ET J)£ LA JCAUGE DS l'ACTE INTÉIU DE LA TOLONTÉ. 519
nière , parce que ces actes sont en notre pouvoir , tandis que les actes
esjtéideurs ne dépendit pas entièrement de nous. La volonté peut se
porter vers un objet qui n'est point proportionné à la an voulue^ et alors
la bonté de la volonté qui se porte vers l'objet considéré absolument, n'est
pas proportionnée à celle de rintention. Toutefois , l'intention faisant en
quelque sorte partie de l'acte de la volenlé ^ puisqu'elle en est la canse et
le principe , sa bonté se déverse sur la volonté Blle-rnème , en tant que la
volonté se propose comme fin un iieu considérable^ quoique le moyen par
lequel elle veut l'atteindre ne soit pas en rapport. Si l'on considère , au
contraire^ le degré de l'intention et de l'acte par rapport à leur intensité^
celle de Tinlention se déverse sur l'acte intérieur et extérieur de la vo-
lonté, parce que, comme on l'a vu plus haut, quest. 11, art. 4, Tintention
peut à certains égards être prise pour la forme de l'un et de l'autre ; mais
si i'efn «ODsidère ilntention comme matière , nne intention légitime peut
avoir un certain degré d'intensité, que n'auront ni Tacte intérieur ni
l'acte extérieur, également considérés sous le rapport matériel : ainsi, par
exemple, quelqu'un veut, avec moins d'intensité^ prendre une médecine
que recouvrer la santé ; cette seconde volonté néanmoins communique
formellement son intensité à la volonté qui a pour objet de prendre la
médecine. Il faut cependant considérer que l'intensité de l'acte intérieur
ou extérieur peut se rapporter à l'intention , comme objet de celles ;
lorsque , par exemple, quelqu'un se propose de vouloir ou d'exécuter une
chose énergiquemen t, et cependant ne la veut ni ne l'exécute ainsi, la
bonté de l'acte intérieur et extérieur n'étant pas toujours proportionnée à
la bonté de l'objet qu'on s'est proposé. De là vient qu'on ne mérite pas
toujours, autant qu'on se propose de le faire, le degré du mérite consis-
tant, comme on le verra, dans l'intensité de l'acte.
Je réponds aux arguments : 1<» La Glose parle ici du jugement que Dieu
riores actus voluotatis snnt in potestate nostra,
non autem exteriores actos. Sed irolontas potest
Telle aliquod objectum non proportionalum tini
intento , et sic volontas que ferturin illnd ob-
jeclum absolutè consideittum , Aon esttantuin
hona quantum est intentio. Sed quia «tiam ipn
iatenlio quodammodo pertUiet ad actum voloa-
tatis, in quantum scilicet est ratio ^us, propter
hoc redundat quantitas bons inteatioijis in vo-
luntatem, in quantum scilicet volnntas vuH
aliquod bonum magnum, at ûnem, licet illud
per quod vult consequi tantum bonum , non
sit (Ugnum illo bono. Si vero consideretur
quantilas intenlionis et actus secundum intect-
ftionem utriusque , sic intensio intentionis re-
dundat in actum interlorem et exteriorem vo-
lanlalis, quia ipsa intentio quodammodo se
habet foimaliter ad utrumque, st ex supradictis
tiooe secta existente intensa , possit esse actus
intertor vei exterior non ita iulensus , matena-
liter loquendo : pntà, cum aliquis non ita in-
tense vult medicinam snmere , sicnt vult sa»!-
tatem, tamen hoc ipsum quod est intense in-
tendere sanitatem, redundat formaliter in boc
gned est intense veile medicari. Sed tamen boc
est conàderandum , qnôd intensio aetofi inte-
rioris vel exterioris potest referri ad inteotio-
jiem «tt otûectnm : puta cum aliquis intendii
intense velle, vel aliquid iitensè operari; et
tanen non propter hoc intense yuH tcI ope-
ratur , quia quantitatem intenti boni non se-
qaitur bonitas actus interioris vel exteiions,
ut dîctum est. Et inde est quod non quantum
aliquis intendit mereri, meretur, quia quantitas
meriti consistit in inlensione actus , ni infra
dicetiir (qn. 114, art. 4).
palet (qu. 11 , art. 4 ), licet mateiialiter inten- J Ad primum ergo dicendum, qnod Gloasa ilU
S20 i'^ II" partie; question xm, aetiglb 9.
porte^ et qui a principalement égard à rintenlion : aussi une antre Gtom
ajoute-t-eile que le trésor du cœur est a l'intention d'après laquelle K^
Juge les œuvres, » la bonté de l'intention se déversant, comme noos Yencas
de le dire, sur la bonté de la volonté qui rend l'acte extérieur lai-mètz^
méritoire devant Dieu.
2® La bonté de l'intention n'est pas la seule cause de celle de la Tolonté;
par suite , la difficulté disparoit.
S*" La malice de l'intention produit seule la malice de la volonté : e'esS
pourquoi le degré de celle-ci est proportionné au d^é de celle-là. Màs û
n'en est pas de même de la bonté , comme nous l'avons montré dans k
précédent article,
ARTICLE IX.
La bonté de la volonté dépend-^lle de sa conformité avec la voUmié divùiê?
11 paroit que k bonté de la volonté humaine ne dépend pas de sa con-
formité avec la volonté divine. 1* Il est impossible que la volonté humaine
soit conforme à la volonté divine, suivant ces paroles du prophète,
Isa.y LV, 9 : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant
mes voies le sont au - dessus de vos voies , mes pensées au - dessus de vos
pensées. » Donc, si la bonté de la volonté l^umaine exigeoit la contomùtè
avec la volonté divine, il seroit impossible à l'homme d'avoir une bonne
volonté ; ce qui répugne.
2° Comme notre volonté dérive de la volonté divine, notre science dérive
de la science de Dieu. Or, il n'est pas requis que notre science soit conforme
à la science divine. Dieu sachant beaucoup de choses que nous ignorons.
Donc il n'est pas nécessaire que notre volonté soit conforme à sa volonté.
S'* La volonté est le principe de l'action. Or notre action ne peut se
oquHur quantam ad reputationem Dei, qui
prœcipnë considérât iutenlionem finis. Unde
alia Glossa dicit ibidem, quod « thésaurus cordis
intentio est, ex qua Deus judicat opéra; » bo-
nitas enim iotentionis, ut dicturo est, redundat
quodaoïmodo in bonitatem voluntatis, qus facit
etiam exteriorera actum apud Deum merilorium.
Ad secnndum dicendum , quod sola bonitas
intentionis non est tota causa bons volunUitis :
onde ratio non sequitur.
Ad tertium dicendum, quod sola malitia in-
tentionis sufGcit ad malitiam volunlatis; et
ideo etiam quantum mala est intentio , tantum
etiam mala est volunlas; sed non est eadem ratio
debonitate , ut dictum est { art. 7, ad 1 et 8).
ARTICULUS IX.
Utrian honitat voluntatis dépendent ex eot^finr»
mitate ad voluntaUm divinam.
Ad nonum sic proceditur. Videtur quod bo-
nitas voluntatis humans non dependeai ex cob-
formitate voluntatis divins, impossibile est
enim voluntatem hominis conformari volustati
divin», ut patet per id quod dicitur/ra., LV:
« Sicut exaltantur cœli à terra , ita exaltais
sunt vis mes à viis vestris, et cogiCatiofies
mes à co^tationibus vestris. » Si er^ ad bo-
nitatem voluntatis requireretur conformitas ad
divinam voluntatem , sequeretur quod impossi-
bile csset hominis voluntatem esse bonam,
quod est inconveniens.
2. Prsterea, sicut voluntas nostra derivatar
à volimtate divina , ita scientia nostra derivatur
à scientia divina. Sed non requiritur ad scien-
tiam nostram qu6d sit conformis scientic di-
vins ; mnlta enim Deus scit qus nos ignora-
mus. Ergo non requiritur quod voluntas nostra
sit conformis voluntati divins.
S. Prsterea, voluntas est actionis pria-
dpium. Sed actio nostra non potest confor*
DE LA BONTÉ ET DE LA MALICE DE L'ACTE INTÉR. DB LA VOLONTÉ. S21
conformer à celle de Dieu. Donc notre volonté ne doit pas se conformer à
sa volonté.
Mais le contraire résulte de ces paroles de Jésus-Christ, Matth.l XXVÏ,
39 : a Qu'il me soit fait, non comme je veux, maïs comme vous voulez; »
exprimant par là, comme le dit saint Augustin, Enchir., Cï, que
a L'homme doit être rectifié et dirigé selon Dieu (4). » Or la rectitude de
la volonté constitue sa bontés. Donc la bonté de la volonté dépend de
sa conformité avec la volonté divine.
(Conclusion. — Un être étant bon en tant que la mesure convenable
s'adapte parfaitement à lui, il est évident que la bonté de la volonté dépend
de sa conformité avec la volonté divine.)
La bonté de la volonté dépend, comme on Ta vu, quest. 1, de Tin-
tention de la fin. La fin dernière de la volonté humaine est le souverain
hien, à savoir. Dieu ; et, pour que la volonté humaine soit bonne, il faut
qu'elle soit rapportée au souverain bien. Or ce bien se rapporte d'abord
de lui-même à la volonté divine , comme son objet propre. Mais la chose
qui, dans chaque genre^ a la priorité sur les autres , étant la raison et la
mesure de celles-ci, et, de plus, un objet n'étant bon et exempt de défauts
qu'autant qu'il correspond à sa mesure particulière , il s'ensuit que la
volonté humaine, pour être bonne, doit être conforme à la volonté divine.
Je réponds aux arguments : 1* La volonté humaine ne peut se confor-
mer à la volonté divine, au point de l'égaler parfaitement, mais elle peut
s'y conformer par imitation. C'est ainsi que la science de l'homme est con-
forme à la science divine, en tant qu'elle a pour objet le vrai , qiK l'action
de l'homme est conforme à l'action divine, dans la proportion qui con-
vient à l'agent; ce qui a lieu, non par égalité, mais par imitation.
(1) Ooe ta ToloDité de l'homme doiTO » pour être bonne , se eonfonner A U volonté de Dieu ,
c'est ce dont aucun £tre raisonnable ne sauroit douter. Aussi n'est^e pas sur le fond de la
vari actioni divin». Ergo non rcqniritur quod i bonitatero hamaDse voluntalis , quod ordineiur
ToluQtas uostra sit coofonnis voluntali di- ad summum bonum. Hoc autem booum , prim&
Sed contra est, quod dicitur Malth,, XXVI :
« Non sicot ego volo , sed sicut ta vis; » quod
dicit quia « rectum vult esse bomioem , et ad
Deam dirigi , b ut Augustinus dicit in Enchir,
Rectitudo autem voluntatis est bonitas ^'us.
Ergo bonitas voluntatis dependet ex conformi-
tate ad voluntatem divioam.
(CoNCLUsio. ~ Cum unumqaodqne booum
lit in quantum attingit ad propriam mensuram,
nanifestum est bumans voluntatis bonitatem
ex conformitate ad divinam dependere.)
Respondeo dicendom , quôd sicut dictum est ,
bonitas voluntatis dépende! ei intentione finis;
finis autem ultimus voluntatis bnmans est
taœmnm bonum, quod est Deus, ut supra
dicUioi est (qu. 1, art. 7) : requiritur ergo ad
quidem et per se comparatur ad voluntatem di-
vinam , ut objectum propriam ejus ; illud autem
« quod est primom in quolibet génère , est
mensura et ratio omnium qnx sunt illius ge-
ncris» (X Metaph., text. 2). Unumquodque
autem rectum et bonum est in quantum attingit
ad propriam mensuram. Ergo ad hoc qa6d vo-
lunlas hominis ûi bona, requiritur quod cou-
formetur voluntati divins.
Ad primam ergo dicendum , quôd voluntas
hominis non potest conformari voluntati divin»
per sequiparantiam sed per imitationem ; et si-
militer conformatur scientia bominis scientia
divinae, in quantum cognoscit verum ; et actio
hominis actioni divina: , in quantum est agenti
conveniens ; et hoc per imitationem, non autea
per squiparantinm.
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V BONTÉ BT DE LA MALTCaS BE L^ACTE HTrÉR. SE LA VOLONTÉ. 523
rme de la Tolonté comme d'an acte qaelconque^ vient de Tob-
si rhomme est tenu i confonner sa volonté i celle de Dieu , ce
quant à Tobjet.
'^onflit des volontés provient de ce que les hommes se portent vers
ts divers. Or quiconque a sa volonté en conflit avec celle de Dien,
cla même une volonté ttiauvaise. Donc la volonté qui n'est pas
•ic à la volonté divine quanti Tobjet^ est mauvaise.
.LUsioN. — Lliomme est tesu i conformer sa volonté à celle de
. jant i l'objet , non matériellement, mais formellement. )
. vu précédemment que la volonté se perte vers l'cAjet tel qu'il loi
posé par la rais<Mi. Or , souvent la raison considère les choses sous
^>ports différents, en s(Mrte qu'un objet qui est bon sous un rapport
t point sous un autre. C'est pourquoi celui qui voudra cet objet ca
u'il est bon, et cèltti qui ne le voudra pas en tant qu'il est mauvais,
't leur volonté également bonne. Âinâ la volonté du juge est bonne
n'il veut la mort d'un voleur, puisque la justice la réclame; et la
nté de l'épouse ou du fils de ce voleur est bonne également lorsqu'ils
'^ulent pas sa mort ^ que la nature leur fait repousser. La volonté sui-
donc la perception de la raison ou de l'intelligenoe, plus le bien se
tentera sous un aspect général à la raison , plus sera général le bien
brassé par la volonté. Ceci est évident dans l'exemple cité : le juge qui
it prendre soin du bien général, à savoir, de la justice^ veut la mort
: voleur, parce qu'elle est un bien réel pour la communauté; mais la
nme du voleur, ne considérant que le bien particulier de sa famille »
o veut pas à cause de cela la mort de son mari. Le bien de l'univers est
f'iui qui est saisi par Bien créateur et gouverneur de tontes choses; et
2. Pneterea , forma volontatis est ex okjecto»
»cot et cojuslibet actus. Si ergo teneiur bomo
onformare voliinUiem suam vokmtati divins,
~>equitiir qnod teneator confonnare in volito.
8. Prsterea , repngnantia voluntatom con-
sîstit !n hoc quod homines dlversa volunt.
Sed qQicomqoe liabet vohmtatem rcpagnantem
ditin» Tolantati , babet nalam voluntalem.
Ergoqokamqne non conformât VQtimtatein tnam
voluntati divine in volito, babet malam vo-
hotatem.
(CuRauMO. — Volontas bnmana tenetar di-
vine conformari volontati in volito CannÉliter
non anlem materialiler.)
Reipoadeo dioendun, qnod aient ex pvsdio-
tiB pitel (ait S), voinntas fértur ia ranm ob-
jeotam secoodùm qnod I ratione proponitnr.
Goitingit autem alîqnid à ratioM considerari
divcninode, ita qnod anb nna ratione est bo?
aam^etaecondom aliam ntionem non bonum.
Et ideo si volantes alionjns velit illnd esse se-
condum quod babet rationem boni , est booa \
etvobintas alterinao velit ilhid idem non esse
secttndiim quod babet rationem mali, erit vo-
bintas etiam bona. Sicot judex babet foonam vo-
lontatem dam vnlt oocisioncm latronis , qnia
justa est ; volantas autem alterius , pulà uxoris
vel filii, qui vuU non occidi ipsum , in quantum
est secnndum natnram mala oocisio, est etiam
bona. Gnm aotem volantas seqnator apprehen-
sionem rationis vel îotellectns, secondum quod
ratio boni apprehensi fnerit communier^ secnn-
dum hee et voinntas fertnr in bonnm comrau-
niuB, sicot patet ex exemplo proposito ; naro ju-
dex babet ciwam boii commnnis , quod est
jnstitia : et ideo vuH oedtionem latronis qoa
hdwt rationem boni eecandom relationem ad
statnm eomnnnem ; nxor antem latronis oonsi-
derare babet bonnm privatum familie , et se-
cnndnm boc vnlt maritum latronem non occidi.
Boni» autem totins nniversi est id quod est
apprehensna à Deo, qui est nniversi factoret
gubemator : node quicquid vult, vult sob ra-
tione boni communis, quod est sua bonilas ,
52Ï 1** II* TAXriE, QVBSTIQN TDL, A&TfCLS 40.
tout ce qu'il veut, il le veut par rapport au bien général qui 5e a^-
avec sa bonté même, véritable bien de l'univers ; Tètre créé, par fa ^
ture, ne saisit qu'un bien particulier proportionné à sa nature elle-s^»
Or il arrive que tel objet est bien sous un rapport particulier, qui ne l
pas sous un rapport univertêl, et réciproquement. C'est pooiqufâ .
volonté particulière peut être bonne voulant un objet considéré soa^ i
point de vue particulier ; et cet objet , Dieu ne le voudra pas , ohiss :
sous tous ses rapports (1) ; et réciproquement.
De là vient que les volontés des hommes peuvent être bonnes, qm:^
se portant vers des objets opposés , selon que leur volonté se porte ^
ces objets considérés sous tels ou tels rapports. Mais la volonté qoi se pb*:-
vers un bien particulier n'est bonne qu'à la condition de le rapportai.
bien général , comme à sa fin , parce qu'il est dans la nature de tont i-
petit particulier d'être coordonné au bien universel. Or, c'est la fia ç.
constitue la raison formelle sous laquelle est saisie toute chose se n^çts-
tant à cette fin. Par suite , la volonté d'un bien particulier , pour être
droite , doit avoir pour objet matériel ce bien particulier , et poor cbjei
formel le bien général voulu de Dieu. La volonté humaine est douf tenue
à se conformer formellement à la volonté divine quant à l'objet , ai die
est tenue à vouloir le bien général et divin; mais non matérieWoDBit,
conmie nous venons de le dire. Toutefois, la volonté humaine se contom
(1) G*est encore ici la doctrine de saint Augustin. Voici comment ce Père ^eipnme im
rouvrage cité plus liaut : « Parfois l^liomme veut, sans que sa volonté soit Mâmable, ceft
Dieu ne veut pas , alors cependant que la volonté divine est bonne d*aoe manière plos tmt-
Dente et plus certaine : ainsi un bon Gis désire ardemment la vie de son père, tandis çf
Dieu a résolu sa mort. Il peut même arriver que Thorame veuille ce que Dieu vent, ti fu
soit néanmoins coupable en cela : ainsi le mauvais fils, veut la mort que IMeu envoie i sa
père. » Saint Augustin développe ensuite cette pensée avec autant de graee que de pnto-
deur. Saint Thomas la formule d*une manière rigoureuse et doctrinale , quand il dit qoe a«
devons vouloir ce que Dieu veut , formellement et non matériellement. Le mauvais (ils k k«
matériellement, et II est coupable; le bon fils ne le vent pas ainsi, et , en voulant mèmtk
contraire de ce qoe Dieu veut, il obéit A la volonté divine , d'une manière réelle et snpérirare,
parce quMl lui obéit formellement.
qns est bonom totins ttulverei; apprehensio
aatem creaturœ Mcuodum s»uam iiaturam est
alicojus boni particolaris , proportionati sus
naturs. CoDlingit autem aliqnid esse bonum se-
cundam rationem particularem , quod non est
bonum secandum rationem oniverealem , aat
è coQverso, ut dictum est. Et ideo contingit
quod aliqaa voiuntas est bona , volens aliqaid
secuodum rationem particularem consideratum,
quod tamen Dens non vult secundom rationem
sniversalem , et è converso. Et iode est eUam
quod poBSunt divers» volontates diversonim bo-
minnm circa opposita esM bonas , proot sob
diversis ratiooibos particularibus volant hoc
esse vel non esse. Non est autem recta vo-
Inutas alicujus Uomiois voLentis aliquod bonom
particttlare^ nisi référât illad in boDsoi com-
mone, aient in Gnem, cnm eUam nstan&ap-
petitus cajuslibet partis ordinetnr a boaum
commune totius. Ex One aotem samitur qoas
formalis ratio volendi illnd qnod ad finem onii-
natnr : unde ad hoc qnod aliqnis recta volaa-
tate velit «liquod particnlare bonam, oporiri
quod iilud particnlare bonum sit volitam mite-
rialiter^ bonum autem commune divinom ai
▼olitom formaliker. Volnntas igitor homana te-
netur oonformari divins volnntati in volito fe^
maliter^ tenetur enim velle bonam diviuam et
commune , sed non materialiter , ntione jia
dicta. Sed tamen qnantam ad utramqae alupd
modo YOlontas bumana conformatar volontab
divin»; qoia secwidam quod couforautur vo^
BS XA BONTÉ ET DE LA UAL1GE SE L'AGTE INTÉR. DE LA VOLONTÉ. 525
LS ces deux rapports à la volonté divine d'une certaine manière : en se
:i formant à la volonté divine quant à l'objet général que celle-ci se pro-
se y elle lui est conforme quant à la fin dernière ; et alors même qu'elle
s'y conforme pas quant à l'objet considéré matériellement ^ elle se
pi)orte à elle comme à sa cause efSciente ; car cette inclination parti-
Aière qui résulte de sa nature ou de l'appréhension de la chose vers
quelle elle se porte ^ elle la tient de Dieu comme de sa cause effective.
^là cette parole si connue^ que la volonté de l'homme est conforme à
volonté divine par cela qu'elle veut ce que Dieu la porte à vouloir. 11 y
une autre espèce de conformité qui a lieu par voie de cause formelle^
•rsque^ par exemple^ la charité porte un homme i vouloir une chose
)iiime Dieu la veut. Cette conformité rentre dans la conformité formelle
,ui résulte du rapport qu'elle introduit avec la fin dernière ^ rapport qui
st l'objet propre de la charité.
Je réponds aux arguments : l"" Nous pouvons connoltre d'une manière
-énérale quel est l'objet de la volonté divine : Nous savons que Dieu ne
'eut que le bien; par suite , quiconque veut un objet comme bien ^ a sa
rolonté conforme à celle de Dieu quant à l'objet. Hais nous ne savons pas
Tune manière particulière ce que Dieu veut; et , sous ce rapport , nous
ne sommes pas tenus de conformer notre volonté à la sienne. Dans la
gloire cependant , tous verront en chacune de leurs volontés particulières
l'ordre que Dieu établit entre ces volontés et ce qu'il veut lui-même; et
ils conformeront ainsi en toutes choses, matériellement et formellement,
leur volonté à la volonté divine.
2oDieu ne veut la damnation de personne pour la damnation même, ni
sa mort pour la mort même, parce qu'il veut le salut et la vie de tous les
hommes; mais il veut l'une et l'autre en tant qu'il veut la justice; et là-des-
sus il sufiit de vouloir que la justice divine et l'ordre naturel soient observés.
nntati dhb» in commnm ntione voliti, con-
formatar ei in fine aliimo; secondam autem
qood non confonnatur ei ia Yolito materialiter
eonformatur ei secondam ralionem caas» effi-
dentis ; qnia banc propriam indinationem coa-
aequentem natonun vel apprehensionem parti-
cukrem bajos rei habet res à Deo aicqt à causa
effeetiva. Unde cousuevit did qood conformator
qoantam ad hoc Tolantas hominia 'volantati
divine , quia tuU hoc quod Deua volt eom Telle.
Est et alius modos oonformitatis , secondnm ra-
lionem canss formalis, ut acilicet homo 'velit
aliquid ex charitate ncut Deos Tult : et ista
etiam conformitas redncitar ad conformitatem
formalem, qos atteiràitnr ex ordine ad ultimum
finem, quod est propriam objeciom charitatis.
Ad primam ergo dîceudum, qudd volitam
diTiDuo, lecnndoffl ratiooem commonem,
quale sit Kira poMumoa. Sdmos eoim quod
Deua qoicqmd vult, imlt aub ratione boni; et
ideo qoicwnque Tult aliquid sub quacumqoe
ratione boni, habet Toluntatem conformem vo-
lantati divina quantum ad rationem toliti. Sed
in particulari neacimus quid Deus velit, et
quantum ad hoc non tenemur conformare vo-
luntatem noatram divins volantati. In statu
tamen glori» omnea videbunt in ainguUs qos
volent , ordinem eorum ad id quod Deus circa
hoc vult ; et ideo non aolum formaliter, sed ma-
terialiter in omnibua suam voluntatem Deo con-
formabunt.
Ad secundum dicendum, quod Deus non
vult damnationem alicujns sub ratione damna-
tionis, nec mortem alicujns in quantum est mora,
quia ipae « vult omnes bomines salvos fleri ; »
aed vult ista sub ratione justitise : unde sufGdt
circa talia quod homo velit jastiUam Dei et or-
dinem natune aervari.
526 V II* PARTIE, QtlESTroil XX, ARTICLE 1.
.De là résulte également la lépoi^e au troisième argument*
Aux arguments présentés en sens contraire je réponds ainsi : I- «!.
qui conforme sa volonté à celle de Dieu quant i l'objet considéré ton
lement, veut davantage ce que Dieu veut que celui qui n'y confanz>
sienne que quand à l'objet pris en lui-même ou matériellement. Lars:-'
-en est que la volonté se porte plutôt vers la fin que vers les moyens.
a» L'espèce et la forme de l*acte Tuî sont plutôt donnés par la mizL
dont on considère l'objet, que par cet objet pris matériellement.
3« 11 n'y a pas de conflit entre plusieurs volontés qui veulent des ù--
différentes jjour différentes raisons. Il n'^xisteroît que dans le cas oùj i-e
la même mi son et sous le même rapport, un individu voudroit oe qzz
autre ne voudroit pas ; ce n'est pas ce dont il est ici question.
QUESTION XX..
Ve la ImntS et Ae la malice Aes aetes es^ttecmTS*
il faut ensmt» traiter de la bonté et de la malice des actes Iramôss
exténenrs*
Six questions se présentent : 1"* -La bonté et la malice 3ont-^Ses d'abord
dans racle intérieur ou dans l'acte extérieur 1 2<» La bonté et la malice
de l'acte extérieur dépendent-elles de l'acte intérieur ? 9> La bonté et b
malice de l'acte Intérieur et de l'acte extérieur sonVelles les mèniês!
Â'' L'acte extérieur ajoute-t-il quelque dhose à la bonté ou à la malice de
l'acte intérieur? So L'événement subséquent agoute-t-il quelque chose 1
Uûde palet solatio ad tertium.
Ad primam vero, qa«d ia coatrarkBBObjicie*
batur diceoduiD, qu6(l magis valt q«od Oeus
vult, qai coaformafc voluntatem soam Tolantati
divin» qiuiatum ad ntionem iroUti, qoasi qui
•conformât quaatuna ad ipaam rem voliiam;
quia voluntas priacipialius fertor io imem,
quam la id qnod est ad fioam.
Ad aecoAdom dioeadina, (piod species et
forma actus magis attenditnr secundom ratiosea
Abjeeii, qoam secaodam id qaoA est nttenite
in objecto.
Ad teitiom diceadom, qood ooo ^ lepii-
goantia folontatom, qondo aliqni éima
volimt noa œendum eamdem rrimea; seâ .
si sab una ralioiie esBel aliqaid ab no wlttam
qaod aliuB noUet, boc indocerat rçagaanUam
Tehmtatiiaiy quod tamen non eit ia piepo&to.
QU^STIO XX.
De tonitate et tMlilia exUriorum acluwn humanorum^ in ux ar<ie»/oi
Deinde considerandum est de bonitate et
malitia quantum ad exteriores actua.
Et circa boc qnajrnntur sc% t 4® Ulrnm bo-
fiitas et malitia per piius sit iu actu vulantatis^
iK^ in actu eiteriori. 2» Utrùm tola bonitas
vei malitia actus exterîoris dependeat ex boni-
tate volnntatis. 3» Otrùm sit eadem booitas et
malitia interioris et exterioris actus. k^ Utrùm
aetus exterior aliquid addat de bonitate vel ou*
iilia supra actum Interiorem. SoUtrùmeTcotoi
~^ DE LA BOUTÉ ET DE UL SALIGE NSS ACTES EXTÉRIEURS. 52T
: bonté et à la malice de Tàcte extérieur? 6^ Le même acte extérieur
:iit-il être à lafoisbon et mantais.
ABTKLE L
La bonté et la malice sont-elles éTabord dans Vacte de ta volonté ou bien f
dans l^aeie extérieur?
n parolt que le bien et le mal résultent plutôt da l'acte extérieui qu&.
' le celui de la volonté. 1* On a vu que la volonté tice:sa bonté de Tobjet».
>r l'acte extérieur est Fobj^t de. l'acte intérieui da la volonté ;, car. n^usr
-lisons , vouloir le vol , vouloir donner Vaumâna. Donc le bien, et la xaal
^ sont plutôt dans Tacte extâcieur que dans l'acte da la volonté.
2: â<» Le bien convient avant tout à la fin , paica que les moyens ne soat.
l)ons que par leur rapport avec la fin. Or^ l'acte de la volonté nei peut teniir
lieu de fin , comme on l'a vu > tandis que les actea des autres poissancas
le peuvent. Donc le bien sa trouve plutôt dans l'acte, d'une autre puis-
sance , qua dans l'acta de la volonté»
3"^ On a dit précédemment qpa l'acte de k volonté étoit laforoie de.
K l'acte extérieur. Or la forma esl postérieure à la matière^ puisqu'elle lui
est surajoutée. Donc le bien et le mal sont dura l'aate oxtérieur avant que;
: d'être dans l'acte de la volonté..
Mais ^ au contraire^ saint Augustin dit, BetractacL L 9 : c C'est pair
f la volonté que l'on fait le bien et le maL » Donc le bien, et le nud moral
consistent avant tout dans l'acte, de la volonté»
(Co^xLusION. — La bonté de l'acte axtérieur considéré dans sa nature
résulte plutôt de la raison que de la volonté ; considéré dans son exécution^
sa bonté suit celle de la volonté qui est son principe. )
\
seqQens aliqmd addat de honitate Ydmalitia ad
actum extenorem. 6» Utrùm idem afitna exto-
rior possit esse bonus et malus.
*
ARTICULUS L
iTf r&m bonila» vel malUia per prUu 9U m aetu
voluntatis vel in actu exieriori,
àd primum sic proo^ditar. VidtftQr qnod
hùnum et malum per pans oonsiaftal in acta
eiteriori quam in acia volnntatis. Voiantas
enim habet bonitalemex objecto, at suprà dio»
tum est (qu. 19, art. 2). Scd actu» ezleritt est
noopolesl esse fiBis, ni anpra dictom est (qn. 1,
sttt.ly ad 9) ; aolo»anlaai atterius potenti» po-
tcst esae iids. Efgo per prins conaistit bonnm in
adarpotente aUeiios, qoam. ni aotn ^iskntatis.
a^ Piatae», actus ^luntali» formaliler s»
habet ad aclnm enMoiem , vt snpr» dictom
est (qo. 18, art. •>* Sed id qiiod est fermale est
postenus; nam foima idvenit materi». Ergo
pef prioa est b<mmm et malum ia aelv exte-
non, (pmffl ie aetu iduntalis.
Sedoontn est , qaod Augnstnios dicit in ia>.
Retrael, (lik 1, cap. 9), qnod « volniftas est,
cbjectum interioris actus voluntatia; difiimor [ qot peocntar , et icctè nvitar. » Ergo bonnm
enim velle furtum , \el Telle dare eleemosynam»
t;rgo maltàm. et bonum per prins est in acta
ex|eriori, qnam inacta ^inatatis,
1 Praeterea, bonum per prias coofenit fini,
qnii ea qu» sunt ad finem habent rationem boni
ex ordiDe ad finem. Aciu& antea ^^Auniatis (1)
fl] Hoc est à volmitate ipsa elieitus , ut exprimiUir ibi per opposilum ad acuis impexaton
qutiuntetiam rehmtaâs ex et^s nutu imperantor, sed non immédiate ut elicili.
et malum manliperpriosconsislit in volnnt&ae.
( Coneunio. ^ Actas exterioris bonitaa , si
couaideietnr sicnndàm snan naiumn , magie k
ratioM qnam à vohuitata est; sed si secundom
operis execntionem spectetur, seqnitur Tolnn-
tacis kOBiititem, que estons principium.)
528 r* II* PÂETIB, QUESTION XX, ARTICLE 1.
Les actes extérieurs peuvent être dits bons ou mauvais de deux
D'abord dans leur genre et dans leurs circonstances considérées en
mêmes : ainsi, on appelle bonne Faction de donner Taumôue, lorsqir-
le fait dans les circonstances convenables. On appelle encore une rfe-g
bonne ou mauvaise à cause de son rapport avec la fin : ainsi £me Ys.-
mAne par vaine gloire est nne action mauvaise. La fin étant l'objet prr^
de la volonté , il est évident que cette qualité de bien ou de mal qne Ys:z
extérieur tire de son rapport avec la fin se trouve premièrement à^z^
l'acte intérieur , et découle de celui-ci dans l'acte extérieur. Mais la hom^^
ou la malice que l'acte extérieur a par lui-même , à cause de la mat^fr
et des circonstances, découle non de la volonté , mais de la raison. Tf<m. il
suit que si l'on considère la bonté de l'acte extérieur selon qu'elle est ê^
terminée et saisie par la raison , elle a la priorité sur la bonté de l'ac:^
de la volonté; mais si on la considère dans l'accomplissement de l'oearr^,
elle suit au contraire la bonté de la volonté qui est son principe.
Je réponds aux arguments : i^ L'acte extérieur est Pobjet de la v«>-
lonté en tant que la raison le lui présente comme un bien saisi ^ otètmnê
par elle ; et dans ce sens il a, comme bien, la priorité sur l'aded^à
volonté. Mais en tant qu'il consiste dans l'exécution d'une œuvre, il est
un effet de la volonté et suit l'acte de cette puissance.
2* La fin est la première cbose dans l'intention, mais dans réxécutioa
elle est la dernière.
S"" En tant que reçue dans la matière, la forme est postérieure à ceUe-d
dans l'ordre de la génération, quoique naturellement elle passe avant
elle. Mais en tant que faisant partie de la cause agissante , elle a la prio-
rité sous tous les rapports. Or , la volonté est cause efficiente de l'acte
I
Respondeo dicendam , qnod aliqui actus ex-
teriores possoni did boni vei mali dnpliciter.
Udo modo secundnm gênas soom et secundom
circumstantias in ipsis consideratas : âcat dare
eleemosynam servatis debitis circunistantiis ,
dicitnr esse bonom. Alio ouxlo dicitar aliquid
esse bonam yel malam ex ordine ad finem :
àcut dare eleemosynampropter ioanem gloriam,
dicitur esse malum. Com antem Bnis sit pro-
prium objectum volnniatis, manifèstom est
qnod ista. ratio boni vel mali, qoam babet
actus exterior ex ordine ad llnem , per prius in-
venitar in actu voluntatis, et ex eo derivatar
ad actnm extenorem; booitas antem vel ma-
litia , quam babet actus exterior secnndum se
propter debilam materiam et débitas circum-
stantias, non derivatar à voluntate, sed magis
à ratiooe. Uode , si consideretur bonitas exte-
rioris actus secundam quod est in ordinations
et apprebensione raiionis , prior est quam bo-
nitas acttts Yoluntatis; sed , si consideretur se-
cnndum qnod est in executione operis, seqd-
tur bonitatem voluntatis qn» est priodpiBs
ejas.
Ad primum ergo dicendnm, qood actu ex-
terior est objectum voluntatis , in qnantnoipio-
ponitur voluntati à ratione ut quoddam boîaa
apprebensum et ordinatum per mlioneB, et
sic est prius bonum quam actus vohulilB ; in
quadtam vero coosistit in executione opeiis,
est effectus voluntatis et seqnitor vâuita-
tem.
Ad secundnm dicendum , qnod finis est pnor
in intentione, sed est posterior ia execn*
tione.
Ad tertium dicendnm, qnôd fomiasaeiiiidQO
quod est recepta in materia , est posterior, vii
generationis , quam materia , licet sit prior na-
tnra; sed secundnm quod est in causa ageotei
est omnibus modis prior. Voluntas anteoi com-
paratur ad actum extenorem , sieut causa eiS-
ciens : nnde bonitas actus voluntatis eit foosi
I)£ LA BONTÉ ET DE LA UALIGE DES ACTES EXTÉRIEURS. 529
itérieur : par suite^ la bonté- de l'acte de la volonté est la forme de Tacte
Ltérieur (1), comme faisant partie de la cause agissante.
ARTICLE n.
<s bonté et la malice de VacU extérieur dépendent'^lleê entièrement de la bonté
et de la malice de la txdonté?
Il parolt que la bonté et la malice de l'acte extérieur dépendent entiè-
einent de la volonté. 1"* Il est dit, dans l'Evangile, Matth., YII, 18 :
c Un arbre bon ne peut porter des fruits mauvais, et un mauvais arbre
le peut porter de bons fruits. » Or, d'après la Glose, l'arbre désigne la
/olonté, et les fruits représentent les œuvres. Donc la volonté ne peut
Hre bonne, tandis que l'acte extérieur est mauvais, et réciproquement.
^ Saint Augustin dit, dans ses Rétractatiom , comme on l'a déjà vu,
que a la volonté seule pèche. » Donc s'il n'y a pas de péché dans la vo-
lonté, il n'y en aura pas dans l'acte extérieur. Par suite, la bonté et la
malice de l'acte extérieur dépendent entièrement de la volonté.
S"" Le bien et le mal, dont nous parlons, différencient les actes mo-
raux. Or, les différences essentielles divisent par elles-mêmes les genres,
comme le dit le Philosophe, Metaph., VII. Donc ^l'acte n'étant moral que
parce qu'il est volontaire, le bien et mal d'un acte ne proviennent que de
la volonté.
Mais saint Augustin dit, au contraire , Contra mendac.y VII : a n y a
(1) Séparé de Pacte Intérieur , qui est eelai de la volonté éclairée par les lumières de la
raison , racte extérieur n*est pas même un acte moral ; il ne rentre dans Tordre des actes mo-
raux; il n*a son être moral, pour parler le langage de saint Thomas, que parce que cette
sorte d*étre loi est imprimée par la volonté. Saint Thomas a donc raison de dire que Tacto
intérieur est la forme de Tacte extérieur. Et Ton voit aussitôt la portée de cette affirmation
dans la question actuelle. S*il ne nous est pas toujours possible de signaler la fécondité de la
langue philosophique adoptée par notre saint auteur, nous croyons du moins utile de rap-
peler parfois ou de saisir, par des applications, la vérité des observations déjà faites i cet
égard.
exterioris actns, sicut in causa agente exia-
tens.
ARTICULUS n.
Vtrùm tota borùtas et maliUa exUrtoriê aetuê
depenieat ex bomiaU et malitia voltiniatiê.
Ad seegndùm aie pioceditor. Videtur quod
tota bonitaa et malitia actoa exterioris depen-
deat ex volnutate. Dicitor enim Maith,, VU :
« Non poteat arbor bona maloe fnictoa lîuere,
nec srbor mala facere fracioa bonoa. » Per ar-
borem antem intelligitttr voluntas, et perfriic-
tam opus, secnndam Glossam (1). Ergo non
potest esse, quod voluntas interior ait bona et
actos eiterior sit maloa, aut è conveno.
2. Praeterea , Angustinaa dicit in lib. Retract.
(obi aap.), quod « non oisi voluntate peccatar. »
Si ergo noa ait peccatom ia voluatate, non erit
peccatom in exteriori gradu : et ideo tota bonitas
Tel maliUa exterioris actus ex voluntate de-
pendet.
8. PraBterea , boaum et malum , de quo nunc
loquimor, sont differenll» moralis aclas. DiiTe-
reatia autem per se dividunt geoos, secun-
dum Philosopbum in VII. Metaph. (texL 43).
Cum igilar actua ait moralis ex eo quod est
voluntarioa , videtur quod bonum et malum
accipitur in acta solum ex parte volantatîs.
Sed contra est , quod Augostious dicit in lib.
Contra mendacium (cap* 7)^ quod a qusdaa
(1) £i AugnsUoo sumptam, lib. If Contra Jfriiamum, cap. 8.
IT. 34
630 r* II* PAETIE, OUBSTTOir XX, ARTÏCLB 9.
des actions que ni la bonté de la fin, ni celle de la Tolonté, ne peuvent
rendre bonnes, b
(Conclusion. — La bonté et la malice de Tacte extérieur, considéré
dans son rapport avec la fin, dépendent entièrement de la bonté et de la
malice de la volonté; mais la bonté et la malice q«i résutteat des m*
constances, dépendent de la raison. )
, Ck>mme nous Tavons dit précédemment, on peut considérer, dans l'acte
extérieur, deux sortes de bonté ou de malice : l'une résulte de la matière
et des circonstances; Tautre, du rapport de l'acte avec la fin. GelleH!i
dépend entièrement de la volonté, celle-là dépend de la raison ; et la
bonté de la volonté dépend elle-même de la conformité de cette puis-
sance avec la raison. Il faut, toutefois^ considérer que le mal, d'après ce
qu'on a déjà dit, résulte d'un seul défaut particulier; tandis que le bien,
pour être bien simplement, exige, non pas s^ement une certaine es-
pèce de bonté, mais une bonté complète sous tous les rapports. Ck>nsé-
quemment, si la vofenté esi bonne et dans son objet et dans sa fin , l'acte
extérieur sera bon également. Pour qu'il soit bon , il ne suffit pas que la
fin de la volonté soit bonne; si la volonté est mauvaise, soit quant à la
fin qu'elle se propose, soit quant à l'acte qu'elle détermine, l'acte ex.të-
rieur devient par cela même mauvais.
Je réponds aux arguments : 1** La bonne volonté, qui est signifiée par
le bon arbre , doit s'entendre de la volonté bonne dans l'objet et dans la
fin.
$0 La volonté pèche, non-seulement en se proposant une fin mauraise,
mais encore en voulant un objet défendu.
3^ On appelle volontaires, non-seulement les actes intérieurs de la vo-
lonté, mais encore les actes extérieurs, en tant qu'ils procèdent de la
Bunt , qns nnllo qnasi bono fine, tnt bona vo-
Imtate poBSttiit heûB fieii. »
(CoRCLusio. — Tota bonitas et malilia ex-
terioris actns^ secundnm ordinem ad finem ex
volnntatis bonitate et malitia pendet, qvs tero
ex cîrcunstantîis, à ratione cansatur.)
Respondeo dicendam, qnod sicntjam dictom
est (art. 1), in exteriori acta potest oonsidenri
duplex bonitas, vel malitia : una secundnm d6-
bitam materiam et circumstantias ; alia seenn-
dnm ordinem ad finem. fit illa qnidem qn» est
sccundum ordinem ad finem, tota dependet ex
Toluntate; illa antem quae est ex débita mate-
lia, vel circumstantiis, dependet ex ratione, et
ex hac dependet bonitas YolnntaHs secundnm
quod inipsam fertor. Est aatemconsiderandnm,
qnod sicat suprà dictnm est (qu. 19, art. 6 et
7), ad hoc quod aliquid sit malam , snffidt
unus siugularis defectus; ad hoc autem quod
nliciter bonum, non suflicit unum sin-
gniare bonnm, sed reqairitnr integritas boni-
tatis. Si igitur vohmtas sit bona et ex objecto
proprio, et ex fine, consequens estactum exte-
riorem esse bonnm ; sed non siifScit ad hoc,
quod actus exterior sit bonus , bonitas Tolao-
tatis, qu» est exintentione finis ; sed si voluatas
sit maia sive ex intentione finis, sive ex actn
volito, consequens est actum exteriorem esse
malum.
Ad prîrnnm ergo iieendnm , qmd ToIsBtas
bom, pnmt signifieatur per artwitm bonam,
est accipienda secundam quod habet bonitatem
«t ex adtt tolito el ex fine infcento.
Ad secnndam dicendnm, quod nos solm
aliquis voluntate peccat, qn»ido volt malun
finem, sed etiam quand* vntt malvn »>
tum.
Ad tertimn dioendiim , qnod voiuntarium
dicitur non solum actus interior voluntatis, sed
etiam actns exteriores, proutà voluntate pro-
D£ LA BONTÉ ET DE LA ICALIGE DES ACTES EXTÉRIEURS. 531
r
raison et de la volonté : c'est pourquoi les uns et les autres peuvent ëtia
distingués en actes bons et mauvais (I).
ARTICLE m.
la bonté et la malice de Vacte extérieur eont^elles les mêmes que celles
ae l'acte intérieur?
n paroi t que la honte et la malice de l'acte extérieur ne sont pas les
mêmes que celles de l'acte intérieur de la volonté. 1° Le principe de l'acte
intérieur est une force intérieure de Famé, la force appétitive ou appré-
hensive ; tandis que le principe de Tacle extérieur est une puissance qui
exécute le mouvement commandé. Or, à divers principes d'action corres-
pondent des actes divers; et l'acte est le sujet de la bonté ou de la malice.
Donc, un même accident ne pouvant se trouver dans des sujets divers, il
s'ensuit que la bonté de l'acte extérieur et celle de l'acte intérieur ne
peuvent être la même.
2*» a C'est la vertu qui rend bon l'homme qui la possède, et donne la
bonté à ses actions. » Ethic, II. Or, autre est la vertu intellectuelle de
la puissance qui commande, et autre la vertu morale de la puissance
commandée, comme le Philosophe le prouve au commencemeut du^
second livre de sa Morale. Donc autre est la bonté de l'acte intérieur qui
appartient à la puissance qui commande, et autre celle de l'acte exté-
rieur qui appartient à la puissance commandée.
3*» Une chose ne peut être en même temps cause et effet, nul être n'é-
tant sa propre cause. Or, la bonté de l'acte intérieur est cause de la bonté
(I) La différence selon laquelle on distingue les actes intérieurs des actes extérieurs, découle
d*un principe qui ne doit pas être perdu de Tue , quand on considère les actes sous le rapport
de leur bonté ou de leur maiioe. Celte dernière différenoe est sans doute eelle qui ditise
fmnédiatement les actes humains , en tant qu*iis «ont doués de norattlé. Hais il faut sourent
tenir compte de la première pour apprécier cette bonté ou cette malice. Gela vient de raction
inégale que Vhonune exerce sur ses volitions proprement dites et sur les actes extérieurs qui
on résultent. C'est au moyen de cette double distiactiôii qu'*on peut faire accorder cette tlièse
avec la thèse suirante.
cedunt et ratione : et ideo drea utrosqne actus
potest esse differentia 6ofii et ma/i.
aruculus ul
C7IHim homitûM et maliUa iii eaéemexterioriB
et interiariê aetin.
Ad tertium sic procedîtiir. Videtarqnod bod
eadem sit bonitas vei maRUt ados interioris
Tokintatis et exterioris aetns. AetuB enim in-
terioris principium est tîs anima inteiior ap-
prebensiva vel appetittia; aetos antem exte-
noria principium est potentia exeqnens motum.
Ubi antem sunt diversa priacipta aotionis, ibi
mit diTBrsi acttts; actos antem est soiifeoUun
booitatis, vel maliti»; non poteit antem
idem acddeoB m diTersia subjeftia. Ergo non
potest esse eadem bonitas interioris et exte-
rioris actna.
9. Preterea , iriitos est qine « bonnm facit
habentem, et Ofraa ejns booum reddit , » ut
dicitnr in H. Stàie. (cap. S toI 6). Sed alia
est virtns intellectnalis in potentia imperante ,
et alia Tirtos moralis in potentia imperata , nt
patet in principio n. Ethic, Ergo aÈa est bo-
nitas actuB interioris , quae est potentis impe-
rantis , et aKa est bonitas actns exterioris , qu»
est potentia imperats.
8. Pneterea, cansa et effectos idem esse non
possoBt , nihil enim est causa eui ipsins. Sed
bonitaiSMAns interioris «si causa bonitatis actuf
533 m ir partie, ottestion xx, ARTrcLE 3.
de Tacte extérieur, ou réciproquement, comme on vient de le dire Done
la même bonté ne peut être commune à ces actes.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Nous avons montré que l'acte in-
térieur est la forme de l'acte extérieur. Or la matière et la forme con-
courent à former l'unité d'im objet. Donc la même bonté est commune à
l'acte intérieur et à l'acte extérieur.
(Conclusion. — La bonté ou la malice de l'acte extérieur , considéré
par rapport à la fin, est la même que celle de l'acte intérieur; mais si
l'on considère l'acte par rapport aux circonstances, la bonté de l'acte ex-
térieur et celle de l'acte intérieur ne sont pas la même, quoique Tune
rejaillisse sur l'autre. )
On a vu plus haut que l'acte extérieur et l'acte intérieur sont un , en
tant qu'ils rentrent dans le genre des actes moraux. Or un acte subjecti-
vement un peut être bon ou mauvais sous un seul on sous plusieurs rap-
ports. Conséquemment, il faut dire que tantôt la bonté ou la malice de
l'acte intérieur et celle de l'acte extérieur sont la même , et que tantôt
elles sont différentes. En efifet, ces deux bontés ou malices sont coordon-
nées entre elles. Or, parmi les choses ainsi coordonnées, l'une, quelque-
fois, n'est bonne que par suite d'un tel rapport : une potion amère, par
exemple, n'est bonne que parce qu'elle rend la santé, en sorte que la
bonté de la potion se confond avec celle de la santé. Quelquefois^ au con-
traire, la chose qui est coordonnée avec une autre, a, outre la bonté de œ
rapport, ime bonté qui lui est propre : ainsi une médecine agréable au
goût, a cette bonne qualité, outre celle de guérir. Donc, lorsque la bonté oa
la malice de l'acte extérieur ne provient que de son rapport avec la fin^ la
I
exterioris, ant è con'verso, nt dictum est
(art. 1 et 2) . Ergo non poiest esse eadem bonitas
utriuaqae.
Sed contra est, qnod anpra ostensam est
(qn. 18, ait. 6), quod actos volontatis se habet
nt formale ad actam exteriorem. Ex formali
autem et materiali (1) fit noum. Ergo est ona
bonitas actas interioris et exterioris.
( GoMCLUsio. — Bonitas et malitia exterioris
actns secnndnm relationem ad ûnem, eadem
estcum bonitateet malitia interioris actns vo-
Inntatis ; sed secondun relationem ad drcnm-
stantias, non ona , sed diverse sont, bonitas
interioris actns et exterioris, etsi ona in aiteram
rednndet. )
Respondeo diceadum , qnod sicnt supra dic^
tom est (qn. 17, art. 4; et qn. 18, arL 6),
actus interior volnntatis etactus exterior, prout
considerantur in génère moris, sunt anus
actos. Contingit autem quandoqoe actvm qa
est unus subjecto, habere plures rationes ào-
ni/a/ûvelmalitiSy etquandoqne unamtontimi.
Sic ergo dicendum, quod quandoqoe est eadem
bonitas vel malitia interioris actus et exterio-
ris, quandoqoe alia et alia. Sicut enim dictum
est (qu. 18, art. 6), prsdicts due bonîtates vd
malitias, scilioet interioris et exterioris ados,
ad invicem ordinantur. Contingit autem in bis
qun ad aiiud ordinantur, quod alifoid est bo-
num ex boc solum quod ad afiod ordinatur:
sicut potio amara ex hoc solo est bona quoi
est sanativa, unde non est alia bonitas sam-
tatis et potionis , sed una et eadem. Qoandoqie
vero iliiul quod ad aliud ordinatur, habei io se
aliquam rationem boni , etiam prater ordioea
ad aliud bonnm : sicut medicina saporoea habet
rationem boni delectabilis , prêter hoc quod
est sanativa. Sic ergo dicendum, quando actos
(1) Propriè quidem in physicis , ubi ex materia naturaU et forma unum per se consUtniUir,
analogicè autem in moralibiu, ubi unum refertur ad aliud, et propierea idem cum illo
Ditiir, secuodùm Ulud axforoa quod Jam alibi notatum est : Vhi «immii jpropter uiiud, ibî
tA^iit.m, st eo sensu Bunc dieitur qyM ex fonnali M m materiali unam flat«
DE LA BONTÉ ET DE LA MAUGE DES ACTES EXTÉRIEURS. 533
même bonté est conunune i Tacte intérieur^ qui considère la fin par lui-
même^ et à l'acte extérieur^ qui est rapporté à la fin par Tintermédiaira
de l'acte de la volonté. Mais^ quand Tacte extérieur est bon ou mauvais
par lui-même^ à savoir dans sa matière ou dans ses circonstances^ autre
est la bonté de l'acte extérieur^ et autre la bonté que la volonté tire de la
fin. Cependant la bonté que la volonté tire de la fin , rejaillit sur Tacte
extérieur^ et la bonté que l'acte extérieur tire de sa matière ou de ses cir-
constances, rejaillit aussi sur l'acte de la volonté, comme on l'a déjà dit.
Je réponds aux arguments : i^ Ce premier argument prouve que l'acte
extérieur et l'acte intérieur sont divers dans l'ordre de la nature; mais
nous avons vu que ces deux actes concouroient à former un seul acte dans
l'ordre moral.
2» Selon la pensée du Philosophe , Ethic, VI, les vertus morales sont
rapportées à leurs actes comme à leur fin; la prudence toutefois a pour
objet de déterminer les moyens : c'est pourquoi il faut des vertus diffé-
rentes. Mais la droite raison qui a pour objet la fin des vertus elles-
mêmes, n'a d'autre bonté que celle de la vertu, en tant que la bonté de
chaque vertu est une participation de celle de la raison.
3» Lorsqu'une chose découle d'un objet sur un autre comme d'une
cause agissante, ou d'un principe identique^ ce qui est dans l'un est dif-
férent de ce qui est dans l'autre : ainsi , lorsqu'un objet en chauffe un
autre, la chaleur du premier est distincte numériquement, mais non
spécifiquement, de la chaleur du second. Quand une chose, au contraire^
découle d'un objet sur un autre, selon une certaine proportion ou ana-
logie, cette chose est une numériquement : aiasi, de la santé qui est
dans le corps d'un animal, découle la santé que manifestent la médecine
et les sécrétions, et la santé représentée par celles-ci, n'est pas différente
de la santé de l'animal , santé que produit la médecine , et que les sécré-
eiterior est bonas vel mtlas solum ei ordine | in VI. Ethic,, Tirtntes morales ordinantor ad
ad finem , tune est omnino eadem bonitas et
malitia actus volonlatis qus per se respicit
finem, et actos exterioris qni respicit finem
mediante acla voluntatis. Cnm autem actus ei-
terior habet bonitatem vel malitiam secnndam
se, scilicet seciindnm materiam vel circum-
stantiam , tune bonitas exterioris actus est una,
et bonitas Yolunlatis qua est ex fine, est alla;
ita tamen quod bonitas Unis ex volantate re-
duodat in actom exteriorem et bonitas materias
et drcomstantiarum redundat in actom volun-
tatis, aient jam dictum est (art. 1).
Ad primnm ergo dicendnm, quod ratio illa
probat qood actus interior et exterior sont di-
vers! secundum genua naturœ ; sed tamen ex
ûs sic diversis constituitur unoro in génère
moris, ut supra dictum est (qo. 17, art. 4).
Ad secundum dicendum, quod sicut dicitur
ipsos actus virtotum , qui sont quasi Unes; pm-
dentia autem qu» est in ratione , ad ea qos sont
ad finem ; et propter boc requimntur diversa
virtutes. Sed ratio recta de ipso fine virtutum,
non babet aliam bonitatem quam bonitatem vir- .
tutis, secundum quod bonitas ratioois partici-
patur in qualibet virtute.
Ad tertium dicendum, quod quando aliqoid
ex uno derivatur in alterum, sicut ex causa
agente univoca, tune aliod est quod est in
Qtroque : sicut cum calidom calefacit, aiius no-
mero est calor calefacientis et calor calefacti,
licet idem sit in specie. Sed quando aliqoid
derivatur ab uno in alterum secundum analo-
giam vel proportionem , tonc est tantum unum
numéro : sicut à sano quod est in corpore ani-
roalis , derivatur sanum ad medicinam et uri-
nam i nec alia sanitas est medicina et urina*
Oc»
i r* II* PAbTIE^ QUnnO!! XX ^ ARTICLE 4.
lions signifient. C'est en ce sens qae de la bonté de la volonté déroule
celle de Tacte extérieur^ et récipToqnement , suivant le rapport de l'un i
Tautre.
ARTICLE IV.
Uade extérieur ajmUe^U'il quelque chose à la horUé ou à la maiice
de Pacte intérieur?
n paroît que l'acte extérieur n'ajoute rien à la bonté ou. à la loalice de
l'acte intérieur, i** Saint Chrysostôme dit^ Homil. XIX ^ mp. MaUiu :
a C'est la volonté qui est récompensée pour le bien , et punie pour le
mal. » Or, les œuvres sont les témoignages de la volonté; et si Diea
recherche les œuvres , ce n'est pas pour lui , pour savoir comment il ju-
gera, mais pour les autres, afin qu'ils connoissent tous sa justice. Mais
on doit estimer le bien et le mal, plutôt d'après le jugement de Dieu, que
d'après celui des hommes. Donc l'acte extérieur n'ajoute rien à la bouté
de l'acte intérieur.
2* On a vu que la même bonté étoit conmiune & l'acte intérieur et à
l'acte extérieur. Or, l'accroissement a lieu par l'addition d'une chose à
une autre. Donc l'acte extérieur n'ajoute rien à la bonté et i la malice de
l'acte intérieur.
9' La bonté de la création entière n'ajoute rien à la bonté de Dieu,
parce qu'elle en dérive entièrement. Or, la bonté de l'acte extérieur dé-
rive quelquefois tout entière de Tacte intérieur, quelquefois c'est le con-
traire, comme on l'a vu. Donc la bonté de l'un n'ajpute rien i celle de
l'autre.
Mais, au contraire, tout agent se propose d'atteindre un bien et d'éviter
un mal. Donc, si l'acte extérieur n'ajoutoit rien à la bonté ou à la malice
quam sanitas annoalis , quam medicina faclt
et «rint ngnzftcat: et hoc modo à boniCate vo-
Itmtatis derlvatur bonitas actvs eitenoris , et
è coaversoa scilicei aecuaduin ûidiafim nains
ad altenuD.
ARTIGULUS IV.
VWkm ûetui exterior aliquid addat de bonitate
vei imMtia snpra actum interiorem.
Ad qoartum sic proceditur (1). Videturquod
exterior actus non addat in boaitate vel malitia
supra actum interiorem. Dicii eoim Ctvrysu-
stofflus super Matth. (Homil. 19) : « Voluotas
est, qos aut remaneratur pro booo aut cod-
demnatur pro malo. » Opéra antem testimoaia
sont volunlatis. Non ergo qusrit Deos opéra
proptcr se, ut sciât qaomodo judicet, sed
piopter alios , ut omnes inlelligant , quia justus
sstimandum secundnm judicium Dei, qoam
secaodum judicium hominum. Ergo actos exte-
rior nihil addil ad benitatem tel mytlin saper
actum inlanoKB.
%. Pucterea » una et eaden est booias in-
terioris et exterioiis actas, ut didam est
(arL a). Sed angmentum fit per additiaDem
unins ad aUemm. Ergo actos exterior nos addit
ÎD bonitate vel auditia super actum intarioren.
3. Prcterea» tota bonitas creatuv rïiîi
addit supia bonitatem diviQam , qoia tota deri*
Tatur à boaitate ditina. Sed benîtu aetas ex-
terioris quandoqne tota detivatiir ex baaitale
actos interioris , quandoqne antem è cooterso ^
ut dictum est (art 8). Non ergo uauai eonm
addit in bonitate vel malitia saper alteiwa.
Sed contra, omne ageus iatendit eooseqaî
I bonum et vitare malum. Si ei]go per actum ex-
est Deus. Sed malum vel 6onum magis est | teriorem nihil additur de booitate vd malitia ,
(f ) De his ctiam infrù, qu. Si , art. 3 ; et 2 , S , qu. 76, art. 4 , ad 2; et II, 5en<w dist. iO,
«rt. 8; et qii. 2, de malo, art. 2 , ad 8.
D£ LA BONTÉ ET D£ LA MALICE DES ACTES EXTéRIEURS, 635
de l'acte intérieur, œ seroit ea Tain que celui qui a uoe bonne oa une
mauvaise volonté , feroit une hoiaoB œuYie ou s'abstiendroit de faire le
mal ; ce qui répugne.
( GoNGLusion. — La bonté que l'acte extérieur tire de sa fin^ n'ajoute que
par accident à la bonté de l'acte intérieur; mais celle qu'il tire de sa ma*
tière et des circonstances convenables > étant comme le terme de l'acte
intérieur, accroît sa bonté on sa malice.)
Si l'on parle de la bonté qne l'aele extérieur tire de la fin , cet acte
n'ajoute rien à la bonté de l'acte intérieur » à moins qu'il ne contribue à
rendre la volonté elle-même meilleure dans le bien, ou pire dans le mal;
ce qui peut arriver de trois manières. Premièrement, quant au ObomlNre;
lorsque, par exemple, quelqu'un veut fuure une action pour une fin bonne
ou mauvaise, mais ne l'accomplit pas de suite; peu de temps après, il la
irent de nouveau et l'accomplit ; dans ce cas, l'acte de la volonté a été
répété, et il y a ainsi un double bien ou un double mal. Secondement^
quant à l'extension ; lorsque , par exemple , quelqu'un voulant d'abord
atteindre une fin bonne ou mauvaise , y renonce à cause d'un obstacle fui
est survenu , tandis qu'un autre contmue de vouloir jusqu'à ce qu'il exé*
cute son dessein. Il est évident ^e la volonté de ce dernier persévère
plus longtemps dans le bien ou dans le mal, et qu'elle est ainsi meilleure
ou pire. Troisièmement, quant à l'intensité; il y a, en effet, des actes
qui, agréables ou pénibles de leur nature, augmentent ou affoiblissent
l'énergie de la volonté ; et celle-d, suivant le degré d'intensité avec lequel
elle se porte x&rs le bien ou vers le mal, devient par cela meilleure
ou pire.
Si l'on parle , au contraire , de la bonté que l'acte extérieur tire de sa
matière et des circonstances convenables , cet acte devient alors terme ou
fin par rapport à la volonté : et, de cette miaaière, il augmente la bonté ou
frustra qni haS)et l)onam ^lotitalen fd adtm,
facit opQS lK)ntim , ant âesistit ï malo opère,
quod est inconTeniens.
(GoNCLUsio. — Bonitas exterioris actae^
quant habet ex bonitate finis , non nisi per ao-
ddens addit ad InnHateiB tnleriom aetiis ; et
^ero qoam habet secundtim materian et oon-
^nientea circnmstantias , cum ait lictt temûnus .
interioris actas, adanget eji» boniMem vel
maUtiam. )
Rcspondeo dicendum , quod si loquamur de
bonitate exterioris actua qaam babet ex boni-
tate flnis , tune actus exterior nibil addit ad bo-
nitatem , nisi cootingat ipcam tolontaten se-
cundnm se fieri melinrem in jxNua vel pcSorem
in malis, quod quidem videtor poaee oentin-
gere tripliciter. Uno modo secundum immit-
mm; poià cun aliquis viUt aliqoid facere
forimotai anlem ▼aU M ftcit, dapUcalv acte
▼oUmtatia; ekiie fititaplex boonii,Tddi|te
Bukai. AMo BOdo qtuinium ad extttmofiem;
pvU OBm «liqns Toit faceve aUqnd bon» fine
ytà malo, et pnpler aliqueé uipednMntHa
desiftit , aliaa Mlem eootiiiiiaii motam «ata»-
taitia qvomqw opaa ferflciit , maaifestam ait
quod linjQSoioâi voliintas ert dioftarnier la
baao val mala; et aeeandua boe eat pejor vel
neKor. Tertia sectmditm iniensimtem; aoot
eaiia qsàànm aotas exterioroi, qin » qaantom
aoBt delectabiles vel posMî , aati saut intaa-
dere voluntatena vel remitteia ; oonatat aatai
qaod qaaaie volnntas ialeinKiB teadil in baaam
vel malam , tanto est melior vd pejar.
Çà aalem loquamur de bonitate aelaa exte-
rioris, qoam babet aecandum nataôem H de*
bitas circumstantias , sic comparator ad volan-
b^DQO&Qc vel malo , et tanc quidem non facit. | tatem ut terminua et unis; et boc modo addit
886 I*" II" PÀKTIE, QUESTION XX, ARTICXS 5.
la malice de celle-ci, parce que la perfection de toute inclination et de
tout mouvement consiste à atteindre sa fin ou son terme (1). D'oui il suit
que la volonté n'est parfaite qu'autant qu'elle est prête à opérer ea temps
opportun. Mais si elle ne peut opérer, quoiqu'elle soit dans la dispositioQ
parfaite d'opérer, si cela étoit possible, ]e défaut de perfection qui provient
de l'acte extérieur, est simplement involontaire. Or, de même que
l'involontaire ne mérite, à cause du bien ou du mal qu'il produit, ni
peine ni châtiment ; de même il n'Atera rien i la peine ou à la récompense
méritée, s'il n'y a qu'un défaut involontaire dans l'opération par laquelle
un homme fait le bien ou le mal.
Je réponds aux arguments : I» Saint Chrysostdme parle ici de la
volonté consommée, et qui ne s'abstient de l'acte que dans l'impuissance
de le faire.
30 Cet argument considère la bonté que l'acte extérieur tire de la fin.
Or^ celle qu'il tire de sa matière et des circonstances , est différente de la
bonté que la volonté tire de la fin , mais non pas de la bonté qu'elle tire
de l'objet de son acte. La bonté de la fin est à celle de l'objet une sorte de
raison ou de cause, comme nous l'avons dit.
L'on voit clairement par là ce qu'il faut répondre au troisième
argument.
ARTICLE V,
Uévénemmt subséquent ajorUe-M quelque chose à la bonté ou à la malice
de l'acte extérieur?
n paroit que l'événement subséquent ajoute quelque chose à la bonté ou
i la malice de l'acte extérieur, l"" L'effet préexiste virtuellement dans la
(1) Dans ce sens, la booté ou U malioe de U volonté se complète par Pacte extérieur :
ce n*est pas seulement en étendue , c'est , le plus sooTent , en intensité , comme rexpérienee
le prouve , que Tacte extérieur ajoute au bien on au mal de F acte intérieur.
ad booitatem vel malitiam Tolnntatia; <iiiii
omnis iocUoatio vel motus perficitorin hoc,
qaod consequitor finem vel atlingit terminum.
Uode non est perfecta volantas, nisi ait talis
qoas opportonitate data operetur. Si vero posai-
bilitaa desit, volontate existante perfecta, ut
operaretar si posset , détectas perfectionis qam
est ex actu exteriori , est simpUciter involun-
tarios. Involantarinm antem, sicut non me-
retnr pœnam vel praminm in operando bonnm
aut malam , ita non tollit aliqnid de premlo
wei depœna, si bomo involontarie simpUdter
dettciat ad fadendam bonum vel malum.
Ad primun ergo dicendam, quod Cbryso-
itomas loqnitnri qaando voluntas hominis est
oonsnmmata, et non cessatur ab actu, nisi
propter impotentiam faciendl.
(i) De his
mJt m.
Ad secondom dicendam , quod ratio illa pro-
cedit de bonitate actus exterioris quam habet
à bonitate finis; sed bonitas actus exterioris
qaam habet à materia et circumstantiis , est
alia à bonitate voluntatis qus est ex fine , noa
autem alia à bonitate voluntatis , qaam habet
ex ipso acta volito , sed comparatar ad ipsam,
at ratio et causa ejos , sicut supra dictam esU
Et per hoc etiam palet solutio ad tertinm.
ARTICULUS V.
UtrUm eventui iequens aliqtùd addat dt boni"
tate vel malilia ad exteriorem actum.
Ad quintum sic proceditur (1). Videtnr qnod
eveotus sequens addat ad booitatem vd malitiam
actus. Eflfectas enimvirtute prxexistit in causa;
sed éventas consequuntar actus , sicut effecto»
' — — ———y — — - - j- — ^
itentiam faciendl. 1 sed éventas consequuntar actus , sicut effecto»
etiam inûrà, qu. 71, art. 8; et «i. i, de malo, art. 3, ad 5; et qu. 3, art. 10^
DE LA BONTÉ ET DE LA MALTGE DES ACTES EXTÉRIEIRS. 5117
cause. Or les événements suivent les actes conune les effets suivent la
cause. Donc ils préexistent dans les actes. Mais « la bonté ou la malice de
chaque être s'estime d'après sa vertu^ car c'est la vertu qui rend bon celui
dont elle est le partage^ o Ethic., IL Donc les événements ajoutent quel-
que chose à la bonté ou à la malice de l'acte.
2" Le bien que font les auditeurs est un effet de la prédication du doc*
teur qui leur a adressé la parole. Or ce bien augmente le mérite du
prédicateur^ d'après ces paroles de l'Apôtre^ Philip., W, 1 : «Frères chers
et bien - aimés^ ma joie et ma couronne, o Donc l'événement subséquent
ajoute quelque chose à la bonté ou à la malice de l'acte.
3* La peine n'est augmentée qu'en proportion de la faute ; de là ces pa-
roles^ Beuter., XXV, 2 : « La mesure des fléaux suivra la mesure
des péchés. » Or l'événement subséquent fait ajouter quelque chose à la
peine, car il est dit encore, Exod., XXI, 29 : « Si un bœuf qu'on aura vu
frapper de la corne depuis un ou deux jours, et qui n'aura pas été
renfermé par son maître , nonobstant les avertissements qui lui auront
été donnés , vient à tuer un homme ou une femme , on lapidera le bœuf
et on mettra son maître à mort. s> Celui-ci ne seroit pas cependant mis à
mort, si le bœuf, quoique non renfermé, n'avoit pas tué quelqu'un.
Donc l'événement subséquent ajoute quelque chose i la bonté ou à la
malice de l'acte.
4^ Si quelqu'un pose une cause de mort, soit en frappant, soit en por-
tant une sentence , sans que la mort s'ensuive , il ne contracte pas
d'irrégularité ; mais il est irrégulier, si la mort a lieu. Donc l'événement
subséquent ajoute quelque chose à la bonté ou à la malice de l'acte.
Mais , au contraire , l'événement subséquent ne rend pas bon un acte
nnsas; ergo virttite pneexistant in actilraB.
6ed a oDumquodqae secnndain soam virtolem (1)
fndicatiur bonum vel aulttm ; nam virtus est,
qn» bonum facit babentem , » ut dicitar in
II. Sthic, Ergo evenUis addunt aliqnid id bo-
nitatem Tel malitiam actas.
i. Pneterea, booa qua fttdont anditom,
Bunt effectns quidam conséquentes ex pnedica-
tione Doctoris. Sed bujusmodi bona redondant
ad meritom pnedicatoris, ut patet per id qood
dicitnr Phiiipp,, IV : « Fratres mei diarissimi
et deûderatissimi, gandium meam et corona
mea. » Ergo e^entus sequens addit aliquid ad
bonitatem ye\ malitiam actus.
8. Prsterea, pœna non additar nisi crescente
calpa ; unde dicilur Deut., XXV : a Pro men-
sura peccati erit et plagaram modus. » Sed ex
éventa seqnente additar ad pcenam; dicitar
enim Exod., XXI, qnod a si bos fuerit como-
peta ab heri et nodiustertius, et contestati
sont dominom ejus , nec reduserit eam, occi-
deritqiie vinim ant mulierem, et bos lapidibus
obruetur, et dominum ilHus occident; » non
aotem oocideretar si bos non occidisset bomi-
nem, etiam non reclosus. Ergo eventot sequens
addit ad bonitatem vel malitiam actos.
4. Preleiea , si aliquis ingérât caosam mortis
percutiendo, vel sententiam dando, et mors
non sequatar, non contrahitur irregolaritas.
Contraberetur autem si mors sequeretor. Ergo
éventas sequens addit ad bonitatem vel mali-
tiam actos.
Sed contra , eventos seqnens non facit actam
maium qui erat bonus, nec bonum qui erat
(1) Seu physicéy seu moraliter suropUmi ut patet loco b(c notato; nempe cap. 5, grsco-Iat.,
tel in anliquis cap. 6 , et apud S. Thoroaro lect. 6 , ubi et ocuH exeroplum adducilur , cujuj
virtus eflHcil ut benè videamus ; et equi enjua virtus est ut sessorem commode gcstct , ut il
hottes feraliir impavide, utbené currat : indeque simililer firtus homlois nibilesse aliud elicfi*
tuT nisi habilos per quem ipse fit bonus, et opui rjus bonum.
Ti38 l** II« PARTIE^ QUESTIOir XX, ARTICLB S.
qui étoii mauvais , ni mauvais ua acte qui étoit bon. ffi quelqu'un ,
exemide , fait Taumône à un pauvre , l'abus qu'en fait celui-ci n'ôte nen
au mérite de l'acte; et, de même, la patience avec laquelle quelqu'un sup-
porte une injure, ne diminue en rien la faute de celui qui la lui faiL
Donc l'événement subséquent n'ajoute lien à la bonté ou i la malice
de l'acte.
(Conclusion. — L'événement subséquent, quand il est prévu, augmente
la bonté ou la malice de l'acte extérieur; celui qui n'est pas prtvu
ne l'augmente pas, s'il n'arrive que par accident ou trè^-rar^aoent ; mais
il l'augmente, s'il arrive toujours, ou même le plus souvent.)
L'événement subséquent est prévu ou inm. S'il est prévu, il ajoute
évidemment quelque cbose à la bonté ou à la malice de l'acte ; car
l'homme qui prévoit qu'une foule de maux résulteront de son action et ne
s'en abstient pas , montre par li même que sa volonté est beaucoup pins
désordonnée. Si l'événement subséquent n'a pis été prévu, il faut encore
distinguer : s'il suit naturellement et le plus souvent de l'acte posé, il
ajoute quelque chose à sa bonté ou i sa malice. En efTet, il est évideni
que cet acte est meilleur de sa nature, qui peut amener un plus grand
nombre de bons résultats, et que celui-là est pire, dont il résulte un plus
grand nombre de maux. Mais s'il n'arrive que par accident et dans un
très-petit nombre de cas, l'événement subséquent n'ajoute rien à la bonté
ou i la malice de l'acte, parce qu'on ne juge pas une chose d'aprèscequi
lui est accidentel^ mais d'après ce qui lai est essentiel (1).
Je réponds aux arguments : i"* La vertu de la cause s'apfnécie dapies
ses effets essentiels, et non d'après ses effets accidentels.
if" La bien que font les auditeurs, est de soi un effet de la
(1) Et ce qal est essentiel ft facte extérfenr rentre dans cet acte même , et doH ,
aéqnent , être Jagé d*apBéi ce qui a été dit dans la tfcèae précédeale. Ea pnncîK
est vrai da dire que révénemeot snbiévieiit B*aJoiite lien à la baolé ou 1 la audice 4e F
nalBB : palà si aliqois det eieemosynam pan-
peri , quai ille abuAainr ad peccalam, miuk dé-
périt ei qiû eleeauwynam fadt; et simililer et
aiiqois patienter ferat iigariaitt sibi tsu^lam ,
non proptec hoc eicnatur ille qm focîL Ergo
eveiius aecpeif aon addii ad iNnitatem vel
maliliam actai.
( CoHCLDsio. — Eventas aeqœns pneco^U-
tss , aoget bonitalem vel maiitiam ezleriods
actos; non pneoogitaftas autem, si per accidens
vel in paucioribos seqaitar , non aogei; aliod
est â ia plaribus vel per le seqaaUr. )
Responideo diceaduaiy <pi6d eventus seqœns
aat est prscogitatus aat non. Si est pra&cogi-
tatns , manifestom est quod addit ad bonitatem
vel maiitiam actus. Cam eoim aliqnis cogitans
quod ex opère suo malta mala possuotseqai,
^<:r hoc dlmiltit, ex hoc apparet vo-lditores faciunt, Gonseqaantar ex pn
Inntae cjns esse magis ioûidinala. Si mitm
éventas sequens non ait pnBCOigikatss« tmc
distiligliftiKkMe eit, qnia si per aeaepîtar ex
taii actn, «t ni in plnribas, serendnw hoc
eventus sequas addit ad bonitatem valitiUatt
actuB» Maniffirtnin est enka oieliQraA acUun
ease ex sno génère, ex que poswnt pimahoan
seqni, et p^oiem » ex qnn nata annl pteamaln
sequi. Si vero per accidena, et nt in pancioiibia^
taoc gpitos sequens non addit ad boeital^ai
vel ad maliliam actus; non enim datur indidom
de re aliqoa aecondom ilbid quod est per acci-
denSj sed solum secnnduaa iilad qnod eil per se.
Ad primum ergo diceadom, qa6d virtas
caoss existimator secandum elTectns per se,
non autem secandom effectas per acddens.
Ad secandum dicendum, qaod bona qœ au-
DE LA BONTÂ ET DE là UàLIGE DES ACTES EXTÉRIEURS. 539
c'est pourquoi il tourne au mérite du prédicateur^ surtout quand il a eu
ce bien en vue*
3^" L'événement qui fait infliger une telle peine^ suit naturellement de
la cause posée, et est en outre prévu; c'est pour cela qu'il est l'objet
d'une peine particulière.
4» Cette raison auroit une valeur si l'irrégulimté étoit une conséquence
de la faute ; mais elle est une conséquence du fait seul qui, par lui-même,
rend incapable du saint ministère (1).
ARTiaE VL
Le même acte extérieur pettf-i7 être bon et mauvais f
Uparoit que le même acte peut être bon et mauvais. 1" Le mouvement
continu est un, Physic, V. Or, un même mouvement continu peut
être bon et mauvais; lorsque quelqu'un, par exemple, allant à l'église, se
propose d'abord la vaine gloire , puis le service de Dieu. Donc un même
acte peut être bon et mauvais.
2« D'après le Philosophe , Physic. , III , l'action et la passion consti-
tuent un même acte. Or, la passion peut être bonne, par exemple, celle
de Jésus-Christ; et l'action mauvaise, par exemple, celle des Juifs. Donc
un même acte peut être bon et mauvais.
3" Le serviteur étant l'instrument du maître, l'action de celui-là est
l'action de celui-ci. Or, il peut arriver que cette action procède d'une
volonté bonne dans le maître et d'une volonté mauvaise dans le serviteur^
et qu'elle soit ainsi bonne sous un rapport, et mauvaise sous un autre.
Donc un même acte peut être bon et mauvais.
(1) yinrégnlarité , dont il est ici qoettion , est encoiinie par le fuit seul de felTusIon da
sang , indépeodaiBBent de tonte idée de colpabilité.
^octoris, sicat effectusper se t unde redundant
ad praeiDÎnm praedicatoris, et pnecipuè quando
sunt prseiutenta.
Àd tertiam dicendum, quôd éventas ille pro
qno illi pœna infligenda mandatur, et per se se-
qiiilur ex tali causa , et itenim ponitur ut pne-
cogitatos : et ideo imputa tar adpœDam.
Ad quartum dicendum, quod ratio illa pro-
cederet, si irregularitas sequeretar culpam;
non autcm sequitur culpam, sed Cactum, prop-
ter aliquem defectum Sacramenti.
^ aruculus VI.
Ufriim idem actuë exterhr pottU eue honm
et mains.
Ad sextum sic proceditur (!)• Videtur qnod
imus actus possit esse bonns et malus. Motus
enim est nnus qui est continuus , ut dicitur in
V. PJiys. (text. 39 et 40). Sed motus anus
conlinuus potest esse bonus et malus : putà si
aliqois continué ad Bccleeiam Tadens , prifloo
quidem intendai inaneni glonani, pMtea îa*
fiendak Deoservire. Ërgo uns» actes potest esse
bonus et mains.
2. Prstereay secondua Philosoplnm in
m. PhjfSn, actio et pasûo sont luios actos. Sed
potest esse bona passio, sicut Christl, et actio
mala, sicat Jadaomnu Ergo anoa actiis ptlest
esseboooseifluJinBv
8. Prsterea, cum serras sit quasi iastnmeB-
tam domini , actio servi est actio domiai , peoi
actio instnunenti est actio artiûcis. Sed potest
conliagere quod actio servi procédât ex bons
volantate domini, et sic ait bona; et ex volon*
tate mah servi, et sic sit soaia. ErgQiden actus
potest esse bonns et mains.
(1) Se bis etiam infrft, qn. 79, art. 6; et 2, S, qa. M, art. S, ad S, et art. 3, ad2; et
VLf Seut,^ dist. 40, art. i; et qn. 1 , de verit., art. i , «I qn. 9, ait 8«
540 I** II* PARTIE^ OUESnON XX, ARTICLE 6.
Hais, les contraires ne peuvent exister dans on même sujet. Or, Is
bien et le mal sont contraires. Donc un même acte ne peut être boa et
mauvais.
(Conclusion. — Si Ton considère un acte en tant que formant un
seul acte moral , il ne peut être à la fois bon et mauvais ; si on le consi-
dère comme n'ayant qu'une unité naturelle, et non point d'unité morale,
un seul et même acte peut être à la fois bon et mauvais.)
Une cbose peut être une, en tant que se rapportant à tel genre, et mul-
tiple , en tant que se rapportant à tel autre : ainsi une surface continae
est une, considérée comme quantité, et multiple, considérée sous le rap-
port de la couleur, si elle est en partie blanche et en partie noire. De cette
manière, il peut très-bien se faire qu'un acte soit un, en tant que faisant
partie de tel genre d'actes naturels, et ne le soit pas, en tant qu'il rentre
dans la classe des actes moraux, et réciproquement. Ainsi, une promenade
continue ne forme naturellement qu'un seul acte ; moralement , elle en
peut former plusieurs , si la volonté du promeneur, laquelle est le prin-
cipe des actes moraux , vient à changer. Ck)nséquemment , si l'on prend
l'acte en tant que ne formant qu'un seul acte moral, il est impossible
qu'il soit doué à la fois de bonté et de malice morale (1); s'il n'a qu'une
unité naturelle, et point d'unité morale, il pourra être bon et mauvais.
le réponds aux arguments : l"" Le mouvement cx)ntinu qui est accom-
pagné de diverses intentions, a bien Tunité naturelle, mais il n'a pas
d'unité morale.
(1) U y a contradiction, quand les contraires sont attribués au même objet et sous le
même rapport. Si donc on considère un acte , tantôt dans son être naturel , et tantôt dans
son être moral , on pourra dire quelquefois qu*il est bon ou mauvais en même temps ; mais
cela n*est plus possible , quand on le considère sous le seul rapport moral. La première des
contradictions , dit Arisiote , est celle qui a pour termes la possession et U privation. So«»
tenons*nous, dès-lors, que le mal est la privation du bien; et nous comprendrons qtt*IIs ne
puissent exister ensemble.
Sed contra, contraria non poasnnt esse in
eodem. Sed bonum et malnm snnt contraria.
Eigo onns actos non potest esse bonus et
malos.
( CoRCLDsio. — 8i coDsideretnr nnus actns
nt est nnns io geoere moris , fieri non potest nt
sit bonus et malus; vernm si consideretur ut
est anus unitate nator» et non onitate moris,
sic unum eumdemque actom bonom et malum
esse nihil vetat. )
Refpondeo dicendum, qu6d nibil probibet
aMqaid esse unum secundum qnod est in uno
génère, et esse multiplex secundum qnod re-
lértor ad aliud geoos : aient superficies eon-
tinua est uoa secundum quod consideratur in
génère quantitalis; tamen est multiplex se-
cundum quod refertur ad genus coloris , si par-
«:«. .:» .1»^ Q^ Dartim ni^ra. Et secondom hoc
nibil probibet aliquem actum esse unum secun
dum quod refertur ad genus naturale , qui tamei
non est unns secundum quod refertur ad geu«
moris, sicut et è converse, ut dicUim est
(ari. 3). Ambulatio enim conlinua est naos
actus secundum genus naiurœ; potest tamen
contingere quod sint plures secundum genus
moris, si mutetnr ambulantis Toluntas , que
est principium actuum moralium. Si ergo acci?
piator unus aclus prout est in génère moris ^
impossibile est quod sit bonus et malus boni"
tate et malilia morali ; si tamen sit unus tmi-
tate naturœ et uon unitate moris j potest
esse bonus et malus.
Ad primum ergo dicendum , quod ille motot
continuus qui procedit ex diversa ioteuticoe,
Ucet sit unus unitate naiurœ, non est tamen
, unus unitate moris.
Il- - — \
DES GONSiQUENGES DES ACTES HUlUINS. fAl
2® La passion et Taction rentrent dans la classe des actes moraux , en
tant que volontaires ; et elles formeront conséquemment des actes
moraux divers^ lorsqu'elles procéderont de volontés différentes; Tune
pourra ainsi être bonne^ tandis que Tautre sera mauvaise.
3"" L'acte du serviteur^ en tant que procédant de la volonté du serviteur^
n'est pas l'acte du maître , mais seulement en tant qu'il procède du com-
mandement de celui-ci. Par suite , l'acte du maître n'est pas rendu
mauvais par la mauvaise volonté du serviteur.
QUESTION XXI.
BeS covs^uenees Aes actes Immalvs Tcdativenevi k leur liovté et k leur
mallee.
Il faut ensuite examiner les conséquences des actes humains ^ relative-
ment à leur bonté et à leur malice.
Quatre questions se présentent : 1^ L'acte humain^ suivant qu'il est bon
ou mauvais, a-t-il la qualité de vertu ou de péché? ^ Est-il louable ou
blâmable ? 3° Emporte-t-il mérite et démérite ? 4» En est-il ainsi aux yeux
de Dieu?
ARTICLE I.
Uacte humain, suivant qu'il est bon ou mauvais, a't^il la qualité de vertu
ou de péché?
n parolt que l'acte humain, suivant qu'il est bon ou mauvais, n'a pas
la qualité de vertu ou de péché, l"" Les péchés , comme le dit le Philo-
Âd secundum dicendam, qu5d actio et passio
pertinent ad genus moris in qaantam h-ibent
rationein volantarii : et ideo secundum qnôd
diversa voluntate dicantor^oluntaria, secundum
hoc Bunt duo moraliter; et potest ex una parte
inesse botntin, et ex alla malum.
Ad tertium dicendum , qu&d actus servi ia
quantum procedit ex voluntate servi , non est
actns domini, sed solùm in quantum procedit
ex mandato domini : unde sic non facit ipsnm
malum mala TOluntas servi.
QDiESTIO XXL
De eomequentilus aetus kumûnos rationê boniiaUê ««< matHiœ^ in qiuUuor
artieulos divisa.
Deinde considerandum est de bis qus conse-
qnuntur actus humanos ratîone bonitatis vel
malitijB.
Et circa boc qusruntur quatuor : 1* Utrùm
«ctuB humanus, in quantum est bonus vel
malus, babeat rationem rectîtudinis vel pec-
cati. 2« Utrùm babeat rationem laudabilis vel
culpabilis. 8» Utrùm babeat rationem meriti
vel démenti. 4* Uti-ùm babeat rationem meriti
vel demeriti apud Deom.
ARTICULUS I.
Utrûm aetus humanus, t> quantum est bonus
vel malus, habeat rationem rectitudinis vel
peccati.
Ad primum sic procedilur. Videtur qu5d tctus
bnmanus, in quantum est bonus vel malus, mm
habeat rationem rectitudinis vel peccati. Peo-
cata enim sunt monstra in natura, ut dicitor iv
U. Phytic. (text. SS). Monstra aatem noosuii
tt4 !*• n* VARTfEy QUESTION XXI, ARTICLE 1.
>
eopbe, Physîc.y Uy sont des monstres dans la nature. Or, les monstres
ne sont point des actes, mais des êtres engendrés contrairement à rordre
de la nature ; et , comme il est dit au même endroit , « Tart et la raison
imitent la nature. » Donc Facte, par cela qu'il est désordonné et manyais
n'est point péché.
2o Le péché, PhysiCy II, se produit dans la nature et dans Tart^ lors-
qu'ils n'arriTent pas à leur fin. Or la bonté et la malice de Tacte humain
consistent principalement dans l'intention et l'obtention de la fin. Donc
la malice d'un acte ne lui donne pas la qualité de péché.
9* Si la malice d'un acte lui donnoit la qualité de péché , partout où il
7 auroit mal, il y auroit péché. Or cela est faux ; car la peine, qui est un
mal véritable, n'est point péché. Donc un acte, par cela qu'il est mauvais
n'a pas la qualité de péché.
Mais, au contraire, nous avons montré plus haut que la bonté de l'acte
himiain dépend principalement de la loi étemelle ^ et que , par suite ^ sa
malice consiste à s'en écarter. Or, c'est en cela que consiste le péché; car
saint Augustin dit, Cont. Faust, XXII : a Le péché est toute parole,
toute action, tout désir contraire à ce que prescrit la loi éternelle. » Donc
tout acte humain mauvais par cela même est péché.
(Conclusion. — L'acte humain tirant sa bonté ou sa malice de sa con.-
formité ou de son opposition à l'ordre de la raison et de la loi étemelle^
par cela même qu'il est bon ou mauvais, il doit nécessairement avoir la
qualité de vertu ou de péché. )
Le mal a plus d'extension que le péché, de même que le bien a plus
d'extension que la vertu. En effet, toute privation de bien dans un être
y produit un mal; tandis que le péché consiste proprement dans un acte
exécuté pour une fin avec laquelle il n'est pas dans un rapport conve-
actaSy sed sunt qasdam res generaUe prxter
4»rdîneiD naturae ; ea antem qm» suai secu&dùm
artem et rationem , imitauUir ea gu» sunt se-
ciindùm naturam, ut ibidem didtar. Ergo actus
ex hoc qu6d est inordinatas et malus, non ha-
bet rationem peccati.
2. Prsterea, peccatum, ut diciturin II. Phys,
(tcxt. 82), accidit in natura et arte, cùm non
pervenitur ad tinem inteotum à natura vel arte.
Sed bonitas vel malitia actus humani maxime
Gonsistit in IntenUone finis et ejusprosecutione.
Ergo videtur gaèd malitia actus non inducat
rationem peccati.
3. Pra^terea, si malitia actus induceret ra-
tionem peccati, seqaeretur qu6d ubicunque
esset tnalum, ibi esset peccatum. Hoc autem
eet falsom; nam pœna, lioèt habeat rationem
BUdi, non tamen habet rationem peccati. Non
ergo ex hoc qu6d aliqms actus est malus , ha-
Iti rationem peccati.
' ^ : bonitas actus humani . ot «uprà
ostensum est (qu. 19, art. 4), principaliter
dependet à lege eterna; et per consequens
malitia ejus in boc consisttt, qu^ discordât à
lege sBterna. Sed hoc facit rationem peccati;
dicit enim Augustinus^ XXII. Contra Fattstum
(text. 27), qubd « peccatum est dictum Tel
factum vel concupitum contra legem xteroam. »
Ergo actus humanus ex boc quod est malos ,
habet rationem peccati.
(CoNCLDsio. ^ Cùm ex eo actus Umus vel
malus dicatur, quôd rationis et aetemae legis
ordinem sequatnr vel non sequatnr, aetum hn-
manum, ex hoc qeèd bomis est vel makis,
titttdinis babere rationem vel peccati
rium est. )
Respondeo dicendnm^ igabà maivm in plis
est qukm peccatum, sicnt et bonum pins est
quàm rectum; qusiibet enim privatio booi m
quocunque constituit rationem mali. Sed pec-
catum propriè consistit in actu^ qui agîtar
propter finem aliquem, dum non habet debituui
BZS GONSÉOfTENGES DES AGTES HUMAINS. TA3
fiable* Or la convenance du rapport de Tacte avec la fin est réglée d'après
tine eertaine mesure, Ia<iuelle dans les £tres qui agissent naturellement,
se confond avec la force naturelle qui les incline vers leur fin. Quand
donc Tacte procède dHine force naturelle et suivant Tinclination qui la
porte naturellement vers une fin donnée , la convenance est observée
dans Tacte , le moTen ne dépassant pas les extrêmes , c'est-à-dire , Tacte
ne sortant pas du rapport que le principe actif a avec la fin. Mais quand
Facte s'écarte de ce rapport, il contracte la qualité de péché. Dans les
actes dont la volonté est le principe, la règle prochaine est la raison hu-
maine ; la règle dernière est la loi éternelle. Toutes les fois , par consé-
quent, que l'acte se porte vers une Mn suivant l'ordre voulu par la raison
et par la loi étemelle, il est conforme à la règle voulue; toutes les fois
qu'il dévie de cette rectitude il devient péché. Or, il est évident, d'après
ce que l'on a dit , que tout acte volontaire est mauvais dès qu'il s'éloigne
de l'ordre voulu par la raison et la loi éternelle, et qu'il est bon lorsqu'il
y est conforme. D'où il suit que tout acte humain, par cela qu'il est bon
ou mauvais, reçoit la qualité de vertu ou de péché.
Je réponds aux arguments : l"" On appelle les monstres des péchés
parce qu'ils proviennent d'un péché existait dans la nature (1).
2o La fin est de deux sortes^ prochaine et éloignée. Dans le péché na-
turel, l'acte s'écarte de la fin dernière qui constitue la perfection de
l'être engendré, mais il ne s'écarte pas de toute fin prochaine, car dans
toute action la nature produit quelque chose. De même , dans le péché
de la volonté, l'acte s'écarte toujours de la fin dernière, parce que nul
(1) Noos enssioM pu netire ici les mots , défectuosité ou diffonnité , à la place de péché ;
mais on verra , daus là thèse soivante , pourquoi nous avons dû conserver celui-ci. Bu reste ,
saint Tbonas Ta déOm lui-mésBe dans la bmû"*»* ^ 1* seconde objeciion.
ordioem ad ûaem illum. Débitas aotem ordo
ad flnem secundùm aliqnam regulam mensura-
ior, quA quidam régala, io hia qua Becundùm
natoram aguat, est ipsa virtns nature qu» in-
clinât in talem Gnem. Qnando ergo actas pro-
cedit à virtate natni^U secondùm naturalem
iadinationem ia finem, tune servatnr lectitudo
in acia; quia mediom non exit ab eitremis,
scilicet actns ab ordine activi principii ad fincm.
Quando autem à lectitudine tali actos aliquis
lecedii, tune incidit ratio peccati. In bis ver6
qu» aguntur per voluntatem, régula proxima
est lalio bnmana; régula autem suprema est
lex eterna. Qoamiocunque ergo actiu bomiois
procedit in tinem secundùm ordinem rationis
et legisstem», tune actus est rectus; qnando
autem ab bac rectitudine obliquatur, tune dicitur
(qu. 19, arL), qu5d ornais actus voluniarîus
est mains per hoc quôd recedit ab ordine ra-
tionis et legis sBtenuB , et omnis actus bonus
concordat ration! etlegi ietern». Unde sequitur
qu6d actus bumanos, ex hoc qu6d est bonus
vel malus, habeat lationem lectitodiais vel
peccati.
«^d primum ergo dicendum, quôd monstra
dicanturesse peccata in quantum producta sunt
ex peccato in actu nators existente (i).
Ad secundùm dicendum, qu5d duplex est
finis, scilicet ultimus et propinquos. In peocato
autem natur» déficit quidam actus à fine ul-
timo, qui est perfectio generati; non autem
déficit à quocunque fine proximo, operalur enim
natura aliquid formando. Similiter in peccato
voluntatis , semper est defectus ah uUimo Cne
peecatum. Hanirestum est autem ex pnemissis I intento; quia nuUas actus voluntatis malus est
(1) Non moraliter «sorpaudoiMecoiiMn^ sed physieé prout quemvis defectnm significat. Hoc
enim est quod Philosophas loco citato ait : P9eeatum fU t» iiê &iiquanda qwB fiunt $ecund4im
ûrt$m^ eùtn gramnuUieui non reclè serihit, wl medtcuf m^dicamentum non reciè fûeit aut
544 r* II* PABTIE, QUESnON XXI, ARTICLE 2.
Âcte volontaire mauvais ne se rapporte à la béatitude, qui est la fixa der-
nière. Toutefois, il ne s'ébarte pas de la fin prochaine que se propose et
qu'atteint la volonté : et comme cette intention ell&-mème est rapportée
i la fin dernière, on peut trouver en elle la rectitude ou le péché.
3* Ce qui rapporte un être à sa fin c'est l'acte : c'est pourquoi le pé-
cbé, qui n'est qu'une déviation de l'ordre qui mène à la 6n, consiste
proprement dans un acte; mais la peine ne r^arde que la personne de
"^^lui qui pèche, conmie on l'a dit dans la première partie.
ARTICaJE IL
L*aùU humain est'il louable ou blâmable suivant qu'il est bon ou mauvais?
n parolt que l'acte humain n'est pas louable ou blâmable par cela
qu'il est bon ou mauvais. 1® Le péché se trouve dans les êtres dont l'ac-
tion est fixée par la nature. Phyific., II. Or, ces êtres ne sont suscep-
tibles ni de louange ni de blâme. Ethic, IL Donc un acte humain , par
cela qu'il est mauvais ou péché ^ n'est pas blâmable; et de même il
n'est pas louable par cela seul qu'il est bon.
2o Le péché se rencontre dans les œuvres d'art comme dans les actes
moraux : en efiet, IL Physic., « le grammairien qui n'écrit pas bien et
le médecin qui n'administre pas une potion convenable pèchent égale-
ment. » Mais on ne blâme pas l'artiste d'avoir fait un mauvais ouvrage,
parce qu'il est dans sa profession de faire bien ou mal , suivant qu'il le
voudra. Donc un acte moral n'est pas blâmable par cela qu'il est mauvais.
ordinabilis ad beatitadinetn , qus est ultinras
finis ^ licèt non deficiat ab aliqao fine proximo^
quem volunias intendit et consequitiir : unde
etiam, cùm intentio hujus finis ordinetor ad
finem ultimam , in ipsa intentione hujusmodi
finis potest inveniri ratio rectitudinis et peo
cati.
Ad tertium dicendnm^ qu5d unumquodqne
ordinatur ad finem per actum suum : et ideo
ratio peccati , qas consistit in deviatione ab
ordioe ad finem, propriè consistit in actu; sed
pœna respicit personam peccantem, ut in primo
dictum est.
ARTICULUS n.
Utrùm aetus humanu» , in quantum est bonus
vel malus t habeat ratioitem laudahilU vel
eulpabilii.
Adsecundam sic proceditur (1). Videtttrqa6d
actus homanus, ex hoc qu6d est booas vel
mains, non habeat rationem laudabilis Tel col-
pabilis. Peocatum enim contingit in his qo£
aguntur à natora, ut dicitur in IL Physie. Sed
tamen ea que sunt naturalia, non sunt laoda-
bilia neque culpabilia, ut dicitur in m. Ethi-
eorum (2). Ergo actas humanns, ex hoc qo6d
est malus vel peccatnm , non habet rationem
cnlpe; et per consequens, non ex hoc qndd est
bonus, habiet rationem laudabilis.
2. Prsterea, sicut contingit peccatom in
actibus moralibus, ita et in actibus artts; quia,
ut dicitur in H. Physic, r peccat graffloialicos
non rectè scribens, et medicus non redè dans-
potionem. » Sed non culpatur artifez ex hoc
quôd aliquid malum facit^ quia ad indastriam
artificis pertinet quôd possit et bonum opos fa-
cere et roalum, cùm voluerit. Ergo videtur
qu6d actus moralis, ex hoc qu6d est maliiSy
non habeat rationem culpabilis.
propinat. Quare manifetlum est illud etiam eontingere in iis quœ sscunditm naiura» ftwiUi
in quitus m<nistra sunt peccala illius quod propler aliud agil^ etc.
(1) Se bis etiam in III, Sent,^ dist. 2i , art. 1 , quastiaoc. S; ut et IV, Sent,^ dist. 10, qu.^
art. 2 . quastlunc. 1 , ad t , et qu. 6, art. S , ad 3 ; et qu. S , de malo, art. 2 , ad 3.
(2) Mon sicut priùs, cap. 7 , grsco-lat., vel cap. 12 in antlqnls, et apod S. Thomam lect. 12.
Bené autem fit ex lib. II, cap. 5, in anliquis, vel ex cap. i, graoo-lat., annotasset, ubisinllt
quiddam.
DES CONSÉQUENCES LES ACTES HUMAINS. 545
3* Saint Denys , De dii\ Nom., TV , dît que a le mal est faible et im-
puissant. » Or, la faiblesse et Timpuissance excusent de la faute, en tout
ou en partie. Donc un acte humain n'est pas coupable parce qu'il est
mauvais.
Mais, au contraire, le Philosophe appelle louables les actions ver-
tueuses, et blâmables ou coupables les actions opposées. Or les actes bons
sont des actes vertueux, Ciir c'est la vertu qui est la source du bien dans
celui qui la possède; et les actes mauvais sont aussi ceux qui sont opposés
à la vertu. Donc les actes humains sont louables et blâmables par cela
qu'ils sont bons ou mauvais.
( Conclusion. — Tous les actes humains étant produits avec liberté, il
est nécessaire que tout acte bon ou mauvais soit blâmable ou louable.)
De même que le mal est plus étendu que le péché, le péché à son tour
est plus étendu que la coulpe (1). Un acte est dit coupable ou louable par
cela qu'il est imputé à l'agent ; car louer ou blâmer n'est autre chose
qu'imputer à quelqu'un la bonté ou la malice de son acte. Or, l'acte n'est
imputé à l'agent que lorsqu'il est en son pouvoir et de son domaine. Cela
ayant lieu dans tous les actes de la volonté, puisqu'elle confère à l'homme
le domaine de ses actes , il s'ensuit que dans les seuls actes volontaires le
bien et le mal emportent la louange et la coulpe , en sorte que dans ces
actes, le mal , le péché et la coulpe sont une même chose.
Je réponds aux arguments : !• Les actes naturels n'étant pas au pouvoir
de l'agent, parce que sa nature est déterminée à un même objet, il n'y a
point de coulpe en eux , quoiqu'il y ait péché.
2° Dans les choses qui concernent les arts la raison ne joue pas le même
(1) La coulpe , à proprement parler, est ce par cpioi un acte mérite le blâme. On conçoit
donc que ces deux mots puissent élrs substitués Tun à rnulrc. C^esl ainsi qu^il faut entendre,
en cet endroit , coulpe et coupable.
3. Praeterea, Dionysius dicit in I. cap. De
div, Nomin., qu6d a maloro est inûrmum et
ioipotens. » Sed intirmitas tel impotenlia , vel
tollit ^el dimionit ratiooeoB colp«. Non ergo
acius Lcmauoâ est culpabilis ei hoc qu6d est
malus.
Sed contn est, quod Philosophus dicit, qtiM
^«laadabilia sunt virtutum opéra, vituperabilia
antem vel culpabilia opeta contraria. » Sed ac-
tus boni sunt actus ^irtutis, qnia virtus est quae
abonam facit habentem, et opus ejus bonuin
reddit, » nt dicilar in U. Ethic, : onde actus
oppositi sunt actus mali. Ergo actas huma nos,
ex hoc quôd est bonus vel malus, habet raâo*
ucm iauJa! ilis vel culpabilis.
( CoNCLUsio. — Cùm omnes hnmani actus
ànobis libéré proceiant, necessarîum est om-
ncui actum hoiTiini>, ut bonum vel malum, cul-
pabi is vel laudabilis rationein babere.)
Uespondeo uiceiidu:n, quôd sicnt malum est
nr.
in plus quàm peocatum, ita peccatam est in plus
qaàm culpa. Ex hoc enim dicitor actus culpa-
bilis vel laudabilis, qu6d imputatorageuti; nihll
enim est alind landari vel cnlpari , qoàm impn-
tari âlicui malitiam vel booitatem sui actus.
Tune antem actus impntatur agentî, quando
est in potestate ipsios^ ita quôd habeat domi-
nium sui actus. Hoc antem est in omnibus ac-
tibns voluntariis, qnia per volnntatem bomo
domintutn soi actus habet, ut ex snprà diclis
patet. Unde relinquitur qu5d bonum vel malum
in solis actibns voluntariiâ constituit rationea
laudis vel culps; in quibos idem est malum,
peccatum et ctUpa,
Ad primum ergo dicendum, qubd aans na-
tnrales non sunt in potestate natnralis agentis,
cùm natura sit determinata ad unum : et ideo
hcèt in actibus nataralibus sit p3ccatam, non
tamen est ibi culpa.
Ad secundum (Ùcendum, qu5d ralio aliter le
35
516 r* II* PARTIE^ QDXSTIOV XXl^ ABTIGLB 2.
rôle que dans les choses qui concernent les mœurs : dans les choses d'art
la raison se rapporte i une fin particulière qu'elle a elle-même imaghwe;
dans les choses qui concernent les mœurs die se rapporte à la fin géné-
rale de la Tie humaine; et la fin particulière elle-même se rapporte
i la fin générale. Le péché étant une déviation du rapport qui doit exister
entre Tacte et la fin^ il peut y avoir dans Fart deux sortes de péché :
1^ consiste dans la déviation par raj^rt i la fin particulière que s'est
proposé Tartiste, et celui-là est propre à Tart ; lorsque^ par exemple ^ im
artiste voulant bien faire une chose Texécute mal^ on fait bien œ qu'il
vouloit faire mal. L'autre consiste dans une déviation par rapport i U
fin générale de la vie humaine. En ce sens^ il péchera s'il veut exécuter,
et ^û exécute en efiet un mauvais ouvrage qui en trompera un antre.
Mais ce péché n'est pas propre i l'artiste comme artiste ; il lui appartient
comme homme ; en sorte que dans le premier cas c'est l'artiste comme
artiste qui pèche, dans le second , c'est l'homme comme homme. Dans
la morale, qui met la raison en. rapport avec la fin générale de la vie hn-
maine , le péché et le mal résultent toujours de la déviation à l'yard de
cette fin ; et, dans ce cas, l'homme pèche en tant qu'il est homme et
agent moral. De là le Philosophe dit, Ethic., VI : «Dans l'art il vaut.
mieux pécher volontairement, mais il n'en est pas de même par rapport
à la prudence, b et aux vertus morales dont la prudence est la direc-
trice.
3"" La foiblesse qui se trouve dans le mal volontaire est soumise au pou-
voir de l'homme, ce qui fait qu'elle n'enlève ni ne diminue la faute.
habet îd artificialibiu et aliter in moralibus.
In artificialibaB enim ratio ordinatur ad finem
particalarem , qood est aliquid per rationem
ezcogitatum. In moralibos autem ordinatur ad
finem comnranem totios hnman» vits ; finis
antem particaUris ordinatur ad finem comma-
nem. Cùm autem peccatum ât per deviatiouem
ab ordine aà finem, ut dictum est, in acta artis
contiogit duplicUer eaee peccatum. Uno modo
per deviationem à fine particulari intento ab
artifice ; et hoc peccatum erit proprima arti :
pulà si artifex. intendens foeere bonnm opus ,
làciat maium; ¥el inteudens ilacere malum,
ikiat bonnm. Alio modo per deviationem à fine
communi bumana vit» : et bae modo dicetur
peocare, si lutendat lacère malnm opus» et
faciat, per quod alius deâpiatur; sed hoc fteo-
cataoi BOB est pioprium artificis in quantum
artifex , sed in quantum homo est : onde ex
primo peccato culpatur artifex in quantum ar*
tifex , sed ex secundo culpatur homo lu quan-
tum homo. Sed in moralibus ubi attendilur ordo
rationis ad finem commnnem humanc vite,
semper peccatum et malum attenditor per de-
viationem ab ordiae rationis ad finem oomma»
oem humaoe vitœ : et ideo culpatur es ttU
peccato homo, et in quantum est bomo, et m
quantum monlis esL Unde Philosophas dieii
in VI. Ethic, quôd a in arte volens peocaaa
est eligibilior, drca pmdentiam autem oiniis; »
aient et in virtotibus moralibua, quanua |i»>
dentia est directivt.
Ad tertium diceadum, tpbà iUa infiisUat,
qutt est in malis voluntariis , subjacet potistati
boaûnia : et ideo S6c toUii nec ëamôLSèÛÊ^
nemculps.
BES OOBBSÈQXISSffEa 91» ÂGTE8 HUMAniB* KT
ARTICLE IIL
L*actehâmaêr^,mtmUqmbcnou mauvais, emporte44lmir&»im4èmériUf
11 pardt que la bonté et la malice d'un acte humain n'enq)ortent pas
mérite ou démérite, i* Mérite et démérite indiquent une rétribution qui
n'a lieu que pour les actes que Ton rapporte i autrui. Or^ tous les actes
humains bons ou mauvaifi ne sont pas rapportés à autrui : il y en a qu'oE
8e rai^>orte àsd-mème. Donc tout acte humain bon ou mauvais n'emporte
pafi mérite ou démérite.
3p Personne n'encourt une peine ou un châtiment, parce qu'il disçose i
son gré d'une chose qui est de son domaine : ainsi un homme qui
détruit ce qui lui ajqpartient n'est pas puni comme s'il détruisoit la chose
d'un autre. Or, l'homme a le domiaine de ses actes. Donc^ par cela qu'il
en dispose bien ou mal , il ne mérite ni p^ine ni récon^nse.
3«» De ce qt^nn individu acquiert un bien , il ne mérite pas qu'on lui
en donne un autre, et il en est de même lorsqu'il fait quelque mal. Or
l'acte bon est en quelque façon le bien et la perfection de l'agent, et l'acte
désordonné son mal. Donc l'homme ne mérite et ne démérite pas dans
ses actes bons et mauvais.
Mais le contraire résulte de ces paroles, Isai., m, 10: c Dites au juste
qu'il a bien fait, qu'il recueillera le fruit de ses œuvres : Malheur i
l'impie plongé dans le mal ; il recueillera le firuit dn travail de ses
mains.»
Conclusion. — Les actes humains, suivant qu'ils sont bons ou
mauvais, emportent mérite ou démérite, et sont l'objet d'une juste ré-
tribution. )
ARTICULUS m.
Vtrinn aetuB hunuMW, in ftiaiilifin êii bonus
vel mahu, habeat ratûmem meriU vel df-
Ad tertiom de proceditnr (1). Videtnr qtièd
actuB huroanns non habeat rationem meriti Tel
demeriti propter snam bonitatem Tel malitiam.
Meritum enim et demeriium dicitnr per or-
dinem ad retribntionem, quae locam solùm habet
in his qu» ad aKeram sant. Sed non omoes
actus humani boni Tel mali iront ad alteium ,
sed quidam snnt ad seipsam. Ergo non omnis
actus humanus bonas vel mains habet rationem
meriti vel demehU.
2. Prsterea, nuUus meretnr pœnam vel pne-
miura ex hoc (piâd disponit nt volt de eo cnjns
est dominas : aient si homo destruat rem snam,
non panitor sicut à destmeret rem alterios.
Sed homo est dominiu snomiD actnnin. Eiga
ex hoc quôd benè vel malè disponit de suo acta»
non meretnr ponam 'vel prcminm.
8. Praeterea, ex hoc qnôd aliqnis sibi \pA
acqnirit bonnm , non meretur nt ei benè fiai
ab alio : et eadem ratio eat de malii . Sed ipaa
actus bonns est qnoddam bonnm et perfectio
agentis; actns antem inorfittatns est qnoMim
malnm ipsius. Non ergo ex hoc qn6d homo fadi
malnm actmD Tel boanm , meretnr Tel deme-
retnr.
Sed contra est, qnod fidfnr Ï9oi., IB :
a Bicite jttsto, qnoniam benè, qaouiam Oroctna
adinTentionnm snamm comedet : Tte impio In
malnm, retribntio enim roannnm ejns flet ei. »
( CûNCLuno. •— Actns humani | ut boni Tel
maN, meriti Tel démenti rationem habent,
secnndùm retributionem jostitis ad alterum. }
(1) De bis eHam in H , S^t, dist 40 , art. 5 { ut et IT, Senl.^ dist. 19 , qu« 3, art. 1 1 al
qu. S, de malo, art. S . ad 8.
^^ 1" !!• PARTIE, QUESTION XXI, ÀRTICXE 3.
Le mérite et le démérite désignent une rétribution faite d'après 1»
règles de la justice. Une pareille rétribution n'a lieu que lorsqu'un indi-
vidu favorise ou lèse les droits d'autrui. Pour comprendre cela , il faut
considérer que tout être vivant dans une société est un membre et une
partie de cette société. Quiconque , par suite , fait du bien ou du mal i
un individu vivant dans une société , fait du bien ou du mal à cette so-
ciété elle-même; de même que celui qui blesse la main d'un homme,
blesse ITiomme lui-même. Lors donc qu'un individu fait du bien ou du
mal à une personne particulière , il acquiert un double mérite ou démé-
rite , en tant qu'il acquiert un droit à une rétribution , soit de la part de
la personne qu'il favorise ou qu'il lèse , soit de la part de la société tout
entière. Et quand un individu rapporte directement son acte au bien ou
au mal de toute la communauté, il a droit à une rétribution, d'abord de
la part de la communauté tout entière, et en second lieu de la part de
chaque membre de cette communauté (1). Conséquemment, lorsqu'un
individu se fait du bien ou du mal à lui-même, il lui est dû une rétribu-
tion, parce que , faisant lui-même partie de la communauté, ce bien et
ce mal rejaillissent sur elle; cependant il ne lui en est pas dû de la part de
la personne particulière à laquelle est fait ce bien ou ce mal , car cette
personne n'est autre que lui-même ; à moins que l'on ne dise par analo-
gie Q^^'il doit se faire justice à lui-même. 11 résulte de ce qui précède
w^vc tout acte bon ou mauvais est louable ou blâmable, selon qu'il est au
pouvoir de la volonté; qu'il est vertueux ou défectueux, selon son rapport
avec la fin; et qu'il emporte mérite ou démérite, selon la rétribution qui
lui doit être faite d'après les règles de la justice.
Je réponds aux arguments : 1^ Quoique les actes bons et mauvais de
(t) La base sur laquelle saint Thomas fait reposer le mérite et le démérite des actions bn-
maines, n^échappcra pat à rattcniion du lecteur. C'est là une de ces larges et fécondes
Respondeo diceodam, qu6d meritum et de-
metitum dicuntur in ordine ad retributionem
qus fit secttndùm juslitiam ; reltibutio autem
secundùm justitiam Ût alicai ex eo qaôd agit
in profectum vel nocomentum alterius. Est
autem coosiderandum qu5d unusqnisqae ia ali-
qua societate vivens, est aliquo modo pars et
membrum totius societaiis. Quicunque ergo agit
aliquid in bonaro vel malum alicujos in societate
existentis, boc rednndat in totam aocietatem :
âcat qui Ucdit manum , per consequens Isdit
hominem. Cùm ergo aliquis agit in bonum vel
malum alterius singularis persons , cadit ibi
dupliciler ratio meriti vel demerili. Uno modo
aecundùm quôd debetur ei retributio à siogulari
persona quam juvat vel offendit ; alio modo
secundùm quôd debetur ei retributio à toto
coUegio. Quando ver& aliquis orJinat actum
^ctè in bonum vel malum totius col-
legii , debetur ei retributio , prîmb quidem el
principaliter à toto collegio , secondari5 verô
ab omnibus collegii partibus. Cùm verà aliquis
agit quod in bouum proprium vel malum vei^'I,
etiam debetur ei retributio^ in quantum etîam
boc vergit in commune , secundùm qnôd ipse
est pars collegii *, licët nou debeatur ei retributio
in quantum est bonum vel malum singuU;is
personae , qus est eadem agenti , nisi forte à
seipso, secundùm qnamdam similitudiuem ,
prout est justitia bominis ad seipsum. Sic igi*
tur patet qu6d actus bonus vel malus habet
rationem laudabilis vel culpabilis, secunlùm
qu5d est in polestate voluntatis; rationem verb
rectitudinis et peccati secundùm ordinem ad
finem ; rationem verù meriti et demerili se-^
cundùm retiibulionem jnstitix ad allerum.
Ad primum ergo dicendum, qnôd quaudoqae
actus bOLiiinis boni vel maU| iicèt non orUi*
DES GONSÉQTTENGES DES ACTES HUMAINS. 5'»9
l'homme ne soient pas toujours rapportés au bien ou au mal d'une
personne particulière^ ils le sont toujours au bien ou au mal de la
4^ommunauté.
^ L'homme, ayant le domaine de ses actes , en tant qu'il est lui-même
soumis à la communauté dont il fait partie, mérite et démérite, selon
^u'il dispose ses actions bien ou mal, et qu'il administre bien ou mal les
biens avec lesquels il doit servir la communauté.
3<* Le bien et le mal qu'un individu se fait par ses actions retombe sur
*a communauté, comme venons de le dire.
ARTICLE IV.
Uacte humain, bon ou mauvais, Ort-il mérite ou démérite devant Dieu?
Il paroit que l'acte humain bon ou mauvais n'a ni mérite ni démérite
devant Dieu. 1° On a dit précédemment que le mérite et le démérite
désignent une compensation du dommage ou du bien fait à autrui. Or le
lien ou le mal que peut faire l'homme ne cause aucun dommage ni aucun
profit à Dieu, d'après ces paroles de l'Ecriture, Job, XXXV : « Si vous
péchez, quel dommage lui causcrez-vous ? Si vous suivez la justice ^ que
lui dounerez-vous ? » Donc les actes bons ou mauvais n'ont ni mérite ni
démérite devant Dieu.
2o L'instrument ne mérite et ne démérite rien auprès de celui qui s'en
sert, parce que toute l'action de l'instrument vient de l'agent. Or^
l'homme , dans ses actes , est l'instrument de la puissance divine qui est
son moteur principal. De là ces paroles du Prophète , Isat., X : a La
données , eomme on en trouve souvent dans la Somme ihéùlogique « et qui font do cet ou-
vrage le véritable trésor de la science divine et humaine.
nentur ad bonam vel roalam alterius singularis
f»er8on£, taoïen ordinautur ad bonam vel tna-
ium alterius qood est ipsa eommonitas.
Ad secandum dicendum, qaôd homo (qui
habet domioium soi actas)^ ipse etiam in quan-
tam est alterius , scilicet commauitatis , cujus
«st pars, meretnr aliquid vel demeretur, in
^oantimi actas saos benè vel malë disponit :
sicnt etiam, si alla sua de qoibas communitaU
servire débet, benè vel malè dispensât.
Ad tertium dicendum, qnôd hoc ipsum bonom
irel ojalam qood aliqols sibi facit per soiim ac-
tam, reduadat in communitatein (1) , ut dictoai
tit.
ARTICULUS IV.
Vêrkm aetn» humanui, in quantum est bonus
vel mutus, HabeiU rationem muriti vel de^
mitriti apud JXeum.
Ad quartttm sic proceditur. Yidetur qaôd ac-
tus homanus, bonus vel malus, non habèal
rationem meiiti vel demeriti per comparalionem
ad Deum. Quia, ut dictum est ( art. 3 ), meri»
tum et demeritum importât ordinem ad rc-
compensationem profectus vel damni ad altc-
rnm illati. Sed bonus actus bominis vel malos
non cedit in altquem profectum vel damoum
ipsins Dei; dicitur enim Job, XXXV : « Si
peccaveris , quid ei nocebis 7 porrô si juste
egeris, quid donabis ei? » Ergo actus hominis
bonus vel malus non habet rationem meriti vel
demeriti apud Deum.
2. Prsterea, instrumentum nihil meretur vel
demeretur apud eum qui utitur instrumeato ,
quia tota actio instromenti est utentis ipso.
Sed homo in agendo est instrumentum divina:
virtutis principaiiter ipsum moventls i unde
dicitur Isai,, X : « Numquid gloriabitur securis
I contra eum qui secat in ea? aut ezaltabitnr
(1) Perinde ae rednndat in eorpns abscissio sive mutilatio unius membri, qus corporis
i&tegritatem dehonestat : sic enim dchonestat communitatem cujus membrum est ille qui malé
650 I** W PABTOEy QUSSnOff XXI, AftnGUS A.
hacbe disputera-t-ellB la gloire à celui qui s'en sert pour couper le boisT
La scie s'élèyera-t-eUe contre celui qui la met en mouvement? »
dans lequel lliomme est évidemment comparé à un instram^it. Donc
les bonnes et les mauvaises actions ne méditent et ne déméritent point
devant Dieu«
S"" L'acte kumain n'emporte mérite ou démérite qu'en tant qu'il est
rapporté à autrui. Or^ tous les actes humains ne sont pas raf^ortés i
Dieu. Donc tous les actes humains boas ou mauvais n'ont ni mérite ni
démérite devant Dieu.
Mais le contraire résulte de ces paroles de l'Ecriture , Fcdes., ult :
cTout ce qui se fait^ soit bien, soit mal. Dieu le soumet à son ju-
gement. D Or, jugement implique rétribution, qui suppose elle-m^ne
mérite et démérite. Donc tout acte humain, bon ou mauvais, emporte
mâite ou démérite devant Dieu.
<Co!fCLtrsioN. — Dieu étant le roi et le gouverneur de l'univers, et en
particulier des créatures raisonnables, dont il est particulièrement la
fin , les actes humains emportent mérite et démérite devant Dieu, et non
pas seulement devant les hommes. )
On a vu que les actes de l'homme ont un mérite ou un démérite, ea
tant qu'ils sont rapportés à autrui, et qu'ils acquièrent un droit à une
rétribution, soit de la part de celui auquel ils sont rapportés, soit de la
part de la communauté dont il fait partie. Or nos actes bons et mauvais
revêtent paiement eette double qualité devant Dieu. Ils ont un droit vis-
à-vis de Dieu, en tant qu'il est la fin dernière de l'homme ; car tous nos
actes doivent être rapportés à leur fin dernière, en sorte que celui qoi
commet ime mauvaise action, laquelle ne peut être rapportée à Dieu,
n'honore pas comme il le devroit sa fin dernière. Us ont im droit vis-à-vis
terra contra eum à quo trahitnr? » ubi mani-
festé bominem agentem comparât iuslramenU).
Ergo, benè agendo vel malè , non meretur vel
demeretur apud Deam.
'S. Prsterea^ actus bumanns babet rationem
menti vel démenti in quantum ordinatur ad al-
terom. Sed non omnis actus bomanus ordinatur
ad Deum. Ergo non omnes actus boni vel mali
babent rationem merili vel demeriti apud Deum.
Sed contra est, quod dicitur Ecdes., ult. :
V Cnncta qus fiunt adducit Deus in jodicium ,
live bonum sive malum. » Sed judicium impor-
tât retribntionem, respectu cc^us meritum vel
iemeritum dicifur. Ergo omnis aclus bominis,
bernas vel mains , babet rationem meriti v^
demeriti apud Deum.
(CoNCLusio. — Cùm Deus sit gubernator et
totins nniversi rector, prsserUm rationalium
creaturarum, illaium finis existens, actus bamaii
vel boni vel aali» non tantùm apud bonines»
sed apud Deum meritoiii isel demeiitorii ese
dicutttar.)
Respondeo dicendum, qnèd sicnt dietum «t
( art. 3 ), ados alkujus bominis babet ratioBOB
meriti vel demeriti secuadùm q\M ordînator ai
alterum, vel fatioae ejas, vel ratione comm»-
nitatis; atroque antem modo actas nostii boni
vel mali babeat rationem menti vel demeriti
apud Deum. Ratione quidem ipsins, in qmmtna
est ultimus bominis Âais; est autem debitm,
ut ad finem ultimum omnes actus referantv»
ut suprà babitum est (qa. 19, art. 10 ) : unde
qui facit actom malum nonreferibilem in fkmm,
non serrât bûfiorem Dei, qfâ nltimo fini<lebetor.
Ex parte ver6 totins commtmitaAis oniversi»
qoia in qoaiâiet oommaoitate» iUe <|Qi legit
vel non satis bonestë vivit , etc. £ contrario autem qui b^aé agit^ lieiit et qni flMmbnrank
Vitegritatem ac sanitatem curaL
i
I
DES GONSiOtTXNCBS DES ACTES HUMAINS. 551
de la commuaauté universelle. Et comme dans toute communauté celui
qui la gouverne est chargé de veiller au bien commun , c'est à Dieu aussi
qu'il appaitieat de réconipensar le kieii et de fumr le mal qui se font
dans la communauté. Or^ Dieu est le roi et le gouverneur de Tunivers^ et
en particulier des créatures raisonnables. Par suite^ les actes humains
emportent mérite ou démérite devant lui^ sans quoi il ne prendroit pas
soin des actes humains (1).
Je réponds aux arguments : i<» Les actes de l'homme ne peuvent rien
enlever ni donner à Dieu^ absolument parlant : Toutefois, l'homme lui
donne et lui enlève quelque chose, autant qu'il est en lui ^ en gardant ou
nmversant l'ordre que Dieu a établL
S" On a vu plus haut que l'homme est mû par Dieu comme im instru-
ment j mais de manière à pouvoir se mouvoir lui-même à l'aide de son
libre arbitre. C'est pourquoi ses actes ont un mérite ou un démérite
devant Dieu.
^ L'homme n'est pas rapporté dans tout son ^re et dans tout ce qui
lui appartient à la communauté politique : c'est pourquoi il n'est pas
nécessaire que tous ses actes aient un mérite ou un démérite vis-à-vis de
cette communauté. Mais tout ce qu'il est, tout ce qu'il a et tout ce qu'il
peut , l'homme ddt le rapports à Dieu : c'esA pourquoi tous ses actes
bons ou mauvais ont , autant que le permet leur nature , un mérite ou un
démérite devant Dieu.
(1) Si roo reporte naintentiit un conp d*œil mr ressemble de cette question , on y re*
marquera , sans nul doute , une forée de cohésion et de déduction , qui fait de chaque thèse
le coroUaiie rigourenz de la précédente. Implicitement ou explicitement , toutes les erreurs
iv le mérite et le démérite des actions humaines s*y trouvent réfutées. On sera surtout
frsppé de la manière dont la dernière conclusion sape par la base une des idées fondamen-
tales de la grande hérésie du seisième siècle. Ce rapprochement entre les enseignements de
commiinitaten, prscipuè kahet cvam boni
commuis : unde ad eum pertiaet rétribuera
pro bis qus beoè vel malè fiant in commnoitate.
Bst autem Deus gabeniator et rector totins oni-
▼ersi, sicut in primo habitnm est (qu. 108,
lit. 1 ), et speciftliter rationtlhnii cruturarum.
Unde manifràtam est qaôd actus hamani ha-
bent ratiooem menti vel demeriti per compara-
tioDem ad ipsom; alioqnin sequeretor qa^d
Deos non haberet curam de actibus humania.
Àd primum ergo dicendom, qaôd per actum
hominis Deo secaadùm se nihil potest accres-
cere vel deperire ; sed tamen hooio, in qatntnm
in se est^ aliquid subtrahit Deo, vel ei exhibet,
cùm servat vel non semi «dinem qoein Deos
iastituit.
Ad secuidnm dicendnm , qa6d homo sic mo-
vetnr à Deo nt instramentum , qaôd tamea
non exckuiit quin moveat seipsum per libemm
arbitrium , at ex snprà dictis palet : et ideo
per soum actam meretor vel demeretur apad
Deom.
Ad tertiom dicendam, qaôd homo non ordi*
nator ad commanitatem politicam secandùm se
Uftom, et secondùm omoia sua : et ideo non
oportet qaôd qoilibet actas ejas sit meritorius
vel demeritorios per ordinem ad commanitatem
politicam; sed totam qaod homo est, et qaod
potest et habet, ordinandnm est ad Deam : et
ideo omnis actas hominis, bonus vel malos»
habet latioaem menti vel demeriti apad Deum,
quantum est ex ipsa latione actas (1).
(1) Non qaôd aetui praeisè «i actas est , et «s ob|eelo solo considenitM, at sie eut secnndàm
moralem bonitateas ait formoHter meril«ria8, quia gratiasspponi débet ut eo modo meritorius
iat , et ad eooditionem sopemataralem elevetur, sed quia materialiter talis est ut fieri merito*
tins possit. De quo pleniùs, qu. lli , suo loco.
532
I" n* rjLBra, oveshon xxii, jlrticxe 1.
TRAITÉ DES PASSIONS.
QUESTION XXII.
9n. snlet des v«mIo«s de Vame*
Notis avons maintenant à traiter des passions de Tame (1); et nous ^
considérerons^ d'abord en général^ puis en particulier. Il y a quatre
choses à examiner touchant les passions considérées en général : premiè-
rement^ le sujet des passions; secondement ^ la différence qui existe
entre elles; troisièmement, leurs rapports mutuels; quatrièmement ^
leur malice et leur bonté.
Sur le premier point trois questions à résoudre : !• Y a-t-il quelque
Mint Thomas et Tbistoire des doctrines , de celles même qui n*ont eu de retenlissemenc qam
longtemps après lui , est un des points de vue les plus intéressants et les plus utiles oà Foa
puisse se placer pour étudier les œuvres de ce puissant génie.
(1) Ceux dont réducallon tliéologique a été faite uniquement sur les livres roodenieft ci
^aprés les méthodes d*enseignement pratiquées de nos Jours , pourront regarder un Traité
des passions comme une chose étrange, ou du moins insolite dans Pensemble de Is théologie.
Ceux , au contraire , qui en Jugeront diaprés leur première impression et sans idées pcé>
conçues , trouveront bien certainement que rien n*est plus naturel ni plus nécessaire. Û se
peut qu*il y ait des époques où il semble moins utile au prêtre d'étudier les passions hu-
maines ; et il faut bien quMl en soit ainsi , pour que le Traité des passions ne figure dans
aucune de nos théologies élémentaires, et ait été même radié , depuis asseï longtemps, au.
plus grand nombre des théologies , qui n*étoient que les commentaires avoués du chef-d*ie«tT«
de soint Thomas.
Mois , à notre époque , une pareille omission est un fait au moins incompréhensible, n
peut exister de graves erreurs, des erreurs même capitales, sur la nature et les effets det
passions ; la plus grave , néanmoins , de toutes ces erreurs , est celle qui consiste i nier le
mal qui se trouve dans les passions ; et c*esl Justement là ferreur qui a été proclamée el
soutenue , dans ces derniers temps , par l*écoie la plus hostile au christianisme , et U ph»
dangereuse pour la société. On conçoit dès-lors que rintérêt qui , de tout temps , a dû s'atta-
cher à une théorie des passions, emprunte aux aberrations contemporaines un degré d*infe->
TRAGTATUS DE PASSIONIBUS.
QU^STIO XXII.
Vê tubjeetù poitionum anima s t» (rti artieiUoi dteisa.
Po8t hoc considerandam est de passionibas
mnims. Et primo, in geoerali; secundo^ ia spe-
dali. la général! autem quatoor occnrrant circa
'M)n6ideranda : primé quidero , de iobjecto
earam; secandô, de differentia earnm; terliô,
de cnmparatioae eahun ad iovicem; quarte,
de malitia et honitate ipsarum.
Circa primnm qo^nintar tria : i^ Utiùa
DU SUJET BBS PASSIONS DE L'AME. 5S3
passion dans Tame? 99 Les passions résident-elles dans la partie appéti-
tive ou dans la partie appréhensive de Tame î 3* Sont-elles principale-
ment dans Tappétit sensitif ou dans l'appétit intellectif que nous nom-
mons volonté?
ARTICLE L
Y a-t'il quelque passion dans Vame't
n parnît qu'il n'y a dans l'ame aucune passion, i* L'état de passion
ou la passivité est le propre de la matière. Or, l'ame n'est pas composée
de matière et de forme ^ ainsi que nous l'avons dit dans la première
partie, quest. 75, art. 5 (1). Donc il n'y a dans l'ame aucune passion.
2* Une passion est un mouvement, comme le dit Aristote, Physic,
III, 19. Or, l'ame n'est point mue, comme nous l'avons également dit en
traitant de l'ame. Donc il n'y a dans l'ame aucune passion.
3<* La passion est la voie qui conduit à la corruption; car a toute pas-
sion, en proportion de son intensité, enlève quelquç chose à la substance, »
comme il est dit , Topic, VI, 3. Or, l'ame est incorruptible. Donc l'ame
n'éprouve pas de passion.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire, conformément à ces paroles de
TApôtre, Rom.j VIÏ, 7 : a Quand nous étions dans la chair, les passions
portante et d'utilité , qui en fait comme le complément obligé d*an en«eignemeot thcologiqae
irraiment digne de ce nom.
Voilà donc que la SommB de saint Thomas nous offre à cet égard , avec son autorité se*
culaire , un mérite de circonstance et d*è-propo8 , que nul ne sauroit contester. On voudra
concottre le travail de ce profond génie sur Tétre humain , considéré dans les passions dont
il est susceptible , sur la nature de ces mêmes passions , sur la différence qui existe entre
«Iles , sur les rapports qu'elles ont les unes avec les autres, sur le bien et le mal qu*on doit y
jreconnottre. Le saint docteur traite, en elTeti cette matière sous ces quatre différents rapports.
(1) C*cst même là Tobjel de la tbêse développée dans cet article. L*ame humaine , d*après
la doctrine de saint Thomas , est une simple forme , elle est la forme du corps humain. Le
corps est, par conséquent, la matière de rétre total ou composé. Mais il ne faudroii pas,
pour cela , ranger Tame dans la classe des formes ordinaires , lesquelles n*ont d'existence oa
de réalité , qu'autant qu'elles sont unies à la matière. Avant de prouver que l'ame est la forme
de rétre humain , fauteur avoit démontré qu'elle est uu être subsistant , qu'elle a son exii-
lence propre. Et c'est ce qui devient encore plus évident dans la suite , quand il traite de
rétat où se trouvent les âmes séparées des corps , soit par rapport A la connoissance , soit
par rapport i la béatitude.
«liqaa passio ait in aniina. 2» Utrùm magis in
parte appeliliva quàm in apprehensiva. S® Utrùm
magis Bit in appeiito sensitivo quàm intellec-
Uto, qui didiur voluntas.
ARTICULUS I.
Vtrian aliqua poêUo git in anima»
Ad primom sic proceditor (S). Videtar qi:ôd
nnlla passio sit in anima. Pati enim est proprium
(qu. 75, art. 5). Ergo nnlla passio est in anima,
t. E^terea, passio est motus, ut dicitor in
III. Physic. ( text. 19). Sed anima non move-
tur, ut probator in 1. De anima. Ergo passio
non est in anima.
8. Pneterea, passio est via in comiptiottem ;
nam « oronis passio magis fada abjicit à sub-
8tantia,n nt dicitor inlib. Topic. Sed anima est
incorraptibilis. Ergo nnlla passio est in anima,
mateiie. Sed anima non est composita ex ma- 1 Sed contra est, qnod Apostolos dicit, ad
leria et forma , nt in primo habitom est | Bom,, VII : «Cùm essemns in carne, passiooet
(1) De his etiam in m, Sent,, dist. 15, qu. 2, m. 1; et qu. 26, de verit., art. 1 et 9»
654 I~ If* PAETIB^ QUESTfON XXH, ARTICLE 4.
qm mènent an péché et qni dévoient lenr existence à la loi chaméne,'
agissoient en nos membres. » Or^ c'est dans Tame^ à proprement psrhat,
que les péchés résident. Donc les passions appelées passions des péchés
par TApôtre, y résident aussi.
(Conclusion. — Comme il arrhe à Pâme de sentir et de connoltre les
espèces^ et d'éprouver les modifications subies par Fètre composé^ Tame
doit nécessairement éprouver aussi certaines passions^ en prenant ce mol
dans son sens général; mais la passion proprement dite ne peut être
attribuée à Tame que par accident. )
L'état de passivité peut être entendu de trois manières : d'une ma-
nière générale d'abord, et dans ce sens un être est passif alors même
qu'il ne perd rien et qu'il acquiert, au contraire, quelque chose; ainsi
l'on dira que l'air est passible d'une chose quand il est illuminé; mab
c'est là plutôt une perfection qu'une passion. En second lieu, la passivité
est entendue d'une manière rigoureuse quand une chose n'est acquise
que par la perte d'une autre ; et cela peut encore avoir lieu de deux ma-
nières : parfois ce que l'être perd est une chose qui ne lui convient pas ;
ainsi quand un corps est guéri , il est passible d'une chose , à savoir, de
la santé, et il en perd xme autre qui est la maladie; parfois c'est le con-
traire qui arrive; un corps tombe dans l'état de maladie et perd la santé.
Et c'est là le troisième sens, le sens le plus rigoureux, du mot passion
ou passivité; car l'état de passivité existe par la perte d'une dtxose qui
passe à l'agent (1) , et c'est quand une chose convient à celui qui la perd,
qu'elle paroît surtout passer à celui qui l'enlève. Voilà pourquoi le Phi-
losophe dit que lorsque d'une chose moins noble provient un être plus
élevé, il 7 a simplement génération, et non corruption, si ce n'est dans
un certain sens; tandis que l'on doit dire le contraire , quand d'an être
(f) Lb triple MHS qne Tauteiir donne au mot passif, oa cette triple naniève ^eàlitaân la
paBMYÎIé d*ttn être , ne paroft pas ici pour la première fob : C!i pevt Toir la mémo dtstte-
tien étabtie et déToIoppée , presqne avee les mêmes termes , à ^9Cpos de rintdlect iMmata »
tome m , page 231 , de celte édition de la Somme.
> • < I I II I M 1^ — — ^— ^—
peccatonim, quœ per legcm erant, operabantur
in membris nostris. » Peccata autem sont pro-
priè in anima. Ergo et passiones, qiue dicuntur
oecoaiorum, sont in amma.
(CoNGUisio. — Càm Gonkingat aniaiam spe-
ciea aentin et iateUigere, et ad oompositi
transmoftatioum matari , aiiqaani ei passionem
communiter acceptam convenire tteœssarinm
€8t; paiaioiiem aniem pnpriè dietam, noonisi
p«r aocideDS attribut certam est. )
Reapondeo dicendiun, qaîd pati didtortri-
pUciter. Una oMdo oommuûter, seoindinn qa6d
mnne recipere est pati, etiamsi nihil abjiciatnr
à le, sicat ai dkaitoir aerem pati, qnando illa-
"^inator ; hoc autem magis est perfici quàm pati.
*» modo dicitur propriè pati , quando aiiqoid
recipitur corn alterins al]jeeti4K«e. Sed hoc
tingit dupliciter : quandoque enim abjicitar id
qaod non est conveniens rei; sicut ci^m corpus
animaiis sanatar, didtiur pati, qnk re^it «a-
nitatem^ «gritadine abjecta. k!6o modo, q»iid0
è coaveno contiagit; sicni «giotaie diettsr
pati| quia recipitur infirmitas sanitale abgecla.
Et hic est propriissimus modus pasaionis; oaa
pati dicitur ex eo qo&d ahqaid trabitur ad
agentem ; qnod antem recedit ah eo qnod est
sUti conveniens, maxime videtur ad aHud trahi
Et similiter, in I. De goÊoratione (text. ta ),
dicitur qoM quando ex ig&obiiiori geoentur
nobiiiiis, est generatio simpUdter, et com|itio
secundùm quid; è converso autem quando ex
nobiliori ignobiliiis geoeratur. Et his tribu
im 8VJET VES TASStJKS 9B L'AUE. 555
^Qs iMiile est engendré on être qui l'est moins. Or, 1« passion pent exister
dans l'ane de ces trois diflSrenles manières : ainsi qnand elle sent ou
eonnoit nne chose ^ elle est passive parce qu'elle reçoit. Il est vrai qae ce
genre de passion n'arrive qne par une modification corporelle : aussi
n'estœ qoe par aocident, et parée qne fAiffe composé est passif, que Tame
éprouve la passion proprement Ste. Mais il faut signaler ici une diffé-
iUBiiee : quand oeits modificatioa amène un état moins heureux^ il y a
passion ^ beaucoup plus que lorsque c'est le contraire qui arrive : la tris-
tease est appelée passion avec plus de vérité que la joie.
Je réponds aux arguments : V La passion qui implique acquisition et
modification , est sans doute le propre de la matière ; aussi n'existe-i^elle
que dans les êtres composés de matière et de forme. Mais la passion qui
n'emporte que Tacquisiticm seule n'appartient pas nécessairement i la
matière; elle peut être le partage de tout être en puissance. Or Tame,
quoique n'étant pas composée de matière et de forme, a néanmoins
quelque chose qui tient de la puissance; et c'est par là qu'elle peut ac-
quérir et pàtir, puisque connoitre ou compcendre est avant tout une
propriété passive, ainsi qne le dii Aristote, De anima, lU, 18 (1).
2o Quoique la passion el le mouvement soient des choses qui de soi ne
<€oiiviennenl pas à l'ame, elles lui conviennent néanmoins par accident,
fiOHune le dit encore le Philosophe.
d* Dans cet sffgument la passion est ailendue comme emportant une
;1) El eomne sMniTlioiMn fa démontré loi-oiéBie , dam la prenrifre partie y qoeiffon 79,
article S. Comme cette passitité de l'inteUect humain ne doit pas éln enlendae , néannoins ,
d*une manière absolue , poor bien saisir la pensée de l*auteur i cet égard , et ne pas s*exposer
é loi «Itobner, «tMBe «èla n'vrrhre qae trop Mvtent, um deetrine qui m» ioroit pta la
■ie—e , fl est boa de Jofaidie à la leetore de Tarticle indiqué «elle des den articles tutvantt ;
• car fl déaonlre U, dHne nanière non moins explicite , quHI eiisle tm principe actif dans
notre intcWigence , et qne eel Intellect agent , eomme fl le ■ansimi atee ^slole , rérfde dans
notre ame , est quelqae cÉow qui M appartient.
fliodîB^ con^gît €996 in toioMi pasfliooeiD. Nan
Bccandnin rcceptioncin tsntbm, dicitvr qn6d
«entire et inteftigere est qnodd«Bi pati. 9amo
tutem cum adjectione, non est niai secundèm
tmsnratationeni coiporalen * unde pessio pfo-
priè diett non poteait competere animœ nisi
pet accidens , in qoantoni seiUoet coaTp09itoin
pttitir. Sed in hoc est divenilns; nam qnando
bajnsmodi transmntirtio fit te deterins , mag^s
propiiè hibet rationeai peenonis qoàni qnando
fit te nelins : inde tristitta mg^ propriè est
paisk) quàn hrtitia.
Ad pmnnn ergo diocoSnfn, qood piti 'se*
nitvr nîsi in oompositis ex nnteria-et Ibnna.
fied'pati, proot inportat reœptîonem solnm,
non est neeessariom quod sit maleri» , sed
potest esse cigascamque existentis in potentia.
Anima antem etsi non sit compostta ex materia
et forma, babet tamen aliquid potentialitatis,
secundnm qnam conyenît sibi redpere et pati ,
secnndoat qnod ifltélligere paii et^ , vt didlttr
in m. De mima (text 18) (1).
Ad eecundon diœndnni , qnM pati et no-
^reri, et» non convemat anin» per se , oon-
yenit tames ei per teeidens ,-nt n%. De tmima
diôtnr (text. 63).
cnndmn quod est enm tdjeelîone ettaansawda- Ad teitinndieeDdnm , qnM ittio illa precedit
tione, proprivm est materns ; vnde non inve- 1 de ptsBîeoe qin est corn Iransuntalieiie ad
(1) Yel sic ex bypothesl quam nt ceitam snpponit : Si inielhetm imptutihiUt eî iimpieM
•sl« iieut Ànttxagorai dieft, qmvmodo intélliget, H intelUger» quoddam pati ntf afo.
Appendix aulem sequens coUigitur non solàm ex hic notato textu, sed ex adjunclis.
1
656 I** II* PARTIS, OOBSTTON XXII, ARTIGtE S.
modification nuisible ; et une telle passion ne peut convenir à Tame qoa
>ar accident ; elle convient de soi à l'être composé qui est corruptible.
ARTICLE II.
la passion est-elle dans la partie appétitivê de l^ame plut^ que dans
sa partie appréhensive (I)?
r
Il paroit que la passion est dans la partie appréhensive de l'ame plulAl '
que dans sa partie appétitivê. l"" « La première chose dans un génie
quelconque est la plus grande de celles qui sont renfermées dans ce même
genre, et la cause de toutes les autres, » comme le dit Aristote, Metaph,,
II, 4. Or, la passion se trouve dans la partie appréhensive plutôt que
dans la partie appétitivê de Tame ; car il faut que la passion ait été d'a-
bord perçue pour être ensuite ressentie par Tappétit. Donc la passion
est dans la partie appréhensive de Tame plutôt que dans la partie appé-
titivê.
2^ Plus une chose a d'activité , moins elle doit être passive , puisque
l'action est le contraire de la passion. Or, la partie appétitivê de Tame
est plus active que sa partie appréhensive. Donc c'est surtout dans la
partie appréhensive que la passion doit résider.
3o La puissance d'appréhension ou de perception sensitive est liée i
un organe corporel tout comme l'appétit sensitif. Or, la passion de l'ame
n'arrive, à proprement parler, que par une modification corporelle.
Donc, au moins, la passion n'est pas dans l'appétit sensitif plus que dans
l'appréhension sensitive.
(i) Le lecteur, famUlariBé avec la langiue de aaint Thomas, entend bien qn*il s'agit ici delà
puissance de perception ou d^apprébension. C^est parce que cette puissance est double, cobom
résidant dans le sens et Tintellect , que nous avons cru devoir nous servir d*un terme général ,
pouvant au besoin désigner également la perception intelleetive et la perception
celle qui s'applique à Tuniversel et celle qui ne saisit que le particulier.
deteritts; et hajasmodi passio anims oonvenîre
non potest nisi per accidens; per se aatem con-
venit oomposito qaod est comiptibile.
ARTICULUS n.
Vtriun pauio magU tit in parle appetUiva,
quant in apprehennwa.
Ad secondam sic proceditor (1). Videtur
qaod passio magis stt in parte anims appre-
benàva qoam in parte appetiliva. Qaod enim
est c primaffl in quolibet génère, videtor ^e
maximam illorum qua sont in génère illo, et
caasa alioram , » ut dicitur in II. Metaph,
(text. 4). Sed passb prias invenitar in parte
appreheosiva, qoam in parte appetiUva^ non
(1) De bis etiam infrà, qu. il , art. 1 ; ut et m. part., qu. 15, art. i ; et qu. 96, de verit.f
art. 3 , tum in corp., tum ad 18 ; et in Dionysio , Us div. Ifomin.^ cap. S| lect. 5, coL i|
et in U. Klhics lect. 5, col. 1 ; et I. Petr», lect. S.
enim paiitnr pars appetitiva, nisi paasioae
praecedente in parte apprebensiva. Ergo passio
est magis in parte apprebensiva, quam in parte
appetitiva.
2. Preterea, quod est magis activimi, videlnr
esse minus passivum ; actio enim pa&ioni op-
ponitur. Sed pars appetitiva est magis acUva
quam pars apprebensiva. Ergo videtor qood in
parle apprebensiva magis sit paasio.
3. Prsterea, aient appetitus sensiUvos est
virtus in organo oorporali , ita et vis appreben-
siva sensitive. Sed passio anims At propriè
loqneiido secandam transmutationem corpora-
lem. Ergo non magis est passio in parie appe-
titiva sensitiva^ quam in apprebensiva aensitiva.
DU SUIET DES FASSIONS BE l'AUE* 5S7
Mais saint Augustin dit, au contraire^ De Civit. Bei, IX« 4 : a Les
mouvements de Tame que les Grecs appellent^ mér^, maladies^ nos auteurs,
comme Cicéron^ les nonunent perturbations de Tame^ ou bien affections,
ou bien encore, et selon la valeur de Texpression grecque, passions. »
D'où il suit évidemment que les passions de Tame sent la même cho?».
que ses affections. Or, les affections appartiennent év^emment à la partie
appétitive de Tame, et non à sa partie appréhensive. Donc c'est dans la
première beaucoup plus que dans la seconde de ces puissances que les
passions résident (i).
(CoNCLÛsroN. — Comme c'est par la puissance appétitive beaucoup plus
que par la puissance appréhensive que l'homme est attiré vers les objets
extérieurs, c'est dans la première plutôt que dans la seconde de ces
puissances que les passions doivent nécessairement résider.)
Nous venons de dire dans le précédent article que ce mot passion em-
porte l'idée d'une déperdition subie par l'être passif au profit de Tètre
agent. Or,rame est attirée vers un objet par sa puissance appétitive beau-
coup plus que par sa puissance appréhensive; car par sa puissance appétitive
rame se met en rapport avec les choses elles-mêmes et considérées telles
qu'elles sont dans la réalité : ce qui fait dire au Philosophe, Meiapk.,
VI, 8, que a le bien et le mal^ objets de la puissance appétitive^ se trouvent
dans les choses elles-mêmes. » La puissance appréhensive, au contraire ,
n'est pas entraînée vers l'objet tel qu'il est en lui-même ; elle le connoit
(I) Une observation qoe noos avons faite plus haut sur la pbitosopliic du langage et sur
Tatlenlion spéciale dont elle est robjet de la part de notre auteur, se Justifie en cet endroit
d'une jnaiilère bien é>idcnte. Le sens étymologique du mot, passion, sert en quelque sorte
de base i sa thèse. Ce mot, comme on le voit, est d* origine grecque; et son sens primitir
est remarquable sous plusieurs rapports , quand on rapplique à Tétat de Thumanité déchue.
Ce n*est pas sans réclamation , toutefois , que les Latins font adopté dans leur langue. Voici
comment s'exprime Gicéron : « Ce que les Grecs appellent passions ou maladies , nous sem*
bleroit plutôt devoir être nommé perturbations de Tame ; d*autres n*y voient que de simples
alTecUous. » Tu$cul.^ IV. Quintilien en parle à peu près dans les mêmes termes. Instit.^ VI, S.
L*usnge a prévalu contre les opinions des philosophes et des rhéteurs. Il y a, dans les mots,
une puissance qui lient è Tessence même des idées , et , par conséquent , aux lois consiito-
Itves de la r>iison humaine.
Sed contra est , qaod Augustinas didt in
IX. De Civ. Dei (cap. 4), quod « motus animi
qnos Gisci ^ràrn , noslri aulem , sicut Cicero,
pertwbalioTies; quiJain affectiones vel affec-
tus, quidam vero (sicut in Grxcohabetur ex-
pressiua) passiones vocanl. » Ex que patet
quod passioues anim^ sunt iJe.ii quod alTec-
liones. Sed afTectiones manifesté pertinent ad
partem appetilivam et non ad apprehensivam.
Ergo et passioDes magis suut iu appetiliva quam
in apprebensiva.
(CoNCLUsio. — Cum bomo magis per vim
appetiliva m , quam per apprehensivam , ad res
ipsag trahatur, paâSiones quoque magis ia up-
petitiva quam in apprehensiva reperiri necesse
est.)
Respondeo diceudum , quùJ sicut jam dictum
est (art. 1)^ nomine passionis importatar, qood
patiens trahatur ad id quod est agentis. Magis
autem trahitur anima ad rem per vim appeti-
tivam , quam per vim apprchcobivam. Nam per
vim appetitivam anima habel ordinem ad ipsas
res, prout in seipsis sunt : unde Philosophas
dicit in VI. Melaph, (lext. 8)^ quod ce bonum
et malum, quœ sunt objecta appetitiva
potentiœ,swi in ipsis rébus. » Vis aotem ap-
prehensiva non trahitur ad rem secundum qood
in seipsa est ; sed cognoscit eam secundum in*
558 l^ Il« KàRTIB^ QITBSnOir XZII, AATIGIR 2.
d'après la. ferme inteationnelle qifeBer a de cet objet , ou Men elle le
récent par un numimnent conforme i sa propre natare : ce qui fait dire
au même aoleiir que < le Trai et le fànz , objets de la connoîssance^ na
sont pas dans les choses eBe^-mëmes mais dans notre esprit.» II suit éi^
demmoit de là que la passio» se trouve plutOt dans la partie appétîtiTe
qoe dans la partie appréheusi^e de l'ame.
le réponds anr arguments : i^L^nteusité se rapporte surtout^ et d^ine
manière réciproque , aux choses placées entre une perfection et le déiaut
opposé ; car dans les choses qui conduisent à la perfection ^ Tinteiisité 98
mesure selon le degré de rapprochement où une chose se trouve par rap-
port à un premier principe; plus eRe s'en rapproche^ plus elle a d'in-
tensité : ainsi Tintensité de la himière se mesure d'après le degré de
rapprochement où cette hmnère est par rapport i un corps souveraine-
m&al lumineux; plus die s'en rapproche > plus elle a d'intensité. Quand
il s'agit au contraire des choses relatives à un défaut^ ce n'est pas par le
rapprochement, mais bien par l'éloignement d'un point extrême et par-
fait dans son genre^ qu'on doit mesurer l'intensité , car tel est Tordre,
qui s^établit dans tout ce qui est privation ou défaut; aussi plus une
diose se rapproche ici de la première de son espèce^ moins elle a d'iaten.-
sité. Voilà pourquoi un défaut ,. toujours foible au commencement^ s'a-
grandit et se multiplie dans la suite. Or^ la passion est dans l'ordre des
choses défectueuses; car elle ne convient à un être qu'autant qu'il est en
puissance. VoUà pourquoi , dans les choses qui se raiq[)rocheat de la su-
prême perfection , c'est-à-dire^ de Dîeu^ il se trouve peu de potentialité et
de passion ^ tandis que l'on en trouve davantage à mesure que l'on s'en
éloigne : c'est ainsi que dans la première vertu de l'ame^ la vertu appré-
hensive^ la passion se trouve au plus foible degré.
2* On dit que la puissance appétitiye renferme plus d'activité, parce
qu'elle est surtout le principe de l'action extérieure. Et précisément elle
tentioneoi rei qoam in se habet^ vel redpit se-
ciindum propriam motam : nnde et ibidem di-
citor , quod « veram et fàlsam {quœ ad cogni-
tionem pertinent ) non sont in rébus , sed in
menle. » Undepatet qnod ratio passionis magis
invenitor in parte appetitiva , qoam in parte
apprehensiva.
Ad prioram efgo dieendniDi qnod intensb
è converso se tuàet in bis qus pertment ad
perfectionem , et in bis que pertinent ad de-
fectnm ; nam in bis qn» ad perfectionem pe^
tinest, attendUnr intensio per accessum ad
nnum primum principiam ; coi qnanto est ali-
qnid {mpinqnins, tanto est magls intensum :
sieiit inteosio laddi attenditur per accessnm ad
aliqoid sommé ineidum, coi qnanto aUqnid
nasis apimpinquat , tanto est magis hicidnm.
''sqo» ad defectom pertinent, atten-
ditur intensio non per aoeessom ad aliqtod
summum , sed per reoessnm à perfecto ; qoia in
boc ratio priTationis et defectus consistif ; et
ideo qnanto minus recedit à primo , tanto est
mîDus intensum. Et propter hoc in principîo
semper invenltur parvns defectus , qui posîea
procedendo magis multiplicatnr. Passk) antem
ad defectuffl pertinet, qnia est aliciyus secoor
dum quod est in potentia. Unde in fais, qua
appropinqnant primo perfecto, sdlicet Deo,
in?enitur parum de ntione potentis et passio-
uis, in aUis autem consequenter plus; et sic
etiam in priori vi anims , scilicet appreheosivay
invenitur minus de ratione pasûonis.
Ad secundum dicendum, quod vis appetitiva
dicitur esse magis activa , quia est magis pria*
cipium exterioris actus. Et hoc habet ex hoc
ipso, ex quo habet quod sit magis passiva.
nu SOIBT DBS PASSIONS DB l'aJIE.
88»
n'&cela que parce cpi'elle est plus passive^ c'esi4-dire , psuree qu'elle est.
entraînée vers Tobjet teiqu'il est en lui-mAme; car c'est par Taction esté--
xienre que nous nous mettons en possession des objets extérieurs.
dR Comme nous Tavcms dit dans la piemiàre partie j quest 78^ art» 3^,
Torgane de Tame peut être modifié de deux manières : il peut d'abords
subir une modification spirituelle , en tant qu'il reçoit la forme intea^
tionnelle de rdtâ^t; et cela existe de soi dans la peroeplion on an^tébai-
sicm de la puissance sensitîiFB : ainsi l'csil est modifié par l'objet sensiblej
non qu'il soit ooloré par cet objets mais parce qu'il re^t la fûvmer
intentionnelle de la couleur. L'organe peut en second, lien subir une mo-
dification naturelle; œ qui veut dire que la dispositionj natareUe de cet»
organe peut être modifiée ; ainsi quand il est écbauffié eu rdroiH, ou
quand il subit d'antres changements semblables. Cette modification nfaf-^
fede que par accident la perception de la puissance seasitife,. comme,
par exemj^e^ quand Toeil est fatigué par une forte attention, oa blessa,
par l'éclat trop ^if de l'objet visible; cette transfoimatiea œ rapporte par
elle-même i l'acte de l'appétit sensitif : de là vient que dansla définition
des mouvements de la partie appétitive on fait entrer comme élimenft^
nne certaine modificatica naturelle de l'eigane; ainsi Von dira q|ie la^
colère est l'inflammation dn sang autoor du cour. H résulte dairemenft
de là que l'idée de passion se rencontre plutAt dans l'acte sensitif de la.
puissance appétitive que dans son acte ai^véhensif, bien qne l'un et l'antre,
soient l'acte d'un organe coiporcL
ARTICLE m.
QppMwAaM?
n parolt que la passion n'est pas plus dans l'appétit sensitif que dans
Tappétit intellectif. 1» Saint Denis dit^ De dio. Nom., D : a Hi^thée a
sdlicet ex hoc qaod haM ordinem ad rem ,
prout est in seipsa ; per actionem enim exte-
riorem venimas ad conseqaendas res.
Ad tertiam dicendam, qaod sicnt in primo
dictmn est (qa. 78, art. 8), dnplidter organum
amms potest transmutari. Uno modo^ trana-
mntatioue aptritaafi, secanduiii qnod redpit
intentionem rei ; et hoc per se invenitur in
actn apprehensivae tirtotis senaitive ; aient
oculns imnnitatur à tisibili , non ita qaod colo-
retor, sed ita qaod recipiat intentionem coloris.
Est autem et alia nataralis transnnitatio organi^
proot orgamm transmntatnr qnantom ad soam
natnralem dispositionem : potft quod calefit
aot infrigidator» vel alio modo simili transmu-
tatar. Et liujasmodi transmntatio per aocidens
16 habet ad actam appcebeosinB Tirtotisaeosi-
tiv» : pntà cmn ocahB fetigator ex forti in-
taita , vel dissolvitar ex Yehementîa visibilis ;
sed ad actam appetitos sensitiTi per se ordi-
natar h^jasmodl transmutatio : ande in diffi-
nitione motaam appetitivs partis materialiter
ponitnr aliqna naluralis transmutatio organi;
sicnt dicitnr^ qaod « ira est accensio sanguiois
circa cor. v Onde patet qnod ratio passionis
magis invenitor in actu sensitiTS Tirtotis ap-
petitiy», qoam in acta sensitivs virtatis appre-
bensifB , licet atraqae sit ados oigani oorpo-
ralis.
ARTlCULUSm.
ViHtm poiêh tU nutgii in appetitm «eiuttfM»
quàm intêUecUvo, qui diciiur volumtaê.
Ad tertiam sic proceditnr. Videtnr quod pasna
non magis sit in ajouta aeoaiUvo qiwm in
560 I"" II" PARTIE^ QUESTION XKïl, ARTICLE 3.
été instruit par une particulière inspiration de Dieu , en sorte qae non-
seulement il apprenoit^ mais encore recevoit en lui les choses divines. »
Or^ cet état passif par rapport aux choses divines ne peut pas affecter
Tappétit sensitif qui n'a pour ohjet que le bien sensible. Donc la passiem
peut exister dans Tappétit intellectif aussi bien que dans l'appétit sen-
2* Plus ragent est puissant^ plus est grande l'impression qu'il produit
dans l'être passif. Or^ l'objet de l'appétit intellectif^ c'est-à-dire y le bien
universel 5 est plus puissant que l'objet de l'appétit sensitif^ puisque ee
n'est ici qu'un bien particulier. Donc l'idée de passion doit se trouver
encore plus dans l'appétit intellectif que dans l'appétit sensitif.
3* La joie et l'amour sont regardés comme deux sortes de passions. Or,
ces deux choses ne se renferment pas dans l'appétit sensitif et s'étendent |
à l'appétit intellectif; car autrement elles ne seroient pas attribuées
dans l'Ecriture à Dieu et aux anges. Donc les passions ne se trouvent
pas plus dans l'appétit sensitif que dans l'appétit intellectif.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Saint Jean Damascène, De Fid.
ort, 11^ 22^ faisant l'énumération des passions de l'ame^ s'exprime
ainsi : o La passion est un mouvement de l'appétit se produisant dans la
puissance sensitive sous l'impression du bien ou du mal. » H dit encore
en d'autres termes : « La passion est un mouvement irréflédii de l'ame^
mouvement excité par l'impression du bien ou du mal. >
( Conclusion. — Comme l'appétit intellectif n'exige aucune modifica-
tion corporelle^ c'est plutôt dans l'appétit sensitif que dans l'appétit in-
tellectif, que l'on trouve la passion proprement dite. )
La passion se trouve , comme nous l'avons dit , là où existe la modifia
cation corporelle ; et cette modification accompagne les actes de l'appétit
appelitu intellectivo. Dicit enim Dionysius cap.
II. De div. Nom,, quod « Hierotbeus ex qua-
dam est dodus diviniore inspira tione, non so-
lum discensy sed etiam patiens divina (I). ?. Sed
passio divinorum non potest perlinere ad appe-
titiim sensitivum , cujus objectum est boaum
sensibile. Ergo passio est in appetitu intellectivo,
sicut et in sensitivo.
2. Prslerea, « quanto activum est potentius,
tanto passio est fortior. » Sed objectum appe-
titus intellectivi , quod est bonum universalc ,
est potentius activum , quam objectum appCT
titus sensitivi, quod est parliculare bonum.
Ergo ratio passionis magis iuvenitur in appetitu
tur in appetitu intellectivo , et ooo solum ia
sensitivo ; alioquin non attribuerentur in Scrip-
turis Deo et angelis. Ergo passiones non magis
suntin appetitu sensitivo, quam in iatellectivo,
Sed contra est, quod dicit Damascenus u
lib. II. De fide orthod. (cap. 22), describcnâ
animales passiones : « Passio est motus appe-
titiv2D virtulis sensibilis , io imagioalioue boni
vel mail. » Et aliter : o Passio est motos ir-
rationalis auims per susceptiouem boni et
mali. a
(CoNCLUSio. — Cum nulla in appetitu in-
tellectivo requii-atur corporalis tiansuautatio,
magis proprlè in appetitu seusitivo quam in-
iutellcctivo , quam in appetitu sensitivo. ( tellectivo passionis ratio inveuitur. )
3. Prxterea, gaudium et amor passiones | Respondeo dicendum , quod sicut jam dictuxa
qmcdam esse dicuntur (2). Sad b&c invemun- 1 est, passio propriè invenitur nbi est transiou*
(1) Vel eleganti allusione grœca, ou |Amv itaOwv, àXkct irotôwv, qtti non êolitm didiciê,
-nssui est.
^t de amore, qu. S7 , ac de gaudioj qu. 81 , sub nomine delcctationis otlendetur.
BU SUJET DKS PASSIONS DE l'AITE.
SOI
sensitif ; elle est là non-seulement d'une manière spirituelle ou inten-
tionnelle, comme dans la perception sensitive, mais elle affecte encore
rétat naturel de l'organe (1). Or^ dans l'acte de l'appétit intellectif il n'est
pas nécessaire d'admettre une modification corporelle ^ puisque cet ap-
pétit n'est la vertu d'aucun organe : d'où il suit évidemment que l'idé»
cie passion se trouve plutôt et d'une manière plus directe dans l'acte de
l'appétit sensitif que dans celui de l'appétit intellectif. Cela résulte éga-
lement des définitions citées plus haut de saint Jean Damascène.
Je réponds aux arguments : 4« Cet état passif par rapport aux choses
divines doit être entendu ici de l'attention et de Vamour qui unissent
xme ame à Dieu; et cela existe sans aucune modification corporelle.
3" La grandeur de la passion ou de l'impression reçue , ne dépend pas
seulement de la puissance de l'agent , mais elle dépend encore du degré
de passivité de l'être passif; car un foible agent exerce une grande in-
fluence sur un être extrêmement passif. Aussi, bien que l'objet de l'ap-
pétit intellectif soit doué d'une activité plus forte que l'objet de l'appétit
sensitif^ il reste toujours que celui-ci est plus passif, ou plus apte à re-
^voir la passion.
3<» Quand l'amour et la joie , ou d'autres affections du même genre ,
sont attribués à Dieu, aux anges, ou même aux hommes quant à leur
appétit intellectif, ces mots expriment un acte simple de la volonté, et
Ti*ont avec la passion qu'une simple analogie. C'est ce qui fait dire à
saint Augustin , De Civit. Bei^ IX , 5 : a Les saints anges punissent les
coupables sans colère, secourent les malheureux sans éprouver ce qu'il
7 a de pénible dans le sentiment de la compassion; et cependant dans le
(1) Pris dans on sens rigoureux , le mot passion implique une modîBcation ou altération
dans la partie matérielle de notre être. L*^me, comme on l*a iru, n*éprouve les passions que
tatio corporalis, quae quidam invenitur in ac-
tibns appetitus sensUivi; et non solum spiri-
•iaalis, sicut est in apprehensione sensitiva , sed
etiam naturalis. In aciu autem appetUas ioteU
lectivi non reqoiritar aliqaa traosmutatio cor-
poralis; quia hujosmodi appetitus non est virtus
aiicujos organi: uade patet quod ratio passionis
liagispropriè invenitur in actu appetitus sen-
itivi, quam intellectivi; ut etiam patet per
iifOnitiones Damasceni inductas.
Ad primom ergo dicendum , quod pasaio di-
fùiorum ibi dicitur afTeclio ad divina et coo-
Junctio ad ipsa per aniorem ; quod tameii lit
sine transmutatioue corporali.
Ad secundum diœudum , qu6d magniludo
passionis non solum depemlet ex virtuie agen-
tis, sed etiam ex passibiiitate palientis; qnia
qns sunt bcne passibilia, muttuin patiuntor
etiiun à parvis activis. Licet ergo objectum ap-
petitus ioteliectivi sit magis activum, quaiii
objectum appetitus sensitivi , tamen appetitus
seiisilivus est magis passivus.
Ad tertium diceudum^ qu6d amor et gaudium
et alla bujusmodi , cnm attribuuntur Dco vel
angelis, aut hominibus secundum appetitum
inteliectivum y significant simplicem actnm vo-
luutalis cum similitudine elfectus absque pas-
sione. Uade dicit Auguslinus IX. De Civ. Ûei
(cjp. 5) (1) : « Sancti Angeli' et sine ira pu-
niunt et sine miseriœ compassione subveniunt ;
(1) Sive sic : Saneii angeii dtm cl «t'ne ira pwniani quM aeeiffiunt €Hêrnd thi Uge jm»
nitudoss t( mtfferif «tfie mêieriw eomp<uiio%9 mbveniani, et perielitantibtu iii ^mot dUi'
gunts iine timoré opitulentur, iamen ittarum nomina pateiouiàm^etc, Tum deinde subjungit s
Sieut et ipte Deue eecundûm Scripturas irateilur, née tamen ulld pauione turbalur. Uoe
enim eerbum vindictœ uturpavil effeelut, non Hliua (urbulenlut affeclui, £t similiter de
gaudio ae de cateris passionibus pro singularum conditione dici potest.
IT«
30
662 !*• Il* PABTIE5 omesnoN txm, article i.
langage commun des hommes on attribne ces sortes de passions irtix
•Dges^ i cause d'une certaine ressemblance dans les effets, mais sans
qne Ton prétende leur attribuer aucune des inJSnnités que nous
sentons, s
QUESTION XXIII.
ITous avons maintenant à considérer la différence qui existe entre Jes
passions. Sur cela , quatre questions se présentent : 1* Les passions qni
sont dans l'appétit concupisciUe sont - elles différentes de celles qui sont
dans l'appétit irascible? S» Les contraires que les passions de l'irascible
ont pour objets sont -ils basés sur l'opposition du bien et du malî
3^ Y a- t*il aucune passion qui n'ait pas de contraire? 4<> Y a*t-il dans la
même puissance des passions qui diffèrent d'espèce sans être réciproque-
ment opposées?
ARTiaE L
Les passions qui sont dans Vappétit concupiscibU sont^lUs différente»
de celles qui sont dans ^appétit irascible?
n paroit que ce sont les mêmes passions qui résident dans l'irascible et
fe concupiscible. 1** D'après le Philosophe , tontes les passions de Famé
far acddent, e*eBlri-dire, A roec«loB 4b ooipt avee leqMl elle ert imie. iSonme me clwae
natérielle ne peat pas agir directement sur an élre ipiritael, d*aprèi ce qne sêint TheoBas a
lui-même établi dans la première partie de la Sommes les objets extérieurs ne portent à Tame 1
intellectiYe qne tour forme intentloiiDeUe. C'est rexpression que nous avons cm deroir em-
ployer, soit dans cet article, soit dans Tartide précédent, pour rendre, d*one manière géné-
rale , la première relation qui se produit entre Tobjet extérieur, considéré comme agent , et
la partie intellective de Tame, considérée comme être passif. Nous B*avons pas tronvé,
notre langue , un mot qui rendit mieux la pensée de Tauteur.
«t tamen istamm Domina passioninn coosne- 1 pantar, propter ^ifiadam opennn simiStQfi-
locntioiiis hnmaDiB etiam in eos nsor- 1 oem , non propter afTectionom infirmitahm. »
QnjBBTIO XXIIL
Dû difrmUû pÊitiotmm éb imieem, in fitahaar arUeuhê di9i$a»
Beînde considerandnm est de pasaiomnn dif-
ferentia ad invicem.
Et ciica boc qasmntQr goatoor : !• Utrftm
paasiones qus sont in concupiscibîli, sint di-
iRBfND ab his qa» saut io irascibili. 9* Utrùm
contrarietatea paaàonnm traflcibilis sint aecnn-
dumeontrarietatem boni et malL 8« Utrùm sit
sint aliqos pasàones différentes spedt in
eadem potentia, non Gontrarie ad iiTîoem.'
ARTICULUS l.
Oirkm pasUontê fum êumi in eonempÊuBSii,
Ad primnm sic prooe^tor (1). Videtor qaèà
^tî
~^sio non babens contrarium. 4» Utrùm I passiones e«dem aiat in irascibili el in
Is etiam qu. M, de vcrlu, art. i.
ra LA. BIFR&RBNGS DSS FASSIONS ENTRS SLLE5. SB3
sont accompagnées de joie ou de tnstesse. Qr^ la joîe el la tristesse
résident dans le concnpiscible* Par conséquent ^ tontes les passions
y résident aussi; il ne faut donc pas admettre que les passions se
trouvent^ les unes dans Tirascible^ et les autres dans le concnpiscible.
2^ Sur ces paroles de l'Evangile j Matth^ XIII : c Le royaume du del
est semblable à du levain... etc.^ i> saint JérAme s'exprime ainsi : c Dans
notre raison gardons la prudence^ dans Tirascible la haine des viees^ dans
le concupisdble le désir des v^us. s Mais la haine est dans le ooncupis-
dble^ aussi bien que Tamour^ son contraire^ comme le dit le Philosophe*
Donc la même passicm est dans Tirascible et le concuiÂsdble.
3** Les passions et les actes se spécifient d'après leurs objets. Mais les
passions de Tirascible et du concnpiscible ont toutes les mêmes objets , à
savoir^ le bien et le mal. Donc ce sont les mAmes passions qui résidait
dans l'irascible et le concupisdble.
Hais c'est le contraire qu'il faut dire. Les actes de diverses puissances
diffèrent d'espèce; ainsij par exemple, voir et entendre. Or, l'irascible et
le concnpiscible sont deux puissances qui divisent l'appétit sensitif ^
comme nous l'avons dit dans la première partie, quest. 81, art. 2 <1). Les
passions étant donc des monvements de ra(iq[)étit sensitif > d'après ce que
nous venons de dire dans la question précédcsite, celles qui sont dans
l'irascible doivent nécessairement différer d'espèce de celles qui sont dans
le concupisdble.
(CoNausioN. — Comme l'appétit irascible et l'appâit coneupisdlde
(1) Peut-être ii*efMI fn Inutile de résumer lei , afte les expreisioiM mlBiee de reuteur,
le raisonnement par lequel il établit, dans Tarticle indiqué, que Pappétit sonsitif se divise
en appétit concupiscible et en appétit irascible , et que ceux-ci forment deux puissances dif-
férentes. « n faut nécessairement que dans la partie sensitâfe de rame se treufent deux puis-
sances appétitiYCS : Pune, par laquelle rhossme est simplsnent ineUné à poursuivre ce qui
lui convient selon le sens et à ftiir ce qui lui nuit, c'est la puissauee appelée eoneupiscible;
et Tautre , par laquelle nous repoussons les choses contraires , les choses qui nous font obstacle
dans cette poursuite du bien ou dans cette fuite du mal , c'est la puissanee irascible.
Or ces deux inclinations ne peuvent être ramenées à une mémo puissance. Il y s même
entre elles une sorte d'opposition, puisque rirascible ne craint pas d'aborder une chose diiBcile
pifldbilL Dicit enim Pbilosophiu in n. Bthie.»
quod passiones anims sunt, . qoas aeqoitor
gandiam et tristitia. Sed gaodium et tristitia
sunt in concupiscibili. Eigo omaes pasaiones
^ sont in coacupisdbili : non tstffi nat alÎA in
^ irascibili et alis in concopisdbili.
2. Prsterea» Matth., WL, saper illud :
« Simile est regnum coelonun fennenio , etc., »
dicit Glossa Hieronymi : « In latione possidea-
mus piudentiam , in iraacibiU odinm vitiomm ,
in ooncnpiscibili desiderium Tirtutnm. » Sed
odium est in concopiscibili, aient et amor, coi
contiariatnr, nt dicUnr in U, Ttfie» (cap. a).
Ergo eadem naaiio aat ia concuj^iiMâbiU et ina-
dlâie
B. Preterea, pasaiones et actos differant
specie secondom objecta. Sed passioanm ins-
cibilia et ooncnpîscibilia eadem objecta sont,
adlioet bonum et malttm, Brgo esdem pas-
siones sunt irascibilis et coacupificibilis.
Sed contra, dlTenarum poteniianim ados
sont specie diferai, sicoi lideiu et andire. Sed
irascibilâ et ooncupiscibilis sont du» potenti2&
dividentea appetilum aensitiTum, ut in primo
dicUutt est (qu. 81, art. 2). Ergo, cnm psssio-
nea aint motna appetitoa aensitivi, ut snpra
dietuneat (qu. ta, art. 2), paaaioiiSB qom sont
in iiasdbili, enmt aUm aecundum speciem û
pasaionibus qu» aunt in concapisdbiii,
(GoiKUiMO. — Sicttt iiaacihilia poientia et
86& V II* PA&nB, QUESTION XXm, ÀRTIGUS 1.
sont deux puissances différentes^ les passions qui résident dans le premier,
diflèrent par là même d'espèce de celles qui sont dans le second.)
Les passions qui sont dans Tirascible, et celles qui sont dans le concapî»-
cible , forment deux espèces différentes. Gomme des puissances diverses
entre elles ont des objets également divers^ ainsi que nous Tavons dît dans
la première partie^ quest. TJ, art 3^ il faut nécessairement que les passions
de deux puissances différentes se rapportent à différents objets : à plis
forte raison , par conséquent , les passions de ces diverses puissances
difiërent-elles d'espèce ; car il faut une plus grande différence dans les
objetSj pour spécifier les puissances^ que pour spécifier les passions ouïes
actes. De même que dans les cboses naturelles la diversité du genre
provient de la diversité de puissance dans la matière, et la diversité
d'espèce, de la diversité de forme dans la même matière : de même, dai»
les actes de Tame , ceax qui appartiennent à des puissances difiTérentes,
diffèrent entre eux , non-seulement d'espèce , mais encore de genre;
et quant aux actes ou aux passions qui regardent divers objets spéciaux ,
mais compris sous la notion commune d'un objet appartenant à une
seule puissance, on doit y voir les différentes espèces du .même genre.
Pour distinguer maintenant les passions qui sont dans l'irascible et celles
qui sont dans le concupiscible , il faut examiner l'objet de l'une et de
l'autre de ces deux puissances. Or, nous avons dit dans la première partie,
quest 81, art 1, que l'objet de la puissance concupiscible est le bien oa
le mal^ tels simplement que le sens les perçoit, c'est-à-dire le bien déle&*
table ou le mal douloureux. Mais comme l'ame rencontre inévitablement
des difficultés à vaincre^ des luttes à soutenir, soit pour acquérir ce bien,
et pénible I dont ridée leole, août ce rapport, serolt reponssée par rappétU co&cnptiribkL
Au fond cependant , c*est le bien i acquérir ou le mal i éviter qui est le principe et la fia
de la lutte entreprise. D*où il suit que la puiasance irascible est comme la défense et le
levard de la puissance concupiscible ; mais on comprend aussi qu^elle est une puissance
rente , puisque son objet formel est bien différent. »
polentia coocapiscibilis specie difTerunt, ita
omnes passiones ad irasdbilem atlinentes diffe-
ruBt specie à passionibus qus aunt in concapis-
idbili. )
Respondeo dicendam, qii6d passiones qnas
8UDt in irascibili et io concapiscibili , differuut
spede. CuiD enim diverse potentia babeant
diversa okijecta , ut in primo dictam est (qu. 77,
art. a), necesse est quod passioues diversamm
polestiarum ad diversa objecta referantnr :
nnde ujullo magis passiones diversanim poten-
tianiDi specie différant. Blijor eniin differentia
objecti lequiritur ad diversiScandara speciem
poientiaruni , quam ad diversiQcandam speciem
passionum vel actoum. Sicnt enim in natura-
" diverûlas generis cooseqattur diversita-
HentîA materia , diveisius aatem speciei
diversitatem fornue in eadem materia; ita ii
actibus anim», actus ad diversas polentias per-
tinentes, sunt non solnm specie, sed etiam gé-
nère diversi. Actus autem vel passiones respî-
cientes diversa 'objecta specialia oomprehensa
sttb uno communi objecto unius potenlts, dif--
ferunt sicnt spedes illins generis. Ad cosnos»
cendom ergo qux passiones sînt in irascibili,
et que m coocopiscibili, oportet assoinere ob-
jectam utriosque potentitt. Dictum est aate»
(in I, qn. SI, art. 1), quod objectum potentia
concupiscibilis est bonum vel malum seasibils
sinipliciter acceptam , qaod est dele<'tabile vel
dolorosuin. Sed quia necesse est quod interdnn
anima difQcoItatem vel pugnam patiatiir io adi-
piscendo aliqood bnjusmodi bonnm , vei fogiea-
do aliqood hvjiisiDOdi maluiB, in quantum bot
DE U. DIFFiltENGS DES PASSIONS SVTRE ELLES.
565
soit pour éviter ce mal , cette acquisition et cette fuite étant souvent des
choses difficiles à la puissance humaine, il arrive par là que ce même
hien et ce même mal deviennent, à raison d'une semblable difficulté,
Tobjet de l'appétit irascible. Par conséquent , toutes les passions qui
regardent d'une manière absolue le bien ou le mal^ appartiennent i
la puissance concupiscible ; ainsi la joie, la tristesse , l'amour, la haine,
et autres passions semblables. Mais les passions qui regardent le bien ou
le mal, sous le rapport de la difficulté qui se présente dans l'acquisition
de l'un et dans la fuite de l'autre, appartiennent à la puissance irascible;
ainsi l'audace , la crainte , i'eqpérance , et autres passions de même
nature.
Je réponds aux arguments : l^" Comme nous l'avons dit ailleurs , dans
les endroits que nous venons de citer , la force irascible a été donnée
aux animaux pour écarter les obstacles que la puissance concupiscible
rencontre dans la poursuite de son objet, à cause de la difficulté que pré-
sentent , soit l'acquisition du bien , soit la fuite du mal. Aussi toutes lea
passions de l'irascible se résolvent-elles dans les passions du concupis-
cible : et, d'après cela, les passions de l'irascible ont pour effet la joie et
la tristesse qui sont dans le concupiscible.
2» Saint Jérôme attribue la haine des vices à la puissance irascible, non
à cause de la haine proprement dite, puisqu'elle appartient à la puissance
concupiscible, mais bien à cause de la lutte à soutenir, et qui appartient
à l'irascible (1).
(i) n est i remaniuer qae saint Jérôme , dus le passage indiqué , prétend avoir tiré des
doctrines de certains platoniciens la distinction sar laquelle repose rapplication morale qn*iL
fait dn texte de saint Matthieu, a La raison, dit-il, a son siège dans le cerveau, la eoncupis-
eence dans le eœur, la colère dans le foie, n toujours d*apTés ces mêmes doctrines. Gela peut,
U est vrai, tenir au système de la pluralité des âmes, attribué à Platon par plusieurs auteurs et
par saint Thomas lui-même ; mais cette distinction , en y comprenant même les diverses fone-
lions des organes , ne s*aceorde pas moins avec les idées péripatéticiennes. Quoi qu*il en soit ,
une remarque bien plus importante, pour le fond même de la question, e*est qu*en distio-^
guant de la sorte les puissances de rame, saint Jéréme distingue par là même les passions,
•t ajoute ainsi le poidi de son autorité , avec celui de sa science, à la théorie de notre saint
auteur.
est qnodanimodo elevatum snpra fadlem potes-
tatem animalis; ideoipsum bonumyeXmalum,
lecnndum quod babet rationem ardui vel diffi-
cilis , est objectam irascibilis. Quscumque ergo
passiones respiciant absolate bonum vel ma-
ium, pertinent ad concupiscibilem , ut gau-
diutn , tristitia , amor et odium , et similia.
QnscumqQe vero pssiones respidunt bonum
Tel tnalum sub ntiooe ardui , prout est aliqoid
adipiscibile vel fagibile cum aliqua difHcultate,
pertinent ad irasdbilem, ut tudacia^ timor et
tpes et hiyusinodL
Ad primum ergo dicendum, quod sicnt in
prioio dicium est (qo. 81, art. S), ad hoc vii
irasdbîlis data est animalibus, ut tollantor
impedimenta quibus concupiscibilis in suuni
objectum teodere probibetur , vel propter diffi-
cttltatem boni adipiscendi^ vel propter difBcal-
tatem mali superandi. Et ideo passiones irasci-
bilis omnes terminaatur ad passiones concupig»
dbilis; et seGondom hoc etiam passiones qo»
sunt in inscibiii, oonseqaontur gaudiom et
tristitiam , qne sont in concupiscibilL
Ad secundom dicendum, qnôd odium vitio-
mm attribuit Hieroaymos irasdbili , non propter
rationem odii, qu« propriè competit coucupig-
dbili; sed propter impugnatioflem , qius per^
tiaet ad irascibilem.
566 1" II* PAionEy QOEsnon xsm, âbtiglb 2.
3o Le bien^ eD tant que délectable, meut ra^iétit concupiscible ; mâîi
si raoquisiti(m de ce bien présente quelqoe difficulté, sous ce rapport il a
q^lqoe chose qui répugne au concupiscible : et voilà pourquoi il a été
néce^re qu'il y eût une autre puissance pour Taincre cette difficulté,
ce qu'on peut également dire àa mal à fiilr : et cette puissance est
rirascible (1). Par conséquent , les passons de Tirascible et celles da
concupiscible aq^partiennent à des espèces différentes.
ARTICLE n.
Les passions de i'irasctbU sont^elles opposées entre elles diaprés Toppotâisa
qui règne entre le bien et le mal?
n parolt que les passons de Tirascible n'ont d'antre opposition que
celle qui règne entre le bien et le mal. i"» Les passions de l'irascible sont
en rapport avec celles du concupiscible , ainsi que nous venons de le dire
à l'article précédent. Or, les passions du concupiscible n'ont d'autre
genre d'opposition ou de contrariété, que celle qui règne entre le bien et
le mal ; ainsi , par exemple , l'amoiir et la baine , la joie et la tristesse.
Donc 11 en est de même des passions de l'irascible.
^ Les passions différent suivant leurs objets , comme les mouvemenis
suivant leurs termes. Or, il n'existe de mouvements contraires^ que parce
qu'il y a des termes opposés , suivant l'explication donnée par le Philo-
sophe, Physic, V, 48. Donc également il n'existe de contrariété dans les
passions, que parce qu'il y a des objets contraires. Hais l'objet de Tappétit
n'est autre que le bien ou le mal. Donc, dans aucune puissance appétitive,
il ne peut y avoir de contrariété entre les passions , que celle qui existe
entre le bien et le maL
(1) Dans la pensée de saint Thomas , la puissance irascible est donc un oon^lémest
salre de Télre hiunain , puisque cette puissance lui fournit les moyens de ▼aincre les
Adtertium dicendum, quôdbomun in quantum
est delectabile , movet concupiscibilem ; sed si
bonum habet quamdam difficaltatem ad adipis-
cenâmn , ex hoc ipso habet aliqnid repugnans
concupiacibili : et ideo necessarium fait esse
aliam potentiam , qoae in id tenderet, et ratio
est eadem de malis ; et hsc potentia est Irasci-
bilû. Unde ex consequeoti passiones concupis-
cibilis et irascibilis specia différant.
ARTKIH.US n.
UMm contrarietat pasrionum irasciMliâ Ht
êe€undum eontrarietatem bwA et mali.
Ad secundumsic proceditar (1). Videtor quod
contrarielas passionum irasdbilis non sit nisi
secundum contrarielatem boni et mali. Pas-
siones enim irascibilis ordkuntur ad
concupiscibilis, ut dictum est (art. i, ad I).
Sed passiones coneapiscibilis non contrarian-
tarnisî secondom eontrarietatem boni H maii,
sicut amor et odium, gaudium et trisiiiia. Ergo
nec passiones irascibilis.
3. Prcterea, passiones dilTerant secnndnm
objecta, sicut et motus secundum terminas. Sed
ooQtrarietas non est in motibus, ni8i.secandiim
eontrarietatem termiaoram, utpatetinV. Ph^,
(text. 48). Ergo neque in passionibus est coih
trarietas passionom., aisi secundum oontiaiie-
tatem objectorum. Objectum autem appetîtas
est bonum vel nmlttm. Ergo in nulla potentia
appetitiva potest esse contranetas passkioum,
nisi secundum eontrarietatem boni et malù
lïe his etiam infrè, qu. 40, art. 4, et qu. 45, art. 1, ad 9; et ni, Svnt.^ dist.
rt. 8; et. qu. S6| de verit., art. 4.
DK lA. DIFFiBENCX DES V18SK>1SS ERTBX SIXBf • 567
39 On nmaïqoB , dans toute passion de Tame , attrait ef répulsion (1)^
comme le dit Avicemie, De natwai., VI. Or, Taltrait ne peixt Tenir gne
de la pensée dn bien , tout comme la r^kion est causée par la vue du
mal ; car, suiyanl la perole d'Aristote , Etkic,, T, t, a le lÂen est ce qae
tous les êtres désirent, et le mal est ce que tous fuient. » Donc la contra-
riété , dans les passions de Vame , ne s'étabMt que pasr l'opposition qui
r^;ne entre le bien et le mal*
, Mais c'est le contraire qu^il &ut fire. La crainte et Paudace sont Ses
passionsc évidemment contraires; et cependant Ats ne diffèrent pas entre
elles comme le bien et le mal , puisque Ynae et Tautte ont quelque mal
pour objet. Donc toute contrariété entre les passions de Firaseible, ne re-
pose pas sur celle qui règne entre le bien et le mal«
(GoNGursiON. — DsoB les passions de Tirascible, il y a deux sortes de
ccmtrariété : celle des objets , et celle du rapprochement ou de l'éloigné-
ment par rapport au même terme ; tandis que dans les passions du con-
cupisdble, il n'existe de contrariété que celle des objets.)
La passion est un mouvement , comme nous Favons dit d'après le Phi-
losophe ; d'où il suit que la contrariété des passions doit être entendue de
la même manière que celle des mouvements ou des changements. Or, le
Philosophe distingue, dans les mouvements ou des changements, deux:
sortes de contrariété : l'une se produit selon le rapprochement ou Téloigne-
ment par rapport à mi même terme; et cette contrariété est, à proprement
parler, celle des Ghangemente, à savoir, de la génération d'abord, qui est
un changement conduisant à l'être ; pois de la corruption , changement
qui éloigne de Fêtre. La seconde espèce de contrariété est celle qui provient
qoi s'oppotent, dans le» conditions de h vie présente, irezercice de ses «utres facuUés e(
à la réaQsatiai de sod boaheor.
(1) Uantew dCé dit, rappradiemflBt et éloigneneBl, Aranniple d^Arislote. Mais non»
ravotts ainsi traduit, pour rendre sa pensée plus Intelligible au premier abord. Plus bas, dans
les citations d'ArIstote lui-même, nous emploierons les expressions propres, devenues plof
faciles à comprendre par le raisanaenienl de notre aotenr.
t. VaAaeA^omwmpmnommm attendibir
gecMiduiB accasBum et nceanm, ut Avicfliuia
diât in VI. ne mUwraiikm. Sed aecearas eu-
lator ex ratione boni, leceans antem ei ra-
tionemaU^qniaaciilaboaHHi est qnod emma
appetoBt» » ni dkiiiif ia L Sthie. (cap. i)»
« ita malam eai qnod omBia fagioat. » Ergo
CfiBtnuôeUs ift. pasiionibm anina noa fokest
eaie nisi ■ecandun ^oNtim et ineiiMii.
Sed coatra, tinor ctiudMia tant eaotnaiap
ntpatek in UL JMic. Sed tioior et aadacia
naa differuni aecundu» bomim et malum;
qaâa ntrum^ est leipecta aliqnoram ottlofam.
hiligy est BecuAdam contnrieiaftem 6oiit etlqas estmntatioadesse, etcomiptioms^ qu»
«la/a» l eit nmtatio ab esse. Alia antem ticundum con^
(CflvcxvBie. ~In {nisBioiitbiuîraacibilis re*
peritnr eontnrietas , tam seenndtim objecta»
qamaeeniidum aeceana» et feeessam ab eodem
teraino; ia pessionibaii antem concapiâdbflis
senradon objecta tanlom. )
Respoadeo dioeadum, qadd pasrio qoîidlim
nwtoft esfe, at dicitor io III. Pkysic. : onde
oporlet eontranetatem pasesonam accipere se-
caoiam contnrietalem motaum Tel mutatia-
nana. Est antem daplex eontnrietas in muta-
ttoaUniB ni metiboa , at dicitar in VI. P/^ys,
Uaa faideai mcundum aeceaum et reeessum
at eoétm termim ,- qam qaldem contrarieta»
est proprie mntationnm , id est geaerationis ,
568 I" II* PARTIE, QUESTION XXIII, ARTICLE 2.
des termes opposés, et celle-là est propre aux mouvements : ainsi Paction
de blanchir, qui implique un mouvement du noir au blanc, est opposée à
Faction de noircir, qui implique un mouvement contraire. Dans les
passions de rame, il existe donc deux sortes de contrariété : la contrariété
des objets, ou ceùe du bien et du mal ; et la contrariété de réloignement
et du rapprochement par rapport à un même terme. Mais dans les pas»
sions du concupiscible se trouve uniquement le premier genre de contra-
riété, la contrariété provenant des objets; tandis que ces deux genres de
contrariété existent dans les passions de l'irascible. Voici la raison de cela :
Tobjet du concupiscible , comme nous Tavons dit plus haut , c'est le bien
ou le mal sensibles considérés d'une manière absolue. Or, le bien, comme
tel, ne peut pas être un terme dont on s'éloigne ; il est nécessairement le
terme vers lequel on tend, puisqu'il n'est pas d'être qui repousse le bien
considéré comme bien , et que tous , au contraire , le désirent. Pareille^
ment, aucun être ne désire le mal considéré comme mal, tons, au
contraire, le fuient : aussi le mal ne sauroit-il, comme tel, être im terme
vers lequel on tend ; c'est toujours un terme dont on s'éloigne. Ainsi
donc, toute passion de l'appétit concupiscible , dans ses rapports avec le
bien, est une passion d'attrait, ainsi l'amour, le désir, la joie; et toute
passion, dans ses rapports avec le mal, est une répulsion, ainsi la haine^
réloignement, l'horreur, la tristesse. D'où il suit que dans les passions dn
concupiscible ne peut pas exister la contrariété du rapprochement et de
réloignement par rapport au même objet. Mais l'objet de l'irascible, c'est
le bien ou le mal sensibles, considérés, non d'une manière absolue, mais
sous le rapport de la difSculté qu'ils présentent , ainsi que nous l'avons
dit plus haut. Or, un bien ardu ou difficile présente un motif pour lequel on
doit le rechercher, puisqu'il est bien, et c'est là le propre de l'espérance j
il présente également un motif de le fuir, en tant qu'il est ardu ou diffi-
trarietatem terminorum, qus propriè est
contrarietas molunm : sicat dealbatio, quap. est
motus à nîgro in album , opponitur dénigra-
tiooi , qn» est motus ab albo in nigrum. Sic
igiturinpaasionibos animae duplex contrarietas
invenitur : una qnidem secundum contrarieta-
lem objectonim, scilicet boni et mali; alia
vero secundum accessum et recessum ab eodem
termino. In passionibus quidem ooncupisci-
biiis invenitur prima contrarietas tantnm , que
scilicet est secundum objecta ; in passionibus
autem irascibilis invenitur ulraque. Cujus ratio
est quia objectum concapisabilis , ut supra
dictnm est (arL 9), est bonam vel malitm
êeruibile abèolute. Bonum autcm in quantum
bonum, non potest esse terminus ut à quo,
scd splum ut ad quem; quia nihii refugit
bouum in quantum bonum , sed omnia appetunt
'^lililer nihil appétit malum in quan-
tnm hujusmodi , sed omnia fugiunt ipsmn ; et
propterhoc malum non babet rationem temûnL
ad quem , sed solum termini à quo. Sic igitor
omnis passio concuptscibilis respeau boni, est
ut in Ipsum , sicot amor, desiderium et gau-
dium. Omnis vero passio respecto mati , est
ut ab ipso , sicut odium , fuga , seu abomi-
natio et tristitia. Unde in passionibus concopis»
cibilis non potest esse contrarietas secandam
accessum et recessum ab eodem objecto. Sad
objectum irascibilis est sentibile bimum vei
malum, non qnidem absolutè, sed snb ralioiie^
difBcaltatis vel arduitatis, ut supra dictum
est (art. 1). Bonum autem arduum , sive diffi-
cile, babet rationem ut in ipsum tendatar,
in quantum est bonum , quod pertinet ad pas-
sionem spei ; et ut ab ipso recedatur, in qaan-^
tum est arduum et dinicile, quod pertinet «d
passionem desperationis. Simiiiler malum »•
DE LA DIFFÉBENCE DES FASSIONS ENTRE ELLES. 56^
tàle, et cela revient au désespoir. Pareillement^ un mal ardu présente un
motif de le fuir^ en tant qu'il est mal, et cela regarde la crainte; il
présente également un motif de le rechercher, comme on recherche ime
chose ardue (!) et par laquelle on échappe à Tesclavage du mal, et cela re-
vient à l'audace. On trouve donc , dans les passions de Tirascible , la
contrariété du bien et du mal , comme elle etiste entre l'espérance et la
crainte ; et Ton y trouve aussi la contrariété de Téloignement et du rap-
prochement par rapport au même terme , comme elle existe entre la
crainte et l'audace.
De ce que nous avons dit résulte clairement la réponse aux objections.
ARTICLE m.
Y »4-i7 quelque passitm de Vame qui tirait pas son contraire?
n paroit que toute passion de l'ame a son contraire, i"* Toute passion
réside dans l'irascible ou le concupiscible, comme nous venons de le dire
dans l'article précédent. Or, les passions de Tune et de l'autre de ces deux
puissances ont leur genre de contrariété. Donc toute passion de l'ame
a son contraire.
3« Toute passion de l'ame a pour objet le bien ou le mal, puisque la
partie appétitive ne sauroit au fond avoir d'autre objet. Or, à la passion
dont l'objet est le bien , doit nécessairement être opposée la passion dont
l'objet est le mal. Donc toute passion a son contraire.
3^ Toute passion peut être considérée , sous le rapport du rapprochement
et de l'éloignement, dans le sens que nous venons de dire. Mais tout rappro-
chement doit avoir un éloignement pour contraire, et réciproquement.
Donc toute passion de l'ame a son contraire.
(1) Ce trait ne sauroit passer inaperçu. Saint Thomas signale ici Tun des insliacls les plus
profonds et les plus glorieux de la nature humaine. Oui , cela est vrai : une difficulté à vaincre,
iroe lutte i soutenir, une victoire è remporter, bien plus , une noble défaite est un puissant
attrait pour le cœur de Thomme. Mab le coup d*œil du métaphysicien se Joint à celui de
daam bahet rationem nt Titetur in quantum
est malum , et boc perlinet ad passionem ti-
mons ; babet etiam rationem ut in ipsum ten-
dttur, sicut in qnoddam ardnnm, per quod
icUicet aliquid evadit subjectionem maii^ et
ne tendit in ipsum andacia. Invenitur ergo in
passionîbas irascibilis contrarictas secundum
contrarietatem botn et mnli , sicut inter spem
et timoré iTi; et itemm secnndum accessum et
receaanm ab eodem termine , sicut inter auda-
dam et timorem.
Et per hoc patet responsio ad objecta.
ARTICULUS m.
Vtrkm fit aliqua ptnaio animœ non habeng
conlrariunt.
Ad tertiiuD sic proceditor. Videtar quod
omnis passio aniros baheat aliqnod contrarium.
Omnis enim passio anime est in irascibili,
vel in coDcupiscibili , sicut supra dictum est
(art. 2). Sed ntrxque passiones habent contra-
rietatem sao modo. Ergo omnis passio anims
babet contrarium.
S. Prxterea, omnis passio anim» babet
bonum Tel malum pro objecto, quae snnt ob-
jecta nniversaliter appetilivx partis. Sed pas-
sioni cujus objectom est bonum, opponitur
passio cojns objectum est malum. Ergo omnis
passio babet contrarium.
8. Prcterea , omnis passio animx est secun-
dum accessum vel secundum recessum , ut dic-
tum est (art. S). Sed cuilibet accessui contra-
riatur rec^sus, et è converso. Ergo omnia
passio anima habet contrarium*
SIO ' l'* II* PARTIE, QmsnOS ZXUI, ABZICXE 3.
Maïs la colère est une paasion de Famé; el cependant il n'y a pas de
passion qui soit L'opposée de la colère , comme Arisftote le déinontre ,
Ethic, IV. Donc toute passion n'a pas son contraire.
(Conclusion. -*- La colère , parmi toutes les passioiis de Tanie , est
la seule qui n'ait pas de passiim contraire^ ni selon la contrariété des
otyets, ni selon la contrariété du rapprochement et de Téloignemenl par
rapport à un même terme.)
C'est une chose particulière à la colère , de ne pas avoir de passion
opposée^ ni selon la contrariété du rapprochement et de l'éloignemefnt par
rapport an même tenne^ ni sekm la contrariété dn Hem et du mal. La
colère^ en effets est causée par un mal qui est à la fois difficile et présent;
ou bien l'appétit est accablé sous le poids de ce mal^ et alors il n'éprouve
pas d'autre passion que la tristesse, qui est une passion da ooncopîscible ; ou
bien il reste assez de force à l'appétit pour attaquer le mal qui le blesse y
et cela revient à la colère. Il ne peut pas y avoir de mouvement pour la
fuite j c'est-à-dire , un mouvement pour éviter le mal qui menace, pvâsr
qu'on suppose ce mal ou présent ou passé (i); et, de la sorte, aucuna
passion ne peut être opposée à la colère , selon la contrariété du lapfiio-
cbement et de l'éloignement. U n'en est aucune non plus selon k contra-
riété du bien et du mal ; car au mal d^à présent est opposé le bîea Aé^
acquis, et qui, par consÀ^uent, n'offre plus aucune difficulté; et qnandle
bien est acquis, il ne reste plus aucune impression dans l'ame, si ce n'est
le repos dans le bien qu'on possède , c'est-à-dire , la joie, qui est encore
robsenrateur; selon son habitude, uint Tbonai danae iounMialMNnt ki laiwm de U
relise impulsion quMI Tient de signaler : en agissant de la sorte, souvent sans réOeikm,
UB MOf enwBt spontané de sa naliife , r homme rent échapper à resclavage du mal , il aspire
à la liberté véritable. Et si l*on considèie i|a6 le mal est le faux, os m socviMit ansailll dé
oette belle parole de PEcriture : « La vérité vous délivrera ! d
(1) Et le mal passé , quand il est fobjet de la colère , est encore présent à respriti U
an fond de Tame, selon la magniBque expression du poète latin : « Ma net aUa oeata
postom. » — d QBteroum servans sub pectore vulnus. »
Sed contfti : ita est quiiedam passio anims.
Sed nuila passio contraria ponitur irs , ut patet
in ÎV. EtMc. (1). Ergo non omnis passio ^et
contrariam.
(GoNCLUSio. — Sola ira inter omnes aniouB
ptssiones est , coi nulla est alla passio con-
traria j neque secuudum contrarietatem objec-
torum , neqne secundnm accessum et recessum
ab eodem tecmino. )
Respondeo dicenîdam, qa6d singulare est in
passione ire , quod non potest habere contra-
rium neque seeundum accessum et recessum,
neque seeundum contrarietatem boni et
mali. Causatnr enim ira ex malo difflciU jam
injacente; ad cujas pissenliam necesse est
quod aut appetltus succombât , et ûcnon exil
terminos trisiitis, qu» est passio concupisci-
bilis ; aut babeat motom ad invadendam malom
Ifisivum , quod pertinet ad iram. Motuoi aatem
ad fogiendum habere non pofesi; qoia jam
malam ponitur presens vel pra&teritna; et sic
motui ire non contrariatur aiiqua passio «citii-
dum contrarietatem accessus et recetsut.
Smiliter etiam necsecundum contrarietatem
boni et mali; quia malo jam i^jaoenti oppo-
nltur bonum jam a^eptum^ quod jam non p<K
test habere rationem ardui vel dilficilis; œc
post adepUonem boni remanet alius motos,
nisi quietatio appetitus in booo adepto, qus
pertinet ad gaudiom , quod est pauio ooboh
ti\ TAiii^iiur vel ex cap. 11, gr«co-lat., yel ex cap. 13 in antiquis, et apnd S. Thomaa
n ex cap. &| aient priùa indicabalor ad margiMsa, et bmx pM&i noiabilv.
BE lA DITFiftENGE DES FASSIONS ENTRE ELLES. 571
une passion du concupiscible. Donc le mouvement de la colère ne sauroît
avoir dans Tame aucun mouyement opposé (1) ; il n'a de contraire que la
cessation du mouvement; et c'est pour cela que le Philosophe dit,
Bhetùr., III : a S'apaiser est le contraire de se mettre en colère , » ce qui
n'établit pas une opposition de contrariété^ mais uniquement de négation
ou de privation.
De là résulte clairement la réponse aux objections.
ARTICaLE IV.
PeuM y avoir dans la même puissance des passions qui diffèrent ^espèce
sans être le contraire ¥une de Vautre?
n paroit qu'il ne peut pas y avoir^ dans la même puissance, des passions
qui diffèrent d'espèce , sans être le contraire l'une de Fautre. 1*» Les pas-
sions de l'ame diffèrent d'après leurs objets. Mais les objets des passions
de l'ame sont le bien et le mal , dont la différence fait la contrariété des
passions. Donc il ne sauroit y avoir, dans la même puissance, des passions
qui diffèrent d'espèce, sans être le contraire l'une de l'autre.
2» La différence d'espèce est une différence selon la forme. Or, a toute
différence selon la forme implique une certaine contrariété , » comme le
dit Aristote, Metaph., X, 22. Donc les passions de la même puissance,
quand elles ne sont pas contraires entre elles, ne diffèrent pas d'espèce.
3"" Ck)mme toute passion de l'ame consiste dans un rapprochement ou
un éloignement par rapport au bien ou au mal , il faut nécessairement
(i) Ceft donc improprement que la doiieenr esl appelée le contraire de la colère; elle ea
tu seulement la négation , tout comme elle est la négation on compression de tout mouve-
ment désordonné de famé. La douceur, du reste, n*est pas une passion; et cela résulte en-
core de la doctrine de saint Thomas , puisque d'après lui , comme d'après Aristote , tonlo
passion implique un mouvement, on, pour mieux dire , est un mouvement de Famé.
pisdbUis. Unde motus irs non potest habere
aUquem motom anime contrariom ; sed solom-
modo opponitnr ei cessatio k moto, sicnt Phi-
losophas dieit in sua BheU, quod « mitescere
opponitor ei qnod est irasci, i> quod non est op-
Qositom contrarié, sed négative vel privative.
Et per hoc patet lesponsio ad objecta.
ARTIGULUS IV.
UirkiH iint aUquœ passUmen différentes apetie
t» eadem potentia, non contraria ad tii-
Ad qoartum âc proceditar (1). Videtnr qnod
non possint in aliqua potentia esse passiones
specie différentes et non contratis ad invicem.
Passiones enim animas differunt secnndum ob*
jecta. Objecta autem passionum anime sunt
bonnm et malnm, secondam quorum diffe-
reotiam pasnones habent contrarietatem. Ergo
nolle passiones ejusdem potentix non habentes
contrarietatem ad invicem, differunt spede.
2. Preterea , differentia speciei est differen-
tia secnndnm formam (t). Sed « omnxs diffe-
rentia secundom formam est secundum aliquam
contrarietatem,» ut dicitnr in X. Metaph. Ergo
passiones ejusdem potentis, qo» non sunt
contrarie , non différant spede.
3. Preterea, cum omnis passio anime con-
sistât in accessu Tel recessa ad bonum Tel ad
maium, necesse videtor quod omnis differentia
(1) Be his etiam tafrà, qu* 25, art. 3 et art. i ; et in lib. U. Bikie,, leet. 5.
i (9) mne apud 6r«cos idem nomen $peei§m signiflcat et formam (ti^oc), ni Philosopbns
ipse usurpât , eèm de forma loquitnr, quia speciem coostituit , quamvis et ^o^fkt Tooel
0
572 I'* II* PARTIE^ QUESTION XXUI, ARTIGUS h.
que toute difTérence dans les passions de Tame repose sur la différence du
bien et du mal^ ou sur la différence du rapprochement et de réloigne-
ment^ ou même encore sur le degré plus ou moins considérable de ce
rapprochement ou de cet éloignement. Or^ les deux premières sortes
de différence emportent contrariété dans les passions de l'ame, ainsi que
nous venons de le dire ; et la troisième ne sauroit faire une différence
dans l'espèce, car autrement les passions de l'ame seroient d'une infinité
d'espèces. Donc les passions d'une même puissance ne peu vent pas, si elles
ne sont contraires entre elles, appartenir à des espèces différentes.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. L'amour et la joie diffèrent d'es-
pèce, et ces deux passions résident également dansleconcupiscible; elles
ne sont pas néanmoins contraires entre elles; bien plus, l'une est la cause
de l'autre. Donc il y a dans la même puissance des passions qui diffèrent
d'espèce, sans être réciproquement contraires.
( Conclusion. — 11 y a dans l'ame appétitive des passions qui différent
d'espèce et ne sont pas néanmoins contraires, ainsi l'amour et la joie. J
Les passions diffèrent entre elles comme les principes actifs qui sont
les objets des passions de l'ame. Or, la différence des principes actife
peut être considérée sous un double rapport : en premier lieu, sous le
rapport de l'espèce ou nature même de ces principes, comme le feu dif-
fère de l'eau; en second lieu, sous le rapport de leurs diverses vertus
actives. Mais la diversité de la vertu active ou motrice peut être consi-
dérée dans les passions de l'ame par une sorte d'analogie avec les agents
naturels. En effet, tout agent ou moteur entraine à soi ou repousse loin
de soi l'être passif correspondant. Par Tattraction il opère trois choses :
premièrement il donne à l'être passif une inclination ou aptitude qui
l'entrdne vers lui; ainsi quand un corps léger et qui se tient en haut,
communique sa légèreté au corps qu'il produit, légèreté qui donne à ce
dernier corps une inclination ou aptitude semblable. Secondement, si le
passionum aniros sit vel secundum diffèren-
tiam boni et maii , vel secundum diffei^en-
tiam accessus et t^ecessus, vel secundum
majorem vel minorem accessum et ttces'
sum, Sed prims das differentis iadacuot con-
trarietalem in passiouibus anims , ut dictum
est; tertia autem differentia non diversificat
speciem, quia sic essent inlinit® species pas-
gionum animae. Ergo non potest esse quod pas-
tionesejusdem potentis anime différant specie,
et non sint contrariœ.
Sed contra, amor et gaudium dilTerunt specie
et sunt in concupiscibili , nec tamen contra-
rianlur ad invicem , quin potius unum est causa
alteiius. Ergo sunt aliqu<c passiones ejusdem
potenlic, qu» diiferunt specie, nec sunt con-
trarias.
— Sunt aliqu» in parte ani-
in —— „.
m» appetitivsB passiones différentes specie»
non tamen contraria , ut amor et gaudium. )
Respondeo dicendum, quod passiones dif-
ferunt secundum activa, q\m sunt objecta
passionum anims. Differentia autem activoram
potest attendi dupUciter. Uno modo secundum
speciem vel naturam ipsomm activoram , sieut
ignis differt ab aqua. Alio modo, secundum
(Uversam virtntem activam. Diversitas autem
activi vel motivi, quantum ad virtutem movendi,
potest acdpi in passionibus anims secundum
similitudiiiem agentiam naturalium. Omne enim
movens trahit quodammodo ad se patieos, vd
à se repellit. Trahendo quidem ad se , tria facil
in ipso. Nam primo quidem dat ei incUnatio-
nem vel aptitudinem , ut in ipsum tendat ; sicol
cum corpus levé, quod est sursum, dat levita»
tem corpori generato, per quam habet iadiBa*
DE LÀ BIFFÉRENGE DES PASSIONS ENTRE ELLES. 573
corps produit se trouve en dehors du lieu qui lui convient, il lui imprime
le mouvement vers ce lieu. Troisièmement enfin y il lui donne la pro-
priété de s'arrêter dans ce lieu quand une fois il y est parvenu; car la
cause qui fait mouvoir un corps vers un lieu est également celle qui le
fait s'y reposer. Tout cela doit être aussi entendu d'une cause répulsive.
Or, dans les mouvements de la partie appétitive de l'ame, le bien est
comme une force attractive, et le mal comme une force répulsive. Aussi
le bien commence-t-il par produire dans la puissance appétitive une in-
clination, une certaine aptitude, une sorte de convenance naturelle avec
le bien lui-même; et cda appartient à l'amour, dont la haine forme,
pour ainsi dire, le pendant, du côté du mal. Puis, si le bien n'est pas
encore possédé , il donne à la puissance qu'il meut l'impulsion vers ce
bien, objet déjà de son amour; et c'est ici le propre du désir ou de la con-
cupiscence, passion à laquelle répond, du côté du mal, la fuite ou l'a-
version. Enfin quand le bien est acquis , il donne à la puissance appéti-
tive un certain repos dans cette possession ; et c'est ce qui a lieu par la
délectation ou la joie, à laquelle répond, du côté du mal , la douleur ou
la tristesse. Dans les passions de l'irascible , l'aptitude ou l'inclination,
soit à poursuivre le bien, soit à fuir le mal, est supposée de la part du
concupiscible , lequel se propose le bien considéré d'une manière absolue;
à l'égard du bien qui n'est pas encore acquis, il y a dans l'irascible l'es-
pérance ou le désespoir ; à l'égard du mal qui n'est pas encore arrivé , la
crainte ou l'audace ; à l'égard du bien acquis , il n'existe dans l'irascible
aucune passion, puisqu'il ne sauroit plus y avoir là l'idée d'une difficulté
à vaincre ; enfin, à l'égard du mal déjà présent ou passé , c'est la passion
^e la haine. Il résulte clairement de là que, dans la puissance concupis-
dble, 11 existe trois sortes de passions opposées deux à deux, l'amour et
la haine, le désir et l'aversion, la joie et la tristesse. Il en existe pareil-
iionem vel apiitndioein ad hoc quod nt sarsam.
Secundo , si corpus generatum est extra locnm
propriam , dat ei moverî ad locum. Tertio ,
dat ei quiescere in loco , cum pervenerit ; quia
'ex eadem causa aliquid quiescit in ioco, per
iquam moTebator ad locnm. Et similiter intelli-
■gendnm est de causa repulsionis. In motibus
antem appetitivae partis, bonum habet quasi
Tirtutem attractivam, malum autem virtotem
jepulsivam. Bonum ergo primo in pokentia
appelitiva causât quamdam inclinationem, seu
aptitudinem , seu connaturalitatem td bonum;
^od pertinet ad passionem amoris, cni per
contrariom respondet odium, ex parte mali.
Secundo , si bonum sit nondum bÀiUim , dat
ei motum ad assequendom bonum anuitum ; et
boc pertinet ad passionem desiderii vel concu-
piscentis ; et ex opposito , ex parte mali est
'fttga vel abominatio. Tertio , cum adeptum fue-
rit bonum, dat appetilui quietationem quam-
dam in ipso bono adeplo ; et hoc pertinet ad
delectationem vel gandium, cui opponitur ex
parte mali dolor vel tristitia. In passionibus
autem irascibilis prxsupponitar quidem apti-
tudo vel inclinatio ad proseqoendum bonum ,
vel fugiendnm malum ex concupiscibili, qua
absolutè respicit bonum vel malum ; et respecta
boni nondum adepti est spes et desperatioi
respecta autem mali nondum iojacentis est
timor et audacia ; respectu autem boni adepti
non est aliqua paasio in irascibili » quia jam non
habet rationem ardui, ut suprk dictum est
(art. 3). Sed ex mak) jam injacenti sequitur
passio ir». Sic igitur patet , quod in concupis-
cibili sunt très coqjugaliones passionum , sci-
licet amor et odium , desiderium et fuga , giu-
dium et tristitia. Similiter in irascibili suni
très, scilicet spes et desperatio » timor etaudi-
W4 i" !!• vasltîe, question îxiv, ârtigee V
lement trois dans la puissance ijascible^ Tespérance et le désespoir^ la
crainte et TaïKlace^ puis enfin la colère qtd va seule, n'ayant pas de
contraire (t). Il y a donc en tout onze passions qui diffèrent d'espèce ^ six
dans le concnpiscible et cinq dans Tirascible; à celles-là reviennent
Imites les passions de Tame.
De ce que nous venons de dire résulte clairement la réponse aox
okjections.
QUESTION XXIV.
'_*.
Bu bIML Ci d« mai eouAtereB dams les pMstoM
Nous avons ensuite à étudier le bien et le mal dans les passions de Ti
Sur cela quatre questions se présentent : l"" Le bien et le mal moral
peuvent-ils se trouver dans les passions de l'ame? ^ Toute passion de
Tame est-elle moralemait mauvaise? 3^ Toute passion a-t-elle pour effet
d'augmenter ou de dinûnuer la bonté ou la malice de Tacte) (* Y a-t-il
quelque passion qui soit bonne ou mauvaise de sa nature Y
ARTICLE!.
L0 bien et le mal moral peuvent-ils se trouver dam les passions de famé?
Il paroit qu'aucune passion de Tame n'est moralement bonne ni mau-
vaise, l*" Le bien et le mal moral appartiennent proprement à l'homme :
(1) Ce ii*e8t donc pas feulement par Toie d'opposition on de contrariété que les passîM»
te distinguent entre elles ; c^est aussi par leurs différents rapports avee le mouTement qu'elles
impliquent. On voit combien cette idée de mouvement , placée en tête de ce Traité des pas»
âionëi a été fécondée par le génie de saint Thomas. La classification qu'il établit, ei ptrtait
cia y ira, coi nnlla passio opponitor. Saut ergo
cornes passiones specie différentes undecim,
sex qiiidem in coocapiscibili, et quinque in
irascibiliy sob qoibns
continentor.
Et per hoc patet vesponsio ad objeela.
QDjESTIO XXIV.
Du 5ono al malo in amimm pauienilmê^ in ^uofttor artieulùt divim.
Deinde coniidenuidnffi est de bono et malo
dfca passiones anims.
Et circa hoe qusrantiir qnatnor : !• Utrùm
bonnm et malum moiAle possit in passionibus
aninuB inveniri. 2? Utrùm omois passio anims
ait mala'moraliter. 9^ Utrùm omnis passio addat
4* Utrùm aliqoa pasdo sit bons vel mala ex m
specie.
ARTICULUS I.
Vtrûm htnmm et mainm maraie pe$tii M
poMiionibuêanimœ éiUHmri,
Ad primnm sic proeeditur (1). Videtor qood
Tel diminuât ad bonitatem vel malitiam actns. nnlla passio anims sit bona vel mala monli-
(t) De bis etiam infri , qu. 59 , art. 1 , tum in corp., tum ad S; et S , i. qv. 36, arU 1 ,
ad 1 : et n, Sent,, dist. 36, art. S; et qu. 10, de malo, art. S , ad 1 ; et q^. ta, art. a , ad 1^
eorp«
DU BISN ET BV MAL GGRSIBiRÉS BAlfS LES PASSIONS.
im
m Les mœnts Inimaiiies y c'est le mot consacré et rigoureusement vni, «»
selim h remarqoe de saint Ambroise. Or, tes passions ne sont pas le
propre de Thomme, puisqu'elles appartiennent en même temps aux
«autees ammanx. Donc aucune passion de Tame n'est moralement bonne
ni «tanvaifle.
S* < Le lÂen et le mal de l'homme consistent à se tenir dans la raison
}oa i se jeler ai dehors^ » comme le dit saint Denis, De dtfin. Nom.j
IV. Or, les passions de l'ame ne sont pas dans la raison, mais bien dans
VêfipétiX sensitif , d'après ce que nous venons de dire. Donc elles n\)nt
anoon rapport avec le lâen ou le mal de l'homme, c'est-à-dire, aTec le
Jnen ou le mal moral.
3« Le Philosophe dit, EtUe., 0, 4 : « Ce n'est pas i cause de nos pas-
sons que nous méritons la louange ou le blâme. » Or la louange ou le
blftme nous sont dus à cause du bien et du mal moral. Donc les passions
I ne sont moralement ni bonnes ni mauvaises.
Mais saint Augustin dk, au contraire, en parlant des passions, De
Civit. Dei, XIV, 7 : a Elles sont mauvaises si notre amour est mauvaiSp
et bonnes s'il est bon (1). »
(Ck)NGLusioN. —En tant qu'elles sont soumises i la raison et à la vo-
ie «e principe , refét diisl le caractire et préeente la eomeiilé dhme dédnetioii rigoorease.
Cette analogie eUe-môme enlie tes monvemenis de famé , nommés passions , et le monrement
physique , n'a rien d'arbitraire ni de forcé. Elle a été préparée par une observation profonde
ior la nature de Tétre humain : rauteur a? oit déjà dit que la passion est accompagnée d'une
modification dans les organes corporels, modification qui correspond admirablement à Tétat
de rame. Cette obaenration n*a pas éehiippé an génie de Bosauet , dans son lugnifiqne traita
de la eonnoiuanee de Dieu et de top-wêrne. Ce n'est pas , du reste , le seul trait qui attestai
dans ce traité , une étude approfondie des cranes de saint Thomas d'Âquin.
(1) Ce passage de saint AugosiiD se tronve , quant i la pensée dn moins , dans le septiéian
chapitre du livre indiqué. Voici comment ce grand docteur y parle des principales passiont ,
tont en développant cette première pensée : a une volonté droite , c'est Tamour pur, et une
volonté perverse, ^ett l'amour impur. Or, ramoor qui désire aidemment la possession de
l'objet aimé , prend le nom de enpldilé; lorsqu'il possède cet objet et qn'il en JouH, fl prend
le nom de Joie ; quand fl se détourne de ce qui lui est contraire , c'est la crainte ; quand 11
ressent le malheur qu'il craignoit, c'est la tristesse. Foù il résulte évidemment que toutes ces
passions sont mauvaises , si Tamour dont elles émanent est mauvais, et bonnes s'il est bon. n
▲ la suite de cela , saint Augustin cite plusieuis passages de rScriture , où les diverses pas-
sions nous sont montrées comme pouvant s*appliquer an bien. U ne sauroit y avoir de doute
par rapport an mal , comme il est aisé de le voir par le seul énoncé de la thèse suivante.
1er. BoDum eDim et inalnai monte eskproprim
honnniB; « moras eum praprie dicontor ho-
nani, » nt AmbroiiQS diàt super Lucam (in
pro primo). Sed passioDes non sont propriè
hoaUiiim, aed mnietiam iliis ananalibas oom-
mmes» Ergo mUt pasab anime est bona, Tel
■ala moraliler.
a. Prsterea » « bonom vel mahui homiiiia
est aecondnm rationem eaM , vel prcter ratio-
aem esse, » «t DieDyainadicit cap. IV. De div.
Nom. Sed paaaioaefl anima non aunk in ra-
tioaa» aed ia appetito mm&^t at aapcA dio-
tam est. Ergo non pertinent ad bonam i^
malmn bominia , qnod est boonm morale
8. Pneterea , Philoaophna dicit fai n. Bihie.,
qood « paaaionibuB neqne laodaorar neqne fi-
to^eramor. n Sed aecandum bona et mala ni#-
ralia landamor et vitoperanmr. Eigo paaaionea
non aimt bonc vel mais moraliter.
Sed contra est , qnftd Augustians didt In
XIV. De Civ, Dei , de passionibas anima lo-
quena: « Mala sant ista, ai auto est amor;
bona, ai bonus.»
( Cowqwaio. — Paaakwa animii proat aa^
876 1" il* PARTIE, ÛUBSn05 TOT, ARTICLE 1.
lonté, les passions peuvent être appelées moralement bonnes ou mau-
vaises, mais non en tant qu'elles sont un simple mouvement de l'appétit
irraisonnable. )
Les passions de Tame peuvent être considérées sous un double aspect ;
en elles-mêmes d'abord ; puis , en tant qu'elles sont soumises à Tempire
de la raison et de la volonté. Si nous les considérons en elles-mêmes ,
c'est-A-dire, en tant qu'elles sont un simple mouvement de l'appétit
irraisonnable , nous ne saurions y trouver ni le bien ni le mal moral ,
puisqu'ils dépendent de la raison, comme nous l'avons dit plus baat.
Mais si nous les considérons en tant qu'elles sont soumises à l'empire de
la raison et de la volonté , nous y verrons le bien et le mal moral. Car
l'appétit sensitif est plus rapproché de la raison et de la volonté , que ne
le sont les membres de notre corps; et cependant les mouvements et les
actes que nous accomplissons par eux sont moralement bons ou mau-
vais, en tant qu'ils sont volontaires. Donc , à plus forte raison , les pas-
sions, en tant qu'elles dépendent de la volonté, peuvent-elles être re-
gardées comme moralement bonnes ou mauvaises; et les passions peuvent
être considérées comme volontaires , soit parce qu'elles sont excitées par
la volonté , soit part*^ qu'elles ne sont pas réprimées par elle.
Je réponds aux arguments : 1"* Certaines passions considérées en elles-
mêmes sont, il est vrai, communes aux hommes et aux animaux;
mais en tant qu'elles obéissent à la raison, elles sont le propre de
l'homme.
âo Les forces inférieures qui résident dans la partie appétitive de l'ame,
peuvent elles-mêmes être appelées rationnelles , à cause de l'influence
éloignée que la raison exerce sur elles, suivant la remarque du Philo-
sophe, £^At'c.,I.
S^" Dans la. pensée d'Aristote, nous ne méritons ni louange ni blâme i
cause de nos passions, prises dans un sens absolu; mais il n'entend pas
jacent imperio rationis et voluntatis , bons vel
mais moraliter dici possunt, non aatem ut
motos quidam sunt irrationalis appetitus.)
Respondeo diceodum, quôd passiones ani-
ma dupliciter possont considerari : uno modo^
secunduffl se ; alio modo , secundum quod sob-
lacent imperio rationis et Toluntatis. Si igitar
lecuidiim se considerentor, proot sdUcet sont
Dolos quidam irrationalis appetitus , sic non
•st in eis bonum vel malom morale , quod de-
|iendetà ittione, ut suprà dictum esL Si autem
considerentur secundum quod snbjacent imperio
rationis et voluntatis , sic est in eis bonum vcl
malum morale. Propinquior enim est appetitus
seusitiyus ipsi lationi et voluntati , quam
membre exieriora , quorum tamen motus et
acius sunt boni vel mali moraliter secundum
''ttt Totontarii. Unde multo magis et
ipss passiones secundum quod sunt voluntaria,
possunt dici bons vel malae moraliter. Dicontnr
autem voluntari® , vel ex eo quod à voluottte
imperantur , vel ex eo quod à voluntale ooa
probibentur.
Ad primum ergo dicendum , quod istc paft>
siones secundum se considerate sunt commaiies
bominibos et animalibos aliis ; sed secondom
quod à ratione imperantur , sunt proprûBluH
minibus.
Ad secundum dicendum, quôd ettam iili^
rîores vires appetitiv» dicontor ro/ionalsv,
secundum quod participant aliqualiter ratioiieB»
ut didtur in I. Bthic. (sub finem).
Ad tertium dicendum, qu6d Philosopimt
dicit, quod non laudamnr ant vituperamur se-
cundum passiones absolut^ consideratas ; sed
non removei quin potsint fleri laudabiki ?tt
DU BIEN ET SU MAL GONSlBÂRiS BANS LES FASSIONS. ST7
dire que ces passions ne puissent devenir louables ou blâmables, en tant
qu'elles sont soumises à la raison. £t voici ce qu'il ajoute : « On ne
loue pas 9 on ne blâme pas un homme précisément parce qu'il a peur ou
qu'il se met en colère ; il ne mérite la louange ou le blâme que sous un
rapport, à savoir, s'il agit d'une manière conforme ou contraire à la
raison. »
ARTICLE n.
Toute passion de ¥ame est-elle moralement mauvaise?
n paroît que toutes les passions de l'ame sont moralement mauvaises.
!• Saint Augustin dit, De Civit. Dei, IX, 9 : « Quelques-uns appellent
les passions des maladies ou des perturbations de l'ame. » Or, toute ma-
ladie ou perturbation de l'ame est une chose moralement mauvaise.
Donc toute passion l'est également.
2» Saint Jean Damascène dit. Le fid. orthod., II, 22 : « Sans doute,
l'opération est un mouvement qui rentre dans la nature; mais la
passion est placée en dehors. » Or ce qui, dans les mouvements de
l'ame, est en dehors de la nature, porte le caractère du péché ou du
mal moral ; ce qui fait que le même saint dit plus loin : a Le diable
est surtout perverti en c« qu'il est sorti de la nature pour se jeter en
dehors de la nature, d Donc ces sortes de passions sont moralement mau«
vaises.
3« Ce qui induit au péché est mauvais de sa nature. Or, ces sortes
de passions induisent au péché : d'où vient que l'Apôtiie les nomme,
Rom., VII, a les passions des péchés. » Donc il semble qu'elles soient
moralement mauvaises.
Hais saint Augustin dit, au contraire, Be Civit. Dei, XIV, 9 :
a L'amour pur rend pures et droites toutes les affections : par lui la
vituperabiles Becandum quod à ratione ordi-
oaiitur. Uade subdit : « Non laudatar aut vita-
peralur qai limet aut irascitur, sed qui aliqua-
(iter, id est, secundum ratioaem , vel prêter
ratioaeiD. »
ARTICULUS II.
UtrUm omniê passio anwna sU mata
moraliter.
Ad secundum sic proceditur (1). Videtar quod
omncs passiones anime sont mais moraliter.
Dicitenitn Augustinas IX. De Civ, Dei (cap. 9),
|ttod « passioues aoimc quidam vocaot morbos
vel perturbatiooes anime. » Sed omnis morbus
vel p€rturbatio anime est aliqoid malnm mo-
2. Preterea , Damascenns didt , quod « ope-
ratio quidem que secundum naturam, motus
est; passio vero, que prêter naturam. » Sed
quod est prêter naturam in motibus anime ,
babet rationem peccati et mali moralis : unde
ipse alibi dicit , quod « diabolus versus est ex
eo quod est secundum naturam , in id quod est
prêter naturam. » Ergo hujusmodi passiones
snnt maie moraliter.
3. Preterea, omne quod inducit ad pecca-
tum , habet rationem mali. Sed bujusmodi pas«
siones inducunt ad peccatum : unde Rom.j VU,
dicuntur « passiones peccatorum. » Ergo vi-
detur quod sint maie moraliter.
(Sed contra est quod Augustinus dicit ia
XIV. De Civ, Dei (cap. 9), quod « rectus
amor omnes istas affectiones rectas habet :
\-'.
(1) De bis etiam infrè^ qa. 59, nrt. 2 et 3 ; et 2 , S , qu. 123 , art. 10 ; et qu. 13 , de
1. 1 ; et super I. Elhis.s iect. 16| et in lib. II. lecl. 3; et in VII. Phytic.^ lect. 0.
lY. 37
W6 IP* 11* FABTIB^ QUESTION XXIV, ARTICLE 2.
mainte s'appUque'aa danger du mal^ le désir à la persévérance^ la don»
leur aux péchés xommis, la joie aux bonnes œuvres (1). b
( Conclusion. — Toutes les passions de l'ame ne peuvent pas être re-
gardées comme moralement mauvaises, mais celles-là seules qui sont
étrangères ou opposées à la raison. )
Sur cette question les stoïciens et les péripatéticiens avoient un senti-
ment contraire : les stoïciens prétendoient que toutes les passions sont
mauvaises, et les péripatéticiens, que les passions bien réglées sont
bonnes. Quoique la divergence de ces opinions soit fort grande, à consi-
dérer uniquement la valeur des mots, on verra qu'elle est bien' moindre,
et même nulle, si Ton remonte aux intentions des uns et des autres. Les
stoïciens, en effet, ne distinguoient pas entre le sens et Fintellect, ni par
conséquent entre Tappétit intellectif et l'appétit sensitif : ce qui fait qu'ils
n'admettoient aucune distinction entre les passions de l'ame et les mouve-
ments de la volonté, en tant que les passions de l'ame sont dans Tappétit
sensitif, et les simples mouvements de la volonté dans l'appétit intellectif:
ils appeloient volonté tout mouvement rationnel de la partie appétitive,
et ils appeloient passion tout mouvement de l'ame qui dépasse les limites
de la raison. C'est d'après un tel sentiment, que Cicéron, JuscuL, V,
(1) Il est à la fois intéressant et utile de voir comment saint Angnstin eiplique encore id
la pensée sur laquelle 8*iippuie le docteur angélique. Ce Fére , repondant aux stoïciens qui ce
vouloient pas , comme on le sait , que le sage éprouvât une passion quelconque , s*expnm->
ainsi : « A nos yeux, d*après les enseignements de rEcritnre et ceux de la tradition , r$
citoyens de la sainte cité de Dieu, durant le cours de leur pèlerinage iei.4ias, «t quoiqu'ils
ifiirent d*une vie pure et divine , éprouvent néanmoins les impressions de la crainte , du désir,
de la doulev et de la Joie. Mais comme leur amour est pur , toutes ces affections le sodi
également : ils craignent la peine étemelle ; ils désirent la vie éterneUemeiit heureuse , itc
gémissent sur les choses de la vie présente, parce qu*ils attendent, à Texerople de TApAiro.
la pleine adoption des enfants de Dieu, et la rédemption même de leurs corps; ils se ré-
jouissent dans Tespérance , car ils savent qu'un Jour se réalisera' cette parole , la mort n été
absorbée dans la victoire.
n Ils redoutent encore le péché, sachant qu'il est écrit : Gomme l'iniquité deviendra de
plus en plus abondante , la charité de plusieurs se refroidira. Ils désirent encore de persé-
vérer , ayant entendu cette parole : Celui qui persévérera Jusqu'à la fin sera sauvé. Us g^
missent sur leurs péchés, parce qu'ils ont entendu cette autre parole : Si nous disons qno
nous n'avons pas de péchés , nous nous séduisons nous-mêmes. Ils se réjouissent dans les
bonnes œuvres , conformément à cette parole : Dieu aime celui qui donne avec joie. »
metunnt enim peccare , copiant perseverare ,
dolent in peccatis , gaudent io openbus bonis. »
(CoifCLUsto. ~ Non omnes animaî passicoes
mais moraliter dicende sant, sed qu» contra
et prster raiionis jadiciuoi sont.)
Bespondeo dicendom , qaod circa banc quss-
tlonem diveroa fuit sententia stoicorum et pe-
ripateticorom. Nam stoici diierunt omnes pas-
nones esse malas; peripatetici vero dixerant
passiones moderatas esse bonas, Qus quidem
differentia licet magna videator, secuodum
Tocem, taoMii secuDdam rem vel nolla est,
vol parva , si quis utroramque ioteotionei ooa-
siderefc. Stoici enim non discernebant inler sen-
8um et intellectum, et per consequens nec
inler inteliectivnm «ppetitum et seosiUvam:
unde nec discernebant passiones uùma à mn-
tibos Tolunttiis, secondum bocqood passiones
anim» snnt in appetita seosiUvo, simpUces
autem motus voltntalis sunt in.inieUectivo;
sed omnem rationabilem motum apfiatitiT»
partis vocabaat voluntatem; passiones mkem
dicebant motum progredientem extra iimUes
raiionis. Et ideo eorum sententiam seiaens
TttUios in Ub. V. De TuKui. quœsi., ornes
passiones vocat mmat morbos; ex qno argu-
DU BIEN ET DU ïfAL CONSIDÉRÉS DANS LES PASSIONS 579
appelle toutes les passions des maladies d<) Tame ; et de ce principe il
tire cette conséquence : a Ceux gui sont ainsi malades n'ont pas un esprit
sain ; et ceux qui ne sont pas sains d'esprit^ sont des insensés, o C'est
aussi là le nom qu'on leur domie. Mais les péripatéticiens appellent passions
tous les mouvements de la partie appétitive : aussi regardent-ils les par-
dons comme bonnes quand elles sont réglées par la raison , et comme
mauvaises quand elles écbsqppent à son empire. On voit immédiatement
par là combien Gicéron est peu fondé quand il s'élève contre le sentiment
des péripatéticiens touchant la nature des passions, sentiment qu'il réfute
en ces termes : a Tout mal, même médiocre, doit être évité ; car, de
même qu'un corps n'ayant qu'une maladie légère ou médioore , n'est pas
sain, de même une ame n'est pas saine, quoiqu'elle n'ait que des mala-
dies ou des passions médiocres. » Les passions ne peuvent être appelées
maladies ou perturbations de l'ame, que lorsqu'elles ne sont pas soumises
i l'empire de la raison.
De là résulte la réponse au p^mier argument.
S"" Toute passion de l'ame a pour effet d'ajouter ou d'ôter quelque chose
au mouvement naturel du cœur, en tant que ce mouvement est précipité
ou ralenti, suivant que le cœur est resserré ou dilaté ; et c'est ainsi qu'il
ressent la passion : il n'est donc pas dans la nature de la passion d'être
toujours en dehors de Tordre naturel que la raison lui trace.
3» Si les passions de l'ame sont en dehors de l'ordre de la raison , elles
inclinent au péché ; si elles sont, au contraire, réglées par la raison, elles
appartiennent à la vertu.
mentatur, quod « qni morbosi sont , sani non
sont; et qui sani non sunt^ iosipientes sunt ; »
unde insipientes insanos dicimus. Peripatetici
vero omnes motus appetitas sensitivi passiones
vocant : unde eas bonas sestimant cum sunt à
rations modérât;^, malas autem cum sunt praeter
moderationem rationis. Ex quo primum patet
qnod Tullius, in eodem libro , peripatelicoram
sentenliam, qui approbabant mediocritatem
passioDum, inconvenienter improbat dicens,
qu6d a omne malum, etiam médiocre, vitandum
est ; nam sicut corpus etiam mediocriter œgram,
sanum non est , sic ista mediocritas morborum
▼el passiomun aninue sana non est. » Non enim
passiones dicuntur morbi vel pertorbationes
aoims , nisi cum carent modéra tione rationis.
Unde patet responsio ad primum.
Ad secundum dicendum , qu6d in omni pas-
sione anims additur aliquid vel diminuitur à
naturali molu cordis, in quantum cor intentius
vel remissius movetur, secondtim sysiolen aat
diastolen(l)', et secundum hoc habet passionis
ratitmem ; vel tamen non oporlet qu5d passio
semper declinet ab ordine naturalis rationis.
Ad tertium dicendum^ qu6d passiones anima
in quantum sunt prœter ordinem rationis , in-
clinant ad peccatum; in quantum autem suit
ordinat» àratione, pertinent ad virtutem.
(1) Hoc est contra. tionem sive eomlrictionem, juxta graccum oucqXti, et dilatationem,
juita gracum etiam ^laçoXi), quando nempe cor constringitur vel contrahitur per tristitiam,
per Istitiam autem dilâtaiur.
680
l" !!• PAETDB, QUESTION XXIY, ARTICLE 3.
ARTICLE in.
la passion augmmte^-elle ou diminue-t-elle la bonté ou la malice de VacU?
Il paroH qu'une passion quelconque diminue toujours la bonté de Tacte
moral. 1® Tout ce qui fait obstable au jugement de la raison^ jugement
duquel dépend la bonté de l'acte moral, diminue par là même la bonté
de cet acte. Or, toute passion obscurcit le jugement de la raison ; ce qui
fait dire à Salluste dans un discours sur Catilina : a Tous les hommes qui
délibèrent sur des choses importantes et douteuses, doivent être exempts
de haine, de colère, d'amitié et de compassion. » Donc toute passion
diminue la bonté de l'acte moral.
2o Plus l'homme est semblable à Dieu dans ses actes, plus ses actes sont
bons : voilà pourquoi l'Apôtre dit, Ephes., V, 1 : a Soyez les imitateurs
de Dieu , comme étant ses enfants bien-aimés. » Or, Dieu et les saints
anges punissent les coupables sans colère, et secourent les malheureux
sans participer à leurs peines, comme nous l'avons dit plus haut, d'âpre
saint Augustin. Donc il est mieux d*accomplir ces choses sans aucune
passion de Tame, que de les accomplir en ressentant quelque passion.
3<> Le mal moral doit être apprécié par rapport à la raison, tout comme
le bien moral. Or, le mal moral est diminué par la passion ; car celui qui
agit par passion pèche moins que celui qui agit par calcul. Donc éga-
lement celui qui fait le bien avec passion fait un bien moindre que celui
qui le fait sans passion.
Mais saint Augustin dit au contraire. De Civit. Dei, XÏV, 9 : a La
passion de miséricorde ou compassion obéit à la raison, quand la miséri-
corde est exercée de manière à ne pas blesser la justice, soit qu'elle vienne
au secours de l'indigent, soit qu'elle pardonne au repentir, o Mai^ ce qui
ARTICULUS ni.
UtrUm pastio addat vH diminuât ad bonitatem
vel maliliam actus.
Ad terliam sic proceditur (1). Videtur qoôd
pasf 0 quaBcumqne semper diminuai de boDÎtate
«dus moralis. Omne enim quod impedit jiidi-
cium ralionis , ex quo dependet bonitas actus
moralis, diminuit per consequens bonilateoi
actus moralis. Sed omnis passio impedit judi-
dam rdiionis ; dicit enim Salustius in Catili^
nario : « Omnes homines qui de rébus dubiis
consultant, ab odio, ira et amicitia atque mise-
ricordia vacuos esse decet. » Ergo omnis pabsio
diminuit bonitatem moralis actus.
2. Praelerea^ actus bominis, quanto est Deo
simiiior^ tanto est melior : unde dicit Apostolus
Ephes., V : a Estote imitatores Dei sicut ûlii
chartssimi. » Sed « Deus et sanctî angeli po-
niunt sine ira , sine miseriae compassione sob-
▼eniunt,» ut Auguslinus dicit in IX. De Civ.
Dei (cap. 5). Ergô est melius hujusmodi opéra
agere sine passione anims, quaji com pas-
sione.
3. Prsterea , sicut malum morale aitenditor
per ordinem ad rationera , ita et booom morale.
Sed malum morale dimiouitur pec passionem;
minus enim peccat qui peccat ex paâsiooe,
quam qui peccat ex industria. Ergo minus boama
operatur^ui operatur cum passione, quam qc
operalur sine passione.
Sed contra est quod Augustious dicit IX. De
Civ, Dei (ut suprà)^ quod a passio miâencor»
diœ rationi deservit, quaudo ita prsbetor mî-
sericordia^ ut jusUtia conservetur, sive cum iit*
di^nti tribuitur , sive cum ignoscitur pœui'
ti\ T)e his etiam infrà, qu. 26^ de verit., art.' 7; et qu. 3^ de malo, arl. Il*
su BIEN ET DU MAL GONSTDËBÉS BANS LES PASSIONS. 581
obéit à la raison ne sauroit diminuer le bien moral. Donc la passion de
l'ame ne le diminue pas.
( Conclusion. — Les passions de Tame augmentent ou diminuent la
bonté ou la malice des actes humains, suivant qu'elles sont plus ou
moins soumises à l'empire de la raison et de la volonté. )
Les stoïciens posant en principe que toute passion de Tame est mau*
vaise (1) , dévoient nécessairement admettre aussi que toute passion di*
minue la bonté de l'acte , puisque un bien quelconque est ou détruit ou
amoindri par le mélange d'un mal. Et cela seroit vrai si nous appelions
passions de l'ame les seuls mouvements désordonnés de l'appétit sensitif,
eu tant que ces mouvements sont des perturbations ou des maladies.
Mais si nous appelons passions indistinctement tous les mouvements de
l'appétit sensitif , la perfection de l'être humain résultera de ce que les
passions elles-mêmes seront soumises à la raison. Le bien de l'homme, en
effet, reposant sur la raison comme sur son fondement, ce bien sera
d'autant plus parfait qu'il pourra se communiquer davantage à tout ce
qui appartient à l'homme. Ainsi nul ne dout« qu'il ne soit de la perfection
morale de ce dernier, que la raison impose sa loi aux actions même exté-
rieures et accomplies par le corps. Par conséquent, comme Tappétit
sensitif peut obéir à la raison, ainsi que nous Tavons dit plus haut,
question 17, article 2, il est de la perfection morale de l'homme, que
ses passions elles-mêmes soient réglées et modérées par la raison. Comme
(4) C*est r erreur qui a été réfutée, comme on l*a ?u, dans rarticle précédent; mais cette
erreur D*appartient pas exclusiYement à Tancienne école de philosophie nommée par saint
Thomas : elle a été renouvelée par certaines hérésies , et Ton peut même en retrouver des
traces dans les traditions d*un mysticisme eiagéré. Les passions ne sont donc pas nécessaire-
ment mauvaises. On peut même dire que toutes sont susceptibles d*étre bonnes , dans un sens
qui sera déterminé tout à Theure par saint Thomas lui-même. De ce que les passions peuvent
être bonnes ou mauvais^«, il no s*ensoit pas, toutefois, qu* elles ajoutent ou retranchent
toujours quelque chose à la bonté ou à la malice des actes humains. Ce seroit U un principe
trop commode , en vérité , pour les passions mauvaises. Aussi notre saint auteur ne pouvoit-il
manquer de le réfuter , en précisant , comme il le fait dans celte thèse , ce qu*il avoit déjà
dit du bien et du mal qui se trouvent dans les passions.
tenli. » Sed nihil quod deservit ratioDi^ diminuit 1 simpUcitcr nominemus omnes motus appetitos
bonum morale. Ergo passio anima doq diminuit sensitivi^ sic ad pcrfectionem hamani boni per-
boQum mûris.
( CoMCLUsio. — > DiminuQnt et addant pas-
nones anime actoi bumano bonitatem vel ma-
'Utiam, prout subduntar imperio ratioois et
Toluolatis. )
Respondeo dicendum, quôd stoici, sicut
tinet quod etiam ipsœ passiones sint mode-
rato per ralionem. Cum eoim boaum boroinis
consistât in ratione sicut in radice ; tanto istud
bonom erit perfectius, quanto ad plura, qus
boinini conveniunt, derivari potest. Unde
nuUus dubitat quio ad perfectionem moralis
ponebantomnempassionemanime esse malam, boni pertineat, quod aclus exleriornm mem-
ita pouebaBt consequenter omnem passionem * .. . . - « ^^
EQÎmœ diminue^ actus bonitatem ; omne enim
bonum ex permixtiooe mail vel tolaliter toUi-
tur, vcl sit minus booum. Et hoc quiJem verum
est , si dicamus passiones animœ soium in-
oïdinatoâ motos sensitivi appetitus, prout sunt
pcrlurbaliones seu sgritudixies. Sed si passiones
brorum per ratiouis regulam diriganlur. Uode
cum appeUtus sensitivus possit obeJire rationi ,
ut soprii dictum est (qu. 17, art. 2) ad perfec-
tionem moralis sive hamaui boni pertinet , quod
etiam ipss passiones anima sint regulata per
rationem. Sicut igitur melius est quod homo et
velit bonam et faciat exteriori aclu : ita etiam
582 l~ n« PARTIE, OtTESnON XXIV, ARTICLE 3.
il est plus parfait qne l'homme veuille le bien et Taccomplisse par ses
actes extérieurs, il est également plus parfait, au point de vue du bien
moral, que l'homme soit mû vers le bien, non-seulement quant à ^
volonté , mais encore quant à son appétit sensitif , conformément à cette
parole du roi-prophète, Psalm, LXXXIII, 3 : a Mon cœur et ma chair ont
tressailli dans le Dieu vivant. » Ici le cœur doit être pris pour Tappélit
intellectif , et la chair pour l'appétit sensitif.
Je réponds aux arguments : 1* Les passions de l'ame peuvent avoir
deux rapports différents avec le jugement de la raison : elles peuvent d'a-
bord précéder ce jugement; et comme alors elles l'obscurcissent, elles di-
minuent la bonté de l'acte, puisque le jugement de la raison est la source
de cette bonté morale ; car il est plus louable , par exemple , de pratiquer
une œuvre de charité par l'impulsion de la raison, que par le seul mou-
vement de la pitié. En second lieu , les passions peuvent résulter du ju-
gement de la raison; et cela de deux manières : par manière de sura-
bondance d'abord , dans ce sens qne la partie supérieure de l'ame étant
fortement inclinée vers une chose , il en suit un mouvement analogue
dans la partie inférieure ; et la passion qui se produit alors dans Vappéiit
sensitif, marque la force de la volonté et manifeste par là-même la bonté
de l'acte moral ; puis , par manière de choix ou d'élection , quand un
homme, par exemple, choisit avec réflexion de subir l'effet d'une pas-
sion quelconque, pour accomplir une œuvre avec plus d'ardeur, étant
secondé par l'appétit sensitif; et dans ce sens la passion de l'ame ajoute
à la bonté de l'action.
2° Dieu et les anges n'ont ni appétit sensitif, ni corps d'aucune sorte;
le bien ne peut donc pas consister en eux à diriger les passions et les actes
corporels, comme cela a lieu dans l'homme.
3<> La passion qui tend au mal , quand elle précède le jugement de la
raison, diminue le péché; mais quand elle suit ce jugement de l'une des
ad perfectionem boni moralis pertinet, quod
homo ad bonum moveatur, non solum secun-
dum volimtateiD , sed etiam secundùm appeti-
tam sensitivnm, secundam illud quod in
Psalm. LXXXIII , dicilur : « Cor meum et
caro mea exultavenint in Deum yivum ; » ut
cor accipiaraus pro appelituintellectivo, camem
antâm pro appetitu sensitivo.
Ad primum ergo dicendum , quôd passiones
anims dupliciter se possunt habere ad judicium
rationis. Uno modo antecedenter ; et sic, cum
obnubilent judicium rationis , ex quo dependet
bonitas moralis actus , dirainuunt actas bonita-
tem; laudabilius enim est quod ex judicio ra-
tionis aliqniâ faciat opus cbaritatis , quam ex
Botapassione misericordis. Âlio modo sebabont
consequenter; et hoc dupliciter : uno modo
perior pars anims intense movetur in aliqaiJ,
sequitur motum ejus etiam pars inferior : et
sicpassio existens consequenter in appetitu sen-
sitivo , est signum intensionts volmitatis, et sic
indicat bonitatem moralero majorem. Âlio mo \ù,
per modam electionis , quando scilicet homo,
ex judicio rationis eligit afQci aliqoa passione,
ut promplius operelur coopérante appetitu sen-
sitivo : et sic passio anims addit ad bonitatem
actioBis.
Ad secundùm dicendum, qu6d in Deo et
angelis non est appetitus sensitivus, neqoe
etiam membra corporea ; et ideo bonum in eia
non attenditur secundùm ordinationem passio-
num aut corporeorum actuum , sicut in nobis.
Ad tertium dicendum, qu5d passio tendeas
in malum prsecedens judicium rationis , dimi-
modum redundanticc ; q'ifa scilicet cum su- 1 nuit peccatum; sed consequens aliquo praedio»
BU BIEN ET DU MAL CONSIDÉRÉS BANS LES FASSIONS. S83
r manières indiquées plus haut, elle augmente le péché ou manifeste sa
grandeur.
ARTiaE IV.
F a-t-il des passions bonnes ou mauvaises par leur espèce?
n paroit qu'aucune passion de Tame n'est bonne ou mauvaise par son
espèce, i^ Le bien et le mal moral doivent être appréciés par rapport i
la raison. Or, les passions résident dans Pappétit sensitif , et ce n'est de
la sorte que par accident qu'elles ont un rapport avec la raison. Par con-
séquent , ce qui n'est qu'accidentel n'appartenant pas à la nature ou es-
pèce d'une chose , il semble qu'aucune passion ne puisse par son espèce
être bonne ou mauvaise.
2"* Les actes et les passions sont spécifiés par leur objet. Si donc une
passion étoit dans son espèce bonne ou mauvaise , il faudroit que les pas
sions dont l'objet est le bien, comme Tamour, le désir et la joie , fussent
bonnes par leur espèce ou par leur nature ; et que les passions dont l'objet
est le mal, comme la haine, la crainte et la tristesse, fussent mauvaises
de la même manière. Or, cela est évidemment faux. Donc aucune passion
n'est bonne ou mauvaise par son espèce.
3^ Il n'est aucune espèce de passions se trouvant dans l'homme , qui
n'existe dans les autres animaux. Or, le bien moral se trouve dans
Thomme seul. Donc aucune passion de l'ame n'est bonne ou mauvaise
par son espèce.
Mais, au rontoaiie, saint Augustin dit formellement dans le passage
cité plus haut : a La compassion appartient à la vertu. » Le Philosophe
tormn modonim , anget ipsum , véi signi&cat
augmentom ejus.
ARTICULUS IV.
Uiriim aligna paisio sit tiona vel mala ex
êua specie.
Ad qoartum sic proceditar (1). Videtar quod
nulla pasào anioiae secundùm speciem suam sit
hona vel mala moraliter. Bonom enimet roalam
morale aitendttur secundùm ntionem. Sed pas-
siones suot io appeiita sensitivo , et ita id qood
est secundùm rationem aecidit eis. Cum ergo
nibil quod est per accidens, periineat ad spe>
clcm ret, videtur qaod onlla passio secondùm
8(iam speciem sit bona vel mala.
2. Prsterea, actus et passiooes babent spe*
ciem ex objecte (2). Si ergo aliqaa passio se-
cundùm aliquam suam speciem esset bona Tel
mala, oporteret quod passiones quaruro objeo
tum est bonum , bons essent secundùm suam
speciem, ut amor, desiderium et gaudium;
et passiones quarum objectum est malum,
essent mais secundùm suam speciem, ut odium,
timor et tristitia. Sed hoc patet esse falsum.
Non ergo aliqua passio est bona vel mala ex
sua specie.
3. Prslerea, nulla species passionum est,
qns non inveniatur in aliis auimalibus. Sed
bonnm morale nou invenitur nisi in homine.
Ergo nulla passio anims bona est vel mala ex'
sua specie.
Sed contra est , quod Auguslinus dicit IX. D&
Civ, Dei, quod « misericordia peKinet ad vir-
tutem. » Philosophus etiam dicit in II. Ethic.
(i) De bis ellam in 2, 2, qu. 158, m. 1; ut et IV, 5m/.^ dist. 15, qn. 2, art. 1 , qnc*>
tiunc. 1, ad 4, iterum dist. 50, qu. 2, art. 4, qusstiunc. 3, ad 3; etqu. 10, de malo, art. 1.
(S) Aliter tamen actui, aliter patiionei. Nam actus quidero immédiate speciQcantur ab ob*
Jeetis, quia in ea tendunt immédiate perseipsos, vpI suntid quo passiones tendant in objecta.
Sed panions» médiate dumtaxat ac remotè specificantur ab iisdem , quia in illa tendunt «f
fenutur per actus, etc.
6H I** II* PARTIE^ QUESTION XXIT, ARTICLE 4.
dit aussi, Ethic, Il : a La pudear est une passion louable. » Donc il est
des passions qui sont bonnes ou mauvaises par leur espèce.
(Conclusion. — Le bien et le mal n'appartienueut pas à l'espèce de
Tacte et de la passion, si Ton prend l'acte et la passion absolument et
dans leur nature , mais seulement en tant quïls revêtent un caractère
de moralité , c'est-à-dire en tant qu'on y trouve quelque chose de volon-
taire et de rationnel. )
Ce que nous avons dit des actes doit se dire également des passions;
leur espèce peut être considérée sous un double rappopt : d'abord, en tant
que cette espèce rentre dans leur nature même, et dans ce sens le bien
et le mal moral n'appartiennent pas à l'espèce de l'acte ou de la pas-
sion (1) ; puis , en tant qu'ils revêtent un caractère de moralité , c'est-à-
dire en tant qu'on y trouve quelque chose de volontaire et de rationnel :
et dans ce sens, le bien et le mal moral appartiennent à l'espèce même
de la passion, puisque son objet ainsi compris est une chose qui de soi
est conforme ou contraire à la raison. Cela est évident quand il s'agit de
la pudeur, par exemple, qui est la crainte de ce qui est honteux, ou
bien quand il s'agit de l'envie , qui est une tristesse causée par le bien
d'autrui ; par où l'on voit également que le bien et le mal rentrent dans
l'espèce de l'acte extérieur.
Je réponds aux arguments : i® Les passions sont ici comprises dans leur
nature et d'une manière absolue, c'est-à-dire, dans l'appétit sensitif con-
(1) Dans ce sens, on peut même dire , comme noui venons de rinsiouer, que tontes les
passions sont radicalement bonnes, c'est-à-dire, susceptibles d*étre ^dirigées vers le bien.
G*est ce que saint Augustin a plusieurs fois exprimé de la manière la plus formelle, «i Nous
STons appris, dit-il, à la suite du passage cité par saint Thomas, nous avons appris, à
Fécole de Jésus-Christ, à soumettre notre ame à Dieu, et les passrens & notre ame; et, de
la sorte, les passions peuvent servir à la Justice. Parmi les chrétieus, on ne demande pts
précisément si un homme vertueux se met en colère , mais on se préoccupe surtout de savoir
pourquoi; s* il est triste, mais d*où lui vient cette tristesse; s*il est en proie & la crainte ,
mais bien quel est Tobjet de ce sentiment. »
(sub finem), quod « verecandia est passio lau-
dabilts. » Ërgo aliquœ passiones sont bons vel
mais secundum suam speciem.
(GoNCLUsio. ~ Bonum et malum non per-
tinent ad speciem actas et passionis secundum
saam naturam, sed secoodum quod ad geaus
noris pertinent^ prout scilicet aliquid de vo-
bntario et rationis judicio pariicipaot.)
Respondeo dicendum, quôd sicut de acti-
IfOM (1) dictum est , ita et de passiooibas di-
cendum videlur, qnod scilicet species actas vel
passionis duplidler considerari potest. Uno
modo secundum quod est in genei^ naturœ^
et sic bonam vel malum morale non pertinet
ad speciem actas vel passionis. Âlio modo , se-
cundum quod pertinent ad genus morts, prost
scilicet participant aliquid de volunlario et ju-
dicio ratioois ; et hoc modo bonum et malum
morale possunt pertinere ad speciem passionis ,
secundum quod aodpitur ut objectum passionis
aliquid de se conveniens rationi, vel dissonum
à ratione : sicut patet de verecundia, qu£ est
timor turpis, et de invidia , qus est tristitia
de bono alterius ; sic enim pertinent ad spe-
ciem ezterioris actus.
Âd primum ergo dicendum , qu6d ratio illa
proœdit de passionibus secundum quod perti-
nent ad spedem naturs, prout sciÛcet appo-
(1) Tum qu. 18, art. 6 , obi de booitato quam ex One acelpit, ut et art. 7, ubi d&compara-
tlone bonitatis ex flne ad bonilatem ex objecte ; tum qu. 20 , art. 3 , ubi de bonitate actûs
Interioris ad acium exteriorem comparalil; scd art. C, expressiùs, ubi qucritur an booitas t\
malitia in eodem exteriori actu stare possint.
DE l'ordre QVE les PASSIONS ONT JINTRE ELLES. 585
sidéré en lui-môme ; mais si Fon regarde l'appétit sensitif comme obéis-
sant à la raison (i) , ce n'est plus par accident^ mais de soi que le bien et
le mal appartiennent aux passions.
^ Les passions qui tendent au bien sont bonnes si ce bien est réel ^ et
la même chose doit être dite de celles qui fuient le mal ; les passions^ au
contraire , qui s'éloignent du bien et qui poursuivent le mal sont mau*
vaises.
S"" L'appétit sensitif dans les bêtes n'obéit pas évidemment à la raison ;
et cependant^ en tant que cet appétit est dirigé par cet instinct que nous
avons ailleurs nommé appréciation naturelle^ et qui est soumis à la raison
supérieure et divine, il faut reconnoitre dans les bètes une sorte d'image
du bien moral , en ce qui regarde les passions de l'ame.
QUESTION XXV.
De Vordre âne les passions ont entre elles.
Nous avons maintenant à considérer l'ordre respectif des passions. Sur
cela quatre questions se présentent : 1® Quel est l'ordre des passions de
l'irascible par rapport aux passions du concupiscible? 2* Quel est l'ordre
que les passions du concupiscible ont entre elles? 3^ Quel est celui des
passions de l'irascible? 4* Quelles sont les quatre passions principales?
(1) La notion que ranteur nous a donnée de la moralité j quand il s*agls80it des actes hu-
mains, s'applique donc aux passions : les passions sont moralement bonnes, quand elles
obéissent à Teropire de la raison ; elles sont mauvaises , quand elles s*en écartent ou lui ré-
sistent. Cela suppose évidemment que Tbomme a le pouvoir de commander A ses appétits;
c*est même là le principe et le fondement du pouvoir qu*il exerce sur ses actes ; la liberté ne
se connoit pas sans cette double puissance.
titus sensitivas in se coDsideratur ; secondum
fero quod appetitus sensitivus obedit rationi ,
jam bonum et malum raUonis non est in pas-
sionibos ejus per acddens ^ sed per se.
Ad secundum dicendum , qnôd passiones qns
m boimm tendant, si sit verum boniim, sunt
l)ons , et similiter qus à Tero malo recedunt ;
6 coDverso paâsiones quœ sunt per recessum
à bono^'et per accessam ad malom, sont
mais.
Ad tertinm dicendum, quod in bratis ani*
malibus appetitus sensitivus non obedit rationi ;
et tamen in quantum ducitur quadam sstima-
tiva oataraH, qnse subjicilar rationi snperiori,
scilicet divin», est io eis quasdam similitndo
moralis boni , quantum ad anime passiones.
QUiSSTIO XXV.
De ord%n$ poitionum ad invieem^ in qiuUuùr artieuloi dif>iia.
Deinde considerandum est de ordine passio-
nom ad invicem.
Et circa boc qnserantiir quatuor : 1» De or-
dine passioQQiB irascibilts ad passiones concu-
piscibilis. 2» De ordine passionum concaplscl-
biiis ad invicem. 8<* De ordine passionum iras-
cibiiis ad invicem. 4» De quatuor principaUbus
passionibus.
586
1" II* PAETIB, OimSTlON
ARTIGIiE 1.
ARTICLE I.
Les passions de Vitascible sont-elles antérieures ou postérieures aux passùm»
du concupiseihle?
n paroit que les passions de Firascible sont antérieures aux passions dn
concupiscible. 1® L'ordre des passions dépend de Tordre de leurs objets.
Or, l'objet de l'irascible c'est le bien difiBcile et ardu, qui doit être sans
doute le ,plus élevé de tous les biens. Donc les passions de Tirascible
doivent précéder aussi les passions du concupiscible.
2* Le moteur est conçu comme antérieur au mobile. Or , l'irascible est
par rapport au concupiscible comme le moteur par rapport au mobile,
puisque l'irascible a été donné aux animaux pour écarter les obstacles qui
empêchent le concupiscible d'atteindre son objet ; et ce qui écarte l'ob-
stacle est un véritable moteur, au sentiment du Philosophe, PAj/rfc,
YIII, 32. Donc les passions de l'irascible sont antérieures à celles du con-
cupiscible.
S*" La joie et la tristesse sont des passions appartenant au concupiscible.
Or , la joie et la tristesse résultent des passions de l'irascible, d'après ces
paroles du Philosophe, Ethic, IV : « Le châtiment calme l'impétuosité
de la colère, en substituant la joie à la tristesse. » Donc les passions du
concupiscible sont postérieures à celles de l'irascible.
Aîais c'est le contraire qu'il faut dire. Les passions du concupiscible^
en effet, regardent le bien absolu , tandis que les passions de l'irascible
regardent un bien déterminé et restreint , à savoir , le bien difficile. Or,
comme le bien absolu précède un bien déterminé , il faut par là même
dictum est (qu. 23, art. 1 ). Removens autem
prohibens habet rationem moventis, ut dicitor
in VIII. Physic. (teit. 82). Ergo passiones
irascibilis sant priores passionânis concupsci-
bilis.
8. Prxterea, gaadiam et tristltia sont pas-
siones concupiscibilis. Sed gaudium et tristitia
consequantor ad passiones irascibilis; dleit
enim Philosophas la lY. Eihic, qaôd ce pnnilio
quietat impetam irs , delectalionem loco tris-
titiffi faciens. » Ergo passiones concupiscibilis
sunt posteriores passionibus irascibilis.
Sed contra : passiones concupiscibilis resfù-
ciuntbonum absolutum; passiones autem iras-
cibilis respiciunt bonum contractum, scilioet
ardaum. Cùni igitur bonum simpliciler sit priai
quàm bonum contractum, \ideturqu6d passiones
(1) De his etiam infrà, qu. 40, art. 1; et 2, 2, qu. 14t, art. 3, ad 1; et m, 5mf.«
dlst. 26, qu. 2, art. 3, qassiiunc. 2; et qu. 25, de verit., art. S; et qn. 4, de malo, art. 9,
«d 12.
fS) Non materlalitcr tantùm ut ree qundam, sed formaliter ut moveus est, quia motos edw
*ur incipit â moveote, tanquam A principio motûa.
ARTICULUS I.
HJtriim passiones irascibilis sint priores pas-
ùoiUbus concupiscibilis, vel è conversa.
Ad primum sic procedilur (1). Videliir quèd
passiones irascibilis sint priores passionibus
concupiscibilis. Ordo enim passionum est se-
cundùm ordinem objectorum. Sed objectum
irascibilis est bonum arduum, quod videtur esse
supremum Inter alla bona. Ërgo passiones iras-
cibilis videntur prsesse passionibus concupis-
cibilis.
2. Praeterea, movens est priusmoto (2). Sed
irascibilis comparatur ad concupiscibilem, sicut
movens ad motum ; ad hoc enim datur anima-
libus ut tollantur impedimenta quibus concu-
piscibilis prohibetur frui suo objccto , ut suprà
SE l'ordre que les passions ont entre elles. S8T
que les passions du concupîscible soient antérieures à celles de Tiras-
dble (1).
(Conclusion.— Les passions du concupiscible précèdent celles de l'i-
rascible, de telle sorte que les dernières ont leur principe et leur terme
dans les premières. )
Les passions du concupiscible s'étendent à un plus grand nombre d'ob-
jets que celles de Tirascible. Dans les passions du concupiscible, en effet,
on trouve et ce qui tient au mouvement, comme le désir, et ce qui tient
au repos, comme la joie et la tristesse; tandis que dans les passions de
rirascible on trouve ce qui tient au mouvement , et nullement ce qui
tient au repos. Et la raison en est que Tobjet dans lequel on se repose,
n'offre rien de diflBcile ou d'ardu, ce qui est néanmoins l'objet de Tiras-
cible; et comme le repos est la fin du mouvement, il doit être le pre-
mier dans l'intention (2) , quoique dans l'exécution il soit le dernier. Si
donc on compare les passions de l'irascible avec celles des passions du
concupiscible qui impliquent un repos dans le bien, il est évident que les
passions de l'irascible précèdent dans Texécution ces sortes de passions
du conaipiscible : ainsi l'espérance précède la joie , ce qui fait qu'elle
la produit, selon cette parole de l'Apôtre, Rom., XII, 12 : « Réjouissez-
vous dans Tespérance. » Il est une passion du concupiscible, qui emporte
une sorte de repos dans le mal , c'est la tristesse ; et cette passion tient
pour ainsi dire le milieu entre deux passions de l'irascible : d'une part
elle suit la crainte, car la tristesse naît quand le mal que Ton craignoit
est arrivé ; d'autre part elle précède le mouvement de la colère , puisque
(1) Elles sont également postérieures, comme on va le voir, ce qui nMmpIiquc nullement
contradiction. On ne sauroit assez insister sur la nécessité de bien comprendre les disllnctiom
établies par r auteur, unique mo^en de pénétrer à fond sa doctrine, et de ne pas lui attribver
surtout des idées qui ne furent Jamais tes siennes.
(2) Le repos est à la fois le point de départ et le terme du mouvement : axiome souvent
invoqué par saint Thomas, idée féconde et dont les applications sont aussi multiples quo frap-
pantes. Four eu signaler, en passant , la profondeur et l'étendue , nous rappellerons simple-
ment au lecteur cet autre axiome de la philosophie tbomistique : le mouvement est la mesure
du temps.
concupisoibitis sint priores passionibti^ irasci-
tilis.
(CoNCLtsio. ^ Passiones concupiscibilis sic
prxcédont eas qus sunt irascibilis, ut ab ilUs
originem habcant, et ad illas terminentur. )
Hespondeo dicendum, qii6d passiones conçu-
pîscibilis ad plara se habent qnàm passioues
irascibilis. Nam in passionibas concupiscibilis
invenitaraliquidpertinensad motnm, sicot de-
siderium, et aliqoid pertinens ad quietem, sicut
gandinm et trisUtia. Sed in passionibus irasci-
btlisnon invenitur aiiqnid pertinens ad quietem,
sed solùm pertinens ad motum. Cujus ratio est,
quia id m quo jam quiescitur, non babet ratio-
irascibilis; qaies antem cùm sit finis motiVs,
est prior in inteutiooe, sed posterior in execn-
tione. Si ergo comparentur passiones irascibiiis
ad passiones concupiscibilis quas significant
quietem in bono, manifeste passiones irascibiiis
prscedontordineexecutionis, taujusmodi pas-
siones concupiscibilis, sicut spes prscedit gan-
dium : nude causât ipsum, secundùm illud Apo-
stoli » Rom., XII : « Spe gaudentes. » Sed passio
concupiscibilis importans quietem in malo, sei-
licet tristitia , média est inter duas passiones
irascibiiis : sequitur enim timorem, cùm enim
occurreritmaluffl quod timebatur, causatur tris-
titia; prscedit autem motum irœ, quiacùm ex
nem difiicilis «oa sordui , quod est objeclum 1 tristitia précédente aliquis insurgit in vindio^
888 1" !!• PARTIE, QUESTION XXV, ARTICLE i.
un homme qui, du sentiment de la tristesse passe à celui de la vengeance,
se livre par là même au mouvement de la colère; et comme le mal que
Ton rend est alors regardé comme nu bien , le sentiment de la joie suc-
cède à celui de la vengeance. D'où il résulte clairement que toute passion
de Tirascible a pour terme une des passions du concupiscible qui
tiennent au repos, c'est-à-dire qu'elle à pour terme la joie ou la tristesse.
Si les passions de Tirascible sont, au contraire, comparées à celles des pas-
sions du concupiscible qui emportent l'idée de mouvement, il faut dire
alors que les passions du concupiscible sont antérieures à celles de l'iras-
cible, par la raison que ces dernières ajoutent aux premières, dans ce
sens que l'objet de l'irascible ajoute à celui du concupiscible quelque
chose de difficile et d'ardu. En effet, l'espérance ajoute au désir l'idée
d'un effort et d'une certaine élévation donnée à Tame pour atteindre à
ce bien qu'elle désire ; et la crainte ajoute également à la fuite ou aversion
l'idée d'une certaine dépression de l'ame provenant de la difficulté que le
mal implique. Ainsi donc les passions de l'irascible sont connue un moyen
terme entre les passions du concupiscible qui marquent un mouvement
vers le bien ou vers le mal, et celles qui marquent un repos dans l'un
ou dans l'autre. D'où nous pouvons conclure évidemment que les passions
de l'irascible ont à la fois leur principe et leur terme dans celles du con*
cupiscible.
Je réponds aux arguments : !• Cette raison auroit une valeur si Tobjet
du concupiscible étoit de soi quelque chose d'opposé à ce qui est difficile
ou ardu, puisque l'objet de l'irascible a nécessairement cette qualité; mais
comme l'objet du concupiscible est le bien considéré d'une manière abso-
lue, il doit naturellement passer avant l'objet de l'irascible, comme ce
qui est commun passe avant ce qui est propre.
2* Ce qui écarte un obstacle est un moteur accidentel et non essentiel ;
tam» hoc pertinet ad motum im\ et quia re-
pendere vicem roali apprehenditur ut bonum ,
ebsa iratus hoc consecutus fuerit, gaudet. Et sic
roanifestum est qubd omnispassio irascibilis ie>
minatiir ad passionem concupiscibilîs pertinen-
tem ad quietem, scilicet vel ad gaudium vel ad
tristitiam. Sed s; cotnparentur passiones irasci-
bilis ad passiones concupiscibilis qus important
motnm , sic manifesté passiones concupiscibilis
sont priores^ eo quôd passiones irascibilis ad-
dunt supra passiones coocupiscibihs^ sicut et
objectum irascibilis addit supra objectum con-
cupiscibilis ardoitatem sive difticultatem. Spes
enim supra desiderinm addit quemdamcouatum,
et quamdam elevationem animi ad consequen-
dum bonum arduum : et similiter timor addit
supra fugam seu abominatioaem quamdam de-
pressionem animi propter difTtcultatem maîi.
Sic ergo passiones irascibilis médis sunt inter
pas^ones concupiscibilis qus important motam
in bonum vel in malum, et Inter pasâoaes
concupiscibilis qns important quietem in booo
vel in malo. Et sic patet qu6d passiones iras-
cibilis et principiam habent à passionibus con-
cupiscibilis, et in passionibus concupiscibilis
teruiinantur.
Ad primum ergo dicendum, qu6d illa ratio
procederet, si de ratione objecti concupiscibilis
esset aliquid oppositum ardoo, sicut de ratione
objecti irascibilis estqu5d sit arduum; sed quia
objectum concupiscibilis est bonum absolatë (1),
prtus naturaliter est quàm objectum irascibilis,
sicut commune proprio.
Ad secundum dicendum, quôd removens pro-
(1) Id rst abstrahens ab ardue et non arduo, ac indilTerens ad atrumqae* sicut commnii»
DE L'OBBRE que les PASSIONS ONT ENTRE ELLES. S89
et nous ne parlons ici que de Fordre essentiel des passions. On peut dire
encore que Virascible écarte les obstacles qui empêchent le repos du con-
cupiscible dans son objet; et de là il suit uniquement que les passions
de rirascible précèdent celles des passions du concupiscible qui ont
trait au repos; c'est également là-dessus que porte le troisième argu-
ment.
ARTICLE II.
Uamour est^il la première des passions du concupiscible?
n paroît que Tamour n'est pas la première des passions du concupis-
cible. l'' Ce mot de concupiscible vient évidemment de concupiscence,
et la concupiscence est la même passion que le désir. Or , une chose
est nommée par ce qu'il y a de dominant en elle'^ connue le dit ]e
Philosophe, De anim., II. Donc la concupiscence doit passer avant l'a-
mour.
2^ L'amoiu* implique une certaine union; car saint Denis l'appelle une
force unitive. Mais la concupiscence ou le désir est un mouvement qui
tend à unir l'être qui désire avec l'objc^ désiré. Donc la concupiscence
est antérieure à l'amour.
3"* La cause doit précéder l'effet. Or, la délectation est parfois la cause
de l'amour, car plusieurs aiment à cause de la délectation , comme le
dit Aristote, Ethic, VIII, ce qui prouve que la délectation est antérieure
a l'amour. Donc l'amour n'est pas la première dcs> passions du concu-
piscible.
Mais le contraire est ainsi exprimé par saint Augustin, De Ctvit. J)ei.,
XIV, 7 : 0 Toutes les passions dérivei^t de l'amour : l'amour à la pour-
hibens non est movens per se, sed per acddens;
nuuc autem loqnimur de or<Une passionom per
se. Et pneterea irascibilis removet prohibens
quietem concupiscibilis in suo objecto. Unde
ex hoc non sequitur nisi qubd passiones irasci-
bilis prscedunt passiones concupiscibilis ad
quietem pertinentes*, de quibus etiam terlia ratio
De anima {ieii, 49). Ergo concupiscentia est
potior amore.
2. Pneterea, amor nnionem quatndam im-
portât; est enim « vis unitiva et concretiva, »
ut Dionysius dicit in IV. cap. De div. Nomin,
Sed concupiscentia vel desiderium est motus
ad nnionem rei concupitaj Tel desiderata. Ei'go
procedit. concupiscentia est prior amore.
ARTICULUS U.
Utriim amor sU prima passionum
concupiscHfUis.
Âd secufldum sicproceditur (1). Videtur quôd
an*^r non sit prima pas&ionum concupiscibilis.
Vis enim concupiscibilis à concupiscentia deno-
minalur , quae est eadem paasio cum desiderio.
8. Prseterea, causa est prior eCTectu. Sed de-
lectatio est quandoque causa amoris, quidam
enim propter delectationem amant, ut dicitui
in Vlli. Ethic, Ergo delectatio est prior amore;
non ergo prima inter passiones concupiscibilis
est amor.
Sed contra est, quod Augustinus dicit, XIY.
De Civit, Dei, quôd « omnes passioues ex
Sed deuominatio fit à potiori, ut dicitur in II. | amore causantnr; amor euim inhians habere
i proprio abstrabit , et ad hoc aut ad illud iodifferenter se habere diciUir. Ex quo planô se-
quitur ut sit naluraliler prius illo à quo iodifTereoter sic abstrabit.
(1) De bis etiam I. part., qu. 20, art. 1; etUI, 5ent.« dist. 27, qu. 1 , art. 8; et CwHXra
Gent.^ lib. IV, cap. 19; et qu. 26, de verit., art. 4; et ad GalaL* V , lect. 6, col. S» et ia
I. Mtiapky$,s lect. 5, in fine.
S90 l'*" II« PARTIE^ QUESTION XIV, ARTICLE 2.
suite de son objets c'est le désir^ et l'amour en possession de son objets
c^est la joie, d L'amour est donc la première des passions du concnids-
cible (1).
( Conclusion. — Comme toutes les passions de l'appétit concupiscible
dérivent de l'amour comme de leur source , il faut néGessairement que
l'amour soit la première des passions du concupiscible. )
Le concupiscible a pour objet le bien et le mal, et naturellement le
bien précède le mal , par la raison que le mal est la privation du bien :
d'où il suit que toutes les passions qui ont le bien pour objet, doivent na-
turellement passer avant celles dont l'objet est le mal, chacune sans doute
avant celle qui lui est opposée; car par cela même que l'on cherche le
bien, on repousse le mad contraire. Or, Je bien est essentiellement une
fin, et dès lors il est le premier dans l'intention, et le dernier dans l'exé-
cution. On peut donc considérer sous ce double rapport les passions du
concupiscible. Par rapport à l'exécution ou réalisation, la première chose
est évidemment celle qui se produit avant tout dans l'Être qui tend à la
fin. Mais, évidemment aussi, tout être qui tend à une fin doit avoir
d'abord en lui une sorte d'aptitude ou de proportion à l'égard de cette
fin ; car il est impossible qu'un être tende vers ime fin qui lui est entiè-
rement disproportionnée. En second lieu se présente le mouvement vers
la fin. Puis c'est le repos dans cette fin acquise. Or, cette aptitude, cette
proportion de l'appétit à l'égard du bien , c'est l'amour , qui n'est autre
chose que la complaisance dans le bien (2); le mouvement vers ce même
(1) Nous donnerons plus loin , et quand il sera question des passions en particulier, Têt j-
mologie du mot , amour, «t nous préciserons le sens quMI faut y attacher. Remarquons seule-
ment ici le rang que saint Thomas assigne à cette passion. Les docteurs chrétiens et les phK
losophes païens eux-mêmes ont yu, dans cette puissance, le principe de tout dans runiTers#
ressence même de la nature divine. On conçoit dès-lors combien doit être fatale la perrersion
d*un tel sentiment; ici retient le mot de Tantiquité : eofTupNo opttmi peuima.
(S) Magnifique définition de l*amo«r! H faut donc y toir un rapport nécessaire , une intime
relation aiec le bien, mais avec le bien seul; et, en déflnilire, une complaisance, un repos
dans ce même bien. Tout le travail de Texistence , toutes les forées de Têtre intelligent doiveat
donc uniquement tendre vers ce but.
quod amatnr, cupiditas est, id autem babens,
eoque fruens, Islitia est. » Âmor ergo est prima
passionum coDCupiscibilis.
(CoNCLUsio. — Cùm onmes in potentia eon-
cupiscibili passiones ex ainore causentur, pri-
mam quoque passioaom concupiscibilis necesse
est ipsam amorcm esse. )
Respondeo dic«udum, qo5d objecta oOBCu-
piscibilis suot bonum et malum ; Daturaliter
autem bonum est prias malo , eo quM malum
est privatio boni. Unde et omnes passiones,
qnaram objectum est bonum j naturaliter sont
priores passionibus quarom objectum est ma-
ium, unaqusqne scilicet sua passione oppositâ;
quia enim booum quseritur. idcirco refutatar
oppositnm malum. Bonom antem habet ntio-
nem finis, sibi quidemest prior in ictentione,
sed est posterior in executione. Potest eigo ordo
passionum concupiscibilis attendi, vel secondùm
intentionem, vel secundùm consecntionem. Se-
condiim quidem oonweQtioiiem illad est pries,
quod priiii6 fit ineo quod tendit ad fioem. Ma-
nifestum est autem qu6d omne quod tendit ad
fioem «liquem, primo quidem habet apUtadiBcm
seu pmportiooem ad flnem ; nihil enim tendit
in ûnem non proportionatum. Secundo movetar
ad finem. Tertio quiescit in fine post ejus oon-
secutionem. Ipsa autem aptitudo, sive proportio
appelitûs ad bonum est amor, qui nihil aliad est
quàm complacentia boni; motos autem ad )w
i)£ l'ordre otns UBs PASSIONS (xrr entre elles. SM
bien, c'est le désir ou la concupiscence; le repos enfin dans le bien acquis,
c'est la joie ou délectation : dans cet ordre l'amour est donc la première
passion du concupiscible. Il en est autrement si Ton considère Tordre d'il?
tention; car la délectation qu'on se propose, produit le désir et l'amour,
puisque la délectation étant la jouissance du bien, peut eu quelque sorte
ôtre prise pour la fin, comme le bien lui-même, ainsi que nous l'avons
dit plus haut, quest. il , art. 3.
Je réponds aux arguments : i"* Le nom d'une chose est puisé dans la
connoissance que nous en avons , puisque les paroles sont les signes de
nos pensées, connne nous l'avons dit d'après le Philosophe ; et nous, en
général, nous ne connoissons la cause que par l'effet. Or, l'effet de l'a-
mour, quand on possède l'objet aimé, c'est la délectation, et quand on
ne le jiossède pas, c'est le désir ou la concupiscence. Mais^ comme le dit
saint Augustin , De Trin., X. 12, « l'amour se manifeste surtout par le
sentiment de la privation ; » co qui fait que de toutes les passions du con-
cupiscible , celle que nous sentons le plus c'est la concupiscence : et voilà
pourquoi elle a donné son nom à la faculté.
^'^ Il faut distinguer deux sortes d'union de l'être aimant avec l'objet
aimé : l'une réelle , et qui met en possession de la chose elle-même,
celle-là produit la joieou la délectation, qui vient après le désir; l'autre
seulement affective, et qui se manifeste par l'aptitude ou la proportion
d'une chose à l'égard d'une autre; car par cela même qu'une chose a
cette aptitude et cette inclination à l'égard d'une autre , elle participe
en quelque sorte à l'être de celle-ci : d'où il suit que l'amour implique
toujours une union, union qui précède le mouvement du désir.
3^ La délectation ne produit l'amour , comme nous venons de le dire ,
qu'en tant qu'elle le précède dans l'intention.
Dum est desiderium vel concupiscenlia ; qaies
autem in bono càt gaudium vel delectalio : et
ideo secandùm banc ordinem amor prscedit
desideriam, et desideriam pnecedit delecta-
tionem. Sed secnudùm ordinem intentionis, est
è convcTso ; naro delectatio intenta causai de-
sideriam etamorem; delectatio enim est fniitio
boni , qas qaodammodo est finis, sicat et ipsnm
booum, ut auprà dictam est (qu. 11, art. 3,
ad 3).
Ad prîmum ergo dicendnm , quM boc modo
nominatur aliquid, secundùm quèd nobisinno-
tescit, voceseiiim sont signa intellectuum , se-
condùm Philosophum ; nos autam it plnrimnai
per effeetnm oognoscimos caosam. Bffecius au-
tem amoris, quando qnidem babetor ipsum
amatam, est delectatio; quando yttb oonha-
bêtUTt est desidariom vel eoncopisceiitia. Ut
autem Augustinus dicit in X. De Trin. (cap. 12),
« amor magis senlitur cùm eom prodit indi-
gentia. » Unde inter omnes passiones concu-
piscibilis magis est sensibilis concupiscentia :
et propter boc ab ea denominatur potentia.
Ad secuudam dicendum , quôd daplex est
nnio amati ad amantem. Una qiiidem reali's ,
secondùm scilicei conjonctionem ad rem ipsara;
et talis unio pertinet ad gaudiam vel delecta-
tionem, qa« seqtiitor desiderium. Alia antem
est nnio affectiva, secundùm scilicei qnôd ali-
quid faabeiaptitndinem vel proportionem ; proui
scilicei ei boc qu6d aliqnid habet aptitudinem
ad alteniffi, et incliBaiionem , jam participai
aliqiiid ejus : et sic amor unionem importai ,
que quidem nnio prscedii motum desiderii.
. Ad tertiom dkendom , quM delectatio eansat
amorem seenndiim qu5d est prior in intentione.
592
!*• n* PARTIE, OTOSnON XXV, ARTICLE 3.
ARTICLE III.
L'espérance est^elle la première des passions de ^irascible?
11 paroît que Tespérance n'est pas la première des passions de l'irascible;
1» La puissance irascible tire son nom de la colère ( ira ). Donc, comme
la dénomination d'un objet vient de ce qu'il y a de principal en lui, la
colère doit passer avant l'espérance-
2o L'objet de l'irascible emporte essentiellement l'idée de difficulté.
Or, il est plus difficile de surmonter le mal , soit qu'il nous menace dans
l'avenir, ce qui appartient à l'audace, soit que nous le subissions actuel-
lement, ce qui est l'objet de la colère, qu'il n'est difficile d'acquérir sim-
plement un bien : pareillement, il semble plus difficile de vaincre un mal
présent qu'il ne Fest de se roidir contre un mal futur. Ainsi donc la colère
paroît supérieure à Taudace, et l'audace supérieure à l'espérance : ce n'est
donc pas celle-ci qui est la première des passions de l'irascible.
3« Dans le mouvement vers la fin, s'éloigner du point de départ est une
idée qui prime celle de se rapprocher du terme. Or, la crainte et le
désespoir emportent l'idée d'éloignement ; l'audace et l'espérance em-
portent au contraire une idée de rapprochement. Donc la crainte et
le désespoir précèdent l'espérance et l'audace.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire. Plus une chose, en effet, se rap-
proche de la première de son genre , plus elle a elle - même de priorité.
Or, l'espérance est la passion la plus rapprochée de l'amour, qui est
la première de toutes les passions. Donc l'espérance est la première
des passions de l'irascible.
(Conclusion. — L'espérance étant celle de toutes les passions de l'iras-
cible qui se propose le bien d'une manière plus directe et plus parfaite ^
doit aussi être nécessairement la première de toutes.)
ARTICULUS m.
Utriim spes ait prima inter patsione$
irascibilis.
Ad tertium sic proceditar (i). Videtar qu5d
spcs non sit prima inter passiones irascibilis.
Vis enim iiascibilis ab ira denoroinator. Cùm
ergo denominalio sit à priori , videtar qu6d ira
sit potior et prior quàm spes.
2. Prsterea, arduum est objectam irasci-
bilis. Sed iragis videtur esse arduum, quèd ali-
quis conetur superare malum contrarium quod
imniinct ut futurum, quod pertinet ad audaciâm,
vel quod injacet jam ut prxsens, quod pertinet
ad iram , quàm qu5d conetur acquirere simpU-
citer aliquod bonum; et similiter magis videtar
esse arduum qu6d conetur vincere malum prs-
"^ J)e bis eliam suprà, qu. 23, art. 4.
sens, quàm malum fatarum. Ergo ira videtar
esse potior passio quàm audacia , et audada
quàm spes : et sic spes non videtur esse po-
tior.
3. Prsterea, priùs occarrit in motu ad finem
recessas à termioo, quàm accessos ad teroii-
num. Sed timor et desperatio important reces-
sum ab aliquo; audacia autem cA spes important
accessum ad aliquid. Ergo timor et desperatio
précédant spem et audaciam.
Sed contra : quantè aliquid est propinquios
primo, tant6 est prius. Sed spes est propinquicM'
amori» qai est prima passiooum. Ergo spes est
prior inter omnes passiones irascibilis.
( CoNCLUsio. — Spes cùm inter omnes iras-
cibilis passiones magis et priùs bonom respiôal,
prior quoque omnibus necessariô est.)
SE l'ordre que les passions ont entre elles. 593
Nous avons déjà dit que toutes les passions de l'irascible impliquent un
mouvement vers une ehose. Or^ cette sorte de mouvement dans l'irascible
peut provenir d'une double cause : d'abord , d'une simple aptitude ou
proportion par rapport à la fin , aptitude qui tient de l'amour ou de la
haine; ce mouvement provient^ en second lieu, de la présence actuelle dic-
bien ou du mal , et c'est là l'objet de la joie ou de la tristesse. Toutefois ,
comme nous l'avons remarqué plus haut, quest. 23, art. 3, la présence de
bien n'est Tobjet d'aucune passion dans l'irascible; mais de la présence
du mal résulte la passion de la colère. U suit de là que lorsqu'on envisage
l'ordre de production ou de réalisation , l'aptitude par rapport à une fin
étant évidemment antérieure à l'acquisition de cette même fin, la colère
est celle de toutes les passions de l'irascible qui doit venir la dernière
selon cet ordre. Mais parmi les passions de l'irascible qui emportent un
mouvement résultant de l'amour du bien ou de la haine du mal , il faut
que les passions qui ont le bien pour objet , ainsi l'espérance et le déses-
poir, précèdent, dans l'ordre de la nature, les passions qui ont le mal pour
objet, c'est-à-dire, l'audace et la crainte ; de telle sorte néanmoins que
l'espérance soit regardée comme antérieure au désespoir, parce qu'elle est
un mouvement vers le bien considéré comme bien, et qu'il est dans la na-
ture du bien d'exercer une attraction , ce qui fait que l'espérance est de
soi un mouvement vers le bien; le désespoir, au contraire, est un mou-
vement par lequel on s'éloigne du bien, mouvement qui est contraire à la
nature même du bien , et qui ne peut lui être appliqué que sous de
certains rapports; aussi n'existe- t-il, pour ainsi dire^ que par accident.
Pour la même raison, la crainte, étant un éloignement du mal, est anté-
rieure à l'audace, qui tend à s'en rapprocher (1). Or, que l'espérance et le
(1) Une pensée domine toute cette théorie si proronde et si vraie : c*est que le mal est
une simple privation ou négation du bien ; et ce qui est ici uu principe, a été, eommo on doit
s*en souvenir, robjet d*une démonstration antérieure.
Respondeo dicendam, qnôd sicat jam diclum
est (art. 1), omnespassiones irascibilis important
motum in aliquid. Motus «utem ad aliquid in
îraflcibili potest caus-iri ex duobns : ano modo
ex 8ola aptitudine sea proportione ad finem ,
qus pertinet ad amorem vel odium ; alio modo
ex prcsentia ipsius boni Tel mali , qase pertinet
ad tristitiam vel gaudiam. Et quidem ex prx-
sentia boni non caosatur aliqua passio in irasd-
bili» nt diclum est (qo. i3, art. 8), sed ex
prcsentia mali causatur passio ine. Quia igitur
in ¥ia generationis seu consecotiocis proportio
vel aptitudo ad finem prscedit consecutiooem
iiDis, inde est quôd ira inler omoes passiones
irascibilis est ultima ordine generationis. Inter
alias autem passiones irascibilis que important
motum conscquentem amorem vel odium boni
vel mali, oportet qu6d passiones qnara;n ob-
jectum est bonnm , scilicet spes et desperatio,
sint^naturaliter priores passionibas quarutn
objectum est malum , scilicet audacia et timoré ;
ita tamen quôd spes est prier desperatione ,
quia spes est motus in bonum secnndùm rationem
boni, quod de sua ratione est altractivum (1) :
et ideo est motus in bonum per se. Desperatio
autem est recessos à bono, qui non competit
bono secundùm quôd est bonom^ sed secundùm
aliquid aliud : unde est quasi per accidens.
Et eadem ratione , timor cùm sit recessus à
malo, est prier quàm audacia. Qu6d autem spes
et desperatio sint naturaliter priores quàm timof
et audacia, ex boc manifestum est, quôd sicot
(1) Sive allicitivnm ad se , tanquam iUud quod ab omnibus appetitor. Hinc dictlim grseé
imX6v, quasi omnta wcam (à verbo xa^v), quod perinde est ac ailicitnt vel allrahvM,
!?• 33
594 l*" !!• PARTIB^ QUESTION 30:7, ARTICLE 3.
désespoir soient oaturellement antérieurs & la crainte et à Taiidace^ c'est ce
qui résulte manifestement de ce que, Tappétit dm bien étant la raison pour
laquelle on évite le mal, Tespérance et le désespoir sont de même la
raison ou le principe de la crainte et de Taudace : Taudace naît de l'espé-
rance de la victoire , et la crainte soit le désespoir où Ton est de
vaincre (1). La colère , à son tour , est une conséquefice de Vaudace ; car
a nul ne poursuit une vengeance avec colère , s'il ïfa Taudace de se
venger, » comme s'exprime Avicenne, De notur., VI. H résulte donc évi-
demment de là que Tespérance est la première des jpasâons de Tirascible.
Si nous voulons maintenant établir Tordre des passions par voie de géné-
ration , au premier rang se présentent Tamour et la baine, au second le
désir et l'aversion, au troisième l'espérance et le désespoir, au quatrième
la crainte et l'audace, au cinquième la colère seule , au sixième enfin la
joie et la tristesse; car celles-ci sont la conséquence de toutes passions de
l'ame, selon la pensée d'Aristote. Remarquons toutefois que Tamour doit
passer avant la haine, le désir avant l'aversion , l'espérance avant le dé-
sespoir^ la crainte avant l'audace, et la joie avant la tristesse; c'est ce
qu'il faut conclure de tout ce que nous avons dit.
Je réponds aux ai^uments : 1<> La colère résultant des autres passions,
comme un effet des causes préalables, c'est cette passion qui a donné le
npm à la puissance elle-même, parce qu'elle est celle qui frappe le plus.
^ La difficulté n'est pas en soi une cause de rapprochement ou d'appétit,
c'est plutôt dans le bien qu'il faut voir cette cause : voilà pourquoi
l'espérance, qui va directement au bien, est la première des passions,
quoique l'audace, ou même la colère, se portent quelquefois vers la diffi-
mité considérée comme telles
S"* L'appétit se porte avant tout et par son essence vers le bien , qui est
(1) Désespoir qui peut exister à différents degrés , et qui ne doit pas être entendu dans
sens absolu ; car le désespoir absolu produiroit , non la crainte , mais le complet abattement
appetilus boni est ratio quare vitetur malum,
ita eliam spes et desperatio sunt ratio timoris
«t audacise. Nam audacia consequitur spem vio
toris, et timor consequitur desperationem vin-
cendi. Ira autera conseqaituraudaciam, aoullus
enlm irascitur vindictam appetens, nisi audeat
vindicare,» secundùmqaod Âvicenna dicit'in
VI. De naiuralibus. Sic ergo palet qu6d spes
est prima inter omnes passiones irascibilis-Et si
ordinem omnium passionum secundùm viam
generationis scire velimus^ primo occurrunt
amor et odium, secund6 desiderium et fuga,
tertio spes et desperatio, quart5 timor et au-
dacia, quinte ira, sexto et ultimo gaudium
et trisiiiia : qus coQsequuatur ad omnes pas-
iiones, ut dicitur in II. Ethie., ita taoneii qoôd
amor est prior odio, et desiderium fagâ, et spes
desperdiione , et timor audacift, et gtodiaoi
quàm trisiitia, ut ex praedictis oottigi potest (1).
Ad priinum ergo dicendom , quôd quia ira
causatur ex aliis passionibus sicut effectos à
causis prfficedentii)us, ideo ab ea taaqaam à
manifestiori deuuminatar potentia.
Ad secundùm dieendum, quôd wrduum non
est ratio accedendi vel appetendi , sed potiiU
bonum : et Sdeo spes qos directiùs respidl
bonum^ est prior, qoamvis audacia aliquando
sit iu magis arduom, ^ etiam ira.
Ad tcrttom dieendum, qa6d appetitas primo
et per se movetur in bonam sàcai in proprimn
(1) Tum boc, tum praecedenti art. i, etai mioAs express quàm in lato qooad aUqnt Sftilwn.
Ouod auiem prsmittitur est ex Ub. IL £lAf0.« el ex cap. 5*
SE l'ordre que les passions ont entre elles. 695
son ol)jet naturel^ et de là vient qu'il s'éloigne du mal ; car le mouYement
de la puissance appétitive est en rapport^ non avec le mouvement naturel
proprement dit ^ mais avec Tintention que la nature se propose ; et la na-
ture se propose la ân^ avant de songer à repousser Tobstacle^ puisque cette
seconde intention est subordonnée à celle de la fin.
ARTICLE IV.
La joie, la tristesse, Vespérance et la crainte stmi-elles les quatre passiont
principales?
Il paroît que les quatre passions principales ne sont pas la joie, la tris-
tesse, Tespérance et la crainte, i^ A la place de Tespérance, saint
Augustin, De Civit. Dei, XIV, met la cupidité.
2« Dans les passions de Tame, il est deux ordres à observer : celui d'in-
tention , et celui d'acquisition ou de génération. Ou bien on considère ïes
passions selon le premier de ces ordres, et alors la joie et la tristesse seules
devront être regardées comme les passions principales , puisqu'elles
résultent de toutes les autres ; ou bien on classe les passions selon le second
ordre indiqué , et alors c'est l'amour qui est la passion principale. Donc,
ni dans l'un ni dans l'autre cas , on ne sauroit admettre quatre passions
ce principales : la joie, la tristesse, l'espérance et la crainte.
3« Comme l'audace provient de l'espérance, la crainte naît du désespoir.
Donc, ou bien il faut admettre que l'espérance et le désespoir sont les
deux passions principales, devant être regardé.es comme causes; ou bien
sera l'espérance et l'audace, à raison de leur affinité.
Mais Boêce , De consoL, énumère de la sorte les quatre passions prin-
et la tristesse. G*est ainsi qa*il faot interpréter ce beau vers de Virgile : « Una salas victis
nullam sperare salutem. »
objectum^ et ex boc causatur qnôd recédât à
maio ; proportionatar enim motus appetitivae
partis non qaidem motai naturali, sed inten-
tion! natars, quœ per prius intendit finem qnàm
remotionem contrarii, qnœ non qasritor nisi
ftopter adeptionem finis.
ARTICULUS IV.
Utrùm ittœ tint quatitor principales passiones,
gaudium, tristitiaf tpes, et timor.
Ad qnartom sic proceditnr (1). Videtnr qnôd
non sint isls qnatnor. principales passiones ,
gaudium et tristitia, spes et timor, Aogns-
tinns enim in XIV. De Civit, Dei, non popit
spem, sed cnpiditatem loco ejns.
2. Preterea, in passionibos anims est duplex
ordo, scilicet intentionis et consecutionis ,
seu yenerationis. Aut ergo principales passio-
nes accipiuntur secundùm ordinem intentionis,
et sic tantùm gaudium et tristitia , quœ sunt
finales, emnt principales passiones; autsecnn-
dùm ordinem consecutionis seu generationis,
et sic erit amor prindpalis passio. NuUo ergo
modo debent dici quatuor passiones ists prin-
cipales, gaudium et tristitia, spes et h-
mor,
3. Prxterea, sicnt andacia causatur ex spe,
ita timor ex desperatione. Aut ergo spes et
desperatio debeut poni principales passiones
tanquam causs , aut spes et audacia tanquam
sibi ipsis affines.
Sed contra est, ilhid quod Boettus, in lib.
De consolât., enumerans quatuor principales
(1) DehisetiamiDfrA, qii.84, art.i, ad S; et 3, S, qa. ISS, art. D^adl, etqo. Ul,
art. 7 , ad 3 ; et qu. 86, do verit., art. 5.
596 1" !!• PARTIE, QUESTION XXV, AHTICLB 4.
cipales : a Chassez la joie , chassez la crainte , dépouillez toute espérance ,
qu'il n'y ait plus de douleur, b
((Conclusion. — La joie , la tristesse , Vespérance et la crainte^ sont la
quatre passions principales de l'ame , quoique sous des rapports diffî-
rents.)
Ces quatre passions sont généralement regardées comme les quatre pas-
sions principales : d'ahord , la joie et la tristesse , parce qu'elles sont h
complément et le terme de toutes les autres passions, elles en sont le ré-
sultat final; puis, la crainte et l'espérance, parce qu'elles complètent,
elles aussi, les mouvements de l'appétit vers son objet. A l'égard du bien,
en effet, le mouvement commence dans l'amour, se continue par le désir
et se termine dans l'espérance; à l'égard du mal, le mouvement com-
mence dans la haine, se continue par la fuite ou l'aversion, et se termine
par la crainte. Voilà pourquoi on a coutume de distinguer ces quatre
passions , en les rapportant à l'idée du présent et à celle de l'avenir; car
le mouvement regarde l'avenir , tandis que le repos envisage le présent.
Or le bien présent produit la joie (1), le mal présent fait naître la tristesse;
le bien futur donne l'espérance, et le mal futur inspire la crainte; et
toutes les autres passions qui regardent le bien ou le mal, le présent ou
l'avenir, sont ramenées à celles-là, comme à leur complément. De là
vient que plusieurs auteurs pensent que ces quatre passions sont r^ar-
dées comme les principales, parce qu'elles sont les plus générales ; et cela
est vrai, si l'on prend l'espérance et la crainte pour un mouvement quel-
conque de l'appétit qui recherche le bien ou s'éloigne du mal.
Je réponds aux arguments : !<> Saint Augustin met le désir ou la cupi*
«
(1) Or, comme la Joie n*est au fond que Tamour satisfait, Tamour en pleine possession â.j
robjet aimé, et Jouissant par là même du repos qui est le terme de toutes les aspiraiicos de
notre être , ce que saint Thomas dit ici ne contredit nullement les principes qu'il vient d'éta-
blir touchant Tamour. Il reste toujours que celte passion est la première et la deroiére de
toutes.
passiones, dicit : « Gaudia pelle, pelle timorem,
spdmque fugato, nec do!or adsit. »
( CoNCLUsio. — Gau^ium , trislilia, Bpes et
timor, quatuor sont principales aninuD passio-
nes, qaamvis non secundiun eamdem ratio-
nem.)
Respondeo dicendam, qaod bie quatuor pas-
siones communiter principales esse dicuntur ;
quaram dus, sciiicet gawiium et tristitiùf
principales dicuntur, quia sunt complet! vs et
finales simpliciter respectu omnium passionum :
nnde ad omnes passiones consequnntur , ut di-
citur in H. Ethic. ( ubi suprà ). Timor autem
et spes Bunt principales, non quidem quasi com-
plétive simpliciter, sed quia sunt complétive
in génère motus appetitivi ad aliquid. Nam
respectu boni incipit motus in amore , et pro-
^esiderinm, et terminatur in spe ; res-
pecta verà mali iocipit in odio, et proccJit :A
fugam , et terminatur in timoré. Et ideo solet
harum quatuor passionum numerus accipi se-
cnndùm diflerentiam prssenlis et futuri; motos
enim respicit futurum , sed quies est in aliquo
praesenti. De bono igitur prsesenti, est gau~
dium; de malo praesenti, est UHsHtia; de
bono faturo, est spes; de malo futuro, est /i*
mor : omnes autem alias passiones qnx sant
de bono vel de malo praesenti vel futuro , ad
bas complétive reduconlur. Unde etiam à qoi-
busdam dlcuntar principales bae prxdicUe i]ua-
tuor passiones, quia sunt générales : qood qui-
dem verum est, si spes et timor désignant rao-
tum appelilûs communiter tendenlem in aliquid
appetendum vel fagiendum.
Ad primum ergo dicendum, qo6d Angnslinas
ponit deûderiom tel cupiditatem loco ^i, ia
ras l'ordre que les passions ont entre elles. 59)r
dite à la place de Tespérance^ parce qae ces passions se rapportent Tune
à l'autre^ en considérant toutes le bien futur.
2o Les passions énumérées doivent être regardées comme lesprincipales>
soit dans l'ordre dlntenlion, soit dans Tordre de réalisation. Et quoiqu'on
ne puisse pas dire , d'une manière absolue , que la crainte et l'espérance
sont des passions qui complètent les autres , elles complètent néanmoins
celles qui marquent un mouvement vers un objet futur. On ne pourroit
élever de doutes que sur la colère; mais cette passion ne peut pas
néanmoins être rangée parmi les principales , puisqu'elle est en quelque
sorte un effet de l'audace, et que celle-ci n'est pas elle-même une passion
principale^ comme nous aurons à le dire plus tard.
3* Si le désespoir emporte un éloignement par rapport au bien, cela n'a
lieu que par accident (1) ; il en est de même de l'audace , en tant qu'elle
marque un mouvement vers le mal : voilà pourquoi ces passions ne
peuvent pas être regardées comme étant principales ; car ce qui est p^r
accident, ne sauroit être le principal; moins encore peut-on appeler
la colère une passion principale, puisqu'elle n'est qu'une conséquence de
l'audace.
(t) On peut dire aussi que le désespoir et raadace D*ont le mal pour objet que d*une ma-
nière indirecte; car, en réalité, ces deux passions ont directement le bien pour objet, le bien
dont on désespère Jusqu'à un certain point, & cause du mal qui menace , le bien qu*on tente
4l* acquérir en triomphant courageusement du mal.
qnantam ad idem pertinere videntnr, id est,
ad bonom fatarum.
Ad secundam dicendum, qu5d passiones istx
dicuntar principales secundùm ordinem ioten-
tionis et complementi. Et quamvis timor et spes
non sint ultimx passiones simpUciter, tainen
sunt uUims in génère passionam tendentium
in aliud (1) quasi in futamm. Nec potest esse
circunistantia nisi de ira ; qnae tamen non potest
poni principalispassio, quia est quidam effectus
audaciie, qax non potest esse passio pnncipalis,
ut infràdicelur(2).
Ad terlium dicendum , quôd desperatio Im*
portât recessum à bono , quod est quasi per ae-
cidens; et aadacin importât accessum ad malam,
quod etiam est per accidens : idco hœ passiones
non possnnt esse principales, quia quod est
per accidens, non potest dici principale (S) ;
et sic etiam nec ira potest dici passio prind-
palis, qus consequitur audaciam.
(t) Tel prosequendum, ut spes; vel fugiendum etvitandum, ut timor.
(2) Nimirum qu. 45, art. S, ad 3, «quivalenter et implicite , cùm non spel pars esse oilen-
detur, sed solummodo ejus effectus.
(3) Quippe cùm omne per aeeidem reducendum ait ad Id quod eit per se} non potest autem
esse atiquid principale quod reducatur ad aliud , quia illud potîùs ad quod reduci débet , ul
pitncipale supponiiur. Sed nec hoc Ipsum quod est per accidens viderl posset principale, quan-
lumvis non reduci suppooereinr ad aliud, quia id quod est per te, semper A voluntate vel nalura
vol arte principaliter est intentum; quod autem per aeeiden», aut relinquitur prorsus, aut non*
oisi secundariô ac indirecte respicitur.
FIN DU QUATaiÈMB VOLUIIB.
■
[
TABLE
DES
lATItRES GOITEIOBS UK lE QUATRItlE TOlUII.
PREMIÈRE PARTIE.
TRAITÉ DE LA CRÉATION (sum
).
QUESTION CVI.
Gonmieat une oréatare en meut une autre, et d'abord de rillumination
Article I. Un ange en illumine-t-il un autre? 2
Article IL Un auge peut-il mouvoir la volonté d''uii autre ange? ^
Article III. Un ange inférieur peut-il illuminer un ange supérieur? 8
Article IV. L'ange supérieur illuniin&-t'il l'ange inférieur concernant ce
qu'il sait lui-môme ? 11
QUESTION CVII.
Bu langage des angef.
Article L Un ange parle-t-il à l'autre? 14
Article IL L'ange inférieur peut-il parler à l'ange supérieur? 17
Article IIL L'ange parle-t-il à Dieu? 19
Article IV. La distance des lieux fait-elle quelque chose à la parole an-
gélique? 21
Article V. La parole d'un ange à l'autre est-elle connue de tous? 23
QUESTION GVIII.
De la dtvUton des anges par hiérarohiet et par ordres.
Mticle I. Tous les anges ne forment-ils qu'une seule hiérarchie? 25
ARTICLE II. Dans une hiérarchie y a-t-il plusieurs ordres? 28
article IIL Dans un ordre y a-t-il plusieurs anges? 31
àRTicLE IV. La distinction des ordres et des hiérarchies angéliques vient-
elle de la nature? 33
àRTiCLE V. Les ordres angéliques sont-ils convenablement nommés? 3a
600 TABLE DES MATliftES
Article VI. Les degrés des ordres sont-ils convenablement assignés? 42
Article VU. Les ordres demeureront-ils après le jugement? 48
Article VHL Les hommes sont-ils pris pour faire partie des ordres aa-
géliques? 50
QUESTION GIX.
De la ooordiaatioD dei mauvais aagas*
Articlb h Y a-t-il des ordres parmi les démons? 53 T
Article II. Y a-t-il quelque supériorité parmi les démons? 55
Article IH. Parmi les démons , l'un illumine-t-il l'autre? 57
Article IV. Les bons anges ont-ils quelque supériorité sur les mauvais? 59
QUESTION ex.
De la prétîdeiioe confiée aux asget mr la eréature eorporeIle«
Article I. La créature corporelle est-elle gouvernée par les anges? 61
Article H. La matière corporelle obéit-elle aux anges à leur volonté? 65
Article III. Les corps obéissent-ils aux anges pour le mouvement local? 68
Article IV. Les anges peuvent-ils faire des miracles? 70
QUESTION CXI.
De Faolion des anges sur les hommes.
Article L L'ange peut-il illuminer l'homme? 73
Article IL Les anges peuvent-ils changer la volonté de l'homme? 76
Article IH. L'ange peut-il modifier l'imagination de l'homme? 78
Article IV. L'ange peut-il changer l'état des sens de l'homme? 81
QUESTION CXII.
De la mission des anges.
Article L Les anges sont-ils envoyés pour remplir un ministère? 83
Article IL Tous les anges sont-ils envoyés pour remplir un ministère? 87
Article IH. Les anges qui sont envoyés assistent- ils? 90
Article IV. Tous les anges de la seconde hiérarchie sont-ils envoyés? 92
QUESTION CXIII.
De la garde exercée sur nous par les bons anges , et des attaques dirigées
contre nous par les mauvais.
Article L Les hommes sont-ils gardés par Içs anges? 95
Article IL Chaque homme a-t-il un ange particulier préposé à sa garde? 98
Article HL N*y a-t-il que les anges du dernier ordre qui soient préposés
à la garde des hommes? 401
Article IV. Tous les hommes ont-ils un ange gardien? 103
Article V. L'ange est-il préposé à la garde de l'homme aussitôt après la
naissance de ee dernier? 106
Article M. L'ange gardien ahandonne-t-il quelquefois i'honmie? 108
115
M7
ilO
122
126
DU QUATRliHE YOLUUE. 601
Abticle vu. Les anges sont-ils af&igés des maux de cenx qn'il gardent? 110
Article YlII. Peut-il y avoir lutte ou dissension entre les anges? ii3
QUESTION CXIV.
Bes attaques des démons.
Article I. Les hommes sont-ils attaqués par les démons?
Article II. Est-ce le propre du diable de tenter les hommes?
Article III. Tous les péchés proviennent-ils de la tentation du diable?
Article IV. Les démons peuvent-ils séduire les hommes par des mi-
racles?
Article Y. Le démon qu'an homme a vaincu est-il pour cela mis hors
d'état de l'attaquer de nouveau?
QUESTION CXV.
De Faction de la créature corporelle.
ARTICLE ï. Y a-t-il des corps actifs?
Article II. La matière corporelle renferme-t-elle des raisons séminales?
Article III. Les corps célestes sont-ib la cause de ce qui se passe ici-bas
dans les corps inférieurs?
Article IY. Les corps célestes sont-ils la cause des actes humains ?
Article Y, Les corps célestes ont-ils une influence sur les démons eux-
mêmes?
Article YI. Les corps célestes agissent-ils par nécessité sur les choses
soumises à leur influence?
QUESTION GXVI.
Du destin.
Article I. Le destin est-il quelque chose? 149
Article H. Le destin est-il dans les choses créées? 153
Article III. Le destin est-il immuable? 1S5
Article IY. Toutes choses sont-elles soumises au destin? 157
QUESTION CXVII.
De ce qui concerne l'action de Thomme.
Article I. .Un homme peut-il en enseigner un autre ?
Article 11. Les hommes peuvent-ils enseigner les anges?
Article 111. L'homme peut-il, par la puissance de son ame, transformer
la matière corporelle?
Article IY. L'ame humaine, après qu'elle a été séparée du corps, peut-
elle du moins imprimer aux substances corporelles un mouvement
local?
QUESTION CXVIII.
De la propagation humaine quant à Tame.
Article L L'ame sensitive est-elle transmise dans la génération? 172
Article U. L'ame intellective est-elle produite par la génération? 177
128
133
130
139
143
140
159
164
167
170
603 TABLE DES MATIÈRES
ARTICLE m. Les ames humaines ont-elles été créées k la fois dès le com-
mencement du monde? ISS
QUESTION CXIX.
De la propagation humaine quant au oorpt.
Article I. Y a-t-il une partie des aliments qui soit convertie en la réa*
lité de la nature humaine? 186
Article II. Le principe générateur provient-il du superflu des aliments ? 104
PREMIÈRE PARTIE DE LA SECONDE
PROLOGUE.
TRAITÉ DE LA FIN DERNIÈRE
OU DE LA BÉATITUDE.
QUESTION I.
De la fin dernière de lliomine ooniidérée en général.
Article I. Appartient-il à Tbomme d'agir pour une Un? 199
Article II. Agir pour une lin , est-ce le propre de la créature raison-
nable? 201
Article III. Les actes humains sont-ils spécifiés par leur fln? 204
Article IV. La vie humaine a-t-elle une fin dernière? 207
Article V. Un homme peut-il avoir plusieurs fins dernières? 210
Article VI. Tout ce que Thomme veut, le veut-il pour une fin dernière? 213
Article Vil, N'y a-t-il qu'une même fin dernière pour tous les hommes? 21 o
Article Vill. Toutes les autres créatures ont-elles la môme fin dernière
que l'homme? 217
QUESTION II.
Sn quoi ooniisle la béatitude de lliomine.
Article L La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans les richesses? 219
Article II. La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans les honneurs? 223
Article III. La béatitude consiste-t-elle dans la renommée ou la gloire? 223
Article IV. La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans la puissance? 227
Article V. La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans quelque bien
du corps? 230
Article VI. La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans la volupté? 233
Article VIL La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans un bien quel-
conque de l'ame? 237
Article VIIL La béatitude de l'homme consiste-t-elle dans un bien créé? 240
QUESTION III.
Qu'ett-oe que la bèoditude?
' ■■ La béatitude est-elle quelque chose d'incréé? 243
DU OTTATRIÂME YOLUMS. 603
Abticle II. La béatitude est^elle une opération? 245
Article IU. La béatitude est-elle une opération de la partie sensitive de
l'ame^ ou bien uniquement de la partie intelleotive? 249
Ahticle IV. Supposé que la béatitude soit une opération de la partie in-
tellective, est-elle l'opération de Tintellect on celle de la volonté? 254
Abticle y. La béatitude est^lle une opération de l'intellect spéculatif ou
de l'intellect pratique? 255
Article YI. La béatitude consiste-t-elle dans la considération des sciences
spéculatives ? 258
Article YU. La béatitude consiste-t-elle dans la connoissance des sub-
stances séparées, c'est-à-dire des anges? 26i
Article YUI. La béatitude de Tbomme consiste-t-elle dans la vision de
l'essence divine? 264
QUESTION IV.
Det oondiUoiu reqaiiei pour la béatitude»
Article I. La délectation est-elle requise pour la béatitude? 267
Article IL Qu'y a-t-il de principal dans la béatitude, est-ce la vision,
est^e la délectation ? 269
Article III. La compréhension est-elle requise pour la béatitude? 272
Article IY. La droiture de la volonté est-elle requise pour la béatitude? 274
Article Y. Le corps est-il requis pour la béatitude de l'homme? 277
Article YI. La perfection du corps est-elle requise pour la béatitude? 282
Article Yll. La béatitude exige- t-elle quelques biens extérieurs? ' 283
Article YUI. La société des amis est-elle nécessaire à la béatitude? 288
QUESTION V.
De l'acquisition de la béatitude.
Article I. L'homme peut-il acquérir la béatitude? 290
Article II. Un homme peut-il être plus heureux qu'un autre? 293
Article III. Un homme peut-il avoir la béatitude dans cette vie? 295
Article IY. La béatitude, une fois acquise, peut-elle se perdre? 299
Article Y. L'homme peut-il, par ses forces naturelles, acquérir la béa-
titude? 301
Article YI. L'homme acquiert-il la béatitude par l'action d'une créature
supérieure à lui? 304
AancLE YIL Certaines bonnes œuvres sont-elles requises pour que
l'homme puisse obtenir de Dieu la béatitude? 307
Article YUI. Tout homme désire-Wil la béatitude? 310
TRAITÉ DES ACTES HUBIAINS.
QUESTION VI.
Btt ▼olontaire et de rinvrolontaire.
Article I. Le volontaire se trouve-t-il dans les actes humains? 316
Article II. Le volontaire se trouve-t-il dans les animaux privés de
raison? 32(>
QOi TABLE DES UATIÈBES
Article III. Le volontaire peut-il exister sans aucun acte?
ARTICLE lY. Peut-il être fait violence à la volonté? 324
Article V. La violence cause-t-elle l'involontaire? 327
Article YI. La crainte cause-t-elle l'involontaire proprement dit? 329
Article VII. La concupiscence cause-t^lle l'involontaire? 332
Abticle VlII. L'ignorance cause-t-elle l'involontaire? 334
QUESTION VII.
Des oiroonitaiicef dei actes humaîni.
Article I. La circonstance est-elle un accident de l'acte humain? 338
Article H. Les circonstances des actes humains doivent-elles être étudiées
par le théologien? 34!
Article HI. Les circonstances sont-elles convenablement énumérées dans
le troisième livre de VEthiqtie? 343
Article IV. Les principales circonstances sont-elles ce pourquoi Tacte
est fait^ et les choses qui constituent l'opération? 346
QUESTION VIII.
De la volonté. Vert quel objet elle te porte.
Article I. La volonté ne se porte-t-elle que vers le bien? 348
Article II. La volonté se porte-t-elle seulement vers la fin , ou se porte-
t-elle aussi vers les choses qui conduisent à cette fin? 331
Article III. Le même acte qui porte la volonté vers la fin, la porte-t-il
vers les choses qui mènent à cette fin? 334
QUESTION IX.
Du motif de la volonté.
Article I. La volonté est-elle mue par l'intelligence? 337
Article II. La volonté est-elle mue par l'appétit sensitif ? 360
Article IIL La volonté se meut-elle elle-même? 362
Article IV. La volonté est-elle mue par quelque principe extérieur? 364
Article V. La volonté est-elle mue par les corps célestes? 366
Article VI. Dieu est-il le seul principe extérieur qui meuve la volonté? 369
QUESTION X.
De la inanière dont est mue la volonté»
Article L La volonté se porte-t-elle naturellement vers quelque chose? 372
Article II. La volonté est-elle mue nécessairement par son objet? 376
Article III. La volonté est-elle mue nécessairement par l'appétit infé-
rieur? 378
Article IV. Le moteur extérieur de la volonté , h savoir Dieu^ la meut-il
nécessairement? 381
QUESTION XI.
De l'aote de la volonté nommé Joabtanoe*
Art*'**" r t'^iiip^ estrce un acte de la puissance appétitive? 383
DU qïïatet£me volume. 605
Article II. La jouissance ne convient-elle qu'à la créature raisonnable ,
ou bien convient-elle aussi aux animaux? 386
Article III. La jouissance n'a-t-elle que la fin dernière pour objet? 388
Article IY. La jouissance n'a-t-elle pour objet que la fin possédée? 391
QUESTION XII.
De rintcntion.
Article I. L'intention est-elle un acte de l'intelligence ou de la volonté? 393
Article II. L'intention n'a-t-elle que la fin dernière pour objet? 393
Article III. L'intention peut-elle embrasser deux objets en même temps? 391
Article IV. L'intention embrasse-t-elle^ dans un même acte^ la fin et
ce qui mène à la fin? 399
\rticlb y. L'intention convient-elle aux animaux? 401
QUESTION XIII.
De l'éleotion des choses qui mènent à la fin.
Article I. L'élection est-elle un acte de la volonté ou de la raison? 40 \
Article H. L'élection convient-elle aux animaux? 4Ûû
Article III. L'élection a-t-elle pour objet les choses qui mènent à la fin ^
ou bien encore la fin elle-même? 409
Article IY. L'élection a-t-elle seulement pour objet les actes que nous
faisons nous-mêmes. 4 1 1
Article Y. L'élection n'a-t-elle pour objet que les choses possibles? 412
Article YI. L'élection est-elle nécessitée ou libre? 415
QUESTION XIV..
Du conseil qui précède l*électxon.
Article I. Le conseil est-il une recherche? 418
Article II. Le conseil a-t-il pour objet la fin ou seulement les choses qui
mènent à la fin? 420
Article III. Le conseil a-t-il seulement pour objet les choses que nous
faisons nous-mêmes? 422
Article IY. Le conseil a-t-il pour objet toutes les choses que nous fai-
sons ? 42 i
Article Y. Le conseil procède-t-il suivant un ordre analytique? 420
Article YI. Le conseil procède-t-il indéfiniment? 42a
QUESTION XV.
De l'acte de la volonté nommé consentements
Article I. Le consentement est-il un acte de la puissance appétitivo ou
de l'appréhensive? 430
Article IL Le consentement convient-il aux animaux? 432
Article III. Le consentement porte-t-il sur la fin ou sur les choses cpii
mènent à la fin? 434
Article IY. Le consentement donné à un acte appartient-il seulement I
la partie supérieure de l'ame? <^^0
606 TABLE DES lUTIÈUSS
QUESTION XVI.
De l*acto de volonlé noamié uMgey par rapport aux choie* qui
àUfia.
Article I. L'usage est-il un acte de la volonté? 439
Article II. L'usage convient-il aux animaux? 441
Article III. L'usage peut-il avoir pour objet la dernière fin? 443
ARTiaE IV. L'usage précède-t*il l'élection? 445
QUESTION XVII.
Dei aotei oonunandés par la volonté
Article I. Le commandement est-il un acte de la raison ou de la vo-
lonté? 448
Article II. Le commandement a^partieni-îl aux animaux? 450
Article III. L'usage précède-t-il le commandement? 452
Article IV. Le commandement et l'acte commandé sont4l3 un même
acte ou des actes divers? 4$4
Article V. L'acte de la volonté est-il commandé? 457
Article VI. L'acte de la raison est-il commandé? 459
Article VU. L'acte de l'appétit sensitif est-il commandé? 461
Article VIII. L'acte de Tame végétative est-il commandé? 464
Article IX. Les actes des membres extérieurs sont-ils commandés? 466
QUESTION XVIII.
De la bonté et de la malice des actes humaîns en général.
Article I. Toute action humaine est-elle bonne ^ ou y en a-t-il de mau-
vaises? 470
Article IL La bonté ou la malice d'une action humaine vient-elle de
son objet? 473
Article III. La bonté ou la malice des actions humaines vient-elle des
circonstances? 476
Article IV. La fin rend-elle les actions bonnes et mauvaises? 478
Article V. Y a-t-il des actions humaines qui soient bonnes ou mauvaises
dans leur espèce? 4S0
Article VI. La fin rend-elle les actes bons ou mauvais? 483
Article VII. La bonté qui vient de la fin est-elle subordonnée à celle qui
vient de l'objet^ comme une espèce à son genre ^ ou est-ce le contraire
qui a lieu? 485
Article VIII. Y a-t-il des actes indifférents dans leur espèce? 488
Article IX. Y a-t-il des actes individuels qui soient indifférents? 491
Article X. Y a-t-il des circonstances qui rendent un acte moral spécifi-
quement bon ou mauvais? 494
Article XI. Toute circonstance qui augmente la bonté ou la malice d'^n
acte moral > le range-t-elle dans une nouvelle espèce de bien ou de
mal ? 497
SV QUATRIÉKE VQLIJHE. 607
QUESTION XIX.
De la bonté et de la malloe de l'acte intérieur de la volonté»
Article I. La bonté de la volonté dépend-elle de l'objet? 500
Articlb II. La bonté de la volonté ne dépend-elle que de l'objet? 50ât
Article III. La bonté de la volonté dépend-elle de la raison? 505
ARTiaE IV. La bonté de la volonté dépend-elle de la loi étemelle? 507
Article V. La volonté qui n'obéit pas à la raison qui se trompd est-elle
mauvaise? 508
Article TI. La volonté qui obéit à la raison qui se trompe est-elle bonne? 512
Article VII. La bonté de la volonté, relativement aux moyens, dépend-
elle de l'intention de la fin? 315
Article VIII. La mesure de la bonté et de la malice de la volonté suit^
elle la mesure de la bonté et de la malice qui sont dans l'intention? 517
Article IX. La bonté de la volonté dépend-elle de sa conformité à la vo-
lonté divine? 520
Article X. Pour que la volonté humaine soit bonne, est-il nécessaire
qu'elle se conforme à la volonté divine quant à l'objet voulu? 522
QUESTION XX.
De la bonté et de la malice des actet extérieur».
Article I. La bonté et la malice sont-elles d'abord dans l'acte de la vo-
lonté ou bien dans l'acte extérieur? 527
Article IL La bonté et la malice de l'acte extérieur dépendent-elles entiè-
rement de la bonté et de la malice de la volonté? 529
Article III. La bonté et la malice de l'acte extérieur sont-elles les mêmes
que celles de l'acte intérieur? 531
Article IV. L'acte extérieur ajoute-t-il quelque chose à la bonté ou à la
malice de l'acte intérieur? 534
Article V. L'événement subséquent ajoute':t-il quelque chose à la bonté
ou à la malice de l'acte extérieur? 536
Article VI. Le même acte extérieur peut-il être bon ou mauvais? 539
QUESTION XXI.
Des oonfé<iuenoee des actes humains relativement à leur bonté et A
leur malice.
Article I. L'acte humain, suivant qu'il est bon ou mauvais, a-t-il la
qualité de vertu ou de péché? 541
Article II. L'acte humain est-il louable ou blâmable suivant qu'il est
bon ou mauvais? 544
Article IIL L'acte humain, en tant que bon ou mauvais, emporte-t^il
mérite ou démérite? 547
Article IV. L*acte humain, bon ou mauvais, a-t*il mérite ou démérite
devant Dieu? 649
C08 TABLE SES KATIËRES WJ QTTlTRliME YOUrHB.
TBAITÉ DES PASSIONS.
QUESTION XXII.
Du sujet des passîoni da Faniflu
Article I. Y a-t-il quelque passion dans l'ame? ^
Article II. La passion est-elle dans la partie appétîtîve de Famé plutôt
que dans sa partie appréhensive? 556
Auticle III. La passion est-elle dans Tappétit sensitif plutôt que dans l'ap-
pétit intellectif^ appelé volonté? 559
QUESTION XXIII.
De la différence des paitîoat entre ellei .
Article I. Les passions qui sont dans l'appétit concupisoible sont-elles
différentes de celles qui sont dans l'appétit irascible? 562
Article IL Les passions de l'irascible' sont -elles opposées entre elles
d'après l'opposition qui règne entre le bien et le mal? 5^
Article III. Y a-t-il quelque passion de l'ame qui n'ait pas son contraire? 569
Article IV. Peut-il y avoir ^ dans la même puissance , des passions qui
diffèrent d'espèce sans être le contraire l'une de l'autre? 571
QUESTION XXIV.
Du bien et du mal cou idérés dani lei passions.
Article I. Le bien et le mal moral peuvent-ils se trouver dans les passions
de l'ame? 5T4
Article II. Toute passion de l'ame est-elle moralement mauvaise? 577
Article III. La passion augmente-t-elle ou diminue-t-elle la bonté ou la
malice de Tacte? 580
Article IV. Y a-t-il des passions bonnes ou mauvaises par leur espèce? 583
QUESTION XXV.
De Tordre que les passions ont entre elles.
Article I. Les passions de l'irascible sont-elles antérieures ou posté-
rieures aux passions du concupiscible?
Article H. L'amour est-il la première des passions du concupiscible?
Article III. L'espérance est-elle la première des passions de l'irascible?
Article IV. La joie^ la tristesse ^ Tespérance et la crainte sont^elles les
quatre passions principales? ^^'
fin de LA TABLE DES lUTlÈRES DU QUATHîàlIB VOLUME.
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